L'acte prévenant du matin est, dans la spiritualité de la Divine Volonté enseignée à Luisa Piccarreta, le tout premier geste intérieur de la journée : dès le réveil, avant même d'agir, l'âme fixe sa volonté dans la Volonté de Dieu et lui remet d'avance tout ce qu'elle va penser, dire, faire et souffrir jusqu'au soir. Ce n'est pas une prière compliquée ni une performance mystique. C'est un consentement, posé une fois, qui oriente tout le reste du jour.
La question « comment le commencer ? » revient souvent chez les lecteurs du Livre du Ciel, parce que l'expression acte prévenant peut intimider. Cet article répond exactement à cela : d'où vient cet acte, ce que signifie le mot, ce qu'il n'est surtout pas, et la manière très concrète dont Luisa elle-même le posait chaque matin. Pour la doctrine générale du don, on se reportera à Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ? ; pour ce qui prolonge l'acte du matin dans la journée, à Comment faire un acte actuel dans la Divine Volonté ?.
Qu'est-ce que l'acte prévenant du matin ?
Le mot « prévenant » : anticiper la venue du jour
Le mot prévenant n'a ici aucun rapport avec l'amabilité. Il faut l'entendre au sens propre, latin : prae-veniens, « ce qui vient avant », ce qui prévient en anticipant. Le père Joseph Iannuzzi, premier théologien à avoir consacré une thèse doctorale à Luisa, le résume nettement : « l'acte prévenant signifie littéralement anticiper (pré-) la venue (-veniens) du jour »[1]. L'âme ne court pas après ses journées : elle les prévient, elle prend les devants en les déposant dans la Volonté de Dieu avant qu'elles ne commencent.
Une précision de vocabulaire évite bien des confusions. L'expression italienne originale est atto prevenente. Les 70 questions du père Iannuzzi la traduisent par acte prévenant — c'est le terme retenu pour le titre de cet article ; mais l'édition française courante du Livre du Ciel (Lumen Luminis) rend le même passage par acte préalable[2]. Prévenant et préalable désignent donc rigoureusement la même réalité : l'acte que l'on pose avant la journée pour la consacrer tout entière.
La distinction avec l'acte actuel
L'acte prévenant a un frère qui le prolonge : l'acte actuel, c'est-à-dire chaque action concrète posée dans la journée, au moment présent, en union avec la Divine Volonté. Jésus présente les deux ensemble, dans le même message du 27 mai 1922, parce qu'ils sont inséparables : « on ne peut comprendre l'acte actuel séparément de l'acte prévenant »[3]. L'acte prévenant donne l'élan du matin ; l'acte actuel le réveille et le relance tout au long du jour, chaque fois que la distraction l'a recouvert. Cet article traite du premier ; le second est développé dans Comment faire un acte actuel dans la Divine Volonté ?.
Ce que l'acte prévenant n'est pas
Avant de dire comment le commencer, il faut écarter trois malentendus.
Ce n'est pas une formule magique. Réciter exactement les bons mots ne produit pas automatiquement la sainteté. Le censeur ecclésiastique et directeur spirituel de Luisa, saint Hannibal Marie di Francia, l'avait dit avec force : « la sainteté ne consiste pas en une formule »[4] — les saints formés par la Divine Volonté doivent porter, à un degré héroïque, toutes les vertus des saints d'autrefois.
Ce n'est pas une technique pour obtenir des expériences spirituelles. L'acte prévenant n'est pas un exercice de concentration ni une méthode de relaxation : c'est un acte de la volonté, un consentement libre.
Ce n'est pas un substitut à la vie chrétienne ordinaire. Il suppose l'état de grâce, les sacrements, l'obéissance à l'Église et la fidélité au devoir du jour ; il ne les remplace pas, il les couronne. Vivre dans la Divine Volonté n'a jamais voulu dire vivre à côté de l'Église, comme on l'explique dans Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté ?.
La source : Jésus à Luisa, le 27 mai 1922
Tout part d'un seul texte. Le 27 mai 1922, Luisa se reproche intérieurement de laisser échapper tant d'actes qui pourraient être accomplis dans la Volonté de Jésus. C'est alors que Jésus lui enseigne la pratique de l'acte prévenant et de l'acte actuel. Le passage est la charte de tout ce qui suit :
« Ma fille, il y a dans ma Volonté l'acte préalable et l'acte actuel. L'acte préalable se produit lorsque l'âme, au début du jour, fixe sa volonté sur la Mienne, confirme qu'elle veut vivre et opérer dans ma Volonté uniquement. Par cet acte, elle anticipe tous ses actes et les dépose dans ma Volonté. Par ce consentement préalable, le soleil de ma Volonté se lève et ma vie est reproduite dans tous les actes, comme dans un seul acte actuel. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 14, 27 mai 1922[5]
Trois idées de ce texte commandent toute la pratique. D'abord, l'acte se pose « au début du jour » : c'est un acte du matin, posé au premier lever, non un sentiment vague entretenu toute la journée. Ensuite, il consiste à « fixer » sa volonté dans celle de Dieu : un acte ferme, décidé, et non un souhait flottant. Enfin, par cet acte, « le soleil de ma Volonté se lève » : une image lumineuse que Jésus file aussitôt.
Car Jésus avertit Luisa que cet acte du matin peut être « obscurci » — par la volonté propre, l'estime de soi, la négligence — comme des nuages devant le soleil. L'acte actuel, lui, « a la vertu de disperser tous les nuages » et de faire lever d'autres soleils. D'où la conclusion de Jésus : « Les deux actes sont nécessaires : l'acte préalable donne l'élan, dispose le cœur et est la base de l'acte actuel. L'acte actuel préserve et prolonge l'acte préalable. »[6] Commencer l'acte prévenant, ce n'est donc pas tout faire le matin ; c'est allumer le soleil qu'on rallumera ensuite.
Pourquoi commencer la journée par cet acte ?
Anticiper et déposer tous ses actes
L'enjeu du matin est de ne rien perdre. Une journée ordinaire est faite de milliers d'actes minuscules — se lever, travailler, parler, manger, supporter une contrariété — qui, posés sans intention, retombent dans le temps et s'oublient. Or l'Écriture demande précisément de tout offrir : « quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus »[7]. En anticipant ses actes dès le réveil et en les déposant dans la Divine Volonté, l'âme les fait « couler » dans l'unique acte éternel de Dieu, « qui, n'ayant ni commencement ni fin, élève ses actes pour embrasser tous les actes de toutes les créatures du passé, du présent et du futur »[8]. Le plus humble geste, ainsi prévenu, n'est plus perdu : il entre dans quelque chose d'infini.
Le lien avec le Notre Père et l'offrande du matin
L'acte prévenant n'est pas une nouveauté étrangère à la prière de l'Église. Il en est plutôt l'accomplissement intérieur. L'Église a toujours enseigné à consacrer le jour à Dieu dès son commencement : « Le chrétien commence sa journée, ses prières et ses actions par le signe de la croix… Le baptisé voue la journée à la gloire de Dieu »[9]. La traditionnelle offrande du matin — par laquelle on remet à Dieu ses pensées, paroles et actions de la journée — est dans cette ligne ; le père Iannuzzi identifie d'ailleurs explicitement l'acte prévenant à « l'offrande du matin » vécue dans la Divine Volonté[10]. Et au cœur de tout, il y a la demande même du Notre Père : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »[11]. L'acte prévenant est cette demande prise au sérieux à la première heure du jour. On retrouve cette continuité dans Le Règne de l'Esprit.
Comment commencer concrètement : la manière de Luisa
Puisque la sainteté ne tient pas en une formule, il n'existe pas une seule façon obligatoire de poser l'acte prévenant. Mais il en existe une éprouvée : celle de Luisa elle-même. Le père Iannuzzi la décrit en trois temps, à partir des propres mots de Luisa[12]. C'est le meilleur point de départ pour qui commence demain matin.
1. Se reconnaître néant devant Dieu
Le premier mouvement est l'humilité concrète : reconnaître que sans Dieu je ne suis rien — « de la poussière Il nous a faits » — et que Dieu est le Créateur de tout ce qui fut, est et sera. Luisa exprimait cette vérité par une parole très simple, qu'on peut faire sienne au réveil :
« Je ne suis rien, Dieu est tout, viens Divine Volonté… » — Luisa Piccarreta, formule rapportée par le P. Iannuzzi[13]
Cet abaissement n'est pas un découragement ; c'est l'espace vide que la Volonté de Dieu vient remplir. On ne fixe bien sa volonté en Dieu qu'après avoir lâché la prétention de se suffire à soi-même.
2. Inviter la Trinité à opérer en soi
Le deuxième mouvement invite l'unique opération éternelle de la Trinité à absorber, élever et diviniser tous les actes de la journée qui vient. Luisa adressait à chaque Personne divine une demande, dans les facultés et même le corps de l'âme :
« Viens, Père éternel Créateur, te mouvoir dans ma volonté et battre dans mon cœur ; viens, Fils éternel Rédempteur, penser dans mon intelligence et couler dans mon sang ; viens, Saint-Esprit éternel Sanctificateur, te rappeler dans ma mémoire et respirer dans mes poumons. » — Luisa Piccarreta, prière rapportée par le P. Iannuzzi[14]
C'est le cœur de l'acte prévenant : non pas « je vais m'efforcer aujourd'hui », mais « viens, toi, agir en moi ». La journée n'est plus d'abord la mienne à réussir, elle est la sienne à accomplir en moi.
3. Étendre et multiplier ses actes dans toute la création
Le troisième mouvement demande à Jésus d'« étendre » et de « multiplier » à travers l'univers créé toutes les pensées, paroles et actions ainsi consacrées, l'âme participant « avec aisance » à leur diffusion[15]. Ce point repose sur une promesse explicite de Jésus à Luisa : « Les actes dans Ma Volonté… je les multiplie en chacun, je les étends à toutes les générations et à tous les temps »[16]. L'acte du matin cesse alors d'être un geste privé : il devient un bien offert pour tous.
| Temps | Mouvement intérieur | Parole-type de Luisa |
|---|---|---|
| 1 | Reconnaître son néant et la grandeur de Dieu | « Je ne suis rien, Dieu est tout, viens Divine Volonté… » |
| 2 | Inviter la Trinité à opérer dans toutes mes facultés | « Viens, Père… viens, Fils… viens, Saint-Esprit… » |
| 3 | Demander que ces actes soient étendus et multipliés à toute la création | « Étends-les, multiplie-les… » |
Ces trois temps ne sont pas un rituel à réciter à la lettre : ils sont une manière, un chemin que chacun peut intérioriser et dire avec ses mots, pourvu que la substance y soit — humilité, invitation de Dieu, offrande universelle.
L'acte prévenant, un acte de fusion
Ce que Luisa appelle fixer sa volonté dans la Volonté de Dieu porte un autre nom dans le Livre du Ciel : se fondre, se fusionner dans la Divine Volonté. Le père Iannuzzi le dit nettement : « ce "fait de fixer" notre volonté dans la Divine Volonté est un acte de "fusion" qui, comme Jésus le dit à Luisa, est l'"acte le plus solennel" que nous puissions faire »[17]. L'acte prévenant du matin est donc, dans sa nature, un acte de fusion posé à la première heure :
« Ma fille, te fondre dans Ma Volonté est l'acte le plus solennel, le plus grand, le plus important de toute ta vie. […] Donc, en te fondant dans Ma Volonté, tu mets le ciel et la terre en mouvement. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 17, 4 janvier 1925[18]
On comprend mieux, dès lors, pourquoi cet acte mérite d'ouvrir la journée : il n'est pas un préliminaire pieux, mais l'acte le plus grand qu'une créature puisse poser. Le sens précis de cette « fusion » est développé dans Que signifie se fondre dans la Divine Volonté ?.
Après le matin : renouveler tout au long du jour
Commencer l'acte prévenant ne dispense pas de le garder. Jésus l'a dit : le soleil du matin peut être voilé par les nuages des distractions. Le remède n'est pas de recommencer toute la cérémonie, mais de poser, au fil des heures, des actes actuels : ramener simplement son attention à la Volonté de Dieu en offrant l'action présente, « même la plus servile », comme un maillon ajouté à la chaîne de lumière formée au lever du jour[19]. C'est aussi le moment des tournées, ces parcours par lesquels l'âme rejoint les actes de Dieu dans la Création et la Rédemption pour les lui rendre en amour. L'acte prévenant peut englober ces tournées, sans s'y réduire[20]. Ces deux pratiques ont leurs articles propres : l'acte actuel et les tournées.
L'Église elle-même invite à cette vigilance du présent : « c'est dans le présent que nous le rencontrons, ni hier ni demain, mais aujourd'hui »[21]. L'acte prévenant ouvre le jour ; l'acte actuel le tient ouvert.
Garder le cadre catholique
Une dernière chose, décisive, pour bien commencer. L'acte prévenant n'a de sens qu'à l'intérieur de la vie catholique normale. Saint Paul en donne déjà le programme : « offrez vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel »[22] — et c'est exactement ce que l'âme fait au réveil. Mais ce culte présuppose l'état de grâce : on ne se fond pas dans la Volonté de Dieu en demeurant volontairement dans le péché. Il s'appuie sur les sacrements, surtout l'Eucharistie et la confession, qui sont la source de la grâce, non des options. Il reste soumis au Magistère et à la prudence de l'Église, qui a reconnu le sérieux des écrits de Luisa tout en encadrant leur lecture. Et il s'incarne dans le devoir d'état : le premier signe qu'un acte prévenant est sincère, c'est une journée mieux remplie d'amour, de patience et de fidélité, et non des sensations spirituelles. Les fruits de l'Esprit — « charité, joie, paix, patience, bonté, fidélité » — restent le critère.
Loin d'éloigner de la vie ordinaire, l'acte prévenant la transfigure de l'intérieur. C'est l'invitation que Marie et Jésus ont faits leurs avant nous : « qu'il me soit fait selon ta parole »[23], « non pas ma volonté, mais la tienne »[24]. Commencer l'acte prévenant du matin, c'est redire ces paroles à la première heure, et laisser Dieu en faire la trame de tout le jour.
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ? — la doctrine générale du don.
- Comment faire un acte actuel dans la Divine Volonté ? — prolonger l'acte du matin dans la journée.
- Que signifie se fondre dans la Divine Volonté ? — la nature de l'acte de fusion.
- Que signifie faire les tournées dans la Divine Volonté ? — les parcours dans la Création et la Rédemption.
- Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté ? — la distinction fondamentale.
- Le Livre du Ciel — le corpus où se trouve le texte du 27 mai 1922.
- Luisa Piccarreta — vie, écrits et statut ecclésial.
Notes et références
Joseph L. Iannuzzi, 70 questions sur le Don de la Vie dans la Divine Volonté, question 46 : « Quelle est la différence entre l'acte prévenant et l'acte actuel ? » — étymologie prae-veniens, méthode de Luisa en trois temps, prières d'invocation de la Trinité, définition de l'acte actuel comme renouvellement de l'acte prévenant.
1 3 12 13 14 15 17 19Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 14, 27 mai 1922 (« L'acte préalable et l'acte actuel dans la Divine Volonté »), édition française Lumen Luminis. Texte de Jésus sur l'acte préalable/prévenant, le soleil de la Volonté qui se lève, et la nécessité conjointe des deux actes.
2 5 6Joseph L. Iannuzzi, 70 questions sur le Don de la Vie dans la Divine Volonté, question 8 : « Quelle est la différence entre l'acte prévenant, les actes divins et les tournées ? » — l'acte prévenant est identifié à l'offrande du matin ; citation de saint Hannibal Marie di Francia sur l'absence de « formule » ; rapport entre acte prévenant et tournées.
4 8 10 20Colossiens 3, 17 : « Et quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâce par lui à Dieu le Père. »
7Catéchisme de l'Église catholique, § 2157 : « Le chrétien commence sa journée, ses prières et ses actions par le signe de la croix… Le baptisé voue la journée à la gloire de Dieu. »
9Matthieu 6, 9-10, prière du Notre Père : « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».
11Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 6 décembre 1917 : « Les actes dans Ma Volonté… je les multiplie en chacun, je les étends à toutes les générations et à tous les temps. » Cité par le P. Iannuzzi, 70 questions, question 46, note.
16Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 17, 4 janvier 1925 : « Te fondre dans Ma Volonté est l'acte le plus solennel, le plus grand, le plus important de toute ta vie… » Cité par le P. Iannuzzi, 70 questions, question 46, note.
18Catéchisme de l'Église catholique, § 2659 : la prière du moment présent — « c'est dans le présent que nous le rencontrons, ni hier ni demain, mais aujourd'hui ».
21Romains 12, 1 : « Je vous exhorte donc, frères… à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. »
22Luc 1, 38 : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole » (fiat de Marie).
23Luc 22, 42 : « Père… non pas ma volonté, mais la tienne » (abandon du Christ à Gethsémani).
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