La question revient régulièrement dans les cercles enthousiastes de la Divine Volonté : puisque Jésus appelle Luisa Piccarreta « la nouvelle Ève » et lui demande d'« écraser la tête du serpent », ne serait-elle pas, elle, la femme annoncée en Genèse 3,15 ? La réponse de l'Église, et — c'est décisif — celle des écrits de Luisa eux-mêmes, est claire et sans ambiguïté : non. La Femme du Protévangile est Marie, la nouvelle Ève. Luisa n'est que « l'autre vierge », « la plus petite de toutes », choisie pour ressembler à la Reine du ciel et prolonger sa victoire, jamais pour la remplacer. Confondre les deux serait à la fois une erreur exégétique et une trahison de l'humilité que Luisa n'a cessé de professer.
Cet article distingue donc trois plans qu'on confond souvent : (1) ce que dit réellement Genèse 3,15 et qui est « la Femme » selon le Magistère ; (2) pourquoi le langage du Livre du Ciel peut prêter à confusion ; (3) ce que Luisa enseigne en propre — Marie Reine, Luisa petite fille.
Que dit exactement Genèse 3,15 ?
Le verset se situe au cœur du récit de la chute, dans la sentence que Dieu prononce contre le serpent :
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »[4] — Genèse 3, 15 (traduction liturgique AELF)
Le « Protévangile », première annonce du salut
La Tradition a donné à ce verset un nom : le Protévangile, c'est-à-dire le « premier Évangile ». Avant même de chasser l'homme du jardin, Dieu lui promet la victoire sur le mal. Le Catéchisme de l'Église catholique le formule ainsi :
« Ce passage de la Genèse a été appelé "Protévangile", étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d'un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d'un descendant de celle-ci. »[5] — Catéchisme de l'Église catholique, n° 410
Trois acteurs apparaissent donc dans le verset : le serpent (le diable), la Femme, et la descendance de la Femme qui remporte la victoire. Toute la question de l'interprétation tient à l'identité de ces deux dernières figures.
La question textuelle : « elle » ou « lui » écrasera la tête ?
Un détail textuel a nourri des siècles de discussion exégétique et d'iconographie. Selon les versions, c'est elle (la Femme) ou lui (sa descendance) qui écrase la tête du serpent.
- Texte hébreu (massorétique) : le pronom sujet de « écrasera la tête » est hû' (« lui »), masculin, qui renvoie au mot zéra' (« semence, descendance »), grammaticalement masculin. Le sens premier est donc : c'est la descendance — et, dans la lecture chrétienne, le Christ — qui écrase la tête du serpent.
- Vulgate latine : la tradition reçue porte « ipsa conteret caput tuum » (« elle écrasera ta tête »), au féminin, d'où la lecture directement mariale et l'innombrable iconographie de Marie foulant le serpent.
- Traductions modernes (dont l'AELF) reviennent au sens de l'hébreu : « celle-ci [la descendance] te meurtrira la tête ».[6]
Loin de s'opposer, ces deux lectures se hiérarchisent. La victoire est proprement celle de la descendance, le Christ ; mais Marie, la Femme, mère du vainqueur, y est associée de manière unique. Le féminin ipsa de la Vulgate exprime cette association réelle, mais toujours subordonnée : Marie écrase la tête du serpent « avec lui et par lui », jamais indépendamment de son Fils.[7] Retenir ce point est essentiel pour répondre à la question de l'article : la « Femme » n'est jamais une figure autonome qui agirait par sa propre puissance.
Qui est « la Femme » selon l'Église ?
Le Magistère lit Genèse 3,15 à plusieurs niveaux articulés — christologique, marial, ecclésial — mais jamais en l'appliquant à un personnage privé ou à un mystique postérieur.
D'abord la victoire de la descendance : le Christ, nouvel Adam
Le premier sens, fondamental, est christologique. La descendance victorieuse est le Christ, nouvel Adam, qui répare la désobéissance du premier homme :
« La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du "nouvel Adam" (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son "obéissance jusqu'à la mort de la Croix" (Ph 2, 8), répare en surabondance la désobéissance d'Adam (cf. Rm 5, 19-20). »[8] — Catéchisme de l'Église catholique, n° 411
Saint Jean-Paul II le redit avec force dans Redemptoris Mater : « Nous nous trouvons ainsi au centre même de l'accomplissement de la promesse incluse dans le protévangile : Le lignage de la femme écrasera la tête du serpent ».[9] La tête du serpent est écrasée par le Christ. C'est la clé : aucune femme — ni Ève, ni Marie, ni Luisa — n'est la source de cette victoire ; elles s'y rapportent toutes par rapport au Rédempteur.
Ensuite Marie, la nouvelle Ève
Le second sens, dérivé du premier, est marial. Parce qu'elle est la mère du vainqueur, Marie est « la Femme » du Protévangile, la nouvelle Ève. Le même numéro du Catéchisme poursuit :
« Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l'Église voient dans la femme annoncée dans le "protévangile" la mère du Christ, Marie, comme "nouvelle Ève". Elle a été celle qui, la première et d'une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ : elle a été préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX : DS 2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n'a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente : DS 1573). »[10] — Catéchisme de l'Église catholique, n° 411
Cette lecture n'est pas une nouveauté tardive : elle remonte aux premiers siècles. Pie XII, dans la constitution Munificentissimus Deus qui définit l'Assomption (1950), récapitule toute la tradition :
« Depuis le IIᵉ siècle, les Saints Pères proposent la Vierge Marie comme une Ève nouvelle, en face du nouvel Adam et, si elle lui est soumise, elle lui est étroitement unie dans cette lutte contre l'ennemi infernal, lutte qui devait, ainsi que l'annonçait le protévangile, aboutir à une complète victoire sur le péché et la mort. »[11] — Pie XII, Munificentissimus Deus, § 39 (1950)
On notera la double balance, que l'on retrouvera presque mot pour mot chez Luisa : Marie est « soumise » au Christ (elle n'agit pas seule) et « étroitement unie » à lui (sa part est réelle). C'est exactement le statut que le Protévangile assigne à « la Femme ».
Le concile Vatican II inscrit la même doctrine au cœur de sa constitution sur l'Église, citant saint Irénée :
« Le nœud dû à la désobéissance d'Ève s'est dénoué par l'obéissance de Marie ; ce qu'Ève la vierge avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l'a dénoué par sa foi. »[12] — Saint Irénée de Lyon, Adversus Haereses III, 22, 4, cité par Lumen Gentium 56
Et le Catéchisme conclut le mouvement : « Au terme de cette mission de l'Esprit, Marie devient la "Femme", nouvelle Ève "mère des vivants". »[13]
Le couronnement marial : Ineffabilis Deus
C'est la bulle de Pie IX définissant l'Immaculée Conception (8 décembre 1854) qui donne au sens marial sa formulation la plus solennelle. Lisant Genèse 3,15, le pape y voit annoncés ensemble le Rédempteur et sa Mère, « l'éternelle ennemie » du serpent :
« La Très Sainte Vierge, unie à lui étroitement et indissolublement, était, avec lui et par lui, l'éternelle ennemie du serpent venimeux ; elle le vainquit pleinement et écrasa sa tête sous son pied immaculé. »[14] — Pie IX, Ineffabilis Deus (1854)
La formule « avec lui et par lui » (una cum illo et per illum) est le garde-fou doctrinal décisif. Marie écrase la tête du serpent — mais en union totale avec le Christ, et parce qu'elle a la première bénéficié de sa victoire (l'Immaculée Conception). Sa victoire est tout entière reçue du Rédempteur. Cette même mystique mariale traverse la tradition : près de deux siècles plus tôt, la vénérable Marie d'Agréda rapportait déjà la sentence divine contre Lucifer :
« Cette femme que tu n'as pas voulu honorer, t'écrasera la tête, et tu seras par elle vaincu et terrassé. »[15] — Marie d'Agréda, La Cité mystique de Dieu, Ire partie, livre I, chap. VII (1re éd. Madrid, 1670)
La Femme de l'Apocalypse : Marie et l'Église
Un troisième plan, ecclésial, élargit encore l'image. La « Femme » de Genèse 3,15 annonce aussi la « Femme enceinte » de l'Apocalypse, « ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12,1), poursuivie par le dragon.[16] Le Catéchisme y reconnaît à la fois Marie et l'Église :
« "Il se lance à la poursuite de la Femme", mais il n'a pas de prise sur elle : la nouvelle Ève, "pleine de grâce" de l'Esprit Saint, est préservée du péché et de la corruption de la mort. »[17] — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2853
Récapitulons les sens reçus de « la Femme » avant d'en venir à Luisa.
| Plan de lecture | « La Femme » désigne | Source magistérielle |
|---|---|---|
| Christologique (premier) | la descendance victorieuse : le Christ, nouvel Adam | CEC 411 ; Redemptoris Mater 24 |
| Typologique | Ève, figure inversée et promesse d'une descendance victorieuse | CEC 489 |
| Marial (propre) | Marie, nouvelle Ève, mère du Rédempteur | CEC 411, 726 ; Ineffabilis Deus ; LG 55-56 |
| Ecclésial | l'Église, Femme de l'Apocalypse | CEC 2853 ; Ap 12 |
Aucun de ces quatre plans n'ouvre la porte à une cinquième « Femme » qui serait une mystique du XXᵉ siècle. Le sujet de Genèse 3,15 est clos par le Magistère.
D'où vient alors la question sur Luisa ?
Si la réponse est si nette, pourquoi la question se pose-t-elle ? Parce que le Livre du Ciel emploie effectivement, à propos de Luisa, un langage de « nouvelle Ève » et d'« écrasement du serpent » qui, lu hors contexte, peut sembler la hisser au rang de la Femme du Protévangile.
Luisa appelée « la nouvelle Ève »
Le 7 avril 1929, Luisa rapporte ces paroles de Jésus :
« J'ai permis ta venue dans cette maison entourée d'un jardin pour que tu sois la nouvelle Ève ; non pas Ève la tentatrice qui mérita d'être chassée de l'Éden de joie, mais Ève la réformatrice et la restauratrice, qui rappellera le Royaume de ma Divine Volonté sur la terre. »[18] — Livre du Ciel, t. 26, 7 avril 1929
Luisa invitée à « écraser la tête du serpent »
Six ans plus tôt, le 28 avril 1923, une entrée intitulée « Luisa doit écraser la tête du serpent infernal » va plus loin encore :
« De même que ma Vierge Mère a écrasé la tête du serpent infernal, je veux aussi qu'une autre vierge, qui doit être la première à posséder la Volonté Suprême, presse à nouveau cette tête infernale afin de l'écraser et de l'affaiblir. Place donc ton pied sur sa tête et écrase-le. »[19] — Livre du Ciel, t. 15, 28 avril 1923
On comprend la tentation : « nouvelle Ève », « écraser le serpent », « vierge » — le vocabulaire de Genèse 3,15 paraît reporté sur Luisa. Mais il suffit de lire la phrase entière pour voir qu'elle dit exactement le contraire d'une identification. Le texte oppose deux figures : « ma Vierge Mère a écrasé » (Marie, au passé, la victoire accomplie) ; « je veux aussi qu'une autre vierge […] presse à nouveau » (Luisa, qui continue sans être l'origine). Luisa n'est pas « la Femme » : elle est « une autre vierge » qui prolonge l'œuvre de la première. La distinction est dans le texte lui-même.
Ce que Luisa enseigne réellement : Marie Reine, Luisa petite fille
Loin de revendiquer le titre de « la Femme », les écrits de Luisa construisent au contraire une distinction systématique entre la Reine et sa petite fille.
Marie, Reine et Souveraine du Royaume de la Divine Volonté
Dans la théologie de Luisa, c'est Marie — et elle seule — qui porte le titre de Reine du Royaume de la Divine Volonté et de Femme victorieuse du serpent. Le passage le plus explicite date du 19 mai 1931 ; Dieu y parle au serpent :
« Tu t'es servi d'une femme pour arracher l'homme à ma Divine Volonté ; et moi, au moyen d'une autre femme ayant en son pouvoir la puissance de mon Fiat, je détruirai ton orgueil, et elle t'écrasera la tête de son pied immaculé. »[20] — Livre du Ciel, t. 29, 19 mai 1931
La « femme au pied immaculé » qui écrase la tête du serpent, c'est la Reine du ciel — exactement la lecture d'Ineffabilis Deus. Quelques lignes plus loin, Luisa précise que cette Reine « était et demeure la terreur de l'enfer tout entier ».[21] Marie occupe cette place parce qu'elle a, la première, laissé la Volonté divine régner pleinement en elle :
« Veux-tu savoir qui se laissa dominer par cet acte continuel de ma suprême Volonté, au point de former en elle une vie pleinement divine ? Ce fut la céleste et souveraine Reine. »[22] — Livre du Ciel, t. 20, 10 décembre 1926
C'est pourquoi un article voisin d'Ignispedia est entièrement consacré à la place de Marie dans le Royaume de la Divine Volonté : elle en est la Reine, le modèle et la médiatrice.
Jésus corrige lui-même la confusion
Le texte le plus important pour notre question est une mise au point que Jésus adresse directement à Luisa, le même 19 mai 1931, comme s'il prévenait par avance toute surenchère :
« Je n'ai pas dit que tu es comme la Reine du ciel, mais que je veux que tu lui ressembles. La Dame du ciel étant la vraie Reine du Royaume de ma Volonté, il lui appartient d'aider et d'enseigner les heureuses créatures qui veulent entrer pour y vivre. »[23] — Livre du Ciel, t. 29, 19 mai 1931
Tout est dit. Luisa n'est pas la Reine ; elle est appelée à lui ressembler. La « vraie Reine du Royaume » — donc la vraie Femme victorieuse — c'est Marie. Quiconque identifie Luisa à la Femme de Genèse 3,15 contredit frontalement le texte même dont il prétend tirer cette identification.
Luisa, « la plus petite de toutes »
Le second pilier de l'enseignement de Luisa sur elle-même est son insistance sur sa petitesse. Jésus l'aurait choisie précisément parce qu'elle est la plus petite :
« J'ai fait le tour du monde bien des fois, et j'ai regardé toutes les créatures une à une pour trouver la plus petite. Finalement, je t'ai trouvée, toi la plus petite de toutes. […] Tu continueras d'être la petite fille de ton Jésus, la petite fille de ma Volonté. »[24] — Livre du Ciel, t. 12, 23 mars 1921
C'est de là que vient le titre qui définit Luisa : non pas « la Femme », mais « la petite fille de la Divine Volonté ». Elle se nomme elle-même « la petite exilée », « ta nouveau-née », et confesse sa pauvreté radicale :
« Je suis une pure ignorante. S'il y a quelque chose de véridique dans ces écrits, cela ne vient pas de moi, mais de Dieu. Quant à moi, je demeure toujours la petite ignorante que je suis. »[25] — Livre du Ciel, t. 4, 14 octobre 1901
Marie pour la Rédemption, Luisa pour la sanctification
La distinction des deux figures atteint sa formule la plus exacte le 10 novembre 1923, dans une entrée dont le titre résume tout : « Dieu accomplit les plus grandes œuvres chez les petits. Pour la Rédemption, il se servit de la petitesse de la Très Sainte Vierge ; pour l'accomplissement du Fiat Voluntas Tua, il veut se servir de la petitesse de Luisa. »[26] Le parallélisme est éclairant : il n'égale pas Luisa à Marie, il les distingue par leur mission.
« De même que, dans la Rédemption, j'ai choisi mon incomparable Mère comme intermédiaire […], de même je t'ai choisie comme intermédiaire pour que la sainteté de vivre dans ma Volonté puisse commencer. »[27] — Livre du Ciel, t. 13, 3 décembre 1921
Marie est l'intermédiaire de la Rédemption ; elle est « la Femme » de Genèse 3,15. Luisa est l'intermédiaire d'un don postérieur — le don de vivre dans la Divine Volonté —, première bénéficiaire d'une grâce qui suppose et prolonge la victoire déjà remportée. Les deux rôles ne se concurrencent pas : l'un fonde l'autre.
Marie et Luisa : deux figures, jamais confondues
On peut résumer la distinction en un tableau, qui constitue la réponse synthétique à la question de l'article.
| Marie | Luisa | |
|---|---|---|
| Titre propre | la Femme de Gn 3,15 ; Reine du Royaume de la Divine Volonté | la petite fille de la Divine Volonté ; « une autre vierge » |
| Rapport au serpent | l'écrase « avec lui et par lui » (Immaculée) | « presse à nouveau » la tête déjà écrasée |
| Mission | la Rédemption : mère du Vainqueur | la sanctification : première à vivre dans la Divine Volonté |
| Statut | Mère de Dieu, Immaculée, glorifiée | Servante de Dieu, créature pécheresse rachetée |
| Sens de « nouvelle Ève » | nouvelle Ève au sens plénier (CEC 411) | nouvelle Ève au sens fonctionnel : réformatrice du Royaume |
La symétrie est volontairement imparfaite : Luisa ressemble à Marie, elle ne l'égale pas. La Reine reste « incomparable » ; sa petite fille reste « la plus petite de toutes ».
Pourquoi cette distinction est importante
On pourrait croire le débat purement spéculatif. Il ne l'est pas. Exalter Luisa au point d'en faire « la Femme » de Genèse 3,15 produirait trois dommages bien réels.
Un dommage exégétique. Le sujet de Genèse 3,15 est fixé par le Magistère : le Christ et sa Mère. Y substituer une mystique du XXᵉ siècle, c'est dissoudre la rigueur du sens scripturaire que l'Église a mis vingt siècles à préciser.
Un dommage marial. Confondre Luisa avec la Femme abaisse, de fait, la singularité de Marie. Or toute la spiritualité de la Divine Volonté repose au contraire sur la prééminence absolue de la Reine : elle est le modèle, Luisa n'est que la disciple. Brouiller cette hiérarchie ruine l'édifice de l'intérieur.
Un dommage pour la cause de Luisa elle-même. Les écrits de Luisa font l'objet d'un examen attentif de l'Église. La cause de béatification, ouverte le 20 novembre 1994 par l'archevêque de Trani-Barletta-Bisceglie, a connu en 2024 une mise au point doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de la Foi avant d'obtenir, en juin 2024, son Nulla Osta permettant la reprise de la cause, confirmé par la lettre officielle du 3 décembre 2024 (Prot. N. 94/37 — 102675).[28] Les exagérations — faire de Luisa une co-rédemptrice unique, la Femme du Protévangile, une seconde Marie — sont précisément ce qui nourrit la défiance. La meilleure défense de Luisa est de la lire comme elle se voyait elle-même : petite. La question de l'approbation ecclésiale de ses écrits est traitée en détail dans un article dédié.
Le critère est ancien et sûr : « Toute révélation privée doit être lue à la lumière de l'enseignement de l'Église, jamais contre lui. » Une lecture qui ferait de Luisa la Femme de Genèse 3,15 contredirait à la fois le Catéchisme et le Livre du Ciel. Elle est donc doublement irrecevable.
La réponse en une phrase
Non, Luisa n'est pas la femme de Genèse 3,15. La Femme du Protévangile est Marie, nouvelle Ève, mère du Christ vainqueur, qui écrase la tête du serpent « avec lui et par lui ». Luisa Piccarreta est « une autre vierge », « la plus petite de toutes », la petite fille de la Divine Volonté : appelée non pas à être la Reine, mais à lui ressembler, et à prolonger, dans le Royaume de la Divine Volonté, la victoire qu'elle n'a jamais remportée seule.
Pour aller plus loin
- Quelle place Marie tient-elle dans le Royaume de la Divine Volonté ?
- Pourquoi Luisa Piccarreta est-elle appelée « la petite fille de la Divine Volonté » ?
- Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ?
- Les écrits de Luisa sont-ils approuvés par l'Église ?
- Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté ?
- Catéchisme de l'Église catholique, n° 410-411, 489, 726, 2853 — texte intégral sur vatican.va.
- Pie IX, Ineffabilis Deus (1854) — bulle dogmatique sur l'Immaculée Conception.
- Concile Vatican II, Lumen Gentium 55-56 — sur vatican.va.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, n° 410, éd. Mame/Plon, 1992 (texte de référence vatican.va). Sur le terme « Protévangile » comme première annonce du Messie rédempteur.
1 5Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 29, 19 mai 1931. Mise au point de Jésus : « Je n'ai pas dit que tu es comme la Reine du ciel, mais que je veux que tu lui ressembles. La Dame du ciel étant la vraie Reine du Royaume de ma Volonté… » Texte décisif contre toute identification de Luisa à la Femme de Gn 3,15.
2 23Cause de béatification de Luisa Piccarreta ouverte le 20 novembre 1994 (solennité du Christ-Roi) à Corato par Mgr Carmelo Cassati, archevêque de Trani-Barletta-Bisceglie, avec le Non obstare de la Congrégation pour les Causes des Saints ; Luisa est dès lors « Servante de Dieu ». Par lettre du 4 octobre 2003, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi précisait que ses écrits n'avaient alors reçu « ni approbation ni condamnation officielle ». En 2024, après une pause doctrinale annoncée en février, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a accordé en juin son Nulla Osta à la poursuite de la cause — « ne constatant aucune erreur doctrinale dans ses écrits de nature à en empêcher la divulgation » —, confirmé par la lettre officielle du 3 décembre 2024 (Prot. N. 94/37 — 102675) de Mgr Philippe Curbelié, sous-secrétaire du Dicastère, à Mgr Benoît Bertrand, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France ; le Dicastère demande une édition officielle, typique et critique, sous la supervision de l'archevêque de Trani-Barletta-Bisceglie.
3 28Genèse 3, 15, traduction officielle liturgique francophone (AELF), reprise dans La Bible — traduction liturgique avec notes explicatives, Mame/AELF. Texte : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »
4Sur la variante ipsa / ipse : le texte hébreu massorétique porte le pronom masculin hû', accordé à zéra' (« semence », masculin), d'où la lecture « il/elle [la descendance] écrasera » suivie par la Septante (autos) et les traductions modernes ; la Vulgate latine reçue porte « ipsa conteret caput tuum », leçon féminine à l'origine de l'iconographie mariale. L'exégèse catholique hiérarchise les deux sens (victoire du Christ ; association de Marie) sans les opposer. Cf. Catéchisme, n° 411 et Redemptoris Mater, n° 24.
6Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 (définition dogmatique de l'Immaculée Conception). Le pape y interprète Gn 3,15 de Marie, « éternelle ennemie » du serpent, qui « avec lui et par lui » (una cum illo et per illum) écrase sa tête « sous son pied immaculé » (immaculato pede). Référence dogmatique : DS 2803.
7 14Catéchisme de l'Église catholique, n° 411. Le numéro cite Pie IX (Ineffabilis Deus, DS 2803) pour la préservation du péché originel et le concile de Trente (DS 1573) pour l'absence de tout péché chez Marie.
8 10Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, 25 mars 1987, n° 11 et n° 24 (texte vatican.va). Le n° 24 : « Nous nous trouvons ainsi au centre même de l'accomplissement de la promesse incluse dans le protévangile : Le lignage de la femme écrasera la tête du serpent. »
9Pie XII, constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1ᵉʳ novembre 1950 (définition de l'Assomption), § 39 (numérotation commune aux traductions française et anglaise de vatican.va). Marie « Ève nouvelle », « soumise » au nouvel Adam et « étroitement unie » à lui dans la lutte annoncée par le protévangile.
11Saint Irénée de Lyon, Adversus Haereses, livre III, ch. 22, § 4 (IIᵉ siècle), cité par Lumen Gentium, n° 56, note 177 (éd. vatican.va) : le nœud de la désobéissance d'Ève dénoué par l'obéissance de Marie.
12Catéchisme de l'Église catholique, n° 726 : « Au terme de cette mission de l'Esprit, Marie devient la "Femme", nouvelle Ève "mère des vivants", Mère du "Christ total". »
13Vénérable Marie de Jésus d'Agréda (1602-1665), La Cité mystique de Dieu (Mystica Ciudad de Dios, posthume, Madrid, 1670). Sentence divine contre Lucifer, Ire partie, livre I, chap. VII, n° 92 : « Cette femme que tu n'as pas voulu honorer, t'écrasera la tête, et tu seras par elle vaincu et terrassé » (trad. française du P. Croset, 2ᵉ éd. revue et corrigée, Paris, Poussielgue-Rusand, 1862, t. I, p. 182-183 ; l'ouvrage renvoie lui-même à Gn 3, 15 en marge).
15Apocalypse 12, 1-6 (traduction liturgique AELF) : la « Femme » revêtue du soleil, la lune sous les pieds, couronnée de douze étoiles, et le grand dragon rouge feu.
16Catéchisme de l'Église catholique, n° 2853, commentaire de la dernière demande du Notre Père : la nouvelle Ève préservée du péché et de la corruption de la mort (Immaculée Conception et Assomption).
17Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 26, 7 avril 1929. Luisa appelée « la nouvelle Ève », non « tentatrice » mais « réformatrice et restauratrice » du Royaume de la Divine Volonté.
18Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 15, 28 avril 1923, entrée « Luisa doit écraser la tête du serpent infernal ». Le texte distingue Marie (« ma Vierge Mère a écrasé ») de Luisa, « une autre vierge » appelée à « presser à nouveau » la tête déjà écrasée.
19Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 29, 19 mai 1931, entrée « La Reine du ciel qui écrase la tête du serpent infernal ». Dieu, parlant au serpent : « au moyen d'une autre femme ayant en son pouvoir la puissance de mon Fiat […] elle t'écrasera la tête de son pied immaculé » — la Reine du ciel, « terreur de l'enfer tout entier ».
20 21Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 20, 10 décembre 1926. La « céleste et souveraine Reine » est celle qui se laissa dominer par l'acte continuel de la Volonté suprême au point de former en elle une vie pleinement divine.
22Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 23 mars 1921. Édition de référence des écrits sous la supervision de l'archidiocèse de Trani-Barletta-Bisceglie. Jésus cherche « la plus petite de toutes » et nomme Luisa « la petite fille de ma Volonté ».
24Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 14 octobre 1901. Luisa se déclare « une pure ignorante » : ce qui est véridique dans ses écrits vient de Dieu, non d'elle.
25Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 16, 10 novembre 1923, entrée « La beauté de la petitesse » : pour la Rédemption Dieu se sert de la petitesse de la Très Sainte Vierge ; pour le Fiat Voluntas Tua, de la petitesse de Luisa.
26Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 13, 3 décembre 1921. Parallèle entre Marie « intermédiaire » de la Rédemption et Luisa « intermédiaire » pour le commencement de la sainteté de vivre dans la Divine Volonté.
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