Urbain VII (Urbanus VII), né Giovanni Battista Castagna à Rome le 4 août 1521 et mort dans la même ville le 27 septembre 1590, fut le pape du pontificat le plus court de toute l'histoire de l'Église : douze jours — treize en comptant les deux dates extrêmes, le 15 et le 27 septembre —, sans qu'il eût même le temps d'être couronné.[1][2][3][4] Élu pour succéder au grand réformateur Sixte V, il s'éteignit d'une fièvre malarique avant de pouvoir monter sur le trône qu'on venait de lui confier.
Loin d'être un inconnu providentiellement sorti de l'ombre, Castagna était au contraire l'un des diplomates les plus chevronnés de la curie romaine. Juriste formé à Bologne, archevêque de Rossano dès 1553, il avait siégé au concile de Trente, représenté le Saint-Siège comme nonce en Espagne auprès de Philippe II pendant sept ans, puis à Venise, gouverné Bologne, conduit la légation de Cologne, et exercé enfin la charge redoutable d'inquisiteur général du Saint-Office.[5][6] Quand les cardinaux le choisirent, le 15 septembre 1590, « la nouvelle de son élection fut une cause de joie universelle ».[7]
Il prit le nom d'Urbain — urbanus, en latin, signifie « courtois », « affable » (littéralement « de la ville, urbain ») — précisément pour que ce nom lui fût un rappel continuel de douceur envers tous ses sujets.[8] En douze jours, il eut le temps de faire dresser la liste de tous les pauvres de Rome, d'ordonner aux boulangers de la Ville de vendre un pain plus gros et moins cher en s'engageant à les dédommager de sa propre bourse, et de proclamer son hostilité au népotisme.[9] Le théologien vénitien Paolo Sarpi, pourtant peu suspect de complaisance envers Rome, lui reconnut une « douceur plus qu'humaine ».[10]
Sa mémoire est restée attachée à deux traits singuliers : le legs de trente mille écus destiné à doter de jeunes filles pauvres[11][12], et la première interdiction de fumer connue dans un lieu de culte, que la tradition place sous son très bref pontificat[13][14].
Pourquoi le pape Urbain VII compte-t-il ?
Le pontificat le plus court de l'histoire
Le premier intérêt d'Urbain VII est statistique et symbolique : son règne de douze jours (du 15 au 27 septembre 1590) — treize en comptant les deux dates extrêmes, d'où les deux chiffres que l'on rencontre : dodici giorni chez Benzoni, 12 days dans les notices anglophones, « douze jours » sur Wikipédia francophone — est le plus bref de la liste des papes, plus court encore que ceux d'autres pontifes éphémères.[15][16][17][18] Élu le matin du 15 septembre, frappé par la fièvre dès le 18, il mourut le 27 avant d'avoir été couronné — fait rarissime qui le range parmi les très rares papes jamais intronisés.[19][20] Son cas illustre la fragilité de la fonction à une époque où la malaria romaine fauchait régulièrement les conclavistes et les pontifes âgés, et où l'on enchaîna quatre papes en dix-sept mois (1590-1592).
Un diplomate chevronné porté au trône
Le deuxième intérêt est historique et politique. Urbain VII n'est pas un accident : il représente le type même du grand serviteur de la Réforme catholique, formé au droit, rompu aux nonciatures, au gouvernement des provinces pontificales et aux affaires du Saint-Office. Son élection éclaire le fonctionnement réel de la papauté post-tridentine et le poids de l'Espagne de Philippe II dans les conclaves de la fin du XVIᵉ siècle : Castagna figurait sur la liste des candidats agréés par le roi catholique.[21] Étudier son ascension, c'est suivre toute la machinerie diplomatique et curiale de l'Église de la Contre-Réforme.
Le pape de la douceur et de la charité
Le troisième intérêt est spirituel et moral. En douze jours, Urbain VII a laissé l'image d'un pasteur charitable : recensement des pauvres, aumônes aux cardinaux démunis, paiement des dettes des monts-de-piété des États pontificaux, pain bon marché financé sur sa cassette, refus du luxe et du népotisme, communion et confession chaque jour de sa maladie.[22] Sa vie offre une leçon paradoxale : on peut n'avoir presque pas régné et marquer pourtant la mémoire de l'Église par la seule qualité d'une intention — au point que le mot latin de son nom, urbanus, « le courtois », résume tout son programme.
Les sources principales
La figure d'Urbain VII repose, pour sa carrière et son élection — l'essentiel de sa vie, antérieur à son bref règne —, sur un socle documentaire solide ; l'anecdote du tabac, elle, n'appartient qu'à la mémoire populaire (voir plus bas la section prudente qui lui est consacrée). La notice de référence en français reste l'ample article de Gino Benzoni, « Urbano VII », dans l'Enciclopedia dei Papi (Treccani, 2000), qui retrace pas à pas sa carrière à partir des dépêches d'ambassadeurs et de la correspondance des nonciatures.[23] L'article de Michael Ott dans la Catholic Encyclopedia (1912) en donne un résumé précis et fiable, source de la plupart des récits anglophones sur son pontificat et sa charité.[24]
Pour la trame des dates et des titres — naissance, ordres, archevêché de Rossano, gouvernements, nonciatures, cardinalat, conclaves —, on dispose du dictionnaire biographique des cardinaux de Salvador Miranda, qui recoupe les grandes compilations classiques : les Memorie storiche de' cardinali de Lorenzo Cardella (1793), les Vitæ et res gestæ d'Alfonso Chacón (Ciaconius, 1630) et la Hierarchia Catholica de Conrad Eubel.[25][26][27][28] Le déroulement du conclave de septembre 1590 — factions, candidats, influence espagnole — est documenté par les relations contemporaines reprises dans les études modernes du Sacré Collège, au premier rang desquelles l'histoire de Pastor, tirée des archives vaticanes.[29][30]
Ce qui suit est donc la biographie d'un homme et de son très bref règne, où l'on distingue avec soin les faits attestés par les actes et les dépêches des appréciations édifiantes ou polémiques transmises par les chroniqueurs et les ambassadeurs eux-mêmes engagés dans la vie romaine.
Giovanni Battista Castagna, du barreau romain à la pourpre
Une famille romaine marquée par la pourpre cardinalice
Giovanni Battista Castagna naît à Rome le 4 août 1521, d'un père génois, le noble Cosimo Castagna, et d'une mère romaine, Costanza Ricci Giacobazzi.[31][32][33] Par sa mère, l'enfant appartient à une famille déjà marquée par la pourpre : il est petit-neveu du cardinal Domenico Giacobazzi (créé en 1517) et parent des cardinaux Cristoforo Giacobazzi (1536) et Girolamo Verallo (1549).[34] Cette parenté ecclésiastique n'est pas un détail mondain : elle ouvre au jeune Castagna les portes de la curie et trace d'avance son cursus honorum.
C'est sous l'aile de son oncle Girolamo Verallo, cardinal à partir de 1549, que le jeune homme entre dans les affaires : Verallo l'accueille chez lui, le forme et l'emploie comme secrétaire et auditeur, avant de l'emmener, en qualité de dataire, dans sa légation de France (1551).[35][36] Là, le futur pape observe « de ses propres yeux » comment l'installation de l'ambassadeur anglais et de sa suite suffit à transformer une ambassade en foyer de propagande hérétique — première leçon d'un siècle déchiré par la Réforme protestante.[37]
Le juriste formé à Bologne
La compétence de Castagna est d'abord juridique. Après une première formation littéraire et humaniste, il poursuit des études de droit à Pérouse, puis à Padoue, et les achève à l'université de Bologne, où il obtient le doctorat in utroque iure — droit civil et droit canonique.[38][39] À Bologne, il se lie d'amitié avec un condisciple promis lui aussi à la pourpre, Gabriele Paleotti, futur cardinal et grand archevêque réformateur.[40]
Ce profil de canoniste rigoureux explique toute la suite. Castagna n'est ni un théologien spéculatif ni un homme de guerre : c'est un homme de droit et de gouvernement, méthodique, mesuré, taillé pour les missions où il faut négocier, arbitrer, administrer. C'est cette compétence-là que la papauté utilisera sans relâche pendant quarante ans.
Référendaire de la Signature, archevêque de Rossano (1553)
De retour à Rome, Castagna est promu par le pape Jules III référendaire de la Signature de Justice — magistrature de la haute administration pontificale.[41][42] Puis, le 1ᵉʳ mars 1553, il est pourvu de l'archevêché de Rossano, en Calabre, que lui cède la famille Verallo.[43][44] Il reçoit tous les ordres, mineurs et majeurs, le 30 mars 1553, et est consacré évêque le 4 avril 1553 par son oncle, le cardinal Verallo, dans sa propre maison.[45]
« Sur le 1ᵉʳ mars 1553, Jules III le nomma archevêque de Rossano. Il fut ordonné prêtre le 30 mars et consacré évêque par le cardinal Verallo le 4 avril. » — Michael Ott, Catholic Encyclopedia, art. « Pope Urban VII »[46]
À trente et un ans, le voilà donc archevêque résidentiel — pasteur de plein exercice, et non simple prélat de curie. Il gardera ce titre près de vingt ans, jusqu'à y renoncer volontairement en 1573, tout en en conservant la dénomination.[47]
Gouverneur dans les États pontificaux
Le talent administratif de Castagna le porte vite au gouvernement des provinces pontificales. Jules III l'envoie comme gouverneur de Fano (14 juin 1555) ; sous Paul IV, il est brièvement gouverneur de Pérouse et de l'Ombrie (6 mars 1559 — avril 1560) ; sous Pie IV, il règle de façon satisfaisante un vieux conflit de bornage entre les habitants de Terni et de Spolète.[48][49] Autant de missions où s'affirment ses qualités maîtresses : la prudence, le sens du compromis, la capacité à pacifier.
Ce parcours de gouverneur-juriste prépare directement les grandes missions diplomatiques qui feront de lui l'un des prélats les plus expérimentés de sa génération.
Le diplomate du concile de Trente et des nonciatures
Au concile de Trente (1562-1563)
De 1562 à 1563, Castagna assiste à la dernière période du concile de Trente, où il est fait président de plusieurs congrégations et manifeste, selon Ott, « une grande prudence et un grand savoir ».[50][51] Il y défend les positions romaines avec une rigueur canonique reconnue : le cardinal-neveu Charles Borromée écrit en mai 1562 au légat conciliaire Simonetta pour que l'on s'appuie sur lui et sur Paleotti dans les débats.[52]
Le concile de Trente, dont les décrets dogmatiques et disciplinaires ont leur propre dossier dans Ignispedia, fut l'école de toute une génération de réformateurs ; Castagna en sortit pénétré de l'esprit de la Contre-Réforme qu'il appliquera ensuite dans ses nonciatures.
Nonce en Espagne auprès de Philippe II (1565-1572)
La mission la plus longue et la plus délicate de sa carrière fut la nonciature d'Espagne. En septembre 1565, il accompagne le cardinal-légat Ugo Boncompagni — le futur Grégoire XIII — à la cour de Philippe II, puis y demeure sept ans comme nonce apostolique (jusqu'au 3 juillet 1572).[53][54] Tâche redoutable : il faut défendre les prérogatives ecclésiastiques contre les empiétements d'un roi très catholique mais très jaloux de son autorité sur l'Église d'Espagne, tout en travaillant à la Sainte Ligue contre les Ottomans qui aboutira à Lépante (1571).[55]
C'est là que Castagna acquiert sa connaissance intime de la monarchie espagnole — connaissance qui, paradoxalement, le rendra plus tard agréable à Philippe II sans faire de lui un simple instrument : il avait montré qu'il savait à la fois traiter avec l'Espagne et tenir tête à ses prétentions.
Nonce à Venise, gouverneur de Bologne, légat à Cologne
De retour en Italie, Castagna renonce volontairement à son siège de Rossano (janvier 1573) et reprend du service pour Grégoire XIII.[56][57] Il est successivement nonce à Venise (1573-1577), où il protège la juridiction ecclésiastique face à la Sérénissime et signale les premiers foyers de peste ; gouverneur de Bologne (1576-1577) ; enfin légat extraordinaire à Cologne (1578-1580), pour représenter le pape à la conférence de paix entre Philippe II et les Provinces-Unies révoltées des Pays-Bas.[58][59] À son retour à Rome, il est nommé consulteur du Saint-Office et de la Sacrée Consulte.[60]
Au moment d'accéder à la pourpre, Castagna est ainsi l'un des très rares prélats à avoir tout vu : la Calabre et l'Ombrie, l'Espagne de Philippe II, Venise, Bologne, l'Empire et les guerres de Flandre. Cette expérience universelle est ce qui le désignera, dix ans plus tard, comme un candidat de premier plan au trône de Pierre.
Cardinal et inquisiteur sous Grégoire XIII et Sixte V
La pourpre (1583)
Le 12 décembre 1583, le pape Grégoire XIII crée Castagna cardinal-prêtre ; il reçoit le chapeau rouge et le titre de San Marcello al Corso le 9 janvier 1584.[61][62] Peu après, le 8 octobre 1584, il est nommé légat de Bologne, charge qu'il exerce jusqu'en mai 1585.[63] Il participe au conclave de 1585 qui élit Sixte V, l'un des plus énergiques pontifes du siècle.
Inquisiteur général du Saint-Office (1586)
Sous le règne de Sixte V (1585-1590), Castagna est, selon Ott, « hautement influent ».[64] Le 19 novembre 1586, il est nommé l'un des inquisiteurs généraux du Saint-Office — la plus haute instance doctrinale de l'Église romaine.[65][66] Cette charge le place au cœur du gouvernement central de l'Église de la Contre-Réforme et achève d'asseoir sa réputation d'homme sûr, mesuré et compétent.
Quand Sixte V meurt, en août 1590, Castagna est donc, à soixante-neuf ans, l'un des cardinaux les plus respectés du Sacré Collège : un vétéran de toutes les charges, sans clan agressif ni ambition tapageuse, dont la modération rassure autant qu'elle plaît.
Le conclave de septembre 1590
La mort de Sixte V et l'ouverture du conclave
Sixte V meurt le 27 août 1590, laissant la papauté à un tournant : son règne bref mais titanesque avait réorganisé la curie, assaini les finances et marqué Rome de grands travaux.[67][68] Les cardinaux, au nombre de cinquante-quatre, entrent en conclave au Vatican le 7 septembre 1590.[69][70][71] L'enjeu est lourd : il faut un pape capable de poursuivre l'œuvre de Sixte V sans en répéter la rudesse, dans une Italie travaillée par la rivalité entre la France d'Henri de Navarre et l'Espagne de Philippe II.
Les factions : l'Espagne, Montalto, Colonna
Le conclave de 1590 est l'un de ceux où le poids de l'Espagne apparaît le plus nettement. Vingt-deux cardinaux y forment un bloc sensible aux désirs de Philippe II, qui avait fait connaître une liste de candidats agréés : Castagna, ancien nonce à Madrid et estimé du roi, y figurait en bonne place.[72] Le jeune cardinal Montalto — Alessandro Peretti, petit-neveu de Sixte V, à peine âgé d'une vingtaine d'années — conduisait les « créatures » du défunt pape ; sa tante Camilla Peretti et lui penchaient d'abord pour la candidature de Marco Antonio Colonna.[73][74]
« Castagna, que Sixte V avait favorisé comme successeur et qui figurait sur la liste des candidats agréés par Philippe II d'Espagne, fut un favori dès le début. » — d'après les relations du conclave de septembre 1590[75]
L'élection du 15 septembre 1590
Après une semaine de tractations, l'accord se fit sur Castagna. Sa réputation de modération, son expérience universelle, l'estime que lui portait Sixte V et l'agrément de l'Espagne convergèrent ; le ralliement de Montalto, puis l'assentiment — « avec un soupir » — du cardinal Ascanio Colonna, emportèrent la décision.[76][77] Le 15 septembre 1590, Giovanni Battista Castagna est élu pape.
« La nouvelle de son élection fut une cause de joie universelle », note Ott : on saluait à la fois sa piété, son savoir et l'extraordinaire prudence dont il avait fait preuve dans toutes les charges qu'il avait remplies.[78]
Douze jours sur le trône de Pierre
Le nom d'Urbain : un programme de douceur
Le choix du nom de règne dit déjà tout. Castagna prit le nom d'Urbain non par révérence dynastique, mais parce que ce nom, « qui en latin signifie courtois, devait lui être un rappel continuel de montrer de la bonté envers tous ses sujets ».[79] Urbanus : le courtois, l'affable — littéralement « l'homme de la ville, l'urbain ». À l'inverse d'un Urbain VI, dont le nom de réformateur avait recouvert un caractère de fer, ce nouvel Urbain voulait que son nom l'oblige à la douceur.
« Il choisit le nom d'Urbain afin que ce nom, qui en latin signifie « affable » (kind dans le texte anglais), fût pour lui un rappel continuel de témoigner de la bonté envers tous ses sujets. » — Michael Ott, Catholic Encyclopedia, art. « Pope Urban VII » (traduit de l'anglais)[80]
Le pape des pauvres
L'un de ses tout premiers actes fut de faire dresser la liste de tous les pauvres de Rome, afin de pourvoir à leurs besoins.[81] La brièveté du règne n'arrêta pas ce zèle de charité, méthodiquement décrit par Ott : il donna de généreuses aumônes aux cardinaux dont le revenu était insuffisant, paya les dettes de tous les monts-de-piété de l'État ecclésiastique, et ordonna aux boulangers de Rome de faire des pains plus gros et de les vendre moins cher, s'engageant à les dédommager de sa propre bourse.[82]
« Il fit dresser une liste de tous les pauvres de Rome pour soulager leurs besoins. Il paya les dettes de tous les monts-de-piété de l'État ecclésiastique et ordonna aux boulangers de Rome de faire des pains plus gros et de les vendre moins cher, en réparant leurs pertes sur sa propre bourse. » — Michael Ott, Catholic Encyclopedia, art. « Pope Urban VII »[83]
Pour donner du travail aux pauvres, il ordonna l'achèvement des grands chantiers publics commencés par son prédécesseur Sixte V.[84] Douze jours suffirent ainsi à esquisser tout un programme social d'inspiration évangélique.
Contre le luxe et le népotisme
Le même souci anima ses mesures de réforme des mœurs. Désireux de freiner le luxe des riches, Urbain VII interdit à ses chambellans de porter des vêtements de soie.[85] Il nomma une commission de cardinaux — Paleotti, Facchinetti, Lancellotti et Aldobrandini — pour réformer la Daterie apostolique.[86]
Surtout, il se montra résolument opposé au népotisme, cette plaie de la Rome pontificale : il déclara son intention de ne jamais nommer aucun de ses parents à une charge de la curie, et leur défendit d'user du titre d'« Excellence » qu'on accordait d'ordinaire aux proches du pape.[87] De fait, il ne créa aucun cardinal et ne dota aucun neveu : la mort l'emporta avant tout favoritisme.[88] Sur ce point, son très court règne fut un modèle involontaire de la réforme que l'Église mettra encore des décennies à imposer.
La première interdiction de fumer ?
C'est au très bref pontificat d'Urbain VII que la tradition attribue la première interdiction de fumer connue dans un lieu de culte.[89][90] Le pape aurait menacé d'excommunication quiconque « prendrait du tabac sous le porche ou à l'intérieur d'une église, que ce soit en le mâchant, en le fumant dans une pipe ou en le prisant en poudre par le nez ».[91] La mesure ne visait pas la santé — notion encore étrangère à l'époque — mais la dignité du culte : l'usage du tabac troublait l'atmosphère des offices.
« On défendit, sous peine d'excommunication, de prendre du tabac sous le porche ou à l'intérieur d'une église, que ce fût en le mâchant, en le fumant dans une pipe ou en le prisant en poudre par le nez. » — formulation traditionnellement attribuée à l'édit d'Urbain VII, 1590[92]
Il faut ici une prudence d'historien. Qu'un pape ait pu, en douze jours de maladie, rédiger et promulguer une véritable bulle sur le tabac est discuté : la mesure la mieux documentée en ce domaine est en réalité la bulle Cum ecclesiæ de Urbain VIII, du 30 janvier 1642, qui interdit, sous peine d'excommunication, l'usage du tabac dans les églises du diocèse de Séville.[93] L'interdiction de fumer de 1590 reste largement rapportée mais fragilement attestée ; elle appartient à la mémoire populaire d'Urbain VII plus qu'aux actes certains de son règne. La signaler honnêtement, c'est aussi la distinguer de ce qui est solidement établi de sa charité.
La maladie et la mort (septembre 1590)
La fièvre malarique
La joie de l'élection fut de courte durée. Quelques jours après son élévation, le pape tomba gravement malade.[94] Dès le 18 septembre, une fièvre de caractère malarique s'empara de lui ; les médecins ne parvinrent pas à la repousser, et le mal s'aggrava jusqu'à l'emporter.[95] La malaria — ce « mauvais air » des marais romains — fauchait régulièrement les hommes de l'Église dans la Rome de la fin du XVIᵉ siècle.
Une mort pieuse
La Ville se mobilisa pour son nouveau pasteur. Les fidèles s'unirent dans la prière pour sa guérison : processions publiques, expositions du Saint-Sacrement, exercices de piété.[96] Le pape lui-même, dans sa brève agonie, donna l'exemple : il se confessa et communia chaque jour de sa maladie.[97] Il exprima un jour le désir de se faire transporter au Quirinal, où l'air était plus pur et plus sain ; mais comme on lui rappela qu'il n'était pas d'usage que le pape se montrât dans la ville avant son couronnement, il demeura au Vatican.[98] Détail bouleversant : par fidélité à un protocole, ce pape mourant renonça peut-être à l'air qui aurait pu le sauver.
« Le pape se confessa et communia chaque jour de sa maladie. » — Michael Ott, Catholic Encyclopedia, art. « Pope Urban VII »[99]
Il mourut le 27 septembre 1590, peu avant minuit, « ante hora XII », après douze jours de pontificat — treize en comptage calendaire inclusif —, sans avoir été couronné.[100][101] « Rome s'effondra » dans la douleur, note son biographe italien.[102]
Les funérailles et le tombeau
Urbain VII fut d'abord inhumé dans la basilique Saint-Pierre ; son oraison funèbre fut prononcée par l'antiquaire et écrivain Pompeo Ugonio.[103] Le 21 septembre 1606 — Ott, seul contre Benzoni, Miranda et les notices modernes, donne le 22[104] —, ses restes furent transférés à la basilique Santa Maria sopra Minerva, siège de la Confrérie de l'Annonciation (Annunziata alla Minerva), où un monument fut élevé en son honneur.[105][106]
Par ses dispositions testamentaires, le pape avait en effet légué trente mille écus — l'intégralité de ses biens temporels selon Ott, le patrimoine paternel selon Benzoni — à cette archiconfrérie de l'Annonciation, pour servir de dots à de jeunes filles pauvres.[107][108] La charité qui avait empli ses douze jours de règne se prolongea ainsi bien au-delà de sa mort.
Postérité d'un pontificat fulgurant
« L'année des quatre papes » (1590-1592)
La mort de Sixte V ouvrit une période d'instabilité unique dans l'histoire moderne de la papauté : en dix-sept mois (du 27 août 1590 au 30 janvier 1592), quatre papes se succédèrent — Urbain VII, Grégoire XIV, Innocent IX et Clément VIII.[109] Le tableau suivant compare ces pontificats qui suivirent le long règne de Sixte V.
| Pape | Élection | Mort / fin | Durée | Trait marquant |
|---|---|---|---|---|
| Sixte V | 24 avril 1585 | 27 août 1590 | 5 ans | Grand réformateur, travaux de Rome |
| Urbain VII | 15 sept. 1590 | 27 sept. 1590 | 12 jours | Le plus court pontificat de l'histoire |
| Grégoire XIV | 5 déc. 1590 | 16 oct. 1591 | ~10 mois | Soutien à la Ligue catholique française |
| Innocent IX | 29 oct. 1591 | 30 déc. 1591 | ~2 mois | Pontificat hivernal, mort rapide |
| Clément VIII | 30 janv. 1592 | 3 mars 1605 | 13 ans | Stabilisation, absolution d'Henri IV |
Cette succession-éclair, où la malaria romaine joua un rôle répété, montre la fragilité humaine d'une institution que la foi catholique tient pourtant pour indéfectible : l'Église traversa quatre conclaves en moins de deux ans sans rompre la chaîne de saint Pierre.
Le jugement de l'histoire
Le verdict des contemporains fut, chose rare, unanimement favorable. Le théologien vénitien Paolo Sarpi — pourtant grand adversaire des prétentions de la Rome curiale — reconnut à Urbain VII une « douceur plus qu'humaine », jugement que rapporte son ami et biographe Fulgenzio Micanzio dans sa Vita del padre Paolo Sarpi.[110][111] Et, apprenant la mort subite du pape, Sarpi aurait appliqué à Castagna le mot du livre de la Sagesse :
« Il a été enlevé, de peur que la malice n'altère son intelligence. » — application à Urbain VII du verset de la Sagesse (Sg 4, 11), rapportée par la tradition vénitienne[112][113]
Reconnaissance émouvante : Urbain VII serait mort juste à temps pour garder ses qualités intactes, sans que le pouvoir n'eût le loisir de les corrompre.[114] On peut sourire de l'épitaphe ; elle dit pourtant une vérité spirituelle : la brièveté d'une vie n'en mesure pas la valeur, et un règne de douze jours, tout entier donné à la charité, peut peser plus qu'un long pontificat médiocre.
Les dots de l'Annunziata
Le souvenir le plus durable d'Urbain VII n'est ni une bulle ni une guerre, mais une œuvre de miséricorde. Pendant des siècles, l'archiconfrérie de l'Annonciation dota, grâce à son legs, de jeunes filles pauvres qui n'auraient pu autrement se marier ni entrer au couvent. Dans une société où l'absence de dot condamnait une jeune fille à la misère ou au déshonneur, ce geste prolongea concrètement la charité du pape bien après sa mort, faisant de Castagna l'un des bienfaiteurs discrets de la Rome moderne.
Ainsi le pontificat le plus court de l'histoire ne fut pas le plus stérile. En douze jours, Urbain VII n'eut le temps ni de réformer la curie, ni de gouverner la chrétienté, ni même d'être couronné ; mais il eut celui de recenser les pauvres, de rendre le pain accessible, de refuser le népotisme et de léguer sa fortune aux plus démunies. Le mot latin de son nom — urbanus, « le courtois » — résume toute sa figure : un pape qui voulut que son nom même l'obligeât à la bonté.
Pour aller plus loin
- Le pape Sixte V (1585-1590) — son prédécesseur, le grand réformateur de la curie et de Rome, dont la mort ouvrit le conclave de 1590.
- Le pape Grégoire XIV (1590-1591) — son successeur immédiat, élu au terme du second conclave de 1590.
- Le pape Grégoire XIII (1572-1585) — le pape qui le créa cardinal et l'employa dans ses nonciatures, auteur de la réforme du calendrier.
- Le concile de Trente (1545-1563) — le grand concile de la Réforme catholique auquel Castagna participa et qui forma sa génération.
- Le pape Urbain VI (1378-1389) et Le pape Urbain VIII (1623-1644) — les autres papes du nom d'Urbain ; le second promulgua en 1642 la bulle Cum ecclesiæ contre le tabac dans les églises.
Notes et références
Michael Ott, « Pope Urban VII », The Catholic Encyclopedia, vol. XV, New York, Robert Appleton Company, 1912 — courte notice tenant en une seule page (newadvent.org) : Giambattista Castagna né à Rome le 4 août 1521, fils de Cosimo (noble génois) et de Costanza Ricci ; docteur in utroque iure à Bologne ; auditeur puis dataire de son oncle le cardinal Girolamo Verallo en légation de France ; référendaire de la Signature de Justice sous Jules III, archevêque de Rossano le 1ᵉʳ mars 1553, ordonné prêtre le 30 mars, consacré évêque par Verallo le 4 avril ; gouverneur de Fano (1555), de Pérouse et d'Ombrie sous Paul IV ; règlement du conflit Terni/Spolète sous Pie IV ; concile de Trente 1562-1563 (président de plusieurs congrégations) ; nonce en Espagne auprès de Philippe II sept ans (1565-1572) ; renonciation à Rossano en janvier 1573 ; nonce à Venise puis gouverneur de Bologne (1577) ; légat extraordinaire à Cologne (1578) à la conférence de paix entre Philippe II et les Provinces-Unies ; consulteur du Saint-Office ; cardinal-prêtre de San Marcello le 12 décembre 1583, légat de Bologne le 8 octobre 1584 ; inquisiteur général du Saint-Office le 19 novembre 1586 ; mort de Sixte V le 27 août 1590, 54 cardinaux entrés en conclave le 7 septembre, élu le 15 septembre ; nom d'Urbain (« kind ») comme rappel de bonté ; liste des pauvres de Rome, aumônes aux cardinaux démunis, dettes des monts-de-piété payées, pains plus gros et moins chers indemnisés sur sa bourse, interdiction de la soie aux chambellans, achèvement des travaux publics, commission de réforme de la Daterie (Paleotti, Facchinetti, Lancellotti, Aldobrandini), opposition au népotisme (titre d'« Excellence » interdit aux parents) ; maladie quelques jours après l'élection, processions et exposition du Saint-Sacrement, confession et communion quotidiennes, désir d'aller au Quirinal refusé faute de couronnement ; mort le 27 septembre 1590 avant le couronnement, inhumé à Saint-Pierre, restes transférés à Santa Maria sopra Minerva le 22 septembre 1606 (Benzoni, Miranda et Wikipedia donnent le 21 : voir le corps, qui tranche pour le 21) ; legs de 30 000 écus à l'archiconfrérie de l'Annonciation pour des dots de jeunes filles pauvres. La notice ne mentionne pas le tabac. Texte vérifié en première main sur newadvent.org.
1 5 7 8 9 11 20 22 24 31 36 41 46 48 50 53 56 61 64 65 67 69 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 94 96 97 98 99 104 107Gino Benzoni, « Urbano VII », Enciclopedia dei Papi, 3 vol., Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 2000, t. III, p. 222-230 (consultable sur treccani.it) : Benzoni compte « troppo pochi i dodici giorni di pontificato » (douze jours) ; naissance le 4 août 1521 à Rome de Cosimo Castagna et Costanza Ricci Giacobazzi ; études littéraires puis juridiques à Pérouse, Padoue et Bologne (laurea in utroque, amitié avec Gabriele Paleotti) ; formation auprès du cardinal Verallo, dataire en mission de France (1551) ; archevêque de Rossano (1553) ; concile de Trente ; nonciature d'Espagne (défense des prérogatives ecclésiastiques face à Philippe II, Sainte Ligue) et de Venise (juridiction ecclésiastique, peste) ; cardinal de San Marcello (titre pris le 13 janvier 1584) ; conclave de septembre 1590, factions Montalto/Colonna, assentiment d'Ascanio Colonna « avec un soupir », élection le 15 ; fièvre malarique dès le 18 septembre, aggravation, mort le 27 « ante hora XII » (peu avant minuit) ; jugement de Fulgenzio Micanzio, ami et biographe de Sarpi, attribuant au pape une « mansuetudine più che umana » reflétant un avis de Sarpi lui-même, qui à l'annonce de sa mort subite aurait exclamé « ideo raptus est, ne malitia mutaret intellectum eius » (Sg 4, 11) ; 30 000 écus de son patrimoine légués par testament à la Confrérie de l'Annunziata, à la Minerva, où il fut transféré en 1606. Texte vérifié en première main sur treccani.it ; citations italiennes et latines d'origine conservées ici en note ; traductions françaises données dans le corps.
2 10 12 15 19 23 32 35 37 38 40 43 52 55 59 74 76 95 100 102 105 108 110 112 114Wikipédia (français), article « Urbain VII » : Giovanni Battista Castagna, né le 4 août 1521 à Rome, mort le 27 septembre 1590 à Rome ; élu pape le 15 septembre 1590 ; règne de « douze jours » (infobox : « 12 jours »), le pontificat le plus court de l'histoire ; mort de malaria sans avoir été intronisé ; édit attribuant à son bref pontificat la première interdiction de fumer connue (excommunication pour usage du tabac dans les bâtiments religieux) ; inhumé au Vatican, restes transférés à Santa Maria sopra Minerva en 1606. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Urbain_VII.
3 16J. N. D. Kelly et Michael J. Walsh, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford, Oxford University Press, 2ᵉ éd. 2010 (1ʳᵉ éd. 1986), s.v. « Urban VII » (ISBN 978-0-19-929581-4) : Giambattista Castagna, pape du 15 au 27 septembre 1590 ; l'un des plus brefs pontificats de l'histoire ; canoniste formé à Bologne, archevêque de Rossano, nonce en Espagne et à Venise, cardinal en 1583, inquisiteur général ; élu le 15 septembre 1590, mort de la malaria le 27 septembre avant d'avoir pu être couronné. Ouvrage de référence anglophone sur la chronologie des papes ; sa chronologie (15-27 septembre 1590) est corroborée en première main par Ott, Miranda et Benzoni (voir ces notes).
4 18Salvador Miranda, « CASTAGNA, Giambattista (1521-1590) », The Cardinals of the Holy Roman Church — Biographical Dictionary, consistoire du 12 décembre 1583 (cardinals.fiu.edu) : naissance 4 août 1521 à Rome, fils de Cosimo Castagna (noble génois) et de Costanza Ricci Giacobazzi, petit-neveu du cardinal Domenico Giacobazzi, parent des cardinaux Cristoforo Giacobazzi et Girolamo Verallo (Miranda, comme Benzoni, orthographie « Veralli » ; « Verallo » est la forme usuelle, celle d'Ott) ; doctorat in utroque iure à Bologne ; clerc romain, avocat consistorial, référendaire de la Signature sous Jules III, dataire de Verallo en France ; archevêque de Rossano le 1ᵉʳ mars 1553, ordres le 30 mars, consécration le 4 avril 1553 par Verallo ; gouverneur de Fano (14 juin 1555), commissaire apostolique de Città di Castello (1559), gouverneur de Pérouse et d'Ombrie (6 mars 1559 — avril 1560) ; concile de Trente 1562-1563 (président de plusieurs congrégations) ; auditeur du cardinal Boncompagni en Espagne (sept. 1565), nonce en Espagne jusqu'au 3 juillet 1572 ; renonciation au gouvernement du siège avant le 23 janvier 1573 ; gouverneur de Bologne (29 déc. 1576 — 29 nov. 1577), nonce à Venise (15 juin 1573 — 1ᵉʳ juillet 1577), légat en Flandre et à Cologne (1578-1580, conférence de paix Philippe II / Provinces-Unies), consulteur du Saint-Office et de la Sacrée Consulte ; cardinal-prêtre le 12 décembre 1583, chapeau et titre de San Marcello le 9 janvier 1584, légat de Bologne (8 oct. 1584 — mai 1585), conclave de 1585 (Sixte V), inquisiteur général du Saint-Office le 19 novembre 1586 ; élu pape le 15 septembre 1590, nom d'Urbain VII, mort avant le couronnement, ne créa aucun cardinal ; mort le 27 septembre 1590 peu avant minuit, de malaria, à Rome, inhumé à Saint-Pierre, oraison funèbre de Pompeo Ugonio, restes transférés à Santa Maria sopra Minerva le 21 septembre 1606. Notice vérifiée en première main sur cardinals.fiu.edu.
6 25 33 34 39 42 44 45 47 49 51 54 57 58 60 62 63 66 88 101 103 106Wikipedia (anglais), article « Pope Urban VII » : pontificat du 15 au 27 septembre 1590, « after just 12 days in office » ; né 4 août 1521, Rome, fils de Cosimo Castagna de Gênes et Costanza Ricci-Giacobazzi de Rome ; oncle cardinal Girolamo Verallo ; doctorat en droit civil et canonique à Bologne ; archevêque de Rossano, gouverneur de Fano, Pérouse et Umbria, concile de Trente, nonce en Espagne (1565-1572) et à Venise (1573-1577), gouverneur de Bologne, légat en Flandre et à Cologne, cardinal-prêtre de San Marcello al Corso créé le 12 décembre 1583 par Grégoire XIII ; élu 15 septembre 1590 ; subventionna les boulangers romains pour vendre le pain sous le prix de revient, interdit le népotisme dans la curie, subventionna des travaux publics ; édit menaçant d'excommunication l'usage du tabac dans le porche ou l'intérieur des églises ; mort de malaria le 27 septembre 1590, avant son couronnement ; restes transférés à Santa Maria sopra Minerva le 21 septembre 1606 ; patrimoine de 30 000 à 32 000 écus légué à la Confrérie de l'Annunziata alla Minerva pour des dots de jeunes filles pauvres. Le 30 000 vient de Christopher F. Black, Italian Confraternities in the Sixteenth Century (Cambridge UP, 1989), p. 128 ; le 32 000, variante isolée, de Wendy Reardon, The Deaths of the Popes (McFarland, 2004), p. 198 — qui donne aussi le transfert au 21 septembre 1606. Ott, Benzoni et Black s'accordant sur 30 000, c'est ce chiffre que le corps retient. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Urban_VII.
13 17 89Sur l'interdiction de fumer attribuée à Urbain VII (1590) : la formulation traditionnelle — excommunication pour quiconque « prend du tabac sous le porche ou à l'intérieur d'une église, que ce soit en le mâchant, en le fumant dans une pipe ou en le prisant en poudre par le nez » — est rapportée par de nombreuses notices historiques (cf. Wikipedia, « Pope Urban VII » et « Tobacco control movement »). La mesure visait la dignité du culte, non la santé. À citer avec prudence : la promulgation d'une véritable bulle en douze jours de maladie est discutée, et la mesure pontificale la mieux documentée contre le tabac dans les églises est la bulle Cum ecclesiæ du pape Urbain VIII, du 30 janvier 1642, répondant à la plainte du doyen de la cathédrale de Séville et frappant d'excommunication latæ sententiæ l'usage du tabac (à mâcher, à fumer, à priser) dans les églises du diocèse de Séville — sans extension attestée à toute la chrétienté (cf. Catholic World Report, « In the Habit: A History of Catholicism and Tobacco », 9 novembre 2017, d'après le texte de la bulle). L'interdiction de 1590 appartient ainsi davantage à la mémoire populaire d'Urbain VII qu'à ses actes certifiés. Texte anglais souvent cité : « took tobacco in the porchway of or inside a church, whether it be by chewing it, smoking it with a pipe or sniffing it in powdered form through the nose ».
14 90 91 92 93« September 1590 papal conclave », notice encyclopédique d'après les relations contemporaines du conclave (en.wikipedia.org) : 54 cardinaux, conclave d'une semaine fortement influencé par les 22 cardinaux espagnols ; Castagna favorisé par Sixte V comme successeur et inscrit sur la liste des candidats agréés par Philippe II, favori dès le début ; faction opposée soutenant Marco Antonio Colonna ; cardinal Montalto (Alessandro Peretti, petit-neveu de Sixte V, vers 19 ans) à la tête des « créatures » de Sixte V, conseillé par Giustiniani, Pierbenedetti (Camerino), Aldobrandini et sa tante Camilla Peretti, inclinant vers Colonna ; principaux papabili cités : Como, Castagna, Santi Quattro, Cremona, Lancellotti, Santa Severina, Albano, San Giorgio, Pinelli, Aldobrandini, Camerino, Paleotti ; élection de Castagna le 15 septembre 1590.
21 29 68 70 72 73 75 77Lorenzo Cardella, Memorie storiche de' cardinali della Santa Romana Chiesa, Rome, Stamperia Pagliarini, 1793, t. V, p. 178-181 : notice biographique classique sur le cardinal Giambattista Castagna, futur Urbain VII, source des compilations modernes (citée par Miranda).
26Alfonso Chacón (Alphonsus Ciaconius), Vitæ et res gestæ Pontificum Romanorum et S. R. E. Cardinalium, Rome, Typis Vaticanis, 1630, col. 1750-1751 : notice contemporaine sur Urbain VII, l'une des plus anciennes sources imprimées sur sa vie et son pontificat (citée par Miranda).
27Conrad Eubel et Guglielmus van Gulik, Hierarchia Catholica Medii et Recentioris Aevi, t. III, Münster/Padoue, réimpr. 1960, p. 47, 65 et 286 : répertoire critique des dates de l'épiscopat et du cardinalat de Castagna (archevêché de Rossano, titre de San Marcello), référence d'érudition pour la chronologie ecclésiastique du XVIᵉ siècle (cité par Miranda ; cotes reprises de sa bibliographie).
28Ludwig von Pastor, The History of the Popes, from the Close of the Middle Ages. Drawn from the Secret Archives of the Vatican and Other Original Sources, vol. XXII (trad. anglaise de Ralph Francis Kerr), Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co. (rééd. Herder, Saint-Louis, 1952) — volume couvrant la fin du règne de Sixte V, le très bref pontificat d'Urbain VII, puis Grégoire XIV et Innocent IX : récit documenté du conclave de septembre 1590 (influence espagnole, factions Montalto/Colonna, élection de Castagna le 15 septembre) et de la « succession-éclair » de pontifes de 1590-1592, d'après les dépêches et les archives vaticanes. Existence et couverture du volume vérifiées (tables éditoriales) ; son récit du conclave recoupe les relations contemporaines reprises par les études modernes (voir [^conclave-1590]). Référence académique majeure pour l'histoire de la papauté post-tridentine.
30 71 109Fulgenzio Micanzio, Vita del padre Paolo Sarpi, 1646 (rééditions vénitiennes ultérieures) : biographie du théologien servite Paolo Sarpi par son disciple et ami ; source d'où provient le jugement de Sarpi sur Urbain VII, à qui il reconnaît une « mansuetudine più che umana » (« douceur plus qu'humaine »). C'est ce témoignage que reprend Benzoni dans l'Enciclopedia dei Papi (cf. [^benzoni]).
111Livre de la Sagesse 4, 11 (Vulgate : « Raptus est, ne malitia mutaret intellectum eius » — « Il a été enlevé, de peur que la malice n'altère son intelligence ») : verset que la tradition vénitienne, rapportée par Fulgenzio Micanzio, prête à Paolo Sarpi apprenant la mort subite d'Urbain VII — manière de dire que le pape fut « enlevé » avant que le pouvoir n'eût le loisir d'altérer ses vertus (cf. [^benzoni] et [^micanzio]).
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