Saint Pierre Damien (Petrus Damiani, 1007 – 1072) est l'une des plus hautes figures du XIᵉ siècle chrétien : à la fois ermite épris de solitude et cardinal contraint d'agir au grand jour, moine austère et théologien puissant, il fut l'un des principaux artisans de la grande réforme de l'Église qui allait porter le nom de son ami Grégoire VII[1][2].
Né pauvre à Ravenne, orphelin et longtemps maltraité, il devint par son seul travail un maître célèbre — puis, à l'apogée de sa réussite, quitta tout pour l'ermitage de Fonte Avellana, dans la lignée spirituelle de saint Romuald[3][4]. De ce désert, il ne cessa pourtant de peser sur l'Église entière. Sa plume, l'une des plus vigoureuses du Moyen Âge, dénonça sans ménagement la simonie — le trafic des charges sacrées — et le nicolaïsme, c'est-à-dire l'incontinence des clercs. Son Liber Gomorrhianus reste le réquisitoire le plus brûlant qu'un saint ait jamais lancé contre la corruption morale du clergé[5][6].
Fait cardinal-évêque d'Ostie malgré lui, il servit cinq papes — adressant ses écrits à Léon IX, siégeant à Florence sous Victor II, puis légat sous Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II — réconciliant Milan, défendant l'exemption de Cluny, s'efforçant d'empêcher le divorce de l'empereur. Mais son cœur restait au désert : il supplia si longtemps qu'on le laissa, à la fin, redevenir simple moine. Il mourut à Faenza en 1072, veillant un frère dans la nuit.
Docteur de l'Église depuis 1828, chanté par Dante au ciel des contemplatifs, Pierre Damien demeure le témoin d'une vérité que son siècle avait oubliée : on ne réforme l'Église qu'en commençant par se réformer soi-même, dans le silence, la pénitence et la prière.
Comment connaît-on saint Pierre Damien ?
Nous connaissons Pierre Damien d'abord par lui-même. Peu d'hommes du Moyen Âge ont laissé une œuvre aussi abondante et aussi personnelle : la New Catholic Encyclopedia chiffre l'œuvre conservée à environ 170 lettres (les Epistolae), 53 sermons et 7 vies de saints, sans compter les opuscules théologiques et polémiques, les hymnes et les poèmes liturgiques[7]. Le pape Benoît XVI, qui lui consacra sa catéchèse du 9 septembre 2009, relevait qu'il devint, grâce à sa connaissance des grands classiques latins, « l'un des meilleurs latinistes de son époque, l'un des plus grands écrivains du Moyen Age latin »[8]. À travers ces pages, on entend une voix : ardente, ironique, tour à tour tendre et féroce, toujours brûlante du désir de Dieu.
La première biographie est due à son disciple Jean de Lodi (Iohannes Laudensis), moine de Fonte Avellana qui vécut auprès de lui et devint plus tard évêque de Gubbio. Sa Vita beati Petri Damiani, écrite peu après la mort du saint, est notre source narrative principale[9][10].
Comme toute Vita médiévale, ce récit veut édifier autant qu'informer : plusieurs dates de la vie de Pierre Damien — l'année exacte de son entrée à Fonte Avellana, le jour de sa mort, la datation de certains opuscules — restent discutées, et cet article les présente honnêtement comme des fourchettes. Mais l'essentiel est solidement attesté, tant par ses propres écrits que par les actes des papes qu'il servit.
Une enfance pauvre à Ravenne
Le dernier-né d'une famille misérable
Pierre naît à Ravenne en 1007, dans une famille nombreuse et pauvre[11][12]. Il est le dernier d'une longue fratrie, et sa venue au monde, dit la tradition rapportée par Jean de Lodi, fut d'abord mal accueillie : une belle-sœur excédée aurait reproché à la mère d'ajouter une bouche de plus à nourrir. Découragée, celle-ci refusa un temps d'allaiter l'enfant, qui faillit mourir ; une servante l'aurait sauvé et ramené à sa mère[13][14][15].
Orphelin de bonne heure, le petit Pierre passe aux mains d'un frère aîné qui le traite durement, le nourrissant à peine et l'envoyant, dit-on, garder les porcs[16][17][18]. Cette enfance de privations laissera sur lui une empreinte durable : toute sa vie, il gardera l'âpreté de ceux qui ont connu la faim, et une compassion aiguë pour les pauvres et les humbles.
Le frère Damien, archiprêtre de Ravenne
Le salut vint d'un autre frère, Damien (Damianus), archiprêtre de Ravenne, homme cultivé et bon. Frappé par l'intelligence de l'enfant, il le recueille, le fait éduquer et l'aime comme un fils[19][20]. En reconnaissance, Pierre ajoutera plus tard le nom de son protecteur au sien : Petrus Damiani, Pierre de Damien — c'est ainsi que la postérité le connaît[21][22].
« Il ajouta le nom de Damien à celui de Pierre, en mémoire du frère qui l'avait tiré de la misère et lui avait ouvert les lettres. » — d'après la tradition biographique tirée de la Vie de Jean de Lodi[23]
Le maître célèbre devenu ermite
Les études à Faenza et à Parme
Sous la protection de son frère, Pierre étudie aux écoles de Ravenne, puis de Faenza, enfin de Parme, alors l'un des grands foyers intellectuels de l'Italie du Nord[24][25]. Il s'y révèle un esprit de premier ordre : grammaire, rhétorique, droit, il excelle en tout. Vers 1032, à peine âgé de vingt-cinq ans, il est déjà un maître réputé, entouré d'élèves, promis à la fortune et aux honneurs du siècle[26][27].
La conversion et le mépris du monde
Mais au sommet de cette réussite, une inquiétude le travaille. Le brillant professeur découvre le néant des biens qu'il poursuit. Déjà, sous ses habits de maître, il porte en secret un cilice et multiplie les jeûnes et les veilles[28][29]. Le De contemptu saeculi — « Du mépris du monde » — qu'il écrira plus tard traduit ce qu'il vécut alors : la conviction que rien de ce qui passe ne mérite qu'on lui livre son âme.
« Elle passe, la figure de ce monde. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 7 — parole que Pierre Damien fit sienne en quittant sa chaire pour le désert[30]
L'entrée à Fonte Avellana (vers 1035)
Un jour, deux ermites de passage lui parlent de la vie solitaire menée à Fonte Avellana, ermitage fondé au pied du mont Catria, dans les Apennins, par les disciples de saint Romuald, le père des camaldules[31][32]. Le récit décide de tout. Vers 1035, Pierre abandonne sa carrière, distribue ses biens et se présente à la porte du monastère pour y embrasser la vie la plus austère qui soit : cellules isolées, silence, jeûnes prolongés, longues psalmodies de nuit[33][34].
Il s'y montre si fervent que sa santé en souffre : les veilles excessives lui donnent d'atroces insomnies. Loin de le décourager, l'épreuve l'affermit dans une discrétion nouvelle — il apprendra à modérer les autres tout en restant, pour lui-même, d'une rigueur implacable[35].
Prieur de Fonte Avellana
À la tête de l'ermitage (1043)
Ses vertus et sa science le désignent vite. Dès avant la mort du prieur, il en est fait le collaborateur ; en 1043, il devient prieur de Fonte Avellana, charge qu'il gardera — au moins de titre — jusqu'à sa mort[36][37]. Sous son gouvernement, l'ermitage rayonne : il en fait un foyer de réforme et une pépinière d'hommes spirituels. Il fonde ou réforme plusieurs ermitages qui en dépendent — San Severino, Gamugno, Sitria, Ocri et d'autres —, bâtit, enrichit la bibliothèque, et impose une règle d'une exigence peu commune[38].
C'est aussi de ces années que date sa première grande œuvre hagiographique : vers 1042, il rédige la Vie de saint Romuald (Vita beati Romualdi), le fondateur des camaldules, mort une quinzaine d'années plus tôt[39][40]. Cette Vie est aujourd'hui encore notre source majeure sur Romuald : en la composant, Pierre Damien se plaçait explicitement dans sa filiation spirituelle, celle d'un christianisme du désert et de la solitude.
Le maître de la « sainte discipline »
Pierre Damien fut l'un des grands promoteurs de la discipline volontaire — la flagellation pénitentielle que les moines s'infligeaient en union aux souffrances du Christ[41][42]. Contre ceux qui trouvaient la pratique excessive, il la défendit avec vigueur, y voyant une manière concrète de crucifier la chair et de satisfaire pour les péchés. On a pu juger cette ascèse rude ; elle procédait chez lui d'une théologie cohérente de la pénitence, prolongement direct de la parole de saint Paul sur le corps qu'il faut réduire en servitude.
| Trait de la vie de Fonte Avellana sous Pierre Damien | Ce qu'il apporte |
|---|---|
| Solitude érémitique | Cellules séparées, silence, prière continuelle dans la lignée de Romuald[43] |
| Pénitence corporelle | Jeûnes, veilles, « sainte discipline » comme union à la Croix[44][45] |
| Office de la Vierge | Promotion du Petit Office de la Bienheureuse Vierge Marie[46] |
| Travail intellectuel | Copie des manuscrits, enrichissement de la bibliothèque, écriture[47] |
| Rayonnement réformateur | Fondation d'ermitages dépendants, formation de réformateurs[48] |
Le réformateur : contre la simonie et le nicolaïsme
Le mal du XIᵉ siècle
Pour comprendre le combat de Pierre Damien, il faut mesurer la crise de son temps. Au XIᵉ siècle, l'Église d'Occident est gangrenée par deux plaies. La simonie — du nom de Simon le Magicien — est le trafic des biens sacrés : on achète et l'on vend les évêchés, les abbayes, les ordinations, comme des marchandises. Le nicolaïsme désigne l'incontinence des clercs, qui vivent ouvertement avec des concubines ou se marient, au mépris de la loi du célibat ecclésiastique[49][50].
Ces désordres n'étaient pas de simples faiblesses individuelles : ils tenaient à l'emprise des laïques sur l'Église, les seigneurs et les princes disposant des charges sacrées comme de leur bien propre. C'est tout ce système que la réforme du XIᵉ siècle — dite grégorienne, du nom de Grégoire VII — allait entreprendre de briser. Pierre Damien en fut l'un des premiers et des plus intrépides hérauts[51][52].
📖 Voir l'article détaillé : La réforme grégorienne
Le Liber Gomorrhianus (vers 1049)
Vers 1049, Pierre Damien adresse au nouveau pape Léon IX l'un de ses écrits les plus célèbres et les plus violents : le Liber Gomorrhianus, le « Livre de Gomorrhe »[53][54]. Il y dénonce sans détour la corruption morale d'une partie du clergé, et particulièrement les vices contre nature, qu'il compare au péché de Sodome châtié par le feu du ciel. Le ton est celui d'un prophète : il ne ménage ni les coupables, ni les évêques qui ferment les yeux, ni les faux confesseurs qui absolvent leurs complices.
L'ouvrage se refuse à toute complaisance, mais il n'oublie jamais que le but de la sévérité est le salut. Après avoir dressé le tableau du péché, Pierre Damien se tourne vers le pécheur lui-même dans une page bouleversante d'espérance :
« Lève-toi, lève-toi, réveille-toi, toi qui es engourdi par la torpeur de la volupté misérable ! [...] Que ton esprit présume en toute confiance de la divine piété : ce n'est pas aux pécheurs de désespérer, mais aux impies. Car ce n'est pas la grandeur des crimes qui induit l'âme au désespoir, mais l'impiété. » — Pierre Damien, Livre de Gomorrhe, ch. 23[55]
Loin d'être un simple pamphlet, le livre est aussi une défense du sacrement de pénitence et une méditation sur la miséricorde : celui qui est tombé, écrit-il, peut toujours « tendre la main avec confiance à la perche de la pénitence, qui est partout à sa disposition »[56]. À ceux qui l'accusaient de dénoncer ses frères, il répondit qu'il préférait « déplaire aux hommes plutôt qu'à Dieu », et invoquait les grands docteurs — Jérôme, Ambroise, Augustin — qui n'avaient pas craint de combattre le mal en face[57].
Léon IX reçut l'ouvrage avec faveur. Dans une préface conservée, le pape loue l'auteur d'avoir « levé le bras de son esprit contre l'obscénité du plaisir sexuel », tout en tempérant avec sagesse la rigueur des sanctions proposées[58][59].
« Par un pieux combat, fils très cher, le dessein de ton esprit est parvenu jusqu'au haut lieu de la sainte pudicité. [...] Tu as subjugué la barbarie de la chair en levant le bras de ton esprit contre l'obscénité du plaisir. » — Pape Léon IX, préface au Livre de Gomorrhe[60]
Le Liber Gratissimus (vers 1053)
Le zèle de Pierre Damien ne fut jamais aveugle. Quand une partie des réformateurs, dans l'ardeur du combat contre la simonie, soutint que les ordinations conférées par des évêques simoniaques étaient purement et simplement nulles, il prit la plume pour les reprendre. Dans le Liber Gratissimus (vers 1053), il défendit la thèse — que l'Église finira par consacrer — de la validité de ces ordinations : le sacrement ne perd pas sa force à cause de l'indignité du ministre, même si le trafic reste un crime[61][62].
Cette position, plus nuancée que celle de bien des zélotes, montre la profondeur théologique du réformateur : il voulait purifier l'Église sans déchirer le tissu des sacrements, ni jeter le doute sur la validité de milliers de messes et de baptêmes. Là encore, la vérité comptait plus pour lui que l'efficacité polémique.
Le théologien : le De divina omnipotentia
Parmi ses opuscules, l'un a durablement retenu l'attention des philosophes : le De divina omnipotentia (« De la toute-puissance divine »), lettre écrite vers 1065 à l'abbé Didier du Mont-Cassin — le futur pape Victor III — et à ses moines[63][64]. Le débat était né d'une conversation à table, à l'abbaye du Mont-Cassin, à propos d'un mot de saint Jérôme selon lequel Dieu lui-même ne pourrait rendre à une femme sa virginité perdue. Deux questions vertigineuses en découlaient : Dieu peut-il restaurer une virginité perdue ? Et surtout, peut-il faire que ce qui a été n'ait pas été, changer le passé ?
Pierre Damien répond en défendant sans compromis la toute-puissance de Dieu. Oui, Dieu peut rendre la virginité — non en effaçant l'événement passé, mais par un miracle opéré dans le présent, comme il ressuscite les morts[65]. Quant au passé accompli, le « défaire » impliquerait une contradiction ; mais cette limite, souligne Damien, ne touche en rien la puissance divine, car la toute-puissance est la capacité de faire tout ce qui est bien, et jamais Dieu ne se contredit ni ne renie sa sagesse[66][67]. Loin de mépriser la raison, comme on l'a parfois prétendu, il veut seulement que la dialectique reste au service de la foi, « comme la servante sert sa maîtresse ». Le traité, souvent cité dans l'histoire de la philosophie médiévale, illustre la manière dont ce moine austère savait, à l'occasion, se faire métaphysicien.
Un autre opuscule fameux, le Dominus vobiscum, répond à une question toute monastique : l'ermite qui prie seul dans sa cellule peut-il dire les formules liturgiques au pluriel — « Le Seigneur soit avec vous » — alors que nul ne l'entend ? Pierre Damien y développe une magnifique théologie de l'Église comme un seul corps : le solitaire n'est jamais seul, car il porte en lui toute l'Église, et l'Église entière prie en lui[68][69].
« L'Église du Christ est unie par un tel lien de charité que, dans plusieurs, elle est une, et dans chacun, tout entière mystérieusement. » — d'après Pierre Damien, Dominus vobiscum[70]
Cardinal-évêque d'Ostie malgré lui (1057)
La contrainte d'Étienne IX
L'homme qui n'aspirait qu'à disparaître dans le désert allait être arraché à sa solitude. En 1057, le pape Étienne IX — noté « Étienne X » dans la Catholic Encyclopedia, qui compte dans la série un éphémère Étienne II — (Frédéric de Lorraine) décide de mettre au service de l'Église romaine ce moine dont toute l'Italie parlait. Le 30 novembre 1057, il le crée cardinal-évêque d'Ostie — l'un des sièges les plus éminents, dont le titulaire a le privilège de sacrer le pape — et l'appelle à la curie[71][72].
Pierre Damien résista de toutes ses forces. Il ne céda, dit-on, que sous la menace de l'excommunication et par obéissance formelle. Devenu cardinal, il ne changea rien à sa vie : sous la pourpre, il garda le cilice, le jeûne et la pauvreté du moine[73][74]. Jamais il ne cessa de considérer sa charge comme un exil loin de la cellule aimée, et de multiplier les démarches pour en être déchargé.
Au service de cinq papes
Pierre Damien servit cinq pontifes réformateurs — adressant à Léon IX ses écrits de réforme, siégeant au synode de Florence sous Victor II en 1055, puis agissant comme cardinal et légat sous Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II — et se lia d'une amitié aussi féconde qu'orageuse avec l'archidiacre Hildebrand, le futur Grégoire VII, âme de la réforme[75][76]. Il soutint la grande réforme de l'élection pontificale de 1059, qui réserva aux cardinaux le choix du pape et soustrayait la papauté aux pressions des factions romaines et de l'empire.
Les grandes légations
Milan et les Pataria (1059)
La mission la plus retentissante fut celle de Milan. La grande cité lombarde était déchirée : le peuple des réformateurs, les Pataria, dénonçait la simonie et le concubinage d'un clergé puissant et retranché dans ses privilèges. En 1059, Pierre Damien y fut envoyé comme légat, avec Anselme de Lucques (le futur Alexandre II)[77][78]. La situation faillit tourner à l'émeute : le clergé milanais contestait l'autorité de Rome sur l'antique siège de saint Ambroise.
Avec un courage et une fermeté admirables, Pierre Damien monta en chaire, fit reconnaître la primauté romaine, et obtint des clercs coupables un serment de réforme[79]. Ce fut un tournant : Rome imposait sa loi à la plus fière des Églises d'Italie, et la réforme y gagnait une place décisive.
Cluny et la France (1063)
En 1063, Alexandre II l'envoya en France, à l'abbaye de Cluny. L'évêque Drogon de Mâcon contestait à l'abbé Hugues de Cluny l'exemption qui soustrayait la grande abbaye bourguignonne à la juridiction épiscopale pour la placer sous la seule autorité du pape. Pierre Damien, réunissant un concile à Chalon-sur-Saône, trancha en faveur de Cluny et confirma solennellement ses privilèges[80][81]. C'est à ce séjour en France que se rattache sa Vie de saint Odilon, cinquième abbé de Cluny[82].
L'Allemagne et le divorce de l'empereur (1069)
En 1069, âgé déjà, il accepta encore une mission délicate en Allemagne : le jeune empereur Henri IV voulait répudier son épouse Berthe de Savoie. Pierre Damien, au concile de Francfort (Mayence selon la New Catholic Encyclopedia), s'opposa au divorce au nom de l'indissolubilité du mariage et fit reculer le souverain[83][84]. Une fois de plus, le vieux moine avait fait plier un puissant — non par la force, mais par l'autorité morale d'un homme qui ne voulait rien pour lui-même.
Le retour au désert
Année après année, Pierre Damien ne cessa de supplier les papes de le décharger de sa dignité épiscopale. Il écrivait à Nicolas II, à Alexandre II, lettres pressantes où le désir de la solitude perce sous l'obéissance. Vers 1067, Alexandre II finit par accéder à sa demande : Pierre Damien fut relevé de l'administration d'Ostie et put regagner Fonte Avellana, retrouvant la cellule, la psalmodie et le silence de sa jeunesse religieuse[85][86].
Il ne renonça pas pour autant au service de l'Église : jusqu'au bout, on continua de faire appel à lui pour des missions et des médiations. Mais il les accomplissait désormais comme un moine qu'on tire un moment de son désert, non comme un prélat installé dans le monde.
Hildebrand, son « saint Satan »
L'amitié de Pierre Damien et d'Hildebrand — le futur Grégoire VII — fut l'une des plus fécondes de l'histoire de l'Église, et l'une des plus vives. L'ermite admirait l'énergie du grand archidiacre, « colonne inébranlable du Siège apostolique », mais souffrait de le voir sans cesse le rappeler au service actif quand lui n'aspirait qu'à la paix du cloître[87]. C'est dans ce mélange d'affection et d'exaspération qu'il forgea le surnom resté célèbre : il appelait Hildebrand son saint Satan (sanctus Satanas)[88][89].
Le mot, ironique et tendre, ne visait pas à insulter : dans son sens biblique premier, satan signifie l'« adversaire », celui qui se met en travers du chemin. Hildebrand était pour Pierre Damien cet adversaire bien-aimé, tout entier voué à Dieu, qui le tirait sans relâche de sa solitude pour le jeter dans les affaires de l'Église. Sous la boutade perce une tension réelle : dans ses dernières années, l'ermite ne partageait plus entièrement les vues politiques du futur pape, préférant à la lutte frontale le travail plus caché de la conversion des cœurs[90].
La mort à Faenza (1072) et le culte
La dernière mission
En 1072, malgré son grand âge, Alexandre II lui confia une dernière légation : réconcilier l'Église de Ravenne, sa ville natale, tombée dans le schisme et l'excommunication après la mort d'un archevêque rebelle. Pierre Damien réussit sa mission et ramena Ravenne à l'obéissance[91][92]. C'était comme si Dieu lui avait accordé de refermer sa vie là où elle avait commencé.
Sur le chemin du retour, une fièvre le saisit. Il s'arrêta au monastère bénédictin de Santa Maria degli Angeli (aujourd'hui Santa Maria Vecchia), à Faenza. Là, veillé par les moines qui récitaient l'office autour de lui, il rendit son âme à Dieu dans la nuit qui précédait la fête de la Chaire de saint Pierre — le 22 février 1072 (le 23 selon d'autres récits ; le 21 février, parfois avancé, est sa fête actuelle, non le jour de sa mort)[93][94]. Il avait environ soixante-cinq ans.
- 1007Naissance à RavenneDans une famille pauvre
- enfanceRecueilli par son frère DamienL'archiprêtre de Ravenne
- vers 1032Maître célèbre à ParmeAu sommet de la carrière du siècle
- vers 1035Entrée à Fonte AvellanaL'ermitage de la lignée de Romuald
- 1043Prieur de Fonte AvellanaFoyer de réforme
- vers 1049Le Liber GomorrhianusRéquisitoire adressé à Léon IX
Il dénonce la corruption morale du clergé, tout en exaltant la pénitence et la miséricorde.[105][106]
- 1057Cardinal-évêque d'OstieContraint par Étienne IX
- 1059Légation de MilanLes Pataria et la primauté romaine
- 1063Légation de ClunyDéfense de l'exemption
- vers 1067Retour à l'ermitageDéchargé de sa charge par Alexandre II
- 1069Légation d'AllemagneContre le divorce d'Henri IV
- 22 février 1072Mort à FaenzaAu retour de Ravenne
Reliques, fête et culte
Vénéré comme un saint dès sa mort — sans canonisation formelle, procédure qui n'existait pas encore sous cette forme au XIᵉ siècle : son culte, attesté depuis sa mort à Faenza, Fonte Avellana, au Mont-Cassin et à Cluny, fut étendu à l'Église universelle par le pape Léon XII en 1823[119][120] —, Pierre Damien fut enseveli à Faenza, où ses reliques reposent depuis 1898 dans une chapelle qui lui est dédiée dans la cathédrale[121][122]. Sa fête, fixée alors au 23 février, se célèbre aujourd'hui le 21 février, depuis la réforme du calendrier romain de 1969 : le 23 est l'ancienne date de sa fête, non le jour de sa mort[123][124]. Souvenir des insomnies de sa jeunesse à Fonte Avellana, la piété populaire l'invoque pour ceux qui souffrent de l'insomnie, et voit en lui un modèle des réformateurs de l'Église[125].
Docteur de l'Église (1828)
Le 27 septembre 1828, le même pape Léon XII couronna cette gloire en le proclamant docteur de l'Église[126][127] — reconnaissance solennelle que son œuvre écrite, sa doctrine sur la pénitence, la vie religieuse, la toute-puissance divine et l'unité de l'Église, appartiennent au trésor de l'enseignement catholique. Il figure ainsi parmi les grands docteurs du Moyen Âge, aux côtés de saint Anselme et de saint Bernard.
Saint Pierre Damien chez Dante
Trois siècles après sa mort, Pierre Damien reçut un hommage inattendu : Dante Alighieri lui donna une place de choix dans le Paradis de la Divine Comédie. Au ciel de Saturne, celui des âmes contemplatives, le poète rencontre une lumière ardente qui se présente à lui — c'est Pierre Damien, qui décrit son ermitage sous le mont Catria et fulmine contre le luxe des prélats de son temps, si couverts de manteaux qu'« ils traînent deux bêtes sous une seule peau »[128][129].
« En ce lieu, je fus Pierre Damien ; et je fus Pierre le Pécheur dans la maison de Notre-Dame, sur le rivage de l'Adriatique. » — Dante, Paradis, chant XXI[130]
Que le plus grand poète chrétien ait choisi ce moine réformateur pour porter, du haut du Ciel, la dénonciation de la corruption ecclésiastique, dit assez la place que Pierre Damien a gardée dans la mémoire de l'Église : celle d'un veilleur intransigeant, mais d'un veilleur habité par l'amour de Dieu.
La spiritualité de saint Pierre Damien
La primauté de la solitude
Le cœur de sa spiritualité est l'amour de la vie cachée. Pour Pierre Damien, la vie érémitique est « au sommet des états de vie », et la cellule du solitaire un paradis anticipé, le lieu où l'âme, dégagée du monde, s'unit à Dieu dans la prière continuelle[131]. Toute sa vie active — les légations, la pourpre, les combats — ne fut à ses yeux qu'une parenthèse arrachée à cette vocation première. C'est pourquoi il ne connut jamais de plus grande joie que de pouvoir enfin retourner au désert.
« La cellule de l'ermitage est le parloir où Dieu converse avec les hommes. » — Saint Pierre Damien, cité par le pape Benoît XVI[132]
La pénitence et la Croix
Il fut aussi le grand docteur de la pénitence. Contre la tiédeur de son siècle, il rappela sans relâche la nécessité de la satisfaction, de la mortification, de la larme du repentir. Sa promotion de la « sainte discipline » procédait de cette conviction : le chrétien est appelé à compléter en sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ, non pour se punir, mais pour aimer. Toute son ascèse tenait dans une phrase, où il résumait la logique de la Croix :
« Celui qui n'aime pas la croix du Christ n'aime pas le Christ. » — Saint Pierre Damien, Sermo XVIII, 11, cité par le pape Benoît XVI[133]
Il aimait se signer d'un titre qui disait toute son âme : « Petrus crucis Christi servorum famulus — Pierre serviteur des serviteurs de la croix du Christ » (Ep. 9, 1)[134].
La tendresse mariale
Cette rudeur cachait une grande tendresse. Pierre Damien nourrit une dévotion ardente à la Vierge Marie et contribua puissamment à répandre le Petit Office de la Bienheureuse Vierge Marie — d'abord prié le samedi, en hommage hebdomadaire à Marie : il en attestait lui-même l'usage déjà répandu parmi le clergé séculier d'Italie et de France, et le fit réciter au chœur dans plusieurs maisons italiennes[135]. Chez lui, l'ascèse la plus dure et la piété la plus filiale n'étaient pas contradictoires : elles étaient les deux visages d'un même amour.
« Que l'âme s'engraisse des riches mets de l'oraison continuelle ; et par les pas d'un fervent désir, elle tendra chaque jour plus rapidement vers la Jérusalem céleste. » — Pierre Damien, Livre de Gomorrhe, ch. 23[136]
Pourquoi prier saint Pierre Damien aujourd'hui ?
À mille ans de distance, saint Pierre Damien reste d'une actualité brûlante. À une Église qui, de nouveau, connaît la tentation du compromis et la blessure des scandales, il rappelle une vérité simple et exigeante : la réforme véritable ne vient pas des structures d'abord, mais de la sainteté des personnes. On ne guérit l'Église qu'en se laissant guérir soi-même.
Il enseigne la liberté du cœur. Pauvre devenu maître, maître devenu ermite, ermite devenu cardinal, cardinal redevenu moine : à chaque étape, il refusa de s'attacher à ce qu'il tenait. Sa grandeur ne fut jamais dans la charge, mais dans le détachement — ce qui lui permit de dire la vérité aux papes comme aux empereurs, parce qu'il n'attendait rien d'eux.
Il enseigne enfin que la contemplation et l'action ne s'opposent pas. Cet homme du désert fut l'un des plus grands acteurs de son siècle ; mais il n'agissait avec tant de force que parce qu'il puisait tout dans le silence et la prière. Pour lui comme pour tout chrétien, c'est du secret de la cellule que naît la fécondité au grand jour.
« Ce n'est pas la grandeur des crimes qui induit l'âme au désespoir, mais l'impiété. » — Cette parole de saint Pierre Damien vaut encore : à tout pécheur découragé, le docteur de la pénitence répète que la miséricorde de Dieu est plus grande que toute faute.
Pour aller plus loin
- Saint Romuald (951-1027) — le père des camaldules, dont la lignée spirituelle donna naissance à l'ermitage de Fonte Avellana où Pierre Damien se convertit ; il en écrivit d'ailleurs la Vie.
- Saint Odilon de Cluny (960-1049) — le cinquième abbé de Cluny, dont la Vie par Pierre Damien se rattache à sa légation en France (1063).
- La réforme grégorienne — le grand mouvement de purification de l'Église au XIᵉ siècle, contre la simonie et le nicolaïsme, dont Pierre Damien fut un pionnier.
- Saint Grégoire VII (v. 1015-1085) — l'archidiacre Hildebrand, ami et adversaire aimé de Pierre Damien, son « saint Satan », qui porta la réforme à son sommet.
Notes et références
Catholic Encyclopedia (Toke, 1911), article « St. Peter Damian » (newadvent.org/cathen/11764a.htm), 8 sections : § 1 enfance — né à Ravenne en 1007, benjamin d'une grande famille noble mais pauvre, enfant d'abord rejeté puis sauvé, orphelin maltraité par un frère aîné qui l'employa à garder les porcs, recueilli et éduqué par son frère Damian archiprêtre de Ravenne dont il prit le nom, études à Ravenne, Faenza puis Parme, maître célèbre vers 25 ans (soit v. 1032) ; § 2 Fonte Avellana — entrée v. 1035, prieur en 1043, ermitages dépendants (San Severino, Gamugno, Sitria, Ocri…), discipline pénitentielle, Vie de saint Romuald (v. 1042) ; § 3 écrits de réforme — Liber Gomorrhianus dédié à Léon IX (v. 1049-1051), Liber Gratissimus (v. 1053) sur la validité des ordinations simoniaques ; § 4 cardinalat — créé par « Stephen X » (Étienne IX), consacré cardinal-évêque d'Ostie le 30 novembre 1057 malgré sa résistance, sous menace d'excommunication ; §§ 5-6 légations — Milan (fin 1059, avec l'évêque de Lucques), Chalon-sur-Saône pour Cluny (1063), Florence (1067), Francfort contre le divorce d'Henri IV (1069) ; §§ 7-8 mort et culte — fièvre au retour de Ravenne, une semaine à Santa Maria degl'Angeli (auj. Santa Maria Vecchia) à Faenza, mort à la fin des laudes avant la fête de la Chaire de saint Pierre, six translations, chapelle de la cathédrale de Faenza (1898), « No formal canonization », culte attesté depuis sa mort à Faenza, Fonte Avellana, au Mont-Cassin et à Cluny ; texte exact : « In 1823 Leo XII extended his feast (23 Feb.) to the whole Church and pronounced him a Doctor of the Church » (la Catholic Encyclopedia regroupe les deux actes en 1823 ; la Britannica distingue l'extension du culte en 1823 et le doctorat le 27 septembre 1828 — datation suivie dans cet article).
1 3 6 10 11 17 19 24 26 28 31 33 35 36 38 41 43 44 47 49 51 54 59 61 63 66 68 71 73 75 77 79 80 82 83 85 91 93 95 97 99 101 103 106 107 109 111 113 115 117 120 121 126Encyclopædia Britannica, article « Saint Peter Damian » (notice biographique) : né en 1007 à Ravenne, mort le 22 février 1072 à Faenza, fête le 21 février ; prieur de Fonte Avellana puis cardinal créé en 1057 ; combat la simonie et l'incontinence du clergé ; docteur de l'Église proclamé par Léon XII — extension du culte et de la fête à l'Église universelle en 1823, doctorat le 27 septembre 1828.
2 22 27 50 100 108 127New Catholic Encyclopedia, article « Peter Damian, St. » (repris par encyclopedia.com, notice en 6 parties : vie, œuvres, doctrine, réforme, culte, bibliographie) : né à Ravenne v. 1007, enfance pauvre, éduqué par son frère l'archiprêtre Damianus ; études puis enseignement ; ermite à Fonte Avellana (1035), prieur en 1043 ; œuvre chiffrée, texte exact : « His extant letters (c. 170), sermons (53), vitae (7), treatises, and minor works in prose and verse [...] mark him as one of the great Latin stylists of the Middle Ages » ; Liber Gratissimus (validité des ordinations simoniaques) et Liber Gomorrhianus de la période de Léon IX ; cardinal malgré lui sous Étienne IX ; missions : Milan (1059-1060, patarins, primauté romaine), Cluny (1063, Iter Gallicum, abbé Hugues contre Drogon de Mâcon), Mayence (1069, mariage d'Henri IV et Berthe), Ravenne (1072) ; mort à Faenza les 22-23 fév. 1072 (monastère S. Maria) ; culte approuvé et doctorat par Léon XII (1828).
4 7 15 20 25 32 37 39 46 48 52 62 69 76 78 86 94 98 104 110 114 116 118 123Pierre Damien, Liber Gomorrhianus (« Livre de Gomorrhe »), Opuscule VII, texte latin dans la Patrologia Latina de Migne, tome CXLV (145), col. 159-190 — lettre dédicatoire à Léon IX et réponse du pape comprises, texte proprement dit col. 161-190 (référence reprise par Payer, éd. 1982) ; citations françaises d'après la traduction JesusMarie.com (Paris, 2014), consultée dans la Bibliothèque locale de Benoît (« Écrits des saints et mystiques — 1072 - Saint Pierre Damien »). L'ouvrage, adressé au pape Léon IX v. 1049, dénonce la corruption morale du clergé et particulièrement les vices contre nature ; Léon IX y répondit en louant l'auteur tout en tempérant la rigueur des sanctions proposées ; le ch. 23 (« exhortation à se relever, adressée au pécheur tombé ») exhorte le pécheur à la pénitence et à l'espérance, et la fin de l'ouvrage défend le devoir de dénoncer le mal en s'appuyant sur Jérôme, Ambroise et Augustin, en suppliant le pape de trancher.
5 53 55 56 57 58 60 105 136Benoît XVI, Catéchèse sur saint Pierre Damien, audience générale du 9 septembre 2009, texte français officiel (vatican.va, « benedict-xvi/fr/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090909.html »), wording collationné : « l'un des meilleurs latinistes de son époque, l'un des plus grands écrivains du Moyen Age latin » (d'après J. Leclercq, Pierre Damien, ermite et homme d'Église, Rome, 1960, p. 172) ; « Pour édifier les moines, il écrivit la Vie du fondateur, saint Romuald de Ravenne » ; la vie érémitique « au sommet des états de vie » ; « il qualifie la cellule de l'ermitage de "parloir où Dieu converse avec les hommes" » ; « "Celui qui n'aime pas la croix du Christ n'aime pas le Christ", affirme-t-il (Sermo, XVIII, 11, p. 117) » ; « "Petrus crucis Christi servorum famulus — Pierre serviteur des serviteurs de la croix du Christ" (Ep. 9, 1) ».
8 40 131 132 133 134Jean de Lodi (Iohannes Laudensis), Vita beati Petri Damiani : biographie composée par un disciple et compagnon de Pierre Damien à Fonte Avellana, devenu ensuite évêque de Gubbio. Texte dans la Patrologia Latina (PL 144). Source narrative principale sur l'enfance, la conversion et la vie religieuse du saint, à lire comme une hagiographie édifiante appuyée sur un témoignage direct. C'est d'elle que viennent les détails de l'enfance (enfant d'abord rejeté puis sauvé, frère aîné dur, garde des porcs), repris au § 1 de la Catholic Encyclopedia.
9 13 16 23Pierre Damien, notice fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Damien (synthèse, sections biographie, œuvres, culte) : naissance à Ravenne en 1007 dans une famille pauvre ; récit de l'enfant d'abord rejeté puis sauvé, maltraité par un frère, recueilli par son frère Damien archiprêtre dont il prend le nom ; études à Faenza et Parme ; ermite à Fonte Avellana v. 1035, prieur en 1043 ; promoteur de la flagellation pénitentielle (« discipline ») ; cardinal-évêque d'Ostie en 1057 ; concile de Chalon-sur-Saône (1063, Drogon de Mâcon contre Hugues de Cluny) ; Allemagne (divorce d'Henri IV et Berthe, 1069) ; retour à Fonte Avellana ; mort à Faenza en 1072 (l'infobox indique « 21 ou 22 février ») ; reliques à la cathédrale de Faenza (chapelle, 1898) ; culte approuvé et étendu en 1823 par Léon XII, qui le déclara Docteur en 1828 ; fête le 21 février.
12 14 18 21 29 34 42 45 74 81 92 96 102 112 122 124Saint Paul, Première épître aux Corinthiens, ch. 7, v. 29-31 : « Le temps est limité... Elle passe, la figure de ce monde. » Parole scripturaire de renoncement au monde, au principe de la vocation érémitique de Pierre Damien et de son De contemptu saeculi (opuscule damianien attesté, cf. Cambridge UL MS Add. 6168).
30Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Peter Damian » (plato.stanford.edu/entries/peter-damian), relu : le De divina omnipotentia est la Lettre 119, adressée à l'abbé Didier du Mont-Cassin et à sa communauté, datée du début de 1065 ; il naît d'une discussion au Mont-Cassin après la lecture, pendant un repas, d'un passage d'une lettre de saint Jérôme (596C-D) sur la virginité perdue — d'où les deux questions : Dieu peut-il restaurer une virginité perdue, et peut-il changer le passé ? Damien soutient que Dieu peut restaurer la virginité comme un miracle présent (à la manière de la résurrection de Lazare, Jn 11), mais que « défaire » le passé impliquerait une contradiction, ce qui ne limite pas la toute-puissance, définie comme le pouvoir de faire tout ce qui est bien ; les autres savoirs appliqués à la théologie doivent servir « comme une servante sert sa maîtresse » (ancilla) ; la lecture ancienne de J. A. Endres (Damien adversaire du principe de non-contradiction, querelle des « dialecticiens ») est aujourd'hui rejetée par les spécialistes.
64 65 67Pierre Damien, Dominus vobiscum (Opuscule XI, PL 145) : réponse à la question de savoir si l'ermite qui prie seul peut employer les formules liturgiques au pluriel ; Pierre Damien y développe la théologie de l'unité de l'Église, corps unique où le solitaire porte en lui l'Église entière (« dans plusieurs elle est une, et dans chacun tout entière »).
70Peter Damian, notice encyclopédique de synthèse (en.wikipedia.org/wiki/Peter_Damian, sections vie, œuvres, culte) : mort le 22 février 1072 à Faenza, fête le 21 février (23 février de 1823 à 1969) ; insomnie sévère née des veilles de Fonte Avellana, d'où son patronage pour les insomniaques ; démission de l'évêché d'Ostie acceptée en 1067 ; concile de Francfort (1069, Berthe) ; docteur de l'Église (Léon XII, 1828), chapelle de Faenza (1898), « No formal canonization » ; surnom « holy Satan » (sanctus Satanas) donné à Hildebrand (Grégoire VII) ; place chez Dante au ciel de Saturne (Paradis, chant XXI), avec l'invective contre le luxe des prélats (« deux bêtes sous une seule peau »).
72 84 87 89 90 125 129Pierre Damien, Epistola XVI du livre I, adressée conjointement au pape Alexandre II et à l'archidiacre Hildebrand (Ad Alexandrum II Romanum Pontificem et Hildebrandum, PL 144), où Hildebrand est nommé « sanctum Satanam » (« mon saint Satan ») ; surnom confirmé par H. E. J. Cowdrey (Pope Gregory VII, 1073–1085, Oxford, 1998), qui y voit l'« adversaire » bien-aimé arrachant l'ermite à sa solitude pour le service de l'Église. Relais grand public : Wikiquote, « Peter Damian » (lettre v. 1070 au pape Alexandre II et à Hildebrand).
88Aleteia, « Pierre-Damien, jamais canonisé et pourtant docteur de l'Église » (fr.aleteia.org, 20 février 2024) : rappelle l'absence de canonisation formelle — les procédures n'existaient pas sous leur forme actuelle au XIᵉ siècle —, un culte immémorial né de sa réputation de sainteté, puis l'acte pontifical : l'extension de son culte et de sa fête à l'Église universelle par Léon XII (1823), suivie de sa proclamation comme docteur de l'Église (1828).
119Dante Alighieri, La Divine Comédie, Paradis, chant XXI, vv. 121-123 (« In quel loco fu' io Pietro Damiano ») : au ciel de Saturne, séjour des âmes contemplatives, Dante rencontre saint Pierre Damien, qui évoque sa vie à Fonte Avellana et flétrit le luxe des prélats modernes, si couverts de manteaux qu'ils « couvrent deux bêtes sous une seule peau ».
128 130« Little Office of the Blessed Virgin Mary », notice encyclopédique (en.wikipedia.org/wiki/Little_Office_of_the_Blessed_Virgin_Mary, § historique) : office apparu aux IXᵉ-Xᵉ siècles, lié aux messes votives mariales du samedi (Alcuin) ; Pierre Damien en atteste l'usage déjà répandu parmi le clergé séculier d'Italie et de France et, par son influence, le fit réciter au chœur dans plusieurs maisons italiennes ; prière hebdomadaire du samedi relayée ensuite par Urbain II (Clermont, 1095).
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