Pape Jean XV (985-996)

Pape romain de la fin du Xᵉ siècle, Jean XV gouverne sous la tutelle du patrice Crescentius II Nomentanus, fuit à Sutri, et signe le 31 janvier 993 la première canonisation papale solennelle de l'histoire — celle de saint Ulric d'Augsbourg.

Ignispedia

Pape Jean XV (Ioannes XV) gouverne l'Église de Rome d'août 985 à mars 996. Le Saint-Siège le compte comme le 137ᵉ pape de l'Église catholique ; il est né à Rome, fils du prêtre romain Léon, et fut cardinal-prêtre du titre de Saint-Vital avant son élection.[1][2][3][4] Son pontificat appartient à l'âge le plus difficile de la papauté ottonienne : Rome est dominée par le patrice Crescentius II Nomentanus (le patrice, c'est le chef laïc qui gouverne la ville), et l'Empire reste lointain pendant la minorité d'Otton III.

Trois faits structurent ce pontificat. Le 31 janvier 993, au synode du Latran (un synode, c'est une assemblée d'évêques réunis pour décider), Jean XV proclame solennellement la sainteté d'Ulric d'Augsbourg et confirme cette décision par la bulle du 3 février 993 (une bulle, c'est un décret solennel du pape, scellé de plomb) : c'est, selon les encyclopédies catholiques modernes, la première canonisation formelle de l'histoire papale, qui amorce le passage des canonisations locales aux canonisations pontificales centralisées.[5][6][7] Au même moment, le pape envoie son légat Léon, évêque de Trevi (Ombrie), négocier la paix de Rouen (1ᵉʳ mars 991) entre Æthelred II d'Angleterre et le duc Richard Iᵉʳ de Normandie — l'un des plus anciens traités d'arbitrage de l'histoire européenne.[8][9]

Mais le pontificat connaît aussi deux épreuves majeures. Le concile franc de Saint-Basle de Verzy (juin 991) dépose l'archevêque Arnoul de Reims et installe à sa place Gerbert d'Aurillac sans le consentement du pape ; l'archevêque Arnoul d'Orléans y prononce un discours retentissant contre les papes du Xᵉ siècle. Jean XV refuse cette déposition, convoque un synode à Mouzon (2 juin 995) par son légat l'abbé Léon, et obtient finalement le retour d'Arnoul.[10][11] L'autre épreuve est romaine : la pression du patrice Crescentius force le pape à fuir à Sutri en Tuscia romaine, où il appelle Otton III. Le jeune empereur prépare alors son premier voyage en Italie, mais Jean XV meurt d'une violente attaque de fièvre avant son arrivée, en mars 996.[12][13][14]

Jean XV mérite donc bien plus qu'une notice de catalogue. Il est le pape qui, entravé dans sa propre ville, inaugure la procédure de canonisation pontificale que reprendront Alexandre III, Grégoire IX et Innocent III ; le pape qui maintient à Rome un centre d'arbitrage européen même quand Rome est gouvernée par un seigneur laïc ; le pape dont les épreuves rendent visible la nécessité d'une réforme de fond — celle que Grégoire V et, plus tard, Grégoire VII tenteront d'imposer.

Le rôle de l'impératrice Théophano — régente qui maintint des relations amicales avec Jean XV — est attesté par Kirsch, la New Catholic Encyclopedia et Treccani.[15][16][17]

Pourquoi Jean XV compte-t-il ?

Le premier pape à canoniser solennellement un saint

Avant Jean XV, la reconnaissance officielle de la sainteté reposait largement sur la vox populi (« la voix du peuple » : on proclamait saint celui que les fidèles vénéraient déjà), sur l'élévation des reliques par l'évêque local et sur le développement spontané d'un culte. La pratique romaine intervenait par confirmation, par bulle de consécration d'autel, ou par approbation de la translation (le transfert solennel des restes du saint dans une église), mais elle ne procédait pas encore à un acte juridique central qui inscrirait formellement un défunt dans le canon des saints universels (la liste officielle des saints reconnus par toute l'Église).[18][19]

Le synode du 31 janvier 993 marque une rupture. Convoqué dans la basilique du Latran, il examine la vita d'Ulric d'Augsbourg rédigée par son successeur Gérard d'Augsbourg, qui présente près de trente miracles attribués à l'évêque défunt — guérisons d'aveugles, de paralytiques, libérations de possédés au tombeau du saint.[20][21] Au terme de l'examen, Jean XV émet une bulle pontificale datée du 3 février 993 qui annonce aux évêques francs et germains la sainteté d'Ulric et le donne en modèle aux fidèles : acte inaugural d'une procédure que reprendront et codifieront plus tard Alexandre III, Grégoire IX et Innocent III.[22][23][24]

L'acte n'est pas isolé : il inaugure une procédure qui sera reprise, perfectionnée et finalement codifiée par Alexandre III, Grégoire IX et Innocent III. La canonisation, autrefois communale, devient pontificale ; la sainteté, autrefois locale, devient un objet de discernement universel. Ignispedia retient ce fait comme une clé : un pape sans armée ni protecteur impérial pose un geste juridique dont la portée traversera le second millénaire.

Un pape entre Rome aristocratique et chrétienté universelle

Pendant que Jean XV est tenu en respect dans sa propre ville par Crescentius II, ses lettres arrivent à Cantorbéry, Sens, Rouen, Reims, Augsbourg, Cluny et en Bohême. Treccani note qu'il chercha « avant tout à établir des rapports directs et personnels avec les archevêques des différents pays » en convoquant à Rome Seguin de Sens en 986, Aethelgar de Cantorbéry en 989 et Sigeric, successeur d'Aethelgar, en 990, pour leur conférer le pallium (le pallium, c'est l'étole de laine blanche que seul le pape remet aux archevêques, signe de leur union avec Rome).[25]

Ce contraste est l'un des paradoxes du pontificat. À l'intérieur de Rome, le pape est presque un otage ; à l'extérieur, il reste le centre symbolique et juridique d'une chrétienté latine en expansion vers l'Angleterre, la Saxe, la Bohême, la Hongrie et la Pologne. La papauté du Xᵉ siècle, même affaiblie, n'est jamais réduite à un siège local. Elle continue à être recherchée pour les pallia, les privilèges monastiques, les arbitrages politiques, les confirmations doctrinales.

Un pontificat dans l'orbite des Crescentii

Pour comprendre Jean XV, il faut comprendre Crescentius II Nomentanus. Fils de Crescentius l'Ancien, héritier de la lignée des Crescentii qui dominent Rome depuis la mort d'Albéric II, Crescentius II prend le titre de Patricius Romanorum vers 988 et gouverne effectivement la ville pendant tout le pontificat de Jean XV.[26][27] Selon les chroniqueurs hostiles, il en vint à « interdire l'accès au pape sauf contre pots-de-vin »[28][29], et la Britannica attribue elle aussi l'issue de l'élection à l'influence de Crescentius.[30]

Infographie originale Ignispedia — Jean XV entre les Crescentii, Rome et l'Empire ottonien. Créée par IA.

Cela ne signifie pas que Jean XV soit pour autant un simple instrument. Treccani montre qu'il conserva « des relations amicales avec la cour allemande et avec les deux impératrices » — Théophano (jusqu'à sa mort en 991) et Adélaïde — et qu'il appela finalement l'Empire pour briser le verrou romain.[31][32] La papauté est étouffée mais non éteinte ; sa parole canonique continue à porter jusqu'aux confins de la latinité.

Les sources principales et leurs limites

Saint-Siège, encyclopédies catholiques classiques

La fiche officielle du Saint-Siège donne les repères canoniques : 137ᵉ pape, pontificat de 985 à 996, naissance à Rome.[33] La Catholic Encyclopedia de Johann Peter Kirsch (1910) fournit le récit traditionnel : succession de Boniface VII en juillet 985, intronisation entre le 6 août et le 5 septembre 985, parenté avec le prêtre romain Léon, soumission politique au patrice Crescentius, synode du Latran et canonisation d'Ulric, conflit de Reims, paix de Rouen.[34]

La New Catholic Encyclopedia, plus moderne, insiste sur trois points : Jean XV comme promoteur de la réforme clunisienne, la pression de Crescentius qui aboutit à la fuite en Toscane, et l'appel au jeune Otton III qui n'arrivera pas à temps.[35] L'Encyclopaedia Britannica est plus sévère, qualifiant l'élection comme survenue « dans l'une des périodes les plus sombres de l'histoire papale » (« one of the darkest periods in papal history », texte anglais vérifié).[36]

Treccani et la lecture italienne

Le Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani) offre la synthèse la plus précise sur la carrière, la diplomatie internationale et la chronologie de l'exil. Treccani documente notamment :

  • l'origine romaine du pape, fils du prêtre Léon ;
  • la diplomatie des pallia (Seguin 986, Aethelgar 989, Sigeric 990) ;
  • la canonisation d'Ulric et son caractère inaugural ;
  • la fuite à Sutri en Tuscia romaine vers 995 ;
  • la mort en mars 996 « par une attaque soudaine et violente de fièvres » ;
  • la sépulture « probablement à Saint-Pierre ».[37]

Chroniqueurs francs et conciles

Pour le conflit de Reims, les sources principales sont les Actes du concile de Saint-Basle transmis par Gerbert d'Aurillac lui-même, qui en fut secrétaire et acteur, et la chronique de Richer de Reims, son contemporain et disciple.[38][39] Pour la paix de Rouen, c'est la lettre pontificale présentée à Æthelred II le jour de Noël 990, et le texte du traité du 1ᵉʳ mars 991, conservé dans la tradition diplomatique anglo-saxonne.[40]

SourceNatureApport principalPrudence
Saint-SiègeListe officielleRang (137ᵉ), dates de pontificat, origineNotice minimale
Kirsch, Catholic EncyclopediaSynthèse catholique ancienneRécit du pontificat, conflit de Reims, paix de RouenConfusion possible entre Jean XV et Jean XVI antipape ; identification ancienne en "Jean XV (XVI)"
New Catholic EncyclopediaSynthèse moderneRéforme clunisienne, Sutri, Otton IIITrès courte
Treccani DBISynthèse historienne italiennePallia, canonisation, exil, mort, sépultureLecture critique des termes politiques
BritannicaVulgarisation académiqueContexte du Xᵉ siècle, élection sous influence de CrescentiusNotice courte, partie publique seule ; jugements à lire avec prudence
Actes Saint-Basle (Gerbert)Source franque, primaireDiscours d'Arnoul d'Orléans, sentence contre ArnoulSource partisane en faveur de Gerbert
Lettre pontificale 990 + traité 991Source diplomatique primaireTexte du traité de RouenManuscrits tardifs à confronter

Une difficulté de numérotation : "Jean XV (XVI)"

La Catholic Encyclopedia de 1910 intitule encore son article « Pope John XV (XVI) ».[41] La raison est ancienne : entre Jean XIV († 984) et Jean XV († 996), certains catalogues médiévaux ont inséré un "Jean" éphémère, par confusion avec d'autres figures. Cette anomalie a été corrigée par la liste officielle moderne, qui ne reconnaît qu'un seul Jean XV historique.[42][43]

Pour l'article, cela n'a aucune conséquence doctrinale ; il faut seulement avertir le lecteur qu'il rencontrera parfois la double numérotation dans les vieux manuels.

Origines et carrière avant l'élection

Un Romain, fils du prêtre Léon

Treccani indique que Jean XV naquit « probablement dans la première moitié du Xᵉ siècle », à Rome, « du prêtre Léon ».[44] La Catholic Encyclopedia le confirme : « un Romain nommé Jean, fils d'un presbyter romain nommé Léon, fut alors élu pape ».[45] Le détail est révélateur de l'organisation ecclésiale romaine : il était courant, au Xᵉ siècle, que des prêtres mariés transmettent à leurs fils une carrière cléricale ; et l'aristocratie romaine alimentait régulièrement le clergé titulaire des grandes basiliques.

On ne connaît ni sa date de naissance précise, ni sa formation détaillée. Mais sa carrière au clergé romain est documentée : il était cardinal-prêtre du titre de Saint-Vital au moment de son élection.[46] Le titre de Saint-Vital, situé sur le Quirinal, est l'un des anciens tituli romains : pour y être affecté, il fallait appartenir à l'élite presbytérale de la ville.

Cardinal-prêtre du titre de Saint-Vital

La fonction de cardinal-prêtre, à la fin du Xᵉ siècle, n'a pas encore le sens politique qu'elle prendra avec la réforme grégorienne. Mais elle implique déjà une proximité avec le pape, la participation aux synodes locaux, la célébration des stations dans les grandes basiliques, et une connaissance des archives et des registres ecclésiastiques.

Jean était donc, avant son élection, un clerc romain inséré dans le tissu institutionnel de la ville. Cela explique en partie un fait ultérieur : sa capacité à mener une chancellerie active malgré la pression politique (bulles, pallia, lettres).

Le contexte de la mort de Boniface VII

Le Castel Sant'Angelo, ancien mausolée d'Hadrien transformé en forteresse pontificale : le pape légitime Jean XIV y fut emprisonné par l'antipape Boniface VII et y mourut en 984. Gravure de Giuseppe Vasi, XVIIIᵉ siècle (domaine public, Wikimedia Commons).

Pour comprendre l'élection d'août 985, il faut rappeler la séquence dramatique qui précède. À l'été 984, l'antipape Boniface VII, soutenu par les Crescentii et par Constantinople, fait emprisonner le pape légitime Jean XIV au château Saint-Ange, où celui-ci meurt le 20 août 984, probablement empoisonné ou affamé.[47][48] Boniface VII gouverne alors Rome jusqu'à sa propre mort, en juillet 985, brutale et possiblement violente : son cadavre est, selon plusieurs chroniques, exposé et profané par la foule romaine.

Le siège de Pierre est donc vide à un moment où l'Empire ottonien traverse une crise de minorité (Otton III a cinq ans, sa mère Théophano gouverne au nom de son fils). La papauté n'a plus de défenseur extérieur immédiat. Les Crescentii vont profiter de cette double vacance pour imposer leur candidat.

L'élection d'août 985

Une élection sous l'œil du patrice Crescentius

Treccani écrit que Jean XV « devint pape en août 985, probablement par l'intervention du patrice Jean » — c'est-à-dire Crescentius II Nomentanus, qui exerce alors le rôle de chef de l'aristocratie romaine.[49] La Britannica est plus catégorique encore : « Le succès de Crescentius II dans l'orientation de l'élection de Jean ranima la fortune de cette famille » (« Crescentius II's success in swaying John's election revived that family's good fortune », texte anglais vérifié).[50]

Cette élection n'est pas, pour autant, une nomination imposée comme l'avait été celle de Léon VIII par Otton I en 963. Elle reste canoniquement libre dans la forme : un clerc romain élu par le clergé et l'aristocratie de Rome, intronisé entre le 6 août et le 5 septembre 985.[51] Mais le poids du patrice Crescentius pèse sur la procédure et sur le pontificat tout entier.

« Le pape Jean XV resta tout au long de son pontificat sous l'influence du puissant patrice, bien qu'il ait maintenu des relations amicales avec la cour allemande et avec les deux impératrices. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, traduction française[52]

Le 137ᵉ pape selon la liste officielle

La liste officielle du Saint-Siège fait de Jean XV le 137ᵉ pape — sa page affiche mot pour mot « 137th Pope of the Catholic Church », pontificat VIII.985–III.996, né à Rome (texte vérifié le 4 octobre 2026).[53] Ce rang correspond à la succession reçue après les correctifs des grands catalogues romains modernes, qui ont écarté quelques figures douteuses des listes anciennes (anti-papes comptabilisés à tort, doublons par confusion de noms, dont le « Jean » fictif évoqué ci-dessus).

Jean XV s'inscrit dans la séquence Boniface VII (antipape, 984-985) → Jean XIV légitime († 984) → Jean XV légitime (985-996) → Grégoire V (996-999). Sa légitimité n'a jamais été contestée par l'Église catholique. Il appartient au catalogue des papes valides, malgré la fragilité politique de son pontificat.

Le pape malgré le tumulte

Trois traits méritent d'être soulignés.

Premier trait : la rapidité de la procédure. Boniface VII meurt en juillet 985 ; Jean XV est intronisé au plus tard début septembre. Rome n'a pas voulu rester sans pape dans un moment de vacance impériale.

Deuxième trait : la continuité ecclésiale. Jean XV n'est pas un laïc parachuté ni un évêque étranger : il est un cardinal-prêtre romain, formé à l'intérieur du presbyterium urbain.

Troisième trait : la dépendance politique. La présence du patrice est le prix payé pour la stabilité. Les Crescentii laissent Rome avoir un pape, à condition qu'il ne contrarie pas leurs intérêts. C'est cette ligne rouge qui sera franchie un peu avant 995 et déclenchera la fuite.

La canonisation solennelle d'Ulric d'Augsbourg (993)

Saint Ulric, modèle de pasteur en temps de crise

Ulric d'Augsbourg (vers 890-973) avait été évêque d'Augsbourg pendant près de cinquante ans, de 923 à sa mort en 973. Pasteur réformateur, défenseur de sa ville lors du siège des Hongrois en 955 (avec la victoire d'Otton I sur le Lechfeld, 10 août 955), prélat d'une vie ascétique et d'une réputation thaumaturgique, il représentait pour l'Empire ottonien tout entier l'image d'un évêque exemplaire.[54][55]

Son successeur Gérard d'Augsbourg rédige peu après sa mort la Vita sancti Uodalrici, qui compile environ trente miracles attribués au défunt : guérisons de fièvres, d'aveugles, de paralytiques, libérations de possédés autour de son tombeau.[56][57] Cette vita est ce qui sera présenté au synode romain de 993.

Le synode du Latran du 31 janvier 993

Le 31 janvier 993, Jean XV convoque au Latran un synode auquel participent des évêques italiens et germaniques. La cause d'Ulric est instruite à partir de la vita de Gérard et des témoignages des évêques bavarois qui ont connu l'évêque défunt. La procédure est neuve : on n'élève pas seulement des reliques ; on examine la sainteté comme objet juridique de droit canonique.[58][59]

Treccani décrit le moment ainsi : « À la fin de janvier 993 se réunit au Latran ... un synode au cours duquel fut décidée la canonisation de l'évêque Ulric d'Augsbourg ». Et la Catholic Encyclopedia le présente comme une rupture nette : « C'était la première fois qu'une canonisation solennelle était faite par un pape ».[60][61]

« C'était la première fois qu'une canonisation solennelle était faite par un pape. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, traduction française[62]

La bulle pontificale du 3 février 993

Le 3 février 993, Jean XV publie une bulle pontificale qui confirme et promulgue la décision synodale. Ce document — premier acte de canonisation centralisée — fixe en quelque sorte la matrice juridique du futur droit des saints :

  • jugement collégial du pape avec un synode d'évêques ;
  • examen des miracles attestés par un dossier écrit (la vita de Gérard) ;
  • réception ecclésiale manifestée par des témoignages diocésains ;
  • acte juridique pontifical (la bulle) qui promulgue solennellement la sentence.

On lit parfois « 4 juillet 993 » comme date de cette canonisation : c'est une confusion avec la fête liturgique de saint Ulric, mort un 4 juillet (973). L'acte synodal est du 31 janvier et la bulle du 3 février 993 — dates portées par les actes eux-mêmes et retenues par Kirsch, la New Catholic Encyclopedia et Treccani.[63][64][65][66]

ÉlémentAvant 993À partir de 993
InitiativeÉvêque local, peuple chrétienDemande adressée au pape par un évêque ou un synode
ProcédureÉlévation de reliques, translatioExamen du dossier, vita, miracles
DécisionReconnaissance par usage et par le diocèseDécret synodal et bulle pontificale
PortéeDiocèse, région, parfois rayonnement régionalUniversalité de l'Église latine
Modèle ultérieur—Alexandre III (1170), Grégoire IX, Innocent III, droit canonique actuel

Une rupture historique : du local au pontifical

La canonisation d'Ulric ne supprime pas du jour au lendemain les canonisations locales. Pendant le XIᵉ et le XIIᵉ siècle, des évêques continueront à proclamer la sainteté de figures diocésaines sans passer par Rome. Mais le geste de 993 ouvre un chemin qui ne sera plus jamais refermé. Avec Alexandre III en 1170, le principe deviendra exclusif ; avec Innocent III, la procédure se précisera.

Infographie originale Ignispedia — la canonisation d'Ulric d'Augsbourg, du dossier de miracles à la bulle pontificale du 3 février 993. Créée par IA.

Pour Ignispedia, le point doctrinal est clair. Au cœur du saeculum obscurum, un pape entravé à Rome pose un acte juridique de portée durable. La sainteté de l'Église est manifestée non par la force politique de Rome, mais par la capacité de son siège à reconnaître la sainteté véritable. C'est l'un des paradoxes les plus consolants du Xᵉ siècle catholique : la papauté affaiblie continue à exercer ce que ses adversaires lui contestent — l'autorité spirituelle universelle.

L'activité diplomatique internationale

Pallia aux primats étrangers (986-990)

Le pallium est l'insigne liturgique qui, depuis le VIIᵉ siècle, marque la communion d'un métropolitain avec le Siège de Pierre. L'attribuer relève du pape seul. Jean XV en fait l'instrument principal de son rayonnement international : en moins de cinq ans, il convoque à Rome trois grands archevêques pour la concession solennelle.

Seguin de Sens (986)

Treccani indique qu'en 986, Jean XV reçoit l'archevêque Seguin de Sens et le nomme primat des Gaules.[67] L'acte n'est pas neutre : à un moment où le royaume des Francs vient de basculer aux mains d'Hugues Capet (élection en 987, sacre à Noyon en 987), la papauté reconnaît dans Sens — et non dans Reims — la primatie effective. Cette préférence pèsera dans le conflit qui va opposer Rome à la cour capétienne sur la question de Reims.

Aethelgar de Cantorbéry (989)

En 989, Jean XV accueille l'archevêque Aethelgar de Cantorbéry, qui vient personnellement chercher son pallium.[68] C'est le moment où la papauté reconfirme son lien direct avec l'Église anglo-saxonne, malgré la distance et les difficultés politiques du règne d'Æthelred II.

Sigeric et la Via Francigena (990)

À la mort d'Aethelgar fin 989 ou début 990, son successeur Sigeric se rend à son tour à Rome. Treccani note qu'il reçut le pallium en 990.[69] Sur le chemin du retour, Sigeric fait noter par un membre de sa suite les soixante-dix-neuf étapes entre Rome et Cantorbéry. Ce relevé, conservé sous le titre De Roma ad usque Mare à la British Library, devient l'un des plus anciens itinéraires structurés du grand pèlerinage d'Occident : la Via Francigena.[70]

L'épisode est précieux. Il rappelle qu'au moment où Rome est gouvernée par un patrice laïc, des évêques anglais traversent l'Europe pour venir s'y agréger sacramentellement. Le pèlerinage romain n'est ni un mythe ni une mode : c'est une pratique pastorale réelle, attestée par un texte daté.

La paix de Rouen (1ᵉʳ mars 991)

À la fin des années 980, des tensions sérieuses éclatent entre Æthelred II d'Angleterre et Richard Iᵉʳ de Normandie. Les chroniques anglo-saxonnes laissent penser que le duc normand offrait refuge à des Vikings qui pillaient ensuite les côtes anglaises ; certains historiens y voient plutôt un différend sur l'accueil mutuel des ennemis politiques.[71]

Jean XV intervient comme arbitre. Il envoie son légat Léon, évêque de Trevi (Ombrie), porter une lettre pontificale aux deux princes. Le légat arrive en Angleterre le jour de Noël 990 et présente le document à Æthelred. Après consultation « avec tous les hommes loyaux de son royaume », le roi anglais accepte la médiation. Le 1ᵉʳ mars 991, le traité est signé à Rouen : les deux princes s'engagent à se livrer mutuellement les fugitifs porteurs de leur sceau et à réparer par compensation tout tort commis.[72]

Le geste est historiquement considérable. Comme l'écrivent les commentateurs modernes du droit international, « le traité est compris comme l'un des plus anciens traités d'arbitrage de l'histoire européenne ».[73] Il préfigure la médiation pontificale qui deviendra une fonction durable du Siège de Pierre — jusqu'aux arbitrages contemporains entre nations chrétiennes.

Cluny et la réforme monastique

La New Catholic Encyclopedia présente Jean XV comme « promoteur de la réforme clunisienne ».[74] Cette affiliation se traduit par des privilèges pontificaux accordés à des monastères qui suivent la coutume de Cluny, par des confirmations d'élections abbatiales, et par une diplomatie qui favorise l'autonomie monastique vis-à-vis des seigneurs laïcs.

Carte-infographie originale Ignispedia — le rayonnement européen de Jean XV par les pallia, la Via Francigena, Cluny et l'arbitrage de Rouen. Créée par IA.

Jean XV ne fonde pas la réforme : Cluny a été fondé en 909 par Guillaume d'Aquitaine, et la dynamique s'est développée sous les abbatiats d'Odon, Maïeul, Odilon. Mais le pape se range du côté de cette dynamique, comme l'avaient fait avant lui Léon VII et Agapet II. Dans une Rome tenue par le patrice, le soutien clunisien est l'une des voies par lesquelles l'Église romaine reste connectée au véritable foyer de réforme du monde latin.

Le conflit de Reims

Arnoul, Hugues Capet et Gerbert d'Aurillac

En 989, l'archevêché de Reims devient vacant. Hugues Capet, devenu roi des Francs après la fin de la dynastie carolingienne directe, y nomme Arnoul, fils illégitime du dernier roi carolingien Lothaire IV. La nomination est politique : Hugues espère, en favorisant un Carolingien dans l'Église, neutraliser la branche carolingienne survivante incarnée par Charles, duc de Basse-Lorraine, oncle d'Arnoul.[75]

Le calcul échoue. En septembre 989, Arnoul soutient la tentative de son oncle Charles, duc de Basse-Lorraine, qui s'empare brièvement de Reims et de Laon. En 990, Arnoul refuse de comparaître au synode de Senlis ; Charles et lui sont emprisonnés le 29 mars 991. Hugues Capet accuse alors l'archevêque de haute trahison et fait convoquer un concile pour le déposer.[76][77]

Il y a, derrière le coup politique, une rivalité de personnes : Gerbert d'Aurillac, ancien écolâtre de Reims, conseiller de Hugues Capet, est le grand savant de son temps — futur pape Sylvestre II en 999. Il vise la chaire de Reims, et son maître royal entend la lui donner.

Le concile de Saint-Basle de Verzy (juin 991)

En juin 991, le concile réuni par Hugues Capet se tient au monastère de Saint-Basle de Verzy, près de Reims. Présidé par Seguin de Sens, primat des Gaules, il rassemble de nombreux évêques francs et plusieurs abbés. Gerbert d'Aurillac est secrétaire de l'assemblée et nous transmet ses Actes.[78][79]

L'évêque d'Orléans, Arnoul d'Orléans, y prononce un discours qui restera comme l'un des textes les plus durs jamais émis contre la papauté du saeculum obscurum. Selon les Acta transmis par Gerbert, tels que les rapporte l'apologiste Erick Ybarra, Arnoul y soutient en substance que l'Église de Dieu n'est pas soumise à un pape indigne[80] — formulation ici rendue en paraphrase, aucune édition critique des Acta n'ayant été consultée pour établir un verbatim.

Arnoul d'Orléans accuse une série de papes du Xᵉ siècle d'être « impies et corrompus » et demande aux évêques francs s'ils devront, sous prétexte de communion, suivre une Rome déchue. Le concile dépose alors Arnoul de Reims et installe Gerbert d'Aurillac comme archevêque.

L'épisode est doctrinalement explosif. Il préfigure deux problèmes que la théologie catholique aura à traiter plus tard :

  1. Comment juger d'un pape personnellement indigne ? Le sentiment d'Arnoul d'Orléans ne devient pas une doctrine ; il sera désamorcé par l'enseignement canonique selon lequel un pape, même moralement faible, ne perd pas l'autorité de son office, et la communion avec lui ne devient pas illicite tant qu'il enseigne dans la foi.
  2. Quelle autonomie pour les Églises nationales ? Le concile de Saint-Basle préfigure les futures revendications gallicanes : peut-on déposer un archevêque par une assemblée d'évêques nationaux sans confirmation pontificale ? Rome dira non, comme elle le dira au XVIIIᵉ siècle.

Le synode de Mouzon (2 juin 995) et la réponse romaine

Jean XV refuse la déposition d'Arnoul de Reims et l'élévation de Gerbert. Il convoque les évêques francs à un synode de réexamen à Aix-la-Chapelle, puis à Rome ; les évêques francs n'y paraissent pas. Aucune excommunication d'évêques n'est attestée : les sources solides ne retiennent que la condamnation et la suspension de Gerbert à Mouzon.[81][82]

Le pape envoie alors son légat Léon, abbé des saints Boniface et Alexis sur l'Aventin à Rome, pour présider un synode à Mouzon, dans les Ardennes, le 2 juin 995.[83] Là, Gerbert d'Aurillac est suspendu de son ministère épiscopal. Un second synode, le 1ᵉʳ juillet 995, déclare l'ensemble du procès de Saint-Basle illégal et invalide.[84]

Le dossier ne sera définitivement résolu qu'après la mort de Hugues Capet (24 octobre 996) : Grégoire V, successeur de Jean XV, fera restaurer Arnoul à Reims, et Gerbert d'Aurillac sera nommé archevêque de Ravenne en 998, avant de devenir pape sous le nom de Sylvestre II en 999.[85]

L'enjeu doctrinal : autorité papale ou autonomie franque ?

Le bras de fer de Reims n'est pas une querelle de prélats. C'est un test de l'autorité papale en matière de juridiction. Hugues Capet et ses évêques estiment qu'un archevêque français, accusé de trahison contre le roi, peut être déposé par un concile national. Jean XV maintient que la déposition d'un archevêque relève de Rome, dernier degré canonique de la pénalité ecclésiastique.

Infographie originale Ignispedia — le conflit de Reims entre Saint-Basle, Mouzon et la restauration d'Arnoul. Créée par IA.

C'est précisément l'un des points que la réforme grégorienne reprendra avec force après 1050 : les sièges majeurs ne peuvent être touchés qu'avec l'approbation du Siège de Pierre. Jean XV, vingt-cinq ans à l'avance et sans aucun moyen militaire, défend cette ligne. Il est désavoué localement mais finit canoniquement par avoir raison : la suspension de Gerbert et la restauration d'Arnoul confirment la position romaine.

Crescentius II Nomentanus et l'exil à Sutri

Le patrice maître de Rome

Crescentius II Nomentanus est le fils de Crescentius l'Ancien, lui-même issu de la lignée qui contrôle Rome depuis les filles de Théodora et la maison d'Albéric II. Vers 988, il prend le titre de Patricius Romanorum — patrice des Romains — qui désigne, dans la pratique du Xᵉ siècle, le chef effectif de la république urbaine.[86][87]

Les actes officiels du règne de Jean XV portent le nom du patrice à côté de celui du pape.[88] Cela illustre la situation : Rome continue à avoir un pape, mais le pouvoir civil est ailleurs. La papauté souffre d'une minorité de fait dans sa propre ville.

Une tutelle pesante

Les sources qualifient cette domination de dure. La Catholic Encyclopedia, citant des chroniques contemporaines, dit que « l'ascendant de Crescentius devint à ce point pénible au pape, à qui même il interdisait l'accès sauf contre pots-de-vin, que Jean s'enfuit en Toscane et chercha l'aide de l'impératrice Théophano, mais se laissa ramener à Rome par les promesses de Crescentius ».[89][90] Or ce recours à Théophano — morte en 991 — situe l'épisode rapporté par Kirsch avant 991 : il s'agit donc soit d'une première fuite, distincte de la retraite à Sutri vers 995 que documente Treccani, soit de deux traditions divergentes sur l'exil du pape.[91] Le pape, lui, mène pendant ce temps une chancellerie active : il correspond avec Cantorbéry, Sens et Cluny.[92][93]

La fuite à Sutri en Tuscia romaine

Vers 995, la tension devient insupportable. Treccani décrit l'événement ainsi : « Les conflits entre Jean et Crescentius Nomentanus ... avaient contraint le pape à quitter Rome. Jean se retira dans la Tuscia romaine, à Sutri ».[94]

Sutri est une ville fortifiée du nord du Latium, à une cinquantaine de kilomètres de Rome, sur la Via Cassia. C'est un refuge classique des papes en difficulté avec leur ville : sa position et ses murailles permettent d'attendre le retour d'une protection extérieure. Jean XV s'y installe et rouvre la communication directe avec l'Empire ottonien.

« Les conflits entre Jean et Crescentius Nomentanus ... avaient contraint le pape à quitter Rome. Jean se retira dans la Tuscia romaine, à Sutri. » — Treccani, Dizionario Biografico degli Italiani, traduction française[95]

L'appel à Otton III

Otton III trônant en majesté. Miniature de l'école de Reichenau, vers l'an mil (domaine public, Wikimedia Commons). C'est ce jeune empereur, encore adolescent, que Jean XV appela depuis Sutri pour briser la tutelle de Crescentius.

Depuis Sutri, Jean XV envoie des légats à la cour d'Otton III pour demander l'intervention impériale contre Crescentius. Le jeune Otton — il a quinze ans en 995 — vient d'atteindre la majorité politique. Il avait reçu de sa mère Théophano une éducation profondément religieuse et byzantine ; il rêvait d'une Renovatio Imperii Romanorum et d'une harmonie entre Empire et Papauté. La demande romaine lui donne l'occasion d'agir.[96][97]

La nouvelle de l'imminence d'une expédition impériale en Italie suffit, selon les chroniques, à infléchir Crescentius. Le patrice change d'attitude et permet au pape de rentrer à Rome dans le courant de 995.[98] Le retour, comme celui de Jean XIII en 966, est reçu avec une certaine solennité urbaine : « le pape rentra à Rome accueilli festivement », écrit Treccani.

Une protection qui ne vient pas à temps

Otton III prépare son premier voyage impérial en Italie dès l'automne 995. Mais entre la prise de décision et l'arrivée d'une armée à Rome, il faut compter des mois. Jean XV, déjà fatigué par les épreuves et la fièvre romaine, n'aura pas le temps de voir le secours arriver.

L'épisode pose une question doctrinale durable, que la réforme grégorienne tentera de résoudre : la papauté doit-elle dépendre d'une protection impériale pour gouverner sa propre ville ? L'expérience de Jean XV répond non — non pas parce que la protection serait illégitime, mais parce qu'elle arrive toujours trop tard, et qu'elle finit par instrumentaliser l'Église. Otton III, en quelques années, voudra à son tour nommer les papes ; Henri III, plus tard encore, le fera systématiquement ; et c'est cette dérive qu'il faudra interrompre avec le décret In nomine Domini, bulle promulguée par Nicolas II le 13 avril 1059[99] (Hildebrand, le futur Grégoire VII, alors archidiacre, n'en fut que l'inspirateur).

Mort, sépulture et succession

Mars 996 : la fièvre et la mort

Jean XV meurt à Rome en mars 996 — la Catholic Encyclopedia de Kirsch (1910) écrit pour sa part « John died early in April » (« Jean mourut au début du mois d'avril »), seule source ancienne à placer la mort en avril contre le mois de mars retenu par le Saint-Siège, Treccani, la New Catholic Encyclopedia et la Britannica. Treccani précise la cause : « Jean mourut par une attaque soudaine et violente de fièvres en mars 996 ».[100][101] La fièvre romaine — paludisme endémique des marais alentours et des bas quartiers du Tibre — a frappé bien d'autres pontifes du Xᵉ siècle.

« Jean mourut par une attaque soudaine et violente de fièvres en mars 996. » — Treccani, Dizionario Biografico degli Italiani, traduction française[102]

La mort survient avant l'arrivée d'Otton III, qui descend vers Rome avec son armée. Treccani l'écrit noir sur blanc : « il mourut… avant que l'empereur ait atteint la ville » (« prima che l'imperatore avesse raggiunto la città », texte italien vérifié).[103]

Sépulture probable à Saint-Pierre

Treccani indique qu'il « fut probablement enseveli à Saint-Pierre ».[104] L'incertitude tient à la pauvreté documentaire des sépultures pontificales du Xᵉ siècle, perdues ou déplacées lors des reconstructions ultérieures de la basilique vaticane.

Grégoire V, le premier pape allemand selon l'usage

À l'arrivée d'Otton III en Italie au printemps 996, le siège est vacant. L'empereur impose le choix de son cousin Bruno de Carinthie, jeune clerc allemand de moins de vingt-cinq ans, qui devient pape sous le nom de Grégoire V le 3 mai 996.[105][106] C'est lui que l'usage appelle couramment le premier pape allemand de l'histoire — précédent qui ouvre, indirectement, la voie aux papes germaniques imposés par Henri III un demi-siècle plus tard.

Grégoire V termine deux dossiers laissés par Jean XV :

  • le conflit de Reims : il fait restaurer Arnoul à son siège en 997-998 ;
  • l'arbitrage des reliques et des prérogatives entre les diocèses germaniques.

Crescentius II, qui s'était soumis verbalement au retour de Jean XV, profite de l'absence d'Otton III dès la fin 996 pour expulser Grégoire V et installer l'antipape Jean XVI (Jean Philagathos, archevêque de Plaisance) en 997. La crise romaine n'est donc pas réglée par la mort de Jean XV ; elle reprendra avec la deuxième expédition d'Otton III en 998 et l'exécution de Crescentius au château Saint-Ange.

Que révèle Jean XV ?

Une papauté faible mais universelle

Le pontificat de Jean XV est un cas-école de la double situation de l'Église romaine au Xᵉ siècle. Politiquement, le pape n'est plus libre dans sa propre ville. Sacramentellement et canoniquement, son siège est plus que jamais recherché par Cantorbéry, Sens, Rouen, Cluny, Augsbourg, Sigeric, Æthelred. L'autorité spirituelle n'a pas suivi le déclin de l'autorité politique romaine ; elle s'est maintenue par les pallia, les bulles, les médiations et les canonisations.

Cette dissociation est une leçon ecclésiologique. L'Église n'a jamais besoin d'un pape politiquement puissant pour rester l'Église ; elle a besoin d'un pape qui exerce sa charge magistérielle et juridique avec rigueur, là où il le peut. Jean XV, faute de pouvoir gouverner Rome, gouverne le droit canonique, le pèlerinage, la communion et la sainteté.

Le geste de canonisation comme acte d'autorité

La canonisation d'Ulric n'est pas un acte décoratif. C'est, paradoxalement, le seul moment où Jean XV agit comme un pape pleinement souverain — sans concession au patrice, sans approbation impériale, sans concile franc à apaiser. Il convoque un synode, examine un dossier, prononce une sentence et la publie. Le geste pose une thèse implicite : la sainteté de l'Église ne dépend ni de Rome ni de l'Empire, mais de l'union de l'Esprit-Saint avec la décision du Siège de Pierre.

L'ancienne basilique Saint-Pierre de Rome, telle qu'elle se présentait à la fin du Moyen Âge avant sa reconstruction au XVIᵉ siècle. Dessin de restitution d'après les sources anciennes (domaine public, Wikimedia Commons). Cœur symbolique de la papauté romaine, c'est dans cette basilique constantinienne que Jean XV fut probablement enseveli en mars 996.

Toute la procédure ultérieure des canonisations en sortira. Les centaines de procès canoniques, les positiones super virtutibus, les Congregatio de Causis Sanctorum, les béatifications et canonisations qui ponctuent encore aujourd'hui la vie de l'Église ont pour matrice ce qui s'est passé au Latran le 31 janvier 993, à un moment où le pape n'avait presque plus rien d'autre que son office.

Les germes de la réforme grégorienne

Jean XV n'est pas Grégoire VII. Mais sa pratique annonce, en creux, plusieurs traits de la future réforme grégorienne :

  • Liberté des élections épiscopales : son refus de la déposition de Reims par un concile franc est, deux générations à l'avance, une affirmation du jus reservatum du Siège apostolique sur les sièges majeurs.
  • Autorité supérieure du pape sur les conciles particuliers : la suspension de Gerbert à Mouzon et l'annulation des décisions de Saint-Basle énoncent un principe que la réforme reprendra explicitement.
  • Réforme monastique soutenue par Rome : son alliance avec Cluny est l'un des fils continus du XIᵉ siècle clunisien.
  • Centralité juridique du pape sur la sainteté : la canonisation d'Ulric n'est pas seulement un acte spirituel ; elle inscrit dans la pratique romaine la matrice du futur droit canonique des saints.

Dans ce sens, Jean XV est l'un de ces papes de transition que l'histoire oublie facilement, mais dont les actes restent comme des pierres invisibles dans la fondation de la papauté médiévale.

Chronologie

  1. 20 août 984
    Mort suspecte de Jean XIV
    Pape légitime mort au château Saint-Ange après l'usurpation de Boniface VII

    Le retour de l'antipape Boniface VII, soutenu par les Crescentii et Byzance, conduit à la mort du pape légitime, probablement par poison ou famine.

  2. juillet 985
    Mort de l'antipape Boniface VII
    Le siège redevient libre dans une Rome agitée

    Selon plusieurs chroniques, le cadavre de Boniface VII est exposé et profané par la foule romaine.

  3. août 985
    Élection de Jean XV
    Cardinal-prêtre de Saint-Vital, intronisé entre le 6 août et le 5 septembre

    L'élection se fait sous l'influence du patrice Crescentius II Nomentanus, qui restera la puissance dominante de Rome.

  4. 986
    Pallium à Seguin de Sens
    Primatie des Gaules accordée par Rome

    Le pape choisit Sens comme primat des Gaules, anticipant la rivalité ecclésiale avec Reims.

  5. 989
    Pallium à Aethelgar de Cantorbéry
    Reconnaissance personnelle du primat anglo-saxon

    Aethelgar vient personnellement chercher son pallium à Rome.

  6. 990
    Pallium à Sigeric et Via Francigena
    Itinéraire en soixante-dix-neuf étapes consigné par la suite de Sigeric

    Le récit de retour de Sigeric (De Roma ad usque Mare) devient l'un des plus anciens itinéraires structurés du pèlerinage à Rome.

  7. Noël 990
    Légation à Æthelred II
    L'évêque Léon de Trevi (Ombrie) remet la lettre pontificale au roi anglais

    Le pape s'investit dans l'arbitrage du conflit entre l'Angleterre et la Normandie.

  8. 1er mars 991
    Paix de Rouen
    L'un des plus anciens traités d'arbitrage de l'histoire européenne

    Æthelred II et Richard Iᵉʳ signent à Rouen après médiation papale.

  9. juin 991
    Concile de Saint-Basle de Verzy
    Déposition d'Arnoul de Reims et installation de Gerbert d'Aurillac

    Discours retentissant d'Arnoul d'Orléans contre les papes du saeculum obscurum.

  10. 31 janvier 993
    Synode du Latran
    Canonisation solennelle d'Ulric d'Augsbourg

    Premier acte de canonisation papale solennelle de l'histoire de l'Église.

  11. 3 février 993
    Bulle de canonisation
    Annonce aux évêques francs et germains, acte inaugural

    Le document matrice du futur droit canonique des saints.

  12. 2 juin 995
    Synode de Mouzon
    Le légat Léon, abbé des saints Boniface et Alexis, suspend Gerbert d'Aurillac

    Premier acte concret de la réaction romaine au concile de Saint-Basle.

  13. 1er juillet 995
    Second synode et nullité
    Le procès de Saint-Basle est déclaré illégal et invalide

    La sentence romaine refait des fondations canoniques.

  14. 995
    Fuite à Sutri
    Sous la pression de Crescentius, le pape se retire en Tuscia romaine

    Jean XV envoie des légats à Otton III et obtient le retour à Rome dans la même année.

  15. mars 996
    Mort de Jean XV
    Fièvre violente, probablement sépulture à Saint-Pierre

    Le pape meurt avant que l'armée d'Otton III n'atteigne Rome.

  16. 3 mai 996
    Élection de Grégoire V
    Couramment présenté comme le premier pape allemand, cousin d'Otton III

    Grégoire V achève la restauration d'Arnoul à Reims et poursuit la ligne romaine.

Pour aller plus loin

  • Pape Jean XIV († 984) — pape légitime emprisonné et tué pendant l'usurpation de Boniface VII.
  • Antipape Boniface VII (974, 984-985) — l'usurpateur dont la mort ouvre l'élection de Jean XV.
  • Pape Grégoire V (996-999) — premier pape de langue allemande, qui hérite des dossiers laissés par Jean XV.
  • Pape Sylvestre II (999-1003) — Gerbert d'Aurillac devenu pape, l'autre acteur du conflit de Reims.
  • Saint Ulric d'Augsbourg (vers 890-973) — le premier saint canonisé solennellement par un pape.
  • Crescentius II Nomentanus († 998) — le patrice qui contraint Jean XV à Sutri.
  • Arnoul de Reims (vers 967-1021) — l'archevêque déposé et restauré au cœur de la querelle.
  • Gerbert d'Aurillac — savant, archevêque éphémère de Reims puis pape Sylvestre II.
  • Le saeculum obscurum (904-964) — l'arrière-plan romain dont Jean XV recueille la suite.
  • La réforme grégorienne — la réponse durable aux limites de la papauté du Xᵉ siècle.
  • La Via Francigena — l'itinéraire formalisé sous Jean XV à partir du voyage de Sigeric.
  • La canonisation dans le droit canonique — le processus inauguré par Jean XV en 993.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle "John XV" (texte vérifié le 4 octobre 2026) : « 137th Pope of the Catholic Church », « Beginning Pontificate …VIII.985 », « End Pontificate …III.996 », « Birth Rome ». URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/giovanni-xv.html.

    1 33 42 53
  2. Johann Peter Kirsch, "Pope John XV (XVI)", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910, repris par New Advent (texte intégral vérifié le 4 octobre 2026) : élection après Boniface VII, fils d'un presbyter romain Léon, couronnement entre le 6 août et le 5 septembre 985, influence du patrice Crescentius (« forbade access except in return for bribes » ; « remained throughout his pontificate under the influence of the powerful patricius »), relations amicales avec les deux impératrices, synode du Latran du 31 janvier 993 et bulle du 3 février (« the first time that a solemn canonization had been made by a pope »), paix de Rouen 991 par le légat Léon de Trevi (Ombrie), conflit de Reims, restauration d'Arnoul ; en-tête « Enthroned 985; d. April, 996 » et corps « John died early in April, while Otto lingered until 12 April in Pavia, where he celebrated Easter » (seule source à placer la mort en avril). URL : https://www.newadvent.org/cathen/08427c.htm.

    2 5 15 22 28 32 34 41 45 47 52 61 62 64 81 89 93 101
  3. Wolfgang Huschner, "Giovanni XV, papa", Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 55 (2001), Treccani (texte intégral italien vérifié le 4 octobre 2026) : « nacque, presumibilmente nella prima metà del X secolo, dal presbitero Leone », élection d'août 985 « probabilmente per intervento del patricius Giovanni », pallium à Seguin de Sens en 986 (nommé primat des Gaules), à Aethelgar de Cantorbéry en 989, à Sigeric « l'anno dopo » (990), « alla fine del gennaio 993 si riunì in Laterano… un sinodo durante il quale fu decisa la canonizzazione del vescovo Ulrico » (« la prima formale canonizzazione da parte della S. Sede »), conflits avec Crescentius Nomentano et retraite à Sutri en Tuscia romaine au printemps 995, légats à Otton III, retour festif à Rome, « morì per un improvviso e violento attacco di febbri nel marzo del 996, prima che l'imperatore avesse raggiunto la città », « probabilmente sepolto in S. Pietro ». URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-giovanni-xv_%28Dizionario-Biografico%29/.

    3 12 17 24 25 31 37 43 44 49 60 66 67 68 69 91 92 94 95 98 100 102 103 104
  4. Wikipédia anglophone, "Pope John XV" : pape d'août 985 à mars 996, fils du prêtre romain Léon, cardinal-prêtre de Saint-Vital avant l'élection, prédécesseur Jean XIV, successeur Grégoire V, canonisation d'Ulric le 31 janvier 993 (première canonisation pontificale solennelle), conflit de Reims avec Arnoul et Gerbert, médiation entre Æthelred II et Richard Iᵉʳ de Normandie via le légat Léon. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_John_XV.

    4 46
  5. S. McKenna, "John XV, Pope", New Catholic Encyclopedia, repris par Encyclopedia.com (texte intégral vérifié le 4 octobre 2026) : pontificat d'août 985 à mars 996, fils du prêtre romain Léon, élection entre le 6 août et le 5 septembre 985 par influence de John Crescentius II, relations amicales avec Adélaïde et Théophano, paix de Rouen 991 par le légat Léon de Trevi confirmée par bulle, Arnoul fait archevêque en 989, synode de Mouzon 995 suspendant Gerbert, Pologne reçue comme fief vers 990, « initiated the practice of papal canonization of saints » avec canonisation d'Ulric le 31 janvier 993 et bulle du 3 février aux évêques francs et germains, « promoter of the Cluniac reform », fuite en Toscane, appel à Otton III, mort avant l'arrivée impériale. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-xv-pope.

    6 13 16 19 23 35 59 65 74 96 106
  6. Wikipédia anglophone, "Ulrich of Augsburg" (texte vérifié le 4 octobre 2026) : évêque d'Augsbourg de 923 à 973, mort le 4 juillet 973 (d'où sa fête au 4 juillet), défense de la ville lors de la bataille du Lechfeld le 10 août 955, Vita sancti Uodalrici rédigée par son successeur Gérard d'Augsbourg, « the first saint to be canonised by a pope, rather than by a local authority ». Attention : son infobox porte « Canonized 4 July 993 by Pope John XV », date qui confond la fête du saint avec l'acte — le synode du Latran (31 janvier 993) et la bulle (3 février 993) sont attestés par Kirsch, la NCE et Treccani (voir leurs notes). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Ulrich_of_Augsburg.

    7 18 20 54 56 58 63
  7. Wikipédia anglophone, "Treaty of Rouen (991)" : traité signé le 1ᵉʳ mars 991 entre Æthelred II d'Angleterre et Richard Iᵉʳ de Normandie après médiation pontificale, légat papal Léon, évêque de Trevi (Ombrie), arrivé en Angleterre à Noël 990 avec la lettre de Jean XV, considéré comme l'un des plus anciens traités d'arbitrage de l'histoire européenne, clauses sur la restitution mutuelle des fugitifs et la réparation par compensation. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Treaty_of_Rouen_(991).

    8 40 71 72 73
  8. Encyclopedia.com (NCE-based), "John XV, Pope" : élection après la mort de Jean XIV entre le 6 août et le 5 septembre 985, fils du prêtre romain Léon, soumission politique au patrice Crescentius II, légat Léon de Trevi (Ombrie) qui négocie la paix de Rouen 991, synode du Latran du 31 janvier 993 et bulle du 3 février canonisant Ulric, conflit avec Hugues Capet sur Reims, synode de Mouzon en 995 suspendant Gerbert, mort avant l'arrivée de la cour impériale. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-xv-pope.

    9 21 29 48 51 57 90
  9. Wikipédia anglophone, "Arnulf (archbishop of Reims)" : fils illégitime du roi Lothaire IV, archevêque de Reims sous Hugues Capet en 989, livraison de la ville à son oncle Charles duc de Basse-Lorraine, accusation de haute trahison, déposition au concile de Saint-Basle de Verzy en juin 991 présidé par Seguin de Sens et secrétariat de Gerbert d'Aurillac, installation de Gerbert, refus du pape Jean XV, convocation sans succès des évêques francs à Aix-la-Chapelle puis à Rome, synode de Mouzon le 2 juin 995 présidé par le légat Léon abbé des saints Boniface et Alexis suspendant Gerbert, second synode du 1ᵉʳ juillet 995 déclarant le procès illégal, restauration d'Arnoul par Grégoire V en 997-998. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Arnulf_(archbishop_of_Reims).

    10 39 75 76 79 82 83 84 85 105
  10. Erick Ybarra, "Council of Verzy and Papal Claims (A.D. 991)", erickybarra.wordpress.com (étude apologétique avec citations des Actes), reprenant les Acta concilii Causeiensis transmises par Gerbert d'Aurillac : convocation du concile par Hugues Capet au monastère de Saint-Basle, discours d'Arnoul d'Orléans, déposition d'Arnoul de Reims, installation de Gerbert, réaction de Jean XV par le légat Léon abbé de Sant'Alessio. Ybarra donne la formule en anglais, avec points de suspension : « But the Church of God is not subject to a wicked pope… » ; en l'absence d'édition critique des Acta consultée, l'article la rend en paraphrase attribuée. URL : https://erickybarra.wordpress.com/2017/10/25/council-of-verzy-and-papal-claims-a-d-991/.

    11 38 78 80
  11. Encyclopaedia Britannica, "John XV (or XVI)", rédigé par les éditeurs, mis à jour le 25 février 2019 (partie publique seule accessible ; la suite est réservée aux abonnés et n'est pas citée) : « pope from 985 to 996, who carried out the first solemn canonization in history by papal decree », « His election, August 985, came during one of the darkest periods in papal history », « Crescentius II's success in swaying John's election revived that family's good fortune ». URL : https://www.britannica.com/biography/John-XV.

    14 30 36 50 97
  12. Wikipédia anglophone, "Crescentius the Younger" : fils de Crescentius l'Ancien, participation à l'élection de Jean XV en 985, prise du titre de Patricius Romanorum après la mort de Boniface VII, contrôle effectif de Rome pendant tout le pontificat de Jean XV, présence du nom de Crescentius à côté de celui du pape dans les actes officiels, première intervention d'Otton III en 996 puis seconde en 998 entraînant l'exécution de Crescentius. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Crescentius_the_Younger.

    26 86 88
  13. Encyclopedia.com, "Crescentii" : famille romaine dominant la ville à partir de la seconde moitié du Xᵉ siècle, Crescentius II Nomentanus contrôle Rome pendant Jean XV, son père Crescentius l'Ancien avait déjà joué un rôle politique dans les années 970. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/crescentii.

    27 87
  14. Encyclopaedia Britannica, "Saint Ulrich" : évêque d'Augsbourg, défenseur de la ville en 955, modèle pastoral pour l'Empire ottonien, canonisé par Jean XV en 993. URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Ulrich.

    55
  15. The Catholic Herald, "The Francigena Britannica: Walking the pilgrim path" et études afférentes : retour de l'archevêque Sigeric de Cantorbéry depuis Rome en 990 après réception du pallium, journal De Roma ad usque Mare consignant les soixante-dix-neuf étapes, conservé à la British Library, base contemporaine de l'itinéraire de la Via Francigena. URL : https://thecatholicherald.com/the-francigena-britannica-walking-the-pilgrim-path/.

    70
  16. "Hugh Capet", The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910, repris par New Advent : tentative de restauration carolingienne par Arnoul (sept. 989), Charles de Lorraine maître de Reims et de Laon, refus d'Arnoul de comparaître au concile de Senlis (début 990), emprisonnement de Charles de Lorraine et d'Arnoul (29 mars 991), déposition d'Arnoul au concile de Saint-Basle (17-18 juin 991 selon F. Lot). URL : https://www.newadvent.org/cathen/07515c.htm.

    77
  17. In nomine Domini, bulle du pape Nicolas II promulguée le 13 avril 1059 (canon du concile de Rome), réservant l'élection pontificale aux cardinaux-évêques ; Hildebrand, futur Grégoire VII, alors archidiacre, en fut l'inspirateur. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/In_nomine_Domini.

    99