Dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens, saint Paul lâche une phrase énigmatique qui n'a cessé d'intriguer les lecteurs de l'Écriture : avant la fin, écrit-il, doit paraître « l'homme d'iniquité » — mais quelque chose, pour l'instant, le retient. « Et maintenant vous savez ce qui le retient », ajoute l'Apôtre, comme s'il s'agissait d'une évidence partagée avec ses correspondants (2 Th 2, 6).[1] Ce « ce qui retient » — en grec to katechon — la tradition l'a souvent appelé en français le frein : ce qui freine, ce qui contient, ce qui empêche encore le mal de se déchaîner pleinement.
Le problème est que Paul, lui, savait de quoi il parlait, et les Thessaloniciens aussi ; mais nous, vingt siècles plus tard, n'avons plus la clé qu'il supposait connue. De là l'un des plus célèbres aveux d'humilité de l'histoire de l'exégèse, celui de saint Augustin devant ce passage. Cet article répond donc à trois questions précises : que dit exactement saint Paul, qu'a-t-on entendu par ce « frein » au long de la Tradition, et comment la spiritualité de la Divine Volonté éclaire-t-elle ce mystère — sans céder ni à la curiosité apocalyptique ni au scepticisme qui viderait le texte de sa portée.
Le texte de saint Paul : « ce qui le retient »
Le contexte : calmer une fièvre de la fin du monde
La seconde lettre aux Thessaloniciens répond à une inquiétude concrète. Certains chrétiens de Thessalonique se sont laissé troubler par une rumeur — « soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu'on dirait venir de nous » — affirmant que « le jour du Seigneur » serait déjà là (2 Th 2, 2). Paul écrit pour les calmer : non, le retour glorieux du Christ n'est pas imminent au point de cesser de travailler ou de vivre normalement.[2]
Son argument est chronologique. Le Jour du Seigneur ne viendra pas « que l'apostasie ne soit arrivée auparavant, et qu'on n'ait vu paraître l'homme d'iniquité, le fils de la perdition » (2 Th 2, 3). Deux choses doivent donc précéder la fin : une grande apostasie, et la manifestation d'un personnage que la tradition identifiera à l'Antéchrist. Or, dit Paul, ce personnage ne peut pas encore se révéler, car une force le retient.
Les deux mots grecs : to katechon et ho katechōn
Tout le mystère tient en deux mots, qui sont en réalité deux formes du même verbe grec katechō (κατέχω) : « tenir fermement, retenir, contenir, faire obstacle, retarder ». Saint Paul emploie ce participe d'abord au neutre, puis au masculin, à un verset de distance :
« Et maintenant vous savez ce qui le retient [τὸ κατέχον], afin qu'il ne se manifeste qu'en son temps. Car le mystère d'iniquité est déjà à l'œuvre ; il faut seulement que celui qui le retient [ὁ κατέχων] encore soit écarté. » — Saint Paul, 2 Thessaloniciens 2, 6-7[3]
Ce glissement du neutre (ce qui retient) au masculin (celui qui retient) est le cœur de l'énigme. Il suggère que le frein est à la fois une réalité ou une institution impersonnelle (le neutre) et une personne qui l'incarne (le masculin) — comme on dirait le pouvoir puis celui qui détient le pouvoir.[4] Les interprètes se diviseront selon qu'ils mettent l'accent sur l'un ou l'autre aspect.
Pourquoi ce passage est l'un des plus obscurs du Nouveau Testament
Saint Paul écrit à mots couverts, et il le dit lui-même : « Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j'étais encore chez vous ? » (2 Th 2, 5). Il avait expliqué oralement aux Thessaloniciens l'identité du frein ; il se contente donc de l'évoquer par allusion. Pour saint Jean Chrysostome, cette discrétion est volontaire et prudente : si Paul avait écrit en clair que l'Empire romain serait un jour dissous, on l'aurait aussitôt accusé de sédition.[5]
Le résultat, c'est que le sens premier s'est perdu avec la génération qui le connaissait. Saint Augustin, le plus grand exégète de l'Occident, en fait l'aveu désarmant :
« J'avoue franchement que je ne sais pas ce qu'il veut dire. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XX, ch. 19[6]
Cet aveu n'est pas une faiblesse, mais une leçon de méthode : sur ce point, l'Écriture ne livre pas une certitude, et la prudence catholique consiste à présenter les hypothèses sans en imposer aucune comme dogme. L'Église, de fait, n'a jamais défini l'identité du katechon.[7]
Que retient le frein ? L'homme d'iniquité et l'Antéchrist
Un personnage de révolte religieuse
Ce que le frein contient, ce n'est pas un simple désordre, mais une figure de révolte. Paul la décrit en traits empruntés au livre de Daniel : « l'adversaire qui s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu… jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu » (2 Th 2, 4).[8] Son apparition se fera « par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers » (2 Th 2, 9) : c'est une contrefaçon du Christ, une parodie de la Rédemption.
La tradition chrétienne a nommé ce personnage l'Antéchrist. Il ne s'agit pas d'abord d'un tyran politique, mais d'une imposture religieuse : la prétention de l'homme à prendre la place de Dieu.
Le « mystère d'iniquité » déjà à l'œuvre
Paul précise un point capital : « le mystère d'iniquité est déjà à l'œuvre » (2 Th 2, 7). Le mal qui culminera dans l'Antéchrist n'est pas réservé à un futur lointain ; il agit dès maintenant, souterrainement, comme un levain caché. Le frein n'empêche donc pas le mal d'exister — il empêche seulement sa manifestation plénière, sa révélation au grand jour, « en son temps », c'est-à-dire au moment fixé par Dieu.
Cette distinction est essentielle pour la suite : un frein ne supprime pas la force qu'il contient ; il la retient jusqu'à une échéance. On comprend pourquoi la même image servira, dans la spiritualité catholique, à décrire l'action des saints qui retiennent — sans l'abolir — la Justice de Dieu.
Le cadre donné par le Catéchisme
Le Catéchisme de l'Église catholique reprend explicitement ce passage de saint Paul quand il décrit l'épreuve ultime de l'Église avant le retour du Christ :
« Avant l'avènement du Christ, l'Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. […] L'imposture religieuse suprême est celle de l'Anti-Christ, c'est-à-dire celle d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 675[9]
Le Catéchisme ajoute aussitôt un garde-fou décisif : l'Église a rejeté le millénarisme, c'est-à-dire l'attente d'un triomphe terrestre du Christ avant le Jugement, « surtout sous la forme politique d'un messianisme sécularisé, intrinsèquement perverse » (§ 676).[10] Le Royaume ne s'accomplira pas « par un triomphe historique de l'Église selon un progrès ascendant », mais par la victoire de Dieu au terme de l'histoire (§ 677). Ce cadre interdit de transformer la question du frein en chronologie apocalyptique ou en spéculation politique.
Les grandes interprétations du frein dans la Tradition
Faute de certitude, la Tradition a proposé plusieurs identifications du katechon. Les principales se laissent regrouper.
L'Empire romain et l'ordre politique
C'est l'interprétation la plus répandue chez les Pères. Tant que tient l'Empire romain — et l'ordre qu'il garantit —, le chaos final est contenu ; sa dissolution ouvrira la voie à l'Antéchrist. Tertullien est le plus net :
« Qu'est-ce donc, sinon l'État romain, dont la dissolution, dispersée entre dix rois, fera venir l'Antéchrist ? » — Tertullien, De la résurrection de la chair, ch. 24[11]
Dans son Apologétique, le même Tertullien explique que les chrétiens prient pour les empereurs précisément parce que la durée de l'Empire retarde la fin du monde et les catastrophes qui l'accompagnent.[12] Lactance, au livre VII de ses Institutions divines, soutient de même que la chute de Rome précédera et signalera la fin.[13]
Saint Jean Chrysostome, commentant directement notre passage, pèse les deux hypothèses alors en présence et tranche :
« Les uns disent la grâce de l'Esprit, les autres l'Empire romain ; et c'est à ces derniers que je me range le plus volontiers. » — Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la 2ᵉ aux Thessaloniciens, hom. IV[14]
Saint Augustin rapporte lui aussi cette lecture — certains, dit-il, pensent que Paul visait l'Empire romain et faisait allusion à Néron, « dont les actes semblaient déjà être ceux de l'Antéchrist » — mais il refuse de la tenir pour certaine.[15] L'exégèse catholique moderne note d'ailleurs que cette interprétation traditionnelle rejoint la doctrine paulinienne de l'autorité légitime comme rempart contre le désordre (cf. Rm 13, 1-7) : l'Empire, puis l'État, comme digue retenant le chaos.[16]
L'autorité légitime et l'ordre du monde
De l'Empire romain, on peut élargir au principe d'autorité lui-même. Toute autorité légitime — politique, sociale, ecclésiale — contient le déchaînement du mal en maintenant la loi, la justice et la paix. Dans cette ligne, le frein serait l'ordre voulu par Dieu dans la cité des hommes, dont l'effondrement laisserait le champ libre à l'anarchie et à l'imposture. Cette lecture a l'avantage de rester valable bien après la disparition de l'Empire romain antique.
La prédication de l'Évangile à toutes les nations
Une autre interprétation, ancienne et reprise par des exégètes modernes, lit le frein à la lumière de la parole du Christ : « Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier… alors viendra la fin » (Mt 24, 14). Ce qui retient, ce serait alors l'annonce de l'Évangile qui doit d'abord parvenir à tous les peuples ; tant que la mission n'est pas achevée, Dieu retient le terme. Certains identifient même « celui qui retient » au masculin à l'apôtre Paul lui-même, ou plus largement à l'Église missionnaire.[17]
L'archange saint Michel
Plusieurs auteurs rapprochent le frein du combat céleste décrit en Daniel et dans l'Apocalypse. « En ce temps-là se lèvera Michel, le grand prince qui se tient près des enfants de ton peuple » (Dn 12, 1) ; et l'Apocalypse montre Michel et ses anges combattant le dragon (Ap 12, 7). Le katechon serait alors l'archange saint Michel, gardien du peuple de Dieu, dont le retrait signalerait l'heure de l'épreuve.[18]
L'Esprit Saint, la grâce et Dieu lui-même
Une lecture plus spirituelle voit dans le frein l'action de la grâce ou de l'Esprit Saint, qui contient le mal dans les âmes et dans le monde. Chrysostome la connaissait et lui préférait l'Empire romain ; elle a connu une grande fortune ultérieure. Les exégètes antiochiens Théodore de Mopsueste et Théodoret de Cyr, eux, identifiaient plutôt « celui qui retient » à Dieu lui-même et à sa puissance, c'est-à-dire au décret de sa Providence qui fixe souverainement l'heure : rien n'arrive avant le temps que Dieu a déterminé.[19]
Le tableau suivant récapitule les principales hypothèses :
| Interprétation du frein | Le neutre (ce qui retient) | Le masculin (celui qui retient) | Défenseurs principaux |
|---|---|---|---|
| Empire / ordre romain | L'Empire et son ordre | L'empereur | Tertullien, Lactance, Chrysostome |
| Autorité légitime | L'ordre social voulu par Dieu | Le détenteur de l'autorité | Extension de la lecture impériale |
| Prédication de l'Évangile | La mission à accomplir | L'apôtre / l'Église missionnaire | Lecture ancienne, reprise moderne |
| Saint Michel | La protection angélique | L'archange Michel | Lecture daniélique et johannique |
| Esprit Saint / grâce | La grâce contenant le mal | L'Esprit Saint | Lecture spirituelle ancienne |
| Dieu et sa Providence | La puissance divine | Dieu lui-même | Théodore de Mopsueste, Théodoret |
Aucune de ces lectures n'est imposée par l'Église ; plusieurs peuvent même se compléter, car Dieu agit à travers des causes secondes — un empire, un ange, l'Évangile, la grâce — sans cesser d'être lui-même le maître souverain du temps.
Une réception moderne à distinguer de l'exégèse
Au XXᵉ siècle, le terme katechon a connu une seconde vie hors de la théologie, comme concept de philosophie politique. Le juriste allemand Carl Schmitt en a fait la figure de la puissance historique qui « retient » l'avènement de l'Antéchrist et la fin de l'éon présent.[20] Cet usage est intéressant culturellement, mais il faut le distinguer nettement de l'interprétation théologique du verset : il s'agit d'une reprise philosophique tardive, non d'une lecture de l'Écriture par l'Église.
Le frein lu dans la lumière de la Divine Volonté
Jusqu'ici, le frein de saint Paul désigne ce qui retient la manifestation de l'Antéchrist. Mais la tradition spirituelle catholique connaît un autre usage de la même image, étonnamment proche : ce qui retient la Justice de Dieu prête à frapper un monde coupable. C'est dans cette lumière que les écrits de Luisa Piccarreta parlent, eux aussi, d'un « frein ».
Un autre frein : les âmes qui retiennent la Justice de Dieu
Dans le Livre du Ciel, Jésus revient souvent sur une idée : la sainteté de quelques âmes retient sa Justice et diffère les châtiments que les péchés du monde appelleraient. Le vocabulaire est exactement celui du frein. À Luisa, qui lui demande à quoi sert son état de victime, Jésus répond :
« Étant totalement opposé au leur, ton état met un frein à ma Justice. » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 2 octobre 1900[21]
Ailleurs, il compare sa Justice à une nuée chargée « de grêle, de tonnerre et de foudre », et ajoute : « En toi, Elle trouvait un frein pour ne pas trop peser sur les populations. »[22] Et encore, plus de vingt ans plus tard : « Car elle retient le cours de ma Justice. »[23]
Les âmes-victimes et les saints, remparts de la Justice
Cette doctrine n'a rien d'isolé ni d'excentrique : elle prolonge une intuition biblique constante. Abraham marchande avec Dieu le salut de Sodome pour quelques justes (Gn 18, 23-32) ; Moïse retient le bras de Dieu en faveur du peuple infidèle (Ex 32, 11-14). Le juste, par sa prière et sa sainteté, fait obstacle au châtiment. Le Livre du Ciel met ce mystère en scène avec force, lorsque Luisa entend une mystérieuse femme pleurer sur les peuples sans défense :
« Ce qui me fait pleurer davantage, c'est l'absence de ces forteresses de la Justice que sont les âmes-victimes. Ces âmes sont le seul et unique soutien qui retient la Justice en ces temps extrêmement tristes. » — Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 5 décembre 1902[24]
Jésus dit de même que la présence en une âme de sa Volonté agissante le désarme : « Combien de maux et de châtiments Je retiens par égard pour cette âme ! »[25] L'âme qui vit dans la Divine Volonté devient ainsi, par participation, un véritable katechon spirituel : non par une force politique, mais par l'union de sa volonté à celle de Dieu.
La vraie force qui retient le mal : la sainteté, non la politique
Le rapprochement éclaire les deux textes l'un par l'autre. Saint Paul cherchait ce qui retient l'Antéchrist ; la Tradition a hésité entre l'Empire, l'ange, l'Évangile et la grâce. La Divine Volonté ne prétend pas trancher l'exégèse du verset, mais elle indique où passe la digue la plus profonde : non dans les institutions humaines, mais dans la sainteté. Ce qui retient vraiment le déchaînement du mal, ce sont des âmes assez unies à Dieu pour que sa Volonté agisse en elles et par elles.[26]
Cette perspective rejoint d'ailleurs la grande lecture spirituelle du katechon (l'Esprit Saint, la grâce, Dieu lui-même) : le frein le plus réel est d'ordre surnaturel. L'ordre politique peut contenir le désordre extérieur ; seule la grâce, accueillie par des cœurs livrés, contient le « mystère d'iniquité » à sa racine.
Du frein au Règne : quand la Divine Volonté régnera
Reste une question : ce frein tiendra-t-il toujours ? Saint Paul annonce qu'un jour « celui qui le retient » sera écarté, et que l'impie paraîtra — avant d'être anéanti « par le souffle » de la bouche du Seigneur (2 Th 2, 8). L'histoire n'est donc pas un progrès indéfini : elle connaîtra son épreuve. Mais le dernier mot reste au Christ vainqueur.
C'est ici que la spiritualité de la Divine Volonté ouvre une espérance, sans tomber dans le millénarisme condamné par le Catéchisme. Luisa annonce un règne de la Divine Volonté « sur la terre comme au Ciel », c'est-à-dire un accomplissement spirituel du Notre Père, où la sainteté gagnerait l'Église et le monde. Ce règne n'est ni un royaume politique, ni une utopie terrestre, ni une date sur un calendrier : il est l'épanouissement de la grâce dans les âmes.[27] Loin de s'opposer au frein de saint Paul, il en révèle le sens positif : retenir le mal, c'est déjà préparer le triomphe du bien. On en trouvera le développement dans les articles Le Règne de l'Esprit et Pourquoi parler d'un règne de la Divine Volonté sur la terre ?.
Ce qu'il faut retenir
Le « frein » dont parle saint Paul (to katechon, 2 Th 2, 6-7) est cette force mystérieuse qui empêche encore l'Antéchrist de se manifester pleinement, jusqu'au temps fixé par Dieu. Son identité précise reste une énigme volontairement laissée ouverte : la Tradition a proposé l'Empire romain, l'autorité légitime, la prédication de l'Évangile, l'archange saint Michel, l'Esprit Saint ou Dieu lui-même, sans que l'Église impose aucune de ces lectures — saint Augustin lui-même avoua son ignorance.
La spiritualité de la Divine Volonté n'ajoute pas une nouvelle théorie exégétique ; elle déplace le regard vers l'essentiel. Dans le Livre du Ciel, Jésus appelle « frein » la sainteté des âmes-victimes et des âmes vivant dans sa Volonté, qui retiennent sa Justice et diffèrent les châtiments. Ce qui contient vraiment le mal n'est donc pas d'abord une institution, mais la grâce accueillie dans des cœurs livrés à Dieu. Et le but de ce frein n'est pas de figer l'histoire dans la peur, mais de préparer le jour où « la Volonté de Dieu sera faite sur la terre comme au Ciel ».
Pour aller plus loin
- La Divine Volonté — la doctrine d'ensemble du don.
- Luisa Piccarreta (1865-1947) — vie, écrits et statut ecclésial.
- Le Livre du Ciel — le corpus principal de Luisa.
- Le Règne de l'Esprit — l'accomplissement du Notre Père sans millénarisme.
- La préparation à la fin des temps — eschatologie catholique et épreuve finale.
- Réponses aux objections à l'œuvre de Luisa Piccarreta — discernement doctrinal.
Notes et références
2 Thessaloniciens 2, 6 : « Et nunc quid detineat scitis » (Vulgate). La traduction Louis Segond porte « vous savez ce qui le retient » ; les versions catholiques (Crampon, Bible de Jérusalem) rendent de manière équivalente « ce qui le retient » / « ce qui retient ».
12 Thessaloniciens 2, 1-3. Le but pastoral de Paul est de corriger une attente erronée d'un Jour du Seigneur imminent, qui poussait certains à l'oisiveté (cf. 2 Th 3, 6-12).
2Texte grec : v. 6 τὸ κατέχον (to katechon, participe présent neutre substantivé, « ce qui retient ») ; v. 7 ὁ κατέχων (ho katechōn, participe masculin, « celui qui retient »). Le verbe κατέχω signifie « tenir fermement, retenir, contenir, faire obstacle, retarder ».
3Le passage du neutre au masculin suggère que le frein est à la fois une réalité ou une institution (le neutre) et la personne qui l'incarne (le masculin). C'est l'un des indices majeurs du débat sur l'identité du katechon.
4Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la deuxième épître aux Thessaloniciens, homélie IV : si Paul avait dit ouvertement que l'Empire romain serait dissous, « on l'aurait aussitôt accablé comme un fauteur de troubles » (texte sur newadvent.org, Homily 4 on Second Thessalonians).
5Saint Augustin, De civitate Dei (La Cité de Dieu), livre XX, ch. 19. Texte anglais de référence (NPNF) : « I frankly confess I do not know what he means. » Augustin y discute le passage de 2 Th 2 sans conclure.
6Aucun document magistériel ne définit l'identité du katechon. La divergence des Pères (Empire romain, grâce, Dieu) et l'aveu d'Augustin montrent qu'il s'agit d'une question d'exégèse demeurée ouverte.
7La description de 2 Th 2, 4 (« il s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu… s'asseyant dans le temple de Dieu ») reprend les traits du roi impie de Daniel 11, 36 et la figure de l'« abomination de la désolation » (Dn 9, 27 ; 11, 31 ; cf. Mt 24, 15).
8Catéchisme de l'Église catholique, § 675, citant explicitement 2 Th 2, 4-12. L'« épreuve ultime de l'Église » prend la forme de l'imposture antichristique.
9Catéchisme de l'Église catholique, § 676, condamnation du millénarisme (cf. Denzinger-Schönmetzer 3839) et du messianisme sécularisé ; § 677 sur la victoire finale de Dieu non par un progrès historique ascendant.
10Tertullien, De resurrectione carnis (De la résurrection de la chair), ch. 24. Trad. anglaise (Evans, tertullian.org) : « who but the Roman state, whose disruption, being dispersed among ten kings, will bring in Antichrist? » Les « dix rois » renvoient à Daniel 7.
11Tertullien, Apologeticum (Apologétique), ch. 32 : les chrétiens prient pour les empereurs et pour la stabilité de l'Empire, car sa durée diffère la fin du monde et les calamités qui l'accompagnent (idée traditionnellement résumée par la prière pro mora finis, « pour le délai de la fin »).
12Lactance, Divinae institutiones (Institutions divines), livre VII : la chute de Rome et du « nom romain » précédera et annoncera la fin du monde et la venue de l'Antéchrist.
13Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la 2ᵉ aux Thessaloniciens, hom. IV. Texte anglais (NPNF) : « Some indeed say, the grace of the Spirit, but others the Roman empire, to whom I most of all accede. »
14Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XX, ch. 19 : « Some think that the Apostle Paul referred to the Roman empire… he alluded to Nero, whose deeds already seemed to be as the deeds of Antichrist. » Augustin rapporte cette opinion sans la faire sienne.
15Note de la New American Bible (édition catholique) sur 2 Th 2, 6-7 : traditionnellement, le v. 6 a été appliqué à l'Empire romain et le v. 7 à l'empereur, comme remparts retenant le chaos (cf. Romains 13, 1-7 sur l'autorité légitime).
16Interprétation reprise par des exégètes modernes (notamment O. Cullmann) : le frein neutre serait la prédication de l'Évangile à toutes les nations (cf. Matthieu 24, 14 ; Mc 13, 10), et « celui qui retient » le missionnaire ou l'Église qui l'accomplit.
17Lecture appuyée sur Daniel 12, 1 (« en ce temps-là se lèvera Michel, le grand prince ») et Apocalypse 12, 7 (Michel et ses anges combattant le dragon) : le frein serait l'archange saint Michel, protecteur du peuple de Dieu.
18Les exégètes antiochiens Théodore de Mopsueste et Théodoret de Cyr identifiaient « celui qui retient » à Dieu lui-même et à sa puissance — le décret de la Providence qui fixe souverainement le moment de la fin. Cette lecture rejoint la doctrine de la maîtrise divine du temps (cf. Ac 1, 7).
19Carl Schmitt, Der Nomos der Erde (1950) et Glossarium : le katechon y devient un concept de théologie politique désignant la puissance historique qui retient l'avènement de l'Antéchrist. Usage philosophique tardif, distinct de l'exégèse scripturaire.
20Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 2 octobre 1900. Jésus à Luisa, sur le sens de son état de victime : « ton état met un frein à ma Justice. »
21Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 17 novembre 1902 : la Justice divine comparée à une nuée chargée « de grêle, de tonnerre et de foudre », à laquelle l'âme-victime sert de frein « pour ne pas trop peser sur les populations ».
22Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 13, 28 décembre 1921 : la situation de Luisa doit se prolonger, « car elle retient le cours de ma Justice. »
23Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 5 décembre 1902 : « ces forteresses de la Justice que sont les âmes-victimes… le seul et unique soutien qui retient la Justice en ces temps extrêmement tristes. »
24Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 16, 9 mai 1924 : en présence d'une âme qui a sa Volonté pour vie, « combien de maux et de châtiments Je retiens par égard pour cette âme ! »
25Sur la portée des actes accomplis dans la Divine Volonté et leur dimension de communion, voir Joseph L. Iannuzzi, Le don de la vie dans la Divine Volonté dans les écrits de Luisa Piccarreta (thèse, Université pontificale grégorienne, 2012), ainsi que les 70 questions sur le Don de la Vie dans la Divine Volonté.
26Sur le règne de la Divine Volonté compris comme accomplissement spirituel du Notre Père, et non comme millénarisme (CEC § 676), voir Le Règne de l'Esprit.
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