Pape saint Urbain I (222-230)

Dix-septième pape de l'Église catholique, saint Urbain I gouverne Rome entre Calixte I et Pontien, dans une paix fragile sous Alexandre Sévère, avec peu de sources mais un rôle réel de continuité.

Ignispedia

Pape saint Urbain I est le successeur de saint Calixte I et le prédécesseur de saint Pontien dans la liste des évêques de Rome. Le Saint-Siège le présente comme le 17e pape de l'Église catholique, né à Rome, avec un pontificat de 222 à 230.[1] Les chronologies antiques ne coïncident pas parfaitement : Eusèbe lui donne huit années d'épiscopat, tandis que le Catalogue libérien place son début en 223 et sa fin en 230.[2][3]

Urbain est un pape paradoxal : il porte un nom très connu, mais son pontificat est l'un des plus silencieux du IIIe siècle. Aucune lettre authentique, aucun décret sûr, aucun récit contemporain de martyre ne nous est parvenu. Pourtant, son pontificat se situe dans un moment décisif : après la crise de Calixte et d'Hippolyte, avant l'exil de Pontien et d'Hippolyte en Sardaigne, et sous le règne relativement favorable d'Alexandre Sévère.[4][5]

L'article doit donc procéder comme une enquête : distinguer les quelques faits solides — succession, durée, contexte de paix, persistance du schisme d'Hippolyte, croissance de l'Église romaine, traditions funéraires — des récits tardifs qui rattachent Urbain à sainte Cécile, à des conversions spectaculaires ou à des objets liturgiques d'argent.[6][7] Le résultat n'est pas une vie romanesque, mais le portrait d'un pape de continuité, placé à la tête d'une Église qui grandit dans une paix encore fragile.

« Urbain, qui avait été huit ans évêque de l'Église de Rome, eut pour successeur Pontien. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 23[8]

Pourquoi Urbain I compte-t-il ?

Le pape du silence documentaire

La première importance d'Urbain I est méthodologique. Il apprend à lire les premiers papes avec sobriété. Là où Calixte I est éclairé par Hippolyte et Tertullien, Urbain n'est presque plus éclairé que par Eusèbe, les catalogues romains, le Liber Pontificalis, les itinéraires de pèlerins et la critique archéologique moderne.[9] L'historien n'a pas le droit de remplir les blancs avec de la légende.

Cette pauvreté documentaire n'est pas un échec spirituel. Dans l'Église primitive, beaucoup de pontificats ont consisté à tenir la communion, maintenir la succession, ordonner, ensevelir les morts, protéger les pauvres, célébrer l'Eucharistie et traverser les crises sans laisser de grands textes. Urbain appartient à cette génération de pasteurs dont l'œuvre est réelle mais peu bavarde.

Le pape de la paix sévérienne

Le pontificat d'Urbain commence l'année même où l'empereur Alexandre Sévère monte sur le trône. La Historia Augusta, source tardive et parfois peu fiable mais utile avec prudence, affirme qu'Alexandre respecta les privilèges des Juifs et laissa les chrétiens tranquilles.[10] Le même recueil rapporte un litige romain dans lequel l'empereur aurait préféré qu'un terrain serve au culte de Dieu plutôt qu'aux tenanciers d'une taverne.[11]

La Catholic Encyclopedia résume l'effet concret : les chrétiens ne changent pas encore de statut légal, mais ils jouissent d'une paix substantielle sous Alexandre Sévère.[12] Pour Urbain, cette paix signifie une Église romaine qui peut respirer après les tensions de Calixte : les catacombes s'étendent, les fidèles deviennent plus nombreux, et les conflits doctrinaux se poursuivent sans persécution impériale frontale.

Le pape après Calixte et avant Pontien

Urbain est pris entre deux pontificats plus documentés. Avant lui, Calixte affronte la violence d'Hippolyte, la question de la pénitence des pécheurs graves et la crise sabellienne. Après lui, Pontien sera déporté en Sardaigne avec Hippolyte sous Maximin le Thrace, abdiquera le 28 septembre 235 selon le Catalogue libérien (« discinctus est ») et mourra en exil.[13][14][15]

Cette position intermédiaire donne à Urbain son relief : il n'inaugure pas une crise, il la reçoit ; il ne la résout pas définitivement, mais il maintient l'Église romaine jusqu'au moment où la persécution de Maximin changera brutalement le décor. Sa sainteté est donc celle d'une fidélité administrative et pastorale, moins spectaculaire que celle des martyrs mais nécessaire à la continuité apostolique.

Les sources anciennes

Tableau des témoins principaux

SourceDate approximativeCe qu'elle apportePrudence requise
Eusèbe, Histoire ecclésiastique VIdébut IVe siècleSuccession Calixte-Urbain-Pontien ; huit ans d'épiscopatSource forte mais extrêmement brève
Catalogue libérien354Chronologie 223-230 sous Alexandre SévèreListe officielle ancienne, avec écarts de calcul
Liber PontificalisVIe siècle dans sa forme ancienneOrigine romaine, père Pontianus, durée, vases d'argent, sépultureMatériau tardif, mêlé de traditions légendaires
Actes de sainte CécileVe-VIe siècleUrbain caché dans les tombeaux, conversions de Valérien et TiburcePurement légendaire pour l'histoire stricte
Itinéraires romains du VIIe siècleVIIe siècleMémoire d'un Urbain dans la catacombe de PrétextatUtile pour le culte, complexe pour l'identification
De Rossi et DuchesneXIXe siècleCritique archéologique de la sépulture et des cataloguesSecondaire critique, encore discuté sur certains détails
Saint-Siège et Vatican NewscontemporainListe officielle, mémoire liturgique populaireSynthèse, pas source primaire antique

Ce tableau fixe la hiérarchie. Eusèbe et les catalogues sont les plus sûrs pour la succession. Le Liber Pontificalis est précieux pour la mémoire romaine, mais ses détails sur les objets liturgiques et le martyre doivent être filtrés. Les Actes de sainte Cécile appartiennent à la piété hagiographique : ils peuvent expliquer l'iconographie d'Urbain, pas reconstruire sa biographie.

Eusèbe : une ligne, mais une ligne solide

Eusèbe ne raconte rien d'Urbain. Il se contente de deux indications : Calixte, après cinq ans, est remplacé par Urbain ; puis Urbain, après huit ans, est remplacé par Pontien.[16][17] Cette brièveté est frustrante, mais elle est historiquement précieuse. Eusèbe écrit au début du IVe siècle, avec accès à des listes épiscopales anciennes, et il n'insère aucune accusation contre Urbain.

« Il demeura cinq ans et eut Urbain pour successeur. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 21, sur la fin de Calixte[18]

La continuité est donc claire : Zéphyrin, Calixte, Urbain, Pontien. Cette chaîne est capitale parce qu'elle traverse le schisme d'Hippolyte. Même si Hippolyte conteste Calixte, la tradition ecclésiale reçue par Eusèbe ne retient pas deux lignées concurrentes : elle maintient la succession romaine autour de Calixte puis d'Urbain.

Le Catalogue libérien et la chronologie

Le Catalogue libérien, intégré au Chronographe de 354, place Urbain sous Alexandre Sévère, du consulat de Maximus et Aelianus (223) à celui d'Agricola et Clementinus (230). Cette chronologie donne un pontificat d'environ sept ans selon le calcul consulaire, alors qu'Eusèbe parle de huit ans.[19][20]

La différence n'est pas dramatique. Les listes anciennes comptent parfois en années inclusives, parfois en années pleines. Le Saint-Siège retient aujourd'hui la formule simple 222-230.[21] Le titre de l'article garde donc cette fourchette officielle, tout en signalant que le démarrage exact peut être placé en 223 selon le Catalogue libérien.

Le Liber Pontificalis : mémoire romaine, non biographie sûre

Le Liber Pontificalis appelle Urbain Romanus, fils de Pontianus, et lui attribue une durée de 9 ans, 1 mois et 2 jours dans la version anglaise de Louise Ropes Loomis.[22] Il ajoute qu'il institua des vases sacrés d'argent, guida beaucoup de fidèles au martyre, ordonna en décembre 19 prêtres, 7 diacres et 8 évêques, puis fut enseveli au cimetière de Prétextat sur la Via Appia.[23]

Deux prudences s'imposent. D'abord, la durée donnée ne s'accorde pas exactement avec Eusèbe ni avec le Catalogue libérien. Ensuite, les notices liturgiques du Liber Pontificalis attribuent souvent aux papes anciens des dispositions qui correspondent mieux à la situation romaine du VIe siècle. La note de Loomis elle-même signale que l'histoire d'Urbain est probablement confondue avec celle d'un confesseur du temps de Dioclétien.[24]

Les Actes de sainte Cécile : une légende influente

Les Actes de sainte Cécile ont façonné l'imaginaire chrétien : Urbain y apparaît caché dans les tombeaux des martyrs, recevant Valérien et Tiburce, baptisant plusieurs centaines de personnes, puis poursuivant son ministère malgré le danger. Ce récit a nourri l'iconographie d'Urbain et explique pourquoi il est souvent représenté aux côtés de sainte Cécile.[25] En revanche, les grappes de raisin parfois associées à un « saint Urbain » sont l'attribut de son homonyme Urbain de Langres, évêque du IVe siècle honoré comme patron des vignerons, et non celui du pape[26] ; de même, la mention d'un Urbain « confesseur au temps de Dioclétien » paraît confondue avec un confesseur homonyme plus tardif, comme le signale la note critique de Loomis.[27]

Mais la critique historique est nette : ces actes sont tardifs et n'ont pas de valeur directe pour le pontificat d'Urbain. La Catholic Encyclopedia parle d'un récit « purement légendaire » et range aussi les actes du martyre d'Urbain parmi les compositions plus tardives.[28] Les conserver dans l'article est utile, à condition de les nommer pour ce qu'ils sont : une mémoire dévote, non une preuve.

Le contexte : Rome sous Alexandre Sévère

Un empereur favorable sans être chrétien

Alexandre Sévère règne de 222 à 235. Il n'est pas chrétien ; il appartient à un univers religieux syncrétique, marqué par la piété familiale, les cultes traditionnels et une certaine curiosité pour les sagesses orientales. Eusèbe rapporte que sa mère, Julia Mamaea, fit venir Origène à Antioche avec une escorte militaire pour l'entendre exposer les choses divines.[29]

La Historia Augusta présente Alexandre comme bienveillant envers les chrétiens : il respecte les privilèges juifs, laisse les chrétiens vivre sans trouble, cite une maxime proche de la règle d'or évangélique et tranche un litige de terrain en leur faveur.[30][31] Même si cette source est tardive et parfois romancée, elle rejoint le fait général : entre 222 et 235, il n'y a pas de persécution systématique contre l'Église.

« Il respecta les privilèges des Juifs et permit aux chrétiens de vivre sans être inquiétés. » — Historia Augusta, Vie d'Alexandre Sévère, 22, 4[32]

Une paix réelle mais juridiquement précaire

La paix d'Urbain n'est pas la liberté constantinienne. Le christianisme reste une religion juridiquement suspecte : un changement d'empereur, une dénonciation locale ou un conflit politique peut toujours raviver la persécution. La preuve viendra vite : après l'assassinat d'Alexandre Sévère en 235, Maximin le Thrace déclenche une persécution ciblant les chefs des Églises, et Pontien sera déporté.[33]

Cette précarité explique la valeur du pontificat d'Urbain. Il n'a pas à affronter un Néron ou un Dèce, mais il doit utiliser une fenêtre de paix pour consolider une Église encore illégale. Les catacombes, les liturgies domestiques, la formation du clergé et la gestion des biens ecclésiaux deviennent des tâches de fond.

La croissance visible des catacombes

La Catholic Encyclopedia observe que l'extension de plusieurs catacombes romaines dans la première moitié du IIIe siècle prouve la croissance numérique des chrétiens.[34] Ce point est plus solide qu'un miracle légendaire : l'archéologie funéraire montre une communauté assez nombreuse pour développer des réseaux souterrains, organiser des sépultures, inscrire des noms, cultiver la mémoire des martyrs et des pasteurs.

Urbain hérite ici directement de Calixte. Le cimetière de la Via Appia, confié jadis à Calixte par Zéphyrin, devient le symbole d'une Église qui n'est plus seulement un groupe domestique dispersé, mais une communauté capable de gérer des lieux communs, des rites funéraires et une mémoire collective.[35]

Le schisme d'Hippolyte

Une crise non résolue à la mort de Calixte

À la mort de Calixte, le schisme d'Hippolyte n'est pas terminé. Hippolyte, presbytre romain d'une grande culture, refuse la politique pénitentielle de Calixte et son langage doctrinal face au modalisme. Il se pose comme chef d'un groupe rigoriste, au point d'être souvent présenté comme le premier antipape de l'histoire.[36][37]

Urbain reçoit donc une Église blessée. Son rôle n'est pas d'inventer une nouvelle ligne, mais de maintenir celle de son prédécesseur : ne pas céder au rigorisme, ne pas légitimer un épiscopat parallèle, ne pas transformer la querelle théologique en rupture définitive de la succession romaine.

La continuité avec Calixte

La Catholic Encyclopedia résume la position d'Urbain : il maintint envers le parti schismatique et son chef l'attitude adoptée par Calixte.[38] Cette phrase est sobre, mais elle est lourde de sens. Elle indique qu'Urbain ne réhabilite pas Hippolyte contre Calixte ; il ne renverse pas la politique de réconciliation pénitentielle ; il ne cède pas à la pression d'un théologien brillant mais séparé.

Il faut ici éviter deux caricatures. Hippolyte n'est pas un simple ambitieux : son attachement à la vérité doctrinale est réel, et ses œuvres sont précieuses. Mais Calixte et Urbain ne sont pas des papes laxistes : ils défendent une Église où le repentir authentique peut rouvrir la communion, conformément au pouvoir des clefs confié à Pierre.

Vers la réconciliation future

La crise trouvera sa fin sous Pontien, non sous Urbain. En 235, Pontien et Hippolyte seront déportés ensemble en Sardaigne. La tradition ancienne conserve leur réconciliation et leur mort commune dans la confession.[39] Ce dénouement éclaire rétrospectivement Urbain : son pontificat a été une période de maintien, entre la rupture violente et la guérison finale.

Sainte Cécile, Valérien et Tiburce : ce que la légende dit, et ce qu'elle ne prouve pas

Le récit traditionnel

Dans les Actes de sainte Cécile, la jeune chrétienne romaine envoie son époux Valérien vers Urbain, caché parmi les tombeaux des martyrs. Urbain l'instruit, le baptise, puis baptise aussi Tiburce. Les deux frères subissent ensuite le martyre, tandis que Cécile elle-même demeure la grande figure virginale et musicale de la tradition romaine.

Ce récit a une vraie force spirituelle : il montre l'Église comme une communauté qui enfante des convertis au milieu des tombeaux, donc dans la mémoire vive des martyrs. Il présente Urbain comme un pasteur catéchète, caché mais actif, conduisant des nobles romains à la foi.

Pourquoi l'historien ne peut pas s'y appuyer directement

Le problème est chronologique et littéraire. Les Actes de sainte Cécile sont tardifs ; leur décor reflète davantage la piété romaine des Ve-VIe siècles que les archives du pontificat d'Urbain. La Catholic Encyclopedia écarte donc leur valeur historique pour établir des faits précis sur Urbain.[40]

La bonne méthode consiste à distinguer trois niveaux :

NiveauCe qu'on peut direStatut
Culte de sainte CécileTrès ancien et profondément enraciné à RomeSolide comme tradition liturgique
Présence d'Urbain dans les ActesImportante pour l'iconographie et la piétéSolide comme réception légendaire
Baptême historique de Valérien et Tiburce par UrbainNon démontrable par source contemporaineFragile historiquement

L'article ne doit donc ni mépriser la légende, ni la transformer en chronique. Le catholicisme n'a rien à gagner à présenter comme certain ce qui relève d'une tradition tardive ; il gagne au contraire en crédibilité quand il honore la piété tout en nommant les degrés de certitude.

Les vases d'argent et les biens de l'Église

Une attribution du Liber Pontificalis

Le Liber Pontificalis attribue à Urbain l'institution de vases sacrés d'argent et de patènes pour les églises titulaires.[41] Cette notice a longtemps été reprise pour présenter Urbain comme un pape liturgique, soucieux de la dignité matérielle de l'Eucharistie.

La critique moderne est plus réservée. La Catholic Encyclopedia estime que cette attribution vient probablement d'un rédacteur du VIe siècle projetant sur Urbain l'état liturgique des titres romains de son époque.[42] Autrement dit, l'idée théologique est juste — l'Église honore l'Eucharistie par des vases dignes — mais l'attribution précise à Urbain n'est pas sûre.

Ce que la notice révèle malgré tout

Même si la mesure n'est pas historiquement prouvée, elle révèle la manière dont Rome se souvenait d'Urbain : un pape lié à l'organisation liturgique, aux biens ecclésiaux et à la dignité du culte. Cette mémoire correspond bien au contexte d'Alexandre Sévère, où les chrétiens disposent d'une paix suffisante pour développer leurs lieux, leurs objets et leurs institutions.

On peut donc garder la notice comme un indice de réception, non comme un décret authentique. C'est souvent ainsi qu'il faut lire le Liber Pontificalis pour les premiers siècles : il conserve quelque chose de la mémoire ecclésiale, mais il parle avec la langue administrative d'une époque plus tardive.

Mort, sépulture et culte

Mort naturelle ou martyre ?

La tradition populaire a longtemps compté Urbain parmi les martyrs. Le Liber Pontificalis parle de fidèles conduits au martyre par ses exhortations ; les actes tardifs de son propre martyre ajoutent des détails dramatiques.[43][44] Mais les données historiques ne confirment pas une mort violente.

Le contexte plaide même pour une mort naturelle. Sous Alexandre Sévère, l'Église romaine ne subit pas de persécution générale. La Catholic Encyclopedia conclut que les circonstances de la mort d'Urbain sont inconnues et qu'à en juger par la paix de son époque, il a probablement dû mourir naturellement.[45]

Cela ne diminue pas sa sainteté. L'Église ne canonise pas seulement des martyrs sanglants ; elle honore aussi les pasteurs fidèles dont la vie a gardé la communion et transmis la foi.

La question de la tombe : Prétextat ou Calliste ?

La sépulture d'Urbain est complexe. Les Actes de sainte Cécile et le Liber Pontificalis le placent dans la catacombe de Prétextat sur la Via Appia.[46] Mais les fouilles de Giovanni Battista de Rossi dans la catacombe de Saint-Calixte ont mis au jour un fragment de couvercle de sarcophage portant en grec le nom d'un Urbain avec le titre d'évêque. De Rossi y reconnut le pape, avis partagé par Duchesne (Liber Pontificalis, t. I, p. 143, n. 5).[47]

La difficulté vient du fait qu'il peut y avoir plusieurs Urbain : le pape, un confesseur romain lié aux traditions céciliennes, ou un évêque étranger mort à Rome. Sur le texte du Martyrologe hiéronymien, Duchesne a prouvé (Liber Pontificalis, t. I, p. xlvi-xlvii) qu'une ligne tombée mêlait la tombe du pape Alexandre sur la Via Nomentana et celle d'Urbain sur la Via Appia, à Prétextat.[48]

Prétextat ou Calixte : une question qui reste ouverte

Kirsch tranche en faveur de Prétextat : le pape Urbain serait l'Urbain de la catacombe de Prétextat, tandis que celui de Saint-Calixte serait un évêque homonyme d'une autre ville, postérieur à en juger par son style épigraphique et rangé parmi les évêques étrangers dans la liste de Sixte III (432-440).[49] La question reste ouverte entre les deux identifications — De Rossi et Duchesne pour Saint-Calixte, Kirsch pour Prétextat ; l'article suit ici Kirsch sans prétendre clore le débat.

Les trois dates se répartissent ainsi entre les témoins : le 23 mai 230 est le jour de la mort retenu par la tradition[50] ; le Liber Pontificalis fait ensevelir le pape à Prétextat par Tiburce un 19 mai[51] ; le Martyrologe hiéronymien inscrit au 25 mai l'inhumation d'un évêque Urbain au cimetière de Prétextat, restitution établie par Duchesne[52]. En revanche, l'Urbain mentionné au 19 mai du même Martyrologe hiéronymien, dans une liste de martyrs de Saint-Calixte, désigne selon Kirsch l'évêque étranger homonyme, non le pape[53].

Héritage spirituel

Un pape de continuité apostolique

Urbain n'a pas laissé une formule dogmatique. Son héritage est plus humble : il garantit la continuité entre Calixte et Pontien. Dans une Église secouée par un schisme, cette continuité n'est pas secondaire. Elle affirme que l'autorité romaine n'est pas suspendue aux talents d'un polémiste, ni aux passions d'un groupe, mais à la succession reçue.

La ligne d'Urbain prolonge ce que saint Irénée avait déjà vu dans l'Église de Rome : une succession publique, visible, capable de servir de repère contre les inventions privées.[54] Urbain n'a pas besoin d'être célèbre pour appartenir à ce fil.

« Par cet ordre et cette succession, la tradition reçue des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 2 (traduit du latin)[55]

Le pasteur qui garde l'Église dans une paix fragile

La paix peut être aussi dangereuse que la persécution. Sous la persécution, l'Église voit clairement l'ennemi extérieur ; sous la paix, elle doit construire, gérer, former, arbitrer les querelles internes, protéger ses biens et éviter la tiédeur. Urbain est précisément le pape de cette paix fragile : pas encore libre, mais déjà assez stable pour grandir.

Sa figure invite donc à ne pas mesurer l'importance d'un pontificat seulement au bruit qu'il produit. Certains papes définissent un dogme ; d'autres traversent une tempête ; d'autres encore assurent que l'Église sera encore là quand viendra la prochaine tempête. Urbain appartient à cette troisième catégorie.

Pour aller plus loin

  • Pape saint Calixte I — prédécesseur immédiat d'Urbain, au cœur de la crise pénitentielle et du schisme d'Hippolyte.
  • Pape saint Pontien — successeur d'Urbain, exilé avec Hippolyte en Sardaigne.
  • Saint Hippolyte de Rome — théologien romain, adversaire de Calixte, réconcilié avant sa mort.
  • Les catacombes de Rome — contexte archéologique indispensable pour comprendre les sépultures pontificales.
  • Sainte Cécile — tradition hagiographique liée à Urbain dans les récits tardifs.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle Urban I, liste des souverains pontifes : 17e pape de l'Église catholique, début du pontificat 222, fin 230, naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/urbano-i.html.

    1 21
  2. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 23, 3, trad. Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1, 1890 ; texte New Advent. Eusèbe indique qu'Urbain fut huit ans évêque de l'Église de Rome avant Pontien.

    2 8 17
  3. Johann Peter Kirsch, « Pope Urban I », The Catholic Encyclopedia, vol. 15, Robert Appleton Company, New York, 1912 ; Nihil Obstat 1er octobre 1912, Imprimatur cardinal Farley. Texte New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/15209a.htm (pontificat 222-230, mort le 23 mai 230 ; discussion de la sépulture avec renvois à Duchesne, Liber Pontificalis, t. I, p. xlvi-xlvii pour la restitution du Martyrologe hiéronymien — éd. De Rossi-Duchesne, p. 66 — et t. I, p. 143, n. 5 pour la position adverse).

    3 7 9 12 19 25 28 34 36 38 40 42 44 45 47 48 49 50 52 53
  4. Historia Augusta, Vie d'Alexandre Sévère, 22, 4, trad. David Magie, The Scriptores Historiae Augustae, vol. II, Loeb Classical Library, Harvard University Press, 1924 ; texte LacusCurtius. Passage : Alexandre Sévère respecte les privilèges juifs et laisse les chrétiens tranquilles.

    4 10 30 32
  5. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 28, 1, trad. Arthur Cushman McGiffert, NPNF II/1, 1890. Eusèbe rapporte la persécution de Maximin contre les chefs des Églises après Alexandre Sévère.

    5 13 33
  6. Liber Pontificalis, notice « Urbanus I », trad. Louise Ropes Loomis, The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, New York, 1916, p. 21-22 (origine romaine, père Pontianus, durée de 9 ans 1 mois 2 jours, vases et 25 patènes d'argent, ordinations de décembre, sépulture à Prétextat avec la date du 19 mai). La n. 2 de la p. 21 cite le Catalogue libérien : épiscopat sous Alexandre, des consulats de Maximus et Elianus (223) à ceux d'Agricola et Clementinus (230).

    6 20 22 23 41 43 46 51
  7. Historia Augusta, Vie d'Alexandre Sévère, 49, 6, trad. David Magie, Loeb Classical Library, 1924 ; texte LacusCurtius. Récit du litige entre chrétiens et tenanciers d'une taverne au sujet d'un terrain.

    11 31
  8. Liber Pontificalis, notice « Pontianus », trad. Louise Ropes Loomis, The Book of the Popes, Columbia University Press, 1916, p. 22-23. La notice rapporte l'exil de Pontien et d'Hippolyte en Sardaigne sous Maximin le Thrace (235) : le texte pontifical nomme Alexandre, mais la date consulaire de 235 est postérieure à sa mort (mars 235).

    14 39
  9. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Pontian », The Catholic Encyclopedia, vol. 12, Robert Appleton Company, New York, 1911 : « To make the election of a new pope possible, Pontian resigned 28 Sept., 235, the Liberian Catalogue says "discinctus est". » Texte New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/12229b.htm.

    15
  10. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 21, 2, trad. Arthur Cushman McGiffert, in Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 1, Christian Literature Publishing, 1890 ; texte New Advent. Eusèbe indique que Calixte, après cinq ans, eut Urbain pour successeur.

    16 18
  11. Louise Ropes Loomis, note à la notice « Urbanus I », The Book of the Popes, Columbia University Press, 1916, p. 22, n. 4 : la notice d'Urbain paraît confondue avec celle d'un confesseur Urbain du temps de Dioclétien.

    24 27
  12. « Urban of Langres », Wikipedia : évêque de Langres (374 – v. 390), patron des vignerons, « souvent confondu avec le pape Urbain I » ; simple repère d'identification de l'homonyme, les faits pontificaux restant établis par Kirsch et Loomis. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Urban_of_Langres.

    26
  13. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 21, 3-4, trad. Arthur Cushman McGiffert, NPNF II/1, 1890. Julia Mamaea fait venir Origène à Antioche avec une escorte militaire pour entendre son enseignement.

    29
  14. Johann Peter Kirsch, « Pope Callistus I », The Catholic Encyclopedia, vol. 3, Robert Appleton Company, New York, 1908 ; notice sur Calixte, son administration du cimetière de la Via Appia et sa succession par Urbain.

    35
  15. John Chapman, « St. Hippolytus of Rome », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; synthèse critique sur Hippolyte, son schisme et sa réconciliation finale.

    37
  16. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 2 : « Hac ordinatione et successione ea quae est ab apostolis in Ecclesia traditio et veritatis praeconatio pervenit usque ad nos » (phrase qui clôt le paragraphe sur l'Église de Rome ; le paragraphe suivant, III, 3, 3, commence la liste avec Linus). Français traduit du latin pour cet article ; cf. trad. Adelin Rousseau, Sources Chrétiennes n° 211, Cerf, Paris, 1974.

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