L'Ecclésiaste — en hébreu Qohélet — est l'un des livres les plus déroutants et les plus modernes de la Bible. En douze chapitres d'une lucidité brûlante, le roi Salomon, qui prend ici la parole comme « fils de David, roi de Jérusalem » (Qo 1, 1), passe au crible tout ce qui fait courir les hommes — le plaisir, la richesse, le pouvoir, le savoir, le travail — et le ramène à un même verdict : « Vanité des vanités, tout est vanité. »[1]
Le mot qui ouvre et referme le livre, hèvèl (38 occurrences), ne signifie pas d'abord « inutilité » mais « buée, souffle, fumée »[2] : tout ce que l'homme poursuit « sous le soleil » lui glisse entre les doigts comme une vapeur. La mort attend le sage comme le fou ; le travail d'une vie passe à un héritier inconnu ; « rien de nouveau sous le soleil ».[3] On a longtemps cru y entendre la voix d'un désespéré ou d'un sceptique. C'est un contresens : l'Ecclésiaste n'est pas un livre athée, c'est un livre qui crève les illusions pour faire place à Dieu.
Car sous l'apparente noirceur court une lumière tenace. Sept fois, Qohélet invite à recevoir avec joie le pain, le vin et le travail comme des dons de Dieu.[4][5] Et le livre se referme non sur le vide, mais sur une parole de salut : « Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse »[6], puis « crains Dieu et observe ses commandements »[7]. L'Église l'a reçu comme Parole de Dieu inspirée[8], et toute une lignée de saints — d'Augustin à Thomas a Kempis — y a puisé la sagesse du détachement.
L'Ecclésiaste appartient aux livres sapientiaux de l'Ancien Testament, aux côtés de Job, des Proverbes, du Cantique des cantiques, de la Sagesse et du Siracide. Mais aucun ne pose avec une telle franchise la question que tout homme finit par se poser : à quoi bon ?
Qu'est-ce que le livre de l'Ecclésiaste ?
Qohélet, « celui qui rassemble »
Le livre se nomme, dans la Bible hébraïque, du nom même de son narrateur : Qohélet. Le mot est rare et difficile. Il dérive de la racine qahal, qui désigne l'assemblée (le rassemblement du peuple) ; Qohélet serait donc « celui qui rassemble » — soit une assemblée d'auditeurs, soit, selon d'autres, un collecteur de sentences de sagesse.[9][10] De là le sens traditionnel de « prédicateur » ou « celui qui prend la parole dans l'assemblée ».
La forme du mot intrigue : Qohélet a une terminaison féminine, alors qu'il désigne un homme, « fils de David ». Les exégètes y voient soit un titre de fonction (comme on dirait « la Sagesse » au féminin), soit un nom de charge devenu nom propre. Quoi qu'il en soit, Qohélet n'est pas un nom de naissance mais un nom-emblème : celui du Sage qui convoque ses semblables pour leur dire la vérité sur la vie.
D'où vient le nom « Ecclésiaste » ?
Qohélet est rendu en grec par Ekklèsiastès, dérivé d'ekklèsia, « l'assemblée » (le mot d'où vient notre « Église ») : c'est le titre transmis par la Septante.[11][12] L'Ecclésiaste, c'est donc « l'homme de l'assemblée », celui qui y enseigne. Pour ce livre, toutefois, le grec conservé n'est pas l'œuvre des premiers traducteurs d'Alexandrie (IIIᵉ-IIᵉ siècles avant Jésus-Christ) : c'est une traduction d'une littéralité extrême, rattachée à la tradition dite kaige et rapprochée par certains du réviseur Aquila (vers 120 après Jésus-Christ).[13]
Saint Jérôme, traduisant la Vulgate latine, conserva le titre grec Ecclesiastes mais le glosa, dans son Commentaire sur l'Ecclésiaste (sur Qo 1, 1), par Concionator, « l'orateur de l'assemblée ».[14] La Catholic Encyclopedia précise que ce « prédicateur » ne suppose ni une foule ni un discours public, mais la proclamation solennelle de vérités sublimes.[15] C'est sous ce nom latin, passé tel quel en français, que le livre est entré dans nos Bibles.
« Vanité des vanités, tout est vanité ! » — Qohélet, l'Ecclésiaste 1, 2[16]
Un livre de sagesse à part
L'Ecclésiaste fait partie de ce que la tradition appelle les livres sapientiaux ou poétiques : Job, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique des cantiques, la Sagesse et le Siracide. Ces livres ne racontent pas l'histoire d'Israël ; ils cherchent comment vivre droit et heureux devant Dieu.
Mais Qohélet y tient une place singulière. Là où les Proverbes affirment tranquillement que le sage prospère et l'insensé court à sa perte, l'Ecclésiaste vient fissurer cette belle assurance : et si le juste meurt comme le méchant ? et si le sage est oublié comme le sot ? Loin de contredire la sagesse, il l'approfondit : il refuse les recettes faciles et conduit le lecteur jusqu'au seuil où il n'y a plus que Dieu pour répondre. C'est, dans toute l'Écriture, le grand livre de la lucidité et du désencombrement.
Que dit le livre de Qohélet ?
Le livre n'est pas un traité ordonné mais une méditation en spirale : Qohélet revient sans cesse sur les mêmes constats pour les creuser. On peut néanmoins en dessiner la carte : le tableau ci-dessous propose un découpage propre à cet article. La Catholic Encyclopedia y distingue, elle, une introduction (1, 1-11), trois parties (1, 12 – 3, 15 ; 3, 16 – 6, 6 avec une amplification en 6, 7 – 7, 30 ; 8, 1 – 12, 8) et un épilogue (12, 9-14) ; la NABRE américaine le partage en deux temps : l'enquête (1, 12 – 6, 9) et les conclusions (6, 10 – 12, 14).[17][18]
| Section | Chapitres | Contenu | Verdict de Qohélet |
|---|---|---|---|
| Prologue | 1, 1-11 | Le cycle sans fin du monde et des générations | « Rien de nouveau sous le soleil » |
| L'enquête du Sage | 1, 12 – 2, 26 | Sagesse, plaisirs, grands travaux, richesse | « Tout est vanité et poursuite de vent » |
| Le temps de Dieu | 3, 1 – 3, 22 | « Un temps pour tout » ; Dieu et l'éternité | L'homme ne saisit pas l'œuvre de Dieu |
| Les vanités sociales | 4, 1 – 6, 12 | Injustice, solitude, argent, ambition | « Qui aime l'argent n'a jamais assez » |
| Manuel de sagesse | 7, 1 – 11, 10 | Sentences pratiques, modération, joie | « Crains Dieu » ; jouis des dons reçus |
| Poème de la vieillesse | 12, 1-8 | La fin de la vie et le retour à la poussière | « Souviens-toi de ton Créateur » |
| Épilogue | 12, 9-14 | Le mot de la fin du livre | « Crains Dieu et observe ses commandements » |
Le prologue : « rien de nouveau sous le soleil »
Le livre s'ouvre sur l'un des poèmes les plus célèbres de la Bible. Le soleil se lève et se couche, le vent tourne et retourne, les fleuves coulent à la mer sans jamais la remplir : la nature tourne en rond, et l'homme avec elle.[19]
« Une génération s'en va, une génération s'en vient, et la terre subsiste toujours. […] Ce qui a existé, c'est cela qui existera ; ce qui s'est fait, c'est cela qui se fera ; rien de nouveau sous le soleil. » — Ecclésiaste 1, 4-9[20]
Ce constat n'est pas une plainte d'humeur : c'est le décor de tout le livre. Devant la répétition sans fin du monde, Qohélet pose sa question-clé, celle qui revient comme un refrain : « Quel profit l'homme retire-t-il de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? »[21] Le mot hébreu traduit par « profit » (yitrôn, « gain, avantage, surplus », terme propre à Qohélet)[22] a une couleur de bilan : que reste-t-il, au bout du compte, quand on a tout additionné ?
L'enquête du roi : plaisir, sagesse, travail
Pour répondre, Qohélet parle comme le roi le plus comblé de l'histoire — Salomon, à qui rien n'a manqué : maisons, vignes et jardins, or et argent, sagesse sans égale (Qo 2, 4-9 ; cf. 1 R 3–11). Il a tout essayé, méthodiquement, comme une expérience. Une partie de l'exégèse contemporaine ne voit là qu'un personnage littéraire ; la tradition y lit l'expérience même du roi sage — comme pour les Proverbes, dont le fond salomonien demeure alors même que le second recueil fut rassemblé plus tard sous Ézékias (Pr 25, 1).
D'abord la sagesse et le savoir : mais « beaucoup de sagesse, c'est beaucoup de chagrin ; qui augmente son savoir augmente sa douleur »[23]. Puis le plaisir, le vin, la fête : néant. Puis les grands travaux — maisons, vignes, jardins, bassins, troupeaux, or et argent, chanteurs et chanteuses :
« Je me suis agrandi, j'ai surpassé tous mes prédécesseurs à Jérusalem… Rien de ce que mes yeux convoitaient, je ne l'ai refusé. […] Mais quand j'ai regardé tous les travaux accomplis par mes mains et ce qu'ils m'avaient coûté d'efforts, voilà : tout n'était que vanité et poursuite de vent ; rien à gagner sous le soleil ! » — Ecclésiaste 2, 9-11[24]
Le coup de grâce est la mort, qui égalise tout : « Comment se fait-il que le sage meure aussi bien que le fou ? »[25] À quoi bon accumuler, puisqu'il faudra tout laisser à un successeur « qui sait s'il sera sage ou insensé » ?[26] C'est ici, au plus bas de l'enquête, que jaillit pourtant la première lueur : si rien ne « rapporte », il reste à recevoir le présent comme un cadeau.
« Rien de bon pour l'homme, sinon manger et boire, et trouver le bonheur dans son travail. J'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. » — Ecclésiaste 2, 24[27]
« Un temps pour tout » (chapitre 3)
Au centre du livre se trouve son passage le plus connu, repris par d'innombrables poèmes et chansons : le poème des temps.
« Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel : un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ; […] un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; […] un temps pour aimer, et un temps pour ne pas aimer ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. » — Ecclésiaste 3, 1-8[28]
Quatorze couples d'opposés, comme le battement même de l'existence. Mais Qohélet n'en tire pas un fatalisme : il en tire une leçon d'humilité. Tous ces « temps » sont dans la main de Dieu, et l'homme ne les maîtrise pas. Surtout, il y a ce verset vertigineux :
« Dieu a mis toute la durée du temps dans l'esprit de l'homme, mais celui-ci est incapable d'embrasser l'œuvre que Dieu a faite du début jusqu'à la fin. » — Ecclésiaste 3, 11[29]
L'hébreu de ce verset porte le mot ‘ôlam (« durée, éternité »). La traduction Crampon le rend par « il a mis aussi dans leur cœur l'éternité »[30] — d'où la formule souvent citée : Dieu a mis l'éternité dans le cœur de l'homme. C'est la clé de toute l'angoisse de Qohélet, et la pointe la plus profonde du livre. L'homme est fait pour l'infini — il porte en lui le désir d'un sens qui dépasse le temps — mais, « sous le soleil », il ne peut ni voir ni saisir le plan total de Dieu. De là vient son tourment ; et de là viendra, pour le chrétien, la réponse.
Les vanités de la vie sociale : injustice, argent, solitude
Qohélet ne reste pas dans l'intériorité : il regarde la société et y voit les mêmes vanités. L'oppression des faibles sans consolateur[31] ; l'ambition qui n'est que « jalousie des uns envers les autres »[32] ; et surtout l'argent, qui ne rassasie jamais :
« Qui aime l'argent n'a jamais assez d'argent, et qui aime l'abondance ne récolte rien. Cela aussi n'est que vanité. » — Ecclésiaste 5, 9[33]
Contre l'illusion de la fortune, il rappelle la grande égalité du berceau et de la tombe : « Sorti nu du sein de sa mère, il s'en ira comme il est venu. Il n'emportera rien de son travail. »[34] Mais au milieu de ces constats sombres brille l'un des plus beaux éloges de l'amitié et de la solidarité de toute la Bible :
« Mieux vaut être deux qu'un seul… S'ils tombent, l'un relève l'autre. Malheur à l'homme seul : s'il tombe, personne ne le relève. […] Une corde à trois brins n'est pas facile à rompre. » — Ecclésiaste 4, 9-12[35]
Petit manuel de sagesse pratique (chapitres 7 à 11)
La seconde moitié du livre rassemble des sentences à la manière des Proverbes, mais teintées de la lucidité de Qohélet. Plusieurs prennent la forme du « mieux vaut… que… » :
« Mieux vaut bonne renommée que parfum de grand prix, et le jour de la mort plutôt que le jour de la naissance. Mieux vaut aller à la maison du deuil qu'à la maison du banquet : telle est la fin de tous les humains ; que les vivants s'en souviennent ! » — Ecclésiaste 7, 1-2[36]
On y trouve un appel constant à la modération — « ne sois pas juste à l'extrême… ne sois pas méchant à l'extrême »[37] —, l'aveu réaliste que « aucun homme, sur terre, n'est assez juste pour faire le bien sans jamais pécher »[38], et la reconnaissance que la sagesse, même limitée, vaut mieux que la force : « mieux vaut la sagesse que les armes de guerre »[39]. Et toujours revient l'invitation à vivre le présent reçu de Dieu :
« Va, mange avec plaisir ton pain et bois d'un cœur joyeux ton vin, car Dieu, déjà, prend plaisir à ce que tu fais. […] Savoure la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de cette vie de vanité qui t'est donnée sous le soleil. » — Ecclésiaste 9, 7-9[40]
« Souviens-toi de ton Créateur » : le poème de la vieillesse
Le livre culmine, au chapitre 12, dans un poème bouleversant sur le vieillissement et la mort, fait d'images voilées : le soleil et la lumière qui s'obscurcissent, les gardiens de la maison qui tremblent (les bras), les femmes qui cessent de moudre (les dents), le chant de l'oiseau qui s'éteint (l'ouïe), l'amandier en fleurs (les cheveux blancs)…
« Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que viennent les jours mauvais… avant que le fil d'argent se détache, que la lampe d'or se brise… et que la poussière retourne à la terre comme elle en vint, et le souffle de vie, à Dieu qui l'a donné. » — Ecclésiaste 12, 1-7[41]
Ce verset 7 est décisif : le corps retourne à la poussière, mais le souffle de vie retourne à Dieu. Sous la mélancolie perce ici l'espérance d'un au-delà : l'homme n'est pas seulement de la poussière, il vient de Dieu et retourne à lui. Le poème se referme alors sur la grande inclusion qui boucle le livre : « Vanité des vanités, disait Qohèleth, tout est vanité ! »[42]
- Qo 1Le constat : « rien de nouveau sous le soleil »
Le monde tourne en rond ; quel profit l'homme tire-t-il de sa peine ?[43]
- Qo 1–2L'enquête du roi comblé
Sagesse, plaisirs, grands travaux, richesse : « tout est vanité et poursuite de vent ».[44]
- Qo 3« Un temps pour tout »
- Qo 4–11Vanités sociales et sagesse pratique
Injustice, argent, amitié, modération ; et, sept fois, l'appel à recevoir la vie comme un don.[47]
- Qo 12, 1-8« Souviens-toi de ton Créateur »
Le poème de la vieillesse : le souffle retourne à Dieu qui l'a donné.[48]
- Qo 12, 9-14« Crains Dieu et observe ses commandements »
L'épilogue donne la clé de toute la sagesse : Dieu jugera toute action.[49]
L'épilogue : « Crains Dieu »
Les six derniers versets changent de voix : on ne parle plus de Qohélet à la première personne, mais sur lui. Une partie de l'exégèse contemporaine propose d'y voir la main d'un éditeur ou d'un disciple — un « cadre rédactionnel » ajouté après coup.[50] Voici ses limites : la source catholique de référence soutient l'inverse — en 12, 9, Qohélet est expressément nommé auteur de « beaucoup de proverbes », et 12, 13-14 forme la conclusion organique du sage.[51] Le modèle traditionnel de l'édition, lui, est connu : le Talmud attribue la mise par écrit de Qohélet à Ézékias et à ses scribes[52], exactement comme les Proverbes le disent d'eux-mêmes : « Voici encore des proverbes de Salomon, que recueillirent les hommes d'Ézékias, roi de Juda » (Pr 25, 1). Une édition tardive n'exclut donc pas un fond salomonien. Cet épilogue rend hommage au Sage et livre la clé de lecture que tout le reste appelait :
« Pour conclure ces paroles, et tout bien considéré : crains Dieu et observe ses commandements. Tout est là pour l'homme. Dieu mettra en jugement toutes les actions, tout ce qui est caché, bon ou mauvais. » — Ecclésiaste 12, 13-14[53]
Ainsi, le livre qui semblait tout dissoudre dans la « buée » se referme sur deux solides : la crainte aimante de Dieu et le jugement à venir. C'est exactement ce que retient la tradition catholique : Qohélet n'est pas un nihiliste, c'est un maître de la juste hiérarchie des biens.
Que signifie « vanité des vanités » ?
Hèvèl : buée, souffle, fumée
Tout le livre tient dans un mot, employé 38 fois : l'hébreu hèvèl. Nos Bibles le traduisent par « vanité », mais le sens premier est concret : une buée, une vapeur, un souffle, une fumée — quelque chose qu'on voit un instant et qui se dissipe.[54] Hèvèl n'est pas un jugement de mépris (« tout est nul ») mais un constat sur la consistance des choses : tout ce que l'homme saisit « sous le soleil » est fugace, insaisissable, sans prise durable.
Pour comprendre Qohélet, il faut donc entendre derrière le mot « vanité » non le mépris, mais l'image de la buée du matin : on tend la main, et il n'y a plus rien.
C'est pourquoi « vanité des vanités » (en hébreu, un superlatif : « la buée des buées », la fumée la plus ténue qui soit) n'invite pas à haïr la vie, mais à ne pas s'appuyer sur ce qui ne peut pas porter. Le drame n'est pas que les biens de ce monde soient mauvais ; c'est qu'ils soient incapables de combler le cœur fait pour l'éternité.
« Sous le soleil » : l'horizon d'un monde sans le ciel
L'autre expression-signature du livre est « sous le soleil », qui revient près de trente fois.[55] Elle désigne le monde terrestre considéré en lui-même, l'horizon de la seule vie présente, sans regard explicite vers l'au-delà. Tant qu'on reste « sous le soleil », tout est hèvèl : la mort a le dernier mot, et aucune sagesse humaine ne perce le mystère.
C'est volontaire. Qohélet pousse jusqu'au bout l'expérience d'une vie mesurée à la seule raison, sans la lumière de la Révélation plénière. Il épuise les ressources de la sagesse purement humaine pour montrer qu'elles débouchent sur une impasse — et que l'homme a besoin d'un « au-dessus du soleil ». En ce sens, le livre prépare l'Évangile en creux : il dessine la forme exacte du vide que seul le Christ viendra combler.
La mort qui nivelle tout
Le ressort le plus dur du livre est la mort, qui frappe indistinctement. Qohélet ose des formules d'un réalisme presque scandaleux :
« Le sort des fils d'Adam et celui de la bête sont un seul et même sort… L'homme n'a rien de plus que la bête : tout est vanité. Tout va vers un même lieu : tout est tiré de la poussière, et tout retourne à la poussière. » — Ecclésiaste 3, 19-20[56]
Faut-il y lire une négation de l'immortalité de l'âme ? La tradition catholique répond : non. Ces formules sont hyperboliques et provocantes, à la manière des cris de Job ; elles disent ce que la mort a de nivelant « sous le soleil », du point de vue des sens.[57] Mais le même livre affirme que Dieu jugera le juste et l'injuste[58], que le bonheur sera « pour ceux qui craignent Dieu »[59], et que « le souffle de vie retourne à Dieu qui l'a donné »[60]. La Catholic Encyclopedia souligne ce point : loin de nier l'au-delà, Qohélet en pose discrètement les jalons (3, 17 ; 11, 9 ; 12, 7.14).[61]
Qui a écrit l'Ecclésiaste ?
La tradition salomonienne
Le livre s'ouvre sur ces mots : « Paroles de Qohèleth, fils de David, roi de Jérusalem » (Qo 1, 1)[62]. Qohélet s'y dit « roi d'Israël à Jérusalem » (1, 12), plus sage et plus riche que tous ses prédécesseurs (1, 16 ; 2, 4-9) : autant de traits qui désignent Salomon, le fils de David à qui Dieu donna la sagesse (1 R 3–11). La tradition juive et chrétienne attribue le livre à Salomon — « the voice of tradition, which has always attributed Ecclesiastes to him »[63] — comme elle lui attribue les Proverbes et le Cantique. Saint Jérôme, les Pères et la quasi-totalité des témoins jusqu'au XVIᵉ siècle ont défendu cette paternité salomonienne.[64]
Les témoins anciens sont explicites. Au IIIᵉ siècle, Grégoire le Thaumaturge ouvre sa paraphrase de l'Ecclésiaste en attribuant ces paroles à « Salomon, fils de David, roi et prophète »[65]. Saint Augustin, au livre XX de la Cité de Dieu, fait parler « Salomon, le plus sage roi d'Israël, qui régna à Jérusalem », et retient comme conclusion du sage : « Crains Dieu et observe ses commandements » (Qo 12, 13-14)[66]. En 397, le concile de Carthage reçoit « les cinq livres de Salomon » (Salomonis libri quinque)[67] ; le décret dit gélasien — compilation du VIᵉ siècle — compte de même « trois livres de Salomon » (Salomonis libri tres : Proverbes, Ecclésiaste, Cantique)[68].
Ce que propose l'exégèse contemporaine, et ses limites
Une partie de l'exégèse contemporaine propose une autre lecture : l'hébreu de Qohélet lui paraît tardif, mêlé d'araméismes et de deux mots d'origine perse (pardès, « parc, verger », et pitgam, « sentence »), ce qui supposerait l'époque perse ou hellénistique.[69] Elle y ajoute des allusions à une société d'administration et d'argent, et un climat de désenchantement qu'elle rattache volontiers à l'après-Exil. L'hypothèse la plus répandue date donc le livre du IIIᵉ siècle avant Jésus-Christ, sa limite ultime étant fixée vers 180 av. J.-C., date à laquelle le Siracide semble déjà le connaître.[70][71] Dans cette lecture, « fils de David, roi de Jérusalem » n'est pas une signature mais un procédé littéraire : un sage plus tardif emprunterait le masque de Salomon pour donner à sa méditation l'autorité du plus grand des sages.
Voici les limites de cette hypothèse, relevées par la source catholique de référence. D'abord la langue : elle a pu être modernisée par les copistes au fil des siècles, et les « araméismes » sont diversement appréciés — « on ne saurait nier que Salomon et une grande partie, sinon la plus grande, de son peuple comprenaient l'araméen », rappelle Gietmann : son empire allait de l'Euphrate à Gaza, et sa cour échangeait avec les « fils de l'Orient » (1 R 5, 10-14).[72] Ensuite le consensus apparent : les datations proposées par les critiques s'étalent « de Salomon à 200 avant Jésus-Christ », certains allant jusqu'au roi Hérode (40-4 av. J.-C.) — un critère qui produit des résultats aussi dispersés ne tranche rien.[73] Les traces supposées d'hellénisme, enfin, ne sont que « de lointaines ressemblances, trop faibles pour servir d'arguments ».[74] Quant au précédent du livre de la Sagesse voisin — qui fait parler Salomon —, il ne se transpose pas sans justification : pour l'Ecclésiaste, la source catholique de référence défend au contraire l'attribution salomonienne.[75]
Ce que l'Église permet de tenir
Sur l'auteur de Qohélet, l'Église n'a pas tranché par un acte magistériel : l'attribution à Salomon n'est pas un dogme, et aucun catholique n'est tenu de croire que Salomon a tenu lui-même la plume. Mais l'inverse non plus n'est pas démontré. En revanche, l'Église a défini le statut du livre : le concile de Trente (session IV, 8 avril 1546) reçoit l'Ecclésiaste dans le canon des Écritures — « Proverbia, Ecclesiastes, Canticum canticorum »[76] — au même titre que les autres livres sapientiaux, comme Parole de Dieu inspirée. Le tableau ci-dessous résume les grandes positions.
| Position | Datation proposée | Argument principal |
|---|---|---|
| La tradition (juive, patristique, catholique) | Xᵉ s. av. J.-C. (Salomon) | Le livre se donne comme l'œuvre du « fils de David, roi de Jérusalem » (1, 1) ; témoins anciens, usage liturgique, réception canonique |
| G. Gietmann, Catholic Encyclopedia (1909) | Salomon, vers la fin de sa vie | « Aucune raison décisive de chercher un autre auteur » ; les objections sont faibles et doivent beaucoup à la mode |
| L'exégèse critique majoritaire | IIIᵉ s. av. J.-C. (au plus tard v. 180) | Langue tardive, mots perses, « contexte hellénistique » ; Salomon comme personnage littéraire — hypothèse non démontrée |
La position traditionnelle reste défendable aujourd'hui : le livre lui-même se donne pour l'œuvre du fils de David, roi de Jérusalem (1, 1), qui régna sur Israël (1, 12.16 ; 2, 4-9) ; en 12, 9, Qohélet est expressément nommé auteur de « beaucoup de proverbes » ; les témoins les plus anciens l'attribuent à Salomon ; et l'argument linguistique, seul pilier de la datation tardive, ne produit aucun consensus. « Tout bien considéré, nous ne voyons aucune raison décisive de chercher un autre auteur ; au contraire, les raisons avancées contre cette thèse sont pour la plupart si faibles que l'influence de la mode s'y discerne clairement. »[77]
Un livre longtemps discuté, puis reçu dans le canon
Parce qu'il heurte par ses formules abruptes, l'Ecclésiaste fut débattu chez les rabbins avant d'être pleinement reçu. La Mishna en garde la trace : l'école de Shammaï tenait que Qohélet ne « rendait pas les mains impures » — la formule consacrée pour dire qu'un livre est sacré — tandis que l'école de Hillel tenait qu'il les rendait (Éduyot 5, 3 dans les éditions imprimées ; Yadayim 3, 5).[78] C'est la position de Hillel qui prévalut, en faveur de la canonicité et de l'inspiration du livre.[79] Du côté chrétien, Théodore de Mopsueste et quelques autres obscurcirent pour un temps la tradition ; tous les autres témoins antérieurs au XVIᵉ siècle l'ont tenu pour inspiré et salomonien.[80] Aujourd'hui, le judaïsme le lit solennellement à la fête de Souccot, la fête des Tentes — fête de la joie, mais aussi de la fragilité des cabanes de branchages, image parfaite du hèvèl[81] — et l'Église catholique le lit le 18ᵉ dimanche du Temps ordinaire de l'année C (Qo 1, 2 ; 2, 21-23).[82]
L'Ecclésiaste est-il un livre désespéré ?
Le malentendu du pessimisme
À première lecture, l'Ecclésiaste passe pour le plus désabusé des livres bibliques. On y a vu tour à tour un sceptique, un épicurien, un précurseur de l'existentialisme. C'est mal le lire. Qohélet n'est pas un homme qui a perdu la foi : c'est un croyant qui refuse les consolations faciles et regarde la condition humaine en face, sans détourner les yeux de la mort, de l'injustice ni des limites du savoir.
Sa noirceur a une fonction : elle est médicinale. En démolissant une à une les fausses sécurités — la richesse, le plaisir, la gloire, et même la sagesse quand elle se croit toute-puissante —, il libère le cœur pour le seul bien qui demeure. Le pessimisme de Qohélet est le revers d'une exigence : rien de créé ne mérite qu'on lui donne son cœur tout entier.
Le « carpe diem » biblique : recevoir la vie comme un don
Loin d'inviter à la débauche, le fameux « mange, bois et réjouis-toi » de Qohélet est un carpe diem croyant. Sept fois, à intervalles réguliers, le livre revient à ce refrain de lumière : il ne s'agit pas de saisir avidement le plaisir avant la fin, mais de recevoir avec gratitude le pain quotidien, le travail et l'amour humain comme des dons de la main de Dieu.[83][84][85][86]
« Voilà donc ce que moi j'ai vu : c'est chose belle et bonne, pour quelqu'un, de manger et de boire, de trouver son bonheur dans toute la peine qu'il se donne sous le soleil pendant les jours que Dieu lui accorde. Telle est la part qui lui revient. » — Ecclésiaste 5, 17[87]
C'est une spiritualité de l'instant reçu : puisque l'homme ne maîtrise ni l'avenir ni le sens total de l'œuvre de Dieu, qu'il accueille humblement le bien d'aujourd'hui. « Oui, douce est la lumière ! Quel bonheur pour les yeux de voir le soleil ! »[88] La joie de Qohélet n'est pas une fuite : c'est une gratitude lucide.
La crainte de Dieu et le jugement : l'orthodoxie du livre
Surtout, le livre n'est pas neutre sur Dieu. Il affirme que Dieu donne, que Dieu juge, qu'il faut le craindre et observer ses commandements.[89] La « crainte de Dieu », ici, n'est pas la peur du tyran : c'est le respect aimant du Créateur, « commencement de la sagesse » selon les Proverbes (1, 7 ; 9, 10). C'est elle qui donne sa mesure à l'existence : sans elle, tout est buée ; avec elle, manger, travailler et aimer deviennent une part bénie.
Pourquoi l'Église l'a-t-elle gardé dans le canon ?
Parce que l'Ecclésiaste dit une vérité que les âmes ont besoin d'entendre : le monde ne suffit pas. Les Pères ne s'y sont pas trompés. Dès le IIIᵉ siècle, saint Grégoire le Thaumaturge en composa une paraphrase ; Grégoire de Nysse lui consacra huit homélies ; au Moyen Âge, Hugues de Saint-Victor en donna dix-neuf — tous présentant la sagesse de Qohélet comme « vraiment céleste et divine ».[90] L'Église a vu dans ce livre le grand pédagogue du détachement : celui qui guérit de l'idolâtrie des biens passagers pour rendre l'âme disponible à Dieu.
Comment l'Ecclésiaste annonce-t-il le Christ ?
Lu avec les yeux de l'Église, l'Ecclésiaste n'est pas une impasse mais une question tendue vers une réponse. Trois lignes le montrent.
Le vide que seul Dieu peut combler
Qohélet a mis en lumière une blessure : Dieu a mis l'éternité dans le cœur de l'homme (Qo 3, 11, trad. Crampon)[91], mais rien « sous le soleil » ne la comble. Cette intuition traverse toute la spiritualité chrétienne. Saint Augustin — qui lisait l'Ecclésiaste comme la voix de « Salomon, le plus sage roi d'Israël » (Cité de Dieu, XX, 3)[92] — en a donné la formule définitive, au seuil de ses Confessions :
« Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous. » — Saint Augustin, Confessions, livre I, chapitre 1 (trad. Raulx)[93]
Toute l'inquiétude de Qohélet — ce cœur insatiable que rien de fini n'apaise — trouve là son explication et sa guérison : l'homme est « vanité » tant qu'il se cherche hors de Dieu, et repos dès qu'il se tourne vers lui.
« Vanité des vanités » et le mépris du monde
La parole d'ouverture de Qohélet est devenue l'un des grands principes de la vie spirituelle. Le premier chapitre du livre I de L'Imitation de Jésus-Christ — l'un des livres de piété les plus répandus après la Bible — s'ouvre sur la parole du Christ : « Celui qui me suit, ne marche point dans les ténèbres », dit le Seigneur (Jn 8, 12), puis cite Qohélet au § 3 :
« Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aimer Dieu, et le servir lui seul. La souveraine sagesse est de tendre au royaume du Ciel par le mépris du monde. » — Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, chapitre 1, § 3 (trad. Lamennais)[94]
Le hèvèl de Qohélet devient ici le tremplin d'une ascension : si tout passe, alors ne donnons notre cœur qu'à ce qui demeure. Le pessimisme de l'Ecclésiaste, relu dans le Christ, se renverse en liberté joyeuse — celle des saints détachés de tout parce qu'attachés à Dieu seul.
Le vrai « au-dessus du soleil »
Qohélet butait sur la mort qui nivelle tout « sous le soleil ». L'Évangile répond précisément à ce point : le Christ ressuscité est le soleil qui ne se couche plus, celui qui ouvre un « au-dessus du soleil » où le travail, la souffrance et l'amour ne sont plus hèvèl mais entrent dans l'éternité. Là où Qohélet disait « rien de nouveau sous le soleil »[95], le Ressuscité déclare : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21, 5). Le livre le plus désenchanté de l'Ancien Testament reçoit ainsi, dans le Nouveau, sa clé d'espérance : « le souffle de vie retourne à Dieu qui l'a donné »[96] — et, en Jésus-Christ, ce retour devient résurrection.
« Les paroles des sages sont des aiguillons… présents d'un incomparable Berger. » — Ecclésiaste 12, 11[97]
L'aiguillon de Qohélet pique encore : il empêche l'homme de s'endormir dans les choses qui passent, et le pousse vers le seul Berger qui ne passe pas.
Pour aller plus loin
- Lire La Bible : comment elle s'est formée pour situer l'Ecclésiaste parmi les livres inspirés et la formation du canon.
- Lire Les Proverbes et Le livre de Job : les deux autres grands livres de sagesse qui dialoguent avec Qohélet sur le bonheur, la justice et l'épreuve.
- Lire Le livre de la Sagesse : la réponse de la Révélation à l'angoisse de la mort que Qohélet laissait ouverte.
- Retenir le cœur du sujet : l'Ecclésiaste démolit les fausses sécurités — « vanité des vanités » — non pour désespérer, mais pour conduire l'homme à recevoir la vie comme un don et à craindre Dieu ; relu dans le Christ, son « sous le soleil » s'ouvre enfin sur la lumière qui ne se couche pas.
Notes et références
Ecclésiaste 1, traduction liturgique AELF : titre « Paroles de Qohèleth, fils de David, roi de Jérusalem » (1, 1) ; « Vanité des vanités… tout est vanité » (1, 2) ; « Quel profit l'homme retire-t-il de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? » (1, 3) ; cycle des générations et de la nature (1, 4-7) ; « rien de nouveau sous le soleil » (1, 9) ; Qohèleth « roi d'Israël à Jérusalem » (1, 12) ; « Beaucoup de sagesse, c'est beaucoup de chagrin » (1, 18). Source : https://www.aelf.org/bible/Qo/1.
1 3 16 19 20 21 23 43 62 95Hébreu hebel : « vapour, breath » au sens propre, « vanity » au figuré (Brown-Driver-Briggs, Hebrew and English Lexicon, p. 210-211, s.v. hebel ; HALOT, vol. 1, p. 236-237) ; 38 occurrences dans Qohélet, sur 73 dans toute la Bible hébraïque.
2 54Les sept « refrains de joie » : 2, 24-25 ; 3, 12-13 ; 3, 22 ; 5, 17-19 ; 8, 15 ; 9, 7-9 ; 11, 8-9 — ainsi comptés dans la thèse de W. H. U. Anderson, Scepticism and ironic correlations in the joy statements of Qoheleth? (Glasgow, 1997, theses.gla.ac.uk/1482) et dans la note de la NABRE sur 2, 24 (« the first of seven similar conclusions ») ; cf. R. N. Whybray, « Qoheleth, Preacher of Joy », JSOT 23 (1982), p. 87-98.
4 47 83Ecclésiaste 2, AELF : l'enquête sur le plaisir, le vin, les grands travaux (maisons, vignes, jardins, troupeaux, or et argent) (2, 4-9) ; « tout n'était que vanité et poursuite de vent ; rien à gagner sous le soleil » (2, 11) ; même sort du sage et du fou devant la mort (2, 14-16) ; « Rien de bon pour l'homme, sinon manger et boire, et trouver le bonheur dans son travail. J'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu » (2, 24).
5 24 25 26 27 44 84Ecclésiaste 12, 1-8, AELF : « Souviens-toi de ton Créateur, aux jours de ta jeunesse, avant que viennent les jours mauvais » (12, 1) ; le poème voilé de la vieillesse (12, 2-6) ; « la poussière retourne à la terre comme elle en vint, et le souffle de vie, à Dieu qui l'a donné » (12, 7) ; « Vanité des vanités, disait Qohèleth, tout est vanité ! » (12, 8).
6 41 48 60 96Ecclésiaste 12, 9-14, AELF : Qohèleth « ne fut pas seulement un sage, il a encore enseigné son savoir au peuple » ; « il a pesé, scruté et serti lui-même un grand nombre de proverbes » (12, 9) ; « Les paroles des sages sont des aiguillons… présents d'un incomparable Berger » (12, 11) ; conclusion « crains Dieu et observe ses commandements. Tout est là pour l'homme » (12, 13) ; « Dieu mettra en jugement toutes les actions, tout ce qui est caché, bon ou mauvais » (12, 14).
7 49 53 89 97Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret De Canonicis Scripturis (Denzinger-Schönmetzer, n. 1502) : « … Psalterium Davidicum centum quinquaginta psalmorum. Proverbia, Ecclesiastes, Canticum canticorum… »
8 76"Ecclesiastes", Wikipédia (consulté en juin 2026) : titre grec Ekklèsiastès traduisant l'hébreu Qohelet/Kohelet (racine qahal, « assemblée »), sens « celui qui parle devant l'assemblée », « maître » ou « prédicateur » ; datation majoritaire entre 450 et 180 av. J.-C., la plupart des exégètes penchant pour la période hellénistique (v. 330-180 av. J.-C.), limite ultime 180 av. J.-C. (citation par Ben Sira) ; indices linguistiques (araméismes, mots perses pardes « verger » et pitgam « sentence ») ; persona littéraire de Salomon (« fils de David, roi de Jérusalem »), cadre narratif et épilogue 12, 9-14 d'un éditeur ; thèmes du hebel (vapeur, souffle), du « sous le soleil », de la mort qui nivelle, du carpe diem (« mange, bois ») et de la crainte de Dieu ; lecture juive à la fête de Souccot. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Ecclesiastes.
9 12 50 55 69 70 81United States Conference of Catholic Bishops, Introduction to Ecclesiastes, New American Bible Revised Edition, bible.usccb.org : Qoheleth « assembleur » (d'auditeurs) ou « collecteur » (de sentences de sagesse), traduit en grec par Ecclesiastes ; mot-clé hébreu hebel (« vide, futilité, absurdité »), rendu par « vanité » ; expression récurrente « sous le soleil » ; datation au IIIᵉ siècle av. J.-C., sous la domination des rois hellénistiques ; structure en deux temps (enquête sur la vie 1, 12 – 6, 9 ; conclusions 6, 10 – 12, 14) ; tonalité tempérée par l'invitation à se réjouir des dons de Dieu (manger, boire, jouir du travail). Source : https://bible.usccb.org/bible/ecclesiastes/0.
10 18 71G. Gietmann, « Ecclesiastes », The Catholic Encyclopedia, vol. 5, Robert Appleton Company, 1909, New Advent : titre hébreu Qoheleth, grec Ekklèsiastès, glose de Jérôme Concionator — « le mot "prédicateur", cependant, ne suggère ni assemblée ni discours public, mais seulement l'annonce solennelle de vérités sublimes » ; structure (introduction 1, 1-11 ; vie privée 1, 12 – 3, 15 ; vie civile 3, 16 – 6, 6 avec amplification 6, 7 – 7, 30 ; troisième partie 8, 1 – 12, 8 ; épilogue 12, 9-14) ; thème « Vanitas vanitatum » garant de l'unité ; « the voice of tradition, which has always attributed Ecclesiastes to him [Solomon] » ; « Considering everything we see no decisive reason to look for another author; on the contrary, the reasons which have been advanced against this view are for the greatest part so weak that in this question the influence of fashion is clearly discernible » ; araméismes : « It cannot be gainsaid that Solomon and a great, if not the greatest part of his people understood Aramaic » ; datations critiques dispersées « de Salomon à 200 av. J.-C. », jusqu'à Hérode selon Grätz ; hellénisme : « de lointaines ressemblances, trop faibles pour servir d'arguments » ; en 12, 9, Qohélet est expressément nommé auteur de « beaucoup de proverbes », et 12, 13-14 forme la conclusion du sage ; « Theodore of Mopsuestia and some others for a time obscured the tradition » ; seule l'école de Hillel est nommée pour la canonicité ; Grégoire le Thaumaturge (métaphrase), Grégoire de Nysse (huit homélies) et Hugues de Saint-Victor (dix-neuf homélies) exposent la sagesse de Qohélet comme « vraiment céleste et divine » ; défense de l'au-delà et du jugement (3, 17 ; 11, 9 ; 12, 7.14). Source : https://www.newadvent.org/cathen/05244b.htm.
11 14 15 17 51 57 61 63 64 72 73 74 75 77 79 80 90P. J. Gentry, « To the Reader of Ecclesiastes », dans A New English Translation of the Septuagint (NETS), Oxford, p. 648-649 : « The Greek translation of Ecclesiast is characterised by extreme formal equivalence, so much so that scholars have suggested that it is the work of Aquila himself » — traduction d'une littéralité extrême, rattachée à la tradition kaige et rapprochée du réviseur Aquila (vers 120 apr. J.-C.).
13Hébreu yitrôn : « advantage, profit » (BDB, p. 451-452), « profit, advantage » (HALOT, p. 452-453) ; terme propre à Qohélet dans ce sens — d'où, en contexte, la nuance de bilan et de bénéfice net relevée par les commentaires.
22Ecclésiaste 3, AELF : « Il y a un moment pour tout… un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir… un temps pour la guerre, et un temps pour la paix » (3, 1-8) ; « Dieu a mis toute la durée du temps (‘ôlam, "l'éternité") dans l'esprit de l'homme, mais celui-ci est incapable d'embrasser l'œuvre que Dieu a faite » (3, 11) ; « le juste et l'injuste, Dieu les jugera » (3, 17) ; même sort de l'homme et de la bête, « tout retourne à la poussière » (3, 19-20).
28 29 46 56 58Ecclésiaste 3, 11, traduction Crampon (1923) : « Dieu a fait toute chose belle en son temps, il a mis aussi dans leur cœur l'éternité, mais sans que l'homme puisse comprendre l'œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu'à la fin. » (L'AELF porte : « Dieu a mis toute la durée du temps dans l'esprit de l'homme ».) Source : https://www.bible.com/bible/504/ECC.3.11.BCC1923.
30 45 91Ecclésiaste 4, AELF : les opprimés sans consolateur (4, 1) ; l'ambition comme « jalousie des uns envers les autres » (4, 4) ; éloge de l'entraide, « Mieux vaut être deux qu'un seul… Une corde à trois brins n'est pas facile à rompre » (4, 9-12).
31 32 35Ecclésiaste 5, AELF : « Qui aime l'argent n'a jamais assez d'argent » (5, 9) ; « Sorti nu du sein de sa mère, il s'en ira comme il est venu » (5, 14) ; « c'est chose belle et bonne… de manger et de boire, de trouver son bonheur dans toute la peine qu'il se donne sous le soleil… Telle est la part qui lui revient » (5, 17-18).
33 34 85 87Ecclésiaste 7, AELF : « Mieux vaut bonne renommée que parfum de grand prix, et le jour de la mort plutôt que le jour de la naissance » (7, 1) ; « Mieux vaut aller à la maison du deuil qu'à la maison du banquet » (7, 2) ; appel à la modération, « Ne sois pas juste à l'extrême… ne sois pas méchant à l'extrême » (7, 16-17) ; « aucun homme, sur terre, n'est assez juste pour faire le bien sans jamais pécher » (7, 20).
36 37 38Ecclésiaste 9, AELF : « chien vivant vaut mieux que lion mort » (9, 4) ; « Va, mange avec plaisir ton pain et bois d'un cœur joyeux ton vin, car Dieu, déjà, prend plaisir à ce que tu fais… Savoure la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de cette vie de vanité qui t'est donnée sous le soleil » (9, 7-9) ; « Mieux vaut la sagesse que les armes de guerre » (9, 18).
39 40 86Ecclésiaste 12, 8, AELF : reprise finale du thème inaugural, « Vanité des vanités, disait Qohèleth, tout est vanité ! », qui forme l'inclusion encadrant tout le livre.
42Talmud de Babylone, Bava Batra 15a (trad. Steinsaltz, Sefaria) : « Hezekiah and his colleagues wrote […] Isaiah, Proverbs, Song of Songs, and Ecclesiastes » — en français : Ézéchias et ses scribes mirent par écrit Isaïe, les Proverbes, le Cantique et Qohélet. Source : https://www.sefaria.org/Bava_Batra.15a.
52Ecclésiaste 8, AELF : « le bonheur sera pour ceux qui craignent Dieu, car ils craignent devant sa face » (8, 12) ; « il n'y a de bonheur pour l'homme sous le soleil que manger, boire et se réjouir » (8, 15).
59Grégoire le Thaumaturge, Métaphrase de l'Ecclésiaste, ch. 1 (trad. Salmond, ANF, vol. 6) : « These words speaks Solomon, the son of David the king and prophet, to the whole Church of God » — « Ces paroles, c'est Salomon, fils de David, roi et prophète, qui les adresse à toute l'Église de Dieu ». Source : https://www.newadvent.org/fathers/0602.htm.
65Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XX, chapitre 3 : « Solomon, the wisest king of Israel, who reigned in Jerusalem, thus commences the book called Ecclesiastes » — Augustin attribue le livre à Salomon et en retient la conclusion : « Fear God, and keep His commandments… For God shall bring every work into judgment » (Qo 12, 13-14). Source : https://www.newadvent.org/fathers/120120.htm.
66 92IIIᵉ concile de Carthage, 28 août 397, canon 47 (reprenant Hippone 393) : « … Psalterium Davidicum, Salomonis libri quinque… » — les « cinq livres de Salomon » (Proverbes, Ecclésiaste, Cantique, Sagesse, Ecclésiastique). Source : http://bible-researcher.com/carthage.html.
67Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis — document transmis sous le nom du pape Gélase Ier (492-496), en réalité compilation postérieure, probablement d'origine sud-gauloise (VIᵉ siècle) : « Salomonis libri tres: proverbia liber unus, ecclesiastes liber unus, cantica canticorum liber unus. » Source : http://bible-researcher.com/gelasius.html.
68Mishna, Yadayim 3, 5 : « The Song of Songs and Kohelet defile the hands » ; Éduyot 5, 3 (numérotation des éditions imprimées) : « The book of Ecclesiastes does not defile the hands, according to Beth Shammai; but Beth Hillel say: it defiles the hands. » Sources : https://www.sefaria.org/Mishnah_Yadayim.3.5 et https://www.sefaria.org/Mishnah_Eduyot.5.
78AELF, messe du 18ᵉ dimanche du Temps ordinaire, année C : première lecture intitulée « Que reste-t-il à l'homme de toute sa peine ? (Qo 1, 2 ; 2, 21-23) ». Source : https://www.aelf.org/2025-08-03/romain/messe.
82Ecclésiaste 11, AELF : « Oui, douce est la lumière ! Quel bonheur pour les yeux de voir le soleil ! » (11, 7) ; « Réjouis-toi, jeune homme, dans ton adolescence… Mais sache que pour tout cela Dieu t'appellera en jugement » (11, 9).
88Saint Augustin, Confessions, livre I, chapitre 1 (trad. Raulx, Œuvres complètes, tome I) : « car vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous » (latin : quia fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te — sans « Seigneur » dans cette proposition). Écho de l'inquiétude de Qohélet, le cœur que rien de créé ne comble.
93Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, chapitre 1 (« Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde », trad. Félicité de Lamennais, éd. Pages, 1890) : le chapitre s'ouvre sur « "Celui qui me suit, ne marche point dans les ténèbres", dit le Seigneur » (Jn 8, 12, § 1), puis cite Qohélet au § 3 — « "Vanité des vanités, tout n'est que vanité", hors aimer Dieu, et le servir lui seul. La souveraine sagesse est de tendre au royaume du Ciel par le mépris du monde. » L'un des livres de piété les plus répandus après la Bible.
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