Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ?

Le don de vivre dans la Divine Volonté est, dans la spiritualité de Luisa Piccarreta, une grâce gratuite par laquelle Dieu fait sienne la volonté humaine et l'associe à son œuvre éternelle — bien plus que simplement faire la volonté de Dieu.

Ignispedia

Le don de vivre dans la Divine Volonté désigne, dans la spiritualité transmise par la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, une grâce particulière par laquelle Dieu fait sienne la volonté de la créature et l'admet à participer, dès la terre, à sa propre opération éternelle. Ce n'est pas une méthode, une technique de prière ou une vertu de plus : c'est un don, au sens fort, que Dieu accorde gratuitement et qui dépasse ce que les vertus peuvent produire.[1]

La doctrine distingue avec soin faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté. Faire la volonté de Dieu, c'est obéir à ses ordres, comme un bon serviteur ; vivre dans la Divine Volonté, c'est régner avec elle, comme un fils héritier qui possède le bien de son Père et l'administre comme sien.[2] Entre les deux, écrit Luisa sous la dictée qu'elle attribue au Christ, la distance est « aussi grande que celle du ciel à la terre ».[3]

Ce don présuppose la grâce sanctifiante reçue au baptême : il ne la remplace pas et ne change rien à la condition de créature. Il n'est pas, selon la formule du Guide au Livre du Ciel, « nouveau dans l'essence », mais nouveau en degré — il ouvre, à partir de la source intérieure de la grâce, un mode éternel de participation à l'œuvre de Dieu.[4] Telle est la nouvelle et Divine sainteté que Luisa annonce : non pas une autre foi, mais une manière plus entière de vivre la grâce du Christ.

Cet article répond à une seule question : qu'est-ce que ce don exactement ? Il en décrit la nature, ce qu'il présuppose, ce qu'il ajoute à la vie baptismale, et comment l'âme se dispose à le recevoir. Pour la distinction détaillée des trois manières de se rapporter à la volonté de Dieu, les exercices et les objections, voir l'article de fond La Divine Volonté.

Un don, non une vertu

Les vertus disposent l'âme par une coopération fidèle ; elles ne produisent pas le don, qui demeure une faveur gratuite de Dieu. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La première chose à comprendre, et la plus exposée au contresens, est que vivre dans la Divine Volonté n'est pas une vertu héroïque que l'âme finirait par mériter à force d'efforts. C'est un don au sens technique de la théologie spirituelle : une réalité reçue, gratuite, que Dieu seul peut communiquer.

La définition de Luisa Piccarreta et du père Iannuzzi

Le père Joseph Iannuzzi, dont la thèse doctorale soutenue à l'Université pontificale grégorienne en 2012 fait référence sur le sujet, en donne une définition ramassée.[5] Pour Luisa, écrit-il, la Divine Volonté désigne avant tout « le don incréé de Dieu qui communique à l'âme humaine sa nature divine d'une manière substantielle, continue, efficace et éternelle, l'admettant de ce fait à participer à l'opération ad intra de la Trinité ».[6] La formule la plus nette se lit dans les 70 questions :

« Le don de vivre dans la Divine Volonté n'est pas une vertu, mais un don. Et en tant que don, il consiste en l'absorption par Dieu de la volonté humaine, et en la communication à celle-ci de son propre "mode éternel" d'opération qui n'a ni commencement ni fin. » — R.P. Joseph L. Iannuzzi, 70 questions sur la Divine Volonté, question 61[7]

Ce « mode éternel » est la clé. La volonté humaine, par elle-même, agit dans le temps : ses actes commencent, durent et finissent. Le don élève cette volonté pour qu'elle participe à la manière même dont Dieu agit — sans commencement ni fin, en touchant tout d'un seul acte.

L'« absorption » de la volonté, sans annihilation de la liberté

Le mot d'« absorption » pourrait inquiéter : la créature serait-elle dissoute, sa liberté supprimée ? Iannuzzi écarte fermement ce contresens. L'absorption n'implique « pas une annihilation de la libre volonté humaine » ; elle signifie « l'élévation et la sublimation par Dieu de l'action humaine finie », qui la rend « capable de participer à et de coopérer avec l'opération éternelle de Dieu, sans aucune violation de la libre volonté humaine ».[8] Parce que la nature humaine ne peut s'élever d'elle-même jusqu'à l'agir éternel de Dieu, c'est Dieu qui accomplit cette élévation « à travers l'humanité de son Fils ».[9]

L'image juste n'est donc pas celle d'une goutte qui se perd dans l'océan, mais celle d'un fils que son père admet à régner avec lui : la volonté propre demeure, libre et active, mais elle ne fait plus qu'un avec celle de Dieu. C'est une domination, non une annihilation — un point que l'article de fond développe longuement.[10]

Pourquoi un don et non un fruit des vertus

Le don ne « découle pas de la perfection des vertus, mais d'une pure faveur de Dieu », précise Iannuzzi : il « perpétue l'exercice continu de l'âme dans la Divine Volonté — ce que les vertus ne peuvent pas obtenir ».[11] Les vertus s'acquièrent par la répétition des bonnes œuvres ; les dons mystiques, eux, sont « librement accordés » par Dieu.

« Vivre dans la Divine Volonté n'est pas une vertu, mais un don que Dieu accorde quand il le veut et à qui il le veut — ses dons ne sont pas le résultat d'un accomplissement humain, ils ne sont pas le résultat des seules vertus. » — R.P. Joseph L. Iannuzzi, 70 questions, question 61[12]

Cette doctrine est strictement traditionnelle. Saint Thomas d'Aquin enseigne que les dons du Saint-Esprit sont « plus excellents que les vertus » morales et intellectuelles, parce qu'ils « assistent les vertus » et « accomplissent ce que les vertus ne peuvent pas » — tout en restant inférieurs aux vertus théologales (foi, espérance, charité), qui les règlent.[13] Et sainte Thérèse d'Avila, décrivant les grâces d'oraison, rappelle que « le Seigneur donne quand il veut et comme il veut et à qui il veut, et, comme les dons sont les siens, ce n'est une injustice envers personne ».[14] Le don de vivre dans la Divine Volonté s'inscrit dans cette grande tradition : il est gratuit, mais il appelle une vraie coopération.

Faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté

Tout chrétien sait qu'il doit faire la volonté de Dieu : c'est l'objet même de la sainteté évangélique. Pourquoi alors parler d'autre chose ? Parce que, dans les écrits de Luisa, faire et vivre dans ne désignent pas le même état de l'âme.

Le serviteur, l'ami, le fils héritier

La tradition mystique connaît plusieurs manières de se rapporter à la volonté de Dieu : on peut la faire par soumission, comme un serviteur ; on peut s'y abandonner par confiance, comme un ami ; on peut enfin vivre en elle par possession, comme un fils héritier. La spiritualité de Luisa nomme ce troisième état le don de vivre dans la Divine Volonté. La parole qu'elle rapporte est précise :

« Vivre dans Ma Volonté, c'est régner en elle et avec elle, tandis que faire Ma Volonté, c'est être soumis à Mes ordres. Le premier état, c'est posséder ; le second, c'est recevoir des dispositions et exécuter des commandements. Vivre dans Ma Volonté, c'est faire de Ma Volonté la sienne, comme sa propre propriété, et c'est l'administrer comme on l'entend. […] La distance entre les deux est aussi grande que celle du ciel à la terre, aussi grande que celle d'un fils à un serviteur, et d'un roi à son sujet. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XVII, 18 septembre 1924[15]

Vivre avec une seule volonté

Faire la volonté de Dieu, c'est « vivre avec deux volontés » : même le saint le plus avancé sent encore « le poids de sa propre volonté », « de sa nature humaine rebelle, de ses passions et inclinations ».[16] C'est l'expérience que saint Paul résume d'un cri :

« Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? » — Saint Paul, Lettre aux Romains 7, 24[17]

Vivre dans la Divine Volonté, au contraire, c'est « vivre avec une seule volonté » : puisque la volonté de Dieu « est toute sainte, toute pure et toute paisible », et qu'« une seule volonté règne » dans l'âme, « aucun contraste n'existe ».[18] C'est, dit Luisa, « la vie qui ressemble le plus étroitement à celle des bienheureux au ciel ».[19] La différence entre faire et vivre dans la Divine Volonté est traitée pour elle-même dans un article distinct ; on retiendra ici qu'elle commande toute la compréhension du don.

Le don présuppose la grâce du baptême

Schéma doctrinal — la grâce sanctifiante demeure le socle du don, qui ouvre un mode éternel de participation. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Une objection vient aussitôt à l'esprit du théologien : si ce don confère une telle participation à la vie de Dieu, ne prétend-il pas surpasser le baptême, voire le rendre secondaire ? La réponse de la doctrine est exactement inverse : le don jaillit de la grâce baptismale et la suppose toujours.

Ce que la grâce sanctifiante donne déjà

Au baptême, l'âme reçoit la grâce sanctifiante, qui la rend « participante de la nature divine »,[20] fille adoptive de Dieu, temple de l'Esprit Saint, avec les vertus théologales infuses.[21] Les Pères ont résumé d'un mot ce dessein : « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. »[22] Le don de vivre dans la Divine Volonté ne vient pas concurrencer cette grâce ; il en est, selon Iannuzzi, un développement. La grâce sanctifiante « produit une condition permanente » dans l'âme et ne doit pas être confondue avec la grâce actuelle ponctuelle.[23]

Ce que le don ajoute : un mode éternel de participation

Ce que le don ajoute n'est donc pas une autre essence, mais un autre degré. Le Guide au Livre du Ciel le formule avec une précision décisive :

« Bien que vivre dans la Volonté divine ne doive pas être considéré comme un mode d'union à Dieu qui est nouveau dans l'essence — car il reste ancré dans l'union de la créature avec la nature humaine du Christ, rendue possible seulement par la grâce —, il peut être considéré comme nouveau en degré, dans la mesure où il ouvre, à partir de la source de grâce sanctifiante intérieure de l'âme, un mode éternel de participation à l'œuvre de Dieu. » — Un guide au Livre du Ciel, à la lumière de l'enseignement de l'Église catholique[24]

Par grâce et par nature : le Christ, Marie, les rachetés

Pour situer ce don, Luisa emploie un couple de mots tiré de la théologie classique : par nature et par grâce. Le Christ possède la Divine Volonté par nature, parce qu'il est Dieu ; toute créature qui la possède la reçoit par grâce. La phrase la plus claire concerne l'Immaculée et l'Adam d'avant la chute :

« Mon humanité possédait par nature la Divine Volonté qu'Adam et la Sainte Reine possédaient par grâce. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XXIX, 30 juin 1931[25]

Le don ne fait donc pas de l'homme un dieu ; il le rend participant, par grâce, de ce que le Christ est par nature. C'est pourquoi il « jaillit du don de la grâce sanctifiante », comme l'écrit le Guide, qui cite à l'appui cette parole de Jésus sur sa Mère : « ma Reine Mère possédait le Soleil de ma Volonté par grâce, et Je Le possédais par nature ».[26] La vie baptismale n'est pas dépassée : elle est portée à sa pleine floraison.

La filiation de possession

Les trois filiations distinguées par Iannuzzi : esclavage, adoption et possession. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Si le baptême fait déjà de nous des fils adoptifs, qu'ajoute encore le don ? La doctrine répond par une gradation de la filiation : il existe plusieurs manières d'être « fils », et le don ouvre la plus haute.

Esclavage, adoption, possession

Iannuzzi distingue trois régimes de filiation dans l'histoire du salut. Sous l'Ancien Testament, l'homme reçoit une filiation d'esclavage envers la loi ; au baptême, une filiation d'adoption en Jésus-Christ ; avec le don de vivre dans la Divine Volonté, une filiation de possession.[27] Cette dernière, écrit-il, permet à l'âme « de concourir à tout ce que Dieu fait, et de partager les droits à tous ses bienfaits ».[28] Ce langage est paulinien : « tu n'es donc plus esclave, mais fils ; fils, et donc héritier, par la grâce de Dieu ».[29]

RégimeMode de la filiationPosture de l'âmeCe qu'elle peut
Ancien TestamentEsclavage envers la loiLe sujet, qui craintObéir à des préceptes
Baptême chrétienAdoption en Jésus-ChristL'ami, qui aimeParticiper à la grâce du Christ
Don de la Divine VolontéPossessionLe fils héritier, qui règneConcourir à l'œuvre éternelle de Dieu

Participer à l'opération « ad intra » de la Trinité

La filiation de possession n'est pas une métaphore généreuse : elle désigne une participation réelle à l'agir de Dieu, jusque dans son intériorité. Iannuzzi rapporte cette parole :

« Participer non seulement à toutes les œuvres de notre opération ad extra, mais passer de là à notre opération ad intra. […] Il n'y a plus ni voiles ni secrets entre nous et cette âme ; il n'y a plus de "nôtres" et de "vôtres", car tout est en commun. Et ce que nous sommes par nature — parfaits, saints —, l'âme le devient par grâce. » — Jésus à Luisa Piccarreta, rapporté dans la thèse du P. Iannuzzi[30]

L'« acte complet » et la valeur infinie des actes

Tout acte fini qui « entre » dans la Divine Volonté reçoit, dit Luisa, une valeur sans mesure :

« Ma Volonté a le pouvoir de rendre infini tout ce qui entre en elle, d'élever et de transformer les actes de la créature en actes éternels. Tout ce qui entre dans ma Volonté devient éternel, infini et immense, et perd tout ce qui a un commencement, tout ce qui est fini et petit. » — Jésus à Luisa Piccarreta, rapporté dans la thèse du P. Iannuzzi[31]

C'est ce qu'Iannuzzi nomme l'acte complet : sans le don, « l'âme ne peut pas former un acte complet », car « l'acte complet de l'âme est l'acte complet de Dieu lui-même ».[32] On comprend ici une nuance souvent méconnue : un seul acte de charité suffit au salut, mais il ne suffit pas pour posséder la Vie dans la Divine Volonté, qui est un état continu.[33]

Un don qui restaure l'état originel d'Adam

Pourquoi Dieu voudrait-il accorder un tel don à notre époque ? La réponse, dans les écrits de Luisa, est une réponse d'histoire sainte : il s'agit de ramener l'homme à l'état où Dieu l'avait d'abord créé.

Ce qu'Adam possédait avant la chute

Avant le péché, selon cette doctrine, Adam vivait dans la volonté de Dieu : il en recevait une royauté sur la création, une harmonie parfaite de ses puissances, la capacité de rendre à Dieu une gloire pleine. En refusant la volonté divine, il a interrompu en lui ce « Royaume » et laissé sa mission « en suspens ».[34] Le don de vivre dans la Divine Volonté « restaure chez le racheté le don que possédait Adam avant la chute », et Dieu confère à ces actes « le sceau de la Suprême Sainte Trinité ».[35]

« Ma fille, en voulant restaurer le Royaume de ma Divine Volonté, je suis contraint de révéler l'état de l'Adam innocent. […] Je veux répéter en toi ce que j'ai fait en lui et, par la puissance de ma Volonté, je veux t'élever à l'état primordial de la création de l'homme. » — Jésus à Luisa Piccarreta, rapporté dans la thèse du P. Iannuzzi[36]

Les trois Fiat : Création, Rédemption, Sanctification

Cette restauration s'inscrit dans un dessein en trois temps, que Luisa appelle les trois Fiat. Le premier crée, le deuxième rachète, le troisième sanctifie ; et le troisième achève en l'homme l'œuvre des deux autres :

Les trois Fiat dans l'histoire du salut : Création, Rédemption et Sanctification. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Ma fille, ces trois Fiat sont le Fiat créateur, le Fiat rédempteur et le Fiat sanctificateur. […] Le troisième Fiat donnera tant de grâce à l'homme qu'il le restaurera dans son état originel. Et c'est seulement alors, quand Je verrai l'homme tel que Je l'ai créé, que Mon œuvre sera complète. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XII, 22 février 1921[37]

La tradition approprie ces trois Fiat aux trois Personnes : la Création au Père, la Rédemption au Fils, le « Fiat voluntas tua » au Saint-Esprit — et ils sont « inséparables, chacun d'eux constituant la vie de l'autre ».[38] Le don de vivre dans la Divine Volonté est ainsi l'accomplissement de la demande du Notre Père : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».[39]

Comment l'âme se dispose à recevoir le don

La disposition en quatre étapes n'est pas une technique qui produit le don : elle prépare librement l'âme à le recevoir. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Si le don est gratuit, l'âme n'est pas passive : elle se dispose à le recevoir. La doctrine de Luisa, loin de favoriser une attente paresseuse, décrit un chemin précis.

L'état de grâce, condition première

La première condition est l'état de grâce. Iannuzzi raisonne par analogie avec le sacrement de Confirmation : de même que l'Église demande d'être en état de grâce pour recevoir les dons de l'Esprit, de même l'âme doit l'être pour vivre dans la Divine Volonté.[40] Sans la grâce sanctifiante, le don ne peut ni venir ni se maintenir ; « la stabilité dans les vertus empêche l'âme de vaciller et la maintient en état de grâce, sans quoi l'âme ne peut conserver le don ».[41]

L'acte simple, ferme et résolu de la volonté

Ce don ne demande pas d'abord des prouesses, mais une décision de la volonté. « La puissance créatrice de la Divine Volonté entre immédiatement dans l'âme dès qu'elle cède ses propres intérêts à ceux de Dieu par un acte simple mais ferme de la volonté », écrit Iannuzzi ; « dès que l'âme décide de faire et de vivre dans la Volonté de Dieu, il l'absorbe ».[42] Dieu commence alors aussitôt à « purifier » l'âme, à « briser » ses attachements désordonnés, à « pulvériser » ses vices.[43]

Ce que « recevoir immédiatement » ne signifie pas

Il faut entendre cette immédiateté avec justesse. Recevoir le don « immédiatement » ne signifie pas obtenir une « sainteté instantanée » qui dispenserait des étapes ascétiques de purgation, d'illumination et d'unification.[44] L'entrée dans la Vie de la Divine Volonté commence avec l'acte ferme de la volonté, mais sa plénitude s'atteint par l'« acte complet », au terme d'une croissance.[45] Iannuzzi parle d'un passage de la participation intermittente — recevoir la Divine Volonté « à l'emprunt » — à la participation continue, ou possession, « par la croissance du désir ardent, de la connaissance et des vertus ».[46]

La disposition en quatre étapes

Concrètement, l'âme coopère « par une disposition en quatre étapes » : en se résignant à la volonté de Dieu, en désirant la faire en toutes choses, en faisant de sa volonté son pain quotidien, enfin en s'immergeant en elle.[47] « Mais si l'âme ne fait pas le premier pas, prévient Iannuzzi, elle demeure vide de Dieu. »[48] Les vertus ne fabriquent pas le don, mais elles le préparent : « l'âme se dispose à recevoir ce don à travers l'exercice de ses puissances, en particulier la volonté ».[49]

Les sacrements et l'Eucharistie comme moyens

Loin d'opposer le don à la vie sacramentelle, Luisa en fait le chemin ordinaire vers la « possession ». Dans le Fiat de Sanctification, écrit Iannuzzi, « Dieu procure à l'humanité la Divine Volonté comme un Sacrement qui, tel un nouveau baptême, confère à l'âme la plénitude de grâce » ; et « les Sacrements sont un moyen d'amener l'âme à la possession de la Divine Volonté ».[50] À l'inverse, « les actes mauvais empêchent la Divine Volonté de former son opération continue dans l'âme ».[51]

Vivre le don au quotidien

Recevoir le don n'est pas la fin du chemin, mais le commencement d'une vie. Cette vie a ses gestes propres, que la spiritualité de Luisa a précisés et que des articles dédiés détaillent.

L'acte prévenant et les actes actuels

Au matin, l'âme s'unit à la Divine Volonté par un acte prévenant : elle offre d'avance toute la journée, ses pensées, ses paroles, ses pas, pour qu'ils coulent « dans » la volonté de Dieu. Puis, tout au long du jour, elle pose des actes actuels : elle laisse la volonté de Dieu agir dans chacun de ses actes, si petit soit-il. Ces deux pratiques sont la respiration concrète du don ; on les trouve exposées pas à pas dans les articles consacrés à l'acte prévenant du matin et aux actes actuels.

Les tournées (giri) dans la création

Le geste le plus caractéristique est celui des tournées — en italien giri —, par lesquelles l'âme parcourt mystiquement toute la création pour y rendre à Dieu l'amour et la gloire que les créatures lui doivent :

Les tournées dans la Création : recevoir les œuvres divines, y répondre par l'amour et rendre gloire au Créateur. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Lorsque cet immense vide se présente à mon esprit, je me fusionne dans la Suprême Volonté comme un petit enfant et je commence ma ronde. […] Je parcours les étoiles et chaque scintillement de lumière pour imprimer mon "Je t'aime" et "Gloire à mon Créateur" ; dans le chant des oiseaux, dans le battement de leurs ailes, j'imprime mon "Je t'aime" et "Gloire à mon Créateur". […] Maintenant que j'ai rétabli, entre toi notre Créateur et toutes les créatures, les liens d'amour que la volonté humaine avait brisés, fais descendre ta Volonté sur la terre. » — Jésus à Luisa Piccarreta, rapporté dans la thèse du P. Iannuzzi[52]

Ces tournées ne sont pas une comptabilité : elles sont « qualitatives, non quantitatives ». Parce que l'acte éternel de Dieu « embrasse toute la création à chaque instant, l'âme n'a pas besoin d'énumérer les actes de toutes les créatures de façon linéaire et chronologique ».[53]

Marie et Luisa, les premières à vivre le don

Le don n'est pas une nouveauté sans précédent : il a d'abord été vécu en plénitude, puis offert à tous par des médiations bien identifiées.

Marie immaculée, qui possède la Volonté par grâce

L'Immaculée Conception, Bartolomé Esteban Murillo, vers 1678, huile sur toile, musée du Prado. Reproduction du domaine public via Wikimedia Commons.

La première créature à vivre pleinement dans la Divine Volonté est la Vierge Marie. Préservée du péché originel dès sa conception, elle a possédé « le Soleil » de la Divine Volonté par grâce, là où le Christ le possède par nature.[54] Iannuzzi la présente comme la médiatrice par laquelle, « plus que toute autre créature », les actes divins et le don lui-même sont communiqués à l'Église.[55] La place de Marie dans ce Royaume est traitée pour elle-même dans un article dédié.

Luisa, la première conçue dans le péché

Marie était immaculée ; aussi son exemple pouvait sembler hors de portée. C'est ici qu'intervient, dans cette doctrine, la mission de Luisa Piccarreta : être la première créature conçue dans le péché à recevoir et à transmettre le don, afin que tous puissent le désirer.

« Si J'avais voulu que tu sois conçue sans le Péché originel comme Ma Mère céleste, pour que la vie de Ma Volonté puisse régner en toi, personne n'aurait pensé à la laisser régner en lui. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XIX, 6 juin 1926[56]

Selon la chronologie de ses écrits, Luisa reçoit ce don lors de son « mariage spirituel au ciel » du 7 septembre 1889, après un mariage spirituel sur la terre le 16 octobre 1888, puis devient « centrée » dans la Divine Volonté le 16 novembre 1900.[57]

Luisa Piccarreta (1865-1947) dans son lit à Corato. Seule photographie de Luisa connue du domaine public (Wikimedia Commons) ; la même image sert d'Infobox à l'article biographique.
  1. 16 octobre 1888
    Mariage spirituel sur la terre

    À 23 ans, Luisa passe de l'expérience intermittente de la Divine Volonté à une union spirituelle stable, selon les étapes décrites par les mystiques.

  2. 7 septembre 1889
    Mariage spirituel au ciel — réception du don

    À 24 ans, Luisa reçoit le don de vivre dans la Divine Volonté, entrant dans le « mode éternel » pour ne plus le quitter.

  3. 16 novembre 1900
    « Centrée » dans la Divine Volonté

    À 35 ans, après le mariage de la Croix, Luisa prend pleinement possession du don ; la rédaction du Livre du Ciel, elle, avait commencé dès le 28 février 1899, par obéissance.

Une médiation pour toute l'Église

Le but de cette mission n'est pas individuel mais ecclésial : à travers Marie et Luisa, le don est destiné à « tous les conçus dans le péché ».[58] C'est la dimension universelle de la Divine Volonté — la vie dans le Fiat vécue non plus seulement par une âme, mais offerte à toute l'humanité —, que développe l'article sur le Règne de l'Esprit.

Ce que le don n'est pas

Trois garde-fous doctrinaux pour comprendre le don sans passivité, sans dispense de conversion et sans orgueil spirituel. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Parce que le sujet est élevé, il appelle des garde-fous. Trois confusions doivent être écartées ; l'article de fond les traite en détail, on les rappelle ici brièvement.

Ce n'est pas du quiétisme

Le quiétisme supprime l'effort, les vertus, l'ascèse, au nom d'un pur abandon passif. Le don de vivre dans la Divine Volonté est l'inverse : il suppose l'état de grâce, la conversion, la croissance des vertus et un acte ferme de la volonté.[59] La volonté humaine n'est pas endormie, elle est élevée et rendue plus active, jamais annulée.[60]

Ce n'est pas une dispense de conversion ni des sacrements

Le don ne remplace ni la pénitence, ni l'Eucharistie, ni l'obéissance à l'Église. Au contraire, les sacrements sont « un moyen d'amener l'âme à la possession de la Divine Volonté », et le péché demeure l'obstacle qui empêche le don d'opérer continûment.[61] Vivre dans la Divine Volonté, c'est vivre plus intensément, non moins, la vie sacramentelle de l'Église.

Ce n'est pas une supériorité de la personne

Enfin, la grandeur du don ne signifie pas la supériorité de la personne qui le reçoit. Le don est gratuit : il dit la largesse de Dieu, non un mérite de la créature. La sainteté qu'il ouvre est, selon la parole rapportée par Luisa, « la couronne et l'achèvement de toutes les autres saintetés »[62] non parce qu'elle rabaisse les saints, mais parce qu'elle porte à son terme le dessein commencé en Adam et accompli dans le Christ.

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Pour aller plus loin

Notes et références

Notes et références

  1. R.P. Joseph L. Iannuzzi, 70 questions sur la Divine Volonté, question 61 (« Peut-on recevoir immédiatement le don de vivre dans la Divine Volonté ? »).

    1 7 8 9 12 43 44 45 49 59
  2. R.P. Joseph L. Iannuzzi, 70 questions sur la Divine Volonté, question 65 (« Quelle est la différence entre "faire" et "vivre dans" la Divine Volonté ? »).

    2 10 19 60
  3. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XVII, 18 septembre 1924 ; tome XV, 24 janvier 1923 (cités dans Iannuzzi, 70 questions, q. 65, avec leurs références de volume et de date).

    3 15 16 18
  4. Un guide au Livre du Ciel — les écrits de Luisa à la lumière de l'enseignement de l'Église catholique, p. 54-55.

    4 24
  5. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté dans les écrits de Luisa Piccarreta — Enquête dans les premiers conciles œcuméniques et la théologie patristique, scolastique et contemporaine, thèse de doctorat, Université pontificale grégorienne (Pontificia Università Gregoriana), Rome, 2012, traduction française de Jean-Claude Lemyze. Dissertation ecclésiastiquement approuvée.

    5 11 55
  6. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.10, p. 154 ; cf. la définition-cadre de la section 4.1, p. 126.

    6 30
  7. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 68, a. 2 et a. 8 : les dons du Saint-Esprit « assistent les vertus » et « accomplissent ce que les vertus ne peuvent pas » ; ils l'emportent sur les vertus intellectuelles et morales, mais les vertus théologales (foi, espérance, charité) leur sont supérieures et les règlent (« the theological virtues are more excellent than the gifts of the Holy Ghost and regulate them »).

    13
  8. Sainte Thérèse d'Avila, Le Château intérieur (Les Demeures), IVᵉ Demeures, ch. 1 : « Le Seigneur donne quand il veut et comme il veut et à qui il veut. »

    14
  9. Lettre de saint Paul aux Romains 7, 24 (Bible de Jérusalem).

    17
  10. Deuxième lettre de saint Pierre 1, 4 : « participants de la nature divine ».

    20
  11. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1996-2000 (la grâce sanctifiante, participation à la vie de Dieu) et n° 1265-1266 (la grâce du baptême, vertus théologales infuses).

    21
  12. Catéchisme de l'Église catholique, n° 460, citant saint Irénée (Contre les hérésies) et saint Athanase (Sur l'Incarnation) : « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. »

    22
  13. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, sections 4.1.27 (p. 186) et 4.1.2.1.1 (p. 132).

    23 41
  14. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XXIX, 30 juin 1931 ; cf. tome XIV, 8 avril 1922 (cités dans Iannuzzi, 70 questions).

    25
  15. Un guide au Livre du Ciel, p. 116 et note 31, citant L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XXII, 8 septembre 1927.

    26 54
  16. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.26, p. 181.

    27 28
  17. Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7 (« tu n'es donc plus esclave, mais fils ; fils, et donc héritier ») ; cf. Lettre aux Romains 8, 15-17 (l'Esprit d'adoption, cohéritiers du Christ).

    29
  18. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.8, p. 150.

    31
  19. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.25, p. 180 ; cf. section 4.1.8.1.1, p. 152.

    32 33 46
  20. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, sections 4.1.26.3 et 4.1.26.3.1, p. 184.

    34 35 36
  21. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XII, 22 février 1921 (cité dans Iannuzzi, 70 questions et Le Don de la vie dans la Divine Volonté, section 4.1, p. 126-127).

    37 38
  22. Évangile selon saint Matthieu 6, 9-10 (« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ») ; cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 2822-2827.

    39
  23. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1310 (« Pour recevoir la Confirmation, on doit être en état de grâce »), appliqué par analogie au don dans Iannuzzi, 70 questions, q. 61, note 2 ; cf. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome VI, 9 avril 1904.

    40
  24. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XII, 22 décembre 1920 et 16 février 1921 ; tome XXXV, 2 janvier 1938 ; tome XXII, 4 août 1927 (cités dans Iannuzzi, 70 questions, q. 61, notes 3 à 8).

    42
  25. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.28.1, p. 188.

    47 48
  26. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.28, p. 188.

    50 61
  27. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.29, p. 188.

    51
  28. R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté, thèse, Grégorienne, 2012, section 4.1.13.1, p. 157-159.

    52 53
  29. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XIX, 6 juin 1926 : « Si J'avais voulu te libérer du péché originel comme Je l'ai fait pour Ma Mère céleste, afin que Ma Volonté prenne vie en toi, personne n'aurait pensé à laisser régner Ma Volonté en lui » (message sur la mission de Luisa, « la première conçue dans le péché » à recevoir et transmettre le don ; cf. Iannuzzi, 70 questions).

    56 58
  30. R.P. Joseph L. Iannuzzi, 70 questions sur la Divine Volonté — chronologie des noces mystiques de Luisa : mariage spirituel sur la terre (16 octobre 1888, 23 ans), mariage spirituel au ciel et réception du don (7 septembre 1889, 24 ans), prise de possession « centrée » dans la Divine Volonté (16 novembre 1900, 35 ans).

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  31. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome XII, 8 avril 1918 : « C'est la sainteté encore inconnue, que Je ferai connaître, et qui placera le dernier ornement, le plus beau et le plus éclatant parmi toutes les autres saintetés. […] Ce sera la couronne et l'achèvement de toutes les autres saintetés. »

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