Solennité de la Sainte Trinité

La solennité de la Sainte Trinité, célébrée le dimanche après la Pentecôte, fête un seul Dieu en trois Personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit : sa date, sa messe, son histoire depuis Alcuin et Jean XXII, l'icône de Roublev et la voix des saints.

Ignispedia

La solennité de la Sainte Trinité est la fête que l'Église latine célèbre le dimanche qui suit la Pentecôte pour adorer un seul Dieu en trois Personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit[1]. À la différence des autres fêtes du Seigneur, elle ne fait mémoire d'aucun événement : elle contemple Dieu tel qu'il est, au terme du grand cycle qui a fait connaître, de l'Avent à la Pentecôte, le Père qui envoie son Fils, le Fils mort et ressuscité, puis l'Esprit répandu sur l'Église.

Sa date suit celle de Pâques, cinquante-six jours plus tard : 31 mai 2026, 23 mai 2027, 11 juin 2028. C'est l'une des quatre célébrations qui prennent la place d'un dimanche dans le calendrier romain ; on y chante le Gloria et le Credo, le prêtre porte le blanc et dit la préface de la Sainte Trinité, la même depuis plus de mille ans[2].

Pendant près de mille ans, l'Église n'a pas eu de fête particulière de la Trinité, parce que toute sa prière — le baptême, le « Gloire au Père », la messe — s'adressait déjà au Père, par le Fils, dans l'Esprit. Une messe « en l'honneur de la sainte Trinité » qu'Alcuin envoie vers 800 à plusieurs monastères, puis un office attribué à l'évêque Étienne de Liège au début du Xᵉ siècle, ont préparé la fête ; Rome hésita longtemps, au motif que la Trinité était louée chaque jour, avant que le pape Jean XXII (1316-1334) ne l'étende à toute l'Église[3].

L'Orient byzantin chante la Trinité le jour même de la Pentecôte, et l'icône d'Andreï Roublev est devenue l'image la plus connue du mystère. Les saints ont fait de ce dimanche un jour de grâce : sainte Thérèse de Lisieux s'offrit à l'Amour miséricordieux le 9 juin 1895, « fête de la Très Sainte Trinité »[4]. Le pape Léon XIV en résumait la joie le 31 mai 2026 : « La fête de Dieu est notre fête »[5].

Une solennité le dimanche après la Pentecôte

Le nom de la fête et son rang

Le calendrier romain général, promulgué en 1969 et repris dans l'édition du Missel de 2002, inscrit la fête au « premier dimanche après la Pentecôte » sous le titre de solennité de la Très Sainte Trinité (Dominica prima post Pentecosten : Sanctissimae Trinitatis sollemnitas)[6]. Le calendrier liturgique des pays francophones lui donne le degré de « solennité du Seigneur » et la couleur blanche[7]. Le Missel prescrit ce jour-là le Gloria et le Credo, et la préface propre « du mystère de la Très Sainte Trinité »[8].

Comme toutes les solennités, la fête commence la veille au soir : « Les solennités sont au nombre des jours principaux, dont la célébration commence avec les premières vêpres, au soir du jour précédent »[9]. Le samedi soir qui suit la Pentecôte, la Liturgie des Heures quitte donc déjà la semaine ordinaire pour les premières vêpres de la Trinité[10].

Une fête qui prend la place d'un dimanche

En principe, le dimanche ne reçoit jamais de façon permanente une autre célébration : il est lui-même le « jour du Seigneur », la Pâque de chaque semaine, comme l'explique l'article Le dimanche. Les normes du calendrier ne prévoient que quatre exceptions, et la Trinité est l'une d'elles[11] :

« Le dimanche exclut de soi l'assignation perpétuelle d'une autre célébration. Cependant : a) le dimanche dans l'octave de la Nativité du Seigneur, on célèbre la fête de la Sainte Famille ; b) le dimanche après le 6 janvier, on célèbre la fête du Baptême du Seigneur ; c) le dimanche après la Pentecôte, on célèbre la solennité de la Sainte Trinité ; d) le dernier dimanche per annum, on célèbre la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'univers. » — Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 6[12]

Le même texte donne la raison de cette réserve : « le dimanche ne cède sa célébration qu'aux solennités, ainsi qu'aux fêtes du Seigneur »[13]. La Trinité n'est donc pas une fête ajoutée au dimanche ; c'est le dimanche lui-même qui, ce jour-là, dit explicitement à qui s'adresse toute sa louange. Les liturgistes ont souvent souligné ce lien : L'Année liturgique de Solesmes rappelait que l'office du dimanche est « spécialement consacré à la sainte Trinité »[14], et le Micrologue, à la fin du XIᵉ siècle, notait que la préface de la Trinité était déjà chantée les dimanches[15].

Comment se calcule la date ?

La fête suit la Pentecôte d'une semaine : elle tombe donc cinquante-six jours après Pâques, et sa date se déplace avec elle. Dans le calendrier grégorien, elle ne peut être célébrée avant le 17 mai ni après le 20 juin[16]. Elle ouvre une petite série de fêtes qui se suivent dans le même ordre chaque année : le jeudi suivant, la solennité du Corps et du Sang du Christ, la Fête-Dieu, qui est reportée au dimanche là où elle n'est pas de précepte ; puis, le vendredi de la semaine suivante, celle du Sacré-Cœur de Jésus[17].

Le tableau suivant donne, pour les dix prochaines années, la date de Pâques, celle de la Pentecôte, celle de la Trinité et des deux solennités qui la suivent ; la Fête-Dieu y figure à la fois au jeudi et au dimanche, date retenue notamment en France :

AnnéePâquesPentecôteSainte TrinitéFête-Dieu (jeudi / dimanche)Sacré-CœurAnnée du lectionnaire
20265 avril24 mai31 mai4 juin / 7 juin12 juinA
202728 mars16 mai23 mai27 mai / 30 mai4 juinB
202816 avril4 juin11 juin15 juin / 18 juin23 juinC
20291ᵉʳ avril20 mai27 mai31 mai / 3 juin8 juinA
203021 avril9 juin16 juin20 juin / 23 juin28 juinB
203113 avril1ᵉʳ juin8 juin12 juin / 15 juin20 juinC
203228 mars16 mai23 mai27 mai / 30 mai4 juinA
203317 avril5 juin12 juin16 juin / 19 juin24 juinB
20349 avril28 mai4 juin8 juin / 11 juin16 juinC
203525 mars13 mai20 mai24 mai / 27 mai1ᵉʳ juinA

On lit dans la dernière colonne que la même année du lectionnaire revient tous les trois ans : les lectures de la messe, présentées plus bas, changent donc d'une année sur l'autre, tandis que les prières restent les mêmes. Pour 2026, la date du 31 mai, la Fête-Dieu reportée au dimanche 7 juin et le Sacré-Cœur du vendredi 12 juin sont confirmés par le calendrier liturgique officiel des diocèses de France[18].

Le seuil du temps ordinaire

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La Pentecôte clôt les cinquante jours du temps pascal. Dès le lendemain, le calendrier reprend le temps ordinaire, qui « commence de nouveau le lundi après le dimanche de Pentecôte et s'achève avant les premières vêpres du premier dimanche de l'Avent »[19]. La Trinité est donc le premier dimanche de cette seconde partie du temps ordinaire, mais son numéro disparaît derrière la solennité : en 2026, le samedi 30 mai appartenait encore à la huitième semaine du temps ordinaire et le jeudi 4 juin à la neuvième, si bien que la Trinité du 31 mai a pris la place du neuvième dimanche[20]. L'article Le temps ordinaire décrit cette longue saison qui s'ouvre ainsi.

Ce placement n'est pas fortuit. Après avoir déroulé de l'Avent à la Pentecôte les grandes étapes de la Révélation, l'Église embrasse d'un seul regard celui qui s'est révélé. Le pape Benoît XVI le disait à l'Angélus du dimanche de la Trinité 2009 :

« Après le temps pascal, dont le point culminant a été la fête de la Pentecôte, la liturgie prévoit ces trois solennités du Seigneur : aujourd'hui, la Très Sainte Trinité ; jeudi prochain, la fête du Corpus Domini, la Fête-Dieu qui, dans de nombreux pays dont l'Italie, sera célébrée dimanche prochain ; et enfin, le vendredi suivant, la fête du Sacré Cœur de Jésus. Chacune de ces fêtes liturgiques met en évidence une perspective à partir de laquelle on peut embrasser l'ensemble du mystère de la foi chrétienne. » — Benoît XVI, Angélus du 7 juin 2009, solennité de la Très Sainte Trinité[21]

Le temps ordinaire qui commence n'est donc pas un temps sans relief : il s'ouvre sur le mystère qui donne leur sens à tous les autres, Dieu un et trine, dont toute l'année liturgique, décrite dans l'article L'année liturgique, déploie l'œuvre.

D'où vient la fête de la Trinité ?

Mille ans sans fête particulière

Dans l'Église ancienne, « aucun office ni aucun jour particulier n'était assigné à la sainte Trinité », constatait en 1912 l'article de la Catholic Encyclopedia consacré au dimanche de la Trinité[22]. L'Année liturgique de Solesmes ajoutait que la fête, si naturellement liée à la Pentecôte, n'était pourtant venue s'inscrire au cycle de l'année « qu'après de longs siècles »[23]. La raison de ce retard n'est pas un oubli : la Trinité n'avait pas besoin d'un jour, parce qu'elle était la forme même de toute la prière chrétienne, du baptême au « Gloire au Père », comme le montre plus bas la partie consacrée au sens de la fête.

Les formules de messe que l'on rattachera plus tard à la fête existaient pourtant déjà. La préface de la Trinité, qui confesse un seul Dieu « non dans l'unité d'une seule personne, mais dans la Trinité d'une seule substance », se lit dans les plus anciens livres où figure une messe de la Trinité ; à la fin du XIᵉ siècle, le Micrologue la rattachait, à tort ou à raison, à l'autorité du pape Pélage II, prédécesseur de saint Grégoire le Grand, et précisait qu'on la chantait les dimanches[24]. L'édition du sacramentaire « grégorien » donnée au XVIIᵉ siècle par Hugues Ménard place cette messe à l'octave de la Pentecôte, mais son éditeur avertit lui-même que ce formulaire « n'est pas grégorien » : on ne peut donc pas l'attribuer à saint Grégoire[25].

Vers 800 : Alcuin et la messe de la Trinité

La première demande d'une messe en l'honneur de la Trinité dans la liturgie franque remonte à une lettre adressée vers 775 à Charlemagne par un clerc nommé Cathwulf[26]. Le pas décisif fut franchi une vingtaine d'années plus tard par Alcuin (vers 735-804), le savant anglo-saxon devenu l'un des maîtres de la cour carolingienne puis abbé de Saint-Martin de Tours. Il envoya aux moines de Saint-Vaast d'Arras et à ceux de Fulda des messes tirées de son propre missel, et la première de ces messes était dédiée à la Trinité[27] :

« J'ai aussi tiré de notre missel quelques messes pour les offices de chaque jour et de la coutume de l'Église : d'abord en l'honneur de la souveraine Trinité ; ensuite pour demander l'intercession des saints, et aussi pour implorer le secours des anges, si nécessaire à ceux qui peinent en ce pèlerinage. » — Alcuin, lettre aux moines de Saint-Vaast d'Arras, vers 796-804[28]

Dans sa lettre aux moines de Fulda, datée de 801-802, Alcuin explique que ce petit livret permettra à chacun de prier « tantôt en l'honneur de la sainte Trinité, tantôt pour l'amour de la sagesse », pour les larmes de la pénitence, la charité parfaite ou le secours des anges, selon la dévotion du jour[29]. La messe de la Trinité était donc d'abord une messe votive, que l'on pouvait choisir n'importe quel jour. Sa répartition sur la semaine, la Trinité étant fixée au dimanche, n'est pas d'Alcuin lui-même, selon les travaux du liturgiste Jean Deshusses repris par l'historien Arthur Westwell[30] ; et la part exacte d'Alcuin dans la rédaction de ces textes, auteur ou simple compilateur, reste discutée[31]. Au XIᵉ siècle, le Micrologue rapportait qu'Alcuin les aurait composés « à la demande de saint Boniface », en précisant lui-même qu'il s'agissait d'un ouï-dire (ut aiunt) ; la chose est impossible, puisque saint Boniface était mort en 754, près d'un demi-siècle avant ces envois[32].

Cette messe se répandit pourtant très vite : elle « a très rapidement trouvé sa place dans les missels bénédictins », note l'historienne Florence Close[33]. Sa collecte, qui rend grâce à Dieu d'avoir donné à ses serviteurs « de reconnaître, par la confession de la vraie foi, la gloire de l'éternelle Trinité, et d'adorer l'Unité », était encore celle de la fête au début du XXᵉ siècle, et le Missel actuel en a repris presque mot pour mot la demande centrale[34].

Étienne de Liège et le premier office de la Trinité

Un siècle plus tard, la messe reçut un office. Étienne, ancien chanoine de Metz devenu évêque de Liège après 901 et mort le 19 mai 920, composa ou rassembla un office complet de la Trinité, avec ses répons et ses antiennes pour la nuit, le matin et le soir[35]. La preuve en est un document de son successeur, l'évêque Richer, daté du 16 novembre 932, que le chanoine Anselme de Liège a recopié au XIᵉ siècle dans sa chronique des évêques[36] :

« Notre prédécesseur, le vénérable Étienne, prit soin d'établir en l'honneur de la sainte Trinité des répons avec des antiennes pour les nocturnes ou les matines et pour les vêpres, tout un office complet d'une très douce mélodie, persuadé qu'il serait d'un grand profit pour lui et pour son Église de lui rendre spécialement les louanges qui lui sont dues. » — Richer, évêque de Liège, mandement du 16 novembre 932, recopié par Anselme de Liège, Gesta episcoporum, ch. 21[37]

Richer ajoute qu'il a fait construire dans la cathédrale Saint-Lambert, là où reposait Étienne, un oratoire dont l'autel fut dédié à la sainte Trinité[38]. L'office d'Étienne passe pour le plus ancien office versifié composé et chanté non en l'honneur d'un saint, mais de Dieu lui-même ; ses plus anciennes copies datent de la fin du Xᵉ siècle, notamment dans l'antiphonaire de Hartker, à l'abbaye de Saint-Gall[39]. C'est ce formulaire, connu par ses premiers mots Gloria tibi Trinitas (« Gloire à toi, Trinité »), qui sera retenu pour la fête universelle[40].

Antiphonaire de Hartker, début de l’office de la Trinité, p. 101 du fac-similé de Solesmes (1900). Boston Public Library / Internet Archive, domaine public.

L'Année liturgique affirmait en 1911 qu'Étienne avait « institué solennellement la fête » dans son Église en 920[41]. La recherche récente est plus prudente. Florence Close a montré qu'aucun texte ne parle d'une telle intention : Étienne a composé « le premier office votif de l'histoire de la liturgie », et « c'est trop dire que d'affirmer qu'il souhaitait instaurer une fête liturgique de la Trinité »[42]. Le musicologue James Grier estime pour sa part qu'Étienne a plus probablement remanié des chants existants qu'il ne les a créés[43]. Reste un fait : en donnant à la Trinité un office entier, Liège rendait possible la consécration d'une journée à ce mystère, et c'est bien ce que firent, au siècle suivant, les Églises qui le chantaient à l'octave de la Pentecôte.

Le jugement de Rome : « chaque jour, Gloire au Père »

À la fin du XIᵉ siècle, l'usage s'était répandu, mais il restait contesté. Le Micrologue, traité sur les observances liturgiques écrit entre 1086 et 1100 par Bernold de Constance, appelle le dimanche qui suit la Pentecôte un « dimanche vacant » (Dominica vacans), sans formulaire propre, qui reprend simplement l'office de la Pentecôte dont il est l'octave[44]. Il juge l'office de la Trinité « non authentique » et rapporte la réponse d'un pape Alexandre :

« Certains instituent l'office de la sainte Trinité à l'octave de la Pentecôte, bien qu'il ne soit pas marqué de l'alléluia, et pensent même devoir l'observer pendant toute la semaine suivante ; mais il n'est pas authentique. […] C'est pourquoi le pape Alexandre, de pieuse mémoire, interrogé sur ce point, répondit que, selon l'Ordo romain, aucun jour ne devait être spécialement assigné à la solennité de la sainte Trinité, pas plus qu'à celle de la sainte Unité, d'autant que chaque dimanche, et même chaque jour, on fait mémoire de l'une et de l'autre. » — Bernold de Constance, Micrologue, ch. 60[45]

Cette réponse est passée dans le droit de l'Église. Les Décrétales de Grégoire IX la reproduisent dans leur titre « Des jours fériés », sous la forme d'une lettre adressée à un archevêque qui demandait s'il pouvait porter le pallium le jour de la Trinité ; le pape y constate deux coutumes et y donne le motif de la réserve romaine[46] :

« Selon les coutumes des diverses régions, la fête de la sainte Trinité est célébrée par les uns à l'octave de la Pentecôte, par d'autres le premier dimanche avant l'Avent du Seigneur. L'Église romaine, quant à elle, n'a pas l'usage de célébrer spécialement une telle fête à un moment de l'année, puisque chaque jour on y dit « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit » et d'autres formules semblables qui se rapportent à la louange de la Trinité. » — Décrétale Quoniam in parte, Décrétales de Grégoire IX, livre II, titre 9, chapitre 2[47]

Les Décrétales attribuent ce texte à Alexandre III (1159-1181) ; mais le Micrologue, écrit avant 1100, connaissait déjà la réponse d'un « pape Alexandre », ce qui la fait remonter à Alexandre II (1061-1073), comme le retiennent L'Année liturgique et la Catholic Encyclopedia[48]. Le pape ne condamnait rien : il n'interdit pas la fête là où elle existait — le titre de la décrétale précise que « la coutume de chaque Église est maintenue » —, mais refusait d'en faire une obligation, parce que la louange de la Trinité était quotidienne[49][50]. D'autres voix allèrent plus loin : selon l'historien liégeois Antoine Auda, le moine Pothon de Prüm s'éleva contre ceux qui introduisaient de nouvelles fêtes, à commencer par celle de la Trinité, et Sicard, évêque de Crémone, la rejeta à son tour[51].

XIIᵉ-XIIIᵉ siècle : la fête gagne l'Occident

La dévotion des Églises l'emporta pourtant. Au début du XIIᵉ siècle, l'abbé bénédictin Rupert de Deutz, l'un des grands commentateurs de la liturgie, en donnait la raison que l'Église retiendra :

« Aussitôt après avoir célébré la solennité de l'avènement du Saint-Esprit, nous chantons la gloire de la sainte Trinité dans l'Office du Dimanche qui suit, et cette disposition est très à propos ; car aussitôt après la descente de ce divin Esprit, commencèrent la prédication et la croyance, et, dans le baptême, la foi et la confession du nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » — Rupert de Deutz, Des offices divins, livre XI, ch. 1, traduction de L'Année liturgique[52]

À Cluny, les coutumes rédigées par le moine Ulrich ne donnaient pas d'octave à la fête, mais faisaient chanter la messe principale de la Trinité pendant toute la semaine[53]. En Angleterre, selon L'Année liturgique, saint Thomas Becket institua la fête dans son Église de Cantorbéry en souvenir de sa consécration épiscopale, reçue en 1162 le premier dimanche après la Pentecôte[54] ; le calcul de Pâques pour cette année confirme que le 3 juin 1162, jour de son sacre, était bien ce dimanche[55]. En 1222, les Chartreux recevaient une partie de l'office, qu'ils réciteront en entier avant 1582[56].

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Le concile provincial d'Arles de 1260 fit de la fête une véritable solennité, avec une octave :

« Qu'on célèbre solennellement la fête de la Sainte Trinité dans l'octave de la Pentecôte, à partir des Vêpres du samedi précédent et durant toute la semaine suivante jusqu'aux Vêpres du samedi suivant ; qu'on chante chaque jour trois leçons et trois répons suivant leur ordre, à moins qu'il ne se rencontre une fête à neuf leçons. » — Concile d'Arles (1260), traduction d'Antoine Auda, 1923[57]

Toutes les Églises ne choisissaient pas le même dimanche. La décrétale citée plus haut connaît déjà la célébration au dimanche avant l'Avent, et L'Année liturgique signale des Églises, comme Narbonne, Le Mans et Auxerre, qui fêtaient la Trinité deux fois, au début et à la fin de la série des dimanches après la Pentecôte[58]. Au XIIIᵉ siècle, d'après le témoignage du liturgiste Guillaume Durand, évêque de Mende, la fête était célébrée dans la plupart des Églises latines[59] ; il ne manquait que la décision de Rome.

1334 : Jean XXII l'étend à toute l'Église

La décision vint du pape Jean XXII, qui résidait à Avignon. Il « ordonna la fête pour l'Église entière au premier dimanche après la Pentecôte », résume la Catholic Encyclopedia[60] ; Florence Close date de 1334, dernière année de son pontificat, l'adoption du formulaire universel[61]. Un nouvel office avait entre-temps été composé par le franciscain John Peckham, archevêque de Cantorbéry mort en 1292[62]. L'Année liturgique voyait dans cette décision la réponse à un changement du calendrier : les fêtes des saints se multipliaient, et le dimanche, jour de la Trinité, leur cédait de plus en plus souvent la place[63] :

« Il devenait donc nécessaire, pour légitimer en quelque sorte ce culte des serviteurs au jour consacré à la souveraine Majesté, qu'une fois du moins dans l'année, le Dimanche offrît l'expression pleine et directe de cette religion profonde que le culte tout entier de la sainte Eglise professe envers le souverain Seigneur. » — L'Année liturgique de Solesmes, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, 1911, p. 132[64]

Tombeau de Jean XXII à Avignon. Carte postale anonyme du début du XXe siècle, Wikimedia Commons, domaine public.

La réponse d'Alexandre II n'était pas pour autant contredite : la fête ne devait rien ajouter à la louange quotidienne, elle devait la rendre visible. Les livres liturgiques romains continuèrent d'ailleurs à compter les dimanches « après la Pentecôte », et la messe de la Trinité y garda la trace de son origine : au début du XXᵉ siècle encore, on y faisait mémoire du premier dimanche après la Pentecôte, et l'Évangile de ce dimanche était lu à la fin de la messe à la place du prologue de saint Jean[65].

De saint Pie X à aujourd'hui

Le rang de la fête monta encore. Longtemps fête double de deuxième classe, elle fut élevée par saint Pie X, le 24 juillet 1911, au rang de fête double de première classe « primaire »[66]. La réforme du calendrier de 1969 en fit une solennité, et le Missel de Paul VI renouvela sa collecte tout en gardant intacte la préface que l'on chantait déjà au temps d'Alcuin[67].

  1. Vers 775
    La demande de Cathwulf

    Un clerc nommé Cathwulf invite Charlemagne à introduire une messe en l'honneur de la Trinité dans la liturgie franque.

  2. 796-804
    La messe d'Alcuin

    Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, envoie à Saint-Vaast d'Arras et à Fulda des messes de son missel ; la première est « en l'honneur de la souveraine Trinité ».

  3. 901-920
    L'office d'Étienne de Liège

    L'évêque Étienne compose ou rassemble un office complet de la Trinité ; en 932, son successeur Richer le lui attribue et dédie un autel à la Trinité.

  4. 1061-1073
    La réserve d'Alexandre II

    Interrogé, le pape répond que l'Église romaine n'a pas de jour propre pour la Trinité, louée chaque jour par le « Gloire au Père ».

  5. 1086-1100
    Le « dimanche vacant » du Micrologue

    Bernold de Constance décrit le dimanche après la Pentecôte sans formulaire propre et juge l'office de la Trinité non authentique.

  6. 1162
    Thomas Becket à Cantorbéry

    Sacré archevêque le dimanche après la Pentecôte, il établit la fête dans son Église, selon L'Année liturgique.

  7. 1260
    Le concile d'Arles

    Le concile provincial prescrit la fête à l'octave de la Pentecôte, avec un office pendant toute la semaine.

  8. 1316-1334
    Jean XXII

    Le pape étend la fête à toute l'Église au premier dimanche après la Pentecôte.

  9. 24 juillet 1911
    Saint Pie X

    La fête est élevée au rang de double de première classe « primaire ».

  10. 1969
    La solennité

    Le calendrier romain réformé l'inscrit comme solennité de la Très Sainte Trinité, au dimanche après la Pentecôte.

Cette lente histoire ne dit pas que la Trinité serait une découverte tardive : elle dit au contraire que l'Église n'a ressenti le besoin d'une fête propre qu'au moment où la louange quotidienne de la Trinité risquait d'être moins visible. Ce qui était partout depuis les origines reçut alors un jour.

Comment l'Église célèbre-t-elle la Trinité ?

La messe de la solennité

La messe de la Trinité ne raconte pas une scène de l'Évangile : chacune de ses prières est une profession de foi adressée au Père, par le Fils, dans l'Esprit. L'antienne d'ouverture donne le ton dès l'entrée du prêtre : « Béni soit Dieu le Père, et le Fils unique de Dieu, et aussi l'Esprit Saint, car il a fait pour nous sa miséricorde »[68]. On chante ensuite le Gloria, puis la collecte, que la Liturgie des Heures reprend aux laudes et aux vêpres du même jour[69] :

« Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère ; donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l'éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. » — Oraison de la Sainte Trinité, traduction liturgique de la Liturgie des Heures[70]

La prière est construite comme le mystère qu'elle célèbre : le Père est nommé comme celui qui envoie, la Parole et l'Esprit comme ceux qu'il envoie, et la demande porte sur la foi qui reconnaît à la fois la Trinité des Personnes et l'Unité de Dieu. Après l'homélie, toute l'assemblée proclame le Credo, prescrit ce jour-là comme à chaque dimanche et solennité[71].

Le sommet de la messe est la préface de la Sainte Trinité, que le prêtre chante avant le Sanctus. Elle est l'une des plus anciennes et des plus denses de tout le Missel romain :

« Avec ton Fils unique et le Saint-Esprit, tu es un seul Dieu, un seul Seigneur, non dans l'unité d'une seule personne, mais dans la Trinité d'une seule substance. Car ce que nous croyons de ta gloire, parce que tu l'as révélé, nous le croyons aussi de ton Fils et du Saint-Esprit, sans aucune différence. Ainsi, en confessant la vraie et éternelle divinité, nous adorons les Personnes en ce qui leur est propre, l'unité dans l'essence et l'égalité dans la majesté. » — Préface de la Sainte Trinité, Missel romain, traduction littérale du latin[72]

En quelques lignes, la préface dit tout le dogme que le concile de Nicée et le premier concile de Constantinople avaient défendu : un seul Dieu, trois Personnes distinctes, égales dans la gloire. Ce texte était autrefois chanté les dimanches ordinaires de l'année : le Micrologue le notait déjà au XIᵉ siècle, et c'était encore l'usage du Missel d'avant la réforme de 1970[73][74]. L'antienne de la communion reprend saint Paul : « Parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba, Père ! » (Ga 4, 6)[75]. La prière après la communion demande enfin que « la réception de ce sacrement et la confession de la sainte Trinité éternelle et de son indivisible Unité » profitent « au salut du corps et de l'âme »[76].

Une messe qui traverse douze siècles

Ces prières ne sont pas nées de la réforme liturgique du XXᵉ siècle. On les lit déjà, presque mot pour mot, dans la messe « de la sainte Trinité » du missel d'Alcuin, vers 800, telle que l'édite la Patrologie latine[77]. Le tableau suivant compare, prière par prière, cette messe carolingienne et celle du Missel romain promulgué en 1970 et réédité en 2002 :

Prière de la messeMesse d'Alcuin, vers 800Missel romain de 1970 et 2002Ce qui a changé
Collecte« Dieu tout-puissant et éternel, qui as donné à tes serviteurs […] de reconnaître la gloire de l'éternelle Trinité et d'adorer l'Unité »« Dieu Père, qui, en envoyant dans le monde la Parole de vérité et l'Esprit de sanctification, as révélé aux hommes ton admirable mystère, donne-nous […] de reconnaître la gloire de l'éternelle Trinité et d'adorer l'Unité »Nouvelle ouverture adressée au Père, même demande centrale
Prière sur les offrandes« Sanctifie, Seigneur, par l'invocation de ton nom, l'hostie de cette offrande, et par elle fais de nous une offrande éternelle »« Sanctifie, Seigneur, par l'invocation de ton nom, les dons de notre service, et par eux fais de nous une offrande éternelle »Même prière, légèrement retouchée
Préface« un seul Dieu, un seul Seigneur, non dans l'unité d'une seule personne, mais dans la Trinité d'une seule substance »Texte identiqueAucun changement de fond
Prière après la communion« Que la réception de ce sacrement et la confession de l'éternelle Trinité nous profitent pour le salut du corps et de l'âme »Même texte, complété par « et de son indivisible Unité »Une précision ajoutée
Infographie originale Ignispedia créée par IA

On voit ainsi que la fête instituée au XIVᵉ siècle a reçu une messe déjà ancienne de plus de cinq cents ans, et que la réforme de 1970 a gardé l'essentiel de ce trésor. L'Église applique ici le principe qu'elle a toujours suivi : sa manière de prier exprime et garde sa manière de croire. La préface chantée aujourd'hui confesse la Trinité avec les mots mêmes qu'employaient les moines de Fulda et d'Arras auxquels Alcuin écrivait.

La messe de la Trinité avant 1970

Le Missel en usage avant la réforme de 1970 donnait à la fête un autre visage, que décrit en 1911 L'Année liturgique de Solesmes. L'introït n'était pas tiré de l'Écriture : c'était « une formule de glorification propre à ce jour »[78].

« Bénie soit la Trinité sainte et l'Unité indivisible ; célébrons-la, car elle a agi avec nous dans sa miséricorde. Seigneur notre Dieu, combien est admirable votre Nom par toute la terre ! » — Introït Benedicta sit, Missel romain d'avant 1970, traduction de L'Année liturgique[79]

La collecte était celle d'Alcuin, déjà citée ; l'épître reprenait l'hymne de saint Paul sur la profondeur de la sagesse de Dieu (Rm 11, 33-36) ; l'Évangile était l'envoi en mission de la finale de saint Matthieu (Mt 28, 18-20), avec l'ordre de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit[80]. La même épître est aujourd'hui la lecture brève des premières vêpres, et le même Évangile celui de l'année B : d'un missel à l'autre, ce sont les mêmes textes fondateurs qui sont lus ce jour-là[81][82].

L'Année liturgique expliquait aussi le choix de la couleur. L'Église emploie le blanc « en signe d'allégresse, et pour exprimer la simplicité et la pureté de l'essence divine »[83]. C'est encore la couleur de la fête dans le Missel actuel, qui la prescrit aussi pour la messe votive de la Trinité[84].

Les lectures de la messe sur trois ans

Le lectionnaire dominical, réparti sur trois années (A, B et C), donne à la solennité trois ensembles de lectures qui abordent le mystère par trois portes : le nom de Dieu révélé à Moïse, l'unique Dieu qui se fait appeler « Père », la Sagesse qui jouait devant lui avant la création[85]. L'acclamation de l'Évangile est la même chaque année et reprend la doxologie que l'Église chante au terme des psaumes : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! » (cf. Ap 1, 8)[86].

Le tableau suivant donne, pour chaque année du cycle, les références exactes des lectures de la messe dans la traduction liturgique en usage dans les pays francophones :

Année du cyclePremière lecturePsaume ou cantiqueDeuxième lectureÉvangile
A (2026, 2029, 2032)Exode 34, 4b-6.8-9 : « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux »Cantique de Daniel 3, 52-56 : « À toi, louange et gloire éternellement ! »2 Corinthiens 13, 11-13 : la grâce, l'amour et la communionJean 3, 16-18 : « Dieu a tellement aimé le monde »
B (2027, 2030, 2033)Deutéronome 4, 32-34.39-40 : « il n'y en a pas d'autre »Psaume 32 (33) : « Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu »Romains 8, 14-17 : l'Esprit qui fait crier « Abba ! »Matthieu 28, 16-20 : « baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit »
C (2028, 2031, 2034)Proverbes 8, 22-31 : la Sagesse conçue avant la terrePsaume 8 : « Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand, ton nom ! »Romains 5, 1-5 : l'amour de Dieu répandu par l'EspritJean 16, 12-15 : « l'Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière »

On lit ainsi qu'aucune des trois années ne propose un « exposé » du dogme : chacune fait entendre comment Dieu s'est fait connaître dans l'histoire, de la nuée du Sinaï à l'envoi des disciples.

Année A : le nom de Dieu et le don du Fils

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La première lecture de l'année A rapporte la théophanie qui suit l'épisode du veau d'or : Moïse est remonté sur la montagne avec les tables de pierre, et Dieu passe devant lui en proclamant son nom[87].

« Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : “LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité.” » — Exode 34, 5-6, lectionnaire de la Sainte Trinité, année A[88]

Au lieu du psaume, l'Église chante un fragment du cantique des trois jeunes gens dans la fournaise (Dn 3, 52-56), avec le refrain « À toi, louange et gloire éternellement ! »[89]. La deuxième lecture est la conclusion de la seconde lettre aux Corinthiens, dont le dernier verset est devenu l'une des salutations de la messe : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Co 13, 13)[90]. L'Évangile, tiré de l'entretien de Jésus avec Nicodème, dit pourquoi le Dieu révélé à Moïse comme « tendre et miséricordieux » a donné son Fils :

« Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » — Jean 3, 16-17, Évangile de la Sainte Trinité, année A[91]

Année B : un seul Dieu, que l'on appelle Père

L'année B s'ouvre sur la confession de foi d'Israël : « Sache donc aujourd'hui, et médite cela en ton cœur : c'est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n'y en a pas d'autre » (Dt 4, 39)[92]. La fête de la Trinité ne revient jamais sur ce monothéisme : elle le reçoit tel quel, et la deuxième lecture montre comment ce Dieu unique se laisse appeler « Père » par ceux que l'Esprit conduit — « vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c'est en lui que nous crions “Abba !”, c'est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 15)[93]. L'Évangile est la finale de saint Matthieu, où Jésus ressuscité nomme d'un même souffle le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dans la formule du baptême :

« Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » — Matthieu 28, 18-20, Évangile de la Sainte Trinité, année B[94]

Année C : la Sagesse, l'Esprit de vérité et l'espérance

L'année C fait entendre la Sagesse personnifiée du livre des Proverbes : « Avant les siècles j'ai été formée, dès le commencement, avant l'apparition de la terre » ; elle était aux côtés du Créateur, « jouant dans l'univers, sur sa terre, et trouvant [ses] délices avec les fils des hommes » (Pr 8, 23.31)[95]. Saint Paul relie ensuite les trois Personnes dans une seule phrase sur l'espérance : « l'espérance ne déçoit pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5)[96]. L'Évangile, pris au discours après la Cène, montre l'Esprit qui reçoit du Fils ce que le Fils reçoit du Père :

« Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. […] Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L'Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » — Jean 16, 13.15, Évangile de la Sainte Trinité, année C[97]

La Trinité dans la Liturgie des Heures

La solennité commence dès le samedi soir, avec les premières vêpres. Leur lecture brève est l'hymne de saint Paul qui servait autrefois d'épître à la messe de la fête : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! […] Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l'éternité ! Amen » (Rm 11, 33.36)[98]. Aux deux vêpres, l'antienne du Magnificat résume en une phrase toute l'économie du salut :

« Mystère du Dieu vivant et de son amour pour les hommes : le Très-Haut nous envoie son Fils et se révèle notre Père ; le Christ exalté dans la gloire nous donne son Esprit en qui nous te louons, Dieu qui es, qui étais et qui viens ! » — Liturgie des Heures, antienne du Magnificat des premières et des secondes vêpres de la Sainte Trinité[99]

L'invitatoire du matin appelle à l'adoration : « Adorons notre Dieu, alléluia ! Adorons le Père, le Fils et l'Esprit Saint, alléluia ! », et l'antienne du cantique de Zacharie, aux laudes, chante « la Trinité sainte et une, qui crée et gouverne toutes choses maintenant et dans les siècles sans fin »[100]. Les intercessions des laudes s'adressent tour à tour au Père, au Fils et à l'Esprit : « Esprit du Père et du Fils, fais mûrir tes fruits en nos cœurs : patience et douceur, charité, joie et paix »[101].

L'office des lectures : la lettre de saint Athanase à Sérapion

Saint Athanase, icône de Sozopol, fin du XVIIe siècle, Galerie nationale de Sofia. Auteur inconnu, Wikimedia Commons, domaine public.

L'office des lectures associe deux textes. Le premier est le passage de la première lettre aux Corinthiens sur « le mystère de Dieu » : « personne ne connaît ce qu'il y a en Dieu, sinon l'Esprit de Dieu » (1 Co 2, 11)[102]. Le second est une page de saint Athanase d'Alexandrie, l'évêque qui défendit la foi de Nicée contre l'arianisme, tirée de ses lettres à Sérapion, évêque de Thmuis, sur la divinité du Saint-Esprit. Athanase y part de la tradition reçue des Apôtres pour montrer que l'unique action de Dieu est toujours celle des trois Personnes :

« Il y a donc une Trinité sainte et parfaite, reconnue comme Dieu dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; elle ne comporte rien d'étranger, rien qui lui soit mêlé de l'extérieur ; elle n'est pas constituée du Créateur et du créé, mais elle est tout entière puissance créatrice et productrice. Elle est semblable à elle-même, indivisible par sa nature, et son activité est unique. En effet, le Père fait toutes choses par le Verbe dans l'Esprit Saint, et c'est ainsi que l'unité de la sainte Trinité est sauvegardée. » — Saint Athanase d'Alexandrie, Lettre à Sérapion, évêque de Thmuis, lue à l'office des lectures de la Sainte Trinité[103]

La lecture s'achève sur la salutation de saint Paul que la messe de l'année A proclame le même jour : « la grâce et le don accordés dans la Trinité sont donnés de la part du Père, par le Fils, dans l'Esprit Saint »[104]. Comme aux dimanches et aux jours de fête, l'office se conclut par le Te Deum, dont une strophe est une profession de foi trinitaire : « Dieu, nous t'adorons : Père infiniment saint, Fils éternel et bien-aimé, Esprit de puissance et de paix »[105].

Que célèbre la fête de la Trinité ?

La doctrine elle-même — un seul Dieu en trois Personnes égales et distinctes, le Fils engendré, l'Esprit qui procède, les définitions de Nicée et de Constantinople — est exposée dans l'article Le dogme de la Sainte Trinité, et sa pédagogie dans Comment expliquer la Trinité simplement ?. On s'attache ici à ce que la liturgie fait de ce mystère : pourquoi elle lui consacre un dimanche, et comment toute sa prière le confessait bien avant la fête.

Une fête sans événement à commémorer

Toutes les autres solennités du Seigneur rappellent un fait advenu dans le temps : la naissance à Bethléem, la Résurrection, l'Ascension, l'Esprit répandu le cinquantième jour. La fête de la Trinité, elle, ne fait mémoire d'aucun événement ; elle contemple Dieu tel qu'il est avant toute création. L'Année liturgique de Solesmes, l'œuvre de dom Prosper Guéranger continuée après sa mort par dom Lucien Fromage, en tirait l'explication du long retard de son institution[106] :

« La raison ordinaire de l'institution des fêtes manquait ici totalement. Une fête est le monument d'un fait qui s'est accompli dans le temps, et dont il est à propos de perpétuer le souvenir et l'influence : or, de toute éternité, avant toute création, Dieu vit et règne, Père, Fils et Saint-Esprit. » — L'Année liturgique de Solesmes, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, 14ᵉ éd., Paris-Poitiers, Oudin, 1911, p. 128[107]

C'est pourquoi la fête vient au terme du grand cycle qui va de l'Avent à la Pentecôte : l'année a fait connaître le Père qui envoie son Fils, le Fils qui meurt et ressuscite, l'Esprit qui est donné ; le dimanche suivant, l'Église rassemble ces trois révélations dans une seule adoration. Le même ouvrage la place dans le prolongement direct de la Pentecôte : les Apôtres, « fidèles à l'ordre du Maître, […] vont partir pour aller enseigner toutes les nations, et baptiser les hommes au nom de la sainte Trinité », et « il était donc juste que la solennité qui a pour but d'honorer Dieu unique en trois personnes, suivît immédiatement celle de la Pentecôte »[108]. L'article de la Catholic Encyclopedia de 1912 consacré au dimanche de la Trinité dit la même chose : c'est après la première Pentecôte que la doctrine de la Trinité fut proclamée au monde, et la fête suit donc fort à propos celle de la Pentecôte[109].

Une foi chantée avant d'avoir sa fête

L'absence d'une fête propre pendant mille ans ne signifie pas que la Trinité était absente de la prière : elle en était la forme même. Le plus ancien manuel de la vie chrétienne, la Didachè (fin du Iᵉʳ siècle), prescrit déjà le baptême au nom des trois Personnes, avec le geste de l'eau versée trois fois[110] :

« Pour le baptême, donnez-le de la manière suivante : après avoir enseigné tout ce qui précède, “baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit”, dans de l'eau courante. […] Si tu n'as (assez) ni de l'une ni de l'autre, verse trois fois de l'eau sur la tête “au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit”. » — Didachè (Doctrine des Apôtres), 7, 1.3, trad. H. Hemmer et A. Laurent, 1907[111]

Vers 155, saint Justin décrit à l'empereur Antonin la célébration qui suit le baptême : celui qui préside « fait monter louange et gloire vers le Père de l'univers, par le nom du Fils et du Saint-Esprit », et rend grâce longuement ; le peuple répond Amen[112]. Au chapitre suivant, il résume la prière dominicale de toute l'Église en une phrase : « Dans toutes nos offrandes, nous bénissons le Créateur de l'univers par son Fils Jésus-Christ et par l'Esprit-Saint »[113].

Le « Gloire au Père » contre l'arianisme

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La doxologie qui termine chaque psaume est née de la même confession. Les plus anciennes formules rendaient gloire au Père par le Fils dans l'Esprit ; quand les ariens s'appuyèrent sur ces prépositions pour faire du Fils et de l'Esprit des êtres inférieurs, la forme coordonnée « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit » s'imposa partout chez les catholiques au IVᵉ siècle[114]. En 529, le second concile de Vaison, en Provence, ordonna d'ajouter aussi en Gaule la suite Sicut erat in principio (« comme il était au commencement »), que l'on disait à Rome, en Afrique et, croyait-il, en Orient, en protestation contre l'arianisme[115]. C'est précisément cette louange quotidienne qu'invoquait le pape Alexandre II, au XIᵉ siècle, pour ne pas instituer de fête particulière.

La liturgie, œuvre de la Trinité

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Le Catéchisme de l'Église catholique ouvre son exposé de la liturgie par un article intitulé « La liturgie, œuvre de la Sainte Trinité ». Toute bénédiction y descend du Père par le Fils dans l'Esprit, et toute louange remonte par le même chemin[116] :

« Dans la liturgie de l'Église, la bénédiction divine est pleinement révélée et communiquée : le Père est reconnu et adoré comme la Source et la Fin de toutes les bénédictions de la création et du salut ; dans Son Verbe, incarné, mort et ressuscité pour nous, il nous comble de Ses bénédictions, et par Lui il répand en nos cœurs le Don qui contient tous les dons : l'Esprit Saint. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 1082[117]

La messe de chaque dimanche porte cette forme d'un bout à l'autre : elle s'ouvre par le signe de la croix « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit », la prière eucharistique s'adresse au Père, fait mémoire du Fils, invoque l'Esprit sur les dons, et s'achève par la grande doxologie qui rend toute gloire au Père par le Christ, avec lui et en lui, dans l'unité du Saint-Esprit ; le peuple est enfin béni au nom des trois Personnes[118]. La fête de la Trinité n'ajoute donc pas une dévotion nouvelle : elle rend visible, une fois l'an, la structure de toute la prière chrétienne.

Le baptême, entrée dans la vie trinitaire

Le Catéchisme commence d'ailleurs son exposé du mystère par le baptême, et non par une définition :

« Les chrétiens sont baptisés “au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit” (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent “Je crois” à la triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l'Esprit : “La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité”. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 232, citant saint Césaire d'Arles[119]

Le Catéchisme précise au numéro suivant que l'on est baptisé « au nom » et non « aux noms » des trois Personnes, « car il n'y a qu'un seul Dieu »[120]. C'est ce que rappelle l'Évangile de l'année B, et ce que redit à chaque messe le signe de la croix, auquel est consacré l'article Pourquoi les catholiques font-ils le signe de croix ?.

Habités par le Père, le Fils et l'Esprit

La fête ne regarde pas seulement un Dieu lointain : elle célèbre un Dieu qui vient habiter l'homme. Le Catéchisme en fait la fin de toute l'histoire du salut :

« La fin ultime de toute l'économie divine, c'est l'entrée des créatures dans l'unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23). Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très Sainte Trinité : “Si quelqu'un m'aime, dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure” (Jn 14, 23). » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 260[121]

Le numéro précédent tire la conséquence pour la vie de chaque baptisé : « toute la vie chrétienne est communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père le fait par le Fils dans l'Esprit Saint ; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l'attire (cf. Jn 6, 44) et que l'Esprit le meut (cf. Rm 8, 14) »[122]. À la suite de ces lignes, le Catéchisme cite la prière d'une carmélite de Dijon qui avait fait de cette habitation divine toute sa vie, sainte Élisabeth de la Trinité, présentée plus bas.

La Trinité dans les Églises d'Orient

Une Pentecôte qui est aussi la fête de la Trinité

L'article de la Catholic Encyclopedia notait en 1912 que « les Grecs n'ont pas de fête particulière » de la Trinité[123]. C'est exact si l'on cherche un dimanche distinct ; mais dans le rite byzantin, c'est la Pentecôte elle-même qui est aussi la fête de la Trinité, d'où son nom russe de Troïtsyn den', « le jour de la Trinité », et le lendemain est consacré au Saint-Esprit. L'article Pentecôte présente ces usages, ainsi que les vêpres de la génuflexion ; on ne relève ici que ce que la liturgie byzantine chante de la Trinité ce jour-là.

Aux grandes vêpres de la veille, plusieurs chants du lucernaire sont entièrement trinitaires. Le premier, chanté deux fois, est devenu l'un des plus connus du répertoire byzantin : « Nous avons vu la vraie lumière, nous avons reçu l'esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi, adorant la Trinité indivisible ; c'est Elle qui nous a sauvés »[124]. Le chant de gloire qui conclut cette série est attribué à l'empereur byzantin Léon VI le Sage, mort en 912, auteur de nombreuses hymnes liturgiques[125] :

« Venez peuples, adorons la Divinité en Trois Hypostases, le Fils dans le Père, avec le Saint-Esprit ; car le Père engendra hors du temps le Fils coéternel et partageant le même Trône, et l'Esprit Saint fut dans le Père et glorifié avec le Fils ; une seule puissance, une seule essence, une seule Divinité, à Laquelle nous disons en L'adorant : Saint Dieu, qui a tout créé par le Fils, dans la synergie avec l'Esprit Saint. Saint Fort, par Lequel nous avons connu le Père et l'Esprit Saint est venu dans le monde ; Saint Immortel, Esprit consolateur, qui procèdes du Père et repose dans le Fils : Trinité Sainte, gloire à Toi ! » — Léon VI le Sage, doxastikon des grandes vêpres de la Pentecôte, Pentecostaire[126]

L'édition bilingue slavon-français qui donne cette traduction le présente comme « l'exposé le plus complet de l'enseignement orthodoxe sur la Sainte Trinité que l'on trouve dans les livres liturgiques »[127]. On y reconnaît, transposé dans le chant, le Trisagion (« Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel ») que chaque Personne reçoit tour à tour.

« Nous avons vu la vraie lumière » à chaque liturgie

Le premier de ces chants a débordé la Pentecôte. Dans l'usage russe, le chœur le chante après la communion à chaque divine liturgie de saint Jean Chrysostome et de saint Basile, en réponse au prêtre qui bénit le peuple, sauf pendant le temps pascal[128]. Le liturgiste russe Alexeï Dmitrievski l'expliquait en 1886 :

« Dans notre pratique liturgique actuelle s'est solidement établie la coutume, aux liturgies de Basile le Grand et de Jean Chrysostome, de répondre à l'exclamation du prêtre “Sauve, ô Dieu, ton peuple” par le chant de la stichère de la Pentecôte “Nous avons vu la vraie lumière”. L'exception n'est faite que pour toute la Cinquantaine. » — Alexeï Dmitrievski, 1886[129]

Le même auteur précise que cette stichère n'apparaît dans le livre des célébrants russe qu'au XVIIᵉ siècle, et que l'usage grec, plus restreint, la limitait à une partie de l'année[130]. Ainsi, pour des millions de fidèles orientaux, chaque eucharistie s'achève sur la confession de la « Trinité indivisible » qui a sauvé le monde : la fête de la Pentecôte s'est prolongée dans toute l'année, un peu comme la préface de la Trinité l'était, en Occident, dans les dimanches ordinaires.

L'icône de la Trinité d'Andreï Roublev

Cathédrale de la Trinité, Serguiev Possad, 1er juillet 2011. Photo Vyacheslav Argenberg, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

L'image la plus célèbre de la Trinité est née de cette piété orientale. Le moine iconographe Andreï Roublev la peignit pour la cathédrale de la Trinité du monastère fondé par saint Serge de Radonège, près de Moscou, où elle prenait place dans la rangée inférieure de l'iconostase et était vénérée comme miraculeuse. Entrée en 1929 à la galerie Tretiakov de Moscou, elle a été remise en mai 2023 à l'Église orthodoxe russe : exposée un an à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, elle se trouve depuis juin 2024 dans l'iconostase de la cathédrale de la Trinité de la laure, son lieu d'origine[131]. Sa date reste discutée : certains historiens la placent vers 1412, d'autres dans les années 1420, en lien avec la cathédrale de pierre commencée en 1422[132]. Un récit russe plus tardif sur les saints iconographes, conservé dans les manuels des peintres d'icônes, rapporte que l'higoumène Nikon, successeur de Serge, lui avait demandé de peindre « l'image de la Très Sainte Trinité, à la louange de son père, saint Serge le thaumaturge »[133].

Roublev reprend la scène de la Genèse où Abraham reçoit trois visiteurs sous le chêne de Mambré (Gn 18), que plusieurs Pères, comme saint Ambroise, ont lue comme une révélation de la Trinité dans l'Ancien Testament[134]. Mais il en retire Abraham, Sara et le serviteur qui apporte le veau : il ne reste que trois anges assis autour d'une table, devant une coupe, avec la maison, l'arbre et la montagne en arrière-plan[135]. Le pape François évoquait cette image à l'Angélus du dimanche de la Trinité 2023 : « la table, qui est en même temps un autel, est un symbole avec lequel certaines icônes représentent la Trinité. C'est une image qui nous parle d'un Dieu de communion »[136].

Infographie originale Ignispedia créée par IA

L'Église russe donna à cette icône une autorité exceptionnelle. En 1551, le concile des Cent Chapitres (Stoglav), réuni à Moscou, fut interrogé sur la manière de peindre la Trinité et sur l'inscription à placer près des anges. Sa réponse est restée célèbre[137] :

« Que les iconographes peignent les icônes d'après les anciens modèles, comme les peignaient les iconographes grecs et comme peignait Andreï Roublev et les autres iconographes renommés, et qu'ils inscrivent « Sainte Trinité », sans rien ajouter de leur propre invention. » — Concile des Cent Chapitres (Stoglav), Moscou, 1551, chapitre 41[138]

L'historienne russe V. G. Brioussova met en garde contre une lecture trop large de ce texte : le concile ne fait pas de Roublev le modèle de tout l'art des icônes, il le cite comme l'auteur d'une image de la Trinité théologiquement irréprochable[139]. Roublev a été canonisé par le concile local de l'Église orthodoxe russe réuni en 1988 pour le millénaire du baptême de la Russie[140]. Les articles Les icônes byzantines et La théologie de l'icône situent cette œuvre dans l'histoire et la doctrine de l'image sacrée.

La Trinité dans l'art et la piété populaire

Le « Trône de grâce », image de la Trinité en Occident

Pendant que l'Orient contemplait les trois anges de Mambré, l'Occident a forgé sa propre image de la Trinité : Dieu le Père, assis en majesté, tient devant lui la croix de son Fils crucifié, tandis que la colombe de l'Esprit vole entre leurs deux visages. Les historiens de l'art l'appellent le Trône de grâce (en allemand Gnadenstuhl), d'après un mot de la Bible de Luther repris en 1897 par l'historien Franz Xaver Kraus ; l'expression vient de l'Épître aux Hébreux : « Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde » (He 4, 16)[141].

Ce type d'image est apparu au XIIᵉ siècle et fut, selon François Boespflug et Yolanta Zaluska, « pendant quatre siècles (XIIIᵉ-XVIᵉ) la plus populaire des images de la Trinité »[142]. Il est né à l'autel : les premiers Trônes de grâce ornent la page du canon de la messe, au début de la prière eucharistique (Te igitur), comme si le prêtre offrait le sacrifice du Fils au Père dans l'Esprit[143]. L'un des plus anciens connus, souvent tenu pour le premier, figure vers 1120 dans un missel de la cathédrale de Cambrai, où le Père en majesté est entouré des symboles des quatre évangélistes[144].

Masaccio, La Trinité, Santa Maria Novella, Florence. Wikimedia Commons, domaine public.

Le type gagna ensuite la grande peinture. À Florence, vers 1425-1426, le jeune Masaccio peignit dans l'église dominicaine de Santa Maria Novella une fresque de la Trinité où l'on voit, en haut, le Père éternel, sous lui la colombe de l'Esprit, puis Jésus crucifié entre la Vierge et saint Jean, et, plus bas, les deux donateurs agenouillés ; l'œuvre, l'un des premiers et des plus parfaits exemples de perspective de la Renaissance, se termine par un squelette couché portant cette inscription : « J'ai été ce que vous êtes, et ce que je suis, vous le serez aussi »[145]. En 1511, Albrecht Dürer peignit pour la chapelle d'une maison de retraite pour artisans âgés de Nuremberg, dédiée à la Sainte Trinité et à tous les saints, un retable où l'Église du ciel et de la terre adore la Trinité représentée en Trône de grâce ; le tableau est aujourd'hui au musée d'histoire de l'art de Vienne[146].

Quelles images de la Trinité l'Église permet-elle ?

Représenter le Dieu invisible pose une question que l'Église n'a pas éludée. Au XVIIIᵉ siècle, des images montrant l'Esprit Saint sous les traits d'un beau jeune homme se répandirent en Bavière autour de la tertiaire franciscaine Crescence Höss de Kaufbeuren. L'évêque d'Augsbourg les fit retirer, et le pape Benoît XIV, dans une longue lettre datée du 1ᵉʳ octobre 1745, lui donna raison et posa le principe qui règle encore la question[147] :

« Puisqu'il n'est pas permis de présenter aux yeux des hommes l'image d'une Personne divine autrement que sous la forme sous laquelle, d'après les saintes Écritures, cette Personne s'est autrefois rendue visible aux hommes, il s'ensuit qu'il est permis de peindre l'Esprit Saint au jour de la Pentecôte sous la figure mystique des langues de feu descendant sur les Apôtres, ou ailleurs sous l'apparence d'une colombe ; mais il n'est nullement permis de le figurer sous l'apparence d'un adolescent ou d'un homme, puisqu'on ne trouve nulle part dans les divines Écritures qu'il soit apparu aux hommes sous une telle forme. » — Benoît XIV, lettre Sollicitudini Nostrae à l'évêque d'Augsbourg, 1ᵉʳ octobre 1745, § 22[148]

Le même document décrit les images « communément approuvées » : le Père sous la forme d'un vieillard, d'après l'« Ancien des jours » vu par le prophète Daniel (Dn 7, 9), le Fils sur son sein et la colombe entre les deux, ou bien le Père et le Christ côte à côte, séparés par la colombe[149]. Il rappelle au contraire que des images de la Trinité sous la forme d'un homme à trois visages avaient été jugées monstrueuses par saint Antonin de Florence et par saint Robert Bellarmin, et que le pape Urbain VIII, selon deux auteurs que cite Benoît XIV, en avait fait brûler le 11 août 1628[150]. Quant aux trois anges reçus par Abraham, le pape admet qu'ils ont pu représenter la Trinité, mais refuse d'en tirer prétexte pour peindre l'Esprit seul sous forme humaine[151].

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La décision ne visait pas Crescence elle-même : le pape refusa de trancher la question de son rôle dans la diffusion de ces images et la renvoya à une éventuelle cause de béatification[152]. Elle a été canonisée par Jean-Paul II le 25 novembre 2001[153]. L'épisode montre la manière de l'Église : elle n'a jamais interdit d'aimer et de représenter la Trinité, elle a seulement demandé que l'image ne dise pas autre chose que l'Écriture.

Les colonnes de la Sainte-Trinité d'Europe centrale

La Trinité est aussi devenue une protectrice des villes. Dans l'espace allemand du Sud et autrichien, constate le grand dictionnaire allemand d'histoire de l'art, elle joua un grand rôle comme protectrice des communautés, et c'est pourquoi s'élevèrent sur les places des villes les colonnes de la Trinité[154]. À Vienne, l'empereur Léopold Iᵉʳ fit vœu d'en ériger une pendant l'épidémie de peste de 1679 ; d'abord en bois, la colonne du Graben fut reconstruite en marbre à partir de 1687 et consacrée le 29 octobre 1693, couronnée d'un groupe de la Sainte Trinité[155].

Colonne de la Sainte-Trinité, Olomouc, 11 juillet 2005. Photo Michal Maňas, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

La plus monumentale se dresse à Olomouc, en Moravie. Un tailleur de pierre de la ville, Václav Render, en présenta le projet au conseil municipal au début de 1716, alors que la ville sortait d'une épidémie de peste ; les travaux durèrent de 1717 à 1754, et la colonne, haute d'environ trente-deux mètres et contenant une chapelle dans son socle, fut consacrée le 9 septembre 1754 en présence de l'impératrice Marie-Thérèse[156]. L'Unesco l'a inscrite en 2000 sur la liste du patrimoine mondial comme « l'exemple le plus remarquable d'un type de monument spécifique à l'Europe centrale »[157].

L'ordre de la Très Sainte Trinité

La Trinité a enfin donné son nom à un ordre religieux tout entier consacré à la charité. Fondé par saint Jean de Matha et approuvé par le pape Innocent III le 17 décembre 1198, l'ordre de la Très Sainte Trinité et des captifs, les Trinitaires, se voua au rachat des chrétiens réduits en esclavage, auquel il consacrait un tiers de ses revenus[158]. Sa devise, « Gloire à toi, Trinité, et aux captifs la liberté » (Gloria tibi Trinitas, et captivis libertas), commence par les mots mêmes qui ouvrent l'office de la fête : la louange de Dieu un et trine y devient œuvre de libération[159][160].

Cinq objections sur la fête de la Trinité, et leurs réponses

La fête de la Trinité suscite des questions que se posent aussi bien des catholiques que des non-croyants. Les cinq plus fréquentes portent sur son objet, sa date d'apparition, la légitimité des images et la différence entre l'Orient et l'Occident. Chacune reçoit ici une réponse fondée sur les sources présentées plus haut.

Objection 1 — « Une fête pour une idée abstraite ? »

On objecte parfois que les autres fêtes célèbrent des faits — une naissance, une mort, une résurrection —, tandis que celle-ci célébrerait une formule de catéchisme, trop abstraite pour toucher la vie.

Réponse : la fête ne célèbre pas une idée sur Dieu, mais Dieu lui-même, tel qu'il s'est fait connaître dans ces faits. C'est pourquoi elle vient au terme du cycle qui va de Noël à la Pentecôte : le Père qui envoie son Fils, le Fils qui donne sa vie, l'Esprit qui est répandu sont les acteurs mêmes de l'histoire que l'année liturgique vient de raconter. Ses lectures ne contiennent d'ailleurs aucun exposé théorique ; elles rapportent des rencontres, du Sinaï à la montagne de Galilée.

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Cette vérité touche aussi la vie la plus concrète. Benoît XVI en tirait, le jour de la fête, une conséquence que chacun peut vérifier : « La preuve la plus éloquente que nous sommes faits à l'image de la Trinité est la suivante : seul l'amour nous rend heureux, car nous vivons en relation, et nous vivons pour aimer et être aimés »[161]. Une fête qui révèle que Dieu est communion d'amour dit en même temps à l'homme pour quoi il est fait.

Objection 2 — « Rome a refusé cette fête pendant des siècles : c'est donc une dévotion secondaire »

L'histoire semble donner raison à l'objection : au XIᵉ siècle, le pape Alexandre II refusait d'introduire la fête à Rome, et le Micrologue la jugeait « non authentique ».

Réponse : le motif du refus dit exactement le contraire de ce que suppose l'objection. Rome n'avait pas de jour propre pour la Trinité parce qu'elle la louait chaque jour par le « Gloire au Père » et par d'autres formules semblables[162]. La réserve portait sur l'opportunité d'un jour particulier, non sur le mystère, et la décrétale maintenait expressément les coutumes des Églises qui fêtaient déjà la Trinité[163]. Quand Jean XXII étendit la fête à toute l'Église, ce fut pour garder visible, au milieu de fêtes de saints de plus en plus nombreuses, « l'expression pleine et directe » de l'adoration due à Dieu seul[164]. La fête n'est pas une dévotion ajoutée : elle est la louange quotidienne de l'Église rendue explicite un dimanche par an.

Objection 3 — « La Trinité serait une invention tardive, comme la fête elle-même »

Une fête apparue au Moyen Âge prouverait, dit-on, que la croyance en la Trinité est elle-même une construction tardive de l'Église, élaborée au IVᵉ siècle.

Réponse : la date d'une fête n'est pas la date d'une foi. Le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit est prescrit par le Christ ressuscité lui-même (Mt 28, 19), pratiqué dès la fin du Iᵉʳ siècle selon la Didachè, et la plus ancienne description de la messe, celle de saint Justin vers 155, rend gloire au Père de l'univers par le nom du Fils et du Saint-Esprit[165][166]. Ce que le IVᵉ siècle a précisé, ce sont les mots pour défendre cette foi contre l'arianisme, et c'est alors que la doxologie « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit » s'est imposée[167]. L'article Le dogme de la Sainte Trinité répond en détail à l'objection selon laquelle le mot même de « Trinité » serait absent de l'Écriture.

Objection 4 — « Peut-on représenter Dieu, alors que l'Écriture l'interdit ? »

L'Ancien Testament interdit de faire des images de Dieu ; peindre le Père en vieillard ou l'Esprit en colombe serait donc une faute.

Réponse : depuis que le Fils s'est fait homme, le Dieu invisible s'est rendu visible, et le deuxième concile de Nicée, en 787, a défendu la vénération des images contre les iconoclastes. Pour la Trinité elle-même, l'Église a posé une règle précise : on ne représente une Personne divine que sous la forme sous laquelle l'Écriture la montre se rendre visible — la colombe et les langues de feu pour l'Esprit, l'« Ancien des jours » de Daniel pour le Père, les trois visiteurs d'Abraham pour la Trinité —, et l'on écarte les images qui inventent, comme l'homme à trois visages ou l'Esprit sous les traits d'un jeune homme[168]. L'article La théologie de l'icône expose ce fondement.

Objection 5 — « Pourquoi l'Orient n'a-t-il pas de dimanche de la Trinité ? »

Si les Églises d'Orient ne connaissent pas cette fête, ne serait-ce pas le signe d'une divergence de foi avec l'Occident ?

Réponse : la différence porte sur le calendrier, non sur la foi. Le rite byzantin célèbre la Trinité le jour même de la Pentecôte, dont elle est l'autre nom, et ses vêpres comptent parmi les plus riches professions de foi trinitaires de toute la liturgie chrétienne[169]. L'Occident a consacré à la même confession le dimanche qui suit. Les deux traditions disent ainsi la même chose à huit jours d'intervalle : l'Esprit donné à la Pentecôte fait connaître le Père et le Fils, et toute l'Église adore la Trinité « indivisible » qui l'a sauvée.

La voix des saints et des papes

Saint Augustin : « Seigneur Dieu un, Dieu Trinité »

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Au terme des quinze livres de son traité De la Trinité, composé pendant une vingtaine d'années, saint Augustin renonce à conclure par un dernier raisonnement : il achève l'ouvrage par une prière. Il part de l'ordre de baptiser au nom des trois Personnes et du « Écoute, Israël » qui proclame un seul Dieu, puis il confie toute sa recherche à celui qu'il a cherché[170] :

« Seigneur notre Dieu, nous croyons en vous, Père, Fils et Saint-Esprit. […] Dirigeant mon intention sur cette règle de foi, je vous ai cherché, autant que je l'ai pu ; autant que vous m'avez donné de le pouvoir, j'ai désiré voir des yeux de l'intelligence, ce que je croyais ; j'ai discuté longuement, j'ai pris bien de la peine, Seigneur mon Dieu, mon unique espérance, exaucez-moi ; ne souffrez pas que la fatigue m'empêche de vous chercher ; faites au contraire que je cherche toujours votre présence avec ardeur. […] Seigneur Dieu un, Dieu Trinité, que vos fidèles admettent tout ce qui m'est venu de vous dans ces livres ; et, s'il y a quelque chose de mon propre fond, pardonnez-le-moi, vous et les vôtres. » — Saint Augustin, De la Trinité, XV, 28, 51, traduction de M. Devoille, 1868[171]

Cette prière dit l'esprit de la fête : la contemplation du mystère n'est pas un exercice de virtuose, c'est une recherche amoureuse qui se termine en adoration.

Sainte Catherine de Sienne : « une mer profonde »

Sainte Catherine de Sienne achève elle aussi son Dialogue, dicté en 1378, par une action de grâce à la Trinité. L'Église en lit chaque année un extrait à l'office des lectures de sa fête, le 29 avril[172] :

« Ô Divinité éternelle, ô éternelle Trinité, par l'union de la divine nature tu as donné un si grand prix au sang de ton Fils unique ! Toi, éternelle Trinité, tu es comme un océan profond : plus j'y cherche et plus je te trouve ; plus je trouve et plus je te cherche. Tu rassasies insatiablement notre âme car, dans ton abîme, tu rassasies l'âme de telle sorte qu'elle demeure indigente et affamée, parce qu'elle continue à souhaiter et à désirer te voir dans ta lumière, ô lumière, éternelle Trinité. » — Sainte Catherine de Sienne, Dialogue, ch. 167, traduction de la Liturgie des Heures[173]

Sainte Thérèse de Lisieux : l'offrande du 9 juin 1895

Le dimanche de la Trinité 1895 est une date de l'histoire de la sainteté. Ce jour-là, à Lisieux, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus s'offrit à l'Amour miséricordieux, et le texte de son offrande, qu'elle signa, porte la date de la fête[174]. Le texte s'ouvre sur une invocation à la Trinité :

« O mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Eglise en sauvant les âmes qui sont sur la terre et [en] délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma Sainteté. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Offrande à l'Amour miséricordieux, « fête de la Très Sainte Trinité, le 9 juin de l'an de grâce 1895 »[175]

La « petite voie » tient tout entière dans cette page : ne rien compter sur ses propres forces, tout attendre de l'Amour. Thérèse y offre à la « Bienheureuse Trinité » les mérites de Jésus, ceux des saints et l'amour de la Vierge Marie, et elle conclut en demandant de renouveler cette offrande « à chaque battement de mon cœur »[176].

Sainte Élisabeth de la Trinité : « Ô mon Dieu, Trinité que j'adore »

Une carmélite de Dijon, Élisabeth Catez (1880-1906), entrée au Carmel sous le nom d'Élisabeth de la Trinité, a fait de l'habitation de Dieu dans l'âme toute sa vie. Sa prière est si juste que le Catéchisme de l'Église catholique la cite à la suite de la parole du Christ : « nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23)[177] :

Élisabeth de la Trinité en habit de carmélite. Reproduction Willuconquer, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

« O mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité ; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère ! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. » — Sainte Élisabeth de la Trinité, prière citée par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 260[178]

Elle a été canonisée par le pape François le 16 octobre 2016, place Saint-Pierre[179]. Sa prière donne à la fête sa dimension la plus intime : la Trinité que l'Église adore le dimanche après la Pentecôte demeure, chaque jour, dans l'âme qui l'aime.

Dans les écrits de Luisa Piccarreta : une seule Volonté en trois Personnes

La Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), laïque de Corato, dans les Pouilles, a consigné pendant quarante ans, dans les trente-six tomes du Livre du Ciel, ce que Jésus lui a dit du don de « vivre dans la Divine Volonté » : non plus seulement faire ce que Dieu veut, mais laisser la volonté de Dieu devenir la vie même de la créature, comme elle l'était au commencement[180]. La Trinité revient souvent dans ces pages, et pour une raison précise : les trois Personnes divines n'ont qu'une seule volonté, et c'est d'elles que l'âme apprend ce que veut dire vivre d'une volonté unique.

Aucune entrée du Livre du Ciel ne mentionne la fête elle-même, mais l'une d'elles est datée du dimanche de la Trinité 1927, le 12 juin. Luisa y écrit qu'elle suivait les actes du « divin Fiat » — le Fiat, ce mot par lequel Dieu crée — « afin de réparer et rétablir les relations entre le Créateur et la créature, le Rédempteur et les rachetés, le Sanctificateur et les sanctifiés ». La réponse qu'elle consigne parcourt ces trois relations l'une après l'autre : laisser régner la volonté du Créateur, étudier la vie du Rédempteur, aimer le Sanctificateur[181].

« Et celle qui veut connaître et recevoir tous les liens et les relations de sainteté, doit aimer le Sanctificateur. Le Saint-Esprit dépose ses flammes sur le chemin de celle qui aime vraiment. Il la lie avec les relations de sa Sainteté. Sans Amour, il n'y a pas de Sainteté. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 22, 12 juin 1927[182]

Infographie originale Ignispedia créée par IA

L'année suivante, le 7 juin 1928 — un jeudi, jour de la Fête-Dieu, quatre jours après la Trinité —, une autre page explique comment l'âme humaine porte l'empreinte des trois Personnes. Elle reprend une image que Luisa avait déjà notée en 1900, celle de trois soleils dont les rayons se fondent au point de n'en former qu'un[183] :

« Ces trois soleils ont été formés par la Puissance du Père, la Sagesse du Fils et l'Amour du Saint-Esprit. […] Ces trois soleils sont les trois puissances : l'intelligence, la mémoire et la volonté. Tout en étant distinctes entre elles, elles se tiennent par la main et elles arrivent à former une puissance unique, symbole de notre adorable Trinité. Puisque tout en étant Trois Personnes distinctes, nous formons une seule Puissance, un seul Entendement et une seule Volonté. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 24, 7 juin 1928[184]

Une page de 1924 fait enfin de la Trinité le modèle de l'adoration. Elle rejoint ce que le Catéchisme enseigne de l'œuvre divine — « de même qu'elle n'a qu'une seule et même nature, la Trinité n'a qu'une seule et même opération »[185] —, et elle en tire une invitation : adorer, c'est unir sa volonté à celle de Dieu.

« Si tu désires connaître le véritable et parfait modèle d'adoration, viens avec Moi au milieu des trois Personnes divines. […] Vois, ma fille, l'acte premier des divines Personnes est le parfait Accord entre leurs Volontés. Nos Volontés sont si unies que la Volonté de l'un ne peut être distinguée de Celle de l'autre. Même si nos Personnes sont distinctes - nous sommes trois - notre Volonté est Une. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 16, 13 mai 1924[186]

Ces pages ne s'ajoutent pas aux sacrements : c'est le baptême, rappelle le Catéchisme, qui appelle chaque chrétien « à partager la vie de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l'obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle »[187]. Le Livre du Ciel y voit le terme vers lequel ce chemin conduit — « quiconque vit dans ma Volonté doit s'élever à de telles hauteurs qu'elle en vienne à vivre dans le sein de la Très Sainte Trinité »[188] — : une seule volonté, celle de Dieu, faite sur la terre comme au ciel.

Les papes et le dimanche de la Trinité

Chaque année, à l'Angélus de midi, le pape commente la fête devant les pèlerins réunis place Saint-Pierre. En 2006, Benoît XVI reprenait une image de saint Augustin pour dire ce que l'Esprit fait découvrir de Dieu :

« Grâce à l'Esprit Saint, qui aide à comprendre les paroles de Jésus et conduit à la vérité tout entière (cf. Jn 14, 26 ; 16, 13) les croyants peuvent connaître, d'une certaine manière, l'intimité de Dieu lui-même, en découvrant qu'Il n'est pas solitude infinie, mais communion de lumière et d'amour, vie donnée et reçue dans un dialogue éternel entre le Père et le Fils dans l'Esprit Saint - Aimant, Aimé et Amour, pour reprendre saint Augustin. » — Benoît XVI, Angélus du 11 juin 2006, solennité de la Très Sainte Trinité[189]

Il ajoutait que, « parmi toutes les créatures, la Vierge Marie est le chef d'œuvre de la Très Sainte Trinité », parce que l'Amour divin a trouvé en elle une réponse parfaite et que le Fils unique s'est fait homme en son sein[190].

Le 4 juin 2023, le pape François partait d'un geste appris dès l'enfance : « En traçant la croix sur notre corps, nous nous rappelons combien Dieu nous a aimés, au point de donner sa vie pour nous ; et nous nous répétons que son amour nous enveloppe complètement, de haut en bas, de gauche à droite, comme une étreinte qui ne nous abandonne jamais »[191]. Puis il invitait toute la place à se signer avec lui, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Le dimanche de la Trinité 2026, le 31 mai, le pape Léon XIV commentait l'Évangile de Nicodème, venu trouver Jésus de nuit. Sa méditation tient en une phrase, que l'Église peut faire sienne chaque année ce jour-là :

« Chers amis, dans le Mystère de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, nous sommes chez nous, comme Nicodème se sentit chez lui près de Jésus. La vie de Dieu est merveilleuse et captivante, elle apporte la paix à notre cœur, souvent si inquiet, et nous fait rencontrer des frères et sœurs dans la joie de l'Esprit. La Trinité nous fait aimer toute chose et tout le monde : nous découvrons que chaque créature est faite pour la communion, la relation, la rencontre. » — Léon XIV, Angélus du 31 mai 2026, solennité de la Sainte Trinité[192]

Et il concluait sur la joie qui convient à ce jour : « Aujourd'hui, en revanche, chers frères et sœurs, c'est la fête ! La fête de Dieu est notre fête »[193]. Le mystère le plus haut de la foi n'est pas une énigme réservée aux théologiens : c'est la maison où chacun est attendu, celle dont le Christ a promis : « nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23).

Pour aller plus loin

Articles Ignispedia connexes

Sources principales

  • Missale Romanum, editio typica tertia, Cité du Vatican, 2002 (messe de la Très Sainte Trinité) ; Lectionnaire romain et Liturgie des Heures, traduction liturgique de l'AELF.
  • Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), n° 5, 6, 7, 11 et 44.
  • Francis Mershman, « Trinity Sunday », The Catholic Encyclopedia, vol. XV, New York, 1912, p. 58.
  • L'Année liturgique, de dom Prosper Guéranger continuée par dom Lucien Fromage, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, 14ᵉ éd., Paris-Poitiers, Oudin, 1911, p. 127-152.
  • Florence Close, « L'office de la Trinité d'Étienne de Liège (901-920) », Revue belge de philologie et d'histoire 86 (2008), p. 623-643.
  • Antoine Auda, L'école musicale liégeoise au Xᵉ siècle. Étienne de Liège, Bruxelles, 1923.
  • [Bernold de Constance], Micrologus de ecclesiasticis observationibus, Patrologia latina, t. 151, col. 973-1022.
  • François Boespflug et Yolanta Zaluska, « Le dogme trinitaire et l'essor de son iconographie en Occident », Cahiers de civilisation médiévale 37 (1994), p. 181-240.
  • Benoît XIV, lettre Sollicitudini Nostrae, 1ᵉʳ octobre 1745, Bullarium, t. I, Rome, 1746.
  • Catéchisme de l'Église catholique, n° 232-267 et 1077-1083.

Notes et références

  1. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), n° 6, texte français officiel ; texte latin de l'editio typica tertia du Missel romain (2002) : « dominica post Pentecosten, fit sollemnitas Ss.mæ Trinitatis ».

    1 11 12
  2. Missale Romanum, editio typica tertia, Cité du Vatican, Typis Vaticanis, 2002, « Sanctissimæ Trinitatis, sollemnitas », p. 485 et suiv. : rubriques « Dicitur Gloria in excelsis » et « Dicitur Credo », préface intitulée « De mysterio Sanctissimæ Trinitatis » ; texte identique, à la typographie près, dans l'editio typica de 1970, p. 374-375. La préface reprend presque mot pour mot celle de la messe « de la sainte Trinité » du missel d'Alcuin (vers 800), éditée dans la Patrologie latine, t. 101, col. 445.

    2 8 67 71
  3. Francis Mershman, « Trinity Sunday », dans The Catholic Encyclopedia, vol. XV, New York, Robert Appleton Company, 1912, p. 58 (texte sur newadvent.org, contrôlé sur le scan de l'édition imprimée, archive.org) ; traduction de l'article. Texte original : « Since it was after the first great Pentecost that the doctrine of the Trinity was proclaimed to the world, the feast becomingly follows that of Pentecost. »

    3 22 50 60 62 66 109 123
  4. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, « Offrande de moi-même comme Victime d'Holocauste à l'Amour Miséricordieux du Bon Dieu » (Prières, Pri 6), autographe signé et daté « Fête de la Très Sainte Trinité / Le 9 juin de l'an de grâce 1895 », transcription des Archives du Carmel de Lisieux (archives.carmeldelisieux.fr).

    4 174 175 176
  5. Léon XIV, Angélus du dimanche 31 mai 2026, solennité de la Sainte Trinité, place Saint-Pierre, texte français officiel (vatican.va).

    5 192 193
  6. Calendrier romain général (1969), solennités du Seigneur du temps ordinaire, dans le Missale Romanum, editio typica tertia, 2002 : « Dominica prima post Pentecosten : SS.MÆ TRINITATIS Sollemnitas » ; même inscription dans l'editio typica de 1970.

    6
  7. AELF (Association épiscopale liturgique pour les pays francophones), calendrier liturgique, informations du 31 mai 2026 : « Sainte Trinité », degré « Solennité du Seigneur », couleur « blanc », temps liturgique « ordinaire » (api.aelf.org).

    7
  8. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 11 : « Les solennités sont au nombre des jours principaux, dont la célébration commence avec les premières vêpres, au soir du jour précédent. Certaines solennités sont enrichies d'une messe propre de vigile, que l'on prend la veille au soir, si la messe est célébrée le soir. »

    9
  9. Liturgie des Heures, solennité de la Sainte Trinité, premières vêpres (lecture brève : Rm 11, 33-36 ; répons « Bénis soient le Père et le Fils et le Saint-Esprit, louange et gloire éternellement ! ») et secondes vêpres (lecture brève : Ep 4, 3-6), antienne du Magnificat identique aux deux offices — traduction liturgique AELF, aelf.org, 30 et 31 mai 2026.

    10 81 98 99
  10. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 5 : « En raison de son importance particulière, le dimanche ne cède sa célébration qu'aux solennités, ainsi qu'aux fêtes du Seigneur ; et même les dimanches de l'Avent, du Carême et de Pâques ont la préséance sur toutes les fêtes du Seigneur et sur toutes les solennités. »

    13
  11. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I (La Très Sainte Trinité — Le Très Saint Sacrement — Le Sacré-Cœur), 14ᵉ éd., Paris-Poitiers, Librairie H. Oudin, 1911, p. 132 (texte relu sur le fac-similé, archive.org).

    14 63 64 164
  12. [Bernold de Constance], Micrologus de ecclesiasticis observationibus (écrit entre 1086 et 1100), ch. LX, « De officio sanctæ Trinitatis », dans J.-P. Migne, Patrologia latina, t. 151, col. 1019-1020, texte relu sur le fac-similé ; traduction Ignispedia. Textes originaux : « Quidam autem officium de sancta Trinitate in octava Pentecostes instituunt, licet non sit alleluiatum, quod et per totam subsequentem hebdomadam observandum putant, sed non est authenticum. […] Unde piæ memoriæ Alexander papa de hac re inquisitus, respondit juxta Romanum Ordinem nullum diem specialiter ascribi debere solemnitati Sanctæ Trinitatis, sicut nec sanctæ unitatis, præcipue cum in omni Dominica, imo quotidie, utriusque memoria celebretur » ; sur Alcuin : « Sciendum autem quemdam Albinum magistrum Caroli imp. rogatu sancti Bonifacii archiepiscopi, ut aiunt, missales orationes de Sancta Trinitate composuisse » ; sur la préface : « Præfationem autem de sancta Trinitate, quam in diebus Dominicis frequentamus, non ex Albino, sed ex Romana auctoritate suscepimus. Nam hæc est una ex illis novem quas solas Pelagius papa, antecessor Gregorii, constituit observari ». Sur l'auteur et la date : F. Courtney, « Micrologus », New Catholic Encyclopedia, d'après G. Morin, « Que l'auteur du Micrologue est Bernold de Constance », Revue bénédictine 8 (1891), p. 385-395.

    15 24 32 45 73
  13. Dates calculées selon le comput grégorien (la Trinité tombe cinquante-six jours après Pâques, soit entre le 17 mai et le 20 juin) ; les dates de 2026 et de 2027 sont confirmées par le calendrier liturgique de l'AELF (api.aelf.org, 31 mai 2026 et 23 mai 2027 : « Sainte Trinité »).

    16
  14. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 7 c : là où la solennité du Saint-Sacrement n'est pas de précepte, elle est assignée « dominicæ post Ss.mam Trinitatem » (au dimanche après la Sainte Trinité), texte latin du Missale Romanum, 2002. Pour le Sacré-Cœur, voir le calendrier de l'AELF cité dans la note suivante.

    17
  15. AELF, calendrier liturgique pour la France, 2026 (api.aelf.org et aelf.org) : 30 mai, « samedi, 8ᵉ semaine du temps ordinaire » (avec, le soir, les premières vêpres de la Sainte Trinité) ; 31 mai, « Sainte Trinité », solennité ; 4 juin, jeudi de la « 9ᵉ semaine du temps ordinaire » ; 7 juin, « Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ », solennité ; 12 juin, « Sacré-Cœur de Jésus », solennité.

    18 20
  16. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 44.

    19
  17. Benoît XVI, Angélus du dimanche 7 juin 2009, solennité de la Très Sainte Trinité, place Saint-Pierre, texte français officiel (vatican.va).

    21 161
  18. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, éd. de 1911 citée, p. 127-128.

    23 108
  19. Saint Grégoire le Grand (attribué), Liber sacramentorum, éd. Hugues Ménard (1642), reprise dans J.-P. Migne, Patrologia latina, t. 78, col. 115-116, formulaire « Dominica octavas Pentecostes », note c de l'éditeur : « Officii quoque hujus titulus satis indicat Gregorianum non esse » ; l'édition de Pamelius portait en marge « Dominica vacat ».

    25
  20. Florence Close, « L'office de la Trinité d'Étienne de Liège (901-920). Un témoin de l'héritage liturgique et théologique de la première réforme carolingienne à l'aube du Xᵉ siècle », Revue belge de philologie et d'histoire 86/3-4 (2008), p. 623-643, ici p. 637, n. 61 : « La première invitation à insérer une messe en l'honneur de la Trinité dans la liturgie franque a été lancée à Charlemagne par Cathwulf vers 775 » (lettre éditée par E. Dümmler, MGH, Epistolae Karolini aevi, t. II, p. 501-505).

    26
  21. Alcuin, lettres aux moines de Saint-Vaast d'Arras (vers 796-804) et de Fulda (801-802), éd. Ernst Dümmler, Alcuini sive Albini epistolae, dans Monumenta Germaniae Historica, Epistolae, t. IV (Epistolae Karolini aevi, t. II), Berlin, Weidmann, 1895, ep. 296, p. 455, et ep. 250, p. 405-406 ; traduction Ignispedia. Textes originaux : « Missas quoque aliquas de nostro tuli missale ad cotidiana et aecclesiasticae consuetudinis officia: primo in honore summaeque Trinitatis; deinde sanctorum intercessiones deprecandas, etiam et angelorum suffragia postulanda, quae multum necessaria sunt in hac peregrinatione laborantibus » (ep. 296) ; « Misi cartulam missalem vobis, o sanctissimi presbiteri, ut habeatis singulis diebus, quibus preces Deo dirigere cuilibet placeat: quando in honorem sanctae Trinitatis, quando de amore sapientiae, quando de penitentiae lacrimis, quando de caritate perfecta, vel quando de suffragio angelico postulando » (ep. 250).

    27 28 29
  22. Arthur Westwell, « The lost Missal of Alcuin and the Carolingian sacramentaries of Tours », Early Medieval Europe 30/3 (2022), p. 350-383, ici p. 373-374 (dix-neuf messes votives identifiées par J. Deshusses, dont treize confirmées par les lettres d'Alcuin) et n. 73 : l'ordonnancement des messes sur les sept jours de la semaine « was not, it seems, part of Alcuin's original framing of the masses », renvoyant à Jean Deshusses, « Les messes d'Alcuin », Archiv für Liturgiewissenschaft 14 (1972), p. 7-41.

    30
  23. Florence Close, art. cité (2008), p. 633 : « De cette époque, date également l'expédition par Alcuin aux moines de Saint-Vaast d'Arras et de Fulda d'un recueil de messes votives pour chaque jour de la semaine. Celle du dimanche est dédiée à la sainte Trinité ; elle a très rapidement trouvé sa place dans les missels bénédictins » ; n. 43 : « Le rôle exact du diacre anglo-saxon dans l'établissement de ce formulaire a fait l'objet d'une importante polémique. Pour certains, il en est l'auteur, pour d'autres, le compilateur » (renvoi à A. Klaus, Ursprung und Verbreitung der Dreifaltigkeitsmesse, 1938).

    31 33
  24. Alcuin, Liber sacramentorum, « Die Dominico, missa de sancta Trinitate », dans J.-P. Migne, Patrologia latina, t. 101, col. 445, texte relu sur le fac-similé : « Omnipotens sempiterne Deus, qui dedisti famulis tuis in confessione veræ fidei, æternæ Trinitatis gloriam agnoscere, et in potentia majestatis adorare unitatem; quæsumus, ut ejusdem fidei firmitate ab omnibus semper muniamur adversis ». Traduction citée : L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, éd. de 1911, p. 145, où cette oraison est encore la collecte de la fête. Collecte du Missel actuel : « da nobis, in confessione veræ fidei, æternæ gloriam Trinitatis agnoscere, et Unitatem adorare in potentia maiestatis » (Missale Romanum, 2002).

    34
  25. Florence Close, art. cité (2008), p. 627 (Étienne évêque après le 9 janvier 901, mort le 19 mai 920), p. 624 (le formulaire Gloria tibi Trinitas retenu pour la fête universelle en 1334 ; copies conservées dès la fin du Xᵉ siècle), p. 638 (« L'office de la Trinité passe pour le plus ancien office versifié composé et chanté non en l'honneur d'un saint mais de Dieu »), p. 642 (antiphonaire de Hartker, Saint-Gall, Cod. Sang. 390-391, p. 101-105 ; « C'est trop dire que d'affirmer qu'il souhaitait instaurer une fête liturgique de la Trinité ; aucun texte ne parle de cette intention ») et p. 643 (« il a composé le premier office votif de l'histoire de la liturgie »).

    35 39 40 42 61 160
  26. Anselme de Liège, Gesta episcoporum Tungrensium, Traiectensium et Leodiensium, ch. 20-21, éd. R. Koepke, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, t. VII, Hanovre, 1846, p. 200-201, texte relu sur le fac-similé ; traduction Ignispedia. Texte original du mandement de Richer : « venerabilis vir, praecessor videlicet noster Stephanus, in honore sanctae Trinitatis quaedam responsoria cum antiphonis nocturnalibus sive matutinalibus necnon vespertinalibus totumque ad plene officium dulcissime modulationis stabilire curavit, credens sibi suaeque aecclesiae liquido profuturum, si illi debitas laudes speciatim deferret » ; daté « Leodii sub die 16. Kalendas Decembris anno Domini 932 ».

    36 37 38
  27. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, éd. de 1911 citée, p. 129 : « Etienne, évêque de Liège, instituait solennellement la fête de la Sainte-Trinité dans son Eglise en 920, et faisait composer un Office complet en l'honneur du mystère. »

    41
  28. James Grier, « De rebus incertis : Stephen of Liège and the Divine Office », Plainsong & Medieval Music 29/2 (2020), p. 119-136, résumé de l'auteur : « Although he may have composed chants for Saint Lambert, he more likely revised existing ones for the Trinity. »

    43
  29. [Bernold de Constance], Micrologus, ch. LIX, « De octavis Pentecostes », dans J.-P. Migne, Patrologia latina, t. 151, col. 1019 : « Sequitur Dominica vacans, cui attitulatur lectio Vidi ostium ; orationem vero, id est deprecationem, ex Quadragesima, et Evangelium de Pascha annotino mutuavit : officium autem de ipso die Pentecostes, eo quod octava ejus sit, competenter accipit ».

    44
  30. Décrétales de Grégoire IX (Liber Extra), livre II, titre 9 (De feriis), chapitre 2, Quoniam in parte, éd. E. Friedberg, Corpus iuris canonici, t. II, Leipzig, 1879, col. 271-272 (inscription : « Alexander III. ») ; traduction Ignispedia. Rubrique : « Romana ecclesia speciale festum de Trinitate non facit ; servatur tamen de hoc cuiusque ecclesiae consuetudo ». Texte original (§ 3) : « Praeterea festivitas sanctae Trinitatis secundum consuetudines diversarum regionum a quibusdam consuevit in octavis Pentecostes, ab aliis in dominica prima ante Adventum Domini celebrari. Ecclesia siquidem Romana in usu non habet, quod in aliquo tempore huiusmodi celebret specialiter festivitatem, quum singulis diebus "Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto" et cetera similia dicantur ad laudem pertinentia Trinitatis. Quare tibi, frater archiepiscope, de usu pallii eo die, quo sanctae Trinitatis festivitas celebratur, certum nequaquam potuimus dare responsum. »

    46 47 49 162 163
  31. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, éd. de 1911 citée, p. 129-130, avec la note 1 de la p. 130 sur la décrétale Quoniam : « Cette décrétale a été attribuée par erreur à Alexandre III. » Le passage de Rupert de Deutz y est cité d'après De divinis officiis, livre XI, ch. 1. Voir aussi F. Mershman, « Trinity Sunday » (1912), qui écrit : « Alexander II (1061-1073), not III ».

    48 52
  32. Antoine Auda, L'école musicale liégeoise au Xᵉ siècle. Étienne de Liège, Bruxelles, Académie royale de Belgique (Classe des beaux-arts, Mémoires, t. II), 1923, p. 81-82 (Pothon de Prüm, Sicard de Crémone, les Chartreux en 1222 et avant 1582).

    51 56
  33. Ulrich de Cluny, Antiquiores consuetudines Cluniacensis monasterii, dans J.-P. Migne, Patrologia latina, t. 149, col. 673, cité par A. Auda, ouvr. cité, 1923, p. 82, n. : « Agitis octavas de Sancta Trinitate ? Minime. Major tamen missa cantatur totam septimanam de Sancta Trinitate, et ad Vesperas super canticum Evangelii cantatur antiphona » (« Faites-vous une octave de la sainte Trinité ? Nullement. Mais la messe principale est chantée toute la semaine de la sainte Trinité »).

    53
  34. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, éd. de 1911 citée, p. 131 (Thomas Becket et l'année 1162 ; concile d'Arles de 1260 ; Durand de Mende et la diffusion au XIIIᵉ siècle ; Narbonne, Le Mans et Auxerre).

    54 58 59
  35. Calcul selon le comput julien en usage en 1162 : Pâques le 8 avril, Pentecôte le 27 mai, dimanche suivant le 3 juin 1162 ; date du sacre de Thomas Becket (3 juin 1162) d'après l'article Ignispedia Saint Thomas Becket.

    55
  36. Concile provincial d'Arles (1260), canon 6, texte latin dans J. Hardouin, Acta conciliorum, t. VII, p. 514 : « Item statuimus etiam, ut in octava Pentecostes celebretur solemniter officium Sanctae Trinitatis, et a Vesperis sabbati Dominica agatur solemnitas : et per totam sequentem hebdomadam tres lectiones et tria responsoria singulis diebus, nisi festum IX lectionum extiterit, de Sanctae Trinitatis historia per ordinem decantentur, usque ad Vesperas sequentis sabbati, et tunc incipiatur historia » ; traduction d'A. Auda, ouvr. cité, 1923, p. 82.

    57
  37. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, éd. de 1911 citée, p. 144-152 (messe de la fête) : « On fait mémoire cependant du premier Dimanche après la Pentecôte, afin de ne pas interrompre l'ordre de la Liturgie » (p. 144) ; « Le dernier Evangile est celui du premier Dimanche après la Pentecôte, que le prêtre lit en place de celui de saint Jean » (p. 151).

    65 80
  38. Missale Romanum, editio typica tertia, 2002, messe de la Très Sainte Trinité, p. 485 et suiv. ; texte identique dans l'editio typica de 1970, p. 374-375 ; traductions Ignispedia, faites sur le latin. Textes originaux : antienne d'ouverture « Benedictus sit Deus Pater, unigenitusque Dei Filius, Sanctus quoque Spiritus, quia fecit nobiscum misericordiam suam » ; préface « Qui cum Unigenito Filio tuo et Spiritu Sancto unus es Deus, unus es Dominus : non in unius singularitate personæ, sed in unius Trinitate substantiæ. Quod enim de tua gloria, revelante te, credimus, hoc de Filio tuo, hoc de Spiritu Sancto, sine discretione sentimus. Ut, in confessione veræ sempiternæque Deitatis, et in personis proprietas, et in essentia unitas, et in maiestate adoretur æqualitas » ; antienne de la communion (Ga 4, 6) « Quoniam autem estis filii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra clamantem : Abba, Pater » ; prière sur les offrandes « Sanctifica, quæsumus, Domine Deus noster, per tui nominis invocationem, hæc munera nostræ servitutis, et per ea nosmetipsos tibi perfice munus æternum » ; prière après la communion « Proficiat nobis ad salutem corporis et animæ, Domine Deus noster, huius sacramenti susceptio, et sempiternæ sanctæ Trinitatis eiusdemque individuæ Unitatis confessio ».

    68 72 75 76
  39. Liturgie des Heures, solennité de la Sainte Trinité, oraison de l'office des lectures, des laudes et des premières vêpres, traduction liturgique de l'AELF (aelf.org, 30-31 mai 2026). Elle traduit la collecte latine du Missel : « Deus Pater, qui, Verbum veritatis et Spiritum sanctificationis mittens in mundum, admirabile mysterium tuum hominibus declarasti, da nobis, in confessione veræ fidei, æternæ gloriam Trinitatis agnoscere, et Unitatem adorare in potentia maiestatis » (Missale Romanum, 2002).

    69 70
  40. Adoremus Bulletin, « The Once and Future Preface », mai 2010 (adoremus.org) : « The Latin text of the Preface of the Most Holy Trinity is identical in all versions of the Roman Missal » ; « in the pre-conciliar Missal and in the first official English translation after the Council, the Preface of the Most Holy Trinity is used for all Sundays ».

    74
  41. Alcuin, Liber sacramentorum, « Die Dominico, missa de sancta Trinitate », dans J.-P. Migne, Patrologia latina, t. 101, col. 445-446, texte relu sur le fac-similé ; traductions Ignispedia. Secrète : « Sanctifica, quæsumus, Domine Deus, per tui nominis invocationem hujus oblationis hostiam, et cooperante Spiritu sancto per eam nosmetipsos tibi perfice munus æternum » ; préface : « Qui cum unigenito Filio tuo et Spiritu sancto, unus es Deus, unus es Dominus, non in unius singularitate personæ, sed in unius Trinitate substantiæ. Quod enim de tua gloria revelante te credimus, hoc de Filio tuo, hoc de Spiritu sancto sine differentia discretionis sentimus » ; postcommunion : « Proficiat nobis ad salutem corporis et animæ, Domine Deus, hujus sacramenti susceptio et sempiternæ Trinitatis confessio » ; épître 2 Co 13, 13 et évangile Jn 15, 26.

    77
  42. L'Année liturgique, « Le Temps après la Pentecôte », t. I, 14ᵉ éd., Paris-Poitiers, Oudin, 1911, p. 144 : introït « Benedicta sit sancta Trinitas, atque indivisa Unitas : confitebimur ei, quia fecit nobiscum misericordiam suam », psaume 8, 2, et sa traduction ; sur la couleur : « L'Eglise emploie dans cette solennité la couleur blanche, en signe d'allégresse, et pour exprimer la simplicité et la pureté de l'essence divine ».

    78 79 83
  43. Lectionnaire romain, solennité de la Sainte Trinité, année B : Dt 4, 32-34.39-40 ; Ps 32 (33), 4-5, 6.9, 18-19, 20.22 (refrain : « Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu ») ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20 — traduction liturgique AELF, aelf.org, messe du 26 mai 2024.

    82 92 93 94
  44. Missale Romanum, 2002, messes votives, n° 1, « De Sanctissima Trinitate » : même formulaire que la solennité, avec la rubrique « In hac Missa adhibetur color albus » (« pour cette messe, on emploie la couleur blanche »).

    84
  45. Lectionnaire romain, solennité de la Sainte Trinité, années A (31 mai 2026), B (26 mai 2024) et C (15 juin 2025), traduction liturgique officielle de l'AELF (Association épiscopale liturgique pour les pays francophones), aelf.org : acclamation de l'Évangile identique les trois années, « Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. » (cf. Ap 1, 8).

    85 86
  46. Lectionnaire romain, solennité de la Sainte Trinité, année A : Ex 34, 4b-6.8-9 ; cantique Dn 3, 52-56 (refrain : « À toi, louange et gloire éternellement ! ») ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18 — traduction liturgique AELF, aelf.org, messe du 31 mai 2026.

    87 88 89 90 91
  47. Lectionnaire romain, solennité de la Sainte Trinité, année C : Pr 8, 22-31 ; Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9 (refrain : « Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand, ton nom, par toute la terre ! ») ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12-15 — traduction liturgique AELF, aelf.org, messe du 15 juin 2025.

    95 96 97
  48. Liturgie des Heures, solennité de la Sainte Trinité, invitatoire et laudes : antienne de l'invitatoire, antienne du cantique de Zacharie (« Bénie soit la Trinité sainte et une, qui crée et gouverne toutes choses maintenant et dans les siècles sans fin ») et intercessions — traduction liturgique AELF, aelf.org, 31 mai 2026.

    100 101
  49. Liturgie des Heures, solennité de la Sainte Trinité, office des lectures : première lecture 1 Co 2, 1-16 (« Le mystère de Dieu ») ; seconde lecture de saint Athanase ; hymne Te Deum (« À toi Dieu, notre louange ! ») — traduction liturgique AELF, aelf.org, 31 mai 2026.

    102 105
  50. Saint Athanase d'Alexandrie, Première lettre à Sérapion, 28-30 (Patrologia graeca, t. 26, col. 594-595 et 599), seconde lecture de l'office des lectures de la Sainte Trinité, traduction liturgique de l'AELF (aelf.org, 31 mai 2026) ; référence d'après l'édition espagnole de la Liturgie des Heures (« Carta 1 a Serapión, 28-30 : PG 26, 594-595. 599 »).

    103 104
  51. L'Année liturgique, par dom Prosper Guéranger, « Le Temps après la Pentecôte », t. I (La Très Sainte Trinité — Le Très Saint Sacrement — Le Sacré-Cœur), 14ᵉ éd., Paris-Poitiers, Librairie H. Oudin, 1911, chapitre « La fête de la Très Sainte Trinité », p. 128 (scan archive.org, PIMS Toronto). Ce volume est le premier de la continuation de l'œuvre, interrompue par la mort de Guéranger en 1875 : sa préface est signée « Fr. L. F., O. S. B., Solesmes, le 10 mai 1878 », c'est-à-dire dom Lucien Fromage.

    106 107
  52. Doctrine des Apôtres (Didachè), 7, 1-3, dans H. Hemmer, G. Oger et A. Laurent, Les Pères apostoliques, I-II, Paris, Alphonse Picard et fils, 1907, p. 14-15 (texte grec et traduction française). Grec : « βαπτίσατε εἰς τὸ ὄνομα τοῦ πατρὸς καὶ τοῦ υἱοῦ καὶ τοῦ ἁγίου πνεύματος ἐν ὕδατι ζῶντι » (7, 1) ; « ἔκχεον εἰς τὴν κεφαλὴν τρὶς ὕδωρ εἰς ὄνομα πατρὸς καὶ υἱοῦ καὶ ἁγίου πνεύματος » (7, 3).

    110 111 165
  53. Saint Justin, Première Apologie, 65, 3, dans la traduction reprise par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 1345 (vatican.va). Grec (éd. L. Pautigny, Justin. Apologies, Paris, Picard, 1904, p. 138) : « αἶνον καὶ δόξαν τῷ πατρὶ τῶν ὅλων διὰ τοῦ ὀνόματος τοῦ υἱοῦ καὶ τοῦ πνεύματος τοῦ ἁγίου ἀναπέμπει ». L'Apologie est adressée à l'empereur Antonin le Pieux.

    112 166
  54. Saint Justin, Première Apologie, 67, 2, trad. L. Pautigny, Justin. Apologies, Paris, Alphonse Picard et fils, 1904, p. 142-143. Grec : « Ἐπὶ πᾶσί τε οἷς προσφερόμεθα εὐλογοῦμεν τὸν ποιητὴν τῶν πάντων διὰ τοῦ υἱοῦ αὐτοῦ Ἰησοῦ Χριστοῦ καὶ διὰ πνεύματος τοῦ ἁγίου. »

    113
  55. Adrian Fortescue, « Doxology », dans The Catholic Encyclopedia, vol. V, New York, Robert Appleton Company, 1909 (newadvent.org) ; traduction de l'article. Textes originaux : « Especially in the fourth century, as a protest against Arian subordination (since heretics appealed to these prepositions; cf. St. Basil, On the Holy Spirit 2-5), the custom of using the form: "Glory to the Father, and to the Son, and to the Holy Ghost", became universal among Catholics » ; « In 529 the Second Synod of Vasio (Vaison in the province of Avignon) says that the additional words, Sicut erat in principio, are used in Rome, the East, and Africa as a protest against Arianism, and orders them to be said likewise in Gaul (can. v.). As far as the East is concerned the synod is mistaken. »

    114 115 167
  56. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1082, dans l'article 1 de la deuxième partie, « La liturgie, œuvre de la Sainte Trinité » (n° 1077-1112), texte français officiel (vatican.va).

    116 117
  57. Missale Romanum, editio typica tertia, 2002, Ordo Missae : signe de croix d'ouverture « In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti » ; doxologie finale de la prière eucharistique « Per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria per omnia sæcula sæculorum » ; bénédiction finale « Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus ».

    118
  58. Catéchisme de l'Église catholique, n° 232, citant saint Césaire d'Arles, Expositio symboli (CCL 103, 48).

    119
  59. Catéchisme de l'Église catholique, n° 233, renvoyant à la profession de foi du pape Vigile (552 ; DS 415).

    120
  60. Catéchisme de l'Église catholique, n° 260.

    121 177 178
  61. Catéchisme de l'Église catholique, n° 259.

    122
  62. Office de la Pentecôte, édition bilingue slavon-français, Genève, 2022, p. 4-6 (grandes vêpres, stichères du lucernaire et « Gloire… et maintenant, ton 8, de l'empereur Léon ») et notes 14-16 de l'édition (la note 16 : « C'est ici l'exposé le plus complet de l'enseignement orthodoxe sur la Sainte Trinité que l'on trouve dans les livres liturgiques »), PDF publié par orthodoxie.com. Texte grec : Pentecostarion, dimanche de la Pentecôte, vêpres, idiomèles (site Greek Liturgical Texts de l'archidiocèse grec orthodoxe d'Amérique, glt.goarch.org) : « Εἴδομεν τὸ φῶς τὸ ἀληθινόν, ἐλάβομεν Πνεῦμα ἐπουράνιον, εὕρομεν Πίστιν ἀληθῆ, ἀδιαίρετον Τριάδα προσκυνοῦντες· αὕτη γὰρ ἡμᾶς ἔσωσε » ; doxastikon « Λέοντος Δεσπότου » : « Δεῦτε λαοί, τὴν τρισυπόστατον Θεότητα προσκυνήσωμεν… Τριὰς ἁγία, δόξα σοι ».

    124 125 126 127 169
  63. A. A. Dmitrievski, « О стихире "Видехом свет истинный" в чинах литургий св. Иоанна Златоуста и св. Василия Великого » (« Sur la stichère "Nous avons vu la vraie lumière" dans les liturgies de saint Jean Chrysostome et de saint Basile le Grand »), Rukovodstvo dlia sel'skikh pastyreï, 1886, n° 10, p. 265-278 (texte sur azbyka.ru) ; traduction Ignispedia. Texte original : « В нашей современной церковно-богослужебной практике прочно установился обычай – в чинах литургии Василия Великого и Иоанна Златоуста на возглас священника: „Спаси, Боже, люди Твоя" отвечать клиру пением стихиры Пятидесятницы: „Видехом свет истинный". Исключение допускается только для всей Пятидесятницы » ; « Стихира: „Видехом свет истинный" в нашем Служебнике появляется впервые в XVII веке » ; le Typikon grec de 1884 la fait chanter du lundi du Saint-Esprit au samedi de Lazare.

    128 129 130
  64. Remise à l'Église orthodoxe russe sur décision du 15 mai 2023, après un bref passage à la laure dès juillet 2022 ; exposée à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, puis replacée dans l'iconostase de la cathédrale de la Trinité de la laure de la Trinité-Saint-Serge en juin 2024 (depuis le 23 juin 2024) : art. « Icône de la Trinité », Wikipédia en français, et art. « Троица (икона Рублёва) », Wikipédia en russe, relus le 4 octobre 2026.

    131
  65. E. N. Telitsyna et alii, art. « Андрей Рублёв » (« André Roublev »), Pravoslavnaïa entsiklopedia (Encyclopédie orthodoxe), notice 115312 (pravenc.ru) : l'icône provient de la rangée inférieure (mestnyï riad) de la cathédrale de la Trinité de la laure de la Trinité-Saint-Serge, où elle était vénérée comme miraculeuse, et entrée à la galerie Tretiakov en 1929 ; datations proposées vers 1412 ou dans les années 1420 (cathédrale de pierre fondée en 1422) ; Gn 18 lu comme révélation de la Trinité par saint Ambroise (De Abraham II, 11, 79) et saint Augustin ; Abraham, Sara et le serviteur absents de l'icône ; « В 1988 г. Собор РПЦ причислил А. Р. к лику общечтимых святых » (« En 1988, le concile de l'Église orthodoxe russe a placé André Roublev parmi les saints de vénération générale »).

    132 134 135 140
  66. V. G. Brioussova, Andreï Roublev, ch. 6, « Sources écrites sur Andreï Roublev » (texte sur azbyka.ru, « Андрей Рублев », гл. 6) ; traduction Ignispedia. Récit des saints iconographes, rédaction longue : « Он повеле при себе образ написати пресвятыя Троицы, в похвалу отцу своему, св. Сергию Чудотворцу » ; sur le Stoglav : « Приписывать Стоглавому собору, будто он рекомендовал иконописцам писать „как Андрей Рублев", подражать Рублеву как художнику, – такого в мыслях отцов русской церкви не было ».

    133 139
  67. François, Angélus du dimanche 4 juin 2023, solennité de la Très Sainte Trinité, place Saint-Pierre, texte français officiel (vatican.va).

    136 191
  68. Stoglav (concile des Cent Chapitres, Moscou, 1551), chapitre 41, question 1, éd. Saint-Pétersbourg, 1863, p. 128, cité par V. G. Brioussova, ouvr. cité ; traduction Ignispedia. Texte original : « Писати иконописцем иконы с древних переводов, како греческие иконописцы писали и как писал Ондрей Рублев и прочие пресловущие иконописцы, и подписывати Святая Троица, а от своего замышления ничто же предтворяти ».

    137 138
  69. François Boespflug et Yolanta Zaluska, « Le dogme trinitaire et l'essor de son iconographie en Occident de l'époque carolingienne au IVᵉ concile du Latran (1215) », Cahiers de civilisation médiévale, 37ᵉ année, n° 147, 1994, p. 181-240, ici p. 202-203 (DOI 10.3406/ccmed.1994.2591) : origine de l'expression thronus gratiae (He 4, 16) et du mot Gnadenstuhl repris de Luther par F. X. Kraus, Geschichte der christlichen Kunst, 1897 ; « le Trône de grâce sera au moins pendant quatre siècles (XIIIᵉ-XVIᵉ) la plus populaire des images de la Trinité » ; lien avec l'incipit Te igitur du canon de la messe. Voir aussi R. Bauerreiß, H. Feldbusch et E. Guldan, art. « Dreifaltigkeit », Reallexikon zur Deutschen Kunstgeschichte, t. IV, 1955, col. 414-447.

    141 142 143
  70. IRHT-CNRS, base Initiale, notices du manuscrit Cambrai, Bibliothèque municipale, ms. 234 (anc. 224), Missel à l'usage de Cambrai, vers 1120, et de son f. 2 : « Trône de grâce entouré du Tétramorphe — Miniature pleine page au canon de la messe — Un des plus anciens exemples de Trône de grâce » (notices A. Fortoul et C. Rabel, 2001). Sur la priorité discutée de ce manuscrit et des Évangiles de Perpignan (BM, ms. 1, f. 2v) : F. Boespflug et Y. Zaluska, art. cité, p. 202.

    144
  71. Opera per Santa Maria Novella, fiche « La Trinità del Masaccio » (smn.it, site officiel de la basilique) : « Nella terza arcata della navata di sinistra, al posto dell'altare, vi è l'affresco della Trinità di Tommaso Guidi, detto Masaccio (1425-1426) » ; « uno dei primi e più perfetti esemplari di prospettiva rinascimentale » ; inscription sous le squelette : « IO FU GIÀ QUEL CHE VOI SETE E QUEL CHI SON VOI ANCOR SARETE » (traduction Ignispedia). D'autres auteurs datent la fresque vers 1425-1427.

    145
  72. Kunsthistorisches Museum de Vienne, Gemäldegalerie, inv. GG 838, fiche « Allerheiligenbild ("Landauer Altar") », texte de Guido Messling (2021) : tableau daté de 1511, offert par le marchand Matthäus Landauer pour la chapelle de la maison des Douze Frères de Nuremberg, dédiée « der Hl. Dreifaltigkeit sowie Allen Heiligen » ; la Trinité y est « dargestellt als Taube des Hl. Geistes mit Gottvater, der den Gekreuzigten vor sich hält ».

    146
  73. Benoît XIV, lettre Sollicitudini Nostrae à Joseph, évêque d'Augsbourg, Rome, Sainte-Marie-Majeure, 1ᵉʳ octobre 1745, dans Sanctissimi Domini Nostri Benedicti Papae XIV Bullarium, t. I, Rome, 1746, constitution CXLI (textes contrôlés sur les éditions de 1746, 1752, 1754 et 1845) ; traduction Ignispedia. § 22 : « quum aliter non liceat Divinae Personae Imaginem humanis oculis intuendam exhibere, quam sub ea forma, sub qua in Scripturis Sanctis narratur eandem Personam se olim hominibus aspectabilem praebuisse; sequitur inde, non modo licitum esse Spiritum Sanctum, vel die Pentecostes in mystica figura linguarum ignis super Apostolos descendentium, vel alias in Columbae specie, depingere; […] sed hoc insuper recte colligitur, minime licere, eundem Spiritum Sanctum sub Adolescentis, aut Viri specie figurare; quum nullibi inveniatur in Divinis Scripturis ipsum sub hujusmodi forma hominibus apparuisse » ; § 28 (Urbain VIII, d'après D. Macri et l'évêque Sarnelli) : « comburi jussisse Picturas quasdam, Sanctissimam Trinitatem exhibentes sub specie hominis triplici facie instructi: idque factum fuisse die 11. Augusti anno 1628 » ; § 32 (images approuvées : le Père « in forma Viri senis, desumpta ex Dan. cap. 7. vers. 9. ») ; § 36 (les trois anges vus par Abraham) ; § 9 (la question du rôle de Crescence est laissée intacte).

    147 148 149 150 151 152 168
  74. Saint-Siège, biographie de sainte Maria Crescentia Höss (née à Kaufbeuren le 20 octobre 1682, morte le jour de Pâques 1744) et homélie de Jean-Paul II pour sa canonisation, 25 novembre 2001 (vatican.va).

    153
  75. R. Bauerreiß, H. Feldbusch et E. Guldan, art. « Dreifaltigkeit », Reallexikon zur Deutschen Kunstgeschichte, t. IV, 1955, col. 414-447 (RDK Labor) ; traduction Ignispedia. Texte original : « Die D. spielte, besonders im süddeutsch-österreichischen Raum, als Beschützerin der Gemeinden eine große Rolle. Aus diesem Grunde entstanden überall auf den Plätzen der Städte die Dreifaltigkeitssäulen ».

    154
  76. Wien Geschichte Wiki (Archives de la ville et du Land de Vienne), art. « Dreifaltigkeitssäule (1) » (« Pestsäule, Graben »), d'après F. Czeike, Historisches Lexikon Wien : vœu de Léopold Iᵉʳ lors de la peste de 1679, colonne provisoire en bois couronnée d'un groupe de la Trinité, première pierre de la colonne de marbre posée le 30 juin 1687, consécration le 29 octobre 1693, groupe sommital exécuté par Johann Kilian d'Augsbourg.

    155
  77. Ville d'Olomouc, The Holy Trinity Column, brochure officielle, 2020 : « In early 1716, he sent a letter to the city council which detailed his plans » ; « The column was built over 37 years, from 1717 to 1754 » ; « On 9 September 1754, the column was consecrated by the Bishop of Olomouc and Cardinal Troyer in the presence of the imperial couple, Maria Theresa and Francis of Lorraine ». Hauteur : 32,2 m selon la déclaration de valeur de l'Unesco (32,1 m selon la brochure).

    156
  78. Unesco, Centre du patrimoine mondial, bien n° 859, « Colonne de la Sainte Trinité à Olomouc », inscrit en 2000 (24ᵉ session du Comité, décision 24 COM XC.1, critères i et iv) ; texte français de la notice : « Cette colonne commémorative, érigée dans les premières années du XVIIIᵉ siècle, est l'exemple le plus remarquable d'un type de monument spécifique à l'Europe centrale ».

    157
  79. Sur l'ordre trinitaire, son approbation par Innocent III le 17 décembre 1198 (bulle Operante divinae dispositionis clementia), la règle du tiers des revenus consacré au rachat des captifs et la devise Gloria tibi Trinitas, et captivis libertas, voir l'article Ignispedia Saint Jean de Matha (1160-1213) et ses sources.

    158 159
  80. Saint Augustin, De Trinitate, livre XV, ch. 28, n° 51, traduction de M. Devoille dans les Œuvres complètes de saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, t. XII, Bar-le-Duc, L. Guérin, 1868, p. 572-573. Texte latin (Nuova Biblioteca Agostiniana, augustinus.it) : « Domine Deus noster, credimus in te Patrem, et Filium, et Spiritum Sanctum. […] Domine Deus une, Deus Trinitas, quaecumque dixi in his libris de tuo, agnoscant et tui: si qua de meo, et tu ignosce, et tui. Amen. »

    170 171
  81. Sainte Catherine de Sienne, Dialogue, ch. 167, seconde lecture de l'office des lectures du 29 avril, traduction liturgique de l'AELF (api.aelf.org, 29 avril 2026). Texte italien (éd. M. Fiorilli, Bari, Laterza, 1912, ch. CLXVII, p. 405) : « O Trinitá etterna! O Deitá, la quale Deitá, natura tua divina, fece valere el prezzo del sangue del tuo Figliuolo! Tu, Trinitá etterna, se' uno mare profondo, che quanto piú c'entro tanto piú truovo, e quanto piú truovo piú cerco di te ».

    172 173
  82. François, homélie de la messe de canonisation de sept bienheureux, dont « Élisabeth de la Trinité Catez », place Saint-Pierre, dimanche 16 octobre 2016 (vatican.va).

    179
  83. Sur la vie de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, sa cause de béatification et le statut de ses écrits, voir les articles Ignispedia Luisa Piccarreta (1865-1947) et Les écrits de Luisa sont-ils approuvés par l'Église ? ; sur le don lui-même, Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté ?. Les écrits cités ici sont des révélations privées : ils nourrissent la méditation de la fête sans s'ajouter à l'enseignement du magistère.

    180
  84. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 22, 12 juin 1927 — relations existantes entre le Créateur et la créature, le Rédempteur et les rachetés, le Sanctificateur et les sanctifiés, édition française « GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis » (texte établi sur l'original italien et les traductions de J.-C. Lemyze et de Guy Harvey, pour usage privé), p. 15-17. Le 12 juin 1927 était le dimanche de la Trinité (Pâques le 17 avril).

    181 182
  85. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 9 mai 1900, même édition (texte établi sur la traduction de Guy Harvey et le manuscrit italien), p. 86-87 : « Regardant la voûte des cieux, j'y ai vu trois soleils […]. Ils rayonnaient d'un tel éclat que les rayons de l'un se fondaient avec ceux des autres. Cela donnait l'impression qu'il n'y avait qu'un seul soleil. Il me semblait percevoir le mystère de la Très Sainte Trinité ainsi que le mystère de l'homme, créé à l'image de Dieu par ces trois Puissances. »

    183
  86. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 24, 7 juin 1928 — Dieu, en créant l'homme, infusa en lui trois soleils, même édition (texte établi sur l'original italien et les traductions de J.-C. Lemyze et de Guy Harvey), p. 64-65. En 1928, Pâques tombait le 8 avril, la Trinité le 3 juin et la Fête-Dieu le jeudi 7 juin.

    184
  87. Catéchisme de l'Église catholique, n° 258, renvoyant au deuxième concile de Constantinople (553 ; DS 421).

    185
  88. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 16, 13 mai 1924 — le véritable et parfait modèle d'adoration est la Très Sainte Trinité, même édition (texte établi sur la traduction de Guy Harvey et le manuscrit italien), p. 157-158.

    186
  89. Catéchisme de l'Église catholique, n° 265.

    187
  90. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 14, 13 avril 1922 — l'âme qui vit dans la Divine Volonté vit dans le sein de la Trinité, même édition, p. 41.

    188
  91. Benoît XVI, Angélus du dimanche 11 juin 2006, solennité de la Très Sainte Trinité, place Saint-Pierre, texte français officiel (vatican.va).

    189 190