Innocent X (Giovanni Battista Pamphilj), né à Rome le 7 mai 1574, élu pape le 15 septembre 1644, est le 236ᵉ pape de l'Église catholique. Juriste de carrière, ancien légat en France et en Espagne (1625) puis nonce en Espagne (1626-1630), il succède au flamboyant Urbain VIII et règne plus de dix ans, jusqu'à sa mort le 7 janvier 1655. Son pontificat appartient au plein âge baroque romain, celui de la place Navone et du Bernin, mais aussi à un moment de recul politique du Saint-Siège en Europe.[1][2][3][4]
Trois actes dominent son règne. En matière doctrinale, la bulle Cum occasione (31 mai 1653) condamne cinq propositions tirées de l'Augustinus de Cornelius Jansen : c'est l'acte le plus durable du pontificat, qui engage l'Église dans un siècle de querelle avec le jansénisme. En matière diplomatique, le bref Zelo Domus Dei (1648) proteste solennellement contre la paix de Westphalie — protestation que les puissances européennes ignorent. En matière politique enfin, Innocent X liquide l'héritage des Barberini et rase la ville de Castro (1649).[5][6][7]
Le règne est aussi marqué par une figure singulière : Olimpia Maidalchini, sa belle-sœur, surnommée « la papessa », dont l'influence sur les nominations et les finances alimenta le scandale dans toute l'Europe. La papauté baroque, encore minée par le népotisme, donne ici l'un de ses derniers grands portraits d'ambiguïté — fixé pour l'éternité par le portrait que Diego Velázquez peignit du pape en 1650.[8][9][10]
À sa mort, le Saint-Siège a perdu de son ascendant sur les affaires du monde, mais Rome est devenue la plus belle capitale baroque d'Europe, et l'Église dispose d'une définition doctrinale claire contre l'erreur janséniste. Innocent X laisse un pontificat contrasté, qu'il faut lire sans complaisance ni dénigrement.[11][12]
Pourquoi Innocent X compte-t-il ?
Le pape qui condamne le jansénisme
L'importance première d'Innocent X est doctrinale. Au milieu du XVIIᵉ siècle, l'Église de France est traversée par une crise grave : le mouvement né du livre posthume de Cornelius Jansen, l'Augustinus (1640), défend une doctrine rigoriste de la grâce et de la prédestination qui durcit l'augustinisme jusqu'à compromettre la liberté humaine et l'universalité du salut. En condamnant cinq propositions par la bulle Cum occasione, Innocent X tranche là où Paul V avait, un demi-siècle plus tôt, préféré imposer le silence aux deux parties, par le décret du 5 septembre 1607, sans trancher la controverse De Auxiliis.[13][14][15]
Cette décision engage le pontificat dans une histoire longue. La résistance janséniste — la distinction du droit et du fait (voir ci-dessous), le silence respectueux (se taire devant la condamnation de Rome sans s'y soumettre intérieurement), Port-Royal, les Provinciales de Blaise Pascal — occupera l'Église et la France jusqu'au XVIIIᵉ siècle. Cum occasione en est l'acte fondateur.[16][17]
Le pape d'un recul diplomatique
Le second trait du règne est un affaiblissement de la papauté sur la scène internationale. La protestation d'Innocent X contre la paix de Westphalie, qui clôt en 1648 la guerre de Trente Ans en consacrant durablement la coexistence du catholicisme et du protestantisme dans l'Empire, ne fut suivie d'aucun effet : les puissances, catholiques comprises, gouvernent désormais sans demander l'arbitrage de Rome.[18][19]
« À sa mort, le prestige pontifical avait sérieusement décliné. » — Encyclopædia Britannica, notice « Innocent X » (traduction)[20]
Le diagnostic doit être nuancé : ce recul n'est pas une faute personnelle du pape, mais l'aboutissement d'un mouvement séculaire qui voit naître l'Europe des États souverains. Innocent X en est le témoin plus que la cause.[21]
Un règne sous l'ombre de Donna Olimpia
Le troisième trait, le plus commenté, est l'emprise de la famille sur le gouvernement. Belle-sœur du pape, Olimpia Maidalchini exerça une influence considérable sur les nominations, les bénéfices et les finances. La satire européenne en fit « la papessa » ; les pamphlets protestants et français y trouvèrent une cible facile.[22][23]
Là encore, l'historien doit faire la part de la légende noire — largement nourrie par le polémiste anticatholique Gregorio Leti — et celle des faits avérés. Le népotisme d'Innocent X fut réel, comme celui de presque tous les papes de son siècle ; mais le portrait d'un pape entièrement gouverné par une femme avide relève en partie de la propagande.[24][25]
Les sources du pontificat
Le règne d'Innocent X est bien documenté : la Curie romaine, les chancelleries de France et d'Espagne, les milieux jansénistes français et la satire baroque produisent simultanément actes officiels, correspondances et pamphlets. Cette abondance impose un tri critique rigoureux, car les sources hostiles abondent.
| Source | Nature | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Saint-Siège, liste officielle des papes[26] | fiche actuelle | 236ᵉ pape, dates du pontificat, identité | Notice synthétique |
| Enciclopedia dei Papi, « Innocenzo X » (Treccani) | synthèse critique italienne | Carrière, conclave, Olimpia, Castro, mécénat | Source secondaire de référence |
| Bulle Cum occasione (31 mai 1653) | acte magistériel | Condamnation des cinq propositions jansénistes | Document doctrinal officiel |
| Bref Zelo Domus Dei (1648) | acte diplomatique | Protestation contre la paix de Westphalie | Texte officiel resté sans effet |
| L. von Pastor, Geschichte der Päpste, t. XIV | histoire monumentale des papes | Récit le plus complet du pontificat | Volume de référence érudit |
| Gregorio Leti, Vita di Donna Olimpia (1666) | pamphlet | Légende noire d'Olimpia | Source anticatholique non fiable |
| Notices encyclopédiques modernes (Britannica, Wikipédia) | synthèses générales | Repères chronologiques et bibliographiques | Niveaux de fiabilité variables |
La part de la légende noire
Le pontificat d'Innocent X a souffert plus qu'un autre de la littérature de scandale. Le Milanais Gregorio Leti, prolifique pamphlétaire passé au protestantisme, publia en 1666 une Vie de Donna Olimpia qui fit le tour de l'Europe et fixa durablement l'image d'un pape veule, dominé par une belle-sœur avide. L'historien Leopold von Ranke a montré que ces récits, écrits pour discréditer Rome, mêlent faits réels et inventions.[27][28]
« L'avarice de sa conseillère donna à son règne un ton d'oppression et de cupidité sordide. » — Encyclopædia Britannica (9ᵉ édition, 1880), reprenant la tradition hostile[29]
La méthode honnête consiste à croiser les pamphlets avec les actes officiels, les dépêches diplomatiques et l'histoire critique moderne — notamment la monumentale Histoire des papes de Ludwig von Pastor, dont le tome consacré à Innocent X reste l'ouvrage de référence à partir des archives vaticanes.[30][31]
Avant le pontificat : un juriste de la maison Pamphilj
La famille Pamphilj
Les Pamphilj sont une famille romaine d'origine ombrienne, établie à Rome dès la fin du XVᵉ siècle autour du Palazzo Pasquino, près de la future place Navone. Giovanni Battista naît le 7 mai 1574, fils de Camillo Pamphilj et de Flaminia del Bufalo.[32][33] Son oncle, le cardinal Girolamo Pamphilj, ouvre au jeune homme la voie de la Curie.
La maison Pamphilj n'a pas le prestige des grandes lignées romaines ; comme les Aldobrandini de Clément VIII, le futur pape devra son ascension à sa compétence juridique plus qu'à un réseau familial puissant.
La carrière curiale et les nonciatures
Docteur en droit de la Sapienza de Rome, Giovanni Battista Pamphilj gravit les degrés de l'administration pontificale. Avocat consistorial, il devient en 1604 auditeur de la Rote — la haute juridiction de l'Église — où il succède à son oncle.[34][35] Sa réputation de juriste sûr le désigne pour la diplomatie.
Il est successivement nonce à Naples (1621-1625) — un nonce est l'ambassadeur du pape auprès d'un souverain —, puis accompagne le cardinal Francesco Barberini, neveu d'Urbain VIII, dans une légation en France et en Espagne (1625). En janvier 1626, il est fait patriarche latin titulaire d'Antioche, puis envoyé comme nonce à la cour de Philippe IV d'Espagne (1626-1630).[36][37] Ces années espagnoles forgent sa réputation d'homme proche de Madrid — réputation qui pèsera sur le conclave de 1644.
Le cardinalat (1629)
Urbain VIII crée Pamphilj cardinal in pectore en 1627, puis le proclame publiquement en 1629.[38][39] Le futur Innocent X est alors un prélat de soixante ans, rompu au droit et à la diplomatie, mais discret et sans éclat : exactement le profil d'un candidat de compromis.
Le conclave de 1644 : un compromis contre la France
La mort d'Urbain VIII et l'héritage barberinien
Urbain VIII (Maffeo Barberini) meurt le 29 juillet 1644, après vingt et un ans d'un pontificat fastueux et dynastique. Ses neveux, les cardinaux Francesco et Antonio Barberini et le préfet Taddeo Barberini, ont accumulé charges, bénéfices et fortunes immenses, et conduit la papauté dans la désastreuse première guerre de Castro contre les Farnèse.[40][41] Le conclave qui s'ouvre va d'abord être un règlement de comptes avec ce clan.
Factions espagnole et française
Le conclave dure trente-sept jours, du 9 août au 15 septembre 1644.[42][43] Le Sacré Collège se partage en plusieurs camps : une faction austro-espagnole et une importante faction française, conduite par les Barberini eux-mêmes, désormais inféodés au cardinal Mazarin, ministre de la régente Anne d'Autriche.
Les Français soutiennent d'abord Giulio Cesare Sacchetti, ami des Barberini, mais sa candidature n'obtient jamais une majorité suffisante. Pamphilj, réputé proche de l'Espagne, devient le nom de conciliation que les Français redoutent sans pouvoir l'écarter.[44][45]
L'élection du 15 septembre 1644 et le veto trop tardif
Le 15 septembre 1644, le cardinal Pamphilj est élu avec quarante-huit suffrages selon Treccani — une large majorité que Pastor confirme (cinq voix contre seulement) — et prend le nom d'Innocent X. Il est couronné le 4 octobre 1644.[46][47] Le veto de la France contre Pamphilj, porté par Mazarin, fut sans effet : averti tardivement par son ambassadeur des dispositions du Sacré Collège, Mazarin ne déclara son opposition absolue que le 19 septembre, alors que l'élection était acquise depuis le 15 — et sa réponse ne pouvait de toute façon parvenir à Rome avant le 23 septembre, si bien qu'Antonio Barberini avait conclu sans l'attendre.[48][49]
L'épisode est lourd de sens : il inaugure un pontificat sur un malentendu diplomatique avec la France, et annonce les tensions qui marqueront le règne, depuis l'affaire des Barberini jusqu'à la querelle janséniste.
L'affaire des Barberini
Le procès des neveux d'Urbain VIII
À peine élu, Innocent X ouvre une enquête contre les Barberini, accusés d'avoir détourné les fonds publics pendant la guerre de Castro et le pontificat précédent. La Chambre apostolique réclame des comptes ; la menace de procès et de confiscation pèse sur les anciens maîtres de Rome.[50][51] Le geste est populaire : il marque la volonté du nouveau pape de rompre avec les excès du règne barberinien.
La fuite en France et la protection de Mazarin
Acculés, les cardinaux Antonio puis Francesco Barberini et Taddeo fuient à Paris au début de 1646, où Mazarin les prend sous sa protection. Le 19 février 1646, Innocent X publie un bref menaçant de la perte de leurs bénéfices et de la dignité cardinalice les cardinaux qui quittent les États pontificaux sans autorisation.[52][53]
La riposte française est immédiate : le Parlement de Paris déclare le bref nul dans le royaume, et Mazarin menace d'envoyer des troupes en Italie. Devant ce rapport de forces, Innocent X cède.[54] L'affaire illustre la nouvelle donne : Rome ne peut plus imposer sa volonté à une grande monarchie catholique.
La réconciliation
La paix se fait par un mariage. Le fils de Taddeo, Maffeo Barberini, épouse Olimpia Giustiniani, nièce du pape : l'alliance scelle le retour en grâce du clan, qui récupère ses biens.[55][56] Le pape qui avait voulu briser les Barberini finit par les intégrer à sa propre parentèle — preuve que la logique dynastique l'emportait encore sur la réforme.
Donna Olimpia Maidalchini, la « papessa »
Une belle-sœur au cœur du pouvoir
Olimpia Maidalchini (vers 1591-1657), originaire de Viterbe, avait épousé en secondes noces Pamphilio Pamphilj, frère du futur pape. Veuve et riche, dotée d'un caractère de fer, elle devint sous le pontificat la conseillère la plus écoutée d'Innocent X.[57][58] Le 7 octobre 1645, elle reçoit le titre de « princesse de San Martino » ; un bref du 14 novembre 1645 érige San Martino al Cimino en principauté.[59][60]
« Quand des charges devenaient vacantes à la cour, rien ne se décidait sans son bon plaisir. » — témoignage contemporain sur Olimpia Maidalchini[61]
Népotisme et tensions familiales
Le gouvernement domestique d'Innocent X fut marqué par les rivalités. Le pape créa cardinal son neveu Camillo Pamphilj et le nomma surintendant ; mais Camillo renonça à la pourpre en 1647 pour se marier, ce qui provoqua sa disgrâce et accrut le poids d'Olimpia.[62][63] Le jeune Francesco Maidalchini, neveu d'Olimpia élevé au cardinalat, se révéla en revanche incapable dans le rôle de cardinal-neveu.
Loin du cliché d'une emprise sans partage, les sources montrent un pape qui éloigne par moments sa belle-sœur — notamment à l'automne 1649 — avant de la rappeler. Le népotisme d'Innocent X fut donc réel, mais instable et contesté au sein même de sa maison.[64]
La part de la légende
L'image de la « papessa » toute-puissante doit beaucoup à la satire. Les pamphlets, et surtout la Vie de Donna Olimpia de Gregorio Leti (1666), ont noirci à plaisir un népotisme féminin qui scandalisait l'Europe. Von Ranke a établi qu'Olimpia ne fut pas la maîtresse du pape, contrairement aux insinuations des libelles.[65][66] La réalité historique est plus banale et plus triste : celle d'une parentèle exerçant une influence considérable au cœur d'une papauté qui n'avait pas encore aboli le népotisme — et non, comme le prétendait la satire, celle d'un pape entièrement gouverné par une femme avide.
La seconde guerre de Castro (1649)
Le conflit avec les Farnèse
Le duché de Castro, fief des Farnèse ducs de Parme dans le nord du Latium, était l'objet d'un vieux contentieux avec le Saint-Siège, déjà cause d'une première guerre sous Urbain VIII. Innocent X hérite du litige avec le duc Ranuccio II Farnèse, lourdement endetté envers les créanciers romains.[67][68]
Le meurtre de l'évêque Giarda et la destruction de Castro
En 1649, l'affaire dégénère. Le nouvel évêque de Castro, Cristoforo Giarda, est assassiné sur la route de son diocèse. Innocent X en accuse Ranuccio II et envoie une armée d'environ cinq mille hommes assiéger la ville — Pastor précise 4 000 fantassins et 1 000 cavaliers.[69][70][71] Le 2 septembre 1649, les troupes pontificales rasent Castro : fortifications, palais et même églises sont détruits pour effacer tout lien entre la cité et la papauté.[72][73]
« Ici fut Castro. » — inscription de la colonne dressée par les troupes pontificales sur les ruines de la ville[74]
Sur les décombres, une colonne porte l'inscription « Qui fu Castro ». La destruction met fin à plusieurs siècles d'autonomie féodale dans cette région des États pontificaux ; elle illustre aussi la dureté d'un pape résolu à imposer son autorité temporelle.
La condamnation du jansénisme : Cum occasione (1653)
Genèse de la querelle
La crise naît d'un livre. L'évêque d'Ypres Cornelius Jansen (Jansénius) laisse à sa mort un vaste traité, l'Augustinus (publié en 1640), qui prétend restituer la pure doctrine de saint Augustin sur la grâce, la liberté et la prédestination. Ses disciples français — l'abbé de Saint-Cyran, Antoine Arnauld, le monastère de Port-Royal — en font le manifeste d'un catholicisme rigoriste.[75][76]
Inquiète, une partie de la Sorbonne réagit. Dès juillet 1649, le syndic Nicolas Cornet isole cinq propositions réputées résumer l'erreur de l'Augustinus ; au début de 1651, l'évêque de Vabres Isaac Habert, rejoint par soixante-dix-huit autres évêques français, les défère à Rome.[77] Innocent X confie l'examen à une commission de cardinaux et de théologiens, qui travaille plusieurs années avant de conclure.[78][79]
Les cinq propositions condamnées
Le 31 mai 1653, la bulle Cum occasione condamne les cinq propositions. Les quatre premières sont déclarées hérétiques sans réserve ; la cinquième l'est dans le sens où elle nierait que le Christ est mort pour tous les hommes.[80][81] En substance, les propositions soutenaient :
- que certains commandements de Dieu sont impossibles à observer pour les justes, faute de la grâce nécessaire ;
- que dans l'état de nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure ;
- que pour mériter ou démériter, il suffit d'être libre de toute contrainte extérieure, sans liberté à l'égard de la nécessité intérieure ;
- que les semi-pélagiens erraient en admettant que la grâce prévenante puisse être suivie ou rejetée par la volonté ;
- qu'il serait semi-pélagien de dire que le Christ est mort pour tous les hommes.[82]
La condamnation défend deux vérités que l'Église maintient ensemble : la réalité du libre arbitre et l'universalité de la volonté salvifique de Dieu, contre un augustinisme durci qui sacrifiait l'une et l'autre.[83][84]
La distinction du droit et du fait
Les jansénistes ne se soumirent pas franchement. Ils inventèrent la fameuse distinction du droit et du fait : ils acceptaient que les cinq propositions fussent hérétiques (le droit), mais niaient qu'elles se trouvassent réellement dans l'Augustinus (le fait). Cette échappatoire prolongea la querelle bien au-delà du pontificat : elle conduira aux formulaires de signature, aux Lettres provinciales de Blaise Pascal, et finalement à la destruction de Port-Royal sous Louis XIV.[85][86]
Pour l'analyse théologique complète de cette crise et de ses suites, voir l'article Le jansénisme ; sur la querelle de la grâce qui la précède, voir la controverse De Auxiliis.
Zelo Domus Dei : la protestation contre la paix de Westphalie
La fin de la guerre de Trente Ans
En 1648, les traités de Westphalie mettent fin à la guerre de Trente Ans qui ravageait l'Empire depuis 1618. Pour obtenir la paix, ils consacrent durablement la coexistence du catholicisme, du luthéranisme et du calvinisme dans le Saint-Empire, et entérinent la sécularisation de nombreux biens d'Église passés aux princes protestants.[87][88] Le nonce Fabio Chigi — futur Alexandre VII — y avait représenté le Saint-Siège sans pouvoir infléchir les négociations.
Le bref du 26 novembre 1648 et son inefficacité
Innocent X riposte par le bref Zelo Domus Dei (« par zèle pour la maison de Dieu » — un bref est une lettre officielle du pape, de solennité moindre qu'une bulle, l'acte le plus solennel du pontife), qui proteste solennellement contre les clauses religieuses de la paix et les déclare nulles. Daté du 26 novembre 1648, le texte ne fut rendu public que le 20 août 1650, soit près de deux ans plus tard, pour préserver d'éventuelles revendications sur les biens confisqués.[89][90][91] Une thèse documentée soutient que le bref fut en réalité rédigé en 1650 puis antidaté au 26 novembre 1648.[92]
« Par zèle pour la maison de Dieu… » — incipit du bref Zelo Domus Dei (1648)[93]
La protestation resta lettre morte : ni les puissances catholiques ni les protestantes n'en tinrent compte. Westphalie marque ainsi le moment où l'Europe des États souverains s'émancipe de l'arbitrage pontifical — un tournant que le règne d'Innocent X enregistre sans pouvoir l'empêcher.[94][95]
Le gouvernement de l'Église et la diplomatie
L'Irlande confédérée et le nonce Rinuccini
Innocent X soutint la cause de l'Irlande catholique révoltée contre la couronne anglaise. Il envoya comme nonce Giovanni Battista Rinuccini, archevêque de Fermo, porteur d'armes, de poudre et d'argent pour la Confédération de Kilkenny.[96] La mission échoua : divisée, la Confédération fut écrasée par Cromwell, et Rinuccini rentra à Rome en 1649 après quatre ans d'efforts vains. L'épisode témoigne d'une papauté encore active dans la défense des catholiques persécutés, mais désormais impuissante face aux grandes puissances.
Le Portugal et l'Espagne
Fidèle à ses anciennes attaches espagnoles, Innocent X refusa de reconnaître l'indépendance du Portugal, proclamée en 1640 sous la maison de Bragance. Ce choix, favorable aux Habsbourg, priva longtemps l'Église portugaise d'évêques confirmés par Rome.[97][98] Il montre les limites d'une diplomatie pontificale tiraillée entre les couronnes catholiques rivales.
Le jubilé de 1650
Le sommet spirituel du règne fut l'Année sainte 1650. Le jubilé attira à Rome une foule immense de pèlerins venus de toute l'Europe, malgré les guerres. Le pape multiplia les œuvres de charité et les cérémonies, et l'événement contribua à la régénération visible de la Ville, alors en plein renouveau baroque.[99][100] Le jubilé fut aussi l'occasion d'achever et d'embellir les grands chantiers de la place Navone.
Les missions et l'université de Manille
Sur le terrain missionnaire, Innocent X éleva au rang d'université le collège dominicain de Santo Tomás de Manille (1645) — titre en vertu duquel l'université se présente comme détentrice de la plus ancienne charte universitaire subsistante d'Asie, un titre que lui dispute l'université San Carlos de Cebu, qui fait remonter ses origines à 1595 mais ne devint université qu'en 1948.[101] Le geste rappelle que, derrière les crises européennes, la papauté du XVIIᵉ siècle restait une puissance missionnaire mondiale.
Rome baroque : le mécénat Pamphilj
La place Navone, cœur du pontificat
Le grand héritage matériel d'Innocent X est la transformation de la place Navone en théâtre baroque de la gloire familiale. Le pape y fit agrandir le Palazzo Pamphilj (décoré par Pietro da Cortona), bâtir l'église Sant'Agnese in Agone et ériger trois fontaines.[102][103] La place devint la vitrine d'une dynastie pontificale au faîte de sa puissance.
Bernin, Borromini et la fontaine des Quatre-Fleuves
La pièce maîtresse est la fontaine des Quatre-Fleuves (Fontana dei Quattro Fiumi), confiée au Bernin par contrat du 16 juillet 1648 et inaugurée en 1651 : un obélisque antique porté par quatre figures fleuves — le Danube, le Gange, le Nil et le Rio de la Plata — symbolisant les continents évangélisés.[104][105] L'église Sant'Agnese in Agone, commencée par les Rainaldi puis reprise par Francesco Borromini, dresse en face sa façade concave : c'est l'un des duels les plus célèbres de l'art baroque, entre le Bernin et son rival Borromini.
Le portrait de Velázquez (1650)
Pendant le jubilé de 1650, le peintre espagnol Diego Velázquez réalise à Rome le portrait d'Innocent X, aujourd'hui à la galerie Doria Pamphilj. Le visage rouge, le regard méfiant, la puissance inquiète du modèle en font l'un des plus grands portraits de l'histoire de la peinture.[106][107] La tradition rapporte que le pape, devant tant de vérité, aurait murmuré :
« Trop vrai. » — mot attribué à Innocent X devant son portrait par Velázquez[108]
Le tableau inspirera, trois siècles plus tard, les célèbres « papes hurlants » de Francis Bacon : preuve qu'au-delà des querelles de son temps, Innocent X est entré dans la mémoire universelle par l'art.
Mort et postérité
Les dernières années
Les dernières années du règne sont assombries par la maladie — la goutte — et par les intrigues de la maison Pamphilj autour de la succession. La santé du pape décline à partir d'août 1654.[109][110] Il s'éteint dans la nuit du 6 au 7 janvier 1655, au palais du Quirinal : les cardinaux avaient été convoqués à son chevet, et à l'instant de la mort seuls étaient présents le cardinal Fabio Chigi, son secrétaire d'État et futur successeur, avec le P. Oliva, selon Pastor.[111][112][113]
La mort et le scandale des funérailles
La mort d'Innocent X donna lieu à l'un des épisodes les plus tristes de l'histoire pontificale. Selon des récits contemporains, Olimpia Maidalchini refusa de payer les funérailles de son beau-frère, alléguant sa pauvreté ; le corps serait resté plusieurs jours sans sépulture décente, avant qu'un ancien serviteur ne finançât une bière modeste.[114][115]
Ce récit doit être reçu avec prudence : il provient en partie de la littérature hostile de Gregorio Leti, et les historiens débattent de son exactitude. Mais l'épisode, vrai ou amplifié, résume la solitude finale d'un pape dont le règne avait été dominé par les calculs de sa parentèle.[116][117]
Le conclave de 1655 et Alexandre VII
Le long conclave de 1655 porta finalement au trône le cardinal Fabio Chigi, qui prit le nom d'Alexandre VII (élu le 7 avril 1655).[118][119] Ancien nonce à Westphalie, Chigi fut élu notamment parce que le conclave le croyait fermement opposé au népotisme : la première année, il interdit à ses parents de venir à Rome, avant de leur confier dès 1656 charges, palais et offices.[120]
- 7 mai 1574Naissance à Romefamille Pamphilj de Gubbio
Giovanni Battista Pamphilj naît dans une famille romaine d'origine ombrienne, près de la place Navone.
- 1604Auditeur de la Rotehaute juridiction de l'Église
Juriste de la Sapienza, il succède à son oncle à la Rote et entre dans la haute administration pontificale.
- 1621-1630NonciaturesNaples, France, Espagne
Nonce à Naples puis à la cour de Philippe IV d'Espagne, il acquiert une réputation d'homme proche de Madrid.
- 1629Créé cardinalpar Urbain VIII
Cardinal in pectore dès 1627, il est proclamé publiquement en 1629.
- 15 septembre 1644Élu papele veto de Mazarin arrive trop tard
Après un conclave de trente-sept jours, il l'emporte avec, selon Treccani, quarante-huit suffrages — Pastor confirme une large majorité (cinq voix contre seulement) — et prend le nom d'Innocent X.
- 1646Affaire des Barberinifuite à Paris, protection de Mazarin
Le procès des neveux d'Urbain VIII tourne court face à la menace française.
- 1648Zelo Domus Deiprotestation contre Westphalie
Le pape condamne en vain les clauses religieuses de la paix qui clôt la guerre de Trente Ans.
- 2 septembre 1649Destruction de Castroguerre contre les Farnèse
Après le meurtre de l'évêque Giarda, les troupes pontificales rasent la ville.
- 1650Jubilé de l'Année sainteRome baroque et Velázquez
Le jubilé attire des foules ; Velázquez peint le portrait du pape.
- 31 mai 1653Cum occasionecondamnation du jansénisme
La bulle condamne cinq propositions tirées de l'Augustinus de Jansen.
- 7 janvier 1655Mort au Quirinaldix ans de pontificat
Innocent X s'éteint ; lui succède Alexandre VII.
Sépulture à Sant'Agnese in Agone
Après une première inhumation modeste à Saint-Pierre, les restes d'Innocent X furent transférés dans l'église Sant'Agnese in Agone, sur la place Navone, à côté du palais familial — transfert attesté le 4 janvier 1677 par Pastor, d'après Cancellieri.[121][122] Un monument funéraire y fut élevé : le pape repose ainsi au cœur même du décor baroque qu'il avait fait surgir, entre la fontaine du Bernin et la façade de Borromini.
Bilan du pontificat
Le règne d'Innocent X est contrasté. Sur le plan doctrinal, il laisse à l'Église une définition claire contre le jansénisme — son acte le plus durable. Sur le plan politique, il enregistre le recul de l'arbitrage pontifical en Europe, consacré par Westphalie. Sur le plan moral, le népotisme et l'emprise de la famille ternissent son image, sans qu'il faille pour autant accepter la légende noire de la « papessa ».[123][124]
Reste l'éclat de Rome baroque : la place Navone, Sant'Agnese, la fontaine des Quatre-Fleuves et le portrait de Velázquez suffisent à inscrire ce pape juriste et taciturne dans la mémoire universelle — bien au-delà des querelles de son siècle.
Pour aller plus loin
- Le jansénisme — l'erreur condamnée par la bulle Cum occasione en 1653.
- Pape Urbain VIII — son prédécesseur, dont il liquide l'héritage barberinien.
- Pape Alexandre VII — son successeur, ancien nonce à Westphalie.
- Pape Paul V — la controverse De Auxiliis sur la grâce (décret du 5 septembre 1607), que la querelle janséniste prolonge.
- La paix de Westphalie — les traités de 1648 contre lesquels protesta Zelo Domus Dei.
- La Contre-Réforme catholique — le grand cadre dans lequel s'inscrit le pontificat.
- Les États pontificaux — le domaine temporel où se joue la guerre de Castro.
- Le pari de Pascal — Blaise Pascal, défenseur de Port-Royal dans la querelle janséniste.
Notes et références
« Innocenzo X », Enciclopedia dei Papi (2000), Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani : Giovanni Battista Pamphilj né à Rome le 7 mai 1574, mère Flaminia del Bufalo, famille d'origine ombrienne (Gubbio) installée au Palazzo Pasquino ; doctorat en droit à la Sapienza ; auditeur de Rote (1604), nonce à Naples (1621-1625), nonce en Espagne (1626-1630), patriarche titulaire (1626), cardinal in pectore en 1627 et publié en 1629 ; conclave de trente-sept jours et élection le 15 septembre 1644 avec quarante-huit suffrages ; veto français sans effet — Mazarin, averti tardivement par son ambassadeur, ne déclare son opposition que le 19 septembre, trop tard ; népotisme (Camillo Pamphilj, Olimpia Maidalchini) ; affaire Barberini (exil en France en janvier 1646, confiscation en février 1646) ; guerre de Castro (cinq mille soldats, destruction le 2 septembre 1649) ; Zelo Domus Dei contre Westphalie (1648) ; Cum occasione (31 mai 1653) ; mécénat de la place Navone (fontaine des Quatre-Fleuves confiée au Bernin le 16 juillet 1648, Sant'Agnese in Agone, portrait de Velázquez) ; mort le 7 janvier 1655. https://www.treccani.it/enciclopedia/innocenzo-x_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
1 5 10 11 21 23 30 32 35 36 38 41 42 45 46 48 51 53 56 58 59 62 64 68 70 73 88 91 95 98 99 102 104 106 110 113 119 123« Innocent X », Wikipédia en français, version consultée le 10 juin 2026 : 236ᵉ pape, Giovanni Battista Pamphilj, naissance à Rome (1574), carrière de juriste et de nonce, élection en 1644 malgré l'opposition française, influence d'Olimpia Maidalchini, affaire des Barberini, Zelo Domus Dei contre la paix de Westphalie, condamnation du jansénisme par Cum occasione (1653), portrait de Velázquez (1650), mort le 7 janvier 1655. https://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_X.
2 14 33 76"Innocent X", Encyclopædia Britannica, notice « Innocent X », édition 2001 Standard Edition : né le 7 mai 1574 à Rome, élu pape le 15 septembre 1644 en succession d'Urbain VIII ; pontificat dominé par sa belle-sœur Olimpia Maidalchini ; condamnation de la paix de Westphalie (1648) restée sans effet ; attaque contre les Barberini ; refus de reconnaître l'indépendance du Portugal ; reculade devant Mazarin ; bulle de 1653 condamnant cinq propositions du jansénisme et ouvrant un siècle de controverse particulièrement dommageable pour l'Église de France ; phrase originale : « By the time of Innocent's death, papal prestige had seriously declined », citée en français dans le corps de l'article (traduction). Édition et phrase vérifiées à l'identique le 4 octobre 2026 via plusieurs citations indépendantes (« Innocent X », Britannica 2001 Standard Edition CD-ROM, © 1994-2001 Britannica.com Inc.), l'édition en ligne étant protégée contre l'accès automatisé. https://www.britannica.com/biography/Innocent-X.
3 8 12 17 19 20 29 84 86 90 94 97 124« Innocenzo X », La Santa Sede (vatican.va), fiche officielle de la liste des papes : « 236° Papa della Chiesa Cattolica », pontificat 15.IX/4.X.1644 – 7.I.1655, nom séculier Giovanni Battista Pamphilj, naissance à Rome. Page consultée le 4 octobre 2026. https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/innocenzo-x.html.
4 26"Pope Innocent X", Wikipedia en anglais, version consultée le 10 juin 2026 puis revérifiée le 4 octobre 2026 : naissance le 7 mai 1574 à Rome, formation au Collegio Romano, auditeur de la Rote (1604), nonce à Naples — la notice indique « 1623 », date erronée : Treccani établit la nomination au 26 mars 1621 et le rappel en mars 1625 —, légation en France et en Espagne avec Francesco Barberini (1625), patriarche latin titulaire d'Antioche (janvier 1626), nonce en Espagne (1626), cardinal (1629) ; conclave du 9 août au 15 septembre 1644, faction française des Barberini favorable à Sacchetti, veto français arrivé après l'élection du 15 septembre 1644 (formule reprise et traduite dans le corps avant correction : « Mazarin, bearing the French veto of Pamphili, arrived too late, and the election was accomplished ») ; affaire Barberini (fuite à Paris, bref du 19 février 1646, capitulation devant Mazarin, mariage Maffeo Barberini–Olimpia Giustiniani) ; destruction de Castro le 2 septembre 1649 ; Zelo Domus Dei contre Westphalie (antidaté à 1648) ; Cum occasione (1653) condamnant cinq propositions de l'Augustinus ; soutien à l'Irlande confédérée (nonce Rinuccini), refus de reconnaître l'indépendance du Portugal ; jubilé de 1650 ; portrait de Velázquez et anecdote « troppo vero » ; place Navone, Sant'Agnese in Agone, fontaine du Bernin ; université de Santo Tomás (Manille) ; mort dans la nuit du 6 au 7 janvier 1655 au Quirinal, assisté de Fabio Chigi ; sépulture à Sant'Agnese in Agone ; successeur Alexandre VII. https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Innocent_X.
6 18 25 34 37 39 40 43 44 50 52 54 55 63 87 89 93 96 100 101 103 108 109 112 115 117 118 122Bulle Cum occasione (Innocent X, 31 mai 1653), constitution apostolique condamnant cinq propositions tirées de l'Augustinus de Cornelius Jansen : les quatre premières déclarées hérétiques, la cinquième hérétique au sens où elle nierait que le Christ est mort pour tous les hommes. Synthèse d'après « Cum occasione », Wikipedia (en anglais), et Bernard Otten, A Manual of the History of Dogmas, consultés le 10 juin 2026 : contexte de l'Augustinus (1640), dénonciation des cinq propositions à la Sorbonne, commission romaine, distinction janséniste du droit et du fait, suites (formulaires, Lettres provinciales de Pascal, Port-Royal). https://en.wikipedia.org/wiki/Cum_occasione.
7 13 16 75 78 80 82 83 85"Olimpia Maidalchini", Wikipedia (en anglais), consulté le 10 juin 2026 puis revérifié le 4 octobre 2026 : née à Viterbe le 26 mai 1591 — date établie par les registres baptismaux de l'archivio vescovile de Viterbe, cités par sa biographe Eleanor Herman (Mistress of the Vatican, 2008) ; le site officiel de la Galleria Doria Pamphilj (page « Biographies — Rome », consultée le 4 octobre 2026) donne quant à lui « Viterbo 26.5.1592 – S. Martino al Cimino 26.9.1657 », et Pastor (vol. XXX) indique 1594 — ; pour le décès à San Martino al Cimino, Wikipedia et Herman donnent le 27 septembre 1657 tandis que la Galleria Doria Pamphilj donne le 26 septembre 1657 (« 26.9.1657 ») : désaccord d'un jour non tranché —, belle-sœur d'Innocent X (veuve de son frère Pamphilio Pamphilj) ; influence sur les nominations et les bénéfices, surnom « la papessa » ; titre de princesse de San Martino (7 octobre 1645) ; allégations (issues en partie de Gregorio Leti, Vita di Donna Olimpia, 1666) selon lesquelles elle aurait refusé de payer les funérailles du pape, le corps restant plusieurs jours sans sépulture décente, un ancien serviteur finançant la bière ; von Ranke conclut qu'elle ne fut pas la maîtresse du pape ; débat historiographique sur la fiabilité de ces récits. https://en.wikipedia.org/wiki/Olimpia_Maidalchini.
9 22 24 27 57 60 61 65 114 116« Congregatio de Auxiliis », Catholic Encyclopedia (1913) : après la mort de Clément VIII (mars 1605), Paul V reprit les congrégations De Auxiliis et, par le décret communiqué le 5 septembre 1607 aux dominicains comme aux jésuites, autorisa chaque partie à défendre sa doctrine, interdit toute censure mutuelle et imposa d'attendre la décision finale du Siège apostolique — sans trancher le fond. https://www.newadvent.org/cathen/04238a.htm.
15Leopold von Ranke, The Ecclesiastical and Political History of the Popes of Rome during the Sixteenth and Seventeenth Centuries, trad. de l'allemand par Sarah Austin, t. III, Londres, John Murray, 1840 (orig. allemand Die römischen Päpste in den letzten vier Jahrhunderten) : appendice « Remarks upon Gualdi's Vita di Donna Olimpia Maldachina 1666 », pp. 284-285 — Ranke y affirme « with perfect confidence that there is not one syllable of truth » au sujet de la liaison prêtée à Olimpia avec le futur pape, ne trouve « no trace of undue familiarity existing between the pope and his sister-in-law » et juge l'ouvrage de Leti « a novel, spun out of apocryphal tales ». Texte vérifié le 4 octobre 2026 sur archive.org.
28 66Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. XXX (Innocent X, 1644-1655), trad. E. Graf, Londres, Kegan Paul, Trench, Trubner & Co., 1940 (orig. allemand Geschichte der Päpste seit dem Ausgang des Mittelalters, Herder, Fribourg) : élection du 15 septembre 1644 à une large majorité — seuls votèrent contre les cardinaux français Valençay et Richelieu ainsi que Bichi, Grimaldi et Maculano — après l'accord conclu par Antonio Barberini sans attendre la réponse de Mazarin, qui ne pouvait parvenir à Rome avant le 23 septembre ; meurtre de l'évêque Giarda le 18 mars 1649, puis concentration contre Castro de 4 000 fantassins et 1 000 cavaliers et capitulation le 2 septembre ; derniers moments du pape — seuls le cardinal Chigi et le P. Oliva présents à la mort, le 7 janvier 1655 ; corps transféré de Saint-Pierre à Sant'Agnese in Agone le 4 janvier 1677 (d'après Cancellieri, Mercato, et l'Avviso du 9 janvier 1677). Texte vérifié le 4 octobre 2026 sur archive.org.
31 47 49 71 111 121"Wars of Castro" et "Ranuccio II Farnese", Wikipedia (en anglais), consultés le 10 juin 2026 : litige entre la papauté et les Farnèse ducs de Parme au sujet du duché de Castro ; assassinat de l'évêque Cristoforo Giarda en route vers Castro (1649) ; Innocent X accuse Ranuccio II Farnèse, assiège la ville et la rase le 2 septembre 1649 (fortifications, palais Farnèse et églises détruits) ; colonne portant l'inscription « Qui fu Castro » dressée sur les ruines. L'inscription est corroborée par J. McClintock et J. Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature, art. « Innocent X » : la ville prise, le pape « ordered the town to be razed to the foundations, and a pillar erected on the site, with the inscription "Qui fu Castro" ». https://en.wikipedia.org/wiki/Wars_of_Castro.
67 69 72 74« Cum Occasione », New Catholic Encyclopedia (Encyclopedia.com), consulté le 16 juin 2026 : les cinq propositions furent isolées pour la première fois en juillet 1649 par Nicolas Cornet, syndic de la faculté de théologie de la Sorbonne ; au début de 1651, l'évêque de Vabres Isaac Habert, rejoint par soixante-dix-huit autres évêques français, les déféra au Saint-Siège, ce qui déclencha l'examen romain conclu par la bulle Cum occasione (31 mai 1653). https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/cum-occasione.
77 79Heinrich Denzinger, Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, éd. P. Hünermann (et al.), Compendium of Creeds, Definitions, and Declarations on Matters of Faith and Morals, 43ᵉ éd., San Francisco, Ignatius Press, 2012, nn. 2001-2007 (DH 2001-2007) : texte de la constitution Cum occasione d'Innocent X (31 mai 1653) condamnant les cinq propositions tirées de l'Augustinus de Jansénius ; les quatre premières sont déclarées hérétiques, la cinquième fausse et hérétique « en un sens spécial ». Numérotation contrôlée le 4 octobre 2026 sur trois sources concordantes : New Catholic Encyclopedia, art. « Cum Occasione » (éd. A. Schönmetzer, Fribourg, 1963, « 2001–07 ») ; Wikipedia « Cum occasione » (Denzinger 2012, nn. 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005 pour chacune des cinq propositions) ; Wikipedia allemande « Cum occasione » (Enchiridion 40ᵉ éd., 2005, p. 614 s., DH 2005 pour la cinquième proposition). https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/cum-occasione.
81« Catholics and the Peace of Westphalia », Theological Studies 9.4.7 : « Innocent X approved of Chigi's protest and eventually in 1650 issued a Brief of protest, Zelo Domus Dei, which was retrodated to 1648 » — thèse de la rédaction en 1650 avec antidate au 26 novembre 1648, reprise par « Pope Innocent X », Wikipedia (en anglais) : « In 1650 Innocent X issued the papal brief Zelo Domus Dei against the Peace of Westphalia, and backdated it to 1648 in order to preserve potential claims for confiscated land and property ». http://www.ts.mu.edu/content/9/9.4/9.4.7.pdf et https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Innocent_X.
92« Fontana dei Quattro Fiumi » (Fontaine des Quatre-Fleuves), Piazza Navona, Rome : œuvre du Gian Lorenzo Bernini, commandée par Innocent X (contrat du 16 juillet 1648) et inaugurée en 1651 ; un obélisque antique repose sur un socle rocheux portant quatre dieux-fleuves personnifiant le Danube (Europe), le Gange (Asie), le Nil (Afrique, voilé car sa source est alors inconnue) et le Rio de la Plata (Amérique). D'après les notices encyclopédiques Fontana dei Quattro Fiumi (Wikipedia / Treccani), consultées le 16 juin 2026. https://en.wikipedia.org/wiki/Fontana_dei_Quattro_Fiumi.
105Diego Velázquez, Ritratto di Innocenzo X (1650), huile sur toile, Galleria Doria Pamphilj, Rome : portrait exécuté à Rome pendant le séjour italien de Velázquez (jubilé de 1650), conservé dans la collection de la famille du pape ; la tradition rapporte le mot « troppo vero » (« trop vrai ») et l'œuvre est tenue pour l'un des sommets du portrait européen, à l'origine des Study after Velázquez's Portrait of Pope Innocent X de Francis Bacon. D'après la notice de la Galleria Doria Pamphilj et les notices encyclopédiques sur le tableau, consultées le 16 juin 2026.
107« Pope Alexander VII », Catholic Encyclopedia (1913), et « Alexander VII », Encyclopædia Britannica (11ᵉ éd., 1911) : le conclave de 1655 crut Chigi fermement opposé au népotisme alors en vigueur ; la première année de son règne, Alexandre VII interdit à ses parents même de venir à Rome, mais dès 1656 il leur confia les charges civiles et ecclésiastiques les mieux rétribuées, avec palais et domaines. https://www.newadvent.org/cathen/01239a.htm.
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