Pape Innocent IX (1519-1591)

Élu pape le 29 octobre 1591 au terme d'une carrière de nonce et de réformateur, Giovanni Antonio Facchinetti ne régna que deux mois. Dans l'année des pontificats éphémères, Innocent IX réorganisa la Curie et soutint la Ligue catholique en France avant de mourir le 30 décembre 1591.

Ignispedia

Innocent IX (Innocentius IX), né Giovanni Antonio Facchinetti le 20 juillet 1519 à Bologne, fut pape du 29 octobre au 30 décembre 1591. Son pontificat ne dura qu'environ deux mois : c'est l'un des plus brefs de l'histoire moderne de la papauté.[1][2]

Avant la tiare, Facchinetti avait pourtant accompli l'une des carrières les plus complètes de la Curie post-tridentine : juriste formé à Bologne, gouverneur de Parme, évêque résident de Nicastro, père au concile de Trente, nonce à Venise au moment de la Sainte Ligue et de Lépante, patriarche latin de Jérusalem, puis cardinal.[3][4] Sous le règne du maladif Grégoire XIV, c'est sur ses épaules que reposa l'essentiel du gouvernement de l'Église.[5][6]

Son élection, le 29 octobre 1591, fut rapide — trois jours de conclave — et portée par le parti espagnol, alors majoritaire au Sacré Collège.[7] Septuagénaire et de santé fragile, Facchinetti incarnait le candidat de transition acceptable à toutes les factions au sortir d'une décennie agitée.[8][9]

En quelques semaines, ce pape pressé réorganisa l'administration de la Curie, confirma l'interdiction d'aliéner les biens d'Église, multiplia les mesures de police et de travaux publics dans Rome et les États pontificaux, et engagea le Saint-Siège aux côtés de Philippe II d'Espagne et de la Ligue catholique contre Henri IV dans les guerres de Religion françaises.[10][11] Il mourut le 30 décembre 1591, d'une fièvre contractée lors d'un pèlerinage hivernal aux sept églises — laissant aux Romains le souvenir d'un homme de gouvernement réputé pour sa piété.[12]

Pourquoi le pontificat d'Innocent IX retient l'attention

Peu de pontificats de deux mois méritent un examen attentif. Celui d'Innocent IX en fait partie, pour une raison de contexte : il s'inscrit dans l'année la plus instable de l'histoire moderne du conclave. En dix-sept mois, d'août 1590 à janvier 1592, l'Église passe par cinq papes — Sixte V (mort en août 1590), Urbain VII (douze jours, septembre 1590), Grégoire XIV (décembre 1590 – octobre 1591), Innocent IX (octobre – décembre 1591), enfin Clément VIII (élu en janvier 1592).[13][14] La mort de Grégoire XIV, le 16 octobre 1591, ouvre la troisième vacance du Siège apostolique en quatorze mois.[15]

1590-1592 : cinq papes en une succession précipitée — Sixte V, Urbain VII, Grégoire XIV, Innocent IX et Clément VIII. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette succession précipitée n'est pas un accident : elle reflète la pression des grandes puissances — l'Espagne de Philippe II surtout — sur l'élection pontificale, à l'heure où se joue, en France, l'avenir religieux de l'Europe. Innocent IX est l'homme que le parti espagnol fait élire pour continuer la politique pro-Ligue de son prédécesseur sans rouvrir la lutte des factions.[16][17]

L'autre raison tient à l'homme lui-même. Là où tant de cardinaux de la Renaissance devaient leur pourpre à leur naissance, Facchinetti l'avait gagnée par le travail, la compétence juridique et la fidélité au service. Fils d'un homme surnommé « le petit porteur », il devint docteur en droit, diplomate de premier plan et administrateur infatigable.[18][19] Son bref pontificat est ainsi le couronnement d'une trajectoire entièrement faite de service ecclésial — et le résumé, en miniature, des vertus que la réforme tridentine attendait désormais d'un pape.

Les sources principales

Le pontificat d'Innocent IX, si court soit-il, est documenté par les actes du conclave, les dépêches diplomatiques des ambassadeurs espagnols, vénitiens et toscans, et par la grande historiographie de la papauté de la fin du XVIᵉ siècle. La référence majeure reste Ludwig von Pastor, dont l'Histoire des papes consacre un développement détaillé aux pontificats éphémères de 1590-1591.[20]

SourceNatureApport pour Innocent IX
The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Innocent IX » (vol. 8, 1910)notice encyclopédique catholiquedates, carrière, conclave, mesures de réforme, biens d'Église
Ludwig von Pastor, Histoire des papes, vol. consacré à Sixte-Quint–Innocent IXgrande synthèse documentéerécit du conclave et du gouvernement à partir des archives
New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com, art. « Innocent IX, Pope »notice savanteréorganisation de la Curie, travaux publics, écrits, bulle sur les biens d'Église
Encyclopædia Britannica, art. « Innocent IX »notice de référencecarrière, nonciature, Inquisition romaine, pontificat
« 1591 papal conclave (octobre) », notices historiquessource de synthèsefactions, scrutins, vote du 29 octobre 1591

Comme pour tous les papes de cette période, la méthode consiste à distinguer les faits publics — actes, dates de consistoire, scrutins, bulles — des embellissements postérieurs, en particulier la réputation de sainteté que la dévotion romaine attacha rapidement à sa mémoire.[21]

Giovanni Antonio Facchinetti : du val d'Ossola à la Curie

Une famille modeste et un surnom devenu nom

Giovanni Antonio Facchinetti naît à Bologne le 20 juillet 1519.[22][23] La Catholic Encyclopedia indique le 22 juillet, mais la plupart des sources retiennent le 20.[24] Sa famille est originaire de Crodo, dans le val d'Ossola, au pied des Alpes piémontaises ; elle se rattache à la lignée des della Noce (latinisé de Nuce).[25]

Le nom de Facchinetti lui-même raconte cette ascension par le service : le père du futur pape, Antonio della Noce, employé comme domestique à Bologne, y aurait reçu le sobriquet de « facchinetto » — « petit porteur » — qui devint le nom de la famille.[26] D'une parenté sans fortune ni éclat, l'enfant s'élèvera par les seuls moyens de l'étude et du travail.

Le juriste de Bologne

Facchinetti étudie à l'université de Bologne, alors la plus réputée d'Europe pour le droit. Il y obtient le doctorat in utroque jure — droit civil et droit canonique — le 11 mars 1544, après avoir reçu l'ordination sacerdotale.[27][28] Cette formation juridique de premier ordre déterminera toute sa carrière : Facchinetti sera, sa vie durant, un homme de gouvernement et de procédure autant qu'un pasteur.

D'après la Catholic Encyclopedia (art. « Pope Innocent IX »), il étudia le droit à Bologne, où l'université excellait dans cette discipline, et fut reçu docteur dans l'un et l'autre droit en 1544.[29]

Au service des Farnèse : Avignon et Parme

Venu à Rome, Facchinetti devient secrétaire du cardinal Niccolò Ardinghelli, puis entre au service du puissant cardinal Alessandro Farnèse, petit-fils de Paul III et l'un des grands mécènes de la Curie.[30][31] Farnèse l'emploie comme représentant à Avignon, possession pontificale en terre française, où le jeune prélat fait l'apprentissage de l'administration et de la diplomatie.[32]

Sa compétence lui vaut bientôt des charges de gouvernement : gouverneur de Parme de 1556 à 1558, puis référendaire de la Signature apostolique, le grand tribunal de grâce et de justice du Saint-Siège.[33][34] Paul IV le fait référendaire de la Segnatura di Grazia e Giustizia ; il gravit ainsi, échelon par échelon, la hiérarchie curiale.[35]

L'évêque réformateur et le diplomate

Évêque de Nicastro (1560) et père au concile de Trente

En 1560, Pie IV nomme Facchinetti évêque de Nicastro, en Calabre.[36][37] Fidèle à l'idéal de la réforme catholique, il devient le premier évêque depuis trente ans à résider effectivement dans ce diocèse — geste lourd de sens à une époque où l'absentéisme épiscopal était le grand mal de l'Église, précisément combattu par Trente.[38][39]

En 1562, il prend part au concile de Trente lors de sa dernière période.[40][41] L'angle de cet article étant le pontificat, on renvoie pour la doctrine et les canons à l'article dédié sur le concile de Trente : il suffit ici de retenir que Facchinetti fut témoin et acteur de l'achèvement de la grande assemblée qui refondait l'Église catholique.

Nonce à Venise (1566-1573) et la route de Lépante

En 1566, saint Pie V envoie Facchinetti comme nonce apostolique à Venise.[42][43] Sa mission est éminemment politique : resserrer l'alliance entre le Saint-Siège, l'Espagne et la République de Venise contre la menace turque.[44][45] Ces tractations aboutissent à la Sainte Ligue de 1571, dont la flotte écrasera l'armada ottomane à Lépante, le 7 octobre 1571.[46]

D'après la Catholic Encyclopedia (art. « Pope Innocent IX »), Pie V l'envoya comme nonce à Venise en 1566 pour favoriser l'alliance du Saint-Siège avec l'Espagne et Venise contre les Turcs, alliance qui aboutit à la victoire de Lépante en 1571.[47]

Cette nonciature vénitienne est la clé de toute sa carrière : elle révèle un diplomate sûr, rompu aux intérêts espagnols, et ancre durablement Facchinetti dans le camp pro-hispanique qui, vingt-cinq ans plus tard, le portera au trône de Pierre.

Patriarche de Jérusalem et cardinal (1583)

Sa santé déclinant, Facchinetti résigne le siège de Nicastro en 1575.[48] En 1576, il est nommé patriarche latin titulaire de Jérusalem — un titre honorifique de premier rang, sans résidence en Terre sainte alors sous domination ottomane —, charge qu'il conserve jusqu'à sa création comme cardinal.[49] Sous Grégoire XIII, il est en outre employé aux affaires de l'Inquisition romaine, signe de la confiance que la Curie place dans son jugement.[50]

Le 12 décembre 1583, Grégoire XIII le crée cardinal-prêtre des Santi Quattro Coronati — d'où son surnom de « cardinal de Santiquattro » —, le chapeau rouge et le titre lui étant remis le 9 janvier 1584.[51][52] La pourpre couronne une ascension entièrement due au mérite et au service.

L'homme de confiance de Grégoire XIV

L'épisode décisif qui prépare son élection est son rôle sous le pontificat de Grégoire XIV (1590-1591). Ce pape, pieux mais constamment malade, se révèle incapable d'assurer seul la charge du gouvernement. C'est au cardinal Facchinetti que revient l'essentiel des affaires.[53][54]

D'après la Catholic Encyclopedia (art. « Pope Innocent IX »), sous le règne du maladif Grégoire XIV, le poids de l'administration pontificale reposa sur ses épaules.[55]

Préfet de la Signature apostolique et associé aux congrégations chargées des affaires de France, Facchinetti devient de fait le principal ministre d'un pape empêché.[56][57] Cette familiarité avec les dossiers brûlants — la guerre civile française, l'argent pontifical, l'administration des États de l'Église — fera de lui, à la mort de Grégoire XIV, le successeur le plus naturel aux yeux du parti espagnol.

Le conclave d'octobre 1591

La troisième vacance en quatorze mois

Conclave d'octobre 1591 — Facchinetti passe de 24 voix au premier scrutin à l'élection d'Innocent IX le 29 octobre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Grégoire XIV meurt le 16 octobre 1591, après moins d'un an de règne. Sa mort ouvre la troisième vacance du Siège apostolique en quatorze mois — situation sans équivalent dans l'histoire moderne.[58] Les chancelleries d'Europe, lassées de ces conclaves à répétition, suivent l'élection avec une attention fébrile.

Le parti espagnol majoritaire

Avant même la mort de Grégoire XIV, les factions espagnole et anti-espagnole s'étaient mises en campagne pour la succession.[59] Le souvenir des interférences brutales de Philippe II lors des conclaves précédents pesait sur les esprits ; mais cette fois, le parti espagnol contrôlait la majorité du Sacré Collège, sans avoir besoin d'imposer de conditions extrêmes.[60]

Le conclave s'ouvre le 27 octobre 1591 et ne dure que trois jours.[61] Candidat fiable, expérimenté, âgé et pro-espagnol, Facchinetti réunit tous les critères du pape de transition que recherchaient les électeurs.

Trois scrutins et l'élection (29 octobre 1591)

L'élection se joue en trois tours. Facchinetti obtient 24 voix le 28 octobre — insuffisant —, puis 28 voix le 29 octobre, et l'emporte enfin au troisième scrutin, le 29 octobre 1591.[62][63] Il prend le nom d'Innocent IX, en hommage au grand pape médiéval Innocent III.[64][65]

D'après les notices historiques du conclave d'octobre 1591, le parti espagnol contrôlait encore la majorité et, après un conclave rapide, porta Facchinetti sur la chaire pontificale sous le nom d'Innocent IX.[66]

Le nouveau pape est couronné le 3 novembre 1591.[67] À soixante-douze ans et de santé fragile, il prend en main une Église engagée dans la plus grave crise religieuse de l'Occident depuis la Réforme : la guerre pour le trône de France.

Deux mois de pontificat

La réorganisation de la Curie

Malgré la brièveté du temps qui lui est accordé, Innocent IX gouverne en administrateur méthodique. Il réorganise le travail de la Curie en répartissant les affaires en trois sections géographiques : l'une pour la France et la Pologne, une autre pour l'Italie et l'Espagne, une troisième pour l'Allemagne.[68] Cette division rationnelle du travail diplomatique annonce l'organisation permanente de la Secrétairerie d'État et des congrégations qui structureront durablement le gouvernement pontifical.

D'après la New Catholic Encyclopedia (art. « Innocent IX, Pope »), il organisa l'administration vaticane en répartissant le travail en trois sections : une pour la France et la Pologne, une pour l'Italie et l'Espagne, une pour l'Allemagne.[69]

La défense des biens de l'Église

Fidèle à sa formation de juriste et à l'esprit de la réforme, Innocent IX se montre gardien intransigeant du patrimoine ecclésial. Le 4 novembre 1591, dès le lendemain de son couronnement, il confirme la bulle de Pie V interdisant l'aliénation des biens d'Église.[70][71] Dans le consistoire du 3 novembre 1591, il avait par ailleurs annoncé son intention de constituer un fonds de réserve pour les dépenses extraordinaires du Saint-Siège.[72]

D'après la New Catholic Encyclopedia (art. « Innocent IX, Pope »), le 4 novembre 1591, il confirma la bulle de Pie V interdisant la vente des biens ecclésiastiques.[73]

Police, travaux publics et assainissement

Le pontificat d'Innocent IX prolonge l'œuvre de bâtisseur et de réformateur urbain de Sixte V. En quelques semaines, le pape s'emploie à réprimer le brigandage aux environs de Rome — fléau endémique des États pontificaux —, à relever les mœurs de la ville, à régulariser le cours du Tibre et l'assainissement du quartier du Borgo, à restaurer le port d'Ancône, et à faire avancer l'achèvement de la coupole de la basilique Saint-Pierre.[74]

D'après la New Catholic Encyclopedia (art. « Innocent IX, Pope »), il s'employa activement à réprimer les bandits aux abords de Rome, à améliorer les mœurs de la ville, à régulariser le cours du Tibre et l'assainissement du Borgo, à restaurer le port d'Ancône et à achever la coupole de Saint-Pierre.[75]

L'unique consistoire : deux cardinaux

Le 18 décembre 1591, alors qu'il est déjà gravement malade, Innocent IX tient l'unique consistoire de son pontificat et crée deux cardinaux : Filippo Sega, évêque de Plaisance et nonce à Paris, et son petit-neveu Giovanni Antonio Facchinetti de Nuce.[76][77] Ce geste, ordinaire pour un pape, prend ici la valeur d'un dernier acte de gouvernement.

La politique française : aux côtés de la Ligue catholique

Le grand dossier du pontificat — comme de toute la période — est la guerre de succession en France. Depuis l'assassinat d'Henri III en 1589, le trône est revendiqué par Henri de Navarre, chef du parti protestant, futur Henri IV. Contre lui se dresse la Ligue catholique, soutenue à bout de bras par Philippe II d'Espagne.[78][79]

Innocent IX hérite et prolonge sans hésiter la politique pro-Ligue de Grégoire XIV : il engage le Saint-Siège aux côtés de Philippe II et de la Ligue contre Henri IV, refusant de reconnaître un souverain hérétique sur le trône très chrétien.[80][81] Cette ligne s'inscrit dans la logique de toute sa carrière de diplomate pro-espagnol — celle-là même qui avait fait, vingt ans plus tôt, le succès de Lépante.

L'histoire donnera cependant raison à une autre solution : c'est le successeur d'Innocent IX, Clément VIII, qui finira par absoudre Henri IV après son abjuration de 1593, ouvrant la voie à la pacification du royaume. Le pontificat d'Innocent IX marque ainsi le point culminant — et presque ultime — de l'intransigeance pro-Ligue du Saint-Siège.

L'écrivain : un cardinal contre Machiavel

Avant la papauté, Facchinetti s'était fait connaître comme homme de plume. La Catholic Encyclopedia énumère ses manuscrits, restés inédits, sous les titres Moralia quædam theologica, Adversus Machiavellem et De recta gubernandi ratione[82] ; la New Catholic Encyclopedia les décrit comme un commentaire de la Politique, un traité de morale et un ouvrage contre Machiavel, restés inédits[83]. Ces écrits disent assez la cohérence intellectuelle de l'homme : juriste et moraliste, il opposait à la raison d'État machiavélienne une conception chrétienne du pouvoir, ordonnée à la justice et au bien commun.

Cet arrière-plan éclaire son bref gouvernement : la défense des biens d'Église, la police des mœurs, le souci de la justice et la fidélité confessionnelle dans l'affaire française procèdent d'une même vision — celle d'un pouvoir au service de la loi de Dieu et non de la seule efficacité politique.

La mort du 30 décembre 1591

Le pontificat s'acheva aussi vite qu'il avait commencé. Le 21 décembre 1591, bien que souffrant, Innocent IX voulut accomplir le pèlerinage des sept églises de Rome.[84] Le froid de décembre eut raison de sa santé déjà éprouvée : il y contracta un refroidissement qui dégénéra en forte toux accompagnée de fièvre.[85][86]

Le mal fut sans appel. Innocent IX mourut au petit matin du 30 décembre 1591, après deux mois à peine de règne, à l'âge de soixante-douze ans.[87][88] Il fut inhumé dans les grottes vaticanes.[89]

La piété romaine garda de lui un souvenir vénérable : « les Romains le vénérèrent comme un saint », note la New Catholic Encyclopedia.[90] Le conclave suivant, en janvier 1592, porta à la tiare le cardinal Ippolito Aldobrandini, devenu Clément VIII : avec lui s'achève enfin la série des pontificats éphémères, et commence le long règne qui réconciliera Rome avec la France d'Henri IV.

Chronologie de la vie d'Innocent IX

  1. 20 juillet 1519
    Naissance à Bologne

    Naissance de Giovanni Antonio Facchinetti, d'une famille originaire de Crodo (val d'Ossola) ; son père, della Noce, avait reçu à Bologne le surnom de « facchinetto ».

  2. 11 mars 1544
    Docteur en droit

    Reçu docteur in utroque jure à l'université de Bologne ; l'ordination sacerdotale est antérieure à ce doctorat.

  3. 1556-1558
    Gouverneur de Parme

    Au service du cardinal Alessandro Farnèse, il gouverne Parme avant de devenir référendaire de la Signature apostolique.

  4. 1560
    Évêque de Nicastro

    Nommé par Pie IV ; premier évêque résident du diocèse depuis trente ans, dans l'esprit de la réforme tridentine.

  5. 1562
    Père au concile de Trente

    Il participe à la dernière période du concile de Trente.

  6. 1566-1573
    Nonce à Venise

    Envoyé par saint Pie V, il prépare la Sainte Ligue contre les Turcs ; la flotte chrétienne vaincra à Lépante en 1571.

  7. 1576
    Patriarche de Jérusalem

    Nommé patriarche latin titulaire de Jérusalem (jusqu'au cardinalat) ; il est aussi employé aux affaires de l'Inquisition romaine sous Grégoire XIII.

  8. 12 décembre 1583
    Cardinal de Santiquattro

    Grégoire XIII le crée cardinal-prêtre des Santi Quattro Coronati ; chapeau rouge et titre reçus le 9 janvier 1584.

  9. 1590-1591
    Ministre de Grégoire XIV

    Sous le maladif Grégoire XIV, il assume l'essentiel du gouvernement de l'Église.

  10. 29 octobre 1591
    Élection

    Élu pape au troisième scrutin après trois jours de conclave, porté par le parti espagnol ; couronné le 3 novembre.

  11. 4 novembre 1591
    Défense des biens d'Église

    Il confirme la bulle de Pie V interdisant l'aliénation du patrimoine ecclésiastique.

  12. 30 décembre 1591
    Mort

    Innocent IX meurt d'une fièvre contractée au pèlerinage des sept églises, après deux mois de pontificat.

La postérité : un pontificat de transition

Le dernier des « papes éphémères »

Innocent IX appartient à cette série exceptionnelle de pontificats brefs qui marquent le tournant des années 1590. Quatrième des cinq papes qui se succèdent en dix-sept mois, d'août 1590 à janvier 1592, il représente, mieux qu'aucun autre, l'instabilité d'un Saint-Siège pris entre les ambitions des grandes puissances catholiques et les exigences de la réforme intérieure.[91][92] Son règne de deux mois n'eut pas le temps d'imprimer une orientation durable ; il fut, pour l'essentiel, la continuation fidèle de la politique de ses prédécesseurs immédiats.

Un administrateur plus qu'un fondateur

Si Innocent IX ne laisse pas de grande réforme à son nom, il laisse l'image d'un serviteur exemplaire de l'Église : juriste compétent, diplomate avisé, administrateur infatigable, ennemi de la dilapidation des biens sacrés. Sa réorganisation de la Curie en sections géographiques, sa défense du patrimoine ecclésial et son souci de la police urbaine témoignent d'un sens aigu du gouvernement que de plus longs pontificats ont rarement égalé en si peu de temps.[93]

Pourquoi Innocent IX compte aujourd'hui

Le pontificat d'Innocent IX illustre une vérité que la foi catholique tient sans embarras : la continuité de l'Église ne dépend pas de la durée des règnes, mais de la fidélité de chaque pape à la mission reçue. En deux mois, un vieil homme malade aura confirmé la doctrine de ses prédécesseurs, défendu les biens de l'Église et tenu le cap dans la tempête française — avant de s'éteindre au retour d'un pèlerinage. Sa vie tout entière, gravie marche après marche par le seul travail, dit assez ce que la réforme tridentine espérait désormais d'un pape : non le faste d'un prince, mais le service obstiné d'un pasteur.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. « Pope Innocent IX », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/08020a.htm. Donne la naissance à Bologne (la notice indique le 22 juillet 1519), la formation juridique (« was graduated as doctor of law in 1544 »), le secrétariat auprès du cardinal Nicolò Ardinghelli, la représentation du cardinal Alessandro Farnèse à Avignon, l'épiscopat de Nicastro (1560), la présence au concile de Trente (1562), la nonciature de Venise (« sent as papal nuncio to Venice by Pius V in 1566 », alliance anti-turque aboutissant à Lépante 1571), le patriarcat de Jérusalem (1575), le cardinalat du 12 décembre 1583, le rôle sous Grégoire XIV (« the burden of the papal administration rested on his shoulders »), l'élection du 29 octobre 1591, l'interdiction d'aliéner les biens d'Église, le projet de fonds de réserve (consistoire du 3 novembre 1591), le soutien à l'Espagne et à la Ligue contre Henri IV, et la mort à Rome le 30 décembre 1591. Sur les écrits : « He left numerous, though still unpublished, writings on theological and philosophical subjects : “Moralia quædam theologica”, “Adversus Machiavellem”, “De recta gubernandi ratione”, etc. »

    1 5 24 28 29 30 32 36 40 42 44 47 51 53 55 71 72 80 82
  2. « Pope Innocent IX », Wikipedia (synthèse des sources : Pastor, New Catholic Encyclopedia, notices de conclave). Naissance le 20 juillet 1519 à Bologne ; famille della Noce (de Nuce) originaire de Crodo (val d'Ossola) ; père Antonio della Noce surnommé « Facchinetti » (« petit porteur ») ; doctorat in utroque jure et prêtrise (dates précisées par le DBI : voir note [^dbi]) ; gouverneur de Parme (1556-1558) et référendaire de la Signature ; évêque de Nicastro (1560), premier résident depuis trente ans ; nonce à Venise (1566) et Lépante (1571) ; patriarche latin de Jérusalem ; cardinal des Santi Quattro Coronati (12 décembre 1583) ; préfet de la Signature sous Grégoire XIV ; élection au troisième scrutin (24 voix le 28 octobre, 28 le 29 octobre 1591 — chiffres confirmés par Sede Vacante 1591 : voir note [^conclave]), nom choisi en hommage à Innocent III ; couronnement le 3 novembre 1591 ; unique consistoire et création de deux cardinaux le 18 décembre 1591 (noms précisés par Miranda : voir note [^miranda]) ; soutien à Philippe II et à la Ligue contre Henri IV ; pèlerinage des sept églises, refroidissement, toux et fièvre ; mort au petit matin du 30 décembre 1591 ; inhumation dans les grottes vaticanes. Dates tranchées retenues par le corps de l'article : fin de la nonciature de Venise en 1573 (liste de la nonciature apostolique de Venise : « Giovanni Antonio Facchinetti (May 6, 1566 – June 15, 1573) », successeur Giambattista Castagna ; DBI : après la paix séparée de Venise avec le Turc du 7 mars 1573, Grégoire XIII « sostituì il Facchinetti con Giambattista Castagna », et « nel 1574 il Facchinetti era di nuovo a Nicastro » ; la CE indique un retour au diocèse dès 1572 et la NCE un maintien du poste « until 1575 » — deux formulations que le DBI, qui suit les dépêches, ne confirme pas ; 1575 est l'année où il résigne Nicastro) ; patriarcat latin titulaire de Jérusalem à partir de 1576 (liste des patriarches latins : « Gian Antonio Facchinetti de Nuce (1576–1584) » ; Adams, SV1585 : « Titular Latin Patriarch of Jerusalem (1576-1583) ») ; cardinal créé le 12 décembre 1583, chapeau rouge et titre des Santi Quattro Coronati reçus le 9 janvier 1584 (Adams, SV1585 : « Cardinal Priest of SS. Quattro Coronati (1584-1591) »). Sur le pèlerinage des sept églises, la WP anglophone donne le 18 décembre ; la date du 21 décembre (DBI), cohérente avec le consistoire du 18 (Miranda) placé avant et le récit de Pastor (p. 426), est retenue par le corps de l'article.

    2 3 11 14 18 22 25 26 33 38 46 48 49 52 63 64 67 78 81 85 87 89 92
  3. « Innocent IX », Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Innocent-IX. Naissance le 20 juillet 1519 à Bologne, mort le 30 décembre 1591 à Rome ; évêque de Nicastro et participation au concile de Trente en 1562 ; ambassadeur (nonce) à Venise en 1566 ; emploi à l'Inquisition romaine sous Grégoire XIII ; cardinal (1583) ; « assumed practically all administration under the ailing pope Gregory XIV » ; pape du 29 octobre au 30 décembre 1591 ; candidat de transition acceptable à toutes les factions. Pour le patriarcat, la Catholic Encyclopedia donne 1575 (« In 1575 he was named Patriarch of Jerusalem »), mais les notices de conclave (Adams, SV1585 : 1576-1583) et la liste des patriarches latins (1576–1584) retiennent 1576 : c'est cette date tranchée que retient le corps de l'article.

    4 8 23 41 43 50 57 88
  4. R. L. Foley, « Innocent IX, Pope », New Catholic Encyclopedia (2ᵉ éd., Gale, 2003), texte intégral sur Encyclopedia.com, https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/innocent-ix-pope. Service du cardinal Alessandro Farnèse à Rome ; référendaire de la Segnatura di Grazia e Giustizia sous Paul IV ; évêque de Nicastro (1560) et concile de Trente ; nonce à Venise (envoyé en 1566 ; la NCE écrit « continued to hold that post under Gregory XIII until 1575 », mais le DBI atteste le remplacement par Castagna après la paix du 7 mars 1573 et le retour à Nicastro en 1574 : le corps de l'article retient 1573) ; charge du gouvernement sous l'infirme Grégoire XIV ; réorganisation de l'administration vaticane en trois sections (France-Pologne ; Italie-Espagne ; Allemagne) ; répression du brigandage, réforme des mœurs, régularisation du Tibre et assainissement du Borgo, restauration du port d'Ancône, achèvement de la coupole de Saint-Pierre ; confirmation, le 4 novembre 1591, de la bulle de Pie V interdisant la vente des biens ecclésiastiques ; écrits de jeunesse (commentaire de la Politique d'Aristote, traité de morale, ouvrage contre Machiavel, restés inédits) ; mort le 30 décembre 1591 ; « the Romans venerated him as a saint ».

    6 9 10 12 17 19 21 31 34 35 37 45 54 56 68 69 70 73 74 75 79 83 90 93
  5. Conclave d'octobre 1591 : J. P. Adams, « Sede Vacante 1591 » (récit du conclave du 27 au 29 octobre 1591 — premier scrutin : Facchinetti « received the most votes, twenty-four » ; scrutin du matin du 29 octobre : « twenty-eight votes »), https://www.csun.edu/~hcfll004/SV1591.html ; S. Miranda, « Papal elections and conclaves of the XVI Century » (conclave « October 27 to 29, 1591 (Innocent IX) »), https://cardinals.fiu.edu/conclave-xvi.htm ; L. von Pastor, The History of the Popes, vol. 22, pp. 409-427 (voir note [^pastor]). Mort de Grégoire XIV le 16 octobre 1591, troisième vacance du Siège apostolique en quatorze mois ; campagnes des factions espagnole et anti-espagnole dès avant la mort du pape ; majorité contrôlée par le parti espagnol malgré le souvenir des interférences de Philippe II ; conclave du 27 au 29 octobre 1591 (trois jours) ; Facchinetti obtient 24 voix le 28 octobre puis 28 voix le 29 octobre, et l'emporte au troisième scrutin le 29 octobre 1591 sous le nom d'Innocent IX.

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  6. Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. 22 (Londres–Saint-Louis, 1938-1961), pp. 409-427 — développement consacré à Innocent IX (conclave d'octobre 1591, gouvernement, mort), à partir des archives romaines et des dépêches diplomatiques ; cf. éd. fr. Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge (trad. fr., Paris, Plon). Récit détaillé des conclaves de 1590-1591, de la pression espagnole, du gouvernement et de la mort d'Innocent IX, ainsi que de la politique française du Saint-Siège pendant cette période. Sur la mort (p. 426) : « Il fit effectivement le pèlerinage [des sept églises], mais y prit froid… Apprenant que sa fin était proche, il demanda lui-même la sainte communion et l'extrême-onction. La mort du pape, survenue le 30 décembre, plongea tout Rome dans une douleur sincère. » — d'après Pastor, vol. 22, p. 426. Texte original : « He actually made the pilgrimage, but caught a cold… When the Pope learned that his end was at hand, he himself asked for Holy Communion and Extreme Unction. The death of the Pope, which took place on December 30th, filled all Rome with sincere grief. »

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  7. G. Pizzorusso, « Innocenzo IX, papa », Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani, https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-innocenzo-ix_(Dizionario-Biografico)/ : doctorat in utroque iure le 11 mars 1544 (« conseguendo il dottorato in utroque iure l'11 marzo 1544 »), ordination sacerdotale reçue avant la laurea (« Ricevuta l'ordinazione sacerdotale prima della laurea ») ; « Primo vescovo dopo trent'anni a risiedere a Nicastro » ; nom d'Innocent IX choisi en référence à Innocent III, « il più illustre dei giuristi assurti al rango pontificio » ; pèlerinage des sept églises le 21 décembre 1591 (« il pellegrinaggio delle sette chiese, il 21 dicembre ») ; consistoire unique avec l'élévation de Filippo Sega, « vescovo di Piacenza e nunzio a Parigi ». Sur la cause de la mort, le DBI est explicite : « la decisione di ottemperare alla popolare devozione del pellegrinaggio delle sette chiese, il 21 dicembre, fu la causa della sua malattia e della morte » — le pape, « anziano e debole, e oltremodo sensibile al freddo », tomba malade le lendemain, s'aggrava du 24 au 28, et mourut « nelle prime ore del 30 dic. 1591 » avant d'être inhumé « nelle Grotte di S. Pietro ».

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  8. S. Miranda, « Consistories of the XVI Century (1503-1605) » : « Innocent IX (1591) December 18, 1591 (I) (1) 1. Filippo Sega, bishop of Piacenza. (2) 2. Giovanni Antonio Facchinetti de Nuce, iuniore, grand-nephew of His Holiness », https://cardinals.fiu.edu/consistories-xvi.htm.

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