Léon VI est un pape romain du Xe siècle, élu après la chute brutale de Jean X et mort après un pontificat d'environ sept mois et cinq jours. Le Saint-Siège le compte comme le 123e pape de l'Église catholique et place son gouvernement entre mai ou juin 928 et décembre 928 ou janvier 929.[1][2]
Il appartient à la zone la plus obscure de l'histoire pontificale, souvent appelée saeculum obscurum : Rome est alors dominée par les grandes familles aristocratiques, surtout autour de Marozia, et les sources contemporaines deviennent brèves, hostiles ou lacunaires.[3][4] Léon VI n'est donc pas un pape de grandes réformes visibles ; il est plutôt un témoin documentaire d'une papauté politiquement captive mais encore capable d'exercer une autorité canonique précise.
Son acte principal connu concerne la Dalmatie. Par une lettre adressée aux évêques de cette province, il confirme la primauté de l'archevêque de Split/Spalato, rappelle les évêques locaux à l'obéissance envers leur métropolitain et limite l'action de l'évêque Grégoire de Nin à l'ancien siège de Scardona.[5][6] Pour un pontificat presque effacé, cette lettre est décisive : elle montre que même au cœur de la crise romaine, le siège apostolique continue d'arbitrer les frontières diocésaines entre Rome, Dalmatie et Croatie.
« Qu'y a-t-il de pire qu'un évêque désobéissant à son propre métropolitain ? » — Léon VI, lettre aux évêques de Dalmatie (Epistola ad episcopos Dalmatiae, PL 132, col. 815A) ; latin : « Nam quid deterius esse cernitur quam episcopum proprio metropolitano inobedientem esse »[7]
Pourquoi Léon VI mérite-t-il un article ?
Un pape presque sans biographie
Léon VI est l'un de ces papes médiévaux dont la vie oblige l'historien à pratiquer une lecture en creux. Les notices anciennes ne donnent ni date de naissance, ni formation, ni carrière développée. Horace K. Mann résume le problème avec une franchise rare : les deux successeurs immédiats de Jean X sont « de simples ombres dont nous connaissons à peine les entrées et les sorties ».[8]
Cette pauvreté documentaire ne signifie pas que le pontificat soit sans intérêt. Elle révèle au contraire l'état de la papauté romaine dans les années 920 : l'institution demeure, la succession pontificale continue, des lettres canoniques sont expédiées, mais la scène politique romaine absorbe presque toute la visibilité du pape. Léon VI n'est pas connu parce qu'il aurait échoué ; il est peu connu parce que les archives du moment sont elles-mêmes pauvres et que son règne est trop bref pour produire une œuvre durable.
Un pontificat court mais situé à un carrefour
Léon VI arrive entre deux séquences importantes. Avant lui, Jean X avait mené une politique énergique : lutte contre les Sarrasins, jeu d'alliances italiennes, intervention dans les dossiers slaves et dalmates.[9][10] Après lui, la papauté passe rapidement à Étienne VII, puis à Jean XI, fils de Marozia — paternité disputée entre Serge III (Liutprand de Crémone, Antapodosis, II, 48, et le Liber Pontificalis) et Albéric I de Spolète (déduction de Mann à partir de Flodoard de Reims, qui présente Jean XI comme fils de Marozia et frère d'Albéric II)[11] —, ce qui marque l'emprise maximale de l'aristocratie romaine sur le siège de Pierre.[12]
Son intérêt tient donc à sa position : il est le pape de transition entre l'effondrement violent du gouvernement de Jean X et la papauté encore plus directement liée à la maison de Marozia. Là où Jean X avait tenté de gouverner l'Italie, Léon VI administre surtout l'héritage immédiat : il conclut, par écrit, le dossier dalmate que son prédécesseur avait laissé ouvert.
Une seule lettre peut suffire à mesurer une fonction pontificale
Pour Léon VI, la lettre à la Dalmatie est presque tout. Mais elle est assez riche pour comprendre la fonction pontificale du Xe siècle : confirmer un concile provincial, accorder le pallium (bande de laine blanche remise au métropolitain, signe de sa juridiction reçue de Rome), arbitrer entre un métropolitain et un évêque contestataire, menacer d'excommunication en cas d'usurpation de juridiction, et rattacher un conflit local à l'ordre canonique reçu des conciles anciens.[13]
Ce point est théologiquement important. Une papauté politiquement humiliée n'est pas une papauté doctrinalement abolie. Léon VI ne domine pas Rome comme un grand prince ; pourtant, depuis Rome, il parle encore comme juge ultime d'une controverse ecclésiastique située de l'autre côté de l'Adriatique.
Sources et degré de certitude
Les données sûres
Les données les plus solides tiennent en quelques lignes : Léon VI est romain, fils d'un certain Christophe ; il sert l'église de Sainte-Suzanne avant son élection ; il règne pendant la seconde moitié de 928 ; il intervient en Dalmatie ; il est probablement enterré à Saint-Pierre.[14][15]
| Point historique | Degré de certitude | Source principale |
|---|---|---|
| Origine romaine | Forte | Catholic Encyclopedia / Mann |
| Père nommé Christophe | Forte, mais identification à préciser | Mann, d'après les documents pontificaux de 876 |
| Service à Sainte-Suzanne | Forte | Mann et Catholic Encyclopedia |
| Durée de sept mois et cinq jours | Forte pour la durée, incertaine pour les dates exactes | Flodoard cité par Mann |
| Lettre aux évêques de Dalmatie | Très forte | Texte conservé en PL 132 / Wikisource |
| Sépulture à Saint-Pierre | Probable | Ptolémée de Lucques (Hist. eccl., l. 17, c. 4), cité par Mann, et Catholic Encyclopedia : « according to most writers he was buried in St. Peter's » |
La liste officielle du Vatican donne un pontificat commencé en mai ou juin 928 et terminé en décembre 928 ou janvier 929.[16] Mann propose une alternative légèrement plus tardive : si l'on suit Jaffé, élection en juin 928 et mort en février 929 ; si l'on suit Duchesne, consécration un peu antérieure à juin et mort en décembre 928 ou janvier 929.[17]
Les données fragiles
Trois affirmations circulent souvent mais doivent être maniées avec prudence. D'abord, l'idée que Léon VI aurait été directement placé sur le trône par Marozia : Mann la juge « peut-être probable », mais non démontrée par une source décisive.[18] Ensuite, l'idée qu'il serait mort en prison : Mann la juge au contraire « certainement improbable ». Enfin, l'affirmation d'un âge ou d'une année de naissance précise, parfois reprise en ligne, n'est pas suffisamment fondée pour être retenue ici.
Pourquoi les sources sont-elles si pauvres ?
Le problème vient en partie de la tradition même du Liber Pontificalis. Après les grandes notices des siècles précédents, les biographies pontificales des Xe-XIe siècles deviennent extrêmement brèves : elles donnent souvent l'origine, la durée du règne, quelques ordinations, parfois la sépulture, et presque rien de plus.[19] Léon VI appartient exactement à cette zone pauvre.
Le cas oblige donc à une règle de méthode : ne pas transformer le silence des sources en roman historique. Le vrai article sur Léon VI n'est pas une biographie pleine d'anecdotes ; c'est une reconstruction sobre de ce que les sources permettent d'affirmer.
Le contexte romain : la chute de Jean X
Rome sous les familles aristocratiques
Au début du Xe siècle, Rome n'est pas gouvernée comme une monarchie pontificale stable. Les grandes familles locales contrôlent les forteresses, les alliances, les nominations et souvent l'accès même au Latran. La figure de Marozia, fille de Théophylacte et de Théodora, domine ce moment. Elle épouse successivement Albéric de Spolète, Guy de Toscane et Hugues d'Italie ; elle détient une puissance politique assez forte pour faire et défaire des équilibres romains.[20]
Cette période a reçu des noms violents dans l'historiographie moderne : saeculum obscurum, pornocratie, règne des courtisanes. Ces formules disent quelque chose de la crise, mais elles viennent souvent de sources polémiques et doivent être purifiées de leur goût du scandale. Ce qui est historiquement sûr, c'est l'affaiblissement de la liberté politique du siège romain et la dépendance croissante de plusieurs élections pontificales à l'égard des factions aristocratiques.
Jean X, un prédécesseur puissant puis prisonnier
Jean X n'était pas un pape insignifiant. Il intervient dans les affaires italiennes, travaille à contenir les menaces sarrasines, agit en Dalmatie et dans le monde slave, et tente de jouer un rôle politique propre.[21][22] C'est justement cette autonomie qui finit par le rendre dangereux aux yeux de Marozia et de son mari Guy de Toscane.
La Catholic Encyclopedia rapporte que Pierre, frère du pape et préfet de Rome, est assassiné en juin 928 ; Jean X est ensuite saisi et jeté en prison, où il meurt peu après. L'étouffement dans son lit n'est qu'une rumeur rapportée par Liutprand, à laquelle Kirsch accorde peu de crédit ; Flodoard de Reims affirme, lui, que Jean X mourut d'angoisse.[23] Dans tous les cas, Léon VI est élu dans le sillage d'une dépossession violente du pape précédent.
Léon VI face à Marozia : prudence nécessaire
Britannica présente Léon VI comme élu par la senatrix Marozia.[24] Mann est plus prudent : ceux qui disent qu'il fut mis sur le trône par Marozia disent quelque chose de peut-être probable, mais l'historien ne peut pas le prouver de manière absolue.[25] La nuance est importante. Dans une encyclopédie catholique, il faut nommer la crise sans transformer une probabilité en certitude.
Ce que l'on peut dire avec sûreté est plus limité : Léon VI règne dans une Rome contrôlée par Marozia ; son élection suit immédiatement la mise à l'écart de Jean X ; aucun élément ne montre qu'il ait pu résister politiquement à ce régime. Mais sa lettre dalmate prouve qu'il ne fut pas seulement une silhouette : son pontificat eut au moins un acte canonique réel.
Origine et carrière avant l'élection
Un Romain, fils de Christophe
Léon VI est donné comme Romain. Son père, Christophe, avait été primicerius sous Jean VIII ; son nom apparaît dans plusieurs documents pontificaux de 876.[26] Le primicerius n'est pas un simple secrétaire : dans l'administration romaine, il désigne un chef de bureau ou dignitaire de premier rang. Si l'identification est correcte, Léon VI vient donc d'un milieu familier de la chancellerie pontificale.
La Catholic Encyclopedia résume cette filiation en disant que Christophe avait été « prime-minister of John VIII ». La formule est moderne et approximative, mais elle indique bien l'idée : la famille de Léon n'est pas inconnue de l'appareil romain.[27]
Sainte-Suzanne : un titre romain ancien
Avant son élection, Léon VI sert l'église de Sainte-Suzanne, sur le Quirinal. Mann écrit simplement qu'il « was serving the Church of St. Susanna » ; la Catholic Encyclopedia le désigne comme cardinal-prêtre de Sainte-Suzanne.[28][29] Il faut éviter d'importer trop vite dans le Xe siècle la structure cardinalice postérieure : le titre romain existe, le vocabulaire de cardinal-prêtre est employé par les historiens, mais le collège cardinalice n'a pas encore la forme institutionnelle qu'il prendra plus tard.
Sainte-Suzanne situe pourtant Léon VI dans le clergé urbain de Rome. Il n'est pas un évêque étranger parachuté au Latran, ni un grand moine réformateur venu de loin : il est un clerc romain, issu du tissu ecclésiastique local, choisi dans un moment de crise par une ville dominée par ses familles.
Le dossier dalmate : le cœur du pontificat
Pourquoi la Dalmatie posait problème
La Dalmatie du Xe siècle est un espace complexe : anciennes cités romaines sur la côte, populations slaves et croates à l'intérieur, héritage de l'Église de Salone, montée du siège de Split/Spalato, et tensions autour du siège de Nin. La question n'est pas seulement religieuse ; elle touche aussi les rapports entre les villes dalmates romanisées, le pouvoir croate et l'influence romaine.[30][31]
Sous Jean X, un synode de Split/Spalato avait déjà tenté de régler la question. Le point le plus sensible était la juridiction de l'archevêque de Spalato sur l'évêque croate de Nin. Le concile avait affirmé cette dépendance, mais l'évêque Grégoire de Nin avait fait appel à Rome.[32]
Le synode de Split/Spalato et l'héritage de Jean X
Mann explique que Jean X avait réservé à Rome la décision du conflit. Il avait envoyé de nouveaux légats, conduits par l'évêque Madalbert. Ceux-ci négocient d'abord une paix entre Croates et Bulgares, puis président à Spalato un synode — celui que Mann date de 926-927 et que l'historiographie récente identifie au second synode de Split, daté de 928 —, en présence du roi de Croatie et de ses nobles.[33][34]
Après examen des coutumes anciennes de la province, le synode décide que Spalato garde la primauté. Comme il n'y avait pas anciennement d'évêque à Nin, Grégoire devait choisir un siège ancien et y exercer son ministère — la lettre de Léon VI fixera Scardona[35]. Le synode ajoute même, avec une ironie que Mann relève, que si Grégoire tenait absolument au poids de l'épiscopat, il pouvait prendre deux autres anciens diocèses « à sa perte et à la leur », tant les communications étaient difficiles dans le pays.[36]
La lettre de Léon VI aux évêques de Dalmatie
La mort de Jean X empêche le pape précédent de clore le dossier. Léon VI hérite donc d'une décision prête à être confirmée. Sa lettre commence par rappeler que les évêques doivent honorer leur métropolitain de Spalato et marcher « par ordre et selon la norme de la justice » pour parvenir sans crainte à la contemplation divine.[37]
« Il convient que vous rendiez à votre métropolitain, l'archevêque de la sainte Église de Spalato, une souveraine révérence, afin que, marchant par ordre et selon la norme de la justice, vous puissiez parvenir, sûrs et intrépides, à la contemplation divine. » — Léon VI, lettre aux évêques de Dalmatie (Epistola ad episcopos Dalmatiae, PL 132, col. 814C-815A ; traduction)[38]
Le cœur du texte est disciplinaire. Léon VI reproche aux évêques dalmates de s'approprier des paroisses étrangères « comme par brigandage » et de prendre un nom profane dont les anciens Pères les avaient privés. Il ordonne que chaque évêque reste dans ses limites propres ; il veut que l'archevêque de Spalato conserve sa paroisse en terre croate comme l'ancienne Église de Salone la conservait ; il commande à Grégoire de n'exercer qu'à Scardona et menace d'excommunication s'il usurpe encore des paroisses étrangères.[39]
Le pallium accordé à l'archevêque Jean de Spalato
Léon VI affirme aussi avoir confié à Jean, archevêque de Spalato, le pallium et l'usage du pallium, selon l'antique coutume.[40] Le pallium n'est pas une décoration : il manifeste la communion du métropolitain avec Rome et la juridiction qui lui est reconnue sur une province ecclésiastique. Dans ce dossier, le geste pontifical confirme l'autorité de Spalato contre une autonomie excessive de Nin.
Cette décision est importante pour l'histoire religieuse croate. Elle montre que Rome ne supprime pas la présence ecclésiale en terre croate, mais qu'elle la rattache à une architecture métropolitaine héritée de l'Antiquité chrétienne dalmate. La continuité de Salone à Spalato devient ici un argument canonique.
Tableau chronologique du dossier
| Date | Événement | Portée pour Léon VI |
|---|---|---|
| 876 | Christophe, père de Léon, apparaît dans des documents de Jean VIII | Ancrage familial dans l'administration pontificale |
| 914-928 | Pontificat de Jean X | Préparation du dossier dalmate et crise politique romaine |
| 928 (926-927 selon Mann) | Second synode de Split/Spalato sous les légats de Jean X | Décision préparatoire sur Spalato, Nin et Scardona |
| Juin 928 | Chute de Jean X, assassinat de son frère Pierre, emprisonnement du pape | Contexte immédiat de l'élection de Léon VI |
| Mai/juin 928 | Élection ou début du pontificat de Léon VI | Dates exactes incertaines |
| 928 | Lettre de Léon VI aux évêques de Dalmatie | Principal acte conservé de son pontificat |
| Décembre 928 ou janvier 929 (février 929 selon Jaffé) | Mort de Léon VI après sept mois et cinq jours | Fin d'un pontificat très bref |
Que révèle ce pontificat ?
La papauté peut être faible politiquement et active canoniquement
Léon VI n'a pas la stature d'un Léon le Grand, d'un Nicolas Ier ou d'un Jean VIII. Il n'a pas non plus le temps de laisser une grande œuvre. Mais son cas évite une erreur fréquente : croire que la faiblesse politique annule toute fonction ecclésiale.
Sa lettre dalmate montre le contraire. Le pape intervient dans un conflit territorial lointain, confirme une organisation métropolitaine, parle au nom de la discipline conciliaire, menace d'une sanction spirituelle, et accorde le pallium. Autrement dit, dans un moment où la liberté romaine est abîmée, la fonction pétrinienne continue de produire des actes concrets.
Le silence des sources n'est pas une preuve d'insignifiance spirituelle
Ptolémée de Lucques, cité par Mann, disait déjà ne rien trouver sur Léon VI sinon qu'il « n'exerça aucune tyrannie et mourut en paix » et que la plupart des auteurs le disaient enterré à Saint-Pierre.[41] La formule est mince, mais elle est aussi précieuse. Dans un siècle brutal, ne pas exercer de tyrannie et mourir en paix n'est pas rien.
« Il n'exerça aucune tyrannie et mourut en paix. » — Ptolémée de Lucques, résumé de la mémoire de Léon VI (Historia ecclesiastica, l. 17, c. 4 ; traduction), cité par Horace K. Mann[42]
On ne peut pas transformer cette phrase en canonisation implicite. Léon VI n'est pas vénéré comme saint dans le calendrier romain. Mais elle suffit à corriger une lecture uniquement scandaleuse du Xe siècle : tous les pontifes de cette période ne se réduisent pas aux intrigues qui les entourent.
Un pontificat utile pour comprendre la continuité
Léon VI compte surtout comme maillon. Entre Jean X et Étienne VII, entre Rome et la Dalmatie, entre l'ancien prestige de Salone et la montée de Split, il assure une continuité administrative et canonique. L'histoire de l'Église ne se compose pas seulement de grands docteurs et de papes réformateurs ; elle tient aussi par ces pontificats courts qui transmettent, confirment et stabilisent.
Réception et mémoire
Une mémoire presque réduite à une durée
Le chroniqueur Flodoard conserve la durée traditionnelle du pontificat : sept mois et cinq jours. Mann cite ses vers latins (De triumphis Christi apud Italiam, PL 135, col. 832A) :
« Pro quo celsa Petri sextus Leo regmina sumens, Mensibus haec septem servat, quinisque diebus : Praedecessorumque petit consortia vatum. » Soit (traduction) : « À sa place, Léon le sixième assume l'auguste gouvernement de Pierre ; il le garde sept mois et cinq jours, puis rejoint ses prédécesseurs dans la compagnie des voyants. » — Flodoard de Reims, vers sur Léon VI (De triumphis Christi apud Italiam, PL 135, col. 832A ; traduction), cité par Horace K. Mann[43]
La poésie est plus solennelle que l'information. Elle ne donne presque rien sur les actes du pape ; elle inscrit simplement Léon VI dans la succession de Pierre. C'est précisément le point : la mémoire pontificale retient moins sa personnalité que sa place dans la chaîne.
Une erreur moderne à éviter : confondre Léon VI pape et Léon VI le Sage
Le nom Léon VI désigne aussi l'empereur byzantin Léon VI le Sage (886-912), beaucoup plus célèbre pour son œuvre législative et les crises matrimoniales byzantines.[44] Les deux personnages ne doivent pas être confondus. Le pape Léon VI est un Romain mort vers 928-929 ; l'empereur Léon VI est un souverain de Constantinople mort en 912. L'homonymie explique une partie des résultats de recherche trompeurs.
Place dans la série des papes Léon
Dans la série des papes Léon, Léon VI est un petit pontificat entre deux masses historiques. Les premiers Léon — surtout Léon le Grand — incarnent l'autorité doctrinale et pastorale de Rome dans l'Antiquité tardive. Les Léon médiévaux et modernes ultérieurs, comme Léon IX ou Léon XIII, portent de grands moments de réforme ou de doctrine sociale. Léon VI, lui, rappelle que la succession pontificale traverse aussi des heures pauvres, où le pape ne peut presque rien faire sinon tenir sa charge et poser un acte juste.
Pour aller plus loin
- Lire l'article voisin sur Jean X, indispensable pour comprendre la crise de 928.
- Lire l'article sur Jean VIII, dont le pontificat explique le milieu administratif de Christophe, père de Léon VI.
- Lire l'article sur Léon VII, successeur proche dans la même période obscure.
- Lire le dossier sur les États pontificaux pour replacer Rome, les familles aristocratiques et la faiblesse temporelle du Saint-Siège.
Notes et références
Saint-Siège, notice officielle Leo VI, page des souverains pontifes : 123e pape ; début du pontificat « V or VI.928 » ; fin « XII.928 or I.929 » ; naissance à Rome. Consulté le 4 juin 2026 ; revérifié le 4 octobre 2026 : page inchangée (123e pape, « V or VI.928 » – « XII.928 or I.929 », naissance à Rome) : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/leone-vi.html.
1 16Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999, London, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co., 1910, pp. 187-188 : section « Leo VI. A.D. 928 or 928-9 ». Texte revérifié mot à mot le 4 octobre 2026 dans la numérisation Internet Archive (domaine public) : les deux successeurs de Jean X sont des « mere shadows », Léon est Romain, fils de Christophe primicerius sous Jean VIII (nom dans des documents de 876), desservant Sainte-Suzanne, vers de Flodoard (sept mois et cinq jours), Marozia sur le trône « perhaps probable », mort en prison « certainly improbable », chronologies Jaffé (juin 928 → février 929) et Duchesne (consécration un peu avant juin → décembre 928 ou janvier 929). Cotes vérifiées sur pièce le 4 octobre 2026 : Jaffé, Regesta pontificum Romanorum, 2e éd., t. I (Leipzig, 1885), n° 3579 — la notice résume la lettre à Formin de Jadera (« Forminum Iaderensem »), Grégoire de Nin et les évêques de Dalmatie, avec renvoi « Migne 132 p. 813 » ; Duchesne, Liber Pontificalis, t. II (Paris, 1892), p. 242 — notice CXXVI « LEO VI (928-929) ». Ptolémée de Lucques cité p. 188, n. 2 : Historia ecclesiastica, l. 17, c. 4 ; latin vérifié sur l'édition Muratori (Rerum Italicarum Scriptores, t. XI, 1727, cap. IV « De Leone VI ») : « De hoc nulla Historia aliqua gesta tradunt, quia modicum sedit, sed quod in pace quievit, nullam tamen tyrannidem exercuit, sicut suus Antecessor. Sepultus est autem in Urbe in Ecclesia Beati Petri, sicut communiter quasi omnes alii tradunt » (« he exercised no tyranny and died in peace » chez Mann ; sépulture à Saint-Pierre « according to most writers »).
2 8 15 17 18 25 26 28 41 42 43H. Dressler, « Marozia », New Catholic Encyclopedia, notice reprise sur Encyclopedia.com : Marozia emprisonne Jean X au château Saint-Ange ; mort en 928 soit par assassinat selon Liutprand, soit autrement selon les Annales Flodoardi. Consulté le 4 juin 2026 : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/marozia.
3 12 20Johann Peter Kirsch, « Pope John X », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; page Wikisource du volume 8, p. 426, relue en séance : « Petrus, Prefect of Rome and brother of the pope, was murdered in June, 928. The pontiff himself was seized and cast into prison, where he died shortly after. According to a rumour recorded by Liutprand, and thus little to be relied on, he was smothered in his bed. Flodoard of Reims asserts that he died of anxiety. » https://en.wikisource.org/wiki/Page:Catholic_Encyclopedia,_volume_8.djvu/492.
4 9 21 23Léon VI, Epistola ad episcopos Dalmatiae, Patrologia Latina 132, col. 813C-816B ; texte latin sur Wikisource, « Epistola (Leo VI) ». La lettre s'adresse à Formin de Zadar (l'antique Jadera ; la PL 132 imprime « FORMINO sanctae Aderensis Ecclesiae episcopo », leçon défectueuse pour Iaderensis — Jaffé, Regesta n° 3579, normalise « Forminum Iaderensem »), à Grégoire de Nin et aux évêques de Dalmatie ; elle confirme l'autorité de Spalato, limite Grégoire à Scardona et confie le pallium à Jean de Spalato. https://la.wikisource.org/wiki/Epistola_(Leo_VI). Latin recollé mot à mot le 4 octobre 2026 sur la numérisation Wikisource du t. 132 de Migne : « dignum est ut vestro metropolitano sanctae Spalatensis Ecclesiae archiepiscopo summam reverentiam exhibere delectemini, quatenus per ordinem et per normam justitiae gradientes, securi et intrepidi valeatis ad divinam contemplationem [132.0815A] pervenire. Nam quid deterius esse cernitur quam episcopum proprio metropolitano inobedientem esse ».
5 7 13 35 37 38 39 40Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, op. cit., pp. 167-168 : synode de Spalato daté 926-927 par Mann (« Madalbert presided at a synod in Spalatro (926-927) »), rôle de Madalbert, appel de Grégoire de Nin, confirmation par Léon VI et résumé de la lettre dalmate. Datation 928 retenue dans le corps d'après Dzino (second concile de Spalatum, 928) : voir [^dzino-croat].
6 10 22 31 32 33 36Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, op. cit., pp. 192-193 : Flodoard présente toujours Jean XI comme le frère d'Albéric II et le fils de Marozia ; comme Albéric II est certainement fils d'Albéric I (Liutprand et Benoît de Soracte), Mann conclut « qu'on peut bien croire, malgré Liutprand, que Jean XI aussi était fils d'Albéric I ». Versant opposé : Liutprand de Crémone, Antapodosis, II, 48 (PL 136, col. 828A : « Harum Marotia ex papa Sergio [...] Joannem [...] nefario genuit adulterio »), et la notice anonyme du Liber Pontificalis sur Jean XI, qui en font le fils de Serge III. Cote tranchée sur pièce : dans le texte Migne (PL 136), le passage figure au ch. 48 du livre II (Schaff, History of the Christian Church, vol. IV, n. 278 : « Antapodosis, II. 48 (Pertz, V. 297 ; Migne, CXXXVI) ») ; le corps est aligné sur II, 48.
11Horace K. Mann, « Pope Leo VI », The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; transcription New Advent. Notice : dates incertaines, origine romaine, fils du primicerius Christophe, prêtre de Sainte-Suzanne, dossier dalmate et sépulture probable à Saint-Pierre. https://www.newadvent.org/cathen/09159c.htm.
14 27 29Johann Peter Kirsch, « Liber Pontificalis », The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; notice reprise par Catholic Answers Encyclopedia. La notice rappelle que les continuations du Liber Pontificalis deviennent très inégales selon les périodes. https://www.catholic.com/encyclopedia/liber-pontificalis.
19Encyclopaedia Britannica, « Leo VI, pope » : né à Rome, mort probablement en décembre 928, élu dans le contexte de Marozia, acte principal lié à la juridiction ecclésiastique en Dalmatie. Consulté le 4 juin 2026 : https://www.britannica.com/biography/Leo-VI-pope.
24Danijel Dzino, Becoming Slav, Becoming Croat: Identity Transformations in Post-Roman and Early Medieval Dalmatia, Leiden/Boston, Brill, 2010, p. 196 : première mention de l'identité croate dans les conclusions du concile de Spalatum de 925, puis concile de 928 et lettre de Léon VI confirmant le rattachement de l'évêché de Nin à la Croatorum terra. ISBN 978-90-04-18646-0.
30 34Encyclopaedia Britannica, « Leo VI, Byzantine emperor » : Léon VI le Sage, empereur byzantin de 886 à 912, à distinguer du pape Léon VI mort vers 928-929. https://www.britannica.com/biography/Leo-VI-Byzantine-emperor.
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