Que signifie faire les tournées dans la Divine Volonté ?

Faire les tournées (les giri), c'est parcourir en esprit toutes les œuvres de Dieu — Création, Rédemption, Sanctification — pour y déposer son « Je t'aime » et les rendre à Dieu au nom de tous. Un acte divin, non une rêverie : la réponse de Luisa Piccarreta et du Livre du Ciel.

Ignispedia

Parmi les pratiques que Jésus enseigne à Luisa Piccarreta dans le Livre du Ciel, il en est une qui revient sans cesse, comme une respiration : Luisa « fait sa ronde », « fait sa tournée », dans la Divine Volonté. Le mot italien est giri — les « tours » — et les traducteurs français le rendent tantôt par tournées, tantôt par rondes. Concrètement, l'âme parcourt en esprit toutes les œuvres de Dieu — les cieux et les étoiles, le soleil et la mer, les fleurs et les oiseaux, les anges et les saints, les âmes du passé, du présent et de l'avenir — pour y déposer son amour et rendre à Dieu, au nom de toute la création, la gloire que les créatures lui devaient.

À première lecture, l'image peut désorienter : ne serait-ce qu'une rêverie pieuse, une promenade imaginaire dans un beau paysage spirituel ? La réponse de la doctrine est ferme et précise : non. La tournée n'est pas une imagination ; c'est, selon le vocabulaire de Luisa, un acte divin — un acte que Dieu accomplit dans la créature qui vit dans sa Volonté, et dont la portée embrasse tous les temps. Le théologien Joseph Iannuzzi — thèse doctorale soutenue à l'Université pontificale grégorienne (22 novembre 2012) — le formule en une distinction décisive : « Si toutes les tournées dans la Divine Volonté sont des actes divins dans la Divine Volonté, tous les actes divins ne sont pas des tournées »[1].

Cet article explique donc, pas à pas, ce que signifie faire les tournées : d'abord le mot et sa définition ; ensuite pourquoi Jésus le demande — c'est toute la blessure d'Adam qu'il s'agit de réparer ; puis comment se déroule concrètement une tournée à travers la création ; enfin les fruits inouïs qu'elle produit, et les garde-fous qui la préservent de toute dérive. On suppose ici acquis l'acte qui en est la porte d'entrée — se fondre dans la Divine Volonté — auquel un article voisin est consacré.

Qu'est-ce qu'une « tournée » dans la Divine Volonté ?

Avant d'en exposer le pourquoi et le comment, il faut fixer le sens exact du mot. Une tournée n'est ni une dévotion sentimentale, ni une visualisation, ni un exercice de concentration : c'est un acte précis, situé, qui suppose un état antérieur et produit un effet réel.

Le mot de Luisa : giri, « tours », « tournées », « rondes »

Dans les trente-six tomes du Livre du Ciel, Luisa emploie continuellement le verbe « faire » avec le mot giro (pluriel giri) : elle « fait sa ronde », elle « fait sa tournée », dans la création et la Rédemption. Les traductions françaises hésitent entre « tour », « tournée » et « ronde » — ce sont trois mots pour une seule réalité. Le verbe n'est pas anodin : il dit un parcours, un mouvement qui passe d'œuvre en œuvre sans rien laisser de côté. Luisa raconte ainsi, presque comme un journal :

« Je faisais ma ronde habituelle pour suivre la Divine Volonté dans toute la Création, et mon doux Jésus, se manifestant en moi, me dit : “Ma fille, quelle est surprenante l'action de l'âme dans ma Volonté !” » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, 9 janvier 1927[2]

Le parcours d'une tournée : se fondre, parcourir, imprimer et offrir — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le mot « habituelle » est important : la tournée n'est pas un exploit rare, c'est l'activité ordinaire d'une âme qui vit dans la Divine Volonté. Luisa la reprend chaque jour, comme on reprend un travail aimé.

Une définition : parcourir toutes les œuvres de Dieu pour les lui rendre

On peut en donner une définition serrée. Faire une tournée, c'est : (1) entrer dans la Divine Volonté par l'acte de fusion ; (2) parcourir, l'une après l'autre, les œuvres de Dieu — celles de la Création, celles de la Rédemption, celles de la Sanctification ; (3) reconnaître en chacune l'amour que Dieu y a déposé ; (4) y imprimer son propre « Je t'aime », son adoration, sa réparation, son merci ; (5) recueillir l'ensemble et l'offrir au Père, au nom de toutes les créatures qui ont négligé de le faire.

Jésus lui-même décrit ce parcours comme une commande qu'il adresse à Luisa :

« C'est la raison pour laquelle Je te pousse à faire le tour de toutes Nos œuvres, Création et Rédemption, pour que tu mettes ton “Je t'aime”, ton adoration, ta reconnaissance, ton merci, sur toutes Nos œuvres. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 19, 13 septembre 1926[3]

Tout est dit. La tournée n'est pas faite pour contempler de beaux paysages : elle est faite pour déposer un acte d'amour sur chaque œuvre divine et la rendre à Dieu chargée de cet amour. Luisa accompagne d'ailleurs sa tournée d'un refrain que Jésus dit avoir tendrement apprécié :

« Suprême Majesté, ta petite fille vient à toi, sur tes genoux paternels, te demander que tous puissent connaître ton FIAT, ton Règne […]. Je ne suis pas la seule à te le demander, mais avec moi, toutes tes œuvres et ta propre Volonté. C'est donc au nom de tous que je te demande, je supplie ton FIAT. » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 19, 13 septembre 1926[4]

Tournée n'est pas rêverie : un acte divin, pas une imagination pieuse

C'est ici que se joue tout le sérieux de la pratique. La tournée pourrait être confondue avec une simple méditation poétique sur la beauté du monde. Elle ne l'est pas. Iannuzzi explique pourquoi en remontant à l'origine : quand Dieu insuffla la vie à Adam, il se fit « acteur » en l'homme et donna à ses « premiers actes » le pouvoir d'être modelés sur les actes mêmes de Dieu. Tout acte qu'une âme vivant dans la Divine Volonté accomplit devient ainsi un acte divin — un acte de Dieu dans la créature, qui « a un impact sur toutes choses de tous les temps »[5].

La tournée est un cas particulier de ces actes divins : celui qui a pour propre de couvrir toute la création. Iannuzzi le précise nettement :

« Si toutes les tournées dans la Divine Volonté sont des actes divins dans la Divine Volonté, tous les actes divins ne sont pas des tournées ; les tournées ne sont qu'un type parmi tant d'autres d'actes divins. […] Si les tournées sont des actes divins que l'âme accomplit à travers toute la création, et qui peuvent être posés à n'importe quel moment de la journée, l'acte prévenant, lui, est posé au premier lever du jour. » — J. L. Iannuzzi, 70 questions sur la Divine Volonté, Q8[6]

Autrement dit : la méditation des Heures de la Passion, l'acte prévenant du matin, les œuvres de miséricorde ou l'exercice des vertus dans la Divine Volonté sont aussi des actes divins ; mais la tournée se distingue par son amplitude cosmique et transtemporelle — elle va d'Adam jusqu'à la dernière créature à venir.

Pourquoi faire les tournées ? La blessure d'Adam à réparer

De l'Éden à la tournée : recevoir, perdre puis rendre l'offrande de la Création — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On ne comprend la tournée que si l'on saisit ce qu'elle vient réparer. Sa raison d'être n'est pas dévotionnelle mais cosmique : il s'agit de rétablir une circulation d'amour entre la création et Dieu, brisée par la chute d'Adam.

Adam portait toute la création à Dieu « comme en triomphe »

Avant la chute, Adam vivait dans l'unité de la Volonté divine. Tous les actes que Dieu accomplissait dans la création par amour pour lui, Adam les recevait et les rendait à Dieu en un seul acte, comme en un triomphe. C'est l'archétype même de la tournée. Jésus en fait à Luisa une description éblouie :

« De fait, comme Adam était dans l'Unité de Notre Volonté, de tous Nos Actes accomplis dans la Création par amour pour lui, son acte était unique. Par ce seul acte, il Nous apportait tous les Nôtres comme en triomphe. […] Oh ! comme Nous étions heureux de le voir, si riche, si fort, si puissant et d'une beauté ravissante, venir vers Nous, doté de toutes Nos œuvres, et Nous les apporter pour Nous rendre heureux et Nous glorifier, et pour vivre heureux avec Nous ! » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 24, 12 juin 1928[7]

La création n'était donc pas un décor muet : elle était une immense offrande qu'un seul homme, vivant dans la Divine Volonté, faisait remonter vers Dieu en la chargeant de son amour. La tournée est exactement cette fonction — perdue, puis restaurée.

La chute a brisé la circulation

En retirant sa volonté de celle de Dieu, Adam a rompu cette remontée d'amour. Désormais, les œuvres de Dieu demeurent — le soleil brille, la mer murmure, les anges adorent — mais personne ne les recueille plus pour les rendre à Dieu au nom de tous. La création continue de chanter, et le chant retombe sans être offert. Luisa exprime cette désolation par un mot très fort que Jésus reprend : celui qui ne vit pas dans la Divine Volonté est « le chapardeur de la Création » — il jouit des œuvres de Dieu sans jamais les lui rendre.

« Lorsque je fais ma ronde dans la suprême Volonté en suivant tous ses actes dans la Création et la Rédemption, j'ai l'impression que tout me parle. Chaque chose a quelque chose à dire sur cette admirable Volonté ! Par contre, lorsque je suis préoccupée par d'autres choses, tout est silence. » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 21, 26 mars 1927[8]

Réparer le premier acte d'Adam

La tournée est donc, dans son fond, un acte réparateur. En arrivant en Éden, là où Adam a retiré sa volonté de celle de Dieu, l'âme refait, au nom d'Adam et de toutes les créatures, l'acte qu'il aurait dû faire :

« Mon Amour, je veux annihiler ma volonté dans la tienne pour qu'elle ne puisse jamais avoir de vie […], afin de réparer le premier acte d'Adam et de rendre toute la gloire à ton Vouloir suprême comme si Adam ne s'en était jamais retiré. […] Et je veux faire cet acte autant de fois que toutes les créatures ont fait leur propre volonté. » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, 24 octobre 1926[9]

C'est pourquoi Jésus lie si étroitement la tournée à la venue de son Règne sur la terre : pour que le Royaume du Fiat se forme, il faut que les actes de la créature « suffisent » à le porter. Les tournées fournissent précisément ces actes.

Comment se fait une tournée ? L'âme qui parcourt la création

Reste la question pratique : comment se déroule concrètement une tournée ? Luisa n'a pas laissé de formule rigide — saint Annibale Maria di Francia, son censeur, rappelait que « la sainteté ne consiste pas en une formule »[10]. Mais ses récits dessinent une manière constante de procéder.

Le point de départ : se fondre et reconnaître son néant

La tournée n'est jamais un point de départ : elle suppose la fusion préalable. L'âme commence par reconnaître son néant — « Je ne suis rien, Dieu est tout » — et fixe sa volonté dans celle de Dieu. C'est seulement une fois fondue qu'elle reçoit, selon une image saisissante de Jésus, les « ailes » pour voler dans la création :

« Sais-tu qui prend son envol dans Ma Volonté Éternelle de manière à pouvoir se déplacer comme Elle dans la sphère de l'éternité, à être partout où Elle est et à faire tout ce qu'Elle fait ? C'est l'âme complètement abandonnée en Ma Sainte Volonté. L'abandon donne les ailes pour pouvoir voler en Ma Volonté. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 16, 2 février 1924[11]

L'acte de se fondre dans la Divine Volonté est donc la condition de la tournée, comme les ailes sont la condition du vol. Sans fusion, pas de tournée — seulement une rêverie.

Parcourir les cieux, le soleil, la mer : suivre la Volonté en chaque chose

Une fois fondue, l'âme se met en route. Elle ne passe pas distraitement : à chaque œuvre, elle s'arrête, reconnaît ce que la Divine Volonté y accomplit, et s'unit à cet acte. Jésus en fait à Luisa une véritable leçon, station par station :

« En faisant une ronde dans la Création, lorsque tu arrives aux cieux, toi aussi, unie avec Notre Volonté, aime et glorifie Notre éternité […]. Ensuite, poursuivant ta ronde dans l'espace de la Création, tu arriveras au soleil […]. Veux-tu savoir ce que Ma Volonté fait dans le soleil ? Elle glorifie Notre lumière infinie […] et avec sa chaleur, il fait écho à Notre amour immense. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 20, 1ᵉʳ novembre 1926[12]

Imprimer son « Je vous aime » sur chaque œuvre — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Chaque chose créée devient ainsi une « station » de prière : aux cieux, l'âme adore la fermeté et l'immutabilité de Dieu ; au soleil, sa lumière et sa chaleur ; à la mer, son immensité. La tournée transforme l'univers entier en un livre d'oraison où chaque créature offre un motif d'aimer.

Imprimer son « Je vous aime » sur chaque chose créée

Le geste propre de la tournée, c'est le sceau d'amour déposé sur chaque œuvre. Luisa « imprime » son « Je vous aime » partout où elle passe :

« Je faisais ma ronde dans la Création et, en imprimant mon “Je vous aime” sur chaque chose créée, je demandais qu'en vertu de cette Divine Volonté qui les préserve belles et entières, le Royaume du Fiat suprême puisse venir sur la terre. » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, novembre 1926[13]

Luisa s'inquiète d'abord : les choses créées n'ont pas d'âme, comment pourraient-elles « demander » le Royaume ? Jésus répond qu'en vertu de la Volonté divine qui court en elles, « les choses créées sont toutes de nobles reines qui appartiennent à Ma famille royale », et qu'elles ont, à ce titre, le droit de réclamer la venue du Règne[14]. La tournée prête sa voix à cette création muette.

Les trois Fiat : Création, Rédemption, Sanctification

Une tournée à travers les trois Fiat — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La tournée ne se limite pas aux œuvres visibles. Elle parcourt successivement les trois grandes œuvres de Dieu, que la tradition luisienne appelle les trois Fiat : le Fiat créateur (les œuvres de la Création), le Fiat rédempteur (toute la vie et la Passion du Christ — battements, larmes, plaies, gouttes de sang), et le Fiat sanctificateur (l'œuvre du Saint-Esprit dans les âmes). À chaque étape, l'âme recueille tout et l'offre. C'est ce que résume Jésus :

« Lorsque tu fais ta ronde dans Notre Volonté, en vertu de cette Volonté, tes actes deviennent lumière et s'étendent jusqu'à toucher la Divinité. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 20, 2 novembre 1926[15]

Le tableau suivant situe la tournée parmi les autres actes que pose une âme qui vit dans la Divine Volonté.

ActeQuandPortéeParticularité
Acte prévenantAu premier lever du jourAnticipe et consacre tous les actes de la journéeFixe la volonté dans celle de Dieu (vol. 14, 27 mai 1922)
Acte actuelÀ tout momentL'action présente, replongée dans la VolontéRavive l'acte du matin obscurci par les distractions
Tournée / rondeÀ tout moment, souventToute la création, d'Adam à la dernière créatureCouvre Création, Rédemption, Sanctification ; rend tout au nom de tous
Heures de la PassionHeures fixéesLa Passion du Christ heure par heureMéditation réparatrice des souffrances de Jésus

Les fruits des tournées

Les quatre fruits des tournées — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Si Jésus « pousse » Luisa à faire ses tournées, c'est en raison de fruits qui dépassent tout ce que la créature seule pourrait obtenir. Quatre méritent d'être détachés.

Rendre à Dieu la gloire de tous : la médiation universelle

Le premier fruit est une médiation universelle. Parce que la Divine Volonté est présente en tout et en chacun, l'âme qui s'y trouve « demeure multipliée en tout » et peut offrir à Dieu l'amour de toutes les créatures :

« Les âmes qui vivent dans Ma Volonté, dès qu'elles y entrent, trouvent en acte tous les actes de la Suprême Majesté ; et puisque cette Volonté est en tout et en chacun, ces âmes demeurent multipliées en tout et sont en mesure de M'offrir honneur, gloire, adoration et amour pour tous. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 12, 20 février 1919[16]

Cette capacité d'élever les autres comme offrandes au Père est exactement ce que Iannuzzi traite à la question 11 de ses 70 questions : oui, l'âme fondue peut et doit offrir au Père les actes et les vies de toutes les créatures[17]. Le fondement en est christologique : parce que le Christ, dans son Incarnation, a renfermé en lui les vies de tous et les a refaites divinement, il communique à l'âme qui vit dans sa Volonté la capacité d'y participer — non de refaire ce qui est déjà parfait, mais de l'offrir au nom de tous. L'auteur de l'épître aux Hébreux l'annonçait : « Par une seule offrande, il a rendu parfaits pour toujours ceux qui sont sanctifiés » (He 10,14)[18].

Former le « filet de lumière » qui prend les âmes

Deuxième fruit, plus surprenant : chaque tournée augmente la lumière dans l'âme, et cette lumière forme un « filet » qui sert à prendre les âmes pour le Royaume.

« Chaque fois que tu fais ta ronde dans Ma Volonté, tu acquiers plus de lumière pour former le filet avec lequel Je prends les créatures. Et sais-tu ce qu'est ce filet ? Il est formé de Mes connaissances. Plus Je te manifeste de connaissances sur Mon Fiat éternel, plus J'étends le filet servant à prendre les âmes qui doivent vivre dans Mon Royaume. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 20, 2 novembre 1926[19]

La tournée n'est donc jamais stérile ni purement intérieure : elle tisse, connaissance après connaissance, le filet par lequel Dieu attirera d'autres âmes. C'est une fécondité apostolique cachée, sans aucune œuvre extérieure.

Acquérir la « possession » des œuvres divines

Troisième fruit : en reconnaissant et en aimant les œuvres de Dieu, l'âme en reçoit une véritable possession — non par mérite propre, mais par le droit de communion que Dieu accorde à qui vit dans son Fiat. C'est la note finale, et peut-être la plus pratique, que donne Jésus :

« Si tu veux que Ma Divine Volonté règne, va toujours autour dans Notre Fiat, reconnais toutes Nos œuvres, de la plus petite à la plus grande, place ton petit acte en chacune d'elles, et tout te sera accordé. » — Jésus à Luisa, Le Livre du Ciel, vol. 27, 30 octobre 1929[20]

« Va toujours autour » : c'est, en cinq mots, la définition pratique de la tournée. Reconnaître les œuvres de Dieu n'est pas seulement un droit, dit Jésus, « mais une possession »[21].

Hâter le Règne du Fiat sur la terre

Quatrième fruit, qui couronne les autres : la tournée prépare la venue du Règne de la Divine Volonté. Pour que ce Règne se forme, les actes de la créature doivent « suffire » à le porter — sans quoi, dit Jésus, « Mon Règne ne reste pas en l'air, mais descende »[22]. En faisant ses tournées, l'âme dépose en chaque créature « le Règne de l'Amour de Ma Volonté, de l'adoration, de la gloire »[23]. Chaque tournée est ainsi une pierre posée pour que vienne, « sur la terre comme au ciel », le Royaume demandé dans le Notre Père[24].

Les « Tournées » comme prière structurée

Au-delà des rondes spontanées que Luisa décrit dans son journal, il existe aussi un ensemble de « Tournées » numérotées — un corpus de prières structurées tirées des écrits de Luisa, où chaque tournée parcourt un domaine précis (la Création, les patriarches, les sacrements, etc.). Iannuzzi en cite par exemple la sixième et la dix-neuvième :

« Je continue mon vol dans la Divine Volonté et découvre la puissance des miracles de Moïse, la force de Samson, la sainteté de David, la patience de Job — tous reflets de la lumière que ta Divine Volonté avait projetée sur eux — et moi, imprimant en eux le sceau de mon “Je T'aime”, j'implore au nom de tous ces personnages le règne de ton Royaume. » — Luisa Piccarreta, 6ᵉ Tournée dans la Divine Volonté[25]

Dans la dix-neuvième, Luisa parcourt les sacrements et joint son « Je T'aime » au baptême administré à chaque âme[26]. Ces tournées structurées montrent que la pratique n'est pas vague : elle peut prendre la forme d'une prière concrète, ordonnée, que l'âme reprend domaine après domaine.

Garde-fous : ni quiétisme, ni imagination, ni dispense des sacrements

Trois garde-fous pour les tournées — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Une pratique aussi vaste appelle des précisions, pour qu'elle reste pleinement catholique. Trois malentendus doivent être écartés.

Ce n'est pas une imagination, mais un acte réel dans la Volonté de Dieu

On l'a vu : la tournée est un acte divin, non une visualisation. Sa réalité ne tient pas à la vivacité des images mentales — Luisa insiste que « c'est Jésus, caché en elle, qui effectue ces tournées » — mais à l'union réelle de la volonté humaine à la Volonté divine. Une « tournée » faite par simple imagination, sans la fusion qui la fonde, n'en serait que l'ombre. La valeur de l'acte, rappelle Iannuzzi, dépend de son « attentivité » et de l'opération de Dieu en l'âme, non de la performance imaginative[27].

Ce n'est pas un quiétisme : un véritable martyre intérieur

Loin d'être une douce dérive contemplative, la tournée comporte souvent une part de souffrance. Iannuzzi note que l'offrande de Luisa « s'accompagnait d'une désolation intérieure qui la laissait avec un sentiment de profonde nostalgie spirituelle de la présence de Dieu, ce qui constituait parfois un véritable martyre intérieur »[28]. Réparer pour les vies divines que les créatures ont refusées a un coût. La tournée n'est donc pas une fuite hors du réel, mais une participation active à l'œuvre réparatrice du Christ.

Ce n'est pas une dispense des sacrements ni de l'ordre de l'Église

Enfin, faire les tournées ne remplace ni ne contourne la vie sacramentelle. La fusion qui les fonde inclut explicitement la « fusion dans l'ordre de la grâce — dans tout ce que le Sanctificateur, l'Esprit-Saint, a fait et fera ». La spiritualité de la Divine Volonté est le déploiement plénier de l'ordre de la grâce, jamais une voie parallèle. C'est pourquoi l'Église a pu reconnaître la solidité doctrinale de l'œuvre de Luisa, dont les écrits ont été soumis à l'examen de son censeur saint Annibale Maria di Francia — un point traité en détail dans l'article les réponses aux objections à l'œuvre de Luisa Piccarreta.

Une pratique pour aujourd'hui

Que retenir, concrètement ? Faire les tournées, ce n'est pas réservé aux mystiques. Toute âme qui vit dans la Divine Volonté peut, à tout moment du jour, « aller autour » des œuvres de Dieu : remercier pour le soleil qui se lève, aimer Dieu dans la mer qu'elle regarde, s'unir aux battements du Cœur du Christ, offrir au Père les actes de tous ceux qui ne prient pas. La tournée transforme un regard sur le monde en acte d'adoration universelle.

Elle rejoint ainsi la parole de saint Paul, dont la doctrine luisienne n'est que l'explicitation profonde : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20)[29]. Dans la tournée, ce n'est plus seulement l'âme qui aime : c'est le Christ qui, en elle, recueille toute la création pour la rendre au Père — comme Adam le faisait à l'origine, « comme en triomphe ».

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. J. L. Iannuzzi, 70 questions et réponses sur la spiritualité de la Divine Volonté, Q8 (« Quelle est la différence entre l'acte prévenant, les actes divins et les tournées ? Y a-t-il une formule pour vivre dans la Divine Volonté ? »). Iannuzzi y rappelle que Dieu, en insufflant la vie à Adam, se fit « acteur » (italien attore) en l'homme et donna pouvoir à ses « premiers actes » (primi atti) d'être modelés sur les actes de Dieu ; et il cite la réponse de saint Annibale Maria di Francia, censeur de Luisa : « la sainteté ne consiste pas en une formule. » Iannuzzi est l'auteur d'une thèse doctorale en théologie soutenue à l'Université pontificale grégorienne (22 novembre 2012) sur le don de vivre dans la Divine Volonté.

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  2. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, 9 janvier 1927 — « Je faisais ma ronde habituelle pour suivre la Divine Volonté dans toute la Création. » Jésus explique que l'âme qui opère dans sa Volonté forme l'équilibre dans toutes les créatures et dépose en chacune « le Règne de l'Amour de Ma Volonté, de l'adoration, de la gloire, et de tout ce que Ma Volonté possède. »

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  3. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 19, 13 septembre 1926 — Jésus : « C'est la raison pour laquelle Je te pousse à faire le tour de toutes Nos œuvres, Création et Rédemption, pour que tu mettes ton “je t'aime”, ton adoration, ta reconnaissance, ton merci, sur toutes Nos œuvres. » Le texte précise qu'il faut que les actes de la créature soient suffisants « afin que Mon Règne ne reste pas en l'air, mais descende » ; suit le refrain de Luisa : « Suprême Majesté, ta petite fille vient à toi… »

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  4. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 24, 12 juin 1928 — « Comment Dieu ressent à nouveau la joie des premiers jours de la Création. » Texte intégral : « Tu fais ta ronde dans Ma Volonté pour retracer tous ses actes, pour les courtiser, les aimer et les rendre un avec les tiens. Lorsque tu arrives au Paradis, les joies, les fêtes et le bonheur éprouvés par Notre Divinité dans la Création sont renouvelés. Oh ! comme te voir te couler dans le soleil, le vent, la mer et dans les cieux Nous rappelle avec force les vols rapides de la première créature lorsqu'elle sortit de Nos mains créatrices. » Citation maîtresse de l'article.

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  5. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 21, 26 mars 1927 — « Celui qui possède la Divine Volonté en rappelle tous les actes. […] Celui qui ne fait pas la Divine Volonté est le chapardeur de la Création. » Luisa : « Lorsque je fais ma ronde dans la suprême Volonté en suivant tous ses actes dans la Création et la Rédemption, j'ai l'impression que tout me parle. »

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  6. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, 24 octobre 1926 — Luisa, commençant sa ronde et entrant dans l'Éden terrestre, là où Adam retira sa volonté de la Divine Volonté : « je veux annihiler ma volonté dans la tienne […] afin de réparer le premier acte d'Adam et de rendre toute la gloire à ton Vouloir suprême comme si Adam ne s'en était jamais retiré. »

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  7. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 16, 2 février 1924 — « L'abandon en Dieu donne des ailes pour voler en la Volonté. » Jésus : « L'abandon donne les ailes pour pouvoir voler en Ma Volonté. Si l'abandon cesse, l'âme perd son envol et ses ailes sont détruites. » Le même passage développe l'image de la roue principale et des petites roues, et parle de la « tournée de l'Éternité » en chaque battement de cœur — d'où l'avertissement : « si tu savais ce que signifie perdre une tournée éternelle ! »

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  8. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, 1ᵉʳ novembre 1926 — Jésus enseigne, station par station, ce que la Divine Volonté accomplit dans chaque œuvre (les cieux, le soleil) et comment l'âme, en faisant sa ronde, doit s'unir à cet acte pour aimer et glorifier Dieu en chaque chose créée.

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  9. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, novembre 1926 — « Je faisais ma ronde dans la Création et, en imprimant mon “Je vous aime” sur chaque chose créée, je demandais […] que le Royaume du Fiat suprême puisse venir sur la terre. » Jésus répond à l'objection de Luisa (les choses créées n'ont pas d'âme) : en vertu de la Volonté qui les anime, « les choses créées sont toutes de nobles reines qui appartiennent à Ma famille royale » et ont le droit de demander la venue du Royaume.

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  10. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 20, 2 novembre 1926 — Jésus : « Chaque fois que tu fais ta ronde dans Ma Volonté, tu acquiers plus de lumière pour former le filet avec lequel Je prends les créatures. […] Il est formé de Mes connaissances. […] Lorsque tu fais ta ronde dans Notre Volonté, en vertu de cette Volonté, tes actes deviennent lumière et s'étendent jusqu'à toucher la Divinité. »

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  11. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 12, 20 février 1919 — Jésus : « Les âmes qui vivent dans Ma Volonté, dès qu'elles y entrent, trouvent en acte tous les actes de la Suprême Majesté ; et puisque cette Volonté est en tout et en chacun, ces âmes demeurent multipliées en tout et sont en mesure de M'offrir honneur, gloire, adoration et amour pour tous. »

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  12. J. L. Iannuzzi, 70 questions sur la Divine Volonté, Q11 (« Quelqu'un peut-il se fondre dans la Divine Volonté et élever les autres comme offrandes au Père ? »). Iannuzzi y écrit : « Luisa faisait souvent ses tournées dans la création, dans l'unique acte éternel de Dieu qui embrassait les pensées, paroles et actions de tous les individus et créatures de tous les temps […], et les offrait à la gloire de Dieu. Souvent, cette offrande s'accompagnait d'une désolation intérieure […], ce qui constituait parfois un véritable martyre intérieur. »

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  13. Épître aux Hébreux 10,14 (trad. liturgique) : « Par une offrande unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu'il sanctifie. » Iannuzzi fonde sur ce verset la capacité, pour l'âme qui vit dans la Divine Volonté, de participer à l'unique offrande du Christ et d'offrir au Père les actes de tous (cf. 70 questions, Q11).

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  14. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, vol. 27, 30 octobre 1929 — Jésus : « Si tu veux que Ma Divine Volonté règne, va toujours autour dans Notre Fiat, reconnais toutes Nos œuvres, de la plus petite à la plus grande, place ton petit acte en chacune d'elles, et tout te sera accordé. » Il ajoute que reconnaître les œuvres de Dieu « n'est pas seulement un droit que Nous donnons, mais une possession. »

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  15. Catéchisme de l'Église catholique, nº 2822-2827, sur la troisième demande du Notre Père : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (cf. Mt 6,10). Luisa lit cette demande comme la promesse de l'établissement du règne de la Volonté de Dieu sur la terre, dont les tournées sont l'un des moyens.

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  16. L. Piccarreta, 6ᵉ Tournée dans la Divine Volonté (corpus structuré des « Tournées »), citée par J. L. Iannuzzi, 70 questions, note 40 : « Je continue mon vol dans la Divine Volonté et découvre la puissance des miracles de Moïse, la force de Samson, la sainteté de David, la patience de Job […] et moi, imprimant en eux le sceau de mon “Je T'aime”, j'implore au nom de tous ces personnages le règne de ton Royaume. »

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  17. L. Piccarreta, 19ᵉ Tournée dans la Divine Volonté, citée par J. L. Iannuzzi, 70 questions : « Mon amour, je m'attache à Toi pour pouvoir placer mon “Je T'aime” dans chacun des Sacrements que Tu institues. Je joins mon “Je T'aime” au Sacrement du Baptême qui est administré à chaque âme, et je T'implore […] d'accorder le Fiat Divin à chacun de ceux qui sont baptisés. »

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  18. Épître aux Galates 2,20 : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. » Cf. aussi 2 P 1,4 (les chrétiens « participants de la nature divine »), que la doctrine luisienne lit comme la participation menée à son terme dans l'union à la Volonté de Dieu.

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