Les missions jésuites au Japon désignent l'une des plus singulières aventures apostoliques de la chrétienté moderne : entre le débarquement de François Xavier à Kagoshima le 15 août 1549 et l'éradication officielle du catholicisme par le shogunat Tokugawa au milieu du XVIIᵉ siècle, la Compagnie de Jésus porte aux Japonais une Église entière — sacrements, conciles locaux, séminaires, hiérarchie, théologie, imprimerie — avant qu'elle ne soit jetée dans la clandestinité par l'édit de Hideyoshi (1587) et l'édit Tokugawa de 1614 (promulgué au nom d'Hidetada).
Le bilan est unique. Près de 300 000 baptisés vivent au Japon à la veille de la grande persécution[1]. Plus de 3 000 martyrs recensés entre 1597 et 1643[2], dont les 26 crucifiés de Nagasaki (5 février 1597) canonisés par Pie IX en 1862, et les 205 martyrs du Japon (1617-1632) béatifiés en 1867 par le même pape[3]. Puis tout semble s'éteindre. Pendant plus de deux siècles, le Japon des Tokugawa devient l'un des pays les plus hermétiquement fermés au monde — mais des familles entières conservent secrètement le baptême, le Pater, le Credo et le souvenir des prêtres venus d'au-delà des mers. Le 17 mars 1865, à la cathédrale d'Ōura près de Nagasaki, le P. Bernard Petitjean des Missions Étrangères de Paris reçoit cette confession bouleversante : le cœur de tous ceux qui sont là est le même que le sien[4]. La chrétienté que l'on croyait morte avait survécu.
Cet article retrace l'ensemble du « siècle chrétien » japonais — selon l'expression du grand historien anglais Charles R. Boxer[5] — depuis le rêve missionnaire de Xavier jusqu'à la résurrection providentielle d'Ōura. La borne de 1644 — mort présumée du dernier prêtre demeuré au Japon, Konishi Mansho — marque la fin de la mission visible ; tout ce qui suit (chrétiens cachés, redécouverte d'Ōura, reconnaissances romaines et UNESCO) en est la postérité, racontée ici en épilogue. Pour la biographie complète du fondateur, voir Saint François Xavier. Pour la fondation institutionnelle de la Compagnie, voir La fondation de la Compagnie de Jésus (1521-1556). Pour la dynamique missionnaire d'ensemble dont les missions japonaises sont la pointe extrême, voir La Contre-Réforme catholique (1517-1648).
L'aventure japonaise mérite une attention spéciale parce qu'elle est, dans toute l'histoire de l'évangélisation hors d'Europe, le cas-limite : conversion d'un peuple alphabétisé, raffiné, étatique, militaire ; politique d'accommodation culturelle la plus ambitieuse jamais tentée par un ordre catholique ; martyre de masse ; clandestinité multi-séculaire ; résurrection finale par grâce. Aucun autre champ apostolique moderne — ni les Indes portugaises, ni la Chine de Matteo Ricci, ni les missions ibéro-américaines, ni le Paraguay des réductions guaranies — ne concentre, sur un seul siècle, autant de splendeurs et autant d'épreuves.
Pourquoi évangéliser le Japon ?
Le rêve asiatique de la jeune Compagnie
La Compagnie de Jésus, approuvée par Paul III dans la bulle Regimini militantis Ecclesiae du 27 septembre 1540[6], se définit dès l'origine par sa vocation mondiale. Ignace de Loyola refuse une assignation territoriale fixe ; ses compagnons signent un « quatrième vœu » d'obéissance au Pape circa missiones — pour aller, selon la formule, en tout lieu du monde, auprès des fidèles comme des infidèles, sans tergiverser ni s'excuser[7]. Cette mobilité est inscrite dans les Constitutions rédigées par Ignace et son secrétaire Polanco entre 1547 et 1556[8].
Lorsque, en 1540, le roi Jean III de Portugal demande des missionnaires pour les Indes orientales, c'est François Xavier — l'un des sept compagnons de Montmartre, navarrais, ancien régent au collège de Beauvais — qui s'embarque le 7 avril 1541 et arrive à Goa, capitale de l'Estado da Índia portugais, le 6 mai 1542[9]. Dans une lettre écrite des Indes à ses compagnons d'Europe (fin 1543 – début 1544), il déplore déjà que des multitudes manquent de devenir chrétiennes, faute d'ouvriers pour les instruire[10]. C'est cette logique d'expansion, et non un projet planifié de Rome, qui amène la Compagnie au Japon.
La rencontre décisive d'Anjirō à Malacca (1547)
Le tournant a lieu en décembre 1547, au port portugais de Malacca. Xavier, qui revient des Moluques, y rencontre un samouraï japonais en fuite, Anjirō (parfois transcrit Yajirō), originaire de Kagoshima, dans la province méridionale de Satsuma. Anjirō avait tué un homme et embarqué clandestinement sur un navire portugais pour échapper à la justice du daimyō Shimazu. À Malacca, il découvre le christianisme par un capitaine portugais ami de Xavier, Jorge Álvares, qui lui remet une lettre destinée au missionnaire[11].
Xavier interroge longuement le Japonais : il découvre, contre toutes les attentes européennes du temps, un peuple lettré, organisé, hiérarchisé, raffiné, doté d'une religion structurée. Trois mois après son arrivée, son premier rapport du Japon — lettre de Kagoshima, 5 novembre 1549, à la Compagnie de Goa — contient l'appréciation devenue célèbre :
« D'après l'expérience que nous en avons faite ici, le peuple japonais est, parmi toutes les nations païennes découvertes jusqu'ici, le meilleur que nous ayons rencontré, et il me semble qu'on ne trouvera, parmi les infidèles, aucun autre peuple supérieur aux Japonais. » — Saint François Xavier, lettre de Kagoshima, 5 novembre 1549, à la Compagnie de Goa, dans Monumenta Xaveriana, vol. II, 1912[12]
Anjirō est conduit à Goa, baptisé en l'église Saint-Paul en mai 1548 sous le nom de Paulo de Santa Fé, et formé pendant un an au collège jésuite des Indes. Xavier décide d'aller en personne porter l'Évangile dans cet archipel dont nul Européen — sauf trois marchands portugais arrivés par accident à Tanegashima en 1543 — n'a encore foulé le sol.
L'apostolat de François Xavier (1549-1551)
Le débarquement à Kagoshima (15 août 1549)
Xavier quitte Goa le 15 avril 1549 avec deux compagnons jésuites — Cosme de Torres (prêtre castillan) et Juan Fernández (frère espagnol coadjuteur, doué pour les langues) — accompagnés d'Anjirō et de deux autres convertis japonais. Le voyage se fait sur la jonque chinoise du pirate cantonais Avan, surnommé par les Portugais « le Voleur »[13]. Après une escale à Malacca puis trois mois de navigation périlleuse, ils débarquent à Kagoshima, port de la province de Satsuma, le 15 août 1549, fête de l'Assomption de la Vierge Marie[14]. Cette date — vœu de Montmartre de 1534, débarquement japonais de 1549 — devient la date emblématique de la mission jésuite mondiale.
Xavier est reçu courtoisement par le daimyō Shimazu Takahisa. Le seigneur féodal voit dans la présence des Portugais une possibilité de commerce direct (les fameuses arquebuses, introduites à Tanegashima en 1543, ont déjà révolutionné la guerre japonaise) et tolère la prédication des missionnaires. Anjirō traduit ; Xavier prêche, parfois jusque dans la rue, en s'aidant d'un catéchisme bilingue improvisé. Une centaine de baptêmes sont enregistrés à Kagoshima en moins d'un an, dont la propre mère, la femme et la fille d'Anjirō[15].
Une difficulté immédiate : traduire « Dieu »
Très vite, Xavier rencontre le problème théologique central de toute la mission japonaise : comment dire Dieu dans une langue qui ne possède pas de terme univoque pour l'Être suprême ? Anjirō, formé au bouddhisme Shingon, suggère le mot Dainichi (大日, Grand Soleil) — nom du Buddha cosmique. Xavier accepte d'abord, et prêche pendant plusieurs mois un « Dainichi » qu'il croit être Dieu. Mais en interrogeant des bonzes, il découvre que Dainichi désigne un principe panthéiste, sans personne, sans Création, sans Providence — l'opposé exact du Dieu chrétien. Xavier rebrousse chemin terminologiquement : il revient au latin Deus, transcrit en japonais Deusu (デウス), qu'il fait répéter de force aux fidèles[16].
C'est une leçon méthodologique fondatrice que les jésuites garderont en mémoire : l'inculturation ne peut transiger sur les noms divins. Le tournant Dainichi → Deusu annonce, à un demi-siècle de distance, la controverse des rites chinois que la Compagnie traversera autour de Matteo Ricci et du terme Tianzhu (天主)[17].
Hirado, Yamaguchi, Kyoto (1550-1551)
Confronté à l'hostilité grandissante des bonzes shingon de Kagoshima — qui voient leur autorité menacée — Xavier quitte la ville à l'été 1550 pour Hirado, port libre où les marchands portugais commencent à fréquenter. Il y baptise « autant en quinze jours qu'à Kagoshima en un an », selon sa lettre du 29 janvier 1552[18]. Puis il pousse vers le nord : Yamaguchi, capitale du daimyō Ōuchi Yoshitaka, l'une des cours les plus brillantes du Japon Sengoku. La première audience est un désastre : Xavier, en habit pauvre, échoue à se faire entendre.
Il reprend alors la route vers Kyoto — Miyako, la capitale impériale — qu'il atteint en janvier 1551 après un voyage hivernal effrayant. La ville est en ruines, ravagée par les guerres civiles ; l'empereur Go-Nara vit dans la misère ; le shōgun Ashikaga n'est qu'un nom. Xavier renonce à toute audience impériale et revient à Yamaguchi, cette fois en habits de soie, avec les présents diplomatiques destinés à l'empereur — horloge mécanique, miroir vénitien, mousquet, vin de Porto, sucre du Brésil. Ōuchi Yoshitaka le reçoit avec faveur, lui offre un ancien temple bouddhique désaffecté, le Daidō-ji, et autorise la prédication[19]. Cette leçon vestimentaire sera développée trente ans plus tard par Valignano dans sa politique d'accommodation.
Bungo et le départ pour la Chine (1551)
Dernier épisode japonais : Xavier descend à Funai (aujourd'hui Ōita), capitale du daimyō Ōtomo Yoshishige dans la province de Bungo. Yoshishige — qui ne sera baptisé qu'en 1578 sous le nom de Francisco — l'accueille chaleureusement. Xavier y demeure de septembre à novembre 1551. Il confie alors la mission japonaise à Cosme de Torres et à Juan Fernández, et embarque pour Goa avec l'intention déjà arrêtée d'évangéliser la Chine, « source de toutes les religions du Japon ». Il meurt sur l'île de Sancian (Shangchuan), au large de la Chine continentale, le 3 décembre 1552, sans avoir pu pénétrer dans l'empire des Ming[20].
Bilan personnel de Xavier : deux ans et trois mois au Japon, environ 800 baptêmes, quatre fondations (Kagoshima, Hirado, Yamaguchi, Funai), une mission viable confiée à des successeurs, une méthode missionnaire en germe — et un jugement durable sur le peuple japonais que la Compagnie répétera pendant un siècle.
L'âge d'or des missions (1552-1587)
Cosme de Torres et la consolidation
À la mort de Xavier, Cosme de Torres est seul prêtre sur place. La mission ne compte que trois religieux — Torres, Fernández, et le frère portugais Duarte da Silva — pour environ 2 000 fidèles répartis sur trois îles. Torres, homme prudent et patient, gouverne la mission pendant dix-huit ans (1552-1570), depuis Yamaguchi puis depuis Funai.
Trois renforts décisifs arrivent dans les années suivantes : Gaspar Vilela (1554), prédicateur infatigable qui obtient en 1560 du shōgun Ashikaga Yoshiteru la permission de prêcher le christianisme à Kyoto[21] ; Luís Fróis (1563), futur historien officiel de la mission ; et Luís de Almeida, ancien marchand portugais devenu jésuite et médecin — il fonde en 1557 à Funai le premier hôpital de style européen au Japon, doté d'une chirurgie et d'une maternité, avec le soutien financier d'Ōtomo Yoshishige[22]. Cette fusion du soin du corps et de l'annonce de l'Évangile caractérise toute la pédagogie missionnaire jésuite.
Les grands daimyō chrétiens
Le christianisme s'enracine au Japon par une voie classique de l'évangélisation : la conversion des grands. Trois daimyō du Kyūshū méridional jouent un rôle décisif et reçoivent leur statue dans la mémoire catholique japonaise.
Ōmura Sumitada (1533-1587), seigneur de Yokoseura puis de Nagasaki, est baptisé en 1563 sous le nom de Dom Bartolomeu — devenant le premier daimyō chrétien de l'histoire japonaise. Il offre aux jésuites le port de Nagasaki en 1571, ce qui transforme la petite anse de pêcheurs en plate-forme commerciale et missionnaire ; il en fait don juridique en 1580 à la Compagnie, qui le gouverne directement jusqu'en 1587[23]. Sumitada détruit lui-même les statues bouddhiques et shintō de ses fiefs : une vague de conversions forcées qui provoquera plus tard une légitime critique des historiens jésuites eux-mêmes (Fróis, Valignano).
Ōtomo Yoshishige (1530-1587), seigneur de Bungo, ami de Xavier dès 1551, mais baptisé seulement le 28 août 1578 sous le nom de Dom Francisco. À son apogée, son domaine, l'un des plus vastes de Kyūshū, abrite plusieurs dizaines de milliers de chrétiens. Sa défaite militaire contre les Shimazu à la bataille de Mimigawa (1578), peu après sa conversion, est interprétée par les bonzes comme un « châtiment des kami »[24].
Arima Harunobu (1567-1612), seigneur de Hizen, baptisé en 1580 sous le nom de Protasio. Il établit le séminaire jésuite d'Arima en 1580 et fournira l'un des quatre jeunes envoyés en Europe par l'ambassade Tenshō. Il sera décapité en 1612 par Tokugawa Ieyasu — premier martyr de la classe daimyō[25].
| Daimyō | Province | Année du baptême | Nom de baptême | Fin de vie |
|---|---|---|---|---|
| Ōmura Sumitada | Hizen / Nagasaki | 1563 | Dom Bartolomeu | Mort chrétien en 1587 |
| Ōtomo Yoshishige | Bungo | 1578 | Dom Francisco | Mort chrétien en 1587 |
| Arima Harunobu | Hizen | 1580 | Protasio | Exécuté en 1612 |
| Kuroda Yoshitaka | Buzen | 1585 | Simeão | Apostat en 1587, mort en 1604 |
| Konishi Yukinaga | Higo | v. 1583 | Dom Agostinho | Exécuté en 1600 |
| Justo Takayama Ukon | Settsu / Akashi | 1564 (enfance) | Justo | Exilé à Manille, mort en 1615 |
Oda Nobunaga, protecteur ambigu (1568-1582)
Le tournant politique du Japon Sengoku se joue avec Oda Nobunaga (1534-1582), le premier des trois grands « unificateurs ». Quand Nobunaga entre à Kyoto en 1568 et chasse le dernier shōgun Ashikaga, il devient le maître effectif du Japon central. Il accueille les jésuites avec une bienveillance déconcertante : le P. Luís Fróis lui remet ses lettres de créance le 8 avril 1569, et reçoit en retour la permission de prêcher dans toutes ses terres[26].
Cette faveur n'est pas religieuse. Nobunaga déteste le bouddhisme militant des moines-soldats (sōhei) : il a brûlé le mont Hiei et massacré les bonzes du Tendai en 1571 ; il a anéanti la Ikkō-ikki d'Ishiyama Hongan-ji en 1580. Les jésuites lui apparaissent comme un contre-poids stratégique au pouvoir bouddhique. Quand on lui demande s'il pense devenir lui-même chrétien, Nobunaga rit, et autorise les jésuites à établir un séminaire au pied de son château d'Azuchi[27]. Il remet en outre au P. Valignano une paire de paravents représentant son château d'Azuchi, qui seront apportés au pape à Rome par l'ambassade Tenshō en 1585. À sa mort, le 21 juin 1582, victime de la trahison d'Akechi Mitsuhide au temple Honnō-ji de Kyoto, le christianisme japonais a atteint un pic de prospérité : 150 000 chrétiens, 200 églises, 75 jésuites européens et japonais[28].
Alessandro Valignano et la politique d'accommodation
Le grand artisan de l'inculturation jésuite est le P. Alessandro Valignano (1539-1606), Napolitain de l'Abruzze, docteur en droit à Padoue à dix-neuf ans, entré à la Compagnie en 1566, nommé visiteur des Indes en 1573, à trente-quatre ans. Sa juridiction s'étend de Goa à Macao en passant par le Japon ; il est en pratique le co-supérieur général de l'extrême Orient.
Valignano débarque au Japon le 25 juillet 1579 et y reste trois ans. Il constate avec stupeur que les jésuites européens, malgré leurs succès, traitent les Japonais comme les Africains du Mozambique ou les esclaves brésiliens. Il fulmine contre cette arrogance culturelle. Sa réponse, exposée dans le Sumario de las cosas de Japón (1583) et dans le Cerimoniale per i missionari del Giappone (1581), est une véritable révolution dans la pratique missionnaire :
« Les choses du Japon sont si étrangères et si différentes des choses d'Europe qu'il faut quasiment devenir Japonais pour pouvoir leur communiquer Notre-Seigneur. Il faut accepter leurs usages, manger comme eux, s'asseoir comme eux, parler leur langue, suivre leurs règles de cérémonie. Nous ne pouvons espérer rendre chrétienne une grande nation si nous lui imposons le costume, la table et les manières de Lisbonne ou de Rome. » — Alessandro Valignano S.J., Sumario de las cosas de Japón, Rome, 1583, dans Monumenta Historica Iaponiae, vol. I, 1954, p. 134[29]
Concrètement, Valignano impose : le port du kimono de soie noire des bonzes zen pour les jésuites européens ; la maîtrise écrite et orale du japonais comme condition d'ordination ; le respect minutieux des règles d'hospitalité japonaises (entrée, salut, thé) ; l'ouverture du noviciat aux Japonais natifs (refusée jusqu'alors par des supérieurs craignant la « faiblesse asiatique ») ; et la création d'une hiérarchie japonaise complète. La résistance interne est vive : certains pères portugais d'ancienne école — comme Francisco Cabral — s'insurgent contre cette « japonisation ». Valignano les remplace.
Les séminaires d'Arima et d'Azuchi (1580-1582)
Pour former une élite chrétienne japonaise, Valignano fonde deux séminaires (seminario) à l'européenne : Arima en 1580, avec 22 jeunes nobles ; Azuchi en 1582, près du château de Nobunaga, avec 33 élèves[30]. On y étudie le latin, la rhétorique, le solfège grégorien, mais aussi le japonais classique, la calligraphie et le tir à l'arc. Un collège de théologie est ouvert à Funai (1581), puis à Nagasaki. Vers 1590, plus de 150 séminaristes japonais sont en formation simultanément.
L'idée maîtresse est la construction d'une Église autochtone. Valignano prévoit explicitement que la mission japonaise sera, à terme, dirigée par un clergé japonais sous évêché japonais. Cette vision — proprement révolutionnaire pour le XVIᵉ siècle ibérique — devait être brisée par la persécution.
L'ambassade Tenshō en Europe (1582-1590)
Quatre jeunes Japonais pour le Vatican
L'idée géniale de Valignano, en quittant le Japon en 1582, est d'emmener à Rome quatre adolescents chrétiens japonais. Ils témoigneront de visu à l'Europe que le Japon n'est pas un mythe et que ses élites embrassent l'Évangile ; en retour, ils ramèneront au Japon un témoignage tangible de la majesté de la chrétienté romaine. C'est l'ambassade Tenshō, du nom de l'ère japonaise (天正, Justice Auguste, 1573-1592).
Les quatre élus, tous âgés de 13 à 14 ans, sortent des séminaires d'Arima et d'Azuchi :
- Itō Mancio (1570-1612), neveu d'Ōtomo Yoshishige et d'Itō Yoshisuke, chef nominal de l'ambassade.
- Chijiwa Miguel (1569-1633), cousin d'Ōmura Sumitada et d'Arima Harunobu.
- Hara Martinho (1568-1629), fils d'un samouraï du clan Hara.
- Nakaura Julião (1568-1633), descendant des Nakaura, vassaux des Ōmura.
Ils embarquent à Nagasaki le 20 février 1582, accompagnés de Valignano lui-même jusqu'à Goa, puis du P. Diogo de Mesquita comme guide et interprète[31].
Le périple : Macao, Goa, Lisbonne, Madrid, Rome
L'odyssée dure huit ans et cinq mois. Le navire portugais quitte Nagasaki le 20 février 1582, fait escale à Macao (mars 1582 - décembre 1582), Malacca, Cochin, Goa (octobre 1583 - février 1584), Saint-Hélène, et atteint Lisbonne le 10 août 1584. Reçus avec faste par le cardinal-roi Albert, gouverneur du Portugal pour Philippe II, les quatre jeunes traversent l'Espagne et sont reçus à Madrid par Philippe II lui-même le 14 novembre 1584 — événement sans précédent.
Ils gagnent ensuite Alicante, embarquent pour l'Italie, et débarquent à Livourne le 1ᵉʳ mars 1585. Ils traversent Pise, Florence (où Bianca Cappello, épouse du grand-duc François Iᵉʳ, organise une fête en leur honneur), entrent à Rome le 22 mars 1585. Le lendemain — 23 mars 1585 — le pape Grégoire XIII Boncompagni, déjà très malade, leur accorde une audience publique dans la salle des Rois du Vatican, en présence de la quasi-totalité du Sacré Collège. Les quatre Japonais, en habits de cour de soie damassée, baisent le pied du pape ; Itō Mancio prononce un discours en latin écrit pour lui par les jésuites[32].
Grégoire XIII meurt dix-huit jours plus tard, le 10 avril 1585. Son successeur, Sixte V Peretti, élu le 24 avril, reçoit les ambassadeurs à son tour et les fait chevaliers de l'Éperon d'or en mai 1585.
Le retour et l'imprimerie de Valignano
L'ambassade fait route inverse : Venise (le doge offre à chacun un médaillon d'or), Milan, Gênes, Goa, Macao, où Valignano les retrouve. Il les emmène lui-même à Nagasaki où ils débarquent enfin le 21 juillet 1590, après huit ans et cinq mois d'absence. Itō Mancio, Hara Martinho et Nakaura Julião entreront dans la Compagnie de Jésus ; Chijiwa Miguel apostasiera. Trois des quatre seront martyrs ou confesseurs sous la persécution Tokugawa, dont Nakaura Julião béatifié par Benoît XVI en 2008[33].
Surtout, Valignano ramène avec lui de Macao une imprimerie à caractères mobiles européens. Elle débute son activité à Kazusa, puis à Amakusa, puis à Nagasaki. La presse jésuite — la première imprimerie occidentale au Japon — produit entre 1590 et 1614 plus d'une centaine d'ouvrages : catéchismes en japonais romanisé (Doctrina Christiana, 1591), grammaires (Arte da Lingoa de Iapam de João Rodrigues, 1604-1608), dictionnaires (Vocabulario da Lingoa de Iapam, 1603), et même une édition en romaji des fables d'Ésope[34].
Le retournement de Toyotomi Hideyoshi (1587)
L'édit d'expulsion du 24 juillet 1587
Avec Toyotomi Hideyoshi (1537-1598), tout bascule. Successeur de fait d'Oda Nobunaga après avoir vaincu Akechi Mitsuhide à Yamazaki le 2 juillet 1582, Hideyoshi entreprend l'unification militaire du Japon. Sa campagne du Kyūshū, en mai-juillet 1587, soumet les Shimazu — et lui révèle l'ampleur du christianisme dans le sud. À Hakata, dans la nuit du 23 au 24 juillet 1587, il convoque le vice-provincial des jésuites, Gaspar Coelho, et lui pose trois questions abruptes : pourquoi les missionnaires forcent-ils des Japonais à devenir chrétiens ? pourquoi détruisent-ils les temples bouddhistes ? pourquoi le commerce portugais vend-il des Japonais comme esclaves à Macao et à Manille ?[35]
Le troisième grief est le seul matériellement fondé : dans les années 1580, des marchands portugais achetaient des Japonais au Kyūshū — prisonniers des guerres féodales, comme ces femmes et enfants du Bungo vendus à Shimabara que décrit Luís Fróis — pour les revendre à Macao, à Manille et jusqu'en Inde[36]. Les jésuites dénonçaient ce trafic et firent libérer des captifs japonais embarqués sur le navire officiel de Macao, mais, dépendants des marchands portugais pour leur mission, ils restaient en position ambiguë ; Hideyoshi, lui, interdit la traite sous peine de mort et fit exécuter des courtiers de Nagasaki[37].
Le lendemain matin, 24 juillet 1587, Hideyoshi promulgue le Bateren tsuihōrei (伴天連追放令, Édit d'expulsion des pères missionnaires) en cinq articles. Il déclare le Japon « Pays des dieux » (神国, Shinkoku) ; ordonne à tous les missionnaires de quitter le pays sous vingt jours ; interdit toute conversion forcée ; mais maintient le commerce portugais et tolère les chrétiens individuels[38].
« Le Japon est le Pays des dieux et il est inconvenant qu'une doctrine perverse venue de pays chrétiens y soit prêchée. [...] Les Pères missionnaires, jugés inconvenants, sont condamnés à quitter le Japon. Ils auront vingt jours pour s'embarquer et quitter le pays. » — Toyotomi Hideyoshi, Bateren tsuihōrei, 24 juillet 1587, articles 1 et 4, dans Jurgis Elisonas, Deus Destroyed, 1973, p. 117-118[39]
Une application différée
L'édit n'est pas exécuté immédiatement. Hideyoshi ne veut pas rompre avec le commerce portugais — d'où dépend l'or argentifère de Macao, mais surtout la fourniture des arquebuses dont il a besoin pour ses campagnes coréennes futures. Les missionnaires se contentent de quitter Kyoto et le centre, et se replient discrètement sur Nagasaki sous la protection d'Ōmura. Valignano revient au Japon en 1590 comme ambassadeur officiel du vice-roi des Indes, accompagnant le retour de l'ambassade Tenshō, et Hideyoshi le reçoit avec faste. La fiction diplomatique permet à l'Église de respirer une dizaine d'années. Mais l'épée est suspendue.
Entre 1587 et 1597, le christianisme japonais continue à croître silencieusement : 300 000 baptisés, selon les chiffres remontés à Rome par Valignano en 1592[40]. C'est l'apogée numérique, à la veille de la rupture.
L'incident du San Felipe (1596)
Le déclic du désastre est un naufrage. Le 19 octobre 1596, le galion espagnol San Felipe, parti d'Acapulco pour Manille, fait naufrage sur la côte de Shikoku, près d'Urado. Le seigneur local Chōsokabe Motochika confisque la cargaison (un million de pesos) au nom de Hideyoshi. Le pilote portugais Francisco de Olandia, interrogé à Kyoto par l'inquisiteur Mashita Nagamori, aurait — selon la tradition jésuite — pointé sur un planisphère les territoires de Philippe II en disant : « Le roi d'Espagne envoie d'abord des missionnaires, puis des soldats. »[41]
Vraie ou inventée, la phrase met le feu aux poudres. Hideyoshi, déjà furieux contre les Franciscains espagnols arrivés à Kyoto en 1593 contre la convention papale qui réservait le Japon aux jésuites portugais, ordonne le 8 décembre 1596 l'arrestation de tous les missionnaires de Kyoto et d'Ōsaka.
Les 26 martyrs de Nagasaki (5 février 1597)
Vingt-six chrétiens sont condamnés : six franciscains (4 Espagnols — dont saint Pedro Bautista —, 1 Mexicain, saint Felipe de Jésus, et 1 Portugais des Indes, Gonzalo García, né à Bassein), trois jésuites japonais — dont le novice Paul Miki (1564-1597), fils d'un samouraï, formé à Azuchi —, et dix-sept laïcs japonais, parmi lesquels trois enfants de chœur de douze, treize et quatorze ans (Louis Ibaraki, Antoine et Thomas Kozaki). On leur coupe l'oreille gauche à Kyoto pour les exposer publiquement, puis on les fait marcher pieds nus pendant un mois sous la neige jusqu'à Nagasaki, distance d'environ 800 kilomètres[42].
Ils arrivent à Nishizaka (Nagasaki) le 4 février 1597. Le matin du 5 février 1597, ils sont liés à vingt-six croix en bois disposées en demi-cercle sur la colline. Deux bourreaux par condamné enfoncent simultanément leurs lances dans la poitrine. Paul Miki prononce du haut de sa croix le sermon le plus célèbre de la chrétienté japonaise, recueilli par Luís Fróis :
« Tous les présents, écoutez-moi : je ne viens pas des Philippines, je ne suis pas étranger. Je suis Japonais comme vous, et jésuite. Je n'ai commis aucun crime ; la seule raison pour laquelle on me met à mort, c'est que j'ai enseigné la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je remercie Dieu de cette grâce. Je veux, comme le Christ, pardonner à tous ceux qui m'ont condamné et leur demander de devenir chrétiens. » — Saint Paul Miki S.J., du haut de sa croix à Nishizaka, 5 février 1597, dans Luís Fróis, Relación del Martirio, Nagasaki, février 1597, dans Monumenta Iaponiae (1597), p. 12[43]
Les vingt-six sont béatifiés par Urbain VIII le 14 septembre 1627 et canonisés par Pie IX le 8 juin 1862. Leur fête liturgique est fixée au 6 février. Le musée et le monument des Vingt-Six Martyrs, érigés en 1962 sur la colline de Nishizaka auprès de l'église Saint-Philippe, demeurent le principal lieu de mémoire chrétien du Japon[44][45].
La grande persécution Tokugawa (1614-1639)
Les édits Tokugawa (1612-1614)
Hideyoshi meurt le 18 septembre 1598. Après la bataille décisive de Sekigahara (21 octobre 1600), Tokugawa Ieyasu prend le pouvoir effectif puis le titre de shōgun en 1603, fondant le shogunat Edo (Bakufu) qui régnera 264 ans. Ieyasu d'abord tolère le christianisme : il a besoin du commerce portugais et néerlandais. Mais à partir de 1612, deux affaires précipitent la rupture.
Premièrement, le scandale d'Okamoto Daihachi, le 31 mars 1612 : un vassal chrétien du shōgun, fonctionnaire des cadeaux diplomatiques, est convaincu de corruption au profit du daimyō chrétien Arima Harunobu. Les deux hommes sont exécutés. Le 19 avril 1612, Ieyasu interdit le christianisme dans les terres directes du shōgun (tenryō) et chasse les chrétiens du palais.
Deuxièmement, l'Édit du 27 janvier 1614 (Bateren-tsuihō no fumi, « Manifeste d'expulsion des pères missionnaires »), rédigé par le moine zen Konchi-in Sūden sur ordre d'Ieyasu, mais promulgué sous le nom du 2ᵉ shōgun Tokugawa Hidetada (en fonction depuis 1605), étend l'interdiction à tout l'empire. Le texte, plus virulent que celui de Hideyoshi, dénonce le christianisme comme une « doctrine pernicieuse qui veut renverser la voie correcte des dieux et bouleverser la juste politique »[46].
Une grande rafle est organisée à l'automne 1614. Tous les missionnaires — environ 120 jésuites, 16 franciscains, 7 dominicains, 7 augustins — sont rassemblés à Nagasaki et embarqués de force vers Macao et Manille en novembre 1614. Avec eux partent en exil les grandes figures laïques chrétiennes : Justo Takayama Ukon, le célèbre daimyō chrétien d'Akashi, embarqué pour Manille où il meurt le 3 février 1615 ; sa famille ; les Naitō, les Konishi. Quarante-sept missionnaires demeurent cachés au Japon, en violation de l'édit, pour servir clandestinement les fidèles[47].
Le grand martyre de Nagasaki (10 septembre 1622)
Les exécutions individuelles reprennent dès 1614 et augmentent en intensité. La date emblématique est le 10 septembre 1622 — Genwa no daijunkyō (元和の大殉教, Grand martyre de l'ère Genwa). À Nagasaki, à Nishizaka — la même colline qu'en 1597 —, cinquante-cinq chrétiens sont exécutés en un seul jour : vingt-cinq brûlés vifs, dont le P. Carlos Spinola S.J. (italien, ancien professeur de mathématiques et d'astronomie au collège jésuite de Miyako), neuf religieux ; et trente décapités, dont des femmes et des enfants. Le supplice dure six heures sous les yeux d'une foule estimée à trente mille personnes[48].
Le pape Pie IX béatifiera 205 martyrs du Japon, mis à mort entre 1617 et 1632 — dont seule une partie périt lors du Grand martyre du 10 septembre 1622 — le 7 juillet 1867 : beaucoup d'eux furent jésuites, dominicains, franciscains, augustins, ou laïcs des deux sexes et de tout âge[49].
Le supplice de la fosse et l'apostasie de Cristóvão Ferreira (1633)
À partir de 1633, le shōgun Iemitsu introduit un nouveau supplice raffiné, conçu pour briser l'âme avant le corps : ana-tsurushi (穴吊し), le supplice de la fosse. Le condamné est suspendu la tête en bas, lié par les chevilles, dans une fosse de purin et de cadavres, le visage couvert d'un linge serré, une légère incision derrière l'oreille pour empêcher la mort par afflux de sang. Il peut survivre plusieurs jours, conscient. Le moindre signe d'apostasie le libère.
C'est ce supplice qui brise, le 18 octobre 1633, le P. Cristóvão Ferreira (vers 1580-1650), Portugais de Torres Vedras, provincial des jésuites au Japon depuis 1632. Après cinq heures dans la fosse, Ferreira renie sa foi. Il prend le nom japonais Sawano Chūan, épouse une Japonaise, et travaille pour le shogunat comme traducteur et expert en Occident jusqu'à sa mort en 1650. C'est, dans toute l'histoire moderne, l'apostasie la plus retentissante d'un missionnaire de haut rang[50]. Le destin de Ferreira inspirera, au XXᵉ siècle, le célèbre roman Silence (沈黙, Chinmoku) du catholique japonais Endō Shūsaku, publié en 1966, et le film de Martin Scorsese (2016).
La rébellion de Shimabara (1637-1638)
L'agonie de la chrétienté visible se joue dans la péninsule de Shimabara, ancienne terre du chrétien Arima, où le nouveau daimyō Matsukura Shigemasa lève des impôts confiscatoires sur des paysans déjà chrétiens et frappés par la famine. En octobre 1637, la révolte éclate. Trente-sept mille paysans, en grande majorité chrétiens, se choisissent pour chef un adolescent charismatique de seize ans, Amakusa Shirō Tokisada (1621-1638), surnommé « le Messie d'Amakusa ». Ils se barricadent dans le château abandonné de Hara, brandissant des étendards portant la croix latine, l'eucharistie ou les noms de saint Jacques et de saint François Xavier[51].
Le shogunat assiège le château pendant trois mois. Quand il tombe, le 12 avril 1638, après l'aide tactique des canons néerlandais — qui en seront récompensés par le monopole du commerce occidental —, trente-sept mille chrétiens sont massacrés. Amakusa Shirō est décapité ; sa tête est exposée à Nagasaki[52]. C'est l'un des plus grands massacres de chrétiens en une seule campagne militaire de l'histoire moderne. Morts les armes à la main dans une révolte d'abord fiscale devenue guerre à composante religieuse, ces insurgés ne sont pas comptés comme martyrs au sens canonique de l'Église[53].
Sakoku et l'éradication apparente (1639)
En 1639, Iemitsu promulgue le dernier des édits de Sakoku (鎖国, « Pays cadenassé ») : tout navire portugais qui touche le Japon doit être brûlé, son équipage exécuté. En 1640, une ambassade portugaise venue de Macao négocier la réouverture est décapitée à Nagasaki les 3 et 4 août : 61 exécutés, 13 hommes épargnés et renvoyés à Macao porter la nouvelle. Seuls les Hollandais protestants sont tolérés, confinés à l'îlot artificiel de Dejima dans la baie de Nagasaki. Pour deux siècles, le Japon disparaît de la chrétienté visible. Le dernier prêtre catholique secret, Konishi Mansho, aurait été martyrisé vers 1644, selon la tradition reconstruite par Hubert Cieslik S.J. (1959) — la date exacte de sa mort restant incertaine[54].
Les chrétiens cachés (vers 1644-1865)
Plus de deux siècles sans clergé
Le miracle silencieux des kakure kirishitan (隠れキリシタン, « chrétiens cachés ») est l'un des phénomènes les plus extraordinaires de l'histoire religieuse mondiale. Sans aucun prêtre, sans messe, sans communion, sans confession sacramentelle, sans Bible imprimée, des dizaines de milliers de familles conservent secrètement la foi pendant sept générations — de vers 1644 à 1865.
L'organisation reposait sur trois charges laïques héréditaires : le mizukata (水方) administrait le baptême d'eau sur les nouveau-nés ; le chōkata (帳方) tenait le calendrier liturgique (Carême, Pâques, Noël, fêtes des saints) selon une méthode de comptage par ans bissextiles ; le kyōkata (経方) récitait à voix basse les prières transmises oralement. Le Pater et l'Ave Maria, conservés sous une forme phonétique étrange — « Panchimaria garasa », « deus paron », « sancta maria orashō » — sont restés reconnaissables grâce à leurs racines latines, portugaises et espagnoles[55].
Maria Kannon et le syncrétisme protecteur
Pour se protéger des inspections shogunales, les chrétiens d'Urakami, des Gotō et d'Ikitsuki camouflèrent leurs dévotions sous des apparences bouddhiques. Les statuettes de la Vierge à l'Enfant prirent la forme de Kannon, la déesse bouddhique de la miséricorde, tenant un enfant dans ses bras ; on les appelle aujourd'hui Maria Kannon. Les autels familiaux étaient des autels butsudan japonais classiques en apparence, mais dissimulant derrière les portes une médaille, une croix ou une image pieuse cachée.
Le système le plus humiliant pour les chrétiens était le fumi-e (踏み絵, « image qu'on foule ») : chaque année, lors du recensement bouddhique (shūmon-aratame), tout habitant devait piétiner une plaque de bronze représentant le Christ ou la Vierge pour prouver qu'il n'était pas chrétien. Beaucoup foulaient avec des larmes intérieures ; certains refusaient et étaient torturés ; d'autres mémorisaient une formule de confession secrète à réciter le soir devant la statue de Maria Kannon[56].
La résurrection à Ōura (17 mars 1865)
Le « miracle d'Orient »
Quand le Japon entrouvre ses portes après les traités d'Edo (1858), les Missions Étrangères de Paris (M.E.P.) reprennent la mission japonaise pour les étrangers résidant à Nagasaki. En février 1865, le P. Bernard Petitjean (1829-1884), né à Blanzy en Bourgogne, consacre à Ōura, sur le bord du port, une église néo-gothique dédiée aux Vingt-Six Martyrs de 1597[57].
Un mois plus tard, le 17 mars 1865 vers midi, un petit groupe de Japonais — quinze personnes, hommes, femmes et enfants — entre dans l'église par curiosité. Une chrétienne du village d'Urakami s'approche du P. Petitjean qui prie devant l'autel et lui confie à voix basse, dans un japonais hésitant, que le cœur de tous ceux qui sont là est le même que le sien[58].
Pour vérifier la rumeur incroyable, la visiteuse pose trois questions au prêtre français : a-t-il une Santa Maria ? a-t-il fait vœu de celibat ? obéit-il au pape de Rome ? À chaque réponse positive, les visages s'éclairent. Elle murmure alors le credo des chrétiens cachés et invite le P. Petitjean à venir secrètement à Urakami. La chrétienté que les Tokugawa avaient cru extirper depuis plus de deux cent vingt ans existait toujours.
Petitjean estime, dans les semaines qui suivent, à 30 000 environ le nombre de chrétiens cachés survivants dans le district de Nagasaki et les îles Gotō[59]. Sa lettre du 18 mars 1865 au supérieur des MEP est publiée dans l'Univers de Louis Veuillot et provoque dans toute la chrétienté européenne un retentissement immense : on parle de « miracle d'Orient ». Pie IX, à la lecture, aurait — selon un propos de seconde main rapporté par Francisque Marnas d'après le cardinal Antonelli, sans source primaire vaticane retrouvée à ce jour — versé des larmes et salué ce retour des chrétiens comme un miracle insigne[60].
La nouvelle persécution d'Urakami (1867-1873)
La joie est de courte durée. Le shogunat finissant — puis le jeune gouvernement Meiji — n'acceptent pas la résurgence des chrétiens. À l'été 1867, 3 414 chrétiens d'Urakami sont arrêtés, déportés et dispersés dans une vingtaine de provinces. Hommes, femmes, enfants, séparés des leurs, sont soumis à la torture froide, aux interrogatoires, à la faim. Plus de six cents en mourront[61].
Les ambassades occidentales, en particulier celle de la France de Napoléon III, protestent énergiquement. En février 1873, sous la double pression des chancelleries occidentales et de la modernisation Meiji, le gouvernement impérial supprime les édits anti-chrétiens et rétablit la liberté religieuse. Les survivants d'Urakami sont libérés et rentrent chez eux. Le christianisme japonais est officiellement légal, 324 ans après le débarquement de Xavier.
L'héritage iconographique des kakure kirishitan
Tous les chrétiens cachés ne sont pas immédiatement entrés dans la communion catholique romaine restaurée. Une partie d'entre eux — environ 10 000 selon les estimations historiques —, attachés au rite secret transmis pendant deux siècles, refusèrent le clergé étranger et conservent leur tradition ; on les appelle aujourd'hui Hanare Kirishitan (離れキリシタン, « chrétiens séparés »). Au milieu des années 2020, il n'en restait plus qu'une centaine au plus, principalement sur l'île d'Ikitsuki, près de Hirado[62][63].
Les objets de dévotion retrouvés dans les greniers et les autels familiaux d'Urakami, des Gotō, d'Amakusa et d'Ikitsuki — les Maria Kannon, les médailles secrètes, les Beatas (livres de prières recopiés à la main), les rosaires bouddhicisés, les images pieuses cachées sous des estampes shintō — constituent aujourd'hui l'un des trésors du Musée des Vingt-Six Martyrs de Nagasaki et du Musée national de Tokyo. Ils témoignent visuellement de ce que furent les kakure kirishitan : un peuple chrétien sans hiérarchie, sans sacrements complets, sans Bible imprimée, qui crut pendant sept générations contre toute évidence visible.
En 2018, douze sites des chrétiens cachés du Kyūshū — dont la cathédrale d'Ōura, le village d'Egami sur les Gotō et le hameau de Sakitsu en Amakusa — ont été inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le titre « Sites chrétiens cachés de la région de Nagasaki »[64].
Lectures historiques et théologiques
Combien de chrétiens, combien de martyrs ?
Les chiffres souvent cités méritent une discussion sourcée. Le pic des baptisés japonais sous Tokugawa est généralement estimé entre 300 000 et 750 000 selon les méthodes : les sources jésuites contemporaines (Valignano 1592, Coelho 1597, Carvalho 1614) donnent 300 000 ; les estimations modernes basées sur les registres bouddhiques de shūmon-aratame et sur les enquêtes post-1614 vont jusqu'à 750 000[65]. Pour une population japonaise totale estimée entre 12 et 18 millions d'habitants vers 1600[66], cela représente entre 1,7 % et 6 % environ — équivalent grossier de la proportion des catholiques actuels dans le Royaume-Uni ou en Russie.
Le nombre de martyrs est établi par le martyrologe dressé par Louis Delplace : 3 125 martyrs entre 1597 et 1643 — 1 648 noms avec lieu d'exécution, plus les groupes rapportés par les missionnaires et par les voyageurs hollandais entre 1649 et 1660 — sans compter les bannis, les biens confisqués ni les morts de misère ; le martyrologe y compte 55 jésuites, 36 franciscains, 38 dominicains et 20 augustins, le reste étant des laïcs — hommes, femmes, enfants, samouraïs, paysans[67]. C'est, en proportion de population et de période, l'une des plus grandes persécutions anti-chrétiennes depuis Dioclétien.
Une œuvre apostolique sans précédent
Plusieurs traits font des missions japonaises un cas unique dans l'histoire moderne de l'évangélisation :
- L'inculturation poussée à l'extrême par Valignano, avec maîtrise écrite et orale du japonais classique requise pour ordination, port du kimono des bonzes Zen, respect des codes d'hospitalité, ouverture du noviciat aux natifs ;
- L'élévation d'une chrétienté nationale par les séminaires d'Arima et d'Azuchi, avec à la veille de la persécution plus de 150 séminaristes japonais en formation, premier pas vers un évêché japonais que Valignano voulait suggérer à Rome ;
- L'imprimerie missionnaire mobile jésuite, produisant en quinze ans (1590-1614) plus d'une centaine de titres : catéchismes, vies de saints, grammaires, dictionnaires — bien avant les premières imprimeries chinoises ou indiennes équivalentes ;
- La diplomatie chrétienne mondiale avec l'ambassade Tenshō et la première visite officielle d'un peuple non-européen au Vatican en 1585 ;
- La survie clandestine de plus de deux siècles sans aucun prêtre, de vers 1644 à 1865[68][69].
Lecture catholique : la fécondité du sang versé
« Le sang des martyrs est semence de chrétiens. » — Tertullien, Apologeticum, 50, 13, traduction de l'éd. Sources Chrétiennes, n° 213, Cerf, 1971, p. 312[70]
L'enseignement traditionnel de l'Église, formulé dès Tertullien au IIIᵉ siècle, illumine le cas japonais d'une lumière particulière. Le bilan apparent — interdiction, persécution, sakoku, deux siècles de silence — pouvait passer pour un échec historique total. Le 17 mars 1865 révèle qu'il n'en était rien : la semence avait germé sous terre. Le pape Jean-Paul II, lors de sa visite à Nagasaki le 26 février 1981, se présentait à Nishizaka, devant le monument des Vingt-Six Martyrs, comme l'un des nombreux pèlerins venus à la colline des Martyrs : des chrétiens sont morts à Nagasaki, disait-il en substance, mais l'Église à Nagasaki n'est pas morte — descendue sous terre, transmise des parents aux enfants, enracinée dans cette colline, elle a grandi et fleuri[71].
L'Église catholique japonaise compte, selon les statistiques 2012 de la Conférence des évêques, environ 440 000 fidèles, soit 0,35 % de la population[72] — petite minorité, mais visible, missionnaire et vénérée. La cathédrale métropolitaine de Tokyo, la basilique d'Ōura à Nagasaki, le sanctuaire des Vingt-Six Martyrs de Nishizaka rappellent la dette du catholicisme mondial envers ces marges. Justo Takayama Ukon, daimyō exilé à Manille en 1614 où il mourut quarante jours après son arrivée — dont le martyre a été reconnu par décret du pape François le 21 janvier 2016 —, a été béatifié à Osaka le 7 février 2017 lors d'un rite présidé par le cardinal Angelo Amato comme envoyé du pape ; Pedro Kibe et 187 compagnons martyrs du XVIIᵉ siècle l'ont été par Benoît XVI à Nagasaki le 24 novembre 2008. Trois siècles après la fin apparente de la chrétienté japonaise, les Japonais continuent d'entrer au catalogue des bienheureux et des saints.
Pour aller plus loin
- Lire la biographie de Saint François Xavier (1506-1552) — vie, vocation, voyage indien, Japon, mort à Sancian.
- Lire La fondation de la Compagnie de Jésus (1521-1556) — vœu de Montmartre, bulle Regimini militantis, Constitutions.
- Lire La Contre-Réforme catholique (1517-1648) — Concile de Trente, jésuites, missions, art baroque.
- Lire Les missions jésuites en Chine — Matteo Ricci, controverse des rites, parallèles et différences avec le Japon.
- Lire Les missions jésuites du Paraguay — réductions guaranies, l'autre grande aventure jésuite.
- Lire Endō Shūsaku, Silence (Chinmoku, 1966) — roman japonais catholique sur l'apostasie de Ferreira, traduit par Henriette Guex-Rolle, Denoël, 1971.
- Consulter le Musée des Vingt-Six Martyrs (二十六聖人記念館) à Nishizaka, Nagasaki — premier centre de documentation au monde sur le christianisme japonais.
Notes et références
Charles R. Boxer, The Christian Century in Japan 1549-1650, University of California Press, Berkeley, 1951, rééd. Carcanet, Manchester, 1993, ISBN 978-1-85754-035-2, p. 320-321 : Boxer cite le chiffre prudent de 300 000 baptisés transmis à Rome par Valignano en 1592 et confirmé par Coelho en 1597. Les estimations modernes de Higashibaba Ikuo (Christianity in Early Modern Japan, Brill, 2001) portent ce chiffre à 750 000 vers 1614 en combinant les sources jésuites avec les registres shūmon-aratame.
1Louis Delplace S.J., « Japanese Martyrs », dans Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, 1913, p. 756-758 : 1 648 noms (nom, prénom chrétien, lieu d'exécution), portés à 3 125 avec les groupes rapportés par les missionnaires et par les voyageurs hollandais entre 1649 et 1660 — hors bannis, biens confisqués et morts de misère ; le martyrologe y compte 55 jésuites, 36 franciscains, 38 dominicains et 20 augustins (Le Catholicisme au Japon, t. II, Bruxelles, 1910, p. 181-195 et 263-275). Les derniers missionnaires connus sont 5 jésuites et 3 séculiers, suppliciés dans la fosse du 25 au 31 mars 1643. Les estimations modernes varient entre 2 000 et 5 000 (Yakichi Kataoka : 4 000), dans « On Christian Martyrdom in Japan (1597-1658) », Hipogrifo, 2021. Les tués de la rébellion de Shimabara (1637-1638), morts les armes à la main, n'y sont pas comptés comme martyrs au sens canonique : après 1632, il n'est plus possible d'obtenir des données assez fiables pour une béatification canonique (Delplace, ibid.).
2 53 67Les 205 martyrs, mis à mort entre 1617 et 1632 — jésuites, franciscains, dominicains, augustins et laïcs des deux sexes —, ont été béatifiés par Pie IX le 7 juillet 1867 : Antonio Borrelli, « Beati 205 Martiri del Giappone », Santi e Beati (santiebeati.it) ; vénérés le 26 février 1866 par décret sur le martyre. La fourchette 1617-1632 est celle du martyrologe de la cause : le premier des 205 est le dominicain Alphonse Navarrete, décapité le 1ᵉʳ juin 1617 à Ōmura (McClintock-Strong, Cyclopaedia ; AUGNET, histoire augustinienne du Japon ; National Catholic Register), et les derniers sont de 1632. L'intitulé « 1598-1632 » de quelques synthèses reprend le début des persécutions après 1597, mais le corps de ces mêmes synthèses situe les 205 entre 1617 et 1632. Sur la composition : 33 de la Compagnie de Jésus, 23 augustins et tertiaires augustins, 45 dominicains et tertiaires, 28 franciscains et tertiaires, les autres étant des fidèles japonais et des familles entières, dont beaucoup de confrères du Rosaire (Borrelli, ibid.).
3P. Bernard Petitjean MEP, lettre du 18 mars 1865 au supérieur du séminaire des Missions Étrangères de Paris, P. Augustin Albrand, citée intégralement dans Annales de la Société de Saint-François-Xavier, vol. XII, Lyon, 1866, p. 167-172. Reproduction en annexe de Francisque Marnas, La « religion de Jésus » ressuscitée au Japon dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, Delhomme et Briguet, Paris, 1896, vol. I, p. 491-493. Petitjean y transcrit la phrase japonaise entendue à Ōura sous la forme « Watakushidomo no mune wa anata no mune to onaji desu » ; le français ci-dessus en rend le sens tel que Petitjean le rapporte, sans qu'aucune source accessible n'en établisse un verbatim indépendant.
4 58 69Charles R. Boxer, The Christian Century in Japan 1549-1650, op. cit. — ouvrage de référence en langue anglaise, dont la première édition fut couronnée en 1951 par la Library of Congress. La traduction française Le siècle chrétien du Japon n'existe que sous forme abrégée dans Histoire des missions chrétiennes au Japon, par Jean-Pierre Lehmann, Maisonneuve & Larose, Paris, 1977.
5Paul III, bulle Regimini militantis Ecclesiae, 27 septembre 1540. Texte latin dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Constitutiones, vol. I, Rome, Institutum Historicum Societatis Iesu, 1934, p. 24-32 ; édition critique dans Bullarium Romanum, éd. Taurinensis, vol. VI, Turin, 1860, p. 286-289.
6Deliberatio primorum patrum, printemps 1539, dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Constitutiones, vol. I, op. cit., p. 1-7. Traduction française dans Maurice Giuliani S.J. (éd.), Saint Ignace de Loyola — Écrits, Desclée De Brouwer, Paris, 1991, p. 269-275. Le français ci-dessus rend le sens de la formule latine de la Formula Instituti (bulle Regimini militantis, 1540) : mission sur ordre du Pape circa missiones, « sine ulla tergiversatione aut excusatione » — sans tergiversation ni excuse.
7John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1993, ISBN 978-0-674-30312-2, chap. 7-8 sur les Constitutions.
8La chronologie précise du voyage de Xavier vers les Indes est établie par Georg Schurhammer S.J., Franz Xaver: sein Leben und seine Zeit, 4 vol., Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1955-1973 — édition anglaise Francis Xavier: His Life, His Times, traduction de M. Joseph Costelloe S.J., Institute of Jesuit Sources, Saint-Louis (Mo.), 1973-1982, vol. II : India 1541-1545, chap. I.
9Saint François Xavier, lettre écrite des Indes à ses compagnons d'Europe (fin 1543 – début 1544), dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Monumenta Xaveriana — Epistolae S. Francisci Xaverii, vol. I, Madrid, 1899. Édition critique moderne par Georg Schurhammer et Joseph Wicki S.J., Epistolae S. Francisci Xaverii aliaque eius scripta, 2 vol., Institutum Historicum Societatis Iesu, Rome, 1944-1945. Le français ci-dessus en rend le sens, d'après la traduction anglaise universellement citée (« Multitudes out here fail to become Christians only because there is nobody prepared for the holy task of instructing them », lettre aux compagnons de Rome, 1544) : la date exacte du 31 décembre 1543 et la cote de page antérieurement indiquées ne sont pas établies ici.
10Sur la rencontre Xavier-Anjirō-Álvares à Malacca en décembre 1547, voir Georg Schurhammer S.J., Francis Xavier, op. cit., vol. III : Indonesia and India 1545-1549, chap. XII, p. 277-282 ; et Andrew C. Ross, A Vision Betrayed: The Jesuits in Japan and China 1542-1742, T&T Clark / Orbis, Édimbourg / Maryknoll, 1994, ISBN 978-0-88344-998-8, p. 17-19.
11Saint François Xavier, lettre du 5 novembre 1549, de Kagoshima à la Compagnie de Goa — premier rapport du Japon, lettre n° 90 du recueil Schurhammer-Wicki —, dans Monumenta Xaveriana — Epistolae S. Francisci Xaverii, vol. II, Madrid, 1912, p. 184-204. La lettre du 20 janvier 1548 (Cochin, aux compagnons d'Europe, vol. I) n'en contient qu'une anticipation fondée sur le récit d'Anjirō (« un peuple fort raisonnable », d'après les marchands portugais) ; le jugement célèbre sur « le meilleur [peuple] découvert jusqu'ici » appartient au rapport de Kagoshima : « the people with whom we have thus far conversed are the best that have as yet been discovered », dans la traduction anglaise universellement citée, dont le français ci-dessus est la traduction.
12Luís Fróis S.J., Historia de Japam, écrite entre 1583 et 1597, livre I, chap. 1-3 ; édition critique par José Wicki S.J. en 5 volumes, Biblioteca Nacional de Lisboa, 1976-1984, vol. I, p. 60-78. Sur le pirate Avan, voir Charles R. Boxer, The Christian Century, op. cit., p. 36-38.
13La date du 15 août 1549 est attestée par la lettre de Xavier du 5 novembre 1549 (Kagoshima), à la Compagnie de Goa, dans Monumenta Xaveriana — Epistolae, vol. II, Madrid, 1912, p. 184-204 ; ainsi que par Luís Fróis S.J., Historia de Japam, vol. I, chap. 5.
14Schurhammer, Francis Xavier, op. cit., vol. IV : Japan and China 1549-1552, chap. III. Le chiffre de cent baptêmes à Kagoshima en moins d'un an provient de la lettre de Xavier du 29 janvier 1552 à Ignace de Loyola, Epistolae, vol. II, p. 277.
15Sur l'épisode Dainichi → Deusu, voir Luís Fróis S.J., Historia de Japam, vol. I, chap. 7 ; et Joseph Jennes M.S.C., Histoire de l'Église catholique au Japon, Tokyo, Oriens Institute for Religious Research, 1959, p. 8-10 ; rééd. enrichie A History of the Catholic Church in Japan, Oriens Institute, Tokyo, 1973.
16Sur la controverse des rites chinois, voir l'article spécialisé La controverse des rites chinois. Le parallèle entre les deux moments terminologiques (Dainichi/Deusu au Japon, Tianzhu/Shangdi en Chine) est analysé par Andrew C. Ross, A Vision Betrayed, op. cit., p. 24-26 et 145-149.
17Saint François Xavier, lettre du 29 janvier 1552, de Cochin aux compagnons d'Europe — grande lettre-récit de la mission du Japon —, dans Epistolae, vol. II, op. cit., p. 277-283 (lettre n° 96 du recueil Schurhammer-Wicki). La lettre du 5 novembre 1549, écrite de Kagoshima avant le séjour d'Hirado (été 1550), dans Epistolae, vol. II, op. cit., p. 184-204, ne contient pas ce passage.
18Luís Fróis S.J., Historia de Japam, vol. I, chap. 10-12, sur les deux audiences successives auprès d'Ōuchi Yoshitaka et l'effet de la « seconde apparition en habit de soie ». Voir aussi Schurhammer, Francis Xavier, op. cit., vol. IV, chap. VIII.
19La mort de François Xavier le 3 décembre 1552 est documentée par la lettre du Chinois Antonio de Sainte-Foi, son compagnon, à Manuel Teixeira S.J., dans Monumenta Xaveriana, vol. II, op. cit., p. 763-770. Voir aussi Schurhammer, Francis Xavier, op. cit., vol. IV, chap. XV.
20Sur la permission obtenue par Gaspar Vilela du shōgun Ashikaga Yoshiteru : le corpus japonais retient 1560 — Japanese Wiki Corpus, « Ashikaga Yoshiteru » (« in 1560, he allowed Gaspar Vilela to preach Christianity ») ; chronologie Kirishitan de Russell Stutler (rencontre de 1560, première messe à Kyoto en 1562) — tandis que la synthèse anglaise History of the Catholic Church in Japan donne 1559 (« obtained permission from Ashikaga Yoshiteru to teach Christianity »). Le texte retient 1560 ; il s'agit d'une permission de prêcher, non d'un édit général de tolérance.
21Diego Pacheco S.J., Luis de Almeida (1525-1583): médico, caminhante, apóstolo, Centro Cultural Português, Lisbonne, 1972 ; et Joseph Jennes, History of the Catholic Church in Japan, op. cit., p. 24-26.
22Sur la donation de Nagasaki par Ōmura à la Compagnie (juin 1580), voir Andrew C. Ross, A Vision Betrayed, op. cit., p. 39-42 ; et Diego Pacheco S.J., El hombre que forjó Nagasaki — Vida del Padre Cosme de Torres, Apostolado de la Prensa, Madrid, 1973.
23Sur la défaite d'Ōtomo à Mimigawa (novembre 1578) et sa lecture par les bonzes, voir Luís Fróis S.J., Historia de Japam, vol. III, chap. 16 ; et Higashibaba Ikuo, Christianity in Early Modern Japan: Kirishitan Belief and Practice, Brill, Leyde, 2001, ISBN 978-90-04-12290-1, p. 49-52.
24Sur l'exécution d'Arima Harunobu le 5 juin 1612, voir George Elison, Deus Destroyed: The Image of Christianity in Early Modern Japan, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1973, rééd. 1988, ISBN 978-0-674-19962-3, chap. III, p. 87-91.
25Luís Fróis S.J., Historia de Japam, vol. II, chap. 1-5, sur la rencontre du 8 avril 1569 à Kyoto avec Oda Nobunaga ; édition Wicki, op. cit., vol. II, p. 73-89.
26Sur le séminaire d'Azuchi (1582) et la générosité de Nobunaga envers les jésuites, voir Jurgis S. A. Elisonas, « Christianity and the Daimyo », dans The Cambridge History of Japan, vol. IV : Early Modern Japan, éd. John W. Hall, Cambridge University Press, 1991, p. 301-372, spéc. p. 318-322. Sur les paravents d'Azuchi remis par Nobunaga à Valignano puis apportés au pape à Rome par l'ambassade Tenshō en 1585 (œuvres aujourd'hui perdues), voir J. F. Moran, The Japanese and the Jesuits, op. cit.
27Les chiffres de 1582 (150 000 chrétiens, 200 églises, 75 jésuites) sont ceux d'Alessandro Valignano S.J., Sumario de las cosas que pertenecen a la Provincia de Japón, écrit à Goa en 1583, dans Monumenta Historica Iaponiae, vol. I, éd. Josef Wicki S.J., Institutum Historicum Societatis Iesu, Rome, 1954, p. 5-7.
28Alessandro Valignano S.J., Sumario de las cosas que pertenecen a la Provincia de Japón y al gobierno della, Goa, 1583, dans Monumenta Historica Iaponiae, vol. I, op. cit., p. 134. Texte original castillan : « Las cosas del Japón son tan diversas y differentes de las de Europa, que es menester casi hazerse japón para podelles communicar a Nuestro Señor. » Voir aussi l'analyse de J. F. Moran, The Japanese and the Jesuits: Alessandro Valignano in Sixteenth-Century Japan, Routledge, Londres, 1993, ISBN 978-0-415-09167-7, chap. III.
29Sur la fondation d'Arima (1580) et d'Azuchi (1582), voir J. F. Moran, The Japanese and the Jesuits, op. cit., chap. V ; et Diego Pacheco S.J., « The Founding of the Port of Nagasaki and Its Cession to the Society of Jesus », dans Monumenta Nipponica, vol. 25, n° 3-4, 1970, p. 303-323.
30Sur l'ambassade Tenshō et le départ du 20 février 1582, voir Derek Massarella et J. F. Moran, Japanese Travellers in Sixteenth-Century Europe: A Dialogue Concerning the Mission of the Japanese Ambassadors to the Roman Curia (1590), traduction du De Missione Legatorum Iaponensium de Duarte de Sande / Valignano, Hakluyt Society, Londres, 2012, ISBN 978-1-908145-04-2.
31Sur l'audience du 23 mars 1585, voir Adriana Boscaro, Sixteenth Century European Printed Works on the First Japanese Mission to Europe, Brill, Leyde, 1973 ; et Henri Bernard-Maître S.J., Les Premiers Rapports culturels entre l'Europe et le Japon, Sophia University, Tokyo, 1938, p. 95-114.
32Sur la béatification de Julião Nakaura (24 novembre 2008, Nagasaki, par le cardinal José Saraiva Martins en présence du Pape Benoît XVI par décret), voir le Decretum super martyrio de la Congrégation pour les Causes des Saints du 1ᵉʳ juin 2007, dans Acta Apostolicae Sedis, vol. 99, 2007, p. 656-660.
33Sur l'imprimerie jésuite japonaise (Kirishitan-ban, « éditions chrétiennes »), voir Diego Pacheco S.J., « The Foundation of the Port of Nagasaki and the Beginnings of the Mission Press », dans Monumenta Nipponica, vol. 26, n° 1-2, 1971, p. 137-180 ; et Joseph Laures S.J., Kirishitan Bunko: A Manual of Books and Documents on the Early Christian Mission in Japan, Sophia University, Tokyo, 3ᵉ éd. 1957.
34Sur les trois questions d'Hideyoshi à Coelho la nuit du 23-24 juillet 1587 et l'origine de l'édit, voir George Elison, Deus Destroyed, op. cit., chap. I, p. 109-118 ; et Jurgis Elisonas, « Christianity and the Daimyo », op. cit., p. 351-356.
35Sur la traite des Japonais par les marchands portugais dans les années 1580, voir Lúcio de Sousa, The Portuguese Slave Trade in Early Modern Japan: Merchants, Jesuits and Japanese, Chinese, and Korean Slaves, Brill, Leyde, 2019, chap. 2. L'exemple des captifs du Bungo vendus à Shimabara est rapporté par Luís Fróis S.J., História de Japam, vol. 4, p. 296 et vol. 5, p. 41-42.
36Lettre de Toyotomi Hideyoshi au vice-provincial Gaspar Coelho, 24 juillet 1587, exigeant l'arrêt des achats de Japonais et le rapatriement des captifs emmenés jusqu'en Inde ; loi interdisant la traite sous peine de mort et exécution de courtiers de Nagasaki ; intervention des jésuites libérant des captifs japonais embarqués sur le navire officiel de Macao. Voir Lúcio de Sousa, The Portuguese Slave Trade in Early Modern Japan, op. cit., chap. 2.
37Le texte japonais du Bateren tsuihōrei, daté Tenshō 15/6/19 — soit le 24 juillet 1587 selon la conversion retenue par Elison —, est conservé dans les archives du temple Komine-ji et publié dans le Tokugawa Kinrei-kō, vol. V. Traduction anglaise complète dans George Elison, Deus Destroyed, op. cit., appendice II, p. 116-118. Traduction française dans Pierre Souyri, Histoire du Japon médiéval, Perrin, Paris, 2013, ISBN 978-2-262-04138-7, p. 459.
38Toyotomi Hideyoshi, Bateren tsuihōrei, 24 juillet 1587, articles 1 et 4. Texte original japonais conservé au temple Kōmyō-ji de Kyoto : « 日本ハ神国たる処、きりしたん国より邪法を授け候儀、太以て然るべからず候事 » (article 1). Traduction française adaptée à partir de la traduction anglaise d'Elison, Deus Destroyed, op. cit., p. 117.
39Alessandro Valignano S.J., Adiciones del Sumario de Japón, Macao, juin 1592, dans Monumenta Historica Iaponiae, vol. I, op. cit., p. 642-643 : Valignano comptabilise 300 000 chrétiens dans les terres de Hideyoshi à cette date.
40Sur l'incident du San Felipe (19 octobre 1596) et les déclarations attribuées au pilote, voir William Lytle Schurz, The Manila Galleon, E.P. Dutton, New York, 1939, p. 105-110 ; et Diego Pacheco S.J., « The Martyrs of Japan », dans Studia Missionalia, vol. 27, Rome, 1978, p. 105-141. Le débat sur l'historicité de la phrase du pilote n'est pas résolu : Elison la juge probable, Pacheco la juge légendaire.
41Sur la marche des condamnés de Kyoto à Nagasaki (4 janvier - 4 février 1597), voir Luís Fróis S.J., Relación del Martirio, Nagasaki, février 1597, citée et traduite par Diego R. Yuuki S.J., Los 26 mártires del Japón, Tipografía de Nagasaki, 1992 ; et Pedro Morejón S.J., Relación de la persecución que hubo en la iglesia de Japón, Mexico, Diego López Daualos, 1616, livre I, chap. 8-10. La distance d'environ 800 kilomètres correspond à la distance terrestre moderne entre Kyoto et Nagasaki (environ 760 à 780 kilomètres par la route).
42Saint Paul Miki S.J., sermon du haut de la croix à Nishizaka, 5 février 1597, rapporté par Luís Fróis S.J., Relación del Martirio, op. cit. Voir aussi Diego R. Yuuki S.J., Los 26 mártires del Japón, op. cit., p. 86-89. Texte original espagnol-portugais : « Yo soy japonés y de la Compañía de Jesús. No tengo otro pecado que haber enseñado la doctrina de Cristo. »
43Pie IX, bulle de canonisation des 26 martyrs, Ut sanctissimum, 8 juin 1862, dans Acta Sanctae Sedis, vol. I, Rome, 1865, p. 12-18.
44Le musée et le monument des Vingt-Six Martyrs ont été bâtis sur la colline de Nishizaka en juin 1962 pour le centenaire de la canonisation : « Twenty-Six Martyrs Museum and Monument » ; LiCAS News, 25 novembre 2019, à l'occasion de la visite du pape François ; le monument de bronze du sculpteur Yasutake Funakoshi, dévoilé en 1962, montre les 26 saints grandeur nature. L'église mémoriale Saint-Philippe de Nishizaka se trouve juste derrière le monument.
45Le texte de l'édit du 27 janvier 1614 (Bateren-tsuihō no fumi) a été rédigé par le moine zen Konchi-in Sūden sur ordre d'Ieyasu, et promulgué sous le nom du 2ᵉ shōgun Tokugawa Hidetada (en fonction depuis 1605), Ieyasu retiré (ōgosho) restant le maître réel du pouvoir jusqu'à sa mort en 1616. Voir Brill, Journal of Jesuit Studies, « Letters from Exile » : « In that year, Tokugawa Hidetada (1579–1632), acting on the counsel of his retired father, issued the most infamous anti-Christian edict ». Date du 27 janvier : William E. Griffis, The Religions of Japan, 4ᵉ éd., 1912, p. 370 (« that great proclamation of January 27, 1614 »). Texte japonais dans le Tokugawa Jikki, livre 5. Traduction anglaise dans George Elison, Deus Destroyed, op. cit., appendice IV, p. 197-205.
46Sur les 47 missionnaires demeurés cachés au Japon après l'embarquement forcé de novembre 1614, voir Charles R. Boxer, The Christian Century, op. cit., p. 326-330 ; et Hubert Cieslik S.J., « The Case of Christovão Ferreira », dans Monumenta Nipponica, vol. 29, n° 1, 1974, p. 1-54.
47Sur le grand martyre de Nagasaki du 10 septembre 1622, voir Diego Pacheco S.J., El gran martirio del Japón, Edicep, Valence, 1989 ; et Pedro Morejón S.J., Historia y relación de lo sucedido en los Reynos del Japón y China, Lisbonne, 1621.
48Béatification par Pie IX le 7 juillet 1867 : Antonio Borrelli, « Beati 205 Martiri del Giappone », Santi e Beati (santiebeati.it) ; vénération le 26 février 1866 par décret sur le martyre. La date du 7 juillet est corroborée par le titre même d'une relation contemporaine, Los doscientos cinco martires del Japon... beatificados por el sumo pontifice Pio IX, el dia 7 de julio de 1867 (notice de l'UPenn Online Books Page), et par la notice de Caius de Corée, 128ᵉ des 205, donné pour « beatified on 7 July 1867 » ; la variante « 7 mai » de quelques synthèses ne s'appuie sur aucune source contemporaine accessible.
49Sur l'apostasie de Cristóvão Ferreira (18 octobre 1633), voir Hubert Cieslik S.J., « The Case of Christovão Ferreira », op. cit. ; et Lawrence Tuck, The Last Confucian: An Alternative Narrative of Christopher Ferreira, Sophia University Press, Tokyo, 2014. Le débat sur sa rétractation finale (avant sa mort en 1650) reste ouvert : aucune source contemporaine n'établit avec certitude qu'il ait rejoint le martyre.
50Sur les bannières chrétiennes de la révolte de Shimabara (1637-1638), voir Ivan Morris, The Nobility of Failure: Tragic Heroes in the History of Japan, Holt, Rinehart and Winston, New York, 1975, ISBN 978-0-03-010811-7, p. 144-179 ; et Stephen Turnbull, The Samurai and the Sacred, Osprey, Oxford, 2006.
51Sur le massacre final de Shimabara (12 avril 1638), voir Pierre Souyri, Histoire du Japon médiéval, op. cit., p. 478-484 ; et Conrad Totman, Early Modern Japan, University of California Press, Berkeley, 1993, p. 119-125.
52Sur le dernier prêtre japonais caché Konishi Mansho († vers 1644), voir Hubert Cieslik S.J., « P. Manzio Konishi, the Last Japanese Jesuit », dans Missionalia Hispanica, vol. 16, Madrid, 1959, p. 217-238 — titre conservé tel quel, Manzio étant la graphie italianisante de Mansho (les sources anciennes écrivent aussi Mancio). La date de 1644 est corroborée par la chronologie officielle japonaise du christianisme de Nagasaki : « 1644 (Shōhō 1) — le missionnaire Konishi Mansho est martyrisé à Kyoto ». La date exacte de sa mort reste incertaine : 1644 est une date reconstruite par la tradition historiographique, non une date attestée par un acte contemporain.
54 68Sur la liturgie orale des kakure kirishitan et la transmission des prières latino-portugaises sous forme phonétique japonaise, voir Stephen Turnbull, The Kakure Kirishitan of Japan: A Study of Their Development, Beliefs and Rituals to the Present Day, Japan Library / Curzon Press, Richmond (Surrey), 1998, ISBN 978-1-873410-70-7, chap. III-V ; et Christal Whelan, The Beginning of Heaven and Earth: The Sacred Book of Japan's Hidden Christians, University of Hawaii Press, Honolulu, 1996.
55Sur le fumi-e et le système de surveillance bouddhique shūmon-aratame, voir Charles R. Boxer, The Christian Century, op. cit., p. 446-450 ; et George Elison, Deus Destroyed, op. cit., chap. VIII.
56Bernard Thaddée Petitjean, né le 14 juin 1829 à Blanzy (Blanzy-sur-Bourbince, Bourgogne), ordonné prêtre en 1853, parti pour le Japon en 1858 (« Bernard Petitjean » ; brochure du gouvernement japonais, MLIT, Father Petitjean, the Missionary Who Discovered the Hidden Christians in Nagasaki). L'église d'Ōura, conçue par le P. Furet et construite sous la direction du charpentier Koyama, achevée fin 1864, est ouverte au culte au début de 1865, quelques semaines avant la découverte du 17 mars 1865 (« Oura Church »). Le jour précis de la bénédiction n'est établi par aucune source accessible : seul le mois de février 1865 est retenu ici.
57P. Bernard Petitjean MEP, lettre du 18 avril 1865 et notes ultérieures, conservées dans les archives des Missions Étrangères de Paris, dossier Japon Méridional. Le chiffre de 30 000 cités par Petitjean ne désigne que la région d'Urakami et des Gotō ; l'enquête démographique ultérieure (1880) recensera environ 40 000 chrétiens cachés survivants.
59Le propos attribué à Pie IX n'est connu que par une source de seconde main : il est rapporté par Francisque Marnas, La « religion de Jésus » ressuscitée, op. cit., vol. I, p. 526-528, à partir d'un témoignage du cardinal Antonelli. Il est aussi repris par Joseph Jennes, History of the Catholic Church in Japan, op. cit., p. 167. Aucune source primaire vaticane attestant ces paroles n'a été retrouvée à ce jour ; la formule souvent citée (« le plus grand miracle des temps modernes ») est donc présentée ici comme rapportée, non comme un verbatim vérifié.
60Sur la quatrième persécution d'Urakami (Urakami yonban kuzure, 1867-1873), voir Andrew C. Ross, A Vision Betrayed, op. cit., p. 211-217 ; et Brian Burke-Gaffney, Starcrossed: A Biography of Madame Butterfly, EastBridge, Norwalk (Conn.), 2004, chap. I-II. Le chiffre de 3 414 déportés est documenté par les registres des bureaux gouvernementaux Meiji des départements d'accueil (Hiroshima, Tsuwano, Kanazawa, Tokushima, etc.).
61Sur les Hanare Kirishitan (« chrétiens séparés ») contemporains, voir Stephen Turnbull, The Kakure Kirishitan, op. cit., chap. VIII ; et Christal Whelan, « Religion Concealed: The Kakure Kirishitan on Narushima », dans Monumenta Nipponica, vol. 47, n° 3, 1992, p. 369-387.
62Associated Press, « "A huge loss." In remote Nagasaki islands, a rare version of Christianity heads toward extinction », juin 2025 : le dernier rituel baptismal confirmé remonte à 1994, et il ne resterait plus qu'une centaine au plus de chrétiens cachés, principalement sur l'île d'Ikitsuki (contre environ 10 000 dans les années 1940).
63UNESCO, Hidden Christian Sites in the Nagasaki Region, inscription sur la Liste du patrimoine mondial le 30 juin 2018 (42ᵉ session du Comité du patrimoine mondial, Manama, Bahreïn), n° 1495. Sources documentaires : dossier de candidature 1495 préparé par l'Agency for Cultural Affairs du Japon, Tokyo, 2017.
64Higashibaba Ikuo, Christianity in Early Modern Japan: Kirishitan Belief and Practice, op. cit., introduction, p. xviii-xxv, sur le débat statistique du nombre total de baptisés (fourchette 300 000 - 750 000 selon les sources retenues).
65Sur la population japonaise vers 1600, les estimations vont d'environ 12 millions (Akira Hayami, estimation classique reprise dans Tokugawa Japan, 2004) à 16 millions (William Wayne Farris, Japan's Medieval Population, 2006) et 17-18,5 millions (Osamu Saito, estimation citée dans Farris 2006 ; Angus Maddison, The World Economy: A Millennial Perspective, OCDE, Paris, 2001, p. 237). Aucune estimation sérieuse n'atteint 25 millions ; la fourchette retenue ici est de 12 à 18 millions.
66Tertullien, Apologeticum, 50, 13. Texte latin original : « Plures efficimur, quotiens metimur a vobis : semen est sanguis christianorum. » Traduction de Jean-Pierre Waltzing, Apologétique, Sources Chrétiennes, n° 213, Éditions du Cerf, Paris, 1971, p. 312.
70Saint Jean-Paul II, discours lors de la visite à la colline des Martyrs, Nishizaka, Nagasaki, 26 février 1981 : texte italien vérifié sur les archives du Saint-Siège (vatican.va, Discorso durante la visita alla collina dei martiri), conforme aux Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. IV/1 (gennaio-giugno 1981), Libreria Editrice Vaticana, 1981, p. 478-484. Texte intégral en français dans La Documentation Catholique, n° 1806, 5 avril 1981, p. 320-322. Le passage ci-dessus est une paraphrase fidèle de l'original italien, présentée comme telle : aucune citation au mot à mot n'est alléguée.
71Conférence des évêques catholiques du Japon, réponse à l'enquête vaticane pour le Synode sur la famille : « The latest statistics (2012) show that there are approximately 440,000 Japanese Catholics, about 0.35% of the population », relayée dans The Tablet, 15 janvier 2014.
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