Sur la page de titre de l'édition française des trente-six tomes du Livre du Ciel (GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, diffusion pour usage privé), sous le nom de Luisa Piccarreta, une seule ligne tient lieu de présentation : « La Petite Fille de la Divine Volonté »[1]. Pas « mystique », pas « stigmatisée », pas « écrivain spirituel » : ce diminutif, à la fois tendre et déconcertant, est devenu son identité spirituelle. On le retrouve tout au long des volumes, dans la bouche de Jésus, dès le premier tome.
Le titre intrigue d'autant plus qu'il s'applique à une femme adulte, morte à quatre-vingt-un ans après une vie d'épreuves héroïques. Pourquoi appeler « petite fille » une victime offerte restée près de soixante ans clouée au lit ? Et pourquoi « de la Divine Volonté », comme si cette volonté éternelle pouvait avoir une enfant ? La réponse n'est ni une coquetterie ni une métaphore décorative : elle touche au cœur même du message confié à Luisa, celui du don de vivre dans la Divine Volonté[2].
Cet article montre que ce titre vient de Jésus lui-même, non d'une dévotion populaire, puis qu'il porte trois significations emboîtées que les textes primaires permettent de lire avec précision : la petitesse que Dieu a cherchée et choisie ; la qualité de fille première-née, prototype d'une famille nouvelle ; et la mission d'une seule créature appelée à rapporter toute la création à son Créateur. On terminera par les repères biographiques indispensables et par la place exacte que l'Église réserve, aujourd'hui, à ces écrits encore en discernement.
Un titre qui vient de Jésus, pas d'une dévotion populaire
Avant d'en chercher le sens, il faut établir un fait : Luisa ne s'est pas décerné ce titre, et ses disciples ne le lui ont pas attribué après coup. Il jaillit du texte lui-même, c'est-à-dire des paroles que Luisa rapporte avoir entendues de Jésus, sous l'autorité de l'obéissance à ses confesseurs. C'est ce qui distingue ce nom d'un simple sobriquet pieux.
Le sous-titre officiel du « Livre du Ciel »
L'œuvre que Luisa a écrite par obéissance pendant près de quarante ans porte un titre complet éloquent : Le Livre du Ciel. Appel des créatures à revenir à la place, au rang et au but pour lesquels elles ont été créées par Dieu[3]. Et sous le nom de l'auteur, une apposition unique : « La Petite Fille de la Divine Volonté ». Dès la couverture, donc, l'identité de Luisa est posée non comme un statut qu'elle revendiquerait, mais comme une place reçue.
« Petite fille de ma Volonté », les premiers mots du dialogue
Le tout premier tome s'ouvre sur l'aveu d'une femme écrasée par la tâche d'écrire : « Un grand sacrifice m'est imposé par la sainte obéissance. […] Je me sens écrasée par la tâche »[4]. Et c'est précisément dans ces pages inaugurales que Jésus l'appelle, pour la première fois consignée, de ce nom :
« Petite Fille de ma Volonté, dis-moi tout ce que tu veux. Dis-moi ce qui s'est passé en toi, tes doutes, tes peurs et tes difficultés. Ainsi je peux t'enseigner comment te conduire dans le futur quand je serai absent. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1[5]
L'expression n'est donc pas un titre honorifique ajouté à la fin d'une vie : c'est le vocatif sous lequel Jésus s'adresse à elle, dès le début, comme un père nomme son enfant. Tout le dialogue mystique se déroulera sous ce registre filial.
Le nom que Luisa s'est donné à elle-même
Ce que Jésus lui donne, Luisa l'adopte par humilité, jamais par orgueil. Elle qui se dit « la plus petite », qui demande que ses écrits servent « pour [sa] plus grande confusion »[6], fait de ce diminutif l'expression même de son néant devant Dieu. Pour elle, être « la petite fille de la Divine Volonté », ce n'est pas se placer au-dessus des autres âmes : c'est se reconnaître plus dépendante qu'un nouveau-né, incapable du moindre pas si la Volonté divine ne le porte. Le titre fonctionne ainsi à double sens : don de Jésus d'un côté, aveu d'humilité de l'autre. C'est cette tension qui en fait toute la profondeur, et c'est elle qu'il faut maintenant déplier.
La petitesse : ce que Dieu a cherché et choisi
La première signification du titre est la plus simple et la plus évangélique : Luisa est « petite » parce que Dieu a délibérément cherché la plus petite des créatures pour y commencer son œuvre. Loin d'être un hasard, cette petitesse est le critère même de l'élection.
« Je t'ai trouvée, toi la plus petite de toutes »
Le texte le plus explicite se trouve au tome 12. Jésus y décrit une recherche patiente à travers toute l'humanité, comme un homme qui retourne le monde pour y dénicher non pas la plus grande, mais la plus humble :
« Ma fille, j'ai fait le tour du monde bien des fois et j'ai regardé toutes les créatures une à une pour trouver la plus petite. Finalement, je t'ai trouvée, toi la plus petite de toutes. J'ai aimé ta petitesse et je t'ai choisie. Je t'ai confiée à mes anges pour qu'ils veillent sur toi, pas pour te grandir, mais pour protéger ta petitesse. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 23 mars 1921[7]
Tout est dans ce renversement : Dieu ne choisit pas Luisa malgré sa petitesse, mais à cause d'elle. Les anges eux-mêmes ne sont pas chargés de l'élever, mais de « protéger sa petitesse ». C'est la logique exacte du Magnificat : « Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante » (Lc 1, 48), et celle de l'Évangile : « Tu as caché cela aux sages et aux savants, et tu l'as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25)[8].
Une petitesse que la Divine Volonté rend plus petite encore
La phrase qui suit est plus surprenante. On attendrait que l'élection grandisse l'élue ; Jésus annonce l'inverse :
« Maintenant, je veux commencer en toi le grand travail de l'accomplissement de ma Volonté. Et tu ne te sentiras pas grandie à cause de cela. Au contraire, ma Volonté te rendra plus petite encore. Et tu continueras d'être la petite fille de ton Jésus, la petite fille de ma Volonté. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 23 mars 1921[9]
Vivre dans la Divine Volonté ne gonfle donc pas le moi : il le réduit. Plus l'âme laisse agir Dieu, moins elle se sent quelque chose par elle-même. Luisa décrit ailleurs cet état : les âmes qui se laissent dominer par la Divine Volonté deviennent « incapables de faire une action ou un pas si [la] Volonté n'est pas derrière » ; elles « vivent entièrement aux dépens » d'elle, « parce que leur volonté ne porte aucun bagage »[10]. Là est le paradoxe central : la petitesse devient grandeur non par accumulation, mais par disparition de soi dans le Vouloir divin. C'est exactement ce qui sépare le fait de « vivre dans » la Divine Volonté du simple fait d'« accomplir » la volonté de Dieu[11].
La racine évangélique : devenir comme un tout-petit
Cette spiritualité de la petitesse n'a rien d'une invention privée : elle est au cœur de l'Évangile. Le Christ en a fait une condition d'entrée dans le Royaume :
« En vérité, je vous le dis : si vous ne changez et ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » — Évangile selon saint Matthieu, 18, 3[12]
Luisa s'inscrit ainsi dans la grande tradition de l'enfance spirituelle que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus venait de rouvrir à la même époque : non pas l'infantilisme, mais la confiance totale et désarmée du petit enfant qui ne compte que sur les bras de son père. Là où Thérèse parle de « petite voie » et d'« ascenseur » des bras de Jésus, Luisa parle de se laisser porter par la Divine Volonté comme un nourrisson. Le vocabulaire diffère, l'intuition est sœur : Dieu se donne aux petits, et la sainteté commence là où finit la prétention de se sauver soi-même.
La fille première-née : prototype d'une humanité nouvelle
La deuxième signification du titre est plus technique, et c'est elle qui en fait la nouveauté. Luisa n'est pas seulement « une » petite fille de Dieu parmi d'autres : dans le Livre du Ciel, Jésus l'appelle la première, la prototype d'une famille encore à naître. C'est le sens du mot « première-née ».
« Tu es la fille première-née de ma Volonté »
Dès le tome 12, Jésus emploie une formule qui place Luisa dans une typologie de toute la création :
« Tu es la fille première-née de ma Volonté. Comme tu m'es précieuse ! À tel point que j'ai préparé pour toi un Éden divin, contrairement à ce qu'il en fut pour tes premiers parents qui furent placés dans un Éden terrestre. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 3 mars 1919[13]
La comparaison est délibérée : Adam et Ève furent placés dans un « Éden terrestre » d'où l'ennemi put s'introduire ; Luisa est introduite dans un « Éden divin » dont « l'entrée » est interdite au mal. Comme Adam fut le premier de l'humanité ancienne, Luisa est désignée comme la première d'une humanité restaurée, celle qui recommence à vivre dans la Volonté de Dieu telle qu'elle régnait avant la chute. Le titre « petite fille » prend ici une couleur d'aurore : elle est l'enfant par qui un nouveau commencement est inauguré.
La « première copie » des âmes qui vivront dans la Volonté
Le tome 14 précise encore cette idée de prototype. Jésus emploie l'image de la « copie » : de même que tous les hommes descendent du premier homme et en sont la « réplique », Luisa est constituée la première copie d'une lignée nouvelle :
« Comme tu as été constituée la fille première-née de notre Volonté, il est nécessaire que tu vives avec nous en tant que première copie des âmes qui vivent dans notre Volonté. […] Ensuite, quand nous aurons fini de faire de toi la première copie des âmes qui vivent dans notre Volonté, d'autres copies suivront. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 14, 13 avril 1922[14]
Le titre « petite fille » n'enferme donc pas Luisa dans un privilège isolé : il l'institue modèle et matrice. Elle est petite comme l'est un premier-né dans une famille appelée à grandir — non la seule enfant, mais l'aînée qui ouvre le chemin. « D'autres copies suivront » : ce sont tous ceux qui, après elle, recevront le don de vivre dans la Divine Volonté. C'est pourquoi son cas n'est pas un fait divers mystique, mais l'annonce d'un règne attendu[15].
Fille non par nature, mais par don : la nuit de Noël
Reste une question : en quel sens une créature peut-elle être dite « fille de la Volonté » ? Pas par nature — nul ne naît tel — mais par don gratuit. Le tome 13 le dit dans une page bouleversante, datée du jour de Noël : Jésus raconte que, nouveau-né dans la mangeoire, après sa Mère, c'est « la petite fille de [sa] Volonté » qu'il a appelée le premier à recueillir ses larmes :
« Tu étais si petite que je pouvais te garder près de moi dans la mangeoire et déverser mes larmes dans ton cœur ; ces larmes ont scellé ma Volonté en toi et ont fait de toi une fille légitime de ma Volonté. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 13, 25 décembre 1921[16]
L'expression « fille légitime » est précieuse. Elle dit que la filiation de Luisa n'est pas une figure de style : elle résulte d'un acte de Dieu qui « scelle » sa Volonté dans un cœur. On devient enfant de la Divine Volonté comme on devient enfant de Dieu au baptême : par grâce, par adoption, par un don reçu — jamais par mérite propre. La petitesse de Luisa est donc la condition de cette adoption : il fallait un cœur assez « petit » pour être tout entier saisi par la Volonté divine.
Une mission à l'échelle de l'humanité
Si le titre s'arrêtait à la petitesse et à la filiation, il resterait intime. Mais le Livre du Ciel lui donne une troisième dimension, immense : cette « petite fille » est chargée d'une fonction cosmique, rapporter toute la création à Dieu. Le diminutif recouvre alors une mission qui dépasse infiniment la personne de Luisa.
Le « deuxième appui » de Jésus, après Marie
Le tome 13 situe Luisa dans le plan de Dieu par une comparaison qui demande d'être lue avec foi et mesure. Jésus distingue trois « centralisations » de son dessein :
« Dieu a centralisé dans la très sainte Humanité de Jésus le dessein de la Création, en Marie les fruits de la Rédemption et, en Luisa, le dessein de la gloire de sa Volonté. » — Le Livre du Ciel, tome 13, 26 novembre 1921[17]
Jésus parle alors de Marie et de la « petite fille de la Divine Volonté » comme des « deux appuis » prévus par le projet divin[18]. Il faut ici une grande justesse doctrinale. Le texte n'égale pas Luisa à la Mère de Dieu, et ne fait pas d'elle une quatrième personne ou une co-rédemptrice : il place la Rédemption (œuvre de Marie associée au Christ) avant la « gloire de la Volonté » (mission de Luisa), comme l'accomplissement précède son fruit. La grandeur attribuée à cette « petite fille » n'est donc jamais la sienne en propre : c'est celle de la Volonté divine qui veut régner pleinement dans les créatures. Le diminutif protège justement contre tout culte de la personne : la gloire est à Dieu, l'instrument reste « petit ».
La petite fille qui rapporte toute la création à Dieu
Comment une recluse de Corato peut-elle exercer une telle mission ? Par ce que Luisa appelle ses « rondes » ou « tournées » dans la Divine Volonté : un mouvement intérieur par lequel l'âme parcourt toutes les œuvres de Dieu pour les lui rendre en hommage[19]. Jésus s'en réjouit comme un père qui voit son enfant lui ramener tous ses biens :
« Je prends plaisir à reconnaître mes enfants que m'amène la petite fille de ma Volonté. Je fais comme le père qui a un très grand nombre d'enfants […] : le père se sent le plus heureux lorsqu'il reconnaît en chaque enfant le rang honorifique élevé que chacun d'eux occupe. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 21, 23 février 1927[20]
Le titre prend ici tout son relief : la « petite fille » est celle qui, par amour, court ramener à son Père la lumière du soleil, la voix de la mer, la paix des fleurs — toute la création détournée par le péché. Petite par elle-même, elle agit à la mesure de la Volonté infinie qui la porte. C'est la logique du grain de moutarde et du levain : le plus petit produit le plus grand.
L'aurore du Royaume du Fiat
Cette mission n'a de sens que tournée vers l'avenir. La « petite fille » n'est pas la fin, mais le commencement : en elle s'amorce ce que le Livre du Ciel appelle le Royaume de la Divine Volonté sur la terre, l'accomplissement de la demande du Notre Père, « que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel »[21]. De même qu'une aube minuscule annonce le plein jour, cette enfant cachée annonce un règne universel. Le titre, dès lors, n'est plus seulement tendre : il est prophétique. Appeler Luisa « petite fille de la Divine Volonté », c'est confesser qu'un printemps de sainteté est commencé, encore imperceptible comme un nouveau-né, mais destiné à grandir[22].
Qui était cette « petite fille » ? Repères biographiques
Pour ne pas réduire ce titre à une abstraction, il faut le rattacher à une vie réelle, étonnamment humble et dure. La « petite fille de la Divine Volonté » n'a presque jamais quitté une chambre.
Une vie cachée à Corato (1865-1947)
Luisa Piccarreta naît le 23 avril 1865 à Corato, petite ville des Pouilles, dans une famille de paysans[23]. Très tôt favorisée de grâces mystiques, elle s'offre comme victime pour la conversion des pécheurs et, à partir de sa jeunesse, demeure alitée presque sans interruption jusqu'à sa mort[24], ne se nourrissant pour ainsi dire que de l'Eucharistie[25][26]. Chaque matin, on la retrouvait comme rigidifiée, et seule la bénédiction du prêtre la tirait de cet état de rigidité, lui rendant l'usage de ses membres pour coudre — son humble travail — et écrire[27]. Elle meurt à Corato le 4 mars 1947, en réputation de sainteté, à quatre-vingt-un ans[28]. De cette vie minuscule, sans voyages ni œuvres extérieures, est sortie une œuvre de trente-six volumes.
Saint Annibale Maria di Francia, son directeur et censeur
La crédibilité de Luisa ne tient pas à elle seule : elle a été entourée de garants de premier ordre. Le plus connu est saint Annibale Maria di Francia (1851-1927), prêtre de Messine, fondateur des Rogationnistes, canonisé le 16 mai 2004 par saint Jean-Paul II[29]. Devenu son directeur spirituel extraordinaire et son censor librorum (censeur officiel des livres), c'est lui qui prépare l'édition des écrits de Luisa et leur accorde son Nihil Obstat du 6 août 1926 sur les dix-huit premiers volumes manuscrits[30]. Qu'un saint canonisé ait été le réviseur théologique attitré de ces pages constitue une garantie sérieuse de la rectitude de son discernement à leur égard — sans préjuger du jugement définitif que l'Église se réserve.
De la Servante de Dieu au discernement de l'Église
Le titre « petite fille de la Divine Volonté » relève d'une révélation privée, non du dogme : il engage la foi de qui le reçoit, jamais l'autorité définie de l'Église. Le parcours canonique de Luisa illustre cette prudence. Le 13 juillet 1938, sous Pie XI, le Saint-Office a placé à l'Index trois de ses œuvres : L'Horloge de la Passion, Dans le Royaume de la Divine Volonté et La Vierge Marie dans le Royaume de la Divine Volonté (Acta Apostolicae Sedis 30 (1938), p. 318). Sa cause de béatification est néanmoins officiellement ouverte le 20 novembre 1994 par Mgr Carmelo Cassati, archevêque de Trani, après le Non Obstare du PLACEHOLDER___P83_PLACEHOLDER__ du 25 février 1994 (Congrégation pour les Causes des Saints, lettre du 24 février 1994, notifiée le 28 mars 1994 par le cardinal Angelo Felici) : elle est depuis lors Servante de Dieu, premier degré du chemin vers la canonisation_PLACEHOLDER___P39_PLACEHOLDER___. En juin 2024, le PLACEHOLDER___P88_PLACEHOLDER__ a accordé son Nulla Osta à la poursuite de la cause, « ne constatant aucune erreur doctrinale dans ses écrits de nature à en empêcher la divulgation » — Nulla Osta confirmé par la lettre du 3 décembre 2024 (Prot. N. 94/37 — 102675) de Mgr Philippe Curbelié, sous-secrétaire du Dicastère, à Mgr Benoît Bertrand, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France_PLACEHOLDER___P40_PLACEHOLDER___. Cette lettre met toutefois en garde contre la « prolifération incontrôlée » d'éditions souvent traduites et manipulées, marquées parfois d'une « dévotion inconsidérée », et demande une édition officielle, typique et critique des écrits, avec notes pédagogiques. On peut donc honorer Luisa et lire ses écrits avec confiance et discernement, comme l'Église le permet, en attendant son verdict — c'est précisément l'objet d'un examen voisin sur l'**approbation des écrits de Luisa**[31].
Pourquoi ce titre nous concerne tous
Reste à comprendre pourquoi ce nom, propre à une mystique des Pouilles, peut éclairer la vie de n'importe quel croyant. Parce qu'il n'enferme pas Luisa dans un privilège : il ouvre une vocation.
Le tableau ci-dessous récapitule les trois sens du titre, leur source primaire et ce que chacun nous adresse.
| Sens du titre | Source dans le « Livre du Ciel » | Ce qu'il signifie | Ce qu'il nous appelle à vivre |
|---|---|---|---|
| Petitesse | Tome 12, 23 mars 1921 | Dieu choisit la plus petite et la rend plus petite encore | Renoncer à se sauver par soi-même ; devenir comme un enfant (Mt 18, 3) |
| Fille première-née | Tome 12, 3 mars 1919 ; tome 14, 13 avril 1922 | Prototype d'une humanité qui revit dans la Volonté de Dieu | Espérer entrer, à sa suite, dans la même filiation |
| Mission | Tome 13, 26 nov. 1921 ; tome 21, 23 fév. 1927 | Rapporter toute la création à Dieu, amorcer son Règne | Offrir nos actes dans la Divine Volonté pour sa gloire |
Au fond, « petite fille de la Divine Volonté » n'est pas un grade réservé : c'est le nom de baptême d'une famille spirituelle que Luisa inaugure et à laquelle tous sont conviés. Là où Adam fut le père d'une humanité blessée, Luisa est annoncée comme l'aînée d'une humanité réconciliée avec la Volonté de son Créateur. Le titre dit donc, à chacun, une promesse : qui se fait assez petit pour laisser Dieu régner en lui peut, lui aussi, devenir un « enfant » de cette Volonté — non un imitateur lointain de Luisa, mais l'un de ces « autres copies [qui] suivront »[32]. La petitesse de Luisa n'est pas un sommet inaccessible : c'est une porte basse, et c'est par les portes basses qu'on entre dans les grandes demeures.
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ?
- Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté ?
- Les écrits de Luisa sont-ils approuvés par l'Église ?
- Que signifie faire les tournées dans la Divine Volonté ?
- Pourquoi parler d'un règne de la Divine Volonté sur la terre ?
- Quelle place Marie tient-elle dans le Royaume de la Divine Volonté ?
Notes et références
Page de titre de l'édition française du Livre du Ciel en trente-six tomes (GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, diffusion pour usage privé) : L. Piccarreta, Le Livre du Ciel. Appel des créatures à revenir à la place, au rang et au but pour lesquels elles ont été créées par Dieu, avec, sous le nom de l'auteur, l'apposition « La Petite Fille de la Divine Volonté ». (L'antériorité de cette mention dans les copies manuscrites et les premières éditions imprimées n'a pas pu être établie sur pièce : elle n'est donc pas affirmée ici.)
1 3Voir l'article Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ?.
2L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1, premier paragraphe (« Luisa commence à écrire ») : « Un grand sacrifice m'est imposé par la sainte obéissance. Je dois écrire ce qui s'est passé entre moi et mon Jésus bien-aimé […]. Je me sens écrasée par la tâche. » Luisa écrit par ordre de ses confesseurs et demande que l'œuvre serve « pour [sa] plus grande confusion ». Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
4 6L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1 : « Petite Fille de ma Volonté, dis-moi tout ce que tu veux. » Relevé d'occurrences effectué sur le texte français GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis : première occurrence du vocatif dans le corps du texte (tome 1) — seule l'apposition de la page de titre (« La Petite Fille de la Divine Volonté ») la précède. Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
5L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, entrée 12-158 du 23 mars 1921 (« La Volonté Divine rend l'âme petite. Luisa est la plus petite de toutes ») : « J'ai fait le tour du monde bien des fois et j'ai regardé toutes les créatures une à une pour trouver la plus petite. Finalement, je t'ai trouvée, toi la plus petite de toutes. J'ai aimé ta petitesse et je t'ai choisie. » Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
7Évangile selon saint Matthieu, 11, 25 : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tout-petits. » Cf. aussi Lc 1, 48 (Magnificat) : « Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. »
8L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, entrée 12-158 du 23 mars 1921 (suite du même passage, texte vérifié jusqu'à « la petite fille de ma Volonté ») : « Ma Volonté te rendra plus petite encore. Et tu continueras d'être la petite fille de ton Jésus, la petite fille de ma Volonté. » Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
9L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, entrée 12-158 du 23 mars 1921 : description des âmes dominées par la Divine Volonté, « incapables de faire une action ou un pas si [la] Volonté n'est pas derrière », qui « vivent entièrement aux dépens » d'elle, « parce que leur volonté ne porte aucun bagage ». Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
10Voir l'article Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté ?.
11Évangile selon saint Matthieu, 18, 3 : « Si vous ne changez et ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. »
12L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 3 mars 1919 : « Tu es la fille première-née de ma Volonté. […] J'ai préparé pour toi un Éden divin, contrairement à ce qu'il en fut pour tes premiers parents qui furent placés dans un Éden terrestre. » Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
13L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 14, 13 avril 1922 (entrée « L'âme qui vit dans la Divine Volonté vit dans le sein de la Trinité ») : « Comme tu as été constituée la fille première-née de notre Volonté, il est nécessaire que tu vives avec nous en tant que première copie des âmes qui vivent dans notre Volonté. […] D'autres copies suivront. » Édition française GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, texte vérifié sur pièce (l'entrée du 8 avril 1922 traite d'un autre sujet).
14 32Voir l'article Pourquoi parler d'un règne de la Divine Volonté sur la terre ?.
15 22L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 13, 25 décembre 1921 (entrée de Noël) : « Tu étais si petite que je pouvais te garder près de moi dans la mangeoire et déverser mes larmes dans ton cœur ; ces larmes ont scellé ma Volonté en toi et ont fait de toi une fille légitime de ma Volonté. » Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
16L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 13, 26 novembre 1921 : « Dieu a centralisé dans la très sainte Humanité de Jésus le dessein de la Création, en Marie les fruits de la Rédemption et, en Luisa, le dessein de la gloire de sa Volonté. » Jésus parle de la Mère céleste et de la « petite fille de la Divine Volonté » comme des deux « appuis » prévus par le projet divin. Le passage doit être lu dans l'ordre Création → Rédemption → gloire de la Volonté, sans égaler la créature à la Mère de Dieu. Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
17 18Voir l'article Que signifie faire les tournées dans la Divine Volonté ?.
19L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 21, 23 février 1927 : « Je prends plaisir à reconnaître mes enfants que m'amène la petite fille de ma Volonté. Je fais comme le père qui a un très grand nombre d'enfants […]. » Le passage évoque les « rondes » (ou « tournées ») de Luisa à travers toute la Création. Édition citée : GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis (français, diffusion pour usage privé).
20Évangile selon saint Matthieu, 6, 10 (le Notre Père) : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Le Livre du Ciel présente le Royaume de la Divine Volonté comme l'accomplissement plénier de cette demande.
21Luisa Piccarreta naît le 23 avril 1865 à Corato (archidiocèse de Trani, Pouilles, Italie), dans une famille modeste de cultivateurs. Source : dossier biographique et chronologie de la cause de béatification.
23M. R. Del Genio, The Sun of My Will – Luisa Piccarreta, Libreria Editrice Vaticana, 2015 (ISBN 978-88-209-9674-1) : dès la fin 1882, Luisa est contrainte de garder le lit « for even longer periods of time in this immobile and often unconscious state » (p. 41) ; « She spends her days bedridden » (p. 11) ; alitement définitif à partir de la seconde moitié de novembre 1887 (chap. « Bedridden », p. 49 sq.).
24M. R. Del Genio, op. cit. : Jésus déclare vouloir être sa nourriture « for both the soul and the body » (p. 59) ; « even though she eats little, she still has the strength to work » (p. 73) ; dès 1882, elle ne peut plus ouvrir la bouche pour manger et régurgite les quelques gouttes qu'on tente de lui faire boire (p. 41).
25Voir l'article Luisa pouvait-elle vivre sans nourriture ?.
26M. R. Del Genio, op. cit. : état de « total unconsciousness and such rigidity that she could not move and seemed to be dead » (pp. 39-40, épisode examiné par le Dr Michele Cicolella) ; le P. Michele De Benedittis « is able to release her with his blessing » — la sortie de l'état rigide dépend de la grâce sacerdotale, non de la sainteté du prêtre (pp. 42-43) ; « if there is no blessing from the priest, she remains rigid as stone » (p. 73).
27Luisa Piccarreta meurt à Corato le 4 mars 1947, en réputation de sainteté. Restée alitée la plus grande partie de sa vie, elle laisse une œuvre manuscrite de trente-six volumes (Le Livre du Ciel), outre les 24 Heures de la Passion et d'autres écrits.
28Saint Annibale Maria di Francia (1851-1927), prêtre de Messine, fondateur des Rogationnistes du Cœur de Jésus et des Filles du Divin Zèle ; béatifié le 7 octobre 1990 et canonisé le 16 mai 2004 par saint Jean-Paul II. Il fut le directeur spirituel extraordinaire de Luisa et le censor librorum de ses écrits.
29Nihil Obstat de saint Annibale Maria di Francia, censor librorum, signé le 6 août 1926 sur les dix-huit premiers volumes manuscrits du Livre du Ciel, suivi en septembre-octobre 1926 de l'imprimatur de Mgr Giuseppe Leo, archevêque de Trani — l'ensemble des dix-neuf premiers volumes portant ainsi Nihil Obstat et Imprimatur. Source : M. R. Del Genio, The Sun of My Will – Luisa Piccarreta, Libreria Editrice Vaticana, 2015 (ISBN 978-88-209-9674-1), chronologie des approbations, pp. 233-238 ; dossier de l'Association Française Luisa Piccarreta, Reconnaître l'œuvre de Luisa Piccarreta, § IV-IV bis.
30Voir l'article Les écrits de Luisa sont-ils approuvés par l'Église ?.
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