Les missions jésuites du Paraguay (1609-1768)

Les missions jésuites du Paraguay rassemblèrent jusqu'à 141 000 Guaranis dans une trentaine de cités chrétiennes, les « réductions » : évangélisation par la langue et la musique, martyre de saint Roque González (1628), défense contre les bandeirantes, puis expulsion et ruine après 1767.

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Les missions jésuites du Paraguay désignent l'immense entreprise apostolique menée par la Compagnie de Jésus auprès des Indiens Guaranis, entre la fondation de la première réduction en 1609 et l'expulsion des jésuites des terres espagnoles en 1767-1768. Sur l'immense territoire de l'ancienne Provincia Paraquariae — juridiction qui débordait largement le Paraguay actuel, à cheval sur le Paraguay, le nord-est de l'Argentine et le sud du Brésil d'aujourd'hui — les Pères élèvent en un siècle et demi une véritable chrétienté indigène : une trentaine de cités chrétiennes, les « Trente Peuples » (los treinta pueblos), qui regroupent jusqu'à 141 000 Guaranis dans les réductions en 1732[1].

Ces cités, appelées réductions (reducciones), ne sont pas seulement un système social original — souvent décrit comme une « République chrétienne » ou un « communisme évangélique » — mais d'abord le fruit d'un projet missionnaire radical : annoncer le Christ sans détruire le peuple guarani, en adoptant sa langue, sa musique et ses mœurs, et en le protégeant de l'esclavage des colons. C'est cette dimension proprement apostolique et spirituelle qui fait l'objet du présent article ; pour la description détaillée de l'institution sociale, économique et politique des réductions, voir l'article spécialisé Les réductions du Paraguay.

L'aventure a son sang et ses saints. Le 15 novembre 1628, le jésuite paraguayen Roque González de Santa Cruz, premier saint du Paraguay, tombe sous la hache à Caaró avec son compagnon espagnol Alonso Rodríguez ; deux jours plus tard, le 17 novembre, Juan del Castillo est mis à mort à la réduction de l'Assomption, sur l'Ijuí[2] ; saint Jean-Paul II les canonise en 1988[3]. Elle a ses combats : en 1641, à la bataille de Mbororé, les milices guaranies armées par le roi d'Espagne brisent les expéditions esclavagistes des bandeirantes de São Paulo[4]. Elle a son crépuscule : le traité de Madrid (1750), la guerre guaranitique (1754-1756), puis l'expulsion ordonnée par Charles III mettent fin à ce que Voltaire lui-même appela « à quelques égards, le triomphe de l'humanité »[5].

Chronologie visuelle des missions jésuites du Paraguay : premiers jésuites à Asunción, fondation de San Ignacio Guazú, martyres, exode du Guairá, Mbororé, guerre guaranitique et expulsion. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Peu de missions catholiques de l'époque moderne — ni les missions jésuites au Japon, ni les missions jésuites en Chine de Matteo Ricci — ont produit une expérience d'une telle ampleur : des centaines de milliers de baptêmes, des écoles, des ateliers, une imprimerie et des milices d'autodéfense, dans une synthèse de foi et de culture que l'on appellerait aujourd'hui inculturation. Cette histoire, longtemps idéalisée puis caricaturée, reste l'un des sommets de l'évangélisation menée dans le sillage de la Contre-Réforme catholique et de la jeune Compagnie de Jésus.

Pourquoi une mission jésuite au Paraguay ?

Le « Paraguay » jésuite : un territoire, pas un pays

Le mot Paraguay, dans le vocabulaire de la Compagnie de Jésus, ne désigne pas l'État moderne aux frontières actuelles, mais une vaste province religieuse — la Provincia Paraquariae — qui englobait, au XVIIᵉ siècle, des régions s'étendant sur le Paraguay, le nord-est de l'Argentine (Misiones, Corrientes), le sud du Brésil (Rio Grande do Sul) et des marges de l'actuel Uruguay[6]. Les jésuites y distinguaient quatre grands fronts missionnaires guaranis : le Guairá (au nord-est, vers le haut Paraná), le Paraná, l'Uruguay et le Tape[7]. À ne pas confondre avec les « Trente Peuples » : la trentaine de pueblos guaranis à l'apogée (1732), qui ne forment qu'une partie de cette vaste juridiction — laquelle comprenait aussi collèges, université de Córdoba et missions non guaranies.

Carte synthétique de la Provincia Paraquariae : un territoire missionnaire plus vaste que le Paraguay actuel, articulé autour des fronts du Guairá, du Paraná, de l'Uruguay et du Tape. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le peuple visé est avant tout le Guarani, ensemble de populations de langue tupi-guarani vivant de l'agriculture sur brûlis (manioc, maïs), semi-nomades, organisées en villages de longues maisons communautaires sous l'autorité de chefs (caciques) et de chamanes. Cette langue, le guarani, sera adoptée par les jésuites comme langue d'évangélisation, et demeure aujourd'hui langue officielle du Paraguay aux côtés de l'espagnol — vitalité à laquelle la mission a contribué, sans l'expliquer à elle seule.

Les premiers jésuites à Asunción (1588)

La Compagnie de Jésus, approuvée par Paul III en 1540, s'est définie dès l'origine par sa vocation missionnaire universelle. Dans le Río de la Plata, les premiers jésuites arrivent à Asunción en 1588 : trois religieux, parmi lesquels l'Irlandais Thomas Field (Tomás Fields) — l'un des tout premiers prêtres anglophones du Nouveau Monde — entreprennent des tournées apostoliques le long des fleuves[8]. Mais l'évangélisation reste alors freinée par un obstacle majeur : le système de l'encomienda, qui livrait les Indiens « confiés » aux colons espagnols comme main-d'œuvre forcée, vidant le baptême de sa portée libératrice.

La création de la province jésuite du Paraguay (1607)

Le tournant institutionnel vient de Rome. Sous le généralat de Claudio Acquaviva, une province jésuite autonome du Paraguay, distincte de celle du Pérou, est érigée au milieu des années 1600 — les historiens situent la décision entre 1604 et 1606, la Catholic Encyclopedia retenant 1606 — et son premier provincial, le père Diego de Torres Bollo (1551-1638), entre en fonctions en 1607[9]. Ancien missionnaire des réductions de Juli, au Pérou, sur les rives du lac Titicaca, Torres Bollo apporte un modèle éprouvé : regrouper les Indiens en villages chrétiens autonomes, les soustraire à l'encomienda, et les former dans leur propre langue.

Torres Bollo obtient l'appui décisif du gouverneur Hernando Arias de Saavedra, dit Hernandarias, premier gouverneur créole du Río de la Plata, qui défend lui aussi l'idée d'une évangélisation pacifique et libre. La couronne d'Espagne, désireuse à la fois de fixer les frontières face à l'expansion portugaise et de moraliser la colonisation, accorde aux réductions un statut singulier : les Guaranis convertis y dépendront directement de la Couronne (pueblos de realengo), exemptés d'encomienda et d'impôt pendant dix ans, sous la seule administration spirituelle et temporelle des jésuites[10].

« Il est glorieux pour elle d'avoir été la première qui ait montré, dans ces contrées, l'idée de la religion jointe à celle de l'humanité. En réparant les dévastations des Espagnols, elle a commencé à guérir une des grandes plaies qu'ait encore reçues le genre humain. » — Montesquieu, De l'esprit des lois, livre IV, ch. 6 (« De quelques institutions des Grecs »), 1748[11]

Qu'est-ce qu'une « réduction » ?

Le mot et la chose

Le terme réduction (reducción) ne signifie pas « diminution » mais vient du latin reducere, « ramener », « rassembler » : il désigne le fait de regrouper (reducir a poblado) des Indiens dispersés et semi-nomades en villages stables, organisés autour de l'église et de la vie chrétienne[12]. La réduction est donc à la fois une paroisse, une cité et une communauté économique : place centrale, église baroque, ateliers, écoles, hôpital, greniers communs, champs collectifs (tupambaé, « le bien de Dieu ») et lopins familiaux (abambaé, « le bien de l'homme »).

San Ignacio Guazú, première réduction (1609)

La première réduction guaranie est fondée le 29 décembre 1609 : San Ignacio Guazú, par les pères Marcial de Lorenzana et Francisco de San Martín, avec des Guaranis conduits par le cacique Arapizandú[13]. L'année suivante, 1610, les pères José Cataldino et Simón Masseta fondent dans le Guairá la réduction de Nuestra Señora de Loreto, au confluent du Pirapó et du Paranapanema, qui deviendra le foyer de la mission du Guairá. En une génération, le réseau s'étend ; vers 1630, dans le Guairá et le Paraná, on compte déjà une douzaine de fondations et plus de dix mille chrétiens[14].

Pour l'analyse complète de l'organisation interne de ces cités — urbanisme, économie, gouvernement indien, vie quotidienne, art et architecture — on se reportera à l'article Les réductions du Paraguay. Le présent article suit le fil missionnaire : la méthode, les hommes, le martyre, les combats et la fin.

La méthode missionnaire : évangéliser sans détruire

Les quatre axes de la méthode missionnaire jésuite au Paraguay : évangéliser en guarani, former par la beauté liturgique, imprimer sur place et protéger les Indiens de l'esclavage colonial. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce qui distingue le Paraguay jésuite n'est pas seulement le résultat, mais la méthode. Là où la conquête espagnole avait souvent évangélisé par la contrainte et l'asservissement, les jésuites construisent une pastorale fondée sur la liberté, la langue et la beauté.

Réduire pour libérer : contre l'encomienda

Le premier acte missionnaire est paradoxalement juridique et social : arracher les Guaranis à l'esclavage de l'encomienda. En obtenant que les réductions relèvent directement du roi et soient exemptées du travail forcé, les jésuites font de la conversion un chemin de libération réelle[15]. Cette protection a un coût : elle dresse contre la Compagnie les colons espagnols (encomenderos) de l'Asunción, qui voient leur main-d'œuvre leur échapper — première des inimitiés qui, accumulées, conduiront à l'expulsion.

Dans sa dédicace au roi, Montoya assigne à son livre un but de pacification — mettre la paix entre Espagnols et Indiens — au nom de la charité chrétienne et face au délaissement des Indiens ; au chapitre VIII, il décrit les ravages du mauvais traitement des Indiens, et dénonce la chasse aux hommes des paulistas de São Paulo « comme s'ils étaient des bêtes »[16].

La langue guaranie comme langue de l'Évangile

Antonio Ruiz de Montoya S.J., apôtre du Guairá et auteur du Tesoro de la lengua guaraní (1639). Détail d'une toile conservée à San Pedro de Lima ; photographie Jonathan.adrianzen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Plutôt que d'imposer le castillan, les jésuites apprennent et fixent le guarani. Le père Antonio Ruiz de Montoya compose les premiers grands instruments linguistiques de cette langue : le Tesoro de la lengua guaraní (1639) et l'Arte y bocabulario de la lengua guaraní (1640), véritables monuments de la linguistique amérindienne qui codifient grammaire et vocabulaire[17]. Catéchismes, prières, cantiques, sermons : tout est traduit. La foi entre dans le peuple par sa propre langue — choix décisif qui a durablement soutenu la vitalité du guarani, aujourd'hui langue officielle du Paraguay aux côtés de l'espagnol, à l'instar du quechua et de l'aymara, officiels au Pérou et en Bolivie.

La musique, « porte de l'âme guaranie »

L'arme apostolique la plus surprenante fut la musique. Les jésuites découvrent chez les Guaranis un sens musical extraordinaire et en font le cœur de la vie des réductions : chœurs, orchestres, fabrication d'instruments (violons, harpes, orgues, hautbois), écoles de musique. Le Tyrolien Anton Sepp (1655-1733), arrivé en 1691, organise l'enseignement musical dans les réductions[18]. Surtout, l'Italien Domenico Zipoli (1688-1726), organiste réputé de Rome entré dans la Compagnie pour servir aux missions, compose à Córdoba des œuvres liturgiques jouées par les Guaranis : le cas remarquable d'un compositeur baroque reconnu mis au service de l'évangélisation au bout du monde[19]. Des messes, des opéras sacrés et des cantates étaient exécutés dans les églises de la forêt par des musiciens indiens dont la réputation atteignit Buenos Aires et l'Europe.

L'imprimerie au bout du monde

Plus étonnant encore : les réductions se dotent de presses d'imprimerie, montées sur place et servies par des artisans guaranis, à Loreto, Santa María la Mayor, San Javier et d'autres. C'est là que paraissent, vers 1700, les premiers livres imprimés du Río de la Plata — ouvrages de dévotion et de doctrine, dont plusieurs en langue guaranie[20]. Une chrétienté indigène qui lit, chante, sculpte et imprime dans sa propre langue : tel est le visage de l'âge d'or.

L'âge d'or et ses grandes figures

Antonio Ruiz de Montoya, l'apôtre du Guairá

Né à Lima en 1585, Antonio Ruiz de Montoya est la figure emblématique de la première génération. Missionnaire au Guairá de 1612 à 1631, linguiste, organisateur, il fonde et gouverne de nombreuses réductions. Son livre, la Conquista espiritual (Madrid, 1639), reste la grande source primaire de la mission : récit de l'évangélisation, description du monde spirituel guarani, et réquisitoire contre les esclavagistes[21]. Le titre même — conquête spirituelle — résume le programme : opposer à la conquête militaire et marchande une conquête par la seule Croix et la parole.

L'exode du Guairá (1631)

L'exode du Guairá en 1631 : Montoya évacue les survivants des réductions menacées et les conduit vers le sud par le Paraná. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'âge d'or naissant manque d'être étouffé dès le berceau. À partir de 1628, les bandeirantes de São Paulo — chasseurs d'esclaves portugais et métis (mamelucos) — déferlent sur les réductions florissantes du Guairá, sans défense, et y capturent par dizaines de milliers les Guaranis chrétiens pour les vendre. Plutôt que de les abandonner, Montoya organise en 1631 l'un des plus extraordinaires exodes de l'histoire missionnaire : il évacue les survivants de Loreto et San Ignacio — environ douze mille Indiens — et leur fait descendre le Paraná sur des centaines de radeaux et de barques, à travers les chutes, pour les réinstaller plus au sud, en lieu sûr[22]. Des milliers périssent en route ; mais le noyau de la chrétienté guaranie est sauvé.

Le martyre fondateur : Roque González et ses compagnons (1628)

Le premier saint du Paraguay

Au cœur spirituel de la mission se tient un martyre. Roque González de Santa Cruz, né à Asunción en 1576 dans une famille créole, ordonné prêtre puis entré chez les jésuites, fut l'un des plus grands fondateurs de réductions du Paraná et de l'Uruguay. Premier saint né sur la terre paraguayenne — saint Jean-Paul II le salua comme le « premier saint de ce Paraguay bien-aimé » — il est le premier Paraguayen élevé aux autels[23].

Caaró et le cœur transpercé

En novembre 1628, alors qu'il établit la réduction de Todos los Santos de Caaró (dans l'actuel Rio Grande do Sul), Roque González se heurte à l'hostilité d'un chef-chamane, Ñezú, qui voit dans le christianisme la ruine de son autorité. Le 15 novembre 1628, tandis que le Père installe une cloche, des exécutants envoyés par Ñezú l'abattent à coups de hache (itaîzá), avec son compagnon espagnol Alonso Rodríguez ; leurs corps sont jetés dans l'église incendiée. Deux jours plus tard, le 17 novembre, le troisième jésuite, Juan del Castillo, resté à la réduction de l'Assomption sur l'Ijuí, y est battu puis lapidé à mort[24]. La tradition rapporte que le cœur de Roque González, retiré des cendres, fut conservé intact ; il est aujourd'hui vénéré comme relique[25].

Les trois protomartyrs du Río de la Plata, morts à Caaró et à l'Ijuí en novembre 1628 et canonisés par saint Jean-Paul II à Asunción le 16 mai 1988. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le tableau ci-dessous récapitule les trois protomartyrs du Río de la Plata, commémorés ensemble le 17 novembre dans les calendriers nationaux de la région (solennité au Paraguay)[26].

MartyrOrigineFonctionDate du martyreLieu
Roque González de Santa CruzAsunción (Paraguay), 1576Prêtre jésuite, fondateur de réductions15 novembre 1628Caaró
Alonso RodríguezZamora (Espagne), 1598Prêtre jésuite15 novembre 1628Caaró
Juan del CastilloBelmonte (Espagne), 1596Prêtre jésuite17 novembre 1628Assomption de l'Ijuí

Béatification et canonisation

Le procès de leur martyre, ouvert dès 1628 avec des dépositions recueillies sur place, aboutit à leur béatification par Pie XI le 28 janvier 1934, puis à leur canonisation par saint Jean-Paul II le 16 mai 1988 à Asunción (Paraguay), au Campo Ñu Guazú[27]. Jean-Paul II les salua comme les protomartyrs du Río de la Plata et donna en exemple leur amour des Guaranis. Leur sang scelle la vérité de la mission : la réduction n'est pas une entreprise coloniale déguisée, mais une œuvre pour laquelle des hommes ont accepté de mourir au service des Indiens.

Les réductions face aux bandeirantes

La traite pauliste

Le danger le plus constant ne vint pas des Guaranis mais des chrétiens d'à côté. Depuis São Paulo, les expéditions de bandeirantes — les bandeiras — descendaient razzier les réductions pour alimenter le marché d'esclaves brésilien. Les raids, particulièrement violents dans les années 1630, capturèrent des dizaines de milliers de Guaranis des missions — environ 60 000 néophytes selon le bilan établi par Newson d'après Furlong[28]. Les réductions du Guairá et du Tape furent en grande partie anéanties.

Mbororé (1641) : quand les Guaranis prennent les armes

Devant ce désastre, les jésuites obtiennent du roi d'Espagne une autorisation exceptionnelle : armer les Guaranis d'arquebuses et organiser des milices entraînées. La confrontation décisive a lieu le 11 mars 1641 à la bataille de Mbororé, sur le fleuve Uruguay, au terme de plusieurs jours d'opérations : une flottille de pirogues guaranies, soutenue par des fantassins, défait une grande bandeira pauliste — un affrontement fluvial décisif[29]. La victoire change tout : elle assure pour un siècle la sécurité des réductions du Paraná et de l'Uruguay, et transforme les Guaranis chrétiens en force militaire au service de la Couronne, qui les appellera à maintes reprises à défendre les frontières espagnoles, notamment contre les Portugais de Colônia do Sacramento[30].

Selon le récit qu'en donne Charlevoix, les milices guaranies combattirent avec la piété et la discipline de véritables soldats chrétiens, le chapelet aussi présent que l'arquebuse — non pour conquérir, mais pour défendre leurs familles et leur foi[31].

Splendeur d'une « République chrétienne »

Un siècle d'apogée

Du milieu du XVIIᵉ siècle au milieu du XVIIIᵉ, les Trente Peuples connaissent un siècle de paix et de prospérité remarquable dans l'Amérique coloniale. La courbe démographique des réductions guaranies, malgré les épidémies, en dit la vitalité.

AnnéePopulation guaranie des réductionsNombre de réductions
1648environ 30 50019
1677environ 58 00022
1702environ 89 50022
1717environ 121 00031
1732environ 141 000 (apogée)30
1750environ 95 00030
1772environ 81 000—
1801environ 45 000—
Grandeur et déclin des réductions guaranies : l'apogée démographique de 1732 contraste avec l'effondrement qui suit l'expulsion des jésuites. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Données établies d'après les recensements royaux et la synthèse de Magnus Mörner[32]. Le total des baptêmes guaranis sur l'ensemble de la période (1610-1768) est estimé à plus de 700 000[33].

Utopie ou théocratie ? Le débat européen

L'expérience fascine l'Europe des Lumières. Pour les uns, c'est une utopie réalisée, un christianisme heureux ; pour d'autres, une théocratie infantilisante. L'historien italien Ludovico Antonio Muratori publie en 1743 Il cristianesimo felice nelle missioni de' padri della Compagnia di Gesù nel Paraguai — « le christianisme heureux » — qui répand en Europe l'image idéalisée des réductions[34]. Montesquieu y voit l'honneur de l'humanité (voir plus haut). Même Voltaire, pourtant hostile aux jésuites, concède dans son Essai sur les mœurs :

« L'établissement dans le Paraguai par les seuls jésuites espagnols paraît à quelques égards le triomphe de l'humanité ; il semble expier les cruautés des premiers conquérants. » — Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, ch. 154, 1756[35]

L'expérience divise aussi les historiens : les uns y voient une tutelle étroite des Pères sur les Guaranis, isolés du monde colonial, les autres un « État dans l'État » soustrait à la Couronne — lectures qu'il faut examiner pièces en main plutôt que concéder ou rejeter en bloc. Quant à la légende noire d'un « empire jésuite » accumulant des trésors cachés, les inventaires dressés par la commission royale lors de l'expulsion ne révélèrent rien de tel — constat que releva même l'historien protestant Robert Southey[36].

La destruction (1750-1768)

Le traité de Madrid (1750) et la guerre guaranitique

La fin vient de la politique des cours européennes. Le traité de Madrid, signé le 13 janvier 1750 entre l'Espagne et le Portugal, redessine la frontière sud-américaine : l'Espagne reçoit la colonie de Sacramento et cède au Portugal les territoires à l'est du fleuve Uruguay, où se trouvent les sept réductions (los Siete Pueblos), peuplées d'environ trente mille Guaranis[37]. L'article XVI du traité ordonne donc à trente mille chrétiens d'abandonner leurs cités, leurs églises et leurs terres pour se retirer, avec leurs missionnaires, sur des terres restées espagnoles — ce sont les territoires évacués qui deviennent portugais, avec l'occupant même qui, par les bandeirantes, les avait razziés pendant un siècle.

Les Guaranis refusent. C'est la guerre guaranitique (guerra guaranítica, 1754-1756), où les milices indiennes des sept peuples, parfois contre l'avis des jésuites partagés entre obéissance au roi et fidélité à leurs ouailles, résistent aux armées combinées d'Espagne et du Portugal.

Sepé Tiaraju et Caiboaté (1756)

Le drame des Sept Peuples : le traité de Madrid transfère les réductions orientales au Portugal et déclenche la guerre guaranitique, jusqu'au massacre de Caiboaté. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La résistance a son héros : Sepé Tiaraju, corregidor (magistrat indien) de la réduction de São Miguel, à qui la tradition prête le cri « Cette terre a un maître » (esta terra tem dono). Il est tué dans une escarmouche le 7 février 1756. Trois jours plus tard, le 10 février 1756, à la bataille de Caiboaté, une force combinée hispano-portugaise de trois mille soldats écrase les Guaranis : environ 1 500 Indiens tombent contre quatre morts du côté européen — un massacre plus qu'une bataille[38]. La fleur des Sept Peuples est fauchée ; la chrétienté guaranie ne s'en relèvera pas.

L'expulsion (1767-1768)

Le coup de grâce est politique. Dans toute l'Europe catholique des Lumières — Portugal (1759), France (1764) — les jésuites sont chassés. Par le décret royal du 27 février 1767, Charles III d'Espagne ordonne l'expulsion de la Compagnie de tous ses royaumes, mise en force de loi par la Pragmatique Sanction du 2 avril 1767. Au Paraguay, l'ordre est exécuté en 1767-1768 par le gouverneur Francisco de Paula Bucareli[39]. À cette date, la province jésuite du Paraguay compte douze collèges et l'université de Córdoba, et les réductions guaranies — une trentaine de pueblos à leur apogée de 1732 — rassemblent encore des dizaines de milliers d'Indiens chrétiens. Les Pères partent en silence, sous escorte ; six ans plus tard, en 1773, le pape Clément XIV supprime la Compagnie tout entière par le bref Dominus ac Redemptor.

Après les jésuites : la ruine

Confiées à des administrateurs séculiers et à d'autres ordres, les réductions s'effondrent en une génération. Privés de leurs protecteurs, soumis de nouveau au travail forcé et à la corruption des fonctionnaires, les Guaranis fuient ou meurent. Le bétail disparaît, les champs retournent à la friche, les églises baroques s'écroulent. Le recensement de 1801 ne dénombre plus que 45 000 Indiens dans les anciennes réductions, contre 141 000 soixante-dix ans plus tôt[40]. L'une des expériences les plus marquantes de l'évangélisation moderne s'éteint dans l'abandon.

Lecture spirituelle et théologique

Une chrétienté authentique, pas un décor colonial

Le sang des martyrs et la fidélité des Guaranis pendant la guerre guaranitique interdisent de réduire les missions à une simple opération coloniale. Ce qui s'est joué au Paraguay, c'est la naissance d'une chrétienté indigène véritable : un peuple qui a reçu le baptême, la messe, les sacrements et les saints — scellée par le martyre, reconnu par l'Église, des trois jésuites de 1628. La résistance des Guaranis pendant la guerre guaranitique, où l'attachement à leurs églises et à leurs pueblos se mêlait à la défense de leurs terres, prolonge ce témoignage sans s'y identifier. La réduction fut, selon l'historien jésuite C. J. McNaspy, une tentative de bâtir une cité chrétienne dans la forêt[41] — imparfaite, mais habitée par une charité réelle.

Une inculturation avant la lettre

Trois chemins d'inculturation jésuite à l'époque moderne : élites et martyre au Japon, lettrés et sciences en Chine, langue et réductions au Paraguay. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Par sa méthode — langue guaranie, musique, art, autonomie indienne, défense contre l'esclavage — la mission du Paraguay anticipe de trois siècles ce que le Concile Vatican II et les papes appelleront inculturation de la foi : annoncer le Christ à une culture sans l'écraser, en faisant lever de l'intérieur les « semences du Verbe » — ces vérités et valeurs déjà présentes dans la culture guaranie, selon l'expression de saint Justin reprise par le concile (Ad Gentes, 11). Comme les jésuites du Japon et de la Chine, les Pères du Paraguay ont parié que la grâce pouvait épouser un peuple plutôt que le détruire. Le tableau ci-dessous situe le Paraguay parmi les grandes missions jésuites de l'époque moderne[42].

MissionPériodeMéthode dominanteIssue
Japon1549-1644Accommodation (Valignano), élitesPersécution Tokugawa, chrétiens cachés
Chine1582-1773Lettrés mandarins (Ricci), sciencesControverse des rites, interdiction
Paraguay1609-1768Réductions guaranies, langue, musiqueApogée puis expulsion et ruine

Postérité et mémoire

Les ruines, patrimoine mondial

Ruines de San Ignacio Miní, dans l'actuelle province argentine de Misiones : l'une des grandes missions jésuites guaranies inscrites au patrimoine mondial. Photographie Fernando, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Ce qu'il reste des Trente Peuples — façades d'églises, cloîtres, statues de pierre et de bois rongées par la forêt — figure aujourd'hui parmi le patrimoine mondial de l'UNESCO : les ruines de La Santísima Trinidad de Paraná et de Jesús de Tavarangue au Paraguay (inscrites en 1993), de San Ignacio Miní et d'autres en Argentine (1984), et de São Miguel das Missões au Brésil (1983)[43]. Ces pierres témoignent d'un baroque métis — le « baroque guarani » — où l'art européen s'est laissé reformuler par la main indienne.

« Mission », le cinéma et la mémoire

En 1986, le film Mission (The Mission) de Roland Joffé, porté par la musique d'Ennio Morricone, fait connaître au grand public l'histoire de la guerre guaranitique et le drame des réductions cédées au Portugal. Palme d'or à Cannes, il a fixé dans l'imaginaire contemporain l'image du jésuite défenseur des Indiens — au prix de simplifications historiques, mais avec une réelle force spirituelle.

Un pape jésuite venu du Río de la Plata

Enfin, la mémoire des réductions habite l'Église d'aujourd'hui d'une manière inattendue : le premier pape jésuite et premier pape latino-américain, François, est né à Buenos Aires, au cœur de l'ancienne province du Paraguay[44].

Façade de l'ancienne église de São Miguel das Missões, au Rio Grande do Sul : le visage brésilien du patrimoine des anciennes missions guaranies. Photographie Leandro Kibisz, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

De saint Roque González aux ruines de Trinidad, des chœurs guaranis de Zipoli au cinéma de Joffé, la « terre heureuse » des jésuites du Paraguay continue d'interroger : peut-on annoncer l'Évangile en aimant vraiment un peuple, jusqu'à mourir pour lui ?

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Magnus Mörner, The Political and Economic Activities of the Jesuits in the La Plata Region: The Hapsburg Era, Stockholm, Library and Institute of Ibero-American Studies, 1953 ; chiffres recoupés avec les recensements royaux. Population de 141 242 Guaranis des réductions recensée en 1732, apogée de la mission. Données de synthèse également reprises dans la Catholic Encyclopedia, vol. XII (1911), article « Reductions of Paraguay », New York, Robert Appleton Company.

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  2. Sur le martyre — Roque González et Alonso Rodríguez tués le 15 novembre 1628 à Caaró (Todos los Santos), sur l'ordre du chef Ñezú ; Juan del Castillo, né à Belmonte le 14 septembre 1596, battu puis lapidé le 17 novembre 1628 à la réduction de l'Assomption sur l'Ijuí — voir la New Catholic Encyclopedia, art. « Gonzalez, Roque, St » (« Two days later, Juan del Castillo died at the Reduction of La Asunción… born in Belmonte, Spain, September 14, 1596 »), le calendrier propre de la Compagnie de Jésus (16 novembre) et les Cartas Anuas de la province jésuite du Paraguay.

    2 24
  3. Saint Jean-Paul II, homélie de la canonisation de Roque González de Santa Cruz, Alfonso Rodríguez et Juan del Castillo, Campo « Ñu Guazú » d'Asunción (Paraguay), lundi 16 mai 1988, pendant le voyage apostolique en Uruguay, Bolivie, Lima et Paraguay (texte : vatican.va, Homilías 1988 — Canonización en Asunción). Béatification antérieure par Pie XI, 28 janvier 1934. Voir aussi Acta Apostolicae Sedis, année 1988.

    3 27
  4. Sur la bataille de Mbororé (11 mars 1641, au terme de plusieurs jours d'opérations sur le fleuve Uruguay), voir Pierre-François-Xavier de Charlevoix S.J., Histoire du Paraguay, Paris, Didot, 1756, t. II ; et Barbara Ganson, The Guaraní Under Spanish Rule in the Río de la Plata, Stanford University Press, 2003, ISBN 978-0-8047-5495-8, ch. 2.

    4 29
  5. Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, ch. 154, « Du Paraguai. De la domination des jésuites… » (éd. de référence : Œuvres complètes, Garnier, t. XII ; texte : fr.wikisource.org, Essai sur les mœurs/Chapitre 154). Verbatim : « l'établissement dans le Paraguai par les seuls jésuites espagnols paraît à quelques égards le triomphe de l'humanité ; il semble expier les cruautés des premiers conquérants ».

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  6. Pierre-François-Xavier de Charlevoix S.J., Histoire du Paraguay, Paris, Didot/Nyon, 1756, 3 vol. ; description de l'étendue de la province jésuite du Paraguay (Paraná, Uruguay, Guairá, Tape).

    6
  7. Antonio Ruiz de Montoya S.J., Conquista espiritual hecha por los religiosos de la Compañía de Jesús en las provincias del Paraguay, Paraná, Uruguay y Tape, Madrid, Imprenta del Reino, 1639. Source primaire majeure de la première génération missionnaire.

    7 21
  8. Sur l'arrivée des premiers jésuites à Asunción en 1588, dont l'Irlandais Thomas Field (Tomás Fields), voir Philip Caraman S.J., The Lost Paradise: The Jesuit Republic in South America, New York, Seabury Press, 1976, ISBN 978-0-8164-9295-4, ch. 1 (éd. orig. Londres, Sidgwick & Jackson, 1975).

    8
  9. Sur l'érection de la province jésuite du Paraguay (1604-1606 ; 1606 pour la Catholic Encyclopedia, vol. XII, 1911, art. « Reductions of Paraguay » : « province of Paraguay, founded in 1606 ») et l'installation de son premier provincial Diego de Torres Bollo en 1607, ancien des réductions de Juli (Pérou), voir Magnus Mörner, op. cit., et la Catholic Encyclopedia, vol. VII (1910), art. « Guarani Indians » (« Torres… on his arrival in 1607 »).

    9
  10. Sur le statut juridique des réductions (dépendance directe de la Couronne, exemption d'encomienda) et l'appui du gouverneur Hernandarias, voir Barbara Ganson, op. cit., ch. 1 ; cédula royale dite « magna » déclarant les Indiens « aussi libres que les Espagnols » (1609).

    10
  11. Montesquieu, De l'esprit des lois, livre IV, ch. 6 (« De quelques institutions des Grecs »), Genève, Barrillot, 1748 (texte conforme à l'originale, transcrite sur fr.wikisource.org, De l'esprit des lois (éd. Nourse)/Livre 4). Verbatim du passage sur le Paraguay cité ci-dessus ; orthographe modernisée.

    11
  12. Sur le sens du mot reducción (rassembler en village, reducir a poblado) et l'organisation économique (tupambaé / abambaé), voir Maxime Haubert, op. cit., et Clovis Lugon, La République communiste chrétienne des Guaranis (1610-1768), Paris, Éditions ouvrières, 1949.

    12
  13. Fondation de San Ignacio Guazú le 29 décembre 1609 par les PP. Marcial de Lorenzana et Francisco de San Martín ; voir Magnus Mörner, op. cit., et la Catholic Encyclopedia, vol. XII (1911), « Reductions of Paraguay ».

    13
  14. Sur l'extension du réseau du Guairá et du Paraná (une douzaine de fondations vers 1630), voir A. Ruiz de Montoya, Conquista espiritual, op. cit., Philip Caraman S.J., op. cit., et le New Catholic Dictionary (1910), art. « Paraguay, Reductions of » (« by 1630 twelve more had been founded »).

    14
  15. Sur le combat des jésuites contre l'encomienda et l'hostilité des encomenderos d'Asunción, voir Barbara Ganson, op. cit., et Maxime Haubert, op. cit.

    15
  16. Antonio Ruiz de Montoya S.J., Conquista espiritual hecha por los religiosos de la Compañía de Jesús…, Madrid, 1639 (texte : archive.org, éd. orig. 1639 et réimpr. Bilbao, 1892) : but de pacification dans la dédicace au roi (« Mi pretensión es poner paz entre españoles é indios ») ; ch. VIII, « Efectos del descuido que se tiene en no tratar bien los indios » ; chasse aux hommes des paulistas « como si fueran bestias ». Paraphrase française fidèle, non citation textuelle.

    16
  17. Antonio Ruiz de Montoya S.J., Tesoro de la lengua guaraní, Madrid, Juan Sánchez, 1639, et Arte y bocabulario de la lengua guaraní, Madrid, 1640. Premiers grands instruments grammaticaux et lexicaux du guarani.

    17
  18. Anton Sepp S.J., Reissbeschreibung wie nemblichen die Indianische Mission in Paraquaria..., Nuremberg, 1696 (récit de voyage et d'apostolat du missionnaire tyrolien, organisateur de l'enseignement musical dans les réductions).

    18
  19. Sur Domenico Zipoli (1688-1726), organiste romain entré dans la Compagnie pour les missions et compositeur à Córdoba, voir les travaux du P. Piotr Nawrot S.J. sur les manuscrits musicaux des réductions, dont l'édition Domenico Zipoli 1688-1726. Continuo (Editorial Verbo Divino, 2002), et les archives musicales des réductions de Chiquitos et Moxos.

    19
  20. Sur les presses d'imprimerie des réductions (Loreto, Santa María la Mayor, San Javier) et les premiers livres imprimés du Río de la Plata vers 1700, voir Guillermo Furlong S.J., Historia y bibliografía de las primeras imprentas rioplatenses (1700-1850), Buenos Aires, Guarania, 1953.

    20
  21. Sur l'exode du Guairá (1631) conduit par Montoya — évacuation d'environ douze mille Guaranis par le Paraná —, voir A. Ruiz de Montoya S.J., Conquista espiritual, op. cit., et Philip Caraman S.J., op. cit., ch. 4.

    22
  22. Sur Roque González de Santa Cruz (Asunción 1576 – Caaró 1628), premier saint né sur la terre paraguayenne — « primer santo de este queridísimo Paraguay » (Jean-Paul II, homélie de canonisation, Asunción, 16 mai 1988) — voir C. J. McNaspy S.J., Conquistador without Sword: The Life of Roque González, S.J., Loyola University Press, 1984.

    23
  23. Sur la conservation du cœur de Roque González comme relique, voir C. J. McNaspy S.J., op. cit. ; relique vénérée et présentée lors des procès de béatification.

    25
  24. Propre de la Compagnie de Jésus : 16 novembre (mémoire des saints Roque González, Alphonse Rodríguez et Jean del Castillo). Martyrologe romain : Roque et Alphonse inscrits au 15 novembre (Caaró), Jean au 17 novembre. Calendriers nationaux (Paraguay en solennité, Argentine, Uruguay) : mémoire commune le 17 novembre — d'où la date retenue dans le tableau.

    26
  25. Sur la traite pauliste — raids culminant dans les années 1630, quelque 60 000 néophytes capturés et vendus sur les marchés brésiliens — voir L. Newson, Conference of Latin Americanist Geographers Yearbook 1995, d'après G. Furlong (1962). Périmètre : réductions du Guairá et du Tape ; contexte : marché d'esclaves de São Paulo.

    28
  26. Sur l'autorisation royale d'armer les Guaranis, les milices des réductions et leurs campagnes au service de la Couronne (notamment contre Colônia do Sacramento), voir Barbara Ganson, The Guaraní Under Spanish Rule in the Río de la Plata, Stanford University Press, 2003, ch. 2-3.

    30
  27. Paraphrase d'après Pierre-François-Xavier de Charlevoix S.J., Histoire du Paraguay, Paris, 1756, t. II, sur le rôle des milices guaranies à Mbororé et la piété/discipline militaire des Indiens chrétiens qu'il y décrit. Non une citation textuelle.

    31
  28. Estimation d'environ 702 000 baptêmes de Guaranis entre 1610 et 1768, d'après les registres jésuites compilés dans la Catholic Encyclopedia, vol. XII (1911), « Reductions of Paraguay ».

    33
  29. Ludovico Antonio Muratori, Il cristianesimo felice nelle missioni de' padri della Compagnia di Gesù nel Paraguai, Venise, Giambattista Pasquali, t. I (1743) et t. II (1749).

    34
  30. Robert Southey, History of Brazil, Londres, Longman, 1810-1819, 3 vol. ; jugement de seconde main rapporté par la Catholic Encyclopedia, vol. XII (1911), « Reductions of Paraguay » : l'historien protestant écarte l'idée d'un trésor amassé par les jésuites au Paraguay.

    36
  31. Traité de Madrid signé le 13 janvier 1750 entre l'Espagne (Ferdinand VI) et le Portugal (Jean V) : l'Espagne reçoit Sacramento (art. XIII), le Portugal les territoires à l'est de l'Uruguay avec les Sept Peuples, environ trente mille Guaranis (art. XIV) ; l'art. XVI organise le retrait des habitants vers les terres restées espagnoles. Voir Barbara Ganson, The Guaraní Under Spanish Rule in the Río de la Plata, Stanford University Press, 2003, ch. 4.

    37
  32. Sur Sepé Tiaraju (tué le 7 février 1756) et la bataille de Caiboaté (10 février 1756, environ 1 500 Guaranis tués contre quatre Européens), voir Barbara Ganson, op. cit., ch. 4.

    38
  33. Décret royal (Real Decreto) de Charles III d'Espagne du 27 février 1767 ordonnant l'expulsion, mis en force par la Pragmatique Sanction du 2 avril 1767 (rafle dans la nuit du 2 au 3 avril) ; exécution dans les réductions du Paraguay en 1767-1768 par le gouverneur Francisco de Paula Bucareli y Ursúa. Voir Magnus Mörner (dir.), The Expulsion of the Jesuits from Latin America, New York, Knopf, 1965.

    39
  34. Sur l'effondrement des réductions après l'expulsion (recensement royal de 1801 : 45 000 Indiens contre 141 000 en 1732), voir Magnus Mörner, op. cit., et Barbara Ganson, op. cit., épilogue.

    40
  35. C. J. McNaspy S.J., Lost Cities of Paraguay: Art and Architecture of the Jesuit Reductions, 1607-1767, Chicago, Loyola University Press, 1982.

    41
  36. Périodisations reprises des articles spécialisés Les missions jésuites au Japon (1549-1644) et Les missions jésuites en Chine (1582-1773).

    42
  37. UNESCO, Liste du patrimoine mondial : bien transnational « Jesuit Missions of the Guaranis » (réf. 275/275bis) — São Miguel Arcanjo au Brésil (1983) et San Ignacio Miní, Santa Ana, Loreto, Santa María la Mayor en Argentine (extension 1984) ; et bien distinct « Jesuit Missions of La Santísima Trinidad de Paraná and Jesús de Tavarangue » au Paraguay (réf. 648, 1993). Voir whc.unesco.org (fiches 275 et décision 17 COM XI, 648).

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  38. Le pape François (Jorge Mario Bergoglio, né à Buenos Aires), premier pape jésuite et latino-américain : son voyage apostolique au Paraguay (10-12 juillet 2015) l'a conduit au Campo Grande de Ñu Guazú — lieu même de la canonisation de 1988 — pour la messe du 12 juillet 2015.

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