Le Dieu de l'Ancien Testament serait un tyran jaloux, violent et vengeur ; le Dieu du Nouveau Testament, un Père de tendresse révélé par Jésus. L'objection est si répandue qu'elle paraît évidente : il suffirait d'ouvrir la Bible pour y trouver deux divinités incompatibles. C'est l'une des objections les plus anciennes — et l'une des plus tenaces — adressées à la foi chrétienne.
Elle a un nom et une date de naissance. Au IIᵉ siècle, un riche armateur venu du Pont, Marcion de Sinope, en tire un système complet : deux dieux réellement distincts, un Démiurge créateur et justicier qui parle dans l'Ancien Testament, et un Père bon, inconnu, que Jésus serait venu révéler contre lui. L'Église de Rome l'excommunie vers 144. Dix-huit siècles plus tard, l'argument resurgit presque mot pour mot chez les néo-athées : le Dieu de l'Ancien Testament est décrit comme le « personnage de fiction le plus déplaisant » de toute la littérature.
La réponse de l'Église n'a jamais varié : il n'y a qu'un seul Dieu, auteur des deux Testaments, qui se révèle non d'un coup mais par degrés, selon une pédagogie divine. La miséricorde n'est pas une invention de Jésus — elle inonde déjà l'Ancien Testament. La sévérité, le jugement et l'enfer ne disparaissent pas avec lui — c'est le Christ lui-même qui en parle le plus. Couper l'Ancien Testament du Nouveau, ce n'est pas purifier le christianisme : c'est le détruire, car « le Nouveau est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau » (saint Augustin).
Cet article expose d'abord l'objection dans sa version la plus forte, puis remonte à sa source historique — Marcion —, avant de montrer, texte à l'appui, l'unité du Dieu unique : sa miséricorde dans l'Ancien Testament, sa sévérité dans le Nouveau, et la clé de lecture catholique des « pages obscures » de l'Écriture.
L'objection : « deux dieux qui se contredisent »
La forme populaire
L'objection circule aujourd'hui sous une forme simple, presque proverbiale : le Dieu de l'Ancien Testament « punit, extermine et se met en colère », tandis que le Dieu de Jésus « pardonne, guérit et aime ». On oppose le Déluge à la parabole du fils prodigue, le feu de Sodome aux Béatitudes, l'ordre d'exterminer les Cananéens au « Aimez vos ennemis ». La conclusion semble couler de source : ce ne peut pas être le même Dieu.
Cette objection se nourrit d'une lecture sélective. Elle accumule d'un côté les passages les plus durs de l'Ancien Testament, de l'autre les paroles les plus douces du Nouveau, puis présente ce contraste truqué comme s'il résumait fidèlement les deux corpus. Elle suppose aussi, à tort, que l'Ancien Testament ignorerait la tendresse et que le Nouveau ignorerait le jugement. Nous verrons que les deux suppositions sont fausses.
La version forte : Marcion et ses Antithèses
La version savante de l'objection ne se contente pas d'un sentiment ; elle se présente comme une démonstration. Son inventeur, Marcion, avait composé un livre entier, les Antithèses, où il alignait méthodiquement les contradictions apparentes entre le Dieu de l'Ancien Testament et le Père de Jésus : le Dieu qui ordonne « œil pour œil » contre celui qui dit « tends l'autre joue » ; le Dieu qui maudit contre celui qui bénit ; le Dieu qui frappe contre celui qui guérit[1]. C'est l'ancêtre direct de toutes les listes d'« horreurs bibliques » que l'on trouve aujourd'hui.
La force de la version marcionite est de prendre l'objection au sérieux jusqu'au bout. Si vraiment ces deux portraits sont inconciliables, alors il faut bien deux sujets distincts. Marcion ne tergiverse pas : il pose deux dieux. C'est cohérent — mais c'est précisément ce que l'Église a jugé impossible à concilier avec la foi reçue des apôtres.
La reprise contemporaine : Dawkins et les néo-athées
Le biologiste Richard Dawkins a donné à l'objection sa formule moderne la plus célèbre, dans Pour en finir avec Dieu (2006). Le portrait est devenu un classique de la polémique antireligieuse :
« Le Dieu de l'Ancien Testament est sans doute le personnage le plus déplaisant de toute la fiction : jaloux et fier de l'être ; mesquin, injuste, rancunier ; un maniaque du contrôle ; vindicatif, sanguinaire, nettoyeur ethnique ; misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, filicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste, brutal et capricieusement malveillant. » — Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, 2006[2]
La différence avec Marcion est instructive. Marcion croyait au Dieu de Jésus ; il voulait seulement l'arracher au Dieu de l'Ancien Testament. Dawkins, lui, se sert du même contraste pour rejeter tout Dieu. Mais le ressort rhétorique est identique : isoler les passages les plus rudes, les détacher de leur contexte et de leur intention, puis brosser un portrait à charge. La réponse catholique à l'un éclaire donc la réponse à l'autre.
Ce que l'objection vise juste
Une apologétique honnête ne caricature pas l'adversaire : elle reconnaît d'abord ce qu'il y a de vrai dans l'objection. Et il y a quelque chose de vrai. L'Ancien Testament contient réellement des pages déconcertantes : des ordres d'extermination, des châtiments collectifs, une violence que le lecteur moderne reçoit comme un scandale. L'Église ne le nie pas. Benoît XVI parle sans détour des « pages obscures » de la Bible[3]. Le ton, l'image de Dieu, la qualité morale des comportements rapportés changent visiblement entre la Genèse et l'Évangile.
L'erreur de l'objection n'est donc pas de remarquer une différence : c'est d'en conclure à une contradiction de sujets. Entre l'instituteur qui parle à un enfant de six ans et le professeur qui s'adresse à un adulte, le ton, le vocabulaire et les exigences diffèrent radicalement — sans qu'il s'agisse de deux personnes opposées. La vraie question n'est pas « le ton a-t-il changé ? » (oui), mais « s'agit-il du même Dieu ? ». Toute la suite répond à cette seconde question.
Marcion : la première et la plus radicale des versions
On ne comprend bien l'objection qu'en regardant son premier théoricien. Car le marcionisme n'est pas une curiosité d'érudits : c'est le moment où l'objection a été poussée jusqu'à ses conséquences logiques, et où l'Église a dû dire clairement ce qu'elle croyait.
Qui était Marcion de Sinope ?
Marcion naît vers 85 à Sinope, port du Pont, sur la mer Noire. Fils d'évêque selon la tradition, riche armateur, il arrive à Rome vers 140 et fait d'abord un don considérable à la communauté chrétienne. Mais ses thèses inquiètent. Vers 144, l'Église de Rome rompt avec lui et lui rend son argent[4]. Marcion fonde alors sa propre Église, dotée de son clergé, de ses sacrements et de son canon — une contre-Église qui, pendant un siècle, rivalisera dangereusement avec la grande Église dans tout l'Empire.
Ce détail compte : le marcionisme n'a pas été un mouvement marginal facilement balayé. Il a contraint l'Église à préciser sa foi, à défendre explicitement l'Ancien Testament et à fixer plus nettement la liste de ses livres. La réfutation de Marcion est l'un des grands chantiers de la théologie du IIᵉ siècle.
Le système : le Démiurge contre le Père
Le cœur de la doctrine de Marcion tient en une opposition. Il y aurait deux dieux. Le premier, le Démiurge, est le créateur du monde matériel ; c'est lui qui parle dans l'Ancien Testament. Marcion ne le dit pas mauvais au sens d'un démon : il le dit juste, mais d'une justice rigide, jalouse, attachée à la Loi, au châtiment et à la vengeance. Le second, le Père — le « Dieu bon » et inconnu —, n'a rien à voir avec la création ; il est pur amour, et il a envoyé Jésus pour racheter les hommes du Dieu créateur et de sa Loi[5].
Tertullien résume le projet marcionite d'une formule restée célèbre :
« La séparation de la Loi et de l'Évangile est l'œuvre propre et principale de Marcion. » — Tertullien, Contre Marcion, livre I[6]
Tout le système découle de cette coupure. Séparer la Loi de l'Évangile, l'Ancien Testament du Nouveau, le créateur du rédempteur : voilà le geste fondateur. Et c'est exactement le geste que reproduit, sous une autre forme, quiconque oppose aujourd'hui « le Dieu de l'Ancien Testament » au « Dieu de Jésus ».
Le canon mutilé de Marcion
Pour soutenir une thèse aussi radicale, Marcion devait faire violence aux textes. Il rejeta donc l'intégralité de l'Ancien Testament, jugé être l'œuvre du Démiurge. Et, dans le Nouveau, il ne conserva qu'un seul évangile — une version retouchée de Luc, expurgée de tout ce qui rattachait Jésus au Dieu d'Israël — et dix lettres de saint Paul, elles aussi corrigées[7]. Tout le reste — Matthieu, Marc, Jean, les Actes, les épîtres pastorales, l'Apocalypse — était écarté.
Ce point est décisif. Pour rendre les deux dieux plausibles, Marcion a dû amputer la Bible des trois quarts de son volume, puis censurer ce qui restait. C'est l'aveu involontaire de la faiblesse de l'objection : elle ne tient qu'au prix d'une lecture sélective élevée au rang de méthode. L'objection moderne procède de la même façon, en miniature, chaque fois qu'elle cite un verset terrible de l'Ancien Testament en ignorant les océans de tendresse qui l'entourent.
Paradoxalement, en publiant la première liste fermée de livres « chrétiens », Marcion a forcé l'Église à expliciter le sien. La réaction antimarcionite a accéléré la reconnaissance du canon des quatre évangiles et des lettres pauliniennes authentiques — et la réaffirmation que l'Ancien Testament appartient pleinement à l'Écriture chrétienne[8].
La condamnation de l'Église et la réfutation des Pères
L'Église a réagi de deux manières : par une rupture disciplinaire (l'excommunication de 144) et par un immense travail doctrinal. Les plus grands théologiens du IIᵉ et du début du IIIᵉ siècle ont consacré des ouvrages entiers à réfuter Marcion.
- vers 85Naissance de Marcion
Marcion naît à Sinope, dans le Pont (actuelle Turquie, sur la mer Noire), dans un milieu chrétien.
- vers 140Arrivée à Rome
Riche armateur, il rejoint la communauté chrétienne de Rome et lui fait un don important.
- vers 144Rupture et excommunication
L'Église de Rome condamne ses thèses, rompt avec lui et lui restitue son don. Marcion fonde sa propre Église.
- vers 180Irénée réfute le dualisme
Dans Contre les hérésies, Irénée de Lyon démontre qu'un seul et même Dieu est l'auteur des deux Testaments.
- 207-212Tertullien : Contre Marcion
Tertullien rédige les cinq livres de l'Adversus Marcionem, la réfutation la plus complète du système.
Saint Irénée de Lyon, vers 180, pose le principe qui restera celui de toute la tradition : l'unité de l'auteur des deux Testaments.
« Un seul et même maître de maison a produit les deux Testaments : le Verbe de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, qui parla avec Abraham comme avec Moïse. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre IV[9]
La formule est lumineuse : ce n'est pas seulement le « même Dieu » au sens vague, c'est le Verbe lui-même — celui qui s'incarnera en Jésus — qui parlait déjà à Abraham et à Moïse. Le Christ n'est pas l'adversaire du Dieu de l'Ancien Testament : il en est la voix éternelle. Tertullien, Origène et, plus tard, saint Augustin face aux manichéens — porteurs d'un autre dualisme — développeront la même conviction. L'objection a donc reçu, dès l'origine, une réponse argumentée et magistérielle.
Un seul Dieu : ce que l'Église a toujours tenu
Le principe : une seule économie, deux Testaments
La foi catholique tient fermement l'unité des deux Testaments, parce qu'elle tient l'unité de Dieu et l'unité de son plan de salut. Le Catéchisme l'énonce sans ambiguïté : l'Ancien Testament « est une partie indispensable de la Sainte Écriture », ses livres sont « divinement inspirés et conservent une valeur permanente », et l'unité des deux Testaments découle de l'unité du dessein de Dieu[10].
Le concile Vatican II avait posé la même doctrine dans Dei Verbum. Dieu y est présenté comme l'unique auteur des livres de l'un et l'autre Testament, qui a « sagement disposé » que le Nouveau fût caché dans l'Ancien et l'Ancien dévoilé dans le Nouveau[11]. Il n'y a pas deux révélations concurrentes, mais une seule économie — un seul déploiement du plan divin dans l'histoire, de la création à l'Alliance, de l'Alliance aux prophètes, des prophètes au Christ.
« Le Nouveau est caché dans l'Ancien »
La clé de l'unité tient en une phrase de saint Augustin, devenue l'adage classique de toute la tradition chrétienne :
« Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau. » — Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque[12]
Loin d'être deux blocs opposés, les deux Testaments sont les deux temps d'un même mouvement. C'est ce que la tradition appelle la typologie : les personnes, les événements et les institutions de l'Ancien Testament sont des figures qui annoncent et préparent ce qui s'accomplira dans le Christ[13]. Adam préfigure le Christ, nouvel Adam ; l'agneau pascal annonce l'Agneau de Dieu ; le passage de la mer Rouge préfigure le baptême ; la manne, le Pain de vie ; le serpent d'airain élevé par Moïse, la Croix élevée sur le Golgotha. Le Christ lui-même autorise cette lecture lorsqu'il déclare : « Il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Lc 24, 44).
Cette lecture n'est pas une astuce d'apologète : elle est inscrite dans le Nouveau Testament lui-même. Saint Paul écrit que les événements de l'Exode « leur arrivaient pour servir d'exemple, et ils ont été écrits pour notre instruction » (1 Co 10, 11)[14]. Pour aller plus loin sur ces niveaux de lecture, voir le-sens-spirituel-de-lecriture.
Jésus et les apôtres n'ont jamais eu d'autre Dieu
Le point le plus simple est aussi le plus écrasant pour l'objection : Jésus n'a jamais opposé son Père au Dieu d'Israël. Au contraire, il l'identifie. Quand on lui demande quel est le premier commandement, il cite le Shema d'Israël, la prière juive par excellence : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur » (Mc 12, 29, citant Dt 6, 4)[15]. Le Dieu que Jésus appelle « Abba, Père » est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
Bien plus, Jésus affirme avec force la continuité de l'Écriture, et non sa rupture :
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu, 5, 17[16]
S'il avait existé deux dieux, Jésus l'aurait su mieux que personne. Or il prie les Psaumes, cite la Loi, se réfère à Moïse, à Isaïe, à Jonas, à David comme à la Parole de son Père. Sur la croix, il prie en citant le Psaume 22 (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », Mt 27, 46 ; Mc 15, 34). Le ressuscité, sur le chemin d'Emmaüs, « partant de Moïse et de tous les prophètes, leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27)[17]. Toute la prédication apostolique consiste précisément à montrer que Jésus accomplit les Écritures juives — ce qui serait absurde si le Dieu de ces Écritures était son ennemi. Sur la question juive elle-même, voir le-judaisme.
Le témoignage des Pères contre le dualisme
Les Pères de l'Église n'ont pas seulement affirmé l'unité de Dieu : ils l'ont démontrée contre une objection qui leur était contemporaine et virulente. Tertullien consacre cinq livres entiers à Contre Marcion. Son argument central est d'une logique implacable : un dieu purement « bon » qui ne jugerait jamais, ne punirait jamais, ne ferait jamais justice, ne serait pas vraiment bon — il serait indifférent. La bonté véritable inclut la justice ; un amour qui ne réagirait pas au mal serait une complaisance, non un amour.
Irénée, de son côté, montre que le Dieu créateur et le Dieu rédempteur ne peuvent pas être deux, car la rédemption suppose la création : on ne sauve que ce que l'on a fait, et le Christ rachète précisément le monde et l'homme façonnés « au commencement ». Séparer le créateur du sauveur, c'est rendre le salut inintelligible. L'unité de Dieu n'est donc pas un dogme arbitraire : elle est la condition même pour que l'Évangile signifie quelque chose.
La miséricorde n'est pas une invention du Nouveau Testament
Le ressort secret de l'objection, c'est l'ignorance de l'Ancien Testament. Qui le lit vraiment y découvre, non un dieu uniquement vengeur, mais le Dieu le plus tendre qui soit — au point que le Nouveau Testament ne fera que reprendre et porter à sa plénitude un amour déjà proclamé mille fois.
Le Dieu « lent à la colère et plein d'amour »
Au cœur de l'Ancien Testament, au moment même où Dieu renouvelle l'Alliance avec un peuple qui vient de l'trahir par le veau d'or, il se révèle non par sa colère mais par sa tendresse. C'est sa carte d'identité, la formule la plus citée par l'Ancien Testament lui-même :
« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité. » — Le Seigneur à Moïse, livre de l'Exode, 34, 6[18]
Cette formule n'est pas une exception : elle revient comme un refrain dans tout l'Ancien Testament. On la retrouve presque mot pour mot dans les Psaumes, chez Joël, chez Néhémie, chez Jonas. Loin d'être « colérique », le Dieu d'Israël se définit lui-même comme lent à la colère. La colère n'est pas son essence ; la miséricorde l'est.
« Je ne prends pas plaisir à la mort du méchant »
L'objection imagine un Dieu qui jouirait du châtiment. L'Ancien Testament dit exactement le contraire, et par deux fois, sous la plume du prophète Ézéchiel :
« Est-ce que vraiment je prends plaisir à la mort du méchant — oracle du Seigneur Dieu ? N'est-ce pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » — Le Seigneur par le prophète Ézéchiel, 18, 23[19]
Le même Dieu fait dire au prophète : « Je ne prends pas plaisir à la mort de qui doit mourir — oracle du Seigneur Dieu. Convertissez-vous et vivez ! » (Ez 33, 11). Ce n'est pas un dieu sanguinaire : c'est un Dieu qui supplie son peuple de se convertir pour ne pas avoir à le punir. Le jugement, dans l'Ancien Testament, n'est jamais une fin en soi ; il est le dernier recours d'un amour bafoué qui cherche par tous les moyens à sauver.
Le tendre Père d'Osée et le Dieu de Jonas
Chez le prophète Osée, Dieu se compare à un père qui apprend à marcher à son enfant, et qui ne peut se résoudre à le perdre. Le passage est l'un des sommets de toute la Bible :
« Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. Je ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère… car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint. » — Le Seigneur par le prophète Osée, 11, 8-9[20]
Dieu lui-même donne la raison de sa retenue : « je suis Dieu et non pas homme ». Autrement dit, sa sainteté est précisément ce qui le rend plus miséricordieux qu'un homme ne le serait, et non plus vengeur. Le livre de Jonas pousse la leçon jusqu'à la satire : Dieu y pardonne à la païenne Ninive, et c'est le prophète qui s'en irrite, reprochant à Dieu d'être « un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour, et qui renonce au châtiment » (Jon 4, 2)[21]. Le Dieu de l'Ancien Testament est si miséricordieux qu'il en scandalise ses propres prophètes.
Les Psaumes : un océan de miséricorde
Le Psautier, livre de prière d'Israël et de Jésus, chante sans relâche la tendresse de Dieu. Le Psaume 103 en est le sommet :
« Comme la tendresse d'un père pour ses enfants, la tendresse du Seigneur pour qui le craint… Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. » — Psaume 103[22]
Le tableau suivant rassemble quelques-uns des très nombreux passages où l'Ancien Testament proclame la miséricorde divine — bien avant l'Évangile.
| Référence | Ce que le texte proclame |
|---|---|
| Exode 34, 6 | Dieu « lent à la colère, plein d'amour et de fidélité » |
| Psaume 103 | La tendresse de Dieu « comme un père pour ses enfants » |
| Ézéchiel 18, 23 ; 33, 11 | Dieu « ne prend pas plaisir à la mort du méchant » |
| Osée 11, 8-9 | Dieu dont « le cœur se bouleverse » et qui renonce à sa colère |
| Jonas 4, 2 | Dieu qui pardonne même aux païens de Ninive |
| Lamentations 3, 22-23 | « Les bontés du Seigneur ne sont pas finies… elles se renouvellent chaque matin » |
Quiconque a lu ces pages ne peut plus soutenir que la miséricorde commence avec Jésus. Elle est, dans l'Ancien Testament déjà, l'attribut central de Dieu. Sur ce thème, voir dieu-justice-misericorde et amour-infini-dieu-sacre-coeur-divine-misericorde.
La sévérité n'a pas disparu dans le Nouveau Testament
L'autre moitié de l'illusion consiste à croire que le Nouveau Testament n'aurait plus que de la douceur. C'est tout aussi faux. Le jugement, l'avertissement, la crainte de Dieu et même l'enfer y sont enseignés — et, fait troublant pour l'objection, c'est le Christ lui-même qui en parle le plus.
Jésus parle de l'enfer plus que quiconque
C'est l'un des paradoxes de l'Évangile : dans les évangiles, c'est Jésus qui prononce les paroles les plus nettes sur la « géhenne » (Mt 25, 41 ; Mt 5, 22 ; Mc 9, 43-48) — le « feu éternel », les « ténèbres du dehors » où il y aura « des pleurs et des grincements de dents ». La parabole du jugement dernier se clôt sur une sentence d'une dureté qu'aucun prophète de l'Ancien Testament n'a formulée aussi nettement :
« Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu, 25, 41[23]
Le doux Jésus de l'imagerie populaire est aussi celui qui, un fouet de cordes à la main (Jn 2, 15), chasse les marchands du Temple et renverse les tables des changeurs, qui traite les pharisiens de « sépulcres blanchis » et de « race de vipères » (Mt 23), et qui prononce des « malheur à vous ! » d'une violence verbale inouïe. La sévérité n'a pas changé de Testament : elle est portée par le même Dieu, désormais en personne. Pour le détail de la doctrine sur la damnation, voir que-dit-leglise-sur-lenfer et enfer-objections-reponses.
Ananie et Saphire : la sévérité apostolique
Si l'on cherchait dans le Nouveau Testament un récit aussi abrupt que les châtiments de l'Ancien, on n'aurait pas à chercher longtemps. Dans les Actes des Apôtres, au cœur de la première communauté chrétienne, Ananie et son épouse Saphire mentent à l'Esprit Saint sur le prix d'un champ vendu ; tous deux tombent morts sur place, l'un après l'autre, aux pieds de saint Pierre, « et une grande crainte s'empara de toute l'Église » (Ac 5, 1-11)[24].
Ce récit, qui se déroule après la Pentecôte, en pleine économie de la grâce, suffit à ruiner l'idée d'un Nouveau Testament « adouci ». L'Épître aux Hébreux, qui est tout entière un texte chrétien, le dit en toutes lettres : « Il est effroyable de tomber entre les mains du Dieu vivant » (He 10, 31), et « notre Dieu est un feu dévorant » (He 12, 29) — citant d'ailleurs le Deutéronome[25]. Le même Dieu, dans les deux Testaments.
« Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive »
L'image d'un Jésus exclusivement pacifique se heurte à ses propres paroles. Il annonce qu'il vient diviser, et il emploie une image guerrière :
« N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu, 10, 34[26]
Bien lue, cette parole ne contredit pas le « Aimez vos ennemis » : elle dit que la fidélité au Christ provoquera des déchirements, jusqu'au sein des familles. Mais elle interdit de réduire l'Évangile à une religion de la douceur sans exigence. De même, le livre de l'Apocalypse — dernier livre du Nouveau Testament — déploie des images de jugement (le Christ qui « foule la cuve du vin de la fureur de Dieu », Ap 19, 15) au moins aussi terribles que celles de l'Ancien[27]. Le contraste « Ancien Testament violent / Nouveau Testament doux » ne résiste pas à une lecture complète.
Le même Dieu, justice et miséricorde dans les deux Testaments
Le tableau suivant met face à face quelques passages, pour montrer que chaque Testament tient ensemble la miséricorde et la sévérité. La frontière ne passe pas entre les deux Testaments, mais à l'intérieur de chacun.
| Miséricorde | Sévérité / jugement | |
|---|---|---|
| Ancien Testament | Exode 34, 6 ; Osée 11 ; Psaume 103 ; Jonas | Déluge (Gn 6-9) ; Sodome (Gn 19) ; exil de Babylone |
| Nouveau Testament | Le fils prodigue (Lc 15) ; la femme adultère (Jn 8) ; la Croix | La géhenne (Mt 25) ; Ananie et Saphire (Ac 5) ; l'Apocalypse |
La conclusion est nette : si l'on voulait à tout prix « deux dieux », il faudrait en mettre deux dans chaque Testament — ce qui est absurde. La vérité est plus simple : il y a un seul Dieu, qui est à la fois infiniment miséricordieux et parfaitement juste, dans l'Ancien comme dans le Nouveau.
Comment lire les « pages obscures » de l'Ancien Testament
Reste la vraie difficulté, celle que l'objection vise à juste titre : les pages où la violence est commandée ou attribuée à Dieu. L'Église ne les escamote pas ; elle propose une manière de les lire qui ne trahit ni le texte, ni Dieu, ni la conscience morale.
La pédagogie divine : Dieu éduque un peuple
La première clé est celle de la révélation progressive. Dieu ne s'est pas révélé d'un coup à un peuple parfait : il a pris l'humanité où elle était, dans une culture antique marquée par la violence, et il l'a conduite par degrés vers une compréhension plus haute. C'est ce que Dei Verbum appelle la pédagogie divine : les livres de l'Ancien Testament, « bien qu'ils contiennent de l'imparfait et du caduc, montrent cependant une vraie pédagogie divine »[28].
L'image de l'éducateur s'impose. On n'enseigne pas le calcul intégral à un enfant de six ans ; on commence par compter sur ses doigts. De même, Dieu a d'abord donné une loi qui limitait la vengeance (« œil pour œil » était, dans son contexte, un frein à la surenchère, non un encouragement à la violence), avant de révéler, en Jésus, le pardon des ennemis. La différence de ton entre les deux Testaments n'est donc pas le signe de deux dieux, mais d'un seul Maître qui fait grandir son élève.
Les « pages obscures » selon Benoît XVI
Le magistère le plus récent affronte la question de face. Dans Verbum Domini, sous le titre explicite « Les pages "obscures" de la Bible », Benoît XVI écrit :
« Le dessein de Dieu s'y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l'éduque avec patience. » — Benoît XVI, Verbum Domini, n° 42[29]
Le pape ne conseille ni de cacher ces pages, ni de les approuver telles quelles, mais de les situer : elles témoignent d'une étape, d'un contexte historique et culturel, à l'intérieur d'un chemin qui culmine dans le Christ. La mesure de toute l'Écriture, pour le chrétien, c'est le Christ — et c'est à sa lumière que les pages difficiles trouvent leur sens et leur limite.
Le sens littéral et le sens spirituel
La deuxième clé est la distinction des sens de l'Écriture. Le sens littéral (ce que l'auteur humain a voulu dire dans son temps) n'épuise pas la richesse du texte inspiré. Au-dessus de lui, la tradition reconnaît un sens spirituel : typologique, moral, anagogique. Beaucoup de récits de guerre de l'Ancien Testament ont, dès les Pères, été relus comme le combat spirituel de l'âme contre le péché — non pour nier leur réalité historique, mais pour en dégager le sens que Dieu y a déposé en vue du Christ. Cette discipline de lecture, exposée en détail dans le-sens-spirituel-de-lecriture, est l'antidote exact au littéralisme plat que partagent, curieusement, le fondamentaliste et l'athée militant : tous deux lisent la Bible comme si elle n'avait qu'un seul niveau.
Quant aux récits de conquête et au herem (l'anathème de guerre) du livre de Josué, ils posent des questions historiques et morales spécifiques, traitées pour eux-mêmes ailleurs : voir le-livre-de-josue et, sur les critères du recours légitime à la force, que-dit-leglise-sur-la-guerre-juste. Le présent article se limite à la question de l'unité de Dieu, qui n'est pas entamée par ces difficultés une fois la pédagogie divine comprise.
Loi ancienne et Loi nouvelle
La théologie classique éclaire enfin le rapport des deux Testaments par la distinction entre Loi ancienne et Loi nouvelle. Saint Thomas d'Aquin enseigne que la Loi ancienne était bonne, mais imparfaite : elle préparait à la Loi nouvelle comme l'ébauche prépare l'œuvre, comme l'enfance prépare l'âge adulte[30]. La Loi nouvelle ne contredit pas l'ancienne : elle l'accomplit, en intériorisant le précepte et en donnant la grâce de l'accomplir. C'est précisément le sens du « je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » de Jésus. Là encore, continuité et non rupture, perfectionnement et non contradiction.
Pourquoi cette objection revient toujours
Le néo-marcionisme et la condamnation de 1937
La tentation de séparer les deux Testaments n'a jamais cessé. Au XXᵉ siècle, elle a pris un visage sinistre lorsque certains courants, en Allemagne, ont voulu purger le christianisme de ses racines juives et rejeter l'Ancien Testament. Le pape Pie XI a répondu, en 1937, dans l'encyclique Mit brennender Sorge, par une défense solennelle de l'Ancien Testament :
« Les livres sacrés de l'Ancien Testament sont entièrement Parole de Dieu et forment une partie substantielle de Sa Révélation… Qui veut voir bannies de l'Église et de l'école l'histoire biblique et la sagesse des doctrines de l'Ancien Testament blasphème le Nom de Dieu, blasphème le plan de salut du Tout-Puissant. » — Pie XI, encyclique Mit brennender Sorge, 14 mars 1937[31]
Le mot est fort : blasphème. Vouloir arracher l'Ancien Testament au christianisme n'est pas une réforme ; c'est, aux yeux de l'Église, une atteinte à Dieu même et à son dessein. Le marcionisme ancien et le « néo-marcionisme » moderne se rejoignent dans le même geste — et reçoivent la même condamnation.
Ce que perd celui qui ampute l'Ancien Testament
Couper l'Ancien Testament, ce n'est pas alléger la foi : c'est la rendre inintelligible. Sans l'Ancien Testament, on ne comprend plus qui est le Messie, pourquoi il devait mourir « selon les Écritures », ce que signifie l'Alliance, le sacrifice, la Pâque, le sacerdoce, le Royaume. On perd la création, la chute et la promesse — donc on perd les raisons mêmes de l'Incarnation et de la Rédemption. Le Nouveau Testament, privé de l'Ancien, devient un texte suspendu dans le vide, sans racines et sans clé. C'est pourquoi l'Église a toujours tenu les deux ensemble : non par conservatisme, mais parce que l'Évangile est l'accomplissement d'une histoire.
Un seul visage de Dieu, dévoilé par degrés
La réponse de fond tient donc en peu de mots. Il n'y a pas un Dieu de l'Ancien Testament et un Dieu du Nouveau, mais un seul Dieu qui se révèle progressivement, comme une aurore éclaire peu à peu un paysage avant le plein soleil. Au buisson ardent, Moïse reçoit le Nom ; à la Transfiguration, les apôtres voient la gloire — mais c'est la même lumière. La sévérité et la tendresse, la justice et la miséricorde, ne sont pas le partage entre deux divinités : ce sont les deux faces d'un même amour, qui veut le bien de l'homme assez pour le prendre au sérieux, et qui prend l'homme au sérieux assez pour le juger.
Le mot de la fin revient à l'Épître aux Hébreux, qui dit en une phrase à la fois la continuité et le sommet :
« À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. » — Épître aux Hébreux, 1, 1-2[32]
Un seul Dieu, une seule Parole, un seul amour — dits d'abord « de bien des manières », puis dits en plénitude dans le Fils. L'Ancien et le Nouveau Testament ne sont pas deux livres rivaux : ce sont les deux volets d'une même lettre d'amour, signée du même nom.
Pour aller plus loin
- le-sens-spirituel-de-lecriture — comment l'Église lit l'Ancien Testament à la lumière du Christ : sens littéral et sens spirituel.
- le-livre-de-josue — la question spécifique des récits de conquête et du herem dans l'Ancien Testament.
- que-dit-leglise-sur-la-guerre-juste — les critères du recours légitime à la force.
- mal-et-souffrance — le problème du mal et de la souffrance, distinct de l'unité de Dieu.
- dieu-justice-misericorde — comment justice et miséricorde s'unissent en Dieu.
- que-dit-leglise-sur-lenfer · enfer-objections-reponses — la doctrine du jugement et de l'enfer.
- le-judaisme — le rapport de l'Église au peuple de l'Ancienne Alliance.
- comment-repondre-a-lobjection-des-contradictions-bibliques — les prétendues contradictions internes de la Bible.
- le-probleme-de-latheisme-et-de-la-zetetique — la critique néo-athée de la religion.
Notes et références
Sur la vie, le canon et le système de Marcion, l'étude de référence reste Adolf von Harnack, Marcion. Das Evangelium vom fremden Gott (Leipzig, J. C. Hinrichs, 1921 ; 2ᵉ éd. 1924). Marcion, né à Sinope (Pont) vers 85, arrive à Rome vers 140 et en est exclu vers 144. Son livre des Antithèses alignait les oppositions supposées entre le Dieu de l'Ancien Testament et le Père de Jésus.
1 4 7Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu (The God Delusion), Bantam Press, 2006, chapitre 2, p. 31. Texte original anglais : « The God of the Old Testament is arguably the most unpleasant character in all of fiction: jealous and proud of it; a petty, unjust, unforgiving control-freak; a vindictive, bloodthirsty ethnic cleanser; a misogynistic, homophobic, racist, infanticidal, genocidal, filicidal, pestilential, megalomaniacal, sadomasochistic, capriciously malevolent bully. »
2Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini (30 septembre 2010), n° 42, intitulé « Les pages "obscures" de la Bible ». Passage cité collationné au mot près sur l'édition officielle française (vatican.va, consultée le 5 octobre 2026).
3 29Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus Haereses), livre I, 27, 2 : exposé du système de Marcion, qui distingue le Dieu créateur et justicier de l'Ancien Testament du Père bon révélé par Jésus. Texte sur newadvent.org (fathers, 0103).
5Tertullien, Contre Marcion (Adversus Marcionem), livre I, 19, 4 : « Separatio legis et evangelii proprium et principale opus est Marcionis » (« La séparation de la Loi et de l'Évangile est l'œuvre propre et principale de Marcion »). Édition critique : Ernest Evans, Tertullian: Adversus Marcionem, Oxford University Press, 1972.
6Sur le rôle de la crise marcionite dans la formation du canon chrétien, voir l'ouvrage de référence de Hans von Campenhausen, La formation de la Bible chrétienne (Die Entstehung der christlichen Bibel, Tübingen, 1968 ; trad. fr. Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1971). La réaction de la grande Église à Marcion a contribué à fixer plus nettement le canon des évangiles et des lettres pauliniennes, ainsi que la place de l'Ancien Testament.
8Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus Haereses), livre IV, 9, 1. Texte original : « But one and the same householder produced both covenants, the Word of God, our Lord Jesus Christ, who spoke with both Abraham and Moses » (traduction Roberts-Donaldson, newadvent.org, fathers 0103409).
9Catéchisme de l'Église catholique, n° 121-123. L'Ancien Testament « est une partie indispensable de la Sainte Écriture » (n° 121) ; ses livres « sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente » (n° 121, citant Dei Verbum 14).
10Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum (18 novembre 1965), n° 16 : « Dieu, inspirateur et auteur des livres de l'un et l'autre Testament, a sagement disposé que le Nouveau Testament fût caché dans l'Ancien et que l'Ancien fût dévoilé dans le Nouveau » (citant saint Augustin, Quaestiones in Heptateuchum 2, 73). Texte officiel français sur vatican.va.
11Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque (Quaestiones in Heptateuchum), 2, 73 (PL 34, 623) : « Novum in Vetere latet, et in Novo Vetus patet ». Cité par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 129, et par Dei Verbum 16.
12Catéchisme de l'Église catholique, n° 128-130, sur la typologie : l'Église, dès les temps apostoliques puis dans sa tradition, a interprété les événements de l'Ancien Testament comme des figures de ce qui s'est accompli dans le Christ. « Le Nouveau Testament demande d'être lu à la lumière de l'Ancien » (n° 129).
13Première épître de saint Paul aux Corinthiens, 10, 11 (Bible de Jérusalem). Saint Paul fonde explicitement la lecture typologique de l'Ancien Testament : les événements de l'Exode ont valeur d'« exemple » (gr. typikōs) et ont été écrits pour l'instruction des chrétiens.
14Évangile selon saint Marc, 12, 29-30 (traduction liturgique officielle). Interrogé sur le premier commandement, Jésus cite le Shema Israël du Deutéronome 6, 4-5, profession de foi monothéiste juive : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. »
15Évangile selon saint Matthieu, 5, 17 (traduction liturgique officielle). Jésus affirme la continuité de la Loi et des Prophètes, qu'il vient « accomplir » (gr. plērōsai) et non abolir.
16Évangile selon saint Luc, 24, 27 et 24, 44 (traduction liturgique officielle). Le Christ ressuscité présente sa propre personne comme l'accomplissement de « la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes », c'est-à-dire de l'ensemble des Écritures juives.
17Livre de l'Exode, 34, 6 (Bible de Jérusalem). Cette révélation du nom et des attributs de Dieu à Moïse, après l'épisode du veau d'or, est la formule sur la miséricorde la plus reprise dans tout l'Ancien Testament (cf. Ps 86, 15 ; Ps 103, 8 ; Ps 145, 8 ; Jl 2, 13 ; Ne 9, 17 ; Jon 4, 2).
18Livre d'Ézéchiel, 18, 23 (Bible de Jérusalem). Le même oracle est repris en Ézéchiel 33, 11 : « Je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à ce que le méchant se convertisse de sa conduite et qu'il vive. »
19Livre d'Osée, 11, 8-9 (Bible de Jérusalem). Dieu se compare à un père bouleversé par l'amour de son enfant ; il fonde sa miséricorde sur sa sainteté même : « car je suis Dieu et non pas homme ».
20Livre de Jonas, 4, 1-2 (Bible de Jérusalem). Le prophète reproche à Dieu sa propre miséricorde, en reprenant mot pour mot la formule d'Exode 34, 6 — preuve que la révélation de la tendresse divine est, dans l'Ancien Testament, un acquis assez ferme pour servir d'argument.
21Psaume 103 (102), versets 8 et 13 (traduction liturgique officielle). Hymne à la miséricorde de Dieu, comparée à la tendresse d'un père.
22Évangile selon saint Matthieu, 25, 41 (traduction liturgique officielle), conclusion de la parabole du jugement dernier. Sur l'ensemble du vocabulaire de la damnation dans les évangiles, voir Matthieu 5, 22 (« géhenne de feu »), 8, 12 (« ténèbres du dehors »), 13, 42 (« fournaise »), Marc 9, 43-48.
23Actes des Apôtres, 5, 1-11 (Bible de Jérusalem). Le récit d'Ananie et Saphire, frappés de mort pour avoir menti à l'Esprit Saint, se déroule après la Pentecôte, au sein même de la communauté chrétienne primitive.
24Épître aux Hébreux, 10, 31 (« Il est effroyable de tomber entre les mains du Dieu vivant ») et 12, 29 (« notre Dieu est un feu dévorant », citant le Deutéronome 4, 24). Traduction liturgique officielle. Ces deux passages, pleinement néotestamentaires, attribuent au Dieu chrétien des traits de sévérité empruntés à l'Ancien Testament.
25Évangile selon saint Matthieu, 10, 34 (traduction liturgique officielle). La parole sur « le glaive » annonce la division que provoquera la fidélité à l'Évangile, y compris au sein des familles (Mt 10, 35-36, citant Michée 7, 6).
26Apocalypse de saint Jean, 19, 11-16 (Bible de Jérusalem) : vision du Christ-Verbe qui « foule la cuve du vin de la fureur et de la colère de Dieu ». Dernier livre du Nouveau Testament, l'Apocalypse déploie un imaginaire du jugement au moins aussi puissant que celui des prophètes de l'Ancien Testament.
27Concile Vatican II, Dei Verbum (18 novembre 1965), n° 15 : « Cette même économie de l'Ancien Testament avait pour but principal de préparer l'avènement du Christ » ; les livres de l'Ancien Testament, « bien qu'ils contiennent de l'imparfait et du caduc, témoignent cependant d'une véritable pédagogie divine. » Texte officiel français sur vatican.va.
28Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iª-IIae, questions 106 à 108, sur la Loi ancienne et la Loi nouvelle. Thomas tient que la Loi ancienne était bonne mais imparfaite, ordonnée à la Loi nouvelle de l'Évangile comme l'imparfait au parfait, sans contradiction entre les deux (cf. Iª-IIae, q. 107, a. 1-2).
30Pie XI, lettre encyclique Mit brennender Sorge (14 mars 1937), n° 15-16, sur la situation de l'Église catholique dans l'Empire allemand. L'encyclique, écrite en allemand et lue dans toutes les églises catholiques d'Allemagne, défend la valeur permanente de l'Ancien Testament contre les courants qui voulaient l'éliminer. Teneur de la citation française collationnée sur le texte allemand original (§ 15-16) et la traduction anglaise officielle (vatican.va, consultés le 5 octobre 2026) : vatican.va ne propose pas d'édition française officielle en ligne.
31Épître aux Hébreux, 1, 1-2 (traduction liturgique officielle). Le prologue énonce à la fois la continuité (Dieu parle dans les deux Testaments) et le sommet de la Révélation (la parole définitive donnée « par son Fils »).
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