Le miracle de Cana est le premier signe accompli par Jésus selon l'évangile de saint Jean : lors de noces en Galilée où le vin vient à manquer, Jésus change en vin l'eau de six jarres de pierre destinées aux purifications, et le maître du repas déclare ce vin meilleur que celui servi au début[1]. Jean ne raconte pas ce fait comme une anecdote édifiante : il le donne comme le commencement des signes, le moment où Jésus manifeste sa gloire et où ses disciples croient en lui[2].
L'Église reçoit ce récit comme un événement réel de la vie publique de Jésus, au même titre que la multiplication des pains ou la résurrection de Lazare. Elle y lit aussi, depuis les Pères, une annonce de l'Eucharistie, du mariage chrétien et des noces éternelles du Royaume. Cet article présente d'abord le récit verset par verset, puis sa place dans le canon et dans le quatrième évangile, son auteur et sa datation traditionnels avec leurs témoins anciens, le lieu de Cana, la théologie du signe, la lecture des Pères, son accomplissement dans l'ensemble de l'Écriture, sa présence dans la prière de l'Église, et enfin les objections de l'exégèse historico-critique avec les réponses qu'on peut leur faire.
Le récit de Jean 2, 1-11, pas à pas
Le troisième jour, des noces en Galilée
Jean ouvre le récit par une datation relative : « Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana en Galilée »[3]. Ce troisième jour se compte depuis la promesse faite à Nathanaël à la fin du chapitre 1 : en additionnant les jours du chapitre 1 (le lendemain du témoignage de Jean Baptiste, le lendemain de l'appel d'André et de Pierre, le jour de l'appel de Philippe et de Nathanaël), on arrive à une semaine inaugurale qui culmine aux noces, comme une nouvelle semaine de création qui s'achève dans la joie d'un mariage[4]. Marie est déjà là quand Jésus arrive avec ses disciples : « La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples »[5]. Le texte ne nomme ni l'époux ni l'épouse : toute l'attention se concentre sur les invités qui vont agir, Marie, Jésus et les disciples.
Les noces juives duraient plusieurs jours et engageaient l'honneur de la famille de l'époux, chargé de l'abondance du banquet[6]. Manquer de vin n'était pas un simple contretemps mondain : c'était une honte publique pour les jeunes mariés, au milieu de leur parenté et de tout le village. C'est dans cette situation très concrète, et non dans un temple ou une synagogue, que Jésus accomplit son premier signe.
« Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. » (Évangile selon saint Jean, 2, 1[7])
« Ils n'ont plus de vin » : la parole de Marie
Le vin vient à manquer, et Marie le dit à Jésus en une phrase qui est à la fois un constat et une prière : « Ils n'ont plus de vin »[8]. Elle ne demande rien de précis, elle n'ordonne aucun miracle : elle expose le besoin devant son fils et elle lui fait confiance. Les Pères et les docteurs ont vu dans cette parole le modèle de l'intercession mariale : Marie remarque le manque avant même les mariés, elle le porte à Jésus, puis elle s'efface en donnant aux hommes la seule consigne de tout l'évangile qui vienne d'elle[9].
La réponse de Jésus semble rude : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue »[10]. Le mot « Femme » n'est pas un mépris : c'est ce même mot que Jésus, sur la croix, adressera à sa mère en la donnant à Jean (Jn 19, 26), et c'est le nom de la femme de la Genèse dont la descendance écrase le serpent (Gn 3, 15)[11]. En appelant Marie « Femme », Jésus la situe dans l'histoire du salut : nouvelle Ève associée à l'œuvre du nouvel Adam. Quant à l'heure, c'est le grand mot johannique de la Passion et de la glorification : à Cana, l'heure n'est pas encore venue, mais le signe l'annonce déjà, puisque Jean dira que Jésus y manifesta sa gloire[12].
Marie ne discute pas. Elle se tourne vers les serviteurs et prononce la parole qui résume toute la vie chrétienne :
« Tout ce qu'il vous dira, faites-le. » (Évangile selon saint Jean, 2, 5[13])
Les six jarres de pierre
Jean décrit alors le décor avec une précision matérielle rare : « Or il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux ou trois mesures »[14]. La mesure, en grec métrète, vaut environ 39 litres : chaque jarre contenait donc de 78 à 117 litres, et les six ensemble de 470 à 700 litres d'eau, devenus autant de vin[15]. Ces jarres servaient aux ablutions prescrites avant les repas et entre les plats : elles appartiennent à l'ordre de l'ancienne Alliance, à ses rites de pureté.
Jésus ne crée pas de nouveaux récipients : il remplit ceux de l'ancienne Alliance jusqu'au bord. « Remplissez d'eau ces jarres. Et ils les remplirent jusqu'au bord »[16]. Le détail « jusqu'au bord » dit la plénitude : il n'y aura pas de mélange, pas de demi-mesure, pas de place pour un apport humain qui expliquerait le résultat. Les serviteurs obéissent sans comprendre, puisent, et portent au maître du repas.
Le tableau suivant rassemble les données matérielles du récit, telles que Jean les donne :
| Élément du récit | Donnée de Jean | Ce qu'elle signifie |
|---|---|---|
| Récipients | Six jarres de pierre pour les purifications | L'ancienne Alliance et ses rites de pureté |
| Capacité | Deux ou trois métrètes par jarre, environ 78 à 117 litres | Une abondance mesurable, environ 470 à 700 litres au total |
| Action des serviteurs | Remplir jusqu'au bord, puiser, porter | L'obéissance humaine associée au don de Dieu |
| Action de Jésus | Aucun geste, aucune formule, une parole d'ordre | La puissance créatrice de la Parole, comme en Genèse 1 |
| Résultat constaté | Le maître du repas goûte et déclare le vin le meilleur | Le don du Christ surpasse ce qui précédait |
Ce tableau se lit de haut en bas comme le récit lui-même : Dieu prend la matière de l'ancien rite, la remplit par l'obéissance des serviteurs, et la change en un don qui dépasse tout ce que l'homme avait servi jusque-là.
Le maître du repas et le bon vin gardé
Le maître du repas goûte l'eau devenue vin, sans savoir d'où il vient, tandis que les serviteurs, eux, le savent[17]. Sa remarque à l'époux est devenue proverbiale : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. À toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant »[18]. L'ironie johannique est fine : le maître du repas félicite l'époux humain d'un vin dont il ignore l'auteur, et ses mots disent plus vrai qu'il ne croit. Dieu, dans l'histoire du salut, a gardé le meilleur pour la fin : après l'eau des purifications, le vin de la nouvelle Alliance ; après les prophètes, le Fils lui-même.
Aucun convive n'est décrit en train de s'enivrer, aucun désordre n'est signalé. Le vin de Cana n'est pas une invitation à l'excès : c'est le signe de la joie messianique annoncée par les prophètes, un vin qui réjouit le cœur de l'homme selon le psaume (Ps 103, 15)[19], donné dans une mesure qui dépasse le besoin pour manifester la surabondance du don de Dieu.
« À toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. » (Évangile selon saint Jean, 2, 10[20])
Le commencement des signes
Jean conclut lui-même le récit, et sa conclusion est la clé de lecture de tout son évangile : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui »[21]. Trois affirmations tiennent en une phrase. Cana est un commencement : le premier d'une série de signes que Jean a choisis et ordonnés. Le signe manifeste la gloire : la même gloire que le prologue attribue au Verbe fait chair, « gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14)[22]. Et le signe produit la foi : son but n'est pas l'étonnement, mais la croyance des disciples.
Après cela, Jésus descend à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et le récit enchaîne sur la purification du Temple et la première Pâque de son ministère (Jn 2, 12-13)[23]. Le premier signe ouvre donc la vie publique comme un programme : le vin nouveau de Cana annonce déjà le Temple nouveau et la Pâque nouvelle.
La place de Cana dans le canon et dans le quatrième évangile
Un récit propre à Jean
Cana n'apparaît que dans le quatrième évangile. Matthieu, Marc et Luc ne racontent ni les noces ni le changement de l'eau en vin[24]. Cette absence n'est pas une contradiction : les évangélistes ne racontent pas tout, et Jean dit expressément qu'il a choisi ses signes parmi beaucoup d'autres (Jn 20, 30)[25]. Les synoptiques, de leur côté, connaissent l'enseignement de Jésus sur le vin nouveau et les outres neuves (Mc 2, 22) et sur le vin du Royaume que Jésus boira nouveau avec les siens (Mc 14, 25)[26] : la thématique du vin messianique n'est donc pas étrangère à leur témoignage, même s'ils n'en racontent pas le signe inaugural.
Dans le canon catholique, le quatrième évangile est reçu comme Écriture inspirée au même titre que les trois synoptiques : le concile de Trente, dans sa session IV du 8 avril 1546, a fixé la liste des livres saints reçus par l'Église, évangile selon Jean compris, et Vatican I a confessé que ces livres, écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur[27]. Le récit de Cana appartient donc à la Parole de Dieu lue dans l'Église, et non à une tradition pieuse ajoutée après coup.
Le livre des signes
Les exégètes de toutes les écoles reconnaissent dans les chapitres 1 à 12 de Jean une première grande partie souvent appelée livre des signes : Jean y raconte sept signes principaux, de Cana à la résurrection de Lazare, avant le livre de la gloire qui raconte la Passion et la Résurrection (ch. 13 à 21)[28]. Cana ouvre la série et la résurrection de Lazare la ferme : du vin des noces à la victoire sur la mort, les signes déploient progressivement qui est Jésus.
Le tableau suivant présente cette architecture, utile pour situer Cana dans l'ensemble :
| Signe de Jean | Passage | Révélation de Jésus |
|---|---|---|
| L'eau changée en vin à Cana | Jn 2, 1-11 | L'époux messianique, la gloire manifestée |
| La guérison du fils de l'officier | Jn 4, 46-54 | La parole qui donne la vie à distance |
| La guérison du paralytique de Bethzatha | Jn 5, 1-18 | Le Fils qui travaille comme le Père |
| La multiplication des pains | Jn 6, 1-15 | Le pain de vie |
| Jésus marche sur les eaux | Jn 6, 16-21 | Le Seigneur de la création, « Je suis » |
| La guérison de l'aveugle-né | Jn 9 | La lumière du monde |
| La résurrection de Lazare | Jn 11 | La résurrection et la vie |
Ce tableau se lit comme une progression : chaque signe manifeste un aspect de la gloire du Christ et suscite soit la foi, soit le refus, jusqu'au signe suprême de la croix et de la Résurrection. Cana, placé en tête, donne le ton : la gloire de Jésus se révèle d'abord dans la joie d'un mariage et la surabondance d'un don.
Jean donne lui-même la finalité de ce choix de signes à la fin de son évangile :
« Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Évangile selon saint Jean, 20, 30-31[29])
Cana de Galilée et le second signe
Jean situe un second signe à Cana : de retour en Galilée, Jésus y guérit à distance le fils de l'officier royal de Capharnaüm, et l'évangéliste précise : « Ce fut le second signe que Jésus accomplit quand il revint de Judée en Galilée » (Jn 4, 54)[30]. Cana encadre ainsi le premier ministère galiléen : premier et second signes y ont lieu, comme pour marquer que la Galilée des nations, terre méprisée, reçoit les prémices de la gloire du Messie. Jean précise aussi que Nathanaël, le disciple sans détour en qui Jésus salue un véritable Israélite (Jn 1, 47), est « de Cana en Galilée » (Jn 21, 2)[31] : le village du premier signe est aussi le village d'un des premiers appelés.
L'auteur du récit : saint Jean, sa datation et ses témoins anciens
L'attribution traditionnelle à l'apôtre Jean
L'Église reçoit le quatrième évangile comme l'œuvre de saint Jean, fils de Zébédée, l'apôtre que cet évangile appelle le disciple que Jésus aimait (Jn 21, 20-24)[32]. Le dernier chapitre atteste que ce disciple rend témoignage de ces choses et les a écrites, et que son témoignage est vrai (Jn 21, 24)[33]. Cana fait partie de ce témoignage : seul un proche de Marie et de Jésus pouvait raconter la parole discrète de la mère, l'échange avec les serviteurs et ce que les serviteurs savaient (« eux qui avaient puisé l'eau », Jn 2, 9), détails de témoin que ne rapporte aucun autre évangile.
L'évangile se présente lui-même comme le témoignage du disciple bien-aimé :
« C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai. » (Évangile selon saint Jean, 21, 24[34])
La datation traditionnelle place la rédaction à la fin de la vie de l'apôtre, à Éphèse, dans les dernières décennies du Ier siècle, communément vers les années 90[35]. Jean serait ainsi le dernier des quatre évangiles, écrit par un témoin âgé qui médite depuis des décennies les faits qu'il a vus, ce qui explique à la fois sa profondeur théologique et sa connaissance précise des lieux, des fêtes et des usages de la Palestine d'avant l'an 70.
Les témoins anciens de l'évangile de Jean
Le témoignage externe est ancien et convergent. Saint Irénée de Lyon, vers 180, qui avait été formé par Polycarpe, lui-même disciple de Jean, attribue expressément le quatrième évangile à « Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine », et le situe à Éphèse[36]. Irénée cite abondamment Jean, Cana compris, contre les hérétiques de son temps : pour lui, l'eau changée en vin prouve que le Créateur et le Père de Jésus sont un seul et même Dieu, puisque le Seigneur dispose en maître de la créature de son Père[37].
Les manuscrits confirment cette antiquité. Les papyrus P66 (vers 200) et P75 (début du IIIe siècle) contiennent déjà de larges portions du quatrième évangile dans un texte remarquablement stable, et le petit fragment P52, qui conserve quelques mots du chapitre 18, est couramment daté de la première moitié du IIe siècle[38]. Un texte copié en Égypte dès cette époque suppose une composition et une diffusion antérieures : le quatrième évangile n'est pas une création tardive du IIe siècle, il est reçu très tôt dans toute l'Église, d'Éphèse à Alexandrie et à Lyon.
Le Canon de Muratori, liste romaine des livres reçus datée ordinairement de la fin du IIe siècle, inscrit Jean parmi les évangiles et raconte que l'apôtre l'écrivit à la demande de ses condisciples[39]. Tatien, vers 170, tisse son Diatessaron, harmonie des quatre évangiles, en commençant par le prologue de Jean : dès le IIe siècle, le quatrième évangile fait autorité au même titre que les synoptiques dans la vie de l'Église[40].
La position du magistère
La Commission biblique pontificale, interrogée sur l'auteur et la vérité historique du quatrième évangile, a répondu le 29 mai 1907 qu'il faut tenir Jean pour son auteur et le récit pour historique, contre les négations alors à la mode[41]. Cette décision s'inscrit dans la doctrine constante de l'Église sur l'inspiration : Léon XIII, dans Providentissimus Deus du 18 novembre 1893, interdit de restreindre l'inspiration à certaines parties de l'Écriture ou de concéder que l'auteur sacré se soit trompé[42]. Vatican II, dans Dei Verbum, confesse que les livres de la Bible enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée en vue de notre salut (Dei Verbum 11)[43].
Il faut être précis sur les degrés : l'Église n'a pas défini par un dogme la date exacte de rédaction du quatrième évangile, et un catholique peut discuter des années 80, 90 ou de la fin du siècle. Mais l'attribution à l'apôtre Jean et la vérité historique substantielle de son témoignage, Cana compris, appartiennent à la lecture reçue de l'Église, appuyée sur Irénée, sur les manuscrits du IIe siècle et sur la réception liturgique universelle. La section finale de cet article examine comment l'exégèse moderne a contesté cette attribution, et pourquoi ses arguments ne l'emportent pas.
Le lieu : où est Cana de Galilée ?
Ce que dit le texte
Jean appelle le village « Cana de Galilée » pour le distinguer d'une autre Cana, ville de la tribu d'Aser mentionnée dans le livre de Josué (Jos 19, 28)[44]. Il en fait le village de Nathanaël (Jn 21, 2) et le théâtre des premier et second signes (Jn 2, 11 ; 4, 54). Le récit suppose un village de Galilée à distance de marche de Nazareth et de Capharnaüm : après les noces, Jésus descend à Capharnaüm avec les siens (Jn 2, 12), et l'officier de Capharnaüm monte à Cana puis redescend chez lui le même jour (Jn 4, 46-54)[45]. Ces indications modestes sont celles d'un auteur qui connaît la géographie galiléenne de l'intérieur.
Les deux identifications principales
Deux sites se disputent l'identification. Kafr Kanna, à environ 7 kilomètres au nord-est de Nazareth, est le lieu de la tradition byzantine et médiévale des pèlerins : une église franciscaine des Noces, construite en 1881 sur des vestiges plus anciens, y accueille les pèlerins et les couples qui renouvellent leurs promesses de mariage[46]. Khirbet Qana, village juif antique situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Nazareth, occupé de l'époque hellénistique à l'époque byzantine, présente des arguments archéologiques sérieux : ateliers de taille de jarres de pierre, grottes, et surtout une caverne de vénération chrétienne ancienne où l'on a retrouvé un autel, une étagère portant des restes de jarres de pierre et des graffitis de pèlerins invoquant le Seigneur Jésus[47].
| Site candidat | Distance de Nazareth | Arguments principaux | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Kafr Kanna | Environ 7 kilomètres au nord-est | Tradition byzantine et médiévale continue, église des Noces, pèlerinage vivant | Vestiges du Ier siècle moins caractérisés |
| Khirbet Qana | Environ 14 kilomètres au nord | Village juif du Ier siècle, industrie de jarres de pierre, caverne de vénération ancienne | Pas de tradition de pèlerinage continue jusqu'à aujourd'hui |
Ce tableau aide à trancher avec honnêteté : l'archéologie récente fait pencher beaucoup de spécialistes vers Khirbet Qana pour le village du Ier siècle, tandis que la tradition de prière à Kafr Kanna reste un fait ecclésial vénérable. L'essentiel pour la foi n'est pas en jeu : que les noces aient eu lieu sur l'une ou l'autre colline de basse Galilée ne change rien au signe. En revanche, l'existence même d'un village juif de Galilée produisant précisément ces grandes jarres de pierre pour les purifications, au bon endroit et à la bonne époque, confirme que le décor de Jean 2, 6 n'est pas une invention littéraire tardive : c'est la Galilée réelle du temps de Jésus.
Les jarres de pierre, un détail d'époque vérifiable
Le détail des jarres de pierre mérite qu'on s'y arrête, car il ancre le récit dans son époque. La loi juive tenait la pierre pour insensible à l'impureté rituelle, contrairement à la poterie qu'il fallait briser si elle devenait impure : les fouilles de Jérusalem, de Galilée et de Khirbet Qana ont mis au jour de nombreux ateliers et fragments de ces grands vases de pierre calcaire, caractéristiques de la Judée et de la Galilée du Ier siècle[48]. Après la guerre de 70 et la disparition du Temple, cet usage décline. Un auteur tardif, écrivant loin de la Palestine un siècle plus tard, n'aurait eu ni le motif ni les moyens d'inventer ce décor avec cette exactitude : le verset 6 de Jean 2 porte la marque d'une mémoire proche des faits.
Ce que le signe révèle : la théologie de Cana
La gloire manifestée et la foi qui naît
Jean ne dit pas que Jésus a fait un prodige, il dit qu'il a manifesté sa gloire (Jn 2, 11). Dans la Bible, la gloire de Dieu est sa présence qui se rend visible : elle remplissait le Temple, elle guidait Israël dans la nuée. En affirmant que cette gloire s'est manifestée dans un village de Galilée, au milieu d'un repas de noces, Jean identifie Jésus au Dieu d'Israël présent parmi les siens, selon le prologue : « Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire » (Jn 1, 14)[49]. Le premier effet du signe n'est pas la stupéfaction des foules, absentes du récit, mais la foi des disciples : « ses disciples crurent en lui ». Le signe johannique est un langage : il désigne au-delà de lui-même, vers l'identité de Jésus.
L'heure de Jésus, de Cana à la croix
La parole « Mon heure n'est pas encore venue » (Jn 2, 4) ouvre dans le quatrième évangile un fil conducteur qui traverse tout le livre. L'heure de Jésus, ce sont sa Passion, sa mort et sa glorification : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié » (Jn 12, 23)[50] ; « sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père » (Jn 13, 1)[51]. À Cana, Jésus refuse que même sa mère avance cette heure : le signe est donné librement, comme une anticipation, non comme le déclenchement du mystère pascal.
Le Catéchisme de l'Église catholique lit Cana exactement dans cette ligne : « Le signe de l'eau changée en vin à Cana annonce déjà l'heure de la glorification de Jésus. Il manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau devenu le Sang du Christ » (CEC 1335)[52]. Cana et la croix se répondent : aux noces de Galilée, Jésus donne un vin qui préfigure son sang ; à la dernière Cène, il donne le vin devenu son sang ; sur la croix, de son côté ouvert coulent le sang et l'eau (Jn 19, 34)[53]. Marie se tient aux deux extrémités de ce parcours : à Cana où l'heure n'est pas encore venue, et au pied de la croix où l'heure est accomplie, Jésus l'appelle du même nom, « Femme », et la donne pour mère au disciple bien-aimé (Jn 19, 26-27)[54].
« Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » (Évangile selon saint Jean, 19, 26-27[55])
Marie à Cana : celle qui remarque, qui intercède, qui s'efface
Cana est, avec la croix, l'un des deux seuls passages du quatrième évangile où paraît la mère de Jésus, et Jean ne la désigne jamais par son nom dans ces scènes : il l'appelle « la mère de Jésus » et Jésus l'appelle « Femme ». Cette sobriété souligne sa fonction : elle est là pour conduire à son fils. Sa parole aux serviteurs, « Tout ce qu'il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5), fait écho à la parole du Pharaon au temps de Joseph, « Allez à Joseph, faites ce qu'il vous dira » (Gn 41, 55)[56] : comme l'Égypte affamée était renvoyée à Joseph, les serviteurs de Cana, puis les disciples de tous les temps, sont renvoyés à Jésus. Marie ne retient rien pour elle : elle constate le manque, elle parle à Jésus, elle parle aux hommes, puis elle disparaît du récit. C'est la structure même de son intercession dans l'Église : tout demander à son fils, tout recevoir de lui, ne garder personne auprès d'elle.
Le concile Vatican II enseigne que Marie, par sa foi et son obéissance, coopère à l'œuvre du Sauveur d'une manière unique, et que cette fonction maternelle dans l'ordre de la grâce se poursuit dans l'Église (Lumen Gentium 61-62)[57]. Cana en est l'icône évangélique : la première foi des disciples naît à l'occasion d'un signe obtenu après la parole de Marie, et Jean-Paul II le souligne dans le Rosaire : à Cana, le Christ « ouvre le cœur des disciples à la foi grâce à l'intervention de Marie, la première des croyantes »[58].
Le vin en abondance : les prophètes et les noces du Royaume
Le vin, dans l'Écriture, est le signe de la joie du temps messianique. Le prophète Amos annonce des jours où « le vin nouveau ruissellera des montagnes » (Am 9, 13)[59]. Isaïe décrit le festin du Seigneur pour tous les peuples, « un festin de viandes grasses et de vins capiteux » (Is 25, 6)[60], et invite les assoiffés à recevoir sans argent le vin et le lait (Is 55, 1)[61]. Jacob, bénissant Juda, annonce celui à qui appartient le sceptre, lavant son habit dans le vin et sa tunique dans le sang des raisins (Gn 49, 10-11)[62]. Le vin de Cana, donné en quantité démesurée et en qualité supérieure à la fin du repas, accomplit ces images : le Messie est venu, et avec lui la joie promise déborde.
Jésus reprendra lui-même cette image jusqu'au bout : « Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu » (Mc 14, 25)[63]. L'Apocalypse achève le parcours par les noces de l'Agneau : « Heureux ceux qui ont été invités au festin des noces de l'Agneau » (Ap 19, 9)[64]. Cana est donc la première page d'une histoire de noces qui traverse toute la Bible : Dieu épouse son peuple, le Christ épouse l'Église (Ep 5, 25-32)[65], et le vin de Galilée est le premier verre servi de ce festin final.
Cana et l'Eucharistie
L'Église a toujours lu Cana en direction de l'Eucharistie, sans confondre les deux mystères. À Cana, Jésus change l'eau en vin par sa seule parole, sans geste ni formule rapportés : le Créateur, qui chaque année change l'eau de la pluie en vin dans la vigne, accomplit en un instant, dans des jarres, ce qu'il fait chaque saison dans la nature. Saint Augustin le dit avec sa concision coutumière : celui qui a fait le vin aux noces est le même qui chaque année le fait dans les vignes, et nous ne nous étonnons de l'un que parce qu'il n'arrive pas chaque année[66]. Le Catéchisme inscrit Cana parmi les signes qui préfigurent l'Eucharistie, aux côtés de la multiplication des pains (CEC 1335)[67] : le vin de Cana annonce le vin de la Cène, et la surabondance des noces annonce la surabondance du pain eucharistique.
Il faut garder la distinction : à Cana, le vin reste du vin, il n'y a ni institution ni consécration, et les convives boivent un don de la création transformée. Mais le signe oriente le regard : celui qui change l'eau en vin à Cana changera le vin en son sang à Jérusalem, et les serviteurs qui puisent sans comprendre préfigurent les ministres qui distribueront un don dont la source les dépasse.
Cana et le mariage chrétien
Le premier signe a lieu à des noces, et ce n'est pas un hasard du calendrier. En choisissant un mariage pour manifester sa gloire pour la première fois, Jésus honore l'alliance de l'homme et de la femme créée au commencement (Gn 2, 24)[68] et il la prépare à devenir, dans la nouvelle Alliance, le sacrement de son union avec l'Église (Ep 5, 31-32)[69]. Le Catéchisme rappelle que, selon la tradition de l'Église latine, la présence du Seigneur aux noces de Cana confirme la bonté du mariage et annonce qu'il sera désormais un signe efficace de la présence du Christ (CEC 1613)[70]. Les époux chrétiens qui invitent le Christ à leurs noces, comme les mariés de Cana l'avaient fait sans le savoir, reçoivent de lui le vin nouveau : une charité qui ne s'épuise pas quand le vin des débuts vient à manquer, pourvu qu'elle se tourne, par Marie, vers celui qui change l'eau des jours ordinaires en vin de la grâce.
Les Pères de l'Église lisent Cana
Saint Augustin : le vin de chaque vendange et les six âges du monde
Saint Augustin a prêché sur Cana dans ses Traités sur l'évangile de Jean (traités 8 et 9, vers 416-417), et sa lecture a nourri tout l'Occident latin[71]. Son premier mouvement est un émerveillement raisonné : le Seigneur qui a changé l'eau en vin dans les jarres fait la même chose chaque année dans les vignes, où l'eau de la pluie, puisée par les racines, devient du vin dans le raisin ; le miracle de Cana ne fait que rendre visible, en un moment, la puissance créatrice qui agit en permanence sans que nous y prenions garde[72].
Augustin lit aussi les six jarres comme les six âges du monde, depuis Adam jusqu'au Christ, remplis par les prophéties : l'eau de la lettre prophétique devient, quand le Christ l'interprète et l'accomplit, le vin de l'intelligence spirituelle[73]. Cette lecture allégorique ne remplace pas chez lui le fait : Augustin tient le changement de l'eau en vin pour un événement réel, signe de la puissance du Créateur ; l'allégorie vient ensuite, comme un second fruit du texte, selon la manière patristique de lire l'Écriture dans tous ses sens sans dissoudre le sens littéral.
« Celui qui, ce jour-là, dans ces six jarres, a changé l'eau en vin, c'est le même qui, chaque année, fait cela dans les vignes. » (Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, 8, 1[74])
Saint Jean Chrysostome : l'honneur rendu à la mère et au mariage
Saint Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur Jean (homélies 21 et 22, prêchées à Antioche vers 390), répond à ceux qui voyaient dans la parole « Femme, que me veux-tu ? » un manque de respect : Jésus honore sa mère, mais il montre que, pour l'œuvre divine, il n'agit pas sur commande humaine, afin que le signe soit reçu comme venant du Père et non comme une complaisance familiale[75]. Chrysostome souligne aussi que Jésus, en honorant des noces de sa présence et de son premier signe, déclare le mariage honorable contre les contempteurs du mariage de son temps : ce n'est pas dans un désert, mais à une table de noces, que la gloire du Christ éclate d'abord[76].
Saint Irénée et saint Cyrille : le Créateur à l'œuvre
Dès le IIe siècle, saint Irénée utilise Cana contre les gnostiques qui opposaient le Dieu créateur au Père de Jésus : si Jésus change l'eau, créature du Dieu de la Genèse, en vin, c'est que le Créateur et son Père ne font qu'un, et que le Christ est le Seigneur de la création matérielle, non son ennemi[77]. Saint Cyrille d'Alexandrie, dans son Commentaire sur Jean (début du Ve siècle), déploie la lecture christologique : celui qui change la nature des éléments montre qu'il en est l'auteur ; le signe révèle le Verbe créateur à l'œuvre dans sa propre création, et l'eau des purifications juives devenue vin annonce le passage de l'ombre de la Loi à la vérité de la grâce[78].
La convergence de ces lectures, grecques et latines, anciennes et indépendantes, montre que l'Église des Pères n'a jamais hésité sur le fait : Cana est un événement du ministère de Jésus, reçu des apôtres, dont on déploie ensuite les significations. Nulle part les Pères ne traitent le récit comme une parabole ou un symbole sans réalité : leur allégorie s'appuie sur l'histoire comme sur un fondement.
L'accomplissement de Cana dans l'ensemble de l'Écriture
Les figures de l'Ancien Testament
Cana rassemble plusieurs fils de l'Ancien Testament. Les noces rappellent le chant du Cantique des cantiques, où l'époux fait entrer l'épouse dans la maison du vin (Ct 2, 4)[79], lu par la tradition comme la figure de l'amour du Christ et de l'Église. L'eau des purifications renvoie aux ablutions de la Loi (Lv 14 ; Nb 19)[80], que les prophètes dépassaient déjà en annonçant une eau pure répandue par Dieu lui-même : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés » (Ez 36, 25)[81]. Le vin nouveau versé dans les jarres de l'ancienne purification dit, en acte, que le temps de la figure cède au temps de la réalité : ce que la Loi préparait par des rites extérieurs, le Christ l'accomplit dans les cœurs.
Isaïe donne à ce parcours sa plus belle image, le festin de la montagne de Dieu :
« Le Seigneur de l'univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. » (Livre d'Isaïe, 25, 6[82])
Joseph en Égypte offre une autre figure : au temps de la famine, le Pharaon renvoie tout le peuple à Joseph, « faites ce qu'il vous dira » (Gn 41, 55), et Joseph nourrit le monde du blé amassé[83]. À Cana, Marie reprend cette parole et la retourne vers un plus grand que Joseph : les serviteurs obéissent, et le village reçoit le vin en abondance. Le parallélisme, relevé par la tradition exégétique, place Jésus dans la lignée des sauveurs suscités par Dieu pour son peuple, tout en le dépassant infiniment : Joseph distribuait un blé créé ; Jésus crée le vin qu'il distribue.
Le parcours johannique : de l'eau au vin, du vin au sang
Dans le quatrième évangile lui-même, Cana est le premier maillon d'une chaîne. L'eau revient au chapitre 3 avec Nicodème et la naissance de l'eau et de l'Esprit (Jn 3, 5)[84], au chapitre 4 avec l'eau vive promise à la Samaritaine (Jn 4, 10-14)[85], au chapitre 13 avec le lavement des pieds, et au chapitre 19 avec l'eau qui coule du côté transpercé avec le sang (Jn 19, 34). Le vin, lui, conduit à la vigne véritable du chapitre 15, « Je suis la vraie vigne » (Jn 15, 1)[86], et au sang de l'Alliance. Cana contient donc en germe tout l'évangile de Jean : l'eau de l'ancien monde changée par la parole du Verbe, la gloire manifestée aux disciples, l'heure annoncée qui s'accomplira à la croix, et Marie présente au commencement comme elle le sera à l'accomplissement.
Le signe de Cana prépare aussi les autres signes. Comme à Cana, Jésus agira par sa parole à distance pour le fils de l'officier (Jn 4, 50), par un ordre aux serviteurs pour la multiplication des pains distribuée par les disciples (Jn 6, 11), par l'envoi de l'aveugle à la piscine de Siloé (Jn 9, 7). Partout la même structure : un manque humain constaté, une parole du Christ, une obéissance qui coopère, un don qui dépasse, et des témoins qui croient ou qui refusent. Cana est la matrice des signes.
Cana dans la prière de l'Église
L'Épiphanie et les trois manifestations
Dans la tradition liturgique ancienne, l'Épiphanie ne célèbre pas seulement la visite des mages : elle rassemble trois manifestations du Seigneur, les mages à Bethléem, le baptême dans le Jourdain et les noces de Cana. L'antienne du Magnificat des deuxièmes vêpres de l'Épiphanie, Tribus miraculis, le chante en une phrase : nous honorons un jour orné de trois miracles, aujourd'hui l'étoile a conduit les mages à la crèche, aujourd'hui l'eau a été changée en vin pour des noces, aujourd'hui le Christ a voulu être baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver[87]. Cana appartient ainsi, depuis des siècles, au cœur de la prière publique de l'Église au temps de Noël : le premier signe y est lu comme une épiphanie, une manifestation de la gloire du Dieu fait homme.
Le lectionnaire et le mariage
Dans le lectionnaire romain actuel, Jean 2, 1-11 est l'évangile du deuxième dimanche du temps ordinaire de l'année C, au seuil de la vie publique, et l'un des évangiles proposés pour la célébration du mariage[88]. Des générations d'époux ont entendu, le jour de leurs noces, la parole de Marie aux serviteurs et la remarque du maître du repas sur le bon vin gardé pour la fin : l'Église y voit une promesse pour la vie conjugale, où le meilleur peut venir après les débuts, quand le Christ reste l'invité des noces. Les pèlerins de Kafr Kanna, lieu de la tradition pèlerine, renouvellent traditionnellement leurs promesses de mariage dans l'église des Noces et reçoivent une bénédiction spéciale[89].
La chronologie suivante situe Cana dans la vie de prière de l'Église :
- Ier siècleLe témoignage de Jean
L'apôtre Jean raconte le premier signe dans son évangile, écrit à la fin du siècle, pour que les lecteurs croient que Jésus est le Christ (Jn 20, 31).
- Vers 180Irénée défend le signe
Saint Irénée de Lyon cite Cana contre les gnostiques : le Créateur et le Père de Jésus sont un seul Dieu, maître de l'eau et du vin.
- Vers 390-417Chrysostome et Augustin prêchent Cana
Jean Chrysostome à Antioche puis Augustin à Hippone commentent Jean 2 dans leurs homélies, fixant la lecture patristique du signe.
- Temps de l'ÉpiphanieL'antienne des trois miracles
La liturgie de l'Épiphanie chante ensemble les mages, le baptême du Jourdain et l'eau changée en vin à Cana.
- 16 octobre 2002Deuxième mystère lumineux
Saint Jean-Paul II propose Cana comme deuxième mystère lumineux du Rosaire, dans la lettre Rosarium Virginis Mariae.
Le Rosaire : le deuxième mystère lumineux
Le 16 octobre 2002, saint Jean-Paul II a proposé d'ajouter au Rosaire les mystères lumineux, consacrés à la vie publique du Christ, dans la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae[90]. Le deuxième de ces mystères est l'auto-manifestation du Christ aux noces de Cana. Le pape décrit ce mystère en ces termes :
« Le premier des signes, qui eut lieu à Cana, quand le Christ changea l'eau en vin et ouvrit le cœur des disciples à la foi, grâce à l'intervention de Marie, la première des croyantes. » (Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, numéro 21, 16 octobre 2002[91]) Chaque semaine, des millions de catholiques méditent donc Cana dans le Rosaire : le signe de Galilée est devenu une école quotidienne de contemplation, où l'on apprend de Marie à remarquer les manques, à les dire à Jésus et à faire ce qu'il dira.
Objections et débat historico-critique
Une partie de l'exégèse contemporaine lit Cana autrement que l'Église ne l'a reçu. Il faut exposer ses arguments dans leur forme forte, puis y répondre, sans jamais écrire que la recherche aurait démontré ce qui reste une hypothèse interprétative.
Objection 1 : les synoptiques ne racontent pas Cana, donc le récit est une création symbolique de Jean
Réponse. Le silence des synoptiques prouve seulement qu'ils n'ont pas raconté ce signe, comme ils n'ont pas raconté la résurrection de Lazare, pourtant centrale chez Jean. Jean déclare lui-même opérer un choix parmi des signes beaucoup plus nombreux (Jn 20, 30), et les évangiles se complètent plus qu'ils ne se répètent : Matthieu seul raconte les mages, Luc seul le bon Samaritain, Marc seul la guérison de l'aveugle de Bethsaïde en deux temps. Exiger qu'un fait soit raconté quatre fois pour être historique, c'est appliquer à l'Antiquité un critère qu'aucun historien n'applique à d'autres sources. De plus, les synoptiques connaissent la thématique du vin nouveau (Mc 2, 22) et du vin du Royaume (Mc 14, 25) : le signe de Cana prolonge un enseignement solidement attesté, il ne surgit pas de rien.
Objection 2 : le récit serait modelé sur les légendes de Dionysos, dieu du vin
Réponse. Le parallèle avec Dionysos, dont certaines fêtes célébraient l'eau changée en vin, est un rapprochement de motifs, non une preuve d'emprunt. Il faudrait montrer qu'un auteur juif de Galilée ou d'Éphèse, écrivant pour des communautés issues du judaïsme, a construit le premier signe de Jésus sur un mythe païen que les juifs pieux abhorraient, et que les premiers lecteurs, juifs et judéo-chrétiens, l'auraient reçu sans réagir. Surtout, la structure du récit de Jean est anti-dionysiaque : aucun culte extatique, aucune ivresse décrite, aucune théophanie païenne, mais un signe discret, connu des seuls serviteurs et disciples, ordonné à la foi (Jn 2, 11). La ressemblance de surface entre deux récits de vin miraculeux n'établit ni une dépendance littéraire ni une invention : elle montre au plus que le monde antique associait le vin divin à la joie, association que les prophètes d'Israël connaissaient bien avant tout contact avec les légendes grecques (Am 9, 13 ; Is 25, 6).
Objection 3 : la quantité, de 470 à 700 litres, est invraisemblable et trahit le symbole
Réponse. L'objection retourne en fait contre elle-même. Une noce de village durait plusieurs jours et réunissait la parenté élargie et les voisins : une grande quantité de vin n'a rien d'absurde dans ce cadre festif où l'honneur de l'époux se mesurait à l'abondance[92]. Mais surtout, la surabondance est précisément le message du signe, revendiqué par Jean dans tout son évangile : la grâce sur grâce (Jn 1, 16), l'eau qui devient source (Jn 4, 14), les pains dont on remplit douze paniers de restes (Jn 6, 13), la vie en abondance (Jn 10, 10)[93]. Prétendre que la démesure prouve l'invention, c'est décider d'avance qu'un signe de Dieu devrait rester dans les proportions du vraisemblable humain : c'est un présupposé sur ce que Dieu peut faire, non un résultat d'enquête historique. Le récit, lui, donne des mesures concrètes et vérifiables d'époque, jarres de pierre et métrètes, ce qu'une pure allégorie n'avait pas besoin d'inventer.
Objection 4 : la parole « Femme, que me veux-tu ? » serait la trace d'une tradition hostile à Marie
Réponse. Cette lecture projette sur le texte des catégories étrangères. Le grec de Jean 2, 4 marque une prise de distance sur le moment de l'action, non une rupture d'affection : Jésus agira, mais à l'heure du Père, non sur injonction, même maternelle. Le même Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé depuis la croix (Jn 19, 26-27), geste d'une tendresse souveraine, et le nom de « Femme », loin d'être une insulte, relie Marie à Ève et à la femme de l'Apocalypse. Les Pères, grecs et latins, dont la langue et la culture étaient celles du texte, n'y ont jamais lu un mépris : Chrysostome y voit une leçon sur l'initiative divine, non un reproche. Une lecture qui fait de Jean 2, 4 un texte anti-marial doit expliquer pourquoi le même évangile place Marie au pied de la croix comme mère des disciples : l'ensemble johannique dément la lecture polémique.
Objection 5 : le quatrième évangile serait trop tardif et trop théologique pour rapporter des faits
Réponse. C'est l'objection de fond, dont dépendent les autres. Elle repose sur trois présupposés qu'il faut nommer. D'abord, une datation haute du quatrième évangile à l'extrême fin du Ier siècle, présentée comme un verdict alors qu'elle reste une fourchette discutée, compatible avec la tradition d'un Jean âgé écrivant à Éphèse. Ensuite, l'idée qu'un texte théologiquement profond ne peut pas être historiquement fiable, comme si méditer longuement un événement obligeait à l'inventer : l'expérience commune montre le contraire, les témoins les plus profonds étant souvent ceux qui ont porté les faits le plus longtemps. Enfin, un présupposé anti-miraculeux : si l'on décide avant l'enquête qu'un changement d'eau en vin ne peut pas arriver, alors tout récit qui le rapporte sera classé symbole, quelle que soit la qualité de son attestation. Ce n'est plus une conclusion, c'est la prémisse qui se déguise en résultat.
Contre cette objection, les faits externes tiennent : un fragment de Jean copié en Égypte dès la première moitié du IIe siècle (P52), de grands papyrus vers 200 (P66, P75), la citation massive chez Irénée vers 180 formé par un disciple de Jean, l'inscription au Canon de Muratori et l'usage dans le Diatessaron de Tatien vers 170[94]. Un évangile inventé au milieu du IIe siècle n'aurait pas eu le temps de conquérir cette autorité universelle sans laisser de trace de contestation sur son attribution. La lecture traditionnelle, Jean apôtre et témoin oculaire écrivant à la fin du Ier siècle, reste donc pleinement défendable : elle explique à la fois la précision palestinienne du récit de Cana, jarres de pierre comprises, sa profondeur théologique de témoin qui a médité, et sa réception immédiate dans toute l'Église.
Il reste une honnêteté à garder : la foi en Cana ne repose pas d'abord sur l'archéologie de Khirbet Qana ni sur la datation des papyrus, qui confirment le cadre sans pouvoir photographier le miracle. Elle repose sur le témoignage apostolique reçu par l'Église : « C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai » (Jn 21, 24). L'enquête historique montre que ce témoignage est ancien, bien transmis et ancré dans la Palestine réelle ; elle ne remplace pas la foi, elle lui enlève ses excuses.
Pour aller plus loin
- La multiplication des pains : le signe du pain, pendant eucharistique du signe du vin de Cana.
- La pêche miraculeuse : l'abondance du don, de Cana au lac de Tibériade.
Notes et références
Évangile selon saint Jean, chapitre 2, versets 1 à 11, traduction liturgique (AELF). Cana est le premier des signes chez Jean.
1Jn 2, 11 : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »
2 21Jn 2, 1, traduction liturgique (AELF).
3 7La semaine inaugurale se reconstitue par Jn 1, 29 ; 1, 35 ; 1, 43 puis Jn 2, 1 (« le troisième jour »), soit une ouverture en sept jours qui culmine aux noces.
4Jn 2, 1-2 : Marie est déjà présente, Jésus et ses disciples sont invités. Le texte ne nomme ni l'époux ni l'épouse.
5Les noces juives antiques duraient plusieurs jours (cf. Gn 29, 27 ; Jg 14, 12) et engageaient l'honneur de la famille de l'époux, tenue à l'abondance du banquet.
6Jn 2, 3 : « Le vin manqua ; la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus de vin. »
8Jn 2, 5 : parole de Marie aux serviteurs, seule consigne donnée par Marie dans les évangiles, lue par la tradition comme le résumé de sa médiation : conduire au Christ et à l'obéissance à sa parole.
9Jn 2, 4 : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » Sur le sens non irrespectueux de « Femme », voir Jn 19, 26 et l'analyse de la section sur Marie.
10« Femme » en Jn 2, 4 et Jn 19, 26 fait écho à Gn 3, 15 (la femme dont la descendance écrase le serpent) et à Gn 2, 23. Jean ne nomme jamais Marie par son prénom dans ces scènes.
11L'heure chez Jean désigne la Passion glorifiante : Jn 7, 30 ; 8, 20 ; 12, 23 ; 13, 1 ; 17, 1. À Cana elle est annoncée, non encore venue (Jn 2, 4).
12Jn 2, 5 : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. » Cf. Gn 41, 55.
13Jn 2, 6 : six jarres de pierre pour les purifications, de deux ou trois métrètes chacune.
14Le métrète attique vaut environ 39 litres. Deux ou trois métrètes donnent environ 78 à 117 litres par jarre, soit environ 470 à 700 litres pour les six jarres.
15Jn 2, 7-8 : « Remplissez d'eau ces jarres. Et ils les remplirent jusqu'au bord. Puisez maintenant, et portez-en au maître du repas. »
16Jn 2, 9 : le maître du repas ignore la provenance, « tandis que les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau », marque d'un récit de témoins.
17Jn 2, 10 : parole du maître du repas à l'époux sur le bon vin gardé jusqu'à maintenant.
18 20Ps 103 (104), 15 : le vin qui réjouit le cœur de l'homme, don du Créateur célébré par le psalmiste.
19Jn 1, 14 : « Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire. »
22Jn 2, 12-13 : descente à Capharnaüm puis montée à Jérusalem pour la Pâque, purification du Temple (Jn 2, 13-22).
23Les évangiles de Matthieu, Marc et Luc ne racontent pas les noces de Cana. Jean assume un choix parmi les signes (Jn 20, 30).
24Jn 20, 30 : « Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. »
25Mc 2, 22 (vin nouveau, outres neuves) et Mc 14, 25 (le fruit de la vigne bu nouveau dans le Royaume) : la thématique du vin messianique est aussi synoptique.
26Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret sur les Écritures canoniques ; Vatican I, constitution Dei Filius, chapitre 2 (DS 3006) : les livres saints ont Dieu pour auteur.
27La distinction entre livre des signes (Jn 1 à 12) et livre de la gloire (Jn 13 à 21) est une commodité d'analyse largement partagée pour décrire l'architecture du quatrième évangile ; elle ne préjuge pas de son unité d'auteur.
28Jn 20, 30-31, finalité de l'évangile : croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et avoir la vie en son nom.
29Jn 4, 54 : second signe à Cana, guérison à distance du fils de l'officier royal (Jn 4, 46-54).
30Jn 21, 2 : Nathanaël de Cana en Galilée parmi les disciples de l'apparition au bord du lac. Cf. Jn 1, 45-51.
31Le disciple que Jésus aimait : Jn 13, 23 ; 19, 26 ; 20, 2 ; 21, 7 et 21, 20. La tradition l'identifie à Jean, fils de Zébédée.
32Jn 21, 24 : « C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai. »
33 34Datation traditionnelle du quatrième évangile à la fin du Ier siècle, à Éphèse, du vivant et par la main de l'apôtre âgé. La fourchette exacte (années 80-100) reste discutée sans toucher à l'attribution.
35Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 : après les autres évangélistes, « Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine, publia lui aussi l'évangile pendant son séjour à Éphèse ». Irénée fut formé par Polycarpe, disciple de Jean.
36Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III et livre V : Cana et les dons du Créateur servent à confesser l'unité du Dieu créateur et du Père de Jésus contre les gnostiques.
37Papyrus P52 (fragment de Jn 18, daté couramment de la première moitié du IIe siècle), P66 (vers 200) et P75 (début du IIIe siècle), témoins anciens et convergents du texte johannique.
38Canon de Muratori (fin du IIe siècle, liste romaine des livres reçus) : le quatrième évangile y est attribué à Jean, écrit à la demande de ses condisciples.
39Tatien, Diatessaron, vers 170 : harmonie des quatre évangiles s'ouvrant sur le prologue de Jean, preuve de son autorité dès le IIe siècle.
40Commission biblique pontificale, réponse du 29 mai 1907 sur l'auteur, l'époque et la vérité historique du quatrième évangile : Jean en est l'auteur et son témoignage est historique.
41Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 : interdiction de restreindre l'inspiration à certaines parties de l'Écriture ou de concéder l'erreur à l'auteur sacré. Texte sur vatican.va.
42Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 18 novembre 1965, numéro 11 : les livres bibliques enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité confiée en vue du salut. Texte sur vatican.va.
43Jos 19, 28 : Cana parmi les villes de la tribu d'Aser, distincte de Cana de Galilée, village de Nathanaël (Jn 21, 2).
44Jn 2, 12 (descente à Capharnaüm après les noces) et Jn 4, 46-54 (montée de l'officier de Capharnaüm à Cana et retour le même jour) supposent des distances de marche galiléennes ordinaires.
45Kafr Kanna, à environ 7 kilomètres au nord-est de Nazareth : église franciscaine des Noces (1881) sur des vestiges plus anciens, lieu de la tradition pèlerine byzantine et médiévale.
46Khirbet Qana, village juif antique au nord de Nazareth (occupation hellénistique à byzantine) : ateliers de jarres de pierre et caverne de vénération chrétienne ancienne avec autel, étagère à jarres et graffitis invoquant le Seigneur Jésus, fouilles dirigées notamment par Douglas Edwards puis James Riley Strange.
47Les grands vases de pierre calcaire pour les purifications, insensibles à l'impureté selon la halakha (contrairement à la poterie), sont caractéristiques de la Judée et de la Galilée du Ier siècle ; leur production décline après 70.
48Jn 1, 14 et Jn 2, 11 utilisent le même vocabulaire de la gloire manifestée et contemplée : le signe de Cana rend visible la gloire du Verbe fait chair.
49Jn 12, 23 : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. »
50Jn 13, 1 : « Sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. »
51Catéchisme de l'Église catholique, numéro 1335 : le signe de l'eau changée en vin à Cana (Jn 2, 11) annonce l'heure de la glorification et manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume. Texte sur vatican.va.
52Jn 19, 34 : du côté transpercé du Christ en croix sortent du sang et de l'eau, lus par la tradition comme les signes du baptême et de l'Eucharistie naissant du côté du nouvel Adam.
53Jn 19, 26-27 : à la croix, Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé. Même appellation « Femme » qu'à Cana (Jn 2, 4).
54Jn 19, 26-27, traduction liturgique (AELF).
55Gn 41, 55 : au temps de la famine, le Pharaon renvoie l'Égypte à Joseph : « Allez à Joseph, faites ce qu'il vous dira. » La tradition rapproche cette parole de Jn 2, 5.
56Concile Vatican II, constitution Lumen Gentium, 21 novembre 1964, numéros 61 et 62 : coopération unique de Marie à l'œuvre du Sauveur et fonction maternelle dans l'économie de la grâce. Texte sur vatican.va.
57Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, 16 octobre 2002, numéro 21 : à Cana, le Christ ouvre le cœur des disciples à la foi grâce à l'intervention de Marie, la première des croyantes. Texte sur vatican.va.
58Am 9, 13 : les montagnes ruissellent de vin nouveau, image prophétique de l'abondance des jours messianiques.
59Is 25, 6 : le Seigneur prépare pour tous les peuples un festin de viandes grasses et de vins capiteux, sur sa montagne.
60 82Is 55, 1 : « Vous tous qui avez soif, venez vers les eaux ; sans argent, venez, recevez du grain et mangez ; venez, sans argent, sans rien payer, du vin et du lait. »
61Gn 49, 10-11 : bénédiction de Juda par Jacob, le sceptre et le prince attendu, lavant sa tunique dans le sang des raisins.
62Mc 14, 25 : « Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu. » Parole de la dernière Cène.
63Ap 19, 9 : « Heureux ceux qui ont été invités au festin des noces de l'Agneau. »
64Ep 5, 25-32 : le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle ; le mariage humain est le signe de cette union (cf. Gn 2, 24).
65Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, 8, 1 : celui qui a changé l'eau en vin à Cana fait chaque année la même œuvre dans les vignes ; le miracle rend visible la puissance créatrice ordinaire.
66CEC 1335 range le signe de Cana, avec les multiplications des pains (Mt 14 et 15), parmi les signes qui préfigurent la surabondance du pain eucharistique.
67Gn 2, 24 : l'homme quitte son père et sa mère, il s'attache à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Parole reprise par Jésus (Mt 19, 5) et par Paul (Ep 5, 31).
68Ep 5, 31-32 : « Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l'Église. »
69Catéchisme de l'Église catholique, numéro 1613 : la présence du Seigneur aux noces de Cana confirme la bonté du mariage et annonce un signe efficace de la présence du Christ.
70Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean (Tractatus in Iohannis Evangelium), traités 8 et 9 sur Jn 2, prêchés à Hippone vers 416-417.
71Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, 8, 1 : l'eau puisée par les racines de la vigne devient vin chaque année par l'œuvre du Créateur ; à Cana, la même puissance agit en un instant.
72Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, 9 : les six jarres lues comme les six âges du monde remplis par les prophéties, dont l'eau devient vin quand le Christ les accomplit. Lecture allégorique seconde, appuyée sur le fait tenu pour réel.
73Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, 8, 1. Traduction française du texte latin : celui qui fit le vin aux noces est celui qui chaque année le fait dans les vignes.
74Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Jean, homélies 21 et 22 sur Jn 2 (Antioche, vers 390) : la parole à Marie marque l'initiative divine du signe, non un manque d'honneur filial.
75Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Jean, 21-22 : en honorant des noces de sa présence et de son premier signe, le Christ déclare le mariage honorable.
76Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, notamment livres III et V : contre les gnostiques qui méprisaient le Créateur, Cana prouve que le Seigneur dispose en maître de la création de son Père.
77Saint Cyrille d'Alexandrie, Commentaire sur l'évangile de Jean, livre II sur Jn 2 (début du Ve siècle) : le changement de l'eau en vin manifeste le Verbe créateur et le passage de l'ombre de la Loi à la vérité de la grâce.
78Ct 2, 4 : « Il m'a fait entrer dans la maison du vin, et son étendard sur moi, c'est l'amour », lu par la tradition comme la figure des noces du Christ et de l'Église.
79Purifications rituelles de la Loi : par exemple Lv 14 et Nb 19 (eau lustrale). Les jarres de Jn 2, 6 appartiennent à cet univers de rites.
80Ez 36, 25 : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. »
81Gn 41 : Joseph, interprétant les songes du Pharaon, amasse le grain et nourrit l'Égypte et les nations pendant la famine ; le Pharaon renvoie à lui tout le peuple (Gn 41, 55).
83Jn 3, 5 : naître de l'eau et de l'Esprit pour entrer dans le Royaume, entretien avec Nicodème.
84Jn 4, 10-14 : l'eau vive promise à la Samaritaine, source jaillissant en vie éternelle.
85Jn 15, 1 : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron », discours de la dernière Cène.
86Antienne Tribus miraculis du Magnificat aux deuxièmes vêpres de l'Épiphanie : nous honorons un jour orné de trois miracles, l'étoile conduit les mages à la crèche, l'eau est changée en vin pour des noces, le Christ est baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver. Texte latin reçu dans la liturgie des Heures.
87Lectionnaire romain : Jn 2, 1-11, évangile du deuxième dimanche du temps ordinaire (année C) et évangile proposé pour la célébration du mariage.
88À Kafr Kanna, les pèlerins, spécialement les couples, renouvellent leurs promesses de mariage dans l'église des Noces et y reçoivent une bénédiction.
89Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, 16 octobre 2002, proposant les mystères lumineux de la vie publique du Christ (numéros 19 à 21). Texte sur vatican.va.
90Rosarium Virginis Mariae, numéro 21 : le premier des signes à Cana (Jn 2, 1-12), quand le Christ change l'eau en vin et ouvre le cœur des disciples à la foi grâce à l'intervention de Marie, première des croyantes. Texte sur vatican.va.
91Les noces de village duraient plusieurs jours (Gn 29, 27 ; Jg 14, 12) avec parenté et voisins : les grandes quantités de vin relèvent de l'honneur festif de l'époux, non d'une ivresse de quelques convives.
92La surabondance johannique : Jn 1, 16 (grâce sur grâce), Jn 4, 14 (source en vie éternelle), Jn 6, 13 (douze paniers de restes), Jn 10, 10 (la vie en abondance).
93Récapitulatif des témoins anciens du quatrième évangile : P52 (première moitié du IIe siècle), P66 (vers 200), P75 (début du IIIe siècle), Tatien vers 170, Irénée vers 180 formé par Polycarpe, Canon de Muratori.
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