Pape saint Sylvestre I (314-335)

Trente-troisième pape de l'Église catholique, saint Sylvestre I gouverne Rome au temps de Constantin, de Nicée et des premières grandes basiliques chrétiennes.

Ignispedia

Pape saint Sylvestre I (Silvester) est le successeur de saint Miltiade dans la série des évêques de Rome. Le Saint-Siège le présente comme le 33e pape de l'Église catholique, né à Rome, avec un pontificat commencé le 31 janvier 314 et achevé le 31 décembre 335.[2] Il gouverne donc l'Église romaine pendant presque tout le règne chrétien de Constantin, au moment où le christianisme passe brutalement des catacombes, des confiscations et des procès à une existence publique visible, monumentale et protégée.

Le contraste est saisissant : Sylvestre règne vingt et un ans et 334 jours (31 janvier 314 – 31 décembre 335)[3], dans l'une des périodes les plus décisives de l'histoire chrétienne, mais sa biographie personnelle reste pauvre. Les sources sûres disent son nom, sa chronologie, son origine romaine, sa sépulture à Priscille, sa relation générale avec les constructions constantiniennes et l'envoi de légats à Nicée I. Les récits les plus célèbres — baptême de Constantin par Sylvestre, guérison de l'empereur lépreux, grande Donation de Constantin, concile romain de 275 évêques — relèvent au contraire de légendes tardives ou de faux documents.[4]

Cette pauvreté documentaire ne rend pas Sylvestre insignifiant. Elle oblige à le lire autrement : non comme un héros de roman hagiographique, mais comme le pape d'un changement d'échelle. Sous lui, Rome chrétienne reçoit des basiliques, des archives, des lieux de culte, une visibilité liturgique nouvelle ; l'Église universelle confesse à Nicée que le Fils est engendré, non créé ; et la mémoire romaine inscrit le pape dans la continuité des catacombes de Priscille.

« prid. kal. Ianuar. Silvestri, in Priscillae » — « la veille des calendes de janvier : Sylvestre, à Priscille » (mort en 335) — Depositio episcoporum, Chronographe de 354[5]

Pourquoi Sylvestre compte-t-il ?

Le pape de la première génération libre

Sylvestre est élu le 31 janvier 314[6], une vingtaine de jours après la mort de Miltiade (10 janvier 314 selon le Saint-Siège[7] ; 10 ou 11 janvier selon les témoins antiques — la Depositio donne le IVe jour avant les ides de janvier, le Catalogue libérien le IIIe[8]) et moins d'un an après l'accord de Milan de 313. Son prédécesseur avait reçu les premiers effets de la paix : restitution de biens, Latran, synode romain contre le donatisme. Sylvestre reçoit la durée. Il est le pape qui voit la liberté chrétienne devenir architecture, liturgie, concile et mémoire publique.

La tentation moderne est de réduire cette période à une compromission impériale : l'Église aurait cessé d'être spirituelle dès qu'elle aurait reçu des basiliques. Cette lecture est trop courte. Le IVe siècle ouvre bien de nouveaux dangers — pression politique, carriérisme religieux, ambiguïtés de cour — mais il ouvre aussi une possibilité légitime : le culte du Christ n'est plus enfermé dans la clandestinité. Les tombes des apôtres et des martyrs peuvent devenir des sanctuaires visibles.

Un pontificat immense, une personne presque cachée

La Catholic Encyclopedia note le paradoxe : le temps de Sylvestre est celui où la situation publique de l'Église s'améliore extraordinairement, mais les informations autorisées sur le pontificat restent très limitées.[9] Ce silence n'est pas un accident isolé. Pour plusieurs papes antiques, l'histoire conserve moins des décisions personnelles que des traces liturgiques, funéraires, topographiques et conciliaires.

Sylvestre apparaît donc à travers ce qui se construit autour de lui : le Latran, les sanctuaires apostoliques, Nicée, la mémoire de Priscille, puis les légendes médiévales qui grossissent son lien avec Constantin. Le travail de l'article consiste à séparer ces niveaux, sans mépriser la tradition ni confondre le solide avec le fabuleux.

Le pape que la légende a trop chargé

Aucun pape du IVe siècle n'a été autant recouvert par les légendes constantiniennes. La Vita beati Sylvestri, le Constitutum Sylvestri et la Donation de Constantin font de Sylvestre le convertisseur direct de l'empereur, le guérisseur de sa lèpre, le bénéficiaire d'un transfert politique gigantesque, et le vainqueur de multiples hérésies dans un concile romain fictif.[10][11]

Ces récits ont eu une influence considérable, surtout au Moyen Âge. Mais ils ne doivent pas gouverner l'article. Constantin n'a pas été baptisé par Sylvestre à Rome : les sources anciennes placent son baptême à la fin de sa vie, près de Nicomédie, par les évêques réunis autour de lui selon Eusèbe de Césarée ; le nom d'Eusèbe de Nicomédie comme ministre du baptême vient de la tradition postérieure, notamment saint Jérôme.[12] La grandeur de Sylvestre n'a donc pas besoin de ce miracle tardif. Elle se trouve dans son vrai contexte : le gouvernement de Rome au moment où l'Église sort de la persécution.

Les sources anciennes

Tableau des témoins principaux

SourceDate approximativeCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siège, liste officielle des papesactuelle33e pape, dates 31.I.314 - 31.XII.335, naissance à RomeSynthèse officielle, non source antique
Depositio episcoporum, Chronographe de 354354Déposition à Priscille au 31 décembre 335Très proche, précieux pour la mémoire liturgique
Catalogue libérien, Chronographe de 354354, base plus ancienneSuccession et durée du pontificatChronologie sèche, peu biographique
Liber Pontificalispremière rédaction VIe siècleOrigine romaine, père Rufinus, église d'Equitius, traditions disciplinaires, dons constantiniensMélange de noyaux anciens et de projections tardives
Actes et traditions de Nicée325 et réception postérieureLégats romains Vitus (Vito) et Vincentius, crise arienne, credo nicéenLes actes complets ne sont pas conservés
Catholic Encyclopedia / DuchesneXIXe-XXe sièclesCritique des légendes sylvestriennes et des faux symmachiensSource secondaire utile comme index critique
Vita beati Sylvestri, Constitutum Sylvestri, Donatio ConstantiniVe-VIIIe siècles selon les piècesRéception légendaire de Sylvestre et de ConstantinMatériau hagiographique ou apocryphe, non récit historique

La Depositio episcoporum : un fait très proche

Le Chronographe de 354 conserve dans la Depositio episcoporum la ligne la plus sobre et la plus précieuse sur la fin de Sylvestre : pridie kalendas Ianuarias, Silvestri, in Priscillae, † 335.[13] La date correspond au 31 décembre selon le calcul romain. Le lieu est le cimetière de Priscille, sur la voie Salaria.

Ce détail vaut davantage qu'une anecdote tardive. Dix-neuf ans après la mort de Sylvestre, l'Église romaine célèbre déjà sa mémoire funéraire. La fête du 31 décembre n'est donc pas une construction médiévale arbitraire : elle s'enracine dans le calendrier romain antique.

Le Liber Pontificalis : à lire avec filtre

Le Liber Pontificalis présente Sylvestre comme Romain, fils de Rufinus, et lui attribue un pontificat de vingt-trois ans, dix mois et onze jours, durée incompatible avec les dates reçues du Saint-Siège (31 janvier 314 – 31 décembre 335, soit 21 ans et 334 jours) — d'où une chronologie confuse.[14][15] Il mentionne l'église d'Equitius, des dons constantiniens, des décisions disciplinaires et des ordinations. Il rattache aussi à son pontificat des décrets qui reflètent souvent des préoccupations plus tardives.

La notice n'est donc ni à rejeter en bloc ni à recevoir sans critique. Les informations topographiques et liturgiques peuvent conserver une mémoire ancienne ; plusieurs canons attribués à Sylvestre appartiennent en revanche aux fabrications disciplinaires de l'époque de Symmaque, destinées à renforcer certaines prétentions épiscopales.[16]

Les sources secondaires critiques

La notice de Johann Peter Kirsch dans la Catholic Encyclopedia reste utile parce qu'elle pose correctement le problème : peu d'information autorisée, beaucoup de légende, nécessité de distinguer Sylvestre historique et Sylvestre hagiographique.[17] Pour un article Ignispedia, cette méthode est précieuse. Il ne s'agit pas d'écrire comme si la tradition était suspecte par principe ; il s'agit de refuser qu'un faux document, même célèbre, remplace les témoins solides.

Nicée I : Sylvestre et la foi du Fils

La crise arienne

Le plus grand événement doctrinal du pontificat est le concile de Nicée I en 325. La crise naît d'Arius, prêtre d'Alexandrie, qui refuse de confesser le Fils comme éternellement Dieu de même être que le Père. Le concile répond par la formule décisive : le Fils est engendré, non créé, de même substance que le Père.[18][19]

Pour Sylvestre, l'enjeu est immense. Le pape ne se rend pas personnellement à Nicée, ce qui est normal pour un évêque âgé gouvernant Rome et pour un concile tenu en Bithynie sous convocation impériale. Il envoie toutefois deux prêtres romains, Vitus (Vito) et Vincentius, comme légats.[20][21]

« Engendré, non créé, de même être que le Père. » — Symbole de Nicée, 325[22]

Les légats romains Vitus (Vito) et Vincentius

Les listes conciliaires et la tradition occidentale placent les représentants de Sylvestre parmi les signataires latins de Nicée. Leur présence manifeste que Rome n'est pas extérieure à la définition nicéenne. Le concile est majoritairement oriental, mais il n'est pas une affaire locale : c'est l'Église entière qui répond à une crise touchant la foi baptismale.

Il faut cependant éviter deux excès. D'un côté, on ne doit pas présenter Nicée comme une invention impériale dont Rome serait absente : les légats du pape sont là, et la foi définie deviendra la règle catholique. De l'autre, les sources ne permettent pas de raconter Sylvestre comme le président secret de toutes les discussions. L'article doit rester rigoureux : Sylvestre est lié à Nicée par ses légats, par la réception romaine et par le contexte doctrinal, non par une présence personnelle attestée.

Le mot homoousios et la continuité catholique

La Catholic Encyclopedia estime que l'expression homoousios a probablement été discutée ou agréée avec Sylvestre avant le concile, tout en reconnaissant que les détails d'une confirmation expresse des décrets ne sont pas certains au-delà des signatures des légats.[23] La prudence est nécessaire, mais le sens doctrinal demeure : la foi de Nicée deviendra la colonne vertébrale du catholicisme.

Le pontificat de Sylvestre est donc celui où l'Église, à peine sortie des persécutions, doit déjà affronter un danger intérieur : perdre le Christ comme vrai Dieu. C'est une leçon spirituelle forte. La liberté extérieure ne suffit pas ; elle doit être habitée par une foi exacte.

Les basiliques constantiniennes : Rome chrétienne devient visible

Le Latran : cathédrale de l'évêque de Rome

Sous Sylvestre, le Latran devient le grand signe de la visibilité nouvelle de l'Église romaine. La tradition fixe au 9 novembre 324 la consécration de la basilique du Très-Saint-Sauveur par Sylvestre.[24] Le Latran n'est pas une basilique parmi d'autres : c'est la cathédrale du pape comme évêque de Rome, et donc la mère des églises de l'Occident.

Ce point permet de comprendre la différence entre le Latran et Saint-Pierre. Saint-Pierre est le sanctuaire de l'apôtre, lieu de pèlerinage universel ; le Latran est le siège épiscopal, la maison de gouvernement liturgique et pastoral. La paix constantinienne donne ainsi à l'évêque de Rome un centre visible, là où les papes précédents vivaient encore dans une Église marquée par la clandestinité, les cimetières et les maisons privées.

Saint-Pierre et Saint-Paul : les deux trophées apostoliques

Constantin fait aussi élever ou enrichir les grands sanctuaires des apôtres : l'ancienne basilique Saint-Pierre sur la tombe de Pierre au Vatican, et Saint-Paul-hors-les-Murs sur la voie d'Ostie.[25][26] Ces édifices ne sont pas de simples monuments impériaux. Ils fixent dans la pierre une mémoire beaucoup plus ancienne, déjà attestée vers 200 par le prêtre romain Gaius : les trophées des apôtres se trouvent au Vatican et sur la voie d'Ostie.[27]

Sylvestre est donc associé à une théologie de la topographie chrétienne. Rome n'est pas seulement capitale politique de l'ancien empire ; elle devient la ville où les tombes de Pierre et Paul sont honorées par des sanctuaires publics. L'autorité romaine ne flotte pas dans une abstraction : elle est enracinée dans le témoignage apostolique et martyrial.

Santa Croce, Equitius et les cimetières des martyrs

La Catholic Encyclopedia rattache aussi au temps de Sylvestre la basilique du palais Sessorien, future Sainte-Croix-de-Jérusalem, ainsi que plusieurs églises de cimetière élevées sur les tombes des martyrs.[28] Le Liber Pontificalis insiste pour sa part sur l'église d'Equitius, titre romain situé près des thermes de Domitien, que Sylvestre aurait aménagé dans le jardin d'un prêtre nommé Equitius.[29]

Ce détail est spirituellement dense : le lieu garde le nom de Domitien, empereur du Ier siècle dont Eusèbe de Césarée a retenu la persécution contre les chrétiens[30] ; près de là, une église romaine porte la mémoire d'un prêtre et d'un pape de la paix. La ville des persécuteurs est peu à peu reconfigurée par le culte chrétien.

LieuRelation à SylvestreSens ecclésial
LatranConsécration traditionnelle du 9 novembre 324Cathédrale de Rome, siège visible de l'évêque
VaticanBasilique constantinienne sur la tombe de PierreMémoire apostolique et pèlerinage universel
Voie d'OstiePremière basilique Saint-Paul consacrée selon la tradition en 324Tombe de l'apôtre des nations
Sessorium / Sainte-CroixBasilique constantinienne liée à la mémoire de la CroixRome accueille la mémoire de Jérusalem
EquitiusTitre romain associé au pape dans le Liber PontificalisPassage des maisons/titres aux églises urbaines
PriscilleSépulture de Sylvestre au 31 décembre 335Continuité avec la mémoire catacombale

Légendes constantiniennes et vérité historique

Le baptême de Constantin par Sylvestre : une tradition tardive

La légende la plus connue raconte que Constantin, frappé de lèpre, aurait été guéri par Sylvestre, instruit dans la foi, puis baptisé par lui à Rome. Cette histoire nourrit l'iconographie médiévale, les cycles de fresques et l'imaginaire politique chrétien. Mais elle contredit la tradition historique la plus ancienne : Eusèbe de Césarée rapporte que Constantin reçoit le baptême à la fin de sa vie, en 337, après avoir convoqué les évêques près de Nicomédie.[31]

Il faut donc formuler clairement : Sylvestre n'a pas baptisé Constantin selon les sources historiques fiables. Cela ne signifie pas que Constantin n'a pas été favorable à l'Église, ni que Sylvestre n'a pas bénéficié de sa politique. Cela signifie seulement qu'une scène spectaculaire, devenue célèbre, n'est pas un fait établi.

La Donation de Constantin : un faux lourd de conséquences

La Donation de Constantin attribue à l'empereur un transfert massif de pouvoir, de privilèges et de souveraineté à Sylvestre et à ses successeurs. Le document est médiéval, probablement composé au VIIIe siècle, et sa fausseté a été démontrée avec éclat par Lorenzo Valla au XVe siècle sur des critères linguistiques et historiques.[32][33]

Là encore, la critique ne détruit pas l'histoire catholique ; elle la purifie. Il est vrai que Constantin rend des biens à l'Église, favorise les constructions chrétiennes et donne à Rome une visibilité nouvelle. Il est faux qu'il ait remis juridiquement l'Occident à Sylvestre par l'acte connu sous le nom de Donation.

Le bon usage catholique de la critique

Un article catholique n'a pas intérêt à sauver de faux documents. La foi ne gagne rien à présenter la Donation comme authentique ou le baptême romain de Constantin comme certain. Au contraire, la distinction entre histoire, tradition, légende et faux donne plus de poids au vrai dossier : Sylvestre fut le pape d'une Rome qui changea de visage, de Nicée, du Latran, des sanctuaires apostoliques et de la mémoire de Priscille.

Cette méthode évite deux erreurs opposées. La première serait la crédulité, qui avale toute légende parce qu'elle est pieuse. La seconde serait le scepticisme, qui jette toute tradition parce que certaines pièces sont fausses. La voie catholique est plus exigeante : tout vérifier, tout hiérarchiser, puis aimer ce qui demeure solide.

Discipline, liturgie et mémoire romaine

Les traditions disciplinaires attribuées à Sylvestre

Le Liber Pontificalis attribue à Sylvestre plusieurs décisions : usage du chrême, privilèges liturgiques, vêtements des diacres, règles relatives aux clercs et aux tribunaux, célébration de la messe sur linge de lin.[34] Plusieurs de ces attributions sont douteuses ou impossibles sous la forme transmise, car elles reflètent des préoccupations disciplinaires plus tardives.

Il reste toutefois légitime de retenir une intuition générale : le IVe siècle est une période de structuration liturgique. Une Église qui peut bâtir, conserver des archives, stabiliser ses titres et célébrer publiquement doit aussi préciser ses usages. Sylvestre est donc associé dans la mémoire romaine à l'organisation du culte, même si l'historien ne peut pas transformer chaque décret tardif en acte personnel certain.

La première mémoire organisée des martyrs

La Catholic Encyclopedia estime que le premier martyrologe romain a probablement été dressé pendant son règne.[35] L'affirmation est prudente, mais elle cadre avec la situation : l'Église sort de la persécution et doit garder la mémoire de ceux qui ont souffert. La liberté ne doit pas faire oublier les catacombes.

Ce point est essentiel pour comprendre Sylvestre. Il n'est pas seulement le pape des marbres constantiniens. Il est aussi le pape qui, selon la tradition, bâtit une église de cimetière au-dessus de Priscille et sera lui-même déposé dans cette zone funéraire.[36][37]

Priscille : finir parmi les témoins

Le lieu de sa sépulture donne à son pontificat une conclusion théologique. Sylvestre gouverne une Église devenue visible, mais il repose à Priscille, dans le réseau des cimetières chrétiens. La paix constantinienne ne supprime pas la mémoire martyriale ; elle la rend visible et liturgiquement stable.

« car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c'est le Christ Jésus lui-même. » — Saint Paul, Éphésiens 2, 20[38]

Mort, culte et héritage

Le 31 décembre 335

Sylvestre meurt le 31 décembre 335, date conservée par le Saint-Siège et par la Depositio episcoporum.[39][40] La fête du 31 décembre est donc très ancienne. Dans plusieurs pays européens, le réveillon du Nouvel An porte encore son nom : Silvester en allemand, San Silvestro en italien.[41]

Cette coïncidence calendérique peut masquer le sens chrétien de la fête. Sylvestre n'est pas seulement le saint d'un soir civil. Il est le témoin d'une fin et d'un commencement : fin de la période des persécutions générales, commencement d'une chrétienté visible dont les grandeurs et les dangers marqueront toute l'histoire.

Un saint sans grand récit personnel

Sylvestre n'a pas laissé de traité, pas de correspondance abondante, pas de récit martyrial comparable à ceux des papes du IIIe siècle. Sa sainteté est plus silencieuse. Elle se lit dans une charge tenue longtemps au moment où l'Église aurait pu se perdre dans la faveur impériale ou dans les querelles doctrinales.

La grâce de Sylvestre est celle d'un pasteur de transition. Il ne choisit pas le monde dans lequel il arrive : ce monde est bouleversé par Constantin, Nicée, les chantiers romains, les ambitions nouvelles, les mémoires de persécution. Mais il occupe sa place dans la succession de Pierre, et son nom reste attaché à l'installation publique de l'Église à Rome.

Ce qu'il lègue à l'Église

L'héritage de Sylvestre tient en quatre lignes. Il est le pape de Nicée, où la foi au Christ vrai Dieu reçoit sa première définition œcuménique ; le pape du Latran, cathédrale visible de Rome ; le pape des basiliques apostoliques, qui enracinent la mémoire de Pierre et Paul dans la pierre ; et le pape dont la légende a obligé l'Église à apprendre une vertu intellectuelle : honorer la tradition sans fonder la foi sur des faux.

Ce qu'il faut retenir

Les faits les plus sûrs

PointDegré de certitudeSource principale
Sylvestre est le 33e pape de l'Église catholiqueTrès sûrSaint-Siège
Son pontificat couvre 314-335Très sûrSaint-Siège, tradition chronographique
Il est Romain, fils de Rufinus selon la traditionSolide comme tradition ancienneLiber Pontificalis
Il envoie des légats à Nicée ITrès solideTradition conciliaire, Catholic Encyclopedia
Nicée définit le Fils comme de même substance que le PèreTrès sûrSymbole de Nicée
Les grandes basiliques constantiniennes de Rome sont liées à son pontificatTrès solideCatholic Encyclopedia, articles topographiques
Il est enterré à Priscille le 31 décembre 335Très sûrDepositio episcoporum
Il a baptisé Constantin à RomeNon établi ; contraire aux sources anciennesEusèbe, critique historique
La Donation de Constantin est authentiqueNonCritique historique, Valla, Britannica

La formule de synthèse

Saint Sylvestre I est le pape de la visibilité chrétienne retrouvée. Son pontificat ne livre pas beaucoup d'actes personnels certains, mais il traverse les événements qui structurent tout le IVe siècle catholique : Nicée, le Latran, les sanctuaires de Pierre et Paul, la mémoire romaine des martyrs, et la purification critique des légendes constantiniennes. Son nom reste attaché au moment où l'Église, sortie des catacombes, apprend à vivre au grand jour sans perdre la foi reçue des apôtres.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle « Mark » : 34e pape de l'Église catholique — donc successeur immédiat de Sylvestre I, 33e —, début du pontificat 18.I.336, fin 7.X.336 (pontificat entièrement contenu dans l'année 336), naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/marco.html

    1 42
  2. Saint-Siège, fiche officielle « Sylvester I » : 33e pape de l'Église catholique, début du pontificat 31.I.314, fin 31.XII.335, naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/silvestro-i.html

    2 3 6 15 39
  3. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Sylvester I », The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912 : dates, rareté des sources sûres, légendes sylvestriennes, Nicée (envoi de légats, non nommés dans la notice), basiliques constantiniennes, Equitius, martyrologe et sépulture à Priscille. Les noms Vitus (Vito) et Vincentius viennent des listes conciliaires : cf. Hefele, Histoire des conciles, et Tanner éd., Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, introduction à Nicée I (« the presbyters Vitus and Vincentius »). URL : https://www.newadvent.org/cathen/14370a.htm

    4 9 10 17 21 23 28 35 36
  4. Depositio episcoporum, Chronographe de 354, part 11, éd. Mommsen, Chronica Minora I (= MGH AA IX), Berlin, 1892, p. 70 : « prid. kal. Ianuar. Silvestri, in Priscillae » († 335 par le contexte chronologique). Transcription Pearse relevée le 4 octobre 2026 : https://www.tertullian.org/fathers/chronography_of_354_11_depositions.htm (« prid. kal. Ianuar. Silvestri, in Priscillae † 335 »). Autre transcription en ligne : https://catholiclibrary.org/library/view?chunk.id=00000011&docId=%2FFathers-EN%2FAnonymous.Chronographyof354.en.html

    5 13 37 40
  5. Saint-Siège, fiche officielle « Miltiades or Melchiades » : 32e pape de l'Église catholique, début du pontificat 2.VII.311, fin 10.I.314, naissance en Afrique. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/milziade-o-melchiade.html

    7
  6. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Miltiades », The Catholic Encyclopedia, vol. 10, Robert Appleton Company, New York, 1911 : mort le 10 ou 11 janvier 314 — le Catalogue libérien donnant le IIIe jour avant les ides de janvier (11 janvier) et la Depositio le IVe jour (10 janvier). URL : https://www.newadvent.org/cathen/10318a.htm

    8
  7. Encyclopaedia Britannica, « Donation of Constantine » : document médiéval forgé, probablement composé au VIIIe siècle, attribuant faussement à Constantin des donations politiques et ecclésiastiques massives au pape ; démonstration critique par Lorenzo Valla au XVe siècle. URL : https://www.britannica.com/topic/Donation-of-Constantine

    11 32
  8. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, IV, 61-64 : récit du baptême de Constantin à la fin de sa vie, après son retrait près de Nicomédie — le récit attribue le rite aux évêques réunis (« the prelates »), sans nommer le ministre ; le nom d'Eusèbe de Nicomédie est donné par la tradition postérieure, notamment saint Jérôme, Chronicon, année 337 (éd. Helm, p. 234) : « Constantinus extremo uitae suae tempore ab Eusebio Nicomedensi episcopo baptizatus ». Cette tradition ancienne contredit le récit tardif d'un baptême romain par Sylvestre. Traduction anglaise NPNF : https://www.newadvent.org/fathers/25024.htm

    12 31
  9. Liber Pontificalis, notice « Sylvester », dans Louise Ropes Loomis trad., The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 42-46 : origine romaine, père Rufinus, durée du pontificat, église d'Equitius « near the baths of Domitian » (thermes de Domitien, plus souvent dits thermes de Trajan ou de Titus selon la note de Loomis), dons et traditions disciplinaires. PDF public domain : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/The_book_of_the_popes_%28Liber_pontificalis%29_I-%28IA_cu31924006163897%29.pdf

    14 29
  10. L. R. Loomis, notes à la notice « Sylvester », The Book of the Popes, 1916, p. 45-46 : les canons attribués au prétendu concile romain de Sylvestre relèvent de fabrications de l'époque de Symmaque ; Duchesne les juge apocryphes et destinés à fournir une sanction ancienne à des prétentions disciplinaires.

    16 34
  11. Ignispedia, article Concile de Nicée I (325) : contexte arien, convocation par Constantin, présence des légats romains Vitus (Vito) et Vincentius, symbole de foi, canons et réception.

    18 20
  12. Concile de Nicée I, Symbole de 325, dans Norman P. Tanner éd., Decrees of the Ecumenical Councils, Georgetown University Press, Washington, 1990, vol. 1, p. 5 : confession du Fils « Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non créé, de même substance que le Père ».

    19 22
  13. Ignispedia, article La basilique du Latran : fondation constantinienne, consécration traditionnelle du 9 novembre 324 par Sylvestre, rôle de cathédrale de Rome et titre de mère des églises.

    24
  14. Ignispedia, article L'ancienne basilique Saint-Pierre : construction constantinienne sur la tombe de Pierre, contraintes archéologiques, mémoire du trophée de Gaius et rôle de Sylvestre dans la tradition.

    25
  15. Ignispedia, article La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs : première basilique constantinienne sur la tombe de Paul, consécration traditionnelle par Sylvestre le 18 novembre 324.

    26
  16. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 25 : citation du prêtre romain Gaius sur les « trophées » des apôtres au Vatican et sur la voie d'Ostie. Texte anglais New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250102.htm

    27
  17. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 18-20 : persécution sous Domitien (exil de l'apôtre Jean à Patmos, exil de Flavia Domitilla). Texte anglais New Advent : https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm

    30
  18. Ignispedia, article Les États pontificaux : usage médiéval de la Donation de Constantin, guérison légendaire de Constantin par Sylvestre, et critique humaniste de Lorenzo Valla.

    33
  19. Saint Paul, Éphésiens 2, 20, texte AELF (verbatim, https://www.aelf.org/bible/Ep/2) : « car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c'est le Christ Jésus lui-même ».

    38
  20. Fait lexical vérifiable au dictionnaire : Collins Dictionary, entrée « Silvester » (allemand-anglais) : Silvester = New Year's Eve (https://www.collinsdictionary.com/dictionary/german-english/silvester) ; entrée « New Year's Eve » (anglais-italien) : la notte di San Silvestro (https://www.collinsdictionary.com/dictionary/english-italian/new-year-s-eve). Ce nom du réveillon correspond à la fête liturgique du 31 décembre, jour de la déposition de Sylvestre à Priscille en 335 (cf. Depositio episcoporum).

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