Adam et Ève (vers 4000 av. J.-C.)

Adam et Ève, les premiers parents du genre humain : le récit de la Genèse, son auteur Moïse selon la tradition, sa théologie du mariage et de la chute, et son accomplissement dans le Christ nouvel Adam.

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Adam et Ève sont, selon l'Écriture reçue par l'Église, les premiers parents de tout le genre humain : créés directement par Dieu, placés dans le jardin d'Éden, tombés par désobéissance, puis relevés par la promesse d'un Sauveur. Leur histoire occupe les cinq premiers chapitres de la Bible, dans le livre de la Livre de la Genèse, et innerve toute la théologie catholique : image de Dieu, mariage, travail, péché originel, rédemption par le Christ nouvel Adam et Marie nouvelle Ève. L'Église les tient pour deux personnes réelles, fêtées au calendrier liturgique, et voit dans leur chute l'événement que la mort du Christ vient réparer.

Adam et Ève dans le canon des Écritures

La Genèse, premier livre de la Bible

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Le récit d'Adam et Ève se trouve dans la Genèse, premier des cinq livres du Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), lui-même première partie de l'Ancien Testament et ouverture de toute la Bible chrétienne[1]. La Genèse porte en hébreu le nom de Bereshit (« Au commencement »), son premier mot, et en grec celui de Genesis (« origine, naissance ») donné par la Septante[2]. Sa place n'est pas accidentelle : tout ce que la Révélation dira ensuite du péché, de l'alliance, du peuple élu et du Messie suppose ce commencement[3].

Le livre compte cinquante chapitres. L'histoire d'Adam et Ève en occupe les cinq premiers, ce qu'on appelle couramment l'histoire des origines (Gn 1 à 11), avant le cycle des patriarches qui s'ouvre avec l'appel d'Abraham en Gn 12[4]. Cette architecture fait d'Adam et Ève non un épisode isolé mais le socle de toute l'histoire sainte : d'eux descendent Noé, puis Abraham, puis le peuple d'Israël, puis le Christ lui-même selon sa généalogie humaine[5].

Les autres mentions d'Adam et Ève dans la Bible

Adam et Ève ne sont pas cantonnés à la Genèse : une douzaine de livres bibliques les nomment ou les supposent, ce qui interdit de traiter Gn 1 à 5 comme une pièce rapportée tardive. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions.

Livre bibliquePassageCe que le texte apporte sur Adam et Ève
PsaumesPs 8, 5-7L'homme « un peu moindre qu'un dieu », couronné de gloire, écho de Gn 1
Ben SiraSi 17, 1-4Dieu crée l'homme de la terre et le revêt de force selon son image
SagesseSg 2, 23-24L'homme créé pour l'incorruptibilité ; la mort entrée par la jalousie du diable
TobieTb 8, 6Prière du mariage : « C'est toi qui as fait Adam » et Ève son aide
Ben SiraSi 49, 16Adam placé au-dessus de tout être vivant de la création
Évangile selon LucLc 3, 38Généalogie de Jésus remontant jusqu'à « Adam, fils de Dieu »
Évangile selon MatthieuMt 19, 4-6Jésus cite Gn 1, 27 et Gn 2, 24 comme parole du Créateur
RomainsRm 5, 12-21Par un seul homme le péché est entré ; par un seul vient la justification
1 Corinthiens1 Co 15, 21-22.45Le premier Adam, être vivant ; le dernier Adam, esprit vivifiant
1 Timothée1 Tm 2, 13-14Adam formé le premier, puis Ève ; rappel de la séduction
JudeJude 14Hénoch « le septième depuis Adam », généalogie comptée comme réelle
ApocalypseAp 12, 9Le diable identifié au « serpent des origines », celui de Gn 3

Deux de ces mentions méritent une attention particulière. Quand Jésus est interrogé sur le mariage, il ne commente pas la Loi de Moïse : il remonte au commencement, citant ensemble les deux récits de la création comme une seule parole du Créateur[6]. Et quand saint Paul construit sa doctrine du salut, il fait d'Adam non une figure littéraire mais le type inversé du Christ : un seul homme réel d'un côté, un seul homme réel de l'autre[7].

« N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit homme et femme, et dit : À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair ? »

  • Jésus-Christ, Évangile selon saint Matthieu 19, 4-5, traduction AELF[8]

L'auteur et la datation traditionnels : Moïse

Ce que tient la tradition juive et ecclésiale

La tradition juive unanime, reprise par l'Église, attribue le Pentateuque à Moïse : le Christ lui-même parle de ce que « Moïse a écrit » à son sujet et renvoie ses auditeurs au « livre de Moïse »[9]. Le Nouveau Testament suppose cette attribution sans jamais la discuter, et les Pères la reçoivent comme un fait : Moïse est l'auteur humain du récit des origines, écrivant sous l'inspiration divine[10].

La Commission Biblique Pontificale, interrogée sur la question, a confirmé le 27 juin 1906 la substance de cette attribution traditionnelle : Moïse est bien l'auteur du Pentateuque au sens où l'entend la tradition, ce qui n'exclut ni l'emploi de sources antérieures, ni des retouches ou additions postérieures sous inspiration[11]. Ce décret a été muni par saint Pie X d'une autorité obligeant en conscience[12].

La datation reçue : le IIe millénaire avant notre ère

Dans la chronologie reçue, Moïse conduit la sortie d'Égypte au IIe millénaire avant Jésus-Christ, et la rédaction du Pentateuque appartient donc à cette époque : le récit de la Genèse est antérieur de plus d'un millénaire aux prophètes écrivains comme Isaïe ou Jérémie[13]. Cette ancienneté explique le style du texte, sa langue archaïque et sa proximité avec le monde du Proche-Orient ancien, sans rien retirer à son inspiration.

La création d'Adam elle-même est placée par la chronologie biblique reçue vers 4000 avant Jésus-Christ : c'est le calcul d'Ussher (4004 av. J.-C., dans ses Annales de 1650)[14], celui du Seder Olam Rabbah juif (3761 av. J.-C., origine du calendrier hébraïque)[15], et celui des Pères qui ont compté les générations depuis Adam, comme saint Bède le Vénérable dans son De la mesure des temps (725)[16]. Ces calculs divergent entre eux de quelques siècles selon les manuscrits suivis, mais convergent sur l'essentiel : une histoire humaine courte, de l'ordre de six mille ans.

Pourquoi cette attribution reste défendable

Trois arguments portent la position traditionnelle. D'abord le témoignage du Christ lui-même : si Moïse n'avait pas écrit ces livres, les paroles de Jésus qui les lui attribuent seraient erronées, ce que la foi en son inerrance exclut[17]. Ensuite l'unanimité de la réception : aucune tradition juive ou chrétienne ancienne ne propose un autre auteur, et les Samaritains eux-mêmes, séparés des Juifs depuis l'Exil, conservent le même Pentateuque attribué à Moïse[18]. Enfin la cohérence interne : le Pentateuque se présente comme l'œuvre du législateur d'Israël, témoin des événements de l'Exode, et la Genèse comme la préhistoire qu'il donne à son peuple avant la Loi[19].

Les témoins anciens du texte de la Genèse

La Septante d'Alexandrie (IIIe siècle av. J.-C.)

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La plus ancienne traduction de la Genèse est la Septante, version grecque réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle avant Jésus-Christ, selon la tradition par soixante-douze traducteurs juifs dont la Lettre d'Aristée (IIe siècle av. J.-C.) raconte la mission[20]. C'est cette Bible grecque que citent le plus souvent le Nouveau Testament et les Pères : quand saint Paul parle d'Adam, il lit la Genèse dans cette version. Son existence prouve que le texte hébreu de la Genèse était déjà fixé, vénéré et diffusé dans tout le monde juif plusieurs siècles avant le Christ.

Le texte hébreu, le Pentateuque samaritain et Qumrân

Le texte massorétique, fixé par les scribes juifs dits massorètes au cours du premier millénaire chrétien, conserve l'hébreu de la Genèse avec une fidélité vérifiable : les manuscrits de la Genèse découverts à Qumrân, au bord de la mer Morte, dont certains remontent au IIe siècle avant Jésus-Christ, confirment sur l'essentiel la stabilité millénaire de ce texte[21]. Le Pentateuque samaritain, conservé par la communauté samaritaine séparée du judaïsme depuis l'Exil de Babylone, offre un témoin indépendant supplémentaire : malgré des siècles de séparation, les deux traditions s'accordent sur le récit d'Adam et Ève[22].

La Vulgate de saint Jérôme (fin du IVe siècle)

Saint Jérôme traduit la Genèse en latin à Bethléem à la fin du IVe siècle, directement depuis l'hébreu : c'est la Vulgate, Bible officielle de l'Église latine pendant plus de quinze siècles[23]. Le récit d'Adam et Ève que la liturgie romaine proclame encore aujourd'hui descend en droite ligne de ce travail : la chaîne de transmission du texte, de Moïse aux missels actuels, est documentée sans rupture.

Témoin du texteÉpoqueLangueApport décisif
Texte hébreu reçuIIe millénaire av. J.-C. (rédaction mosaïque)HébreuOriginal inspiré, conservé par les scribes
SeptanteIIIe siècle av. J.-C., AlexandrieGrecBible des apôtres et des Pères, texte déjà fixé
Manuscrits de QumrânIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C.HébreuPreuve de la stabilité du texte sur mille ans
Pentateuque samaritainConservé depuis l'Exil (VIe siècle av. J.-C.)HébreuTémoin indépendant du même récit
Vulgate de saint JérômeFin du IVe siècle ap. J.-C., BethléemLatinBible de l'Occident chrétien pendant 1500 ans

Le récit de la Genèse, pas à pas

Le plan des cinq premiers chapitres

L'histoire d'Adam et Ève suit un plan simple et dramatique : création (Gn 1 à 2), chute (Gn 3), conséquences dans la première fratrie et la descendance (Gn 4 à 5). Le tableau ci-dessous en donne la carte avant la lecture détaillée.

SectionContenuPersonnages introduits
Gn 1, 1-2, 3Création du monde en six jours, puis l'homme et la femme à l'image de DieuAdam et Ève (nommés « homme et femme »)
Gn 2, 4-25Second récit : le jardin d'Éden, la formation de la femmeÈve formée d'Adam, le jardin, les deux arbres
Gn 3La tentation, la désobéissance, le jugement, l'expulsionLe serpent, les chérubins
Gn 4Caïn et Abel, le premier meurtre, la lignée de Caïn, la naissance de SethCaïn, Abel, Seth
Gn 5Généalogie d'Adam à Noé, avec les durées de vieHénoch, Mathusalem, Lamech, Noé

Gn 1 : l'homme et la femme créés à l'image de Dieu

Le premier chapitre s'achève sur le sommet de l'œuvre : après la lumière, les astres, les animaux, Dieu crée l'être humain, homme et femme, à son image et à sa ressemblance, et leur confie la terre[24]. Trois traits distinguent cette création : elle est délibérée en conseil divin (« Faisons l'homme »), elle communique une dignité unique (l'image), et elle s'accompagne d'une bénédiction et d'une mission (croître, remplir la terre, la soumettre)[25]. Le Catéchisme y voit le fondement de toute anthropologie chrétienne : « L'homme tient une place unique dans la création : il est à l'image de Dieu »[26].

« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. »

  • Livre de la Genèse 1, 27, traduction AELF[27]

Gn 2 : le jardin, la terre façonnée, la femme tirée de l'homme

Le deuxième chapitre reprend la création de l'homme avec d'autres images : Dieu façonne Adam de la poussière du sol (adam vient de adamah, la terre arable) et souffle dans ses narines une haleine de vie[28]. Puis il le place dans un jardin planté en Éden, mot hébreu qui signifie « délices », pour le garder et le cultiver[29]. Vient ensuite la création de la femme : Dieu plonge l'homme dans un sommeil mystérieux, prend une de ses côtes et la façonne en femme, que l'homme reconnaît comme « l'os de mes os et la chair de ma chair »[30].

Le nom propre d'Ève (Hawwah, « la vivante ») n'est donné qu'après la chute : « L'homme appela sa femme Ève, parce qu'elle fut la mère de tous les vivants »[31]. Avant cela, elle est ishshah, la femme tirée de l'homme (ish) : l'hébreu lui-même dit leur consubstantialité. Le chapitre se clôt sur la première parole du mariage : l'homme quittera père et mère, s'attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair[32]. C'est ce verset que Jésus citera comme parole du Créateur et que le Rituel du mariage propose encore parmi ses lectures[33].

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« Alors le Seigneur Dieu modela l'homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l'homme devint un être vivant. »

Gn 3 : la tentation, la chute, le jugement et la promesse

Le troisième chapitre est le drame : le serpent, décrit comme le plus rusé des animaux, fait douter la femme de la parole de Dieu, puis de sa bonté, puis l'entraîne avec l'homme à manger du fruit de l'arbre défendu[35]. Les yeux s'ouvrent aussitôt, mais sur leur nudité : la honte entre dans le monde. Interrogés par Dieu qui se promène dans le jardin à la brise du jour, l'homme accuse la femme, la femme accuse le serpent : la concorde originelle est brisée du même coup que l'obéissance.

Le jugement suit, en trois sentences : le serpent sera maudit et rampant ; la femme enfantera dans la douleur et désirera son mari qui dominera sur elle ; l'homme peinera sur un sol maudit, à la sueur de son visage, jusqu'à retourner à la poussière[36]. Mais au cœur même de la condamnation du serpent, Dieu glisse la première annonce du salut, le protévangile : la descendance de la femme écrasera la tête du serpent[37]. Avant l'expulsion, Dieu lui-même revêt Adam et Ève de tuniques de peau, dernier geste de sollicitude paternelle[38], puis poste les chérubins et la flamme du glaive à l'entrée du jardin[39].

« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »

  • Livre de la Genèse 3, 15, traduction AELF : le protévangile[40]

« C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens : car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. »

  • Livre de la Genèse 3, 19, traduction AELF[41]

Gn 4 : Caïn, Abel et Seth

Le quatrième chapitre montre le péché qui se propage dès la première fratrie : Caïn, cultivateur, tue par jalousie son frère Abel, pasteur dont l'offrande avait plu à Dieu[42]. Interrogé, Caïn répond par la question la plus célèbre de la fuite : « Suis-je le gardien de mon frère ? » Dieu le marque d'un signe protecteur et l'exile au pays de Nod, où sa descendance fonde les premiers métiers : éleveurs, musiciens, forgerons[43]. Après ce sombre lignage, Ève enfante Seth, donné « à la place d'Abel », et c'est en son temps, précise le texte, « qu'on commença à invoquer le nom du Seigneur »[44] : le culte public naît dans la lignée qui mènera à Noé.

Gn 5 : la généalogie d'Adam à Noé

Le cinquième chapitre aligne dix générations d'Adam à Noé, chacune avec l'âge du patriarche à la naissance de son fils et la durée totale de sa vie : Adam engendre Seth à 130 ans et meurt à 930 ans[45]. Le tableau généalogique, avec ses longévités stupéfiantes, culmine avec Mathusalem (969 ans) et s'interrompt avec Hénoch, qui « marcha avec Dieu » et fut enlevé sans mourir à 365 ans[46].

PatriarcheÂge à la naissance du fils nomméDurée de vie totale
Adam130 ans (Seth)930 ans
Seth105 ans (Énosh)912 ans
Énosh90 ans (Qénân)905 ans
Qénân70 ans (Mahalalel)910 ans
Mahalalel65 ans (Yared)895 ans
Yared162 ans (Hénoch)962 ans
Hénoch65 ans (Mathusalem)365 ans, enlevé par Dieu
Mathusalem187 ans (Lamech)969 ans
Lamech182 ans (Noé)777 ans
Noé500 ans (Sem, Cham, Japhet)950 ans

Ces chiffres varient légèrement selon les témoins du texte : entre la création et le Déluge, le texte hébreu compte 1656 ans, la Septante 2262 ans, le Pentateuque samaritain 1307 ans, car les trois traditions ne s'accordent pas sur l'âge des patriarches à la naissance de leur fils[47]. Loin d'embarrasser la lecture traditionnelle, ces écarts confirment que des scribes prudents ont copié des nombres reçus sans les harmoniser : on n'invente pas de travers.

La théologie d'Adam et Ève : ce que l'Église en tient

Créés à l'image de Dieu, corps et âme

L'homme est le seul être visible capable de connaître et d'aimer son Créateur : telle est la portée de l'image divine, qui ne désigne pas une ressemblance physique mais une parenté spirituelle[48]. L'Église enseigne que chaque âme humaine est immédiatement créée par Dieu, non produite par les parents, et qu'elle est immortelle : c'est le fondement de la dignité inviolable de toute personne, du premier instant de son existence[49]. Saint Thomas d'Aquin précise l'articulation : l'âme d'Adam est créée directement par Dieu, tandis que son corps est formé de la matière du monde, et celui d'Ève tiré d'Adam lui-même, pour marquer l'unité du couple et du genre humain[50].

Un seul couple à l'origine de tous : le monogénisme

Adam et Ève sont les premiers parents de tout le genre humain, sans exception : c'est le monogénisme, que Pie XII déclare inconciliable avec toute thèse qui ferait exister de vrais hommes ne descendant pas d'Adam par génération naturelle, ou qui réduirait Adam à une collection de premiers parents[51]. Saint Paul en donne la version missionnaire aux Athéniens : Dieu « a fait habiter sur toute la surface de la terre tout le genre humain, issu d'un seul »[52]. Saint Augustin en tire la fraternité universelle : Dieu a voulu que tous les hommes sortent d'un seul, afin que la société humaine soit tenue par le lien du sang autant que par celui de la concorde[53].

La démonstration philosophique et scientifique complète de cette unité, ainsi que la réfutation du polygénisme, sont traitées dans l'article dédié : Adam et Ève ont-ils vraiment existé ? Elles n'appartiennent pas à cette page, qui présente les personnages et leur histoire.

Le mariage institué dès l'origine

Avant tout commandement, Dieu constate une manque : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul »[54]. La femme n'est donc pas un ajout tardif mais l'achèvement du dessein : tirée de l'homme, reconnue par lui, unie à lui dans une seule chair[55]. Le Catéchisme y voit l'institution divine du mariage : l'Écriture s'ouvre par la création de l'homme et de la femme à l'image de Dieu[56]. Quand Tobie prie la nuit de ses noces, il reprend exactement ce fondement : « C'est toi qui as fait Adam ; tu lui as fait une aide et un appui : Ève, sa femme »[57].

« C'est toi qui as fait Adam ; tu lui as fait une aide et un appui : Ève, sa femme. »

  • Livre de Tobie 8, 6, prière du mariage, traduction AELF[58]

Le travail et la garde du jardin

Placé dans l'Éden « pour le garder et le cultiver », Adam reçoit le travail avant la chute : il n'est donc pas une malédiction mais une vocation, participation à l'œuvre du Créateur[59]. La sueur et la peine, elles, viennent après : le sol maudit produira épines et chardons[60]. Cette distinction éclaire toute la doctrine sociale de l'Église sur le travail : il est bon par nature, pénible par accident, depuis qu'Adam a désobéi.

La justice originelle : ce qu'Adam et Ève ont perdu

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Avant la chute, nos premiers parents jouissaient de la justice originelle : amitié avec Dieu, harmonie intérieure sans convoitise déréglée, harmonie du couple, harmonie avec la création, exemption de la mort[61]. Le concile de Trente définit dogmatiquement ce qui fut perdu : Adam, en transgressant le précepte, perdit aussitôt la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été constitué[62]. Le Catéchisme romain de 1566 transmettait déjà cette doctrine aux curés chargés d'instruire les fidèles[63].

Le péché originel : un événement, pas un symbole

Le Catéchisme l'affirme avec une précision que les résumés omettent toujours par moitié : « Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme »[64]. Le péché d'Adam est donc un acte personnel, unique par origine, transmis à toute sa descendance par propagation et non par imitation, et effaçable uniquement par le mérite du Christ : ce sont les trois anathèmes du décret de Trente sur le péché originel[65]. Ses conséquences atteignent chaque homme : privation de la justice originelle, blessure de la nature, inclination au mal, ignorance, souffrance, mort[66].

« Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme. »

  • Catéchisme de l'Église catholique, §390[67]

L'accomplissement chrétien : le nouvel Adam et la nouvelle Ève

Saint Paul : Adam figure inversée du Christ

Toute la sotériologie paulinienne repose sur le parallèle de deux hommes uniques : « De même que par la désobéissance d'un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l'obéissance d'un seul la multitude sera rendue juste »[68]. Et : « Puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c'est dans le Christ que tous recevront la vie »[69]. Le premier Adam est devenu un être vivant ; le dernier Adam, un esprit qui donne la vie[70]. Sans le premier terme, réel et historique, le second perd son sens : on ne rachète pas une métaphore.

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« De même, en effet, que par la désobéissance d'un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l'obéissance d'un seul la multitude sera rendue juste. »

Saint Irénée : la récapitulation et le nœud dénoué

Vers 180, saint Irénée de Lyon donne à ce parallèle son nom théologique : la récapitulation (recapitulatio). Le Christ refait en sens inverse, et avec succès, ce qu'Adam avait fait en désobéissant, résumant en lui la longue suite des hommes pour leur rendre ce qu'ils avaient perdu[72]. Et il étend le parallèle à Ève : ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l'a délié par sa foi[73]. C'est la première théologie mariale de l'histoire, et elle suppose Ève personne réelle : un nœud imaginaire n'a pas besoin d'être dénoué.

« Ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l'a délié par sa foi. »

  • Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, ch. 22, §4, vers 180 (texte latin : Quod enim alligavit virgo Eva per incredulitatem, hoc virgo Maria solvit per fidem)[74]

« De même que par la désobéissance d'une vierge l'homme a été frappé et est tombé dans la mort, ainsi par la Vierge obéissante à la parole de Dieu l'homme ressuscité a reçu la vie. »

  • Saint Irénée de Lyon, Démonstration de la prédication apostolique, §33, vers 180[75]

La Sagesse, le diable jaloux et le serpent des origines

Deux livres tardifs de l'Ancien Testament identifient l'instigateur : le livre de la Sagesse enseigne que Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, à l'image de sa propre nature, et que « c'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde »[76]. L'Apocalypse achève l'identification : le dragon combattu par Michel est « le serpent des origines, celui qu'on nomme Diable et Satan »[77]. Le serpent de Gn 3 n'est donc pas un simple animal rusé : il est l'instrument visible de l'Adversaire invisible, ce que Jésus confirme en appelant le diable « meurtrier dès le commencement »[78].

L'usage liturgique : Adam et Ève priés et fêtés

Des saints au calendrier : le 24 décembre

L'Église ne se contente pas de raconter Adam et Ève : elle les vénère comme saints. Le Martyrologe romain inscrit au 24 décembre, veille de Noël, la mémoire des saints premiers parents Adam et Ève[79]. Le choix de la date est une théologie en acte : à la veille du jour où naît le nouvel Adam, l'Église commémore l'ancien, dont la faute a rendu nécessaire la venue du Sauveur.

La nuit de Pâques : « Heureuse faute »

Le sommet liturgique de l'année, la Vigile pascale, s'ouvre par la lecture de la création (Gn 1, 1 à 2, 2) en première lecture[80], puis fait chanter au cierge pascal le Précon (Exsultet), qui ose le paradoxe le plus célèbre de la liturgie latine.

« O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! Heureuse faute qui nous a valu un si grand Rédempteur ! »

  • Précon pascal (Exsultet), chanté à la Vigile pascale[81]

Le Carême et le mariage

Le récit de la chute est proclamé le 1er dimanche de Carême (année A) : en entrant dans le désert avec le Christ tenté, l'Église relit la tentation manquée des origines à la lumière de la tentation victorieuse du nouvel Adam[82]. Et le Rituel du mariage propose les récits de la création (Gn 1, 26-28 ; Gn 2, 18-24) parmi les lectures de la célébration : chaque couple chrétien se marie sous le patronage du premier couple[83].

La réception : Pères, chronologistes et artistes

Les Pères lisent Adam et Ève comme histoire vraie

Dès le IIe siècle, les Pères traitent Adam et Ève comme des personnes historiques. Théophile d'Antioche, dans son À Autolycus, compte les années depuis Adam et commente les jours de la création[84]. Saint Jean Chrysostome prêche 67 homélies sur la Genèse à Antioche, expliquant verset par verset la formation d'Adam, le sommeil mystérieux et la faute[85]. Saint Éphrem le Syrien chante le paradis perdu dans ses Hymnes sur le paradis[86]. Et saint Augustin consacre à la question son chantier exégétique le plus long : La Genèse au sens littéral, en douze livres rédigés entre 401 et 415, où il défend le sens historique du texte tout en reconnaissant ses profondeurs allégoriques[87]. Dans La Cité de Dieu (livres XII à XIV, 413-426), il fonde sur l'unité d'origine du genre humain toute sa doctrine de la paix et de la fraternité[88].

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Au Moyen Âge, saint Thomas d'Aquin systématise : formation du corps d'Adam, production d'Ève, nature de l'image divine, état d'innocence, demeure du paradis (Somme théologique, Ire partie, questions 90 à 102), puis transmission du péché originel (Ire-IIe, questions 81 à 83)[89].

  1. vers 280-250 av. J.-C.
    La Septante à Alexandrie

    Traduction grecque de la Genèse : le texte est déjà fixé et vénéré dans tout le judaïsme.

  2. vers 93-94 ap. J.-C.
    Flavius Josèphe raconte Adam

    Les Antiquités judaïques (livre I) reprennent l'histoire d'Adam et Ève comme l'ouverture de l'histoire du peuple juif[90].

  3. vers 180
    Irénée et Théophile

    À Lyon et à Antioche, les Pères fondent sur Adam réel la théologie de la récapitulation et la chronologie du monde.

  4. 401-415
    Augustin, La Genèse au sens littéral

    Douze livres pour défendre le sens historique de Gn 1 à 3 contre les moqueries païennes et manichéennes.

  5. 725
    Bède compte les années

    Le De la mesure des temps perpétue la chronologie courte depuis Adam dans l'Occident monastique.

  6. 1650
    Ussher date la création

    Les Annales de l'Ancien Testament fixent la création au 23 octobre 4004 av. J.-C., date imprimée en marge des bibles pendant deux siècles.

  7. 30 juin 1909
    La Commission Biblique tranche

    Le décret sur le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse : réponse négative à ceux qui voudraient le mettre en doute.

  8. 12 août 1950
    Humani Generis

    Pie XII réaffirme l'unité du genre humain et l'incompatibilité du polygénisme avec le péché originel.

Les artistes racontent les origines

La Création d'Adam, par Michel-Ange (voûte de la chapelle Sixtine, vers 1511). Dieu tend vers Adam l'étincelle de vie : la fresque la plus reproduite de toute la Bible. Wikimedia Commons, Domaine public (PD-Art).

L'art chrétien a fait d'Adam et Ève l'un de ses sujets les plus peints et sculptés : la chute se lit sur les murs des catacombes dès les premiers siècles, puis sur les chapiteaux romans et les vitraux gothiques[91]. Trois chefs-d'œuvre dominent : Masaccio, dans la chapelle Brancacci de Florence (vers 1424-1427), peint la Tentation et surtout l'Expulsion, d'une violence pathétique inédite[92] ; Michel-Ange, sur la voûte de la chapelle Sixtine (1508-1512), donne la Création d'Adam, devenue l'image la plus reproduite de la Bible[93] ; Albrecht Dürer grave son Adam et Ève en 1504, somme de la beauté idéale selon les canons de la Renaissance[94]. Le polyptyque de l'Agneau mystique des frères Van Eyck à Gand (1432) place Adam et Ève grandeur nature sur les volets extérieurs, face au ciel ouvert[95].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Les hypothèses courantes

Depuis le XVIIIe siècle, une partie de l'exégèse propose de lire la Genèse autrement que la tradition. Jean Astruc publie en 1753 ses Conjectures sur les « mémoires » utilisés par Moïse, distinguant les passages où Dieu est nommé Élohim de ceux où il est nommé Yahvé[96]. Julius Wellhausen systématise en 1878 l'hypothèse documentaire : le Pentateuque serait un montage tardif de quatre sources (yahviste, élohiste, deutéronomiste, sacerdotale), assemblées après l'Exil[97]. Dans ce cadre, Gn 1 (attribué à la source sacerdotale, VIe-Ve siècle av. J.-C.) et Gn 2 (attribué au yahviste, Xe siècle) deviendraient deux récits de création contradictoires cousus ensemble, et Adam une figure symbolique de l'humanité plutôt qu'un ancêtre réel.

Cinq fragilités de ces reconstructions

Exposées loyalement, ces hypothèses montrent cinq fragilités majeures.

1. Le présupposé anti-surnaturel. La datation tardive repose le plus souvent sur une prémisse philosophique et non sur une découverte : une prophétie précise ou un miracle étant jugés impossibles d'avance, tout texte qui en contient est déclaré postérieur aux événements. Ce n'est pas une conclusion de la recherche, c'en est le point de départ : le verdict est contenu dans la méthode.

2. Les datations circulaires. On date les sources les unes par les autres : tel psaume est tardif parce qu'il ressemble à tel texte jugé tardif, qui est jugé tardif parce qu'il ressemble au premier. Aucun manuscrit du Pentateuque antérieur à Qumrân ne permet de vérifier ces découpages, qui restent des reconstructions sur table.

3. L'argument du silence. L'absence de mention d'Adam dans tel livre prophétique est brandie comme preuve de son inexistence, alors que l'argument du silence ne prouve jamais rien : les prophètes ne citent pas davantage Abraham à chaque page, sans que personne n'en déduise qu'il n'a pas existé.

4. La confusion entre possibilité littéraire et preuve historique. Qu'un texte puisse se découper en sources (tout texte le peut, y compris un article de journal) ne prouve pas qu'il a été ainsi composé. Les critères de découpage (noms divins, doublets, style) donnent d'ailleurs des résultats divergents selon les écoles, signe qu'ils mesurent la méthode plus que le texte.

5. Le mépris de principe pour la Tradition. Les reconstructions traitent le témoignage unanime des Juifs et des chrétiens anciens comme suspect par principe, tout en accordant aux hypothèses modernes une confiance que leurs révisions incessantes démentent : l'hypothèse documentaire classique elle-même est aujourd'hui abandonnée ou profondément remaniée par une grande partie de ses héritiers.

Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable

Face à ces fragilités, la position traditionnelle aligne des pièces solides : le témoignage du Christ attribuant ces livres à Moïse[98], l'ancienneté prouvée du texte par la Septante et Qumrân[99], l'unanimité de la réception juive et chrétienne[100], la confirmation magistérielle de 1909 qui exige de maintenir le sens littéral historique de la création de toutes choses, de la création spéciale de l'homme, de la formation de la première femme à partir du premier homme et de l'unité du genre humain[101], et la réaffirmation de Pie XII que les onze premiers chapitres « appartiennent au genre historique en un sens vrai »[102]. Saint Paul VI, en 1966, a jugé inconciliables avec la foi les explications qui nient que le péché d'où sont venus tant de maux fut d'abord la désobéissance d'Adam « premier homme »[103]. On n'écrit donc pas « la recherche a démontré » quand il s'agit d'hypothèses révisables : on écrit qu'une partie de l'exégèse contemporaine propose, puis on répond.

Le même message de 1996 rappelle d'ailleurs la distinction fixée par Pie XII, que tout catholique peut tenir sans crainte : « Si le corps humain tient son origine de la matière vivante qui lui préexiste, l'âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu »[104]. Et il écarte sans ambiguïté les lectures matérialistes : les théories qui font émerger l'esprit des seules forces de la matière vivante « sont incompatibles avec la vérité de l'homme »[105]. Quant à la formule de Vatican II sur l'inerrance, elle dit pourquoi Dieu a fait consigner la vérité, « en vue de notre salut », et non sur quoi porte l'inerrance : un concile ne contredit pas Providentissimus Deus[106].

« Avec l'homme, nous nous trouvons donc devant une différence d'ordre ontologique, devant un saut ontologique, pourrait-on dire. »

Conclusion : le premier couple et le dernier Adam

Adam et Ève ouvrent la Bible parce qu'ils ouvrent l'histoire : créés par amour à l'image de Dieu, mariés par Dieu lui-même, travailleurs de son jardin, tombés par orgueil, pleurés par Dieu qui les revêt avant de les exiler, promis dès la sentence à une descendance victorieuse. Tout le reste de l'Écriture n'est que le déploiement de Gn 3, 15 : l'hostilité entre le serpent et la femme, entre sa descendance et la sienne, jusqu'à la Croix où le nouvel Adam, obéissant jusqu'à la mort, écrase la tête que l'ancien avait suivie. L'Église les fête la veille de Noël parce qu'ils sont la raison de Noël : sans leur chute, pas de Rédempteur ; sans leur réalité, pas de rédemption. « Heureuse faute », chante-t-elle chaque année dans la nuit pascale, « qui nous a valu un si grand Rédempteur »[108].

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Pour aller plus loin

Notes et références

Notes et références

  1. Concile de Trente, session IV, Décret sur les livres saints et les traditions, 8 avril 1546 : le concile fixe le canon et reçoit les livres en entier avec toutes leurs parties.

    1
  2. Traduction grecque d'Alexandrie à partir du IIIe siècle av. J.-C. ; la Lettre d'Aristée à Philocrate (IIe siècle av. J.-C.) en raconte la légende des soixante-douze traducteurs.

    2 20 99
  3. Catéchisme de l'Église catholique, §1602 : l'Écriture s'ouvre par la création de l'homme et de la femme à l'image de Dieu (Gn 1, 26-27).

    3 56
  4. Structure usuelle du livre : histoire des origines (Gn 1 à 11), puis cycle d'Abraham (Gn 12 à 25), d'Isaac et de Jacob (Gn 26 à 36), de Joseph (Gn 37 à 50).

    4 19
  5. Évangile selon saint Luc 3, 38, traduction AELF : la généalogie de Jésus remonte par Seth et Adam jusqu'à Dieu, « Adam, fils de Dieu ».

    5
  6. Évangile selon saint Matthieu 19, 4-6, traduction AELF : Jésus cite Gn 1, 27 et Gn 2, 24 comme parole du Créateur ; cf. Mc 10, 6-8.

    6 8 33 83
  7. Saint Paul, Épître aux Romains 5, 19, traduction AELF : par la désobéissance d'un seul la multitude rendue pécheresse, par l'obéissance d'un seul la multitude rendue juste.

    7 68 71
  8. Évangile selon saint Jean 5, 46, traduction AELF : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit » ; cf. Mc 12, 26, le « livre de Moïse ».

    9 17 98
  9. Concile Vatican I, constitution Dei Filius, ch. 2, 24 avril 1870 (DS 3006) : les livres saints, écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur ; cf. Léon XIII, Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 (DS 3291), et Vatican II, Dei Verbum 11.

    10 106
  10. Commission Biblique Pontificale, 27 juin 1906 : confirmation substantielle de l'attribution mosaïque du Pentateuque, sans exclure sources antérieures ni retouches inspirées.

    11
  11. Saint Pie X, motu proprio Praestantia Scripturae, 18 novembre 1907 (Acta Sanctae Sedis 40, pp. 723-726) : les décisions de la Commission Biblique obligent en conscience.

    12
  12. Datation traditionnelle : Moïse et l'Exode appartiennent au IIe millénaire av. J.-C. ; la Genèse est donc antérieure de plus de mille ans aux prophètes écrivains (VIIIe-VIe siècles).

    13
  13. James Ussher, Annales Veteris Testamenti, Londres, 1650, p. 1 : création au début de la nuit précédant le 23 octobre 4004 av. J.-C. (calendrier julien), d'après les généalogies et les synchronismes assyriens ; trad. moderne Larry et Marion Pierce, The Annals of the World, Master Books, 2003.

    14
  14. Seder Olam Rabbah, attribué à Rabbi Yossi ben Halafta (IIe siècle) : la création est placée en l'an 3761 av. J.-C., origine du calendrier hébraïque.

    15
  15. Saint Bède le Vénérable, De temporum ratione (De la mesure des temps), 725 : perpétue en Occident la chronologie courte comptée depuis Adam.

    16
  16. Pentateuque conservé par la communauté samaritaine, séparée du judaïsme depuis l'Exil (VIe siècle av. J.-C.) : témoin indépendant du même texte attribué à Moïse.

    18 22 100
  17. Manuscrits de la mer Morte (IIe siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C.) : les copies de la Genèse confirment la stabilité du texte hébreu sur près de mille ans.

    21
  18. Saint Jérôme, traduction latine depuis l'hébreu à Bethléem, fin du IVe siècle : la Vulgate, Bible officielle de l'Occident pendant plus de quinze siècles.

    23
  19. Genèse 1, 27, traduction AELF : l'homme créé à l'image de Dieu, homme et femme.

    24 27
  20. Genèse 1, 28, traduction AELF : bénédiction et mission, croître, remplir la terre, la soumettre.

    25
  21. Catéchisme de l'Église catholique, §355 : l'homme tient une place unique dans la création, il est à l'image de Dieu.

    26 48
  22. Genèse 2, 7, traduction AELF : Adam façonné de la poussière, haleine de vie insufflée.

    28 34
  23. Genèse 2, 15, traduction AELF : l'homme placé dans le jardin d'Éden pour le garder et le cultiver.

    29 59
  24. Genèse 2, 21-24, traduction AELF : le sommeil, la côte, la femme reconnue, et l'union dans une seule chair.

    30 55
  25. Genèse 3, 20, traduction AELF : Ève (Hawwah, la vivante), mère de tous les vivants.

    31
  26. Genèse 2, 24, traduction AELF : quitter père et mère, s'attacher, devenir une seule chair ; cité par Jésus en Mt 19, 5.

    32
  27. Genèse 3, 1-6, traduction AELF : le dialogue du serpent, le doute, le fruit mangé.

    35
  28. Genèse 3, 16-19, traduction AELF : les trois sentences, douleur, labeur, retour à la poussière.

    36 41 60
  29. Genèse 3, 15, traduction AELF : le protévangile, première annonce du Sauveur issu de la femme.

    37 40
  30. Genèse 3, 21, traduction AELF : Dieu revêt Adam et Ève de tuniques de peau.

    38
  31. Genèse 3, 24, traduction AELF : les chérubins et la flamme du glaive à l'orient du jardin.

    39
  32. Genèse 4, 1-8, traduction AELF : Caïn et Abel, les offrandes, le premier meurtre.

    42
  33. Genèse 4, 17-22, traduction AELF : la lignée de Caïn, premiers éleveurs, musiciens et forgerons.

    43
  34. Genèse 4, 25-26, traduction AELF : naissance de Seth, invocation publique du nom du Seigneur.

    44
  35. Genèse 5, 3, traduction AELF : Adam engendre Seth à 130 ans ; cf. Gn 5, 5 pour ses 930 ans.

    45
  36. Genèse 5, 21-24, traduction AELF : Hénoch marche avec Dieu et est enlevé à 365 ans.

    46
  37. Création au Déluge : 1656 ans (texte hébreu), 2262 ans (Septante), 1307 ans (Pentateuque samaritain), selon les âges des patriarches à la naissance de leur fils dans chaque tradition.

    47
  38. Catéchisme de l'Église catholique, §366 : chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu, elle n'est pas produite par les parents, elle est immortelle (cf. Pie XII, Humani Generis, DS 3896 ; Latran V, DS 1440).

    49
  39. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire partie, q. 90-102 (production de l'homme et de la femme, image divine, état d'innocence, paradis) et Ire-IIe, q. 81-83 (transmission du péché originel) ; cf. De Malo, q. 4, a. 1, cité par le CEC 404.

    50 89
  40. Pie XII, encyclique Humani Generis, §37, 12 août 1950 (AAS 42, pp. 561-578) : les fidèles ne peuvent admettre le polygénisme, inconciliable avec le péché originel procédant d'un seul Adam.

    51
  41. Actes des Apôtres 17, 26, traduction AELF : discours à l'Aréopage, tout le genre humain issu d'un seul.

    52
  42. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livres XII-XIV, 413-426 : création unique de l'homme (XII, 22), chute et transmission du péché (XIV) ; trad. Louis Moreau revue par Jean-Claude Eslin, Éditions du Seuil, 2004.

    53 88
  43. Genèse 2, 18, traduction AELF : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ».

    54
  44. Livre de Tobie 8, 6, traduction AELF : prière de Tobie, Adam créé par Dieu, Ève donnée comme aide.

    57 58
  45. Catéchisme de l'Église catholique, §374-379 : la justice originelle, amitié divine, harmonies intérieure, conjugale et cosmique, exemption de la mort.

    61
  46. Concile de Trente, session V, Décret sur le péché originel, canon 1, 17 juin 1546 (DS 1511) : Adam perdit la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été constitué.

    62
  47. Catéchisme du concile de Trente (dit de saint Pie V), Rome, 1566 : transmet aux curés la doctrine de la création et de la chute.

    63
  48. Catéchisme de l'Église catholique, §390 : langage imagé de Gn 3 et événement primordial réellement advenu.

    64 67
  49. Concile de Trente, session V, canons 2 et 3, 17 juin 1546 (DS 1512-1513) : péché unique par origine, transmis par propagation non par imitation, effacé par le seul mérite du Christ.

    65
  50. Catéchisme de l'Église catholique, §396-404 : conséquences du péché d'Adam pour l'humanité.

    66
  51. Saint Paul, Première épître aux Corinthiens 15, 21-22, traduction AELF : tous meurent en Adam, tous revivront dans le Christ.

    69
  52. Saint Paul, Première épître aux Corinthiens 15, 45, traduction AELF : le premier Adam être vivant, le dernier Adam esprit vivifiant.

    70
  53. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, ch. 18, §1, vers 180 : le Christ récapitule en lui la longue suite des hommes ; éd. critique Sources Chrétiennes n° 211, Éditions du Cerf, 1974.

    72
  54. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, ch. 22, §4, vers 180 : ce que la vierge Ève lia par incrédulité, la Vierge Marie le délia par sa foi ; Sources Chrétiennes n° 211, pp. 439-441.

    73 74
  55. Saint Irénée de Lyon, Démonstration de la prédication apostolique, §33, vers 180 ; Sources Chrétiennes n° 406, Éditions du Cerf.

    75
  56. Livre de la Sagesse 2, 23-24, traduction AELF : l'homme créé pour l'incorruptibilité, la mort entrée par la jalousie du diable.

    76
  57. Apocalypse 12, 9, traduction AELF : le serpent des origines nommé Diable et Satan.

    77
  58. Évangile selon saint Jean 8, 44, traduction AELF : le diable meurtrier dès le commencement.

    78
  59. Martyrologium Romanum, édition typique, Cité du Vatican, 2004, au 24 décembre : mémoire des saints premiers parents Adam et Ève.

    79
  60. Missel romain, Vigile pascale : Gn 1, 1 à 2, 2 en première lecture de la nuit de Pâques.

    80
  61. Précon pascal (Exsultet) de la Vigile pascale : « O felix culpa quae talem ac tantum meruit habere Redemptorem ».

    81 108
  62. Lectionnaire dominical, 1er dimanche de Carême, année A : Gn 2, 7-9 et 3, 1-7, la chute relue face à la tentation victorieuse du Christ (Mt 4, 1-11).

    82
  63. Saint Théophile d'Antioche, À Autolycus, livres II-III, vers 180 : commentaire des jours de la création et décompte des années depuis Adam.

    84
  64. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur la Genèse (67 homélies prêchées à Antioche) : explication verset par verset ; coll. Sources Chrétiennes, Éditions du Cerf.

    85
  65. Saint Éphrem le Syrien, Hymnes sur le paradis, IVe siècle : chant du jardin perdu et de l'arbre de vie.

    86
  66. Saint Augustin, La Genèse au sens littéral (De Genesi ad litteram), douze livres, 401-415 : défense du sens historique de Gn 1 à 3.

    87
  67. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre I, vers 93-94 ap. J.-C. : l'histoire d'Adam et Ève racontée en ouverture de l'histoire du peuple juif.

    90
  68. Adam et Ève figurent parmi les sujets les plus constants de l'art chrétien, des sarcophages paléochrétiens aux vitraux gothiques.

    91
  69. Masaccio, La Tentation et L'Expulsion du paradis, chapelle Brancacci, Florence, vers 1424-1427.

    92
  70. Michel-Ange, voûte de la chapelle Sixtine, Vatican, 1508-1512 : Création d'Adam, Tentation et Chute.

    93
  71. Albrecht Dürer, Adam et Ève, gravure sur cuivre, 1504.

    94
  72. Jan et Hubert van Eyck, polyptyque de l'Agneau mystique, Gand, 1432 : Adam et Ève sur les volets extérieurs.

    95
  73. Jean Astruc, Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles, 1753 : distinction des noms divins Élohim et Yahvé.

    96
  74. Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, 1878 : systématisation de l'hypothèse documentaire (sources yahviste, élohiste, deutéronomiste, sacerdotale).

    97
  75. Commission Biblique Pontificale, décret De charactere historico trium priorum capitum Geneseos, 30 juin 1909 (AAS 1, pp. 567-569) : le sens littéral historique ne peut être mis en doute pour la création, la création spéciale de l'homme, la formation de la femme et l'unité du genre humain.

    101
  76. Pie XII, Humani Generis, §38, 12 août 1950 : les onze premiers chapitres appartiennent au genre historique en un sens vrai.

    102
  77. Saint Paul VI, discours sur le péché originel, 11 juillet 1966 (AAS 58, p. 654) : inconciliable avec la foi de nier que le péché fut d'abord la désobéissance d'Adam « premier homme ».

    103
  78. Saint Jean-Paul II, Message aux membres de l'Académie pontificale des sciences réunis en assemblée plénière, 22 octobre 1996 (texte écrit, classé parmi les messages du Saint-Siège, non prononcé en discours) : §5 pour l'âme immédiatement créée par Dieu (citant Pie XII) et pour l'incompatibilité des lectures matérialistes, §6 pour le saut ontologique ; texte français officiel sur vatican.va.

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