Nicolas II, de son nom civil Gérard, originaire de Bourgogne et évêque de Florence, gouverne l'Église à peine deux ans et demi — élu en décembre 1058, couronné le 24 janvier 1059, mort le 27 juillet 1061. D'où la datation 1059-1061 retenue dans le titre, comptée à partir du couronnement ; la fiche officielle du Saint-Siège donne XII.1058 / 24.I.1059 – 27.VII.1061 et le compte comme 155e pape.[1] Pourtant, peu de pontificats aussi brefs ont laissé une empreinte aussi durable.
Son nom reste attaché à l'un des textes les plus importants de l'histoire institutionnelle de l'Église : le décret In Nomine Domini, promulgué au synode du Latran le 13 avril 1059, qui confie l'élection du pape d'abord aux cardinaux-évêques, au détriment de l'aristocratie romaine, tout en réservant au jeune roi Henri IV un honneur dont la portée — simple privilège personnel concédé par le pape ou maintien d'un droit — reste débattue entre historiens. C'est l'acte fondateur d'un long chemin qui mène au conclave moderne.[2][3][4][5]
La même année 1059, Nicolas II accomplit un second tournant, diplomatique celui-là. Au synode de Melfi, le 23 août, il reçoit le serment de fidélité des chefs normands d'Italie du Sud — Robert Guiscard et Richard de Capoue — et leur confère leurs titres en échange de leur protection. La papauté réformatrice se dote ainsi d'un bras armé indépendant de l'Empire.[6][7] C'est encore sous son pontificat que le théologien Bérenger de Tours est contraint d'abjurer sa doctrine eucharistique.
Entouré de l'archidiacre Hildebrand — le futur Grégoire VII —, du cardinal Humbert de Silva Candida et de saint Pierre Damien, Nicolas II n'est pas un penseur isolé mais le visage d'une équipe. Son pontificat constitue l'un des maillons décisifs de la réforme grégorienne, entre Léon IX qui l'a lancée et Grégoire VII qui la portera à son sommet.[8][9]
Pourquoi le pontificat de Nicolas II compte-t-il ?
Le pape qui a soustrait l'élection pontificale aux laïcs
Pendant des siècles, l'élection du pape avait été un enjeu disputé entre les grandes familles romaines, le clergé de la Ville et, depuis Othon le Grand, les empereurs germaniques. Le résultat était une succession d'élections contestées, d'antipapes et de scandales qui affaiblissaient l'autorité spirituelle du siège de Pierre.[10] Le décret de 1059 brise cette logique : désormais, ce sont les cardinaux-évêques qui désignent le candidat, les autres cardinaux qui s'y rallient, le reste du clergé et le peuple qui acclament.[11]
« Que les cardinaux-évêques traitent ensemble avec le plus grand soin, puis qu'ils appellent à eux les cardinaux-clercs ; enfin, que le reste du clergé et le peuple donnent leur consentement à la nouvelle élection. » — Décret In Nomine Domini, synode du Latran, 13 avril 1059 (traduction du rédacteur d'après le texte latin ; trad. angl. de référence : Henderson, p. 361-365)[12][13]
Ce principe — l'élection du pape par un collège ecclésiastique restreint, à l'abri des pressions laïques — est l'ancêtre direct du conclave : la procédure de 1059 a ensuite été substantiellement modifiée — extension de l'élection à l'ensemble du collège des cardinaux, puis institution du conclave —, mais il compte parmi les actes du XIe siècle qui ont le plus durablement façonné le gouvernement de l'Église, d'une portée que l'historiographie s'accorde à juger considérable.[14]
Le tournant de l'alliance normande
Le second apport de Nicolas II est géopolitique. Depuis la désastreuse défaite de Léon IX à Civitate en 1053, où le pape lui-même avait été fait prisonnier, les Normands étaient l'ennemi par excellence de la papauté en Italie du Sud.[15] Nicolas II opère un renversement d'alliance : plutôt que de combattre les Normands, il les reconnaît, les investit de leurs conquêtes et en fait des vassaux de saint Pierre.[16]
Le calcul est audacieux. En s'appuyant sur une force militaire qui ne doit rien à l'Empire, la papauté réformatrice gagne la marge de manœuvre nécessaire pour défendre sa liberté. Quelques années plus tard, en mai 1084, les Normands de Robert Guiscard délivrent Grégoire VII, assiégé au château Saint-Ange par Henri IV ; mais leurs troupes mettent Rome à sac, et les Romains se retournent contre le pape, contraint de quitter la Ville. Le geste de Melfi prépare ainsi le grand affrontement de la querelle des Investitures.
Un maillon central de la réforme grégorienne
Enfin, Nicolas II prolonge sans rupture l'œuvre de purification commencée par Léon IX. Ses synodes condamnent la simonie (l'achat des charges sacrées), le nicolaïsme (le concubinage des clercs, en lien avec la question du célibat des prêtres) et l'investiture des clercs par les laïcs.[17][18] Il n'invente pas ces combats, mais il leur donne une portée nouvelle en les liant à la réforme du mode d'élection : un pape libre, élu librement, pour une Église libre. C'est tout le programme grégorien en germe.
Gérard de Bourgogne avant le pontificat
Une origine bourguignonne mal documentée
Les sources sont avares sur les origines de Gérard. La fiche du Saint-Siège et l'Enciclopedia dei Papi s'accordent sur l'essentiel : il vient de Bourgogne, mais on ignore sa date de naissance.[19][20] Certaines notices anciennes, comme la Catholic Encyclopedia, précisent qu'il serait né à Chevron, dans l'actuelle Savoie, et qu'il aurait été chanoine à Liège avant de gagner l'Italie.[21]
L'historien honnête distinguera ici le certain du probable. Que Gérard soit un clerc d'origine transalpine, formé dans les terres d'Empire, est assuré ; le détail précis de son lieu de naissance et de sa formation liégeoise relève d'une tradition à manier avec prudence, que les notices savantes récentes ne reprennent pas toutes.[22] On notera la parenté de parcours avec son prédécesseur Étienne IX, lui aussi clerc lotharingien passé par Liège : la réforme du XIe siècle puise largement dans les élites cléricales de l'Empire.
Évêque de Florence (vers 1045)
Ce qui est solidement attesté, c'est sa charge épiscopale. Gérard est évêque de Florence : selon Treccani, un document le mentionne déjà à ce titre le 9 janvier 1045.[23] Les notices ne s'accordent toutefois pas sur l'année exacte de l'accession au siège florentin : Treccani l'atteste évêque de Florence dès le 9 janvier 1045 — première mention documentaire conservée — tandis que la Catholic Encyclopedia date son accession de 1046 ; l'article retient ici l'attestation documentaire.[24][25] Il accède au siège florentin avec l'appui de Godefroi le Barbu, duc de Lorraine devenu, par son mariage, marquis de Toscane et première puissance d'Italie centrale.[26] Ce patronage place d'emblée Gérard dans le réseau princier qui soutient la réforme.
À Florence, Gérard se montre un pasteur réformateur. Les notices retiennent qu'il restaura la vie canoniale parmi le clergé de nombreuses églises de son diocèse, c'est-à-dire la vie commune et régulière des chanoines, antidote au relâchement et à la patrimonialisation des bénéfices.[27] Florence devient ainsi, sous son épiscopat, l'un des foyers de la réforme en Toscane.
Dans l'orbite des réformateurs
Évêque influent d'une grande cité, proche de la maison de Lorraine-Toscane, Gérard appartient naturellement au cercle qui gravite autour des papes réformateurs. Lorsque s'ouvre, en 1058, la crise de succession qui suivra la mort d'Étienne IX, c'est vers cet évêque expérimenté, étranger aux factions romaines, que se tournent les hommes de la réforme — au premier rang desquels l'archidiacre Hildebrand.[28][29]
Le choix d'un prélat venu du Nord, sans attache avec les clans de la Ville, n'est pas un hasard : il s'agit précisément de soustraire la papauté à l'emprise des grandes familles romaines. Gérard est l'homme de cette stratégie avant même d'en devenir le législateur.
L'élection contestée de 1058-1059
La mort d'Étienne IX et le coup de force des Tusculani
À la mort d'Étienne IX, à Florence le 29 mars 1058, le pape mourant avait fait jurer aux Romains de n'élire aucun successeur avant le retour d'Hildebrand, alors en légation en Allemagne.[30] Le serment fut violé sur-le-champ. Profitant de l'absence des réformateurs, l'aristocratie romaine, dominée par les comtes de Tusculum, fit élire le 5 avril 1058 l'un des siens, Jean Mincius, cardinal-évêque de Velletri, qui prit le nom de Benoît X.[31]
Pour les réformateurs, cette élection cumule tous les vices qu'ils combattent : elle est l'œuvre d'une faction laïque, obtenue, selon les sources, par la force et la simonie.[32] Benoît X est à leurs yeux un antipape, et son intrusion devient le cas d'école qui justifiera, un an plus tard, la refonte complète du mode d'élection.
Le choix de Gérard à Sienne (décembre 1058)
De retour en Italie, Hildebrand prend la tête de la riposte. Les cardinaux fidèles à la réforme se réunissent loin de Rome, à Sienne, en territoire toscan sûr, sous la protection de Godefroi le Barbu. Là, en décembre 1058 — date présumée, le 6 décembre, fête de saint Nicolas, n'étant qu'une hypothèse —, ils portent leur choix sur l'évêque de Florence, qui devient Nicolas II.[33][34]
Détail capital pour la suite : l'élection se fait en présence du chancelier impérial pour l'Italie, Wibert — le futur antipape Clément III —, signe que les réformateurs cherchent encore, à ce stade, l'aval de la cour de Germanie, où la régente Agnès, mère du jeune Henri IV, gouverne depuis la mort d'Henri III en 1056.[35] Le décret de 1059 n'abolira pas du jour au lendemain toute référence au roi : il en redéfinira la portée.
La reconquête de Rome et la chute de Benoît X
Restait à chasser l'occupant du Latran. La campagne contre Benoît X mobilise les forces de la réforme et, déjà, l'appui normand. Le chef normand Richard d'Aversa fournit aux partisans de Nicolas II trois cents chevaliers, conduits par trois comtes, pour reprendre la Ville.[36] Avant d'entrer dans Rome, Nicolas II tient un synode à Sutri où Benoît X, déclaré envahisseur, est solennellement condamné, déposé et excommunié.[37][38][39]
Benoît X s'enfuit, est traqué, puis finalement capturé ; déchu de toute dignité, il finira ses jours dans la réclusion. L'épisode laisse une leçon durable aux réformateurs : sans une procédure d'élection blindée et sans un protecteur militaire fiable, la papauté restera le jouet des factions. Les deux grands actes de 1059 répondent point par point à ce double constat.
Le couronnement du 24 janvier 1059
Maître de Rome, Nicolas II est intronisé et couronné le 24 janvier 1059.[40][41] Le nouveau pape peut alors gouverner. En quelques mois, il va concentrer dans une seule année — 1059 — trois actes qui marqueront l'histoire : le décret sur l'élection pontificale, la condamnation de Bérenger de Tours, et l'alliance normande de Melfi.
Le synode du Latran de 1059
Cent treize évêques au Latran
Le 13 avril 1059, Nicolas II réunit dans la basilique du Latran un synode considérable : cent treize évêques y siègent, ce qui en fait l'une des plus grandes assemblées de la réforme.[42][43] Le concile combine deux registres : la discipline (réforme du clergé) et le droit constitutionnel de l'Église (mode d'élection du pape). C'est de loin l'événement le plus important du pontificat.
In Nomine Domini : le décret sur l'élection du pape
Le rôle décisif des cardinaux-évêques
Le cœur du décret tient en une réorganisation des rôles. Jusque-là, « clergé et peuple » de Rome élisaient théoriquement le pape, ce qui ouvrait la porte à toutes les manipulations. Désormais, l'initiative appartient aux cardinaux-évêques des sièges suburbicaires (Ostie, Porto, Albano, etc.). Ils délibèrent les premiers, choisissent le candidat, puis appellent les autres cardinaux (prêtres et diacres) à se rallier ; enfin, le reste du clergé et le peuple donnent leur assentiment, désormais réduit à une acclamation.[44][45]
Le décret prévoit aussi deux clauses de souplesse, dictées par l'expérience récente. On peut, si nécessaire, élire le pape hors de Rome lorsque la Ville est aux mains d'une faction — exactement ce qui venait de se produire à Sienne. Et l'on peut choisir le candidat hors du clergé romain si aucun sujet digne ne s'y trouve.[46] Le texte tire ainsi les leçons de la crise de Benoît X.
La clause concernant le roi Henri
Le point le plus délicat est la place laissée au pouvoir royal. Le décret ne supprime pas toute mention du roi de Germanie : il réserve une certaine déférence à Henri IV, à qui un privilège personnel de confirmation est concédé. Le texte demande de procéder « en sauvegardant l'honneur et le respect dûs » au roi.[47]
« ... en sauvegardant l'honneur et le respect dûs à notre cher fils Henri, roi et futur empereur, selon ce qui lui a été personnellement concédé. » — Décret In Nomine Domini, clause relative au roi, 1059 (traduction du rédacteur d'après le latin : « salvo debito honore et reverentia »)[48][49]
La formule est volontairement ambiguë. Elle traite le droit impérial non plus comme un pouvoir constitutif, mais comme un privilège personnel et révocable, concédé par le pape lui-même. C'est un déplacement décisif : ce qui était un droit de l'Empire devient une faveur de l'Église. La cour de Germanie ne s'y trompera pas et y verra une provocation.
Deux versions d'un même décret
Les historiens connaissent le décret de 1059 sous deux recensions au texte légèrement différent, conservées et éditées côte à côte dans les Monumenta Germaniae Historica.[50] L'une, dite « pontificale », minimise le rôle du roi ; l'autre, dite « impériale », l'amplifie. L'édition critique a montré que la seconde est une version retouchée ; son origine exacte — chancellerie impériale ou cardinaux schismatiques de 1084 — reste débattue.[51][52] Cette dualité textuelle dit à elle seule l'enjeu politique du document : on s'est battu, des décennies durant, jusque sur la lettre du décret.
L'interprétation du décret reste elle-même débattue par les historiens. La lecture classique — celle des premiers historiens de la réforme grégorienne — y voit un texte délibérément anti-impérial, conçu pour évincer l'empereur du choix du pape. Une autre lecture, portée notamment par A. Michel et H.-G. Krause, soutient au contraire que le décret visait d'abord à mettre fin aux luttes de factions romaines en confirmant, sous une forme écrite, le rôle d'arbitrage que l'empereur Henri III exerçait déjà de fait ; dans cette optique, la rupture de 1061 tiendrait moins à une amputation du droit impérial qu'à des tensions ecclésiales distinctes.[53] Quelle que soit l'intention initiale, c'est la première lecture — celle d'un droit d'élection rendu à l'Église — que la postérité a retenue et qui a fondé le conclave.
Les décrets de réforme : simonie, nicolaïsme, investiture laïque
Le même synode promulgue une série de canons disciplinaires qui prolongent l'œuvre de Léon IX. Le concile interdit les ordinations simoniaques, l'investiture des clercs par les laïcs, et défend aux fidèles d'assister à la messe d'un prêtre vivant en concubinage notoire — manière de mobiliser le peuple contre le nicolaïsme.[54] Un canon interdit même aux clercs de recevoir, de quelque manière que ce soit, églises et biens ecclésiastiques des mains de laïcs.[55]
Le tableau suivant résume le double héritage du synode de 1059 : une réforme de la discipline et une réforme de la constitution de l'Église.
| Domaine | Avant le synode de 1059 | Décision du synode de 1059 |
|---|---|---|
| Élection du pape | Clergé et peuple de Rome ; pression des familles et de l'Empire | Initiative aux cardinaux-évêques, ralliement des cardinaux, acclamation du clergé et du peuple |
| Droit du roi | Confirmation impériale traitée comme un droit | Simple privilège personnel concédé à Henri IV |
| Simonie | Combattue mais persistante | Ordinations simoniaques explicitement interdites |
| Nicolaïsme | Toléré dans les faits | Interdiction d'assister à la messe d'un prêtre concubinaire |
| Biens d'Église | Distribués par les laïcs | Interdiction de recevoir églises et biens des mains de laïcs |
La cohérence du programme saute aux yeux : il s'agit, par un même mouvement, de libérer l'Église des pouvoirs laïcs, qu'il s'agisse de l'élection du pape, de la nomination des clercs ou de la propriété ecclésiastique.
La condamnation de Bérenger de Tours
La querelle eucharistique du XIe siècle
Le synode de 1059 fut aussi le théâtre d'un grand débat doctrinal. Bérenger de Tours (vers 1000-1088), écolâtre réputé, soutenait une lecture de l'Eucharistie qui paraissait nier la présence réelle au profit d'une présence purement spirituelle ou figurée : pour lui, le pain et le vin demeuraient des signes, et le corps du Christ n'était reçu que de manière intelligible, non substantielle.[56] La controverse agitait toute la chrétienté latine.
Convoqué à Rome, Bérenger comparaît devant le synode présidé par Nicolas II. Sous la pression de l'assemblée, il est contraint de répudier sa doctrine, déclarée hérétique, et de brûler ses livres.[57][58]
La formule d'abjuration de 1059
La formule qu'on lui impose de signer est rédigée par le redoutable cardinal Humbert de Silva Candida. Elle affirme la présence réelle dans des termes d'un réalisme extrême :
« Le pain et le vin qui sont déposés sur l'autel sont, après la consécration, non seulement un signe, mais le vrai Corps et le vrai Sang de notre Seigneur Jésus-Christ ; et ils sont, d'une manière sensible, touchés et rompus par les mains des prêtres et broyés sous les dents des fidèles, non seulement en signe, mais en vérité. » — Formule d'abjuration imposée à Bérenger de Tours, synode du Latran, 1059 (traduction du rédacteur d'après le texte latin ; trad. fr. de contrôle : Denzinger, Enchiridion symbolorum, n° 690)[59]
Ce que l'Église tient vraiment
Ce texte demande une lecture théologique soignée, car il a embarrassé les théologiens postérieurs eux-mêmes. La formule de 1059 a le mérite de la fermeté : contre Bérenger, elle proclame sans ambiguïté que l'Eucharistie est réellement le Corps et le Sang du Christ, et non un simple symbole. Sur ce point, elle exprime un dogme intangible de la foi catholique.[60]
Mais son expression est polémiquement grossière. Parler des dents qui « broient » le Corps du Christ, prises à la lettre, conduit à une caricature « capharnaïte » que l'Église n'a jamais voulu enseigner. La tradition théologique a précisé que le Christ est présent sous les espèces de façon substantielle et glorieuse, non passible : ce sont les espèces du pain — leurs apparences sensibles — qui sont rompues et consommées, tandis que le Christ, présent tout entier sous chaque parcelle, demeure impassible.[61] C'est cette distinction que Lanfranc de Pavie, puis saint Thomas d'Aquin, et enfin le concile de Trente porteront à sa pleine clarté, en forgeant le terme de transsubstantiation.
Bérenger lui-même, sitôt rentré à Tours, renia le serment arraché et reprit son enseignement, ce qui rouvrira la querelle sous les pontificats suivants.[62] L'épisode de 1059 marque néanmoins une étape : il fixe l'exigence dogmatique — la présence réelle — que les siècles suivants exprimeront en termes plus exacts.
L'alliance avec les Normands : le synode de Melfi
Pourquoi se tourner vers les Normands ?
Depuis le début du siècle, des aventuriers normands s'étaient taillé des principautés dans une Italie du Sud morcelée entre Lombards, Byzantins et émirs de Sicile. Léon IX avait tenté de les arrêter par les armes et avait subi à Civitate, en 1053, une défaite humiliante suivie d'une captivité.[63] La logique de l'affrontement avait échoué.
Nicolas II — entouré d'Hildebrand et de l'abbé Didier du Mont-Cassin, voisin et fin connaisseur des Normands, que l'Enciclopedia dei Papi présente comme l'important médiateur de cette nouvelle politique méridionale — choisit la voie inverse : transformer l'ennemi en vassal. Reconnaître les conquêtes normandes, c'était à la fois les légitimer aux yeux du droit et obtenir, en retour, une armée fidèle au siège de Pierre, indépendante de l'Empire.[64][65]
Le serment de Robert Guiscard (23 août 1059)
Au synode de Melfi, le 23 août 1059, devant les évêques latins de la région, Nicolas II reçoit le serment de fidélité de Robert Guiscard. Le chef normand se reconnaît vassal de saint Pierre et adopte un titre qui dit tout du marché conclu :
« Moi, Robert, par la grâce de Dieu et de saint Pierre, duc de Pouille et de Calabre, et, avec leur aide, futur duc de Sicile. » — Serment de fidélité de Robert Guiscard, synode de Melfi, 23 août 1059 (traduction du rédacteur d'après la formule latine ; trad. angl. de référence : EB1911)[66][67]
La formule est remarquable. Elle confère à Robert un titre encore largement virtuel : la Calabre n'est pas entièrement soumise, et la Sicile, alors aux mains des musulmans, reste à conquérir. Le pape investit donc le Normand d'une terre qu'il devra arracher à l'islam — manière de placer la future reconquête de la Sicile sous le patronage de saint Pierre. En échange, Robert promet un cens annuel au Saint-Siège — que l'historiographie évalue à douze deniers par paire de bœufs —, la protection de l'Église romaine, et son aide pour les futures élections pontificales.[68][69][70]
Richard de Capoue et la portée de l'alliance
Le même synode confirme Richard d'Aversa, déjà artisan de la reconquête de Rome sur Benoît X, dans sa dignité de prince de Capoue.[71] L'alliance normande couvre ainsi l'ensemble du Sud. Le tableau ci-dessous récapitule les deux investitures de 1059.
| Chef normand | Titre conféré en 1059 | Territoires | Engagement envers le pape |
|---|---|---|---|
| Robert Guiscard | Duc de Pouille, de Calabre et de Sicile | Pouille, Calabre (en cours), Sicile (à conquérir) | Fidélité, tribut annuel, protection, aide aux élections |
| Richard d'Aversa | Prince de Capoue | Principauté de Capoue | Fidélité, protection du siège apostolique |
La portée de Melfi dépasse de loin l'Italie du Sud. La papauté vient de se donner, pour la première fois, un allié militaire qui ne tient pas son pouvoir de l'Empire. Le rapport de forces qui structurait l'Occident depuis Charlemagne — un pape sous la tutelle protectrice de l'empereur — commence à se renverser. Sans Melfi, le bras de fer de Grégoire VII avec Henri IV, lors de la querelle des Investitures, aurait été impensable.
La rupture avec la cour d'Allemagne
Un décret mal reçu en Germanie
Les deux grands actes de 1059 inquiètent profondément la cour de Germanie. Le décret électoral, en réduisant le droit impérial à un privilège personnel et révocable, sape le fondement même de la tutelle germanique sur la papauté. L'alliance normande, elle, dote Rome d'une force autonome.[72][73] La régente Agnès et l'épiscopat allemand, fidèles à la mémoire d'Henri III, y voient une trahison de la collaboration qui avait porté les premiers papes réformateurs.
La fin du pontificat est ainsi marquée par une détérioration rapide des relations avec l'Allemagne. Nicolas II, qui avait pourtant été élu en présence du chancelier impérial, se retrouve en conflit ouvert avec la cour dont il avait d'abord recherché l'aval.
Le synode allemand de 1061 et l'annulation des décrets
La riposte germanique est brutale. En 1061, un synode d'évêques allemands, réuni à l'initiative de la cour, condamne le pape et déclare nuls ses décrets — du moins selon le témoignage, très obscur, de Pierre Damien (lettre 89).[74][75] Nicolas II tente bien d'envoyer en Allemagne, comme légat, le cardinal Étienne de San Crisogono pour s'expliquer ; mais sa mission est repoussée et le cardinal lui-même écarté de la cour.[76]
Le schisme institutionnel est ainsi noué dès avant la mort du pape. Il éclatera au grand jour à la disparition de Nicolas II : tandis que les réformateurs éliront, selon le décret de 1059, Alexandre II, la cour de Germanie suscitera contre lui l'antipape Honorius II (Cadalus de Parme). La validité du décret électoral devient le terrain même de l'affrontement.
La mort et l'héritage (1061)
Mort à Florence
Nicolas II meurt le 27 juillet 1061 à Florence, la ville dont il avait été l'évêque, où il s'était sans doute retiré.[77][78] Certaines sources hésitent sur le jour exact — on lit parfois le 19 ou le 20 juillet —, mais la fiche du Saint-Siège retient le 27 juillet.[79][80] Il est enseveli dans l'ancienne cathédrale de Florence, l'église Santa Reparata, que la tradition place sa sépulture près de l'autel de saint Zénobe, premier évêque de la ville.[81]
Alexandre II, Honorius II et la première application du décret
La succession de Nicolas II constitue le premier test du décret de 1059. Les cardinaux réformateurs élisent Anselme de Lucques, qui prend le nom d'Alexandre II — première élection conduite selon la nouvelle procédure.[82] La cour de Germanie répond en faisant élire l'antipape Honorius II. Le schisme dure plusieurs années, jusqu'à la reconnaissance définitive d'Alexandre II.
Le fait que le décret ait été immédiatement contesté ne diminue pas sa portée : il prouve au contraire qu'il touchait au cœur du pouvoir. La papauté avait désormais une règle d'élection écrite, qu'elle défendrait pied à pied jusqu'à sa pleine reconnaissance.
Ce que Nicolas II lègue à l'Église
Le bilan d'un pontificat de moins de trente mois est exceptionnel. Nicolas II laisse à l'Église trois acquis durables :
- une règle d'élection pontificale soustraite aux laïcs, ancêtre du conclave ;
- une alliance normande qui donne à la papauté réformatrice un protecteur indépendant de l'Empire ;
- une discipline de réforme — contre la simonie, le nicolaïsme et l'investiture laïque — qui prépare directement le grand combat de Grégoire VII.
« Il compte, avec Léon IX et Étienne IX, parmi les artisans décisifs des débuts de la réforme grégorienne. » — Synthèse de l'historiographie de la réforme du XIe siècle[83]
Gérard de Bourgogne n'a pas été un pape de l'éclat, mais un pape de la fondation. En une seule année, 1059, il a posé les bases institutionnelles et politiques sur lesquelles s'édifiera la liberté de l'Église médiévale. Le conclave qui élit aujourd'hui les papes garde la trace lointaine de son décret du Latran.
Chronologie
- 9 janvier 1045Évêque de FlorencePremière attestation
Gérard de Bourgogne est mentionné comme évêque de Florence ; il y restaure la vie canoniale du clergé.
- 29 mars 1058Mort d'Étienne IXOuverture de la crise
Le pape mourant avait fait jurer d'attendre le retour d'Hildebrand avant toute élection.
- 5 avril 1058L'antipape Benoît XCoup de force des Tusculani
L'aristocratie romaine fait élire Jean Mincius, cardinal de Velletri, par la force et la simonie.
- décembre 1058Élection de Nicolas II à SienneEn présence du chancelier impérial
Les cardinaux réformateurs, conduits par Hildebrand, choisissent l'évêque de Florence loin de Rome.
- 24 janvier 1059Couronnement à RomeAprès la chute de Benoît X
Avec l'appui de trois cents chevaliers normands, Nicolas II reprend la Ville et est intronisé.
- 13 avril 1059Synode du LatranCent treize évêques
Promulgation du décret In Nomine Domini sur l'élection pontificale ; décrets contre simonie et nicolaïsme ; abjuration de Bérenger de Tours.
- 23 août 1059Synode de MelfiL'alliance normande
Robert Guiscard, fait duc de Pouille, de Calabre et de Sicile, et Richard prince de Capoue, prêtent serment au pape.
- 1061Rupture avec la GermanieAnnulation des décrets
Un synode allemand condamne le pape et déclare ses décrets nuls ; son légat est éconduit.
- 27 juillet 1061Mort à FlorenceSanta Reparata
Nicolas II meurt dans sa ville épiscopale ; sa succession sera la première application du décret de 1059.
Pour aller plus loin
- Pape Étienne IX — Le prédécesseur immédiat, dont la mort ouvrit la crise de succession de 1058.
- Pape saint Léon IX — Le premier grand pape réformateur, vaincu par les Normands à Civitate avant le renversement d'alliance de Melfi.
- Pape Alexandre II — Le successeur, premier pape élu selon le décret de 1059.
- La réforme grégorienne — Le grand mouvement de purification de l'Église dont ce pontificat est un maillon central.
- La querelle des Investitures — Le conflit où l'alliance normande et le décret électoral porteront leurs fruits.
- La présence réelle eucharistique — Le dogme défendu, en termes encore rudes, contre Bérenger de Tours en 1059.
- Le célibat des prêtres — La discipline que les décrets contre le nicolaïsme entendaient restaurer.
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle « Niccolò II » : 155e pape de l'Église catholique, nom civil Gerardo, originaire de Bourgogne (Borgogna), pontificat du XII.1058 / 24.I.1059 au 27.VII.1061. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/niccolo-ii.html.
1 19 40 77 79Décret In Nomine Domini, promulgué par Nicolas II au synode du Latran le 13 avril 1059 (texte dans Monumenta Germaniae Historica, Constitutiones I ; notice « Papal Election Decree (1059) », Encyclopedia.com ; traduction anglaise Henderson, Avalon Project : https://avalon.law.yale.edu/medieval/papalel.asp) : l'élection appartient d'abord aux cardinaux-évêques, puis aux autres cardinaux, le clergé et le peuple donnant leur assentiment ; possibilité d'élire hors de Rome et hors du clergé romain ; clause réservant à Henri IV un honneur et un respect (« salvo debito honore et reverentia ») au titre d'un privilège personnel de confirmation ; le décret est conservé en deux recensions, l'une « pontificale », l'autre « impériale » retouchée, dont l'origine exacte reste débattue. Les citations françaises du décret dans cet article sont des traductions du rédacteur d'après le texte latin, la traduction anglaise de référence étant celle de Henderson.
2 11 12 44 47 48« Niccolò II », Enciclopedia dei Papi, Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani : Gerardo originaire de Bourgogne, attesté évêque de Florence le 9 janvier 1045, mort d'Étienne IX le 29 mars 1058, antipape Benoît X (Giovanni Mincio, cardinal de Velletri) élu le 5 avril 1058 par la force et la simonie, élévation à Sienne en décembre 1058 en présence du chancelier impérial Wibert, couronnement à Rome le 24 janvier 1059, synode du Latran le 13 avril 1059 avec cent treize évêques, décret sur l'élection pontificale, interdiction de recevoir églises et biens des laïcs, mesures contre simonie et concubinage, abjuration de Bérenger et destruction de ses livres, synode de Melfi le 23 août 1059, serment de Robert Guiscard et confirmation de Richard de Capoue, trois cents chevaliers normands fournis par Richard contre l'antipape, synode allemand annulant les décrets et légation d'Étienne de San Crisogono éconduite, mort le 27 juillet 1061 à Florence, sépulture probable à Santa Reparata près de l'autel de saint Zénobe. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/niccolo-ii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
3 9 10 18 20 22 23 24 29 30 31 32 33 35 36 39 43 45 46 55 57 64 71 73 74 76 78 81« Nicholas II, Pope », New Catholic Encyclopedia, repris par Encyclopedia.com : Gérard, originaire de la Bourgogne française, évêque de Florence avant 1045 avec l'appui de Godefroi le Barbu, élu pape le 6 décembre 1058 (?) à Sienne par les cardinaux dont Hildebrand et Pierre Damien, intronisé en janvier 1059 après la condamnation de Benoît X au synode de Sutri, synode pascal d'avril 1059 réglant l'élection pontificale, droits impériaux non abrogés, concile de Melfi d'août 1059 faisant de Robert Guiscard et de Richard de Capoue des vassaux du pape (serment de protéger la papauté, d'aider aux futures élections et de verser le cens), fin du pontificat le 20 juillet 1061 à Florence après les désaccords avec la cour de Germanie. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/nicholas-ii-pope.
4 7 14 26 28 34 37 69 72 75 82 83« Papal Election Decree (1059) », Dictionary of the Middle Ages / Encyclopedia of the Middle Ages, repris par Encyclopedia.com : présente le débat historiographique sur la portée du décret — lecture classique d'un texte anti-impérial visant à évincer l'empereur de l'élection pontificale, contre la lecture d'A. Michel et H.-G. Krause selon laquelle le décret confirmait d'abord le rôle d'arbitrage déjà exercé par Henri III pour mettre fin aux factions romaines. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/papal-election-decree-1059.
5 52 53Serment de fidélité de Robert Guiscard, synode de Melfi, 23 août 1059 : formule conservée dans la collection canonique du cardinal Deusdedit et reprise par l'historiographie de la conquête normande de l'Italie du Sud — « Moi, Robert, par la grâce de Dieu et de saint Pierre, duc de Pouille et de Calabre, et, avec leur aide, futur duc de Sicile » (cf. Encyclopædia Britannica 1911 : « by Grace of God and St Peter duke of Apulia and Calabria and future lord of Sicily », contre cens annuel au Saint-Siège) ; le Normand se reconnaît vassal de saint Pierre, promet un cens annuel, la protection de l'Église romaine et son aide aux futures élections pontificales. La citation française du serment dans cet article est une traduction du rédacteur d'après la formule latine.
6 16 65 66 68« Pope Nicholas II », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911, repris par New Advent : naissance à Chevron (Savoie actuelle), chanoine à Liège, évêque de Florence (1046) où il restaure la vie canoniale, élection à Sienne en décembre 1058, couronnement le 24 janvier 1059, synode du Latran de 1059 avec cent treize évêques, interdiction des ordinations simoniaques, de l'investiture laïque et de l'assistance à la messe d'un prêtre concubinaire, abjuration de Bérenger, synode de Melfi et investiture de Robert Guiscard, défaite de Léon IX à Civitate (1053), mort à Florence le 19 ou 27 juillet 1061, sépulture à Santa Reparata. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11055a.htm.
8 15 17 21 25 27 38 41 42 54 58 63 80« In nomine Domini », décret du synode du Latran du 13 avril 1059, texte critique dans Ludwig Weiland (éd.), Monumenta Germaniae Historica, Legum sectio IV : Constitutiones et acta publica imperatorum et regum, tome I (911-1197), Hanovre, Impensis Bibliopolii Hahniani, 1893, version pontificale n° 382, p. 538-541, version impériale n° 383, p. 541-546. Édition critique actuelle : Detlev Jasper (éd.), Die Konzilien Deutschlands und Reichsitaliens 1023-1059, MGH Concilia 8, Hanovre, 2010, p. 382-407.
13 50Ernest F. Henderson (trad.), Select Historical Documents of the Middle Ages, Londres, George Bell and Sons, 1896, « Decree of 1059 A.D. Concerning Papal Elections », p. 361-365 : traduction anglaise de référence du décret, reprise par le Avalon Project de la Yale Law School (https://avalon.law.yale.edu/medieval/papalel.asp), notamment de la clause réservant à Henri IV « l'honneur et le respect dûs ».
49Detlev Jasper, Das Papstwahldekret von 1059. Überlieferung und Textgestalt, Beiträge zur Geschichte und Quellenkunde des Mittelalters 12, Sigmaringen, Jan Thorbecke, 1986 : édition critique et analyse comparée des deux recensions (pontificale et impériale) du décret In Nomine Domini de Nicolas II, établissant le caractère secondaire et remanié de la version impériale.
51Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. IV : Mediaeval Christianity, A.D. 590-1073, § 128 « The Berengar Controversy » : doctrine eucharistique de Bérenger de Tours (présence figurée, non substantielle), formule réaliste imposée par Humbert en 1059, rétractation de Bérenger après son retour à Tours, embarras des théologiens postérieurs devant la crudité de la formule, clarification ultérieure par Lanfranc, la scolastique et le concile de Trente (transsubstantiation). URL : https://www.ccel.org/ccel/schaff/hcc4.i.xi.xxiii.html.
56 61 62Formule d'abjuration imposée à Bérenger de Tours, rédigée par le cardinal Humbert de Silva Candida et signée au synode du Latran de 1059 ; conservée par Lanfranc de Pavie (De corpore et sanguine Domini) et passée dans la tradition canonique (Décret de Gratien), reprise dans l'Enchiridion symbolorum de Denzinger sous le n° 690 (« Concile de Rome 1059 : la profession de foi en l'Eucharistie prescrite à Bérenger » ; la formule adoucie du synode romain de 1079 figure quant à elle au n° 700). Texte latin : « ... panem et vinum quae in altari ponuntur, post consecrationem non solum sacramentum, sed etiam verum corpus et sanguinem Domini nostri Iesu Christi esse, et sensualiter non solum sacramento sed in veritate manibus sacerdotum tractari, frangi et fidelium dentibus atteri ».
59 60« Robert Guiscard », Encyclopædia Britannica, 11e éd., Cambridge University Press, 1911, vol. 23, p. 421-422 : confirme la date du 23 août 1059 pour l'investiture de Robert Guiscard à Melfi par Nicolas II comme duc de Pouille, de Calabre et, en espérance, de Sicile, contre serment de fidélité et cens annuel au Saint-Siège. Texte accessible sur Wikisource : https://en.wikisource.org/wiki/1911_Encyclop%C3%A6dia_Britannica/Robert_Guiscard.
67Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. V : The Middle Ages, A.D. 1049-1294 : « 1059, pledged for Sicily twelve denarii for every yoke of oxen to be paid for all time » (note 1902 : « Jensen, p. 36 », soit O. Jensen, Der englische Peterspfennig, Heidelberg, 1903, p. 36, ouvrage cité dans la bibliographie du chapitre par Schaff). Chaîne de seconde main — Schaff via Jensen, ouvrage consacré au denier de Saint-Pierre anglais — non recoupée sur la formule primaire du serment (collection canonique du cardinal Deusdedit) dans cette session : le chiffre est donc donné au conditionnel dans le corps de l'article. L'existence même du cens annuel, elle, est attestée par l'EB1911 (« annual rent of the Holy See ») et Treccani (« dietro corresponsione di un censo annuo »). URL : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc5/hcc5.ii.xvii.iii.html.
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