Pape Jean XIV (Ioannes XIV), né Pietro à Pavie et connu dans l'historiographie comme Pietro Canepanova, gouverne l'Église de Rome de novembre ou décembre 983 jusqu'à sa mort le 20 août 984. Le Saint-Siège le compte comme le 136e pape de l'Église catholique, avec un début de pontificat indiqué en novembre ou décembre 983, une fin au 20 août 984, un nom séculier Pietro et une origine pavienne.[1]
Son pontificat tient en moins d'un an, mais il révèle avec une netteté rare la fragilité de la première papauté ottonienne. Jean XIV n'est pas un pape sorti du clergé romain : il est évêque de Pavie, proche conseiller d'Otton II, archichancelier pour l'Italie, homme de cour, juriste pratique, missus impérial dans les plaids italiens. Sa promotion au siège de Pierre est donc l'une des expressions les plus nettes de la tutelle impériale sur Rome à la fin du Xe siècle.[2][3]
La tragédie est presque immédiate. À peine Jean XIV installé, Otton II meurt à Rome le 7 décembre 983, en présence du pape, de l'impératrice Théophano et d'autres ecclésiastiques. Le protecteur disparaît ; Rome se retrouve ouverte aux factions. En avril 984, l'antipape Boniface VII, déjà responsable de la crise de 974, revient de Constantinople avec des appuis romains et byzantins. Jean XIV est arrêté, déposé de fait, enfermé au Castel Sant'Angelo, puis meurt après quatre mois de prison, de faim ou de poison selon les sources.[4][5][6]
« Après quatre mois, l'infortuné Jean XIV mourut en prison le 20 août 984, soit de faim et de misère, soit assassiné sur l'ordre de Boniface. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, traduction française[7]
Jean XIV n'a pas laissé une œuvre doctrinale comparable à celle des grands papes. Son unique document pontifical conservé avec certitude concerne l'archevêque Alone de Bénévent et l'organisation ecclésiastique de l'Italie méridionale.[8][9] Son importance vient d'ailleurs : il montre ce qui arrive quand la papauté est installée par une force politique extérieure, puis brusquement privée de cette force. Il est le pape de la protection impériale devenue absence, et donc de la vulnérabilité du siège romain avant la réforme grégorienne.
Pourquoi Jean XIV compte-t-il ?
Un pontificat court, mais situé à un point de rupture
Jean XIV arrive après Benoît VII, dans une Rome que les Ottoniens tentent de tenir depuis la crise de Jean XII, Léon VIII et Benoît V. Jean XIII avait stabilisé le système ; Benoît VI avait montré sa fragilité en étant étranglé au Castel Sant'Angelo ; Benoît VII avait restauré l'obéissance romaine avec l'aide impériale. Jean XIV hérite donc d'une papauté à la fois plus organisée qu'au temps d'Albéric II et toujours dépendante d'un appui extérieur.[10][11]
Sa personne rend cette dépendance visible. Contrairement à plusieurs papes romains du siècle, il n'est pas choisi dans un équilibre local entre grandes familles, clergé et peuple romain. Britannica écrit qu'il fut choisi par Otton II en novembre ou décembre 983 sans consultation du clergé ni du peuple de Rome.[12] Treccani nuance par la prudence documentaire, mais confirme le fond : Pietro n'accède probablement au siège pontifical qu'après le retour de l'empereur à Rome, et sa situation devient difficile dès que cet appui disparaît.[13]
Le pape-chancelier d'Otton II
La singularité de Jean XIV est son profil administratif. Avant d'être pape, Pietro est évêque de Pavie, ville royale et impériale de première importance dans le royaume d'Italie. Après la mort d'Uberto de Parme en 980, il devient archichancelier pour l'Italie, charge qui en fait l'un des principaux intermédiaires entre l'empereur, les évêques, les abbayes et les notables italiens.[14][15]
Cette carrière explique à la fois sa promotion et son échec. Otton II choisit un homme qu'il connaît, compétent, présent dans ses diplômes, habitué aux plaids et à la diplomatie de l'Italie méridionale. Mais les Romains reçoivent un pape dont la force principale vient de la cour impériale. Quand la cour disparaît, il ne reste presque rien pour le protéger.
Une mort qui révèle la violence des factions romaines
Le retour de Boniface VII n'est pas une simple querelle personnelle. Il révèle que les familles romaines, notamment le milieu crescentien, n'ont jamais accepté durablement la mainmise ottonienne. Le pouvoir impérial pouvait imposer, réprimer, restaurer ; il ne transformait pas immédiatement les fidélités locales. Jean XIV paie ce décalage.
La violence est d'autant plus grave qu'elle répète un scénario déjà vu. Benoît VI avait été enfermé et tué au Castel Sant'Angelo en 974. Dix ans plus tard, Jean XIV est enfermé dans la même forteresse et meurt à son tour. Le lieu devient, dans la mémoire pontificale du Xe siècle, le symbole d'une Rome capable d'emprisonner le successeur de Pierre au pied même du Vatican.
Les sources principales
Saint-Siège, Catholic Encyclopedia, Britannica
La fiche officielle du Saint-Siège fournit les repères de réception : Jean XIV est le 136e pape, Pietro de Pavie, avec un pontificat commençant en novembre ou décembre 983 et s'achevant le 20 août 984.[16] Cette fiche ne raconte pas le drame, mais elle fixe l'essentiel : Jean XIV est reconnu comme pape, Boniface VII ne l'est pas.
La notice de Johann Peter Kirsch dans la Catholic Encyclopedia donne le récit catholique classique : après Benoît VII, l'évêque Pietro de Pavie, ancien chancelier impérial d'Italie, est élu avec le consentement d'Otton II ; il prend le nom de Jean ; Otton meurt le 7 décembre 983 préparé par le pape ; Boniface VII revient de Constantinople en avril 984, fait arrêter Jean, l'enferme au Castel Sant'Angelo et usurpe le trône pontifical ; Jean meurt le 20 août 984.[17]
Britannica confirme les mêmes points, avec une formulation plus nette sur l'élection imposée par Otton II et sur l'absence de consultation romaine. Elle ajoute que le seul document conservé de Jean XIV est une lettre à l'archevêque Alone de Bénévent concernant la réforme ecclésiastique.[18]
Treccani : le dossier le plus riche
Pour le détail historique, Treccani est indispensable. L'article du Dizionario Biografico degli Italiani reconstitue la carrière de Pietro avant le pontificat : évêque de Pavie dès les années 971-972, confirmation des droits de son Église à Nimègue en novembre 976, présence à la cour d'Otton II, accession à l'archichancellerie italienne après 980, activité de missus impérial entre 981 et 983, participation à la campagne d'Italie méridionale, puis présence auprès d'Otton II jusqu'au retour à Rome.[19]
Treccani apporte aussi les détails les plus précieux sur les derniers mois : privilège du 6 décembre 983 pour Alone de Bénévent, mort d'Otton II le lendemain, organisation des funérailles impériales par Jean XIV, isolement politique du pape, retour de Boniface VII en avril 984, arrestation sans trace de procédure formelle, prison au Castel Sant'Angelo, mort le 20 août 984, incertitudes sur la sépulture.[20]
Une documentation maigre, mais significative
On ne possède pas de registre pontifical abondant pour Jean XIV. Treccani note qu'en dehors du privilège pour Bénévent, seuls quelques documents non datés pourraient peut-être être rattachés à son pontificat, notamment une confirmation pour Echternach et un mandat concernant le duc anglo-saxon Aelfric.[21] Il serait donc faux d'en faire un grand législateur ou un réformateur documenté.
Mais la pauvreté documentaire n'annule pas la signification historique. Dans l'histoire de l'Église, certains pontificats comptent moins par leurs textes que par leur position dans une crise. Jean XIV est de ceux-là. Son dossier documente l'effet concret d'une papauté ottonienne trop dépendante d'un empereur mort soudainement.
| Source | Nature | Apport principal | Prudence |
|---|---|---|---|
| Saint-Siège | Liste officielle | Rang, dates, nom séculier et origine | Notice minimale |
| Catholic Encyclopedia | Synthèse catholique ancienne | Élection, mort d'Otton II, Boniface VII, prison | Dépend des synthèses classiques du début XXe siècle |
| Britannica | Synthèse moderne | Élection par Otton II, opposition des Crescentii, unique document conservé | Très bref |
| Treccani DBI | Étude historienne | Carrière pavienne, chancellerie, activité de missus, Bénévent, funérailles, arrestation | Distinguer faits sûrs et hypothèses |
| New Advent, Pavia | Notice diocésaine | Place de Pietro dans la succession épiscopale de Pavie | Renseignement ponctuel |
| Treccani, Boniface VII | Dossier de l'antipape | Retour d'exil, appuis crescentiens et byzantins, seconde usurpation | Source centrée sur l'usurpateur |
Pietro de Pavie avant le pontificat
Pavie, ville royale et siège épiscopal stratégique
Pavie n'est pas une ville quelconque. Ancienne capitale du royaume lombard, puis centre majeur du royaume d'Italie, elle conserve au Xe siècle une forte valeur politique. Un évêque de Pavie se trouve naturellement dans l'orbite des rois et des empereurs qui gouvernent l'Italie. La notice New Advent sur Pavie place Pietro Canepanova dans la série des évêques de la ville et signale explicitement qu'il fut chancelier d'Otton II avant de devenir Jean XIV.[22]
Cette origine explique le contraste avec Rome. Pietro appartient à l'Italie impériale du Nord, structurée par les diplômes, les plaids, la cour, les relations avec les évêques et les monastères. Rome, elle, demeure dominée par des familles urbaines qui supportent mal un pontife extérieur, surtout lorsque cet homme incarne la présence saxonne.
Évêque de Pavie et défenseur de son Église
Treccani identifie Pietro comme évêque de Pavie depuis 971 ou 972. En novembre 976, à Nimègue, il obtient d'Otton II la confirmation des biens de son Église et une concession d'immunité.[23] Ce point est important : avant de gouverner Rome, Pietro a déjà agi comme évêque soucieux des droits matériels et juridiques de son siège.
Treccani signale aussi des tensions avec des monastères. Pietro semble avoir tenté de placer sous son contrôle le monastère de San Salvatore de Pavie, fondé par l'impératrice Adélaïde et placé sous la protection du Saint-Siège par Jean XIII. Le pape lui écrit pour lui interdire de porter atteinte aux droits du monastère. Plus tard, Gerbert d'Aurillac, alors abbé de Bobbio, se plaint aussi de collaborations ayant favorisé l'aliénation de biens monastiques.[24]
Pietro est un évêque de gouvernement, pas un moine contemplatif. Il connaît les privilèges, les possessions, les immunités et les conflits patrimoniaux. Il agit dans un monde où l'Église possède des biens, les défend, les dispute et les administre.
Archichancelier pour l'Italie
Après la mort d'Uberto de Parme en 980, Pietro reçoit la charge d'archichancelier pour l'Italie. Treccani souligne qu'il devient alors l'un des principaux conseillers d'Otton II et l'intermédiaire le plus important entre l'empereur et les évêques ou abbés de la péninsule.[25]
Cette fonction le place au cœur du gouvernement ottonien. Il intervient en faveur des Églises de Crémone, Lucques et Lodi, des monastères de San Clemente a Casauria et San Vincenzo al Volturno, et même d'un marchand de Côme. Entre août 981 et avril 983, il préside plusieurs plaids comme missus domini imperatoris, accompagné de juges de Pavie et d'autres villes, en présence de comtes et d'évêques.[26]
| Domaine | Activité de Pietro avant 983 | Sens historique |
|---|---|---|
| Pavie | Confirmation des possessions et immunités de son Église | Évêque de gouvernement, attentif aux droits de son siège |
| Cour impériale | Présence auprès d'Otton II, notamment au nord des Alpes et en Italie | Homme de confiance de l'empereur |
| Chancellerie | Archichancelier italien après 980 | Médiateur entre Empire et Églises italiennes |
| Justice | Missus impérial dans plusieurs plaids entre 981 et 983 | Pratique du droit public impérial |
| Monastères | Interventions pour Casauria, San Vincenzo, Farfa, mais aussi tensions avec San Salvatore et Bobbio | Ambivalence d'un évêque puissant |
Le titre "empereur des Romains"
Un détail technique éclaire la pensée politique de Pietro. Treccani relie l'emploi par Otton II du titre imperator Romanorum dans plusieurs diplômes à la concurrence avec l'empereur de Constantinople, et suggère que Pietro, présent dans les protocoles où cette titulature apparaît, peut en avoir été l'inspirateur ou au moins le transmetteur.[27]
Le point n'est pas anecdotique. Dans les années 980, Otton II affronte les Byzantins en Italie méridionale et revendique une romanité impériale occidentale. Pietro, futur Jean XIV, appartient à ce monde de chancellerie où les mots des diplômes expriment des prétentions politiques. Son pontificat, puis son renversement par un Boniface soutenu ou favorisé par Constantinople, s'inscrivent dans cette rivalité romano-byzantine.
La route vers Rome en 983
Après la mort de Benoît VII
Benoît VII meurt en 983 après avoir gouverné Rome dans la continuité ottonienne. La situation semble alors favorable à Otton II : il est en Italie, tient Rome, dispose d'un réseau d'évêques et d'abbés, et peut imposer un choix qui échappe aux factions locales. Pietro de Pavie, son chancelier, est un candidat logique.
Treccani reste prudent sur la date exacte de l'élection. Pietro accompagne l'empereur pendant l'été et l'automne 983 ; un diplôme du 24 août 983 le montre encore évêque de Pavie, et il apparaît comme archichancelier jusqu'en novembre selon une proposition de datation des diplômes. Il est donc probablement élevé au siège pontifical seulement en novembre-décembre 983, après le retour d'Otton II à Rome.[28]
Le nom de Jean
Pietro prend le nom de Jean. Ni Treccani ni la Catholic Encyclopedia ne donnent la raison de ce choix. On y voit souvent la marque d'une réserve ancienne devant le nom de Pierre : de fait, aucun pape n'a repris le nom de l'Apôtre depuis[29]. Mais cette explication reste une interprétation, car l'usage n'a jamais été codifié en loi : la loi actuelle du conclave, Universi Dominici Gregis (22 février 1996, n. 87), demande seulement à l'élu : « Comment veux-tu être appelé ? ».[30]
Le nom Jean s'inscrit aussi dans une série romaine lourde. Jean XII avait été le pape scandaleux de la restauration impériale de 962 ; Jean XIII avait tenté de stabiliser la papauté ottonienne ; Jean XIV devient le pape qui meurt quand cette stabilisation se défait. Le nom n'explique rien par lui-même, mais il place le pontificat dans une séquence de crise.
Le premier et presque unique acte : Bénévent
Alone, archevêque de Bénévent
Au début de décembre 983, Jean XIV consacre le diacre Alone comme archevêque de Bénévent, sur intercession de l'empereur. Le 6 décembre 983, il lui accorde le pallium et le droit de consacrer les évêques de quatorze sièges suffragants.[31] Britannica voit dans ce document le seul acte pontifical conservé avec certitude du pontificat.[32]
Bénévent n'est pas un dossier secondaire. L'Italie méridionale est le théâtre où se croisent les ambitions ottoniennes, les principautés lombardes, la pression byzantine et la menace musulmane. L'acte de Jean XIV prolonge donc la politique de Jean XIII, qui avait déjà renforcé Capoue et Bénévent dans le cadre de la stratégie ottonienne.[33]
Un acte ecclésial et politique
Accorder le pallium n'est pas seulement un geste d'honneur. Le pallium manifeste la communion avec Rome et la charge métropolitaine. Autoriser l'archevêque de Bénévent à consacrer les évêques de quatorze sièges, c'est organiser une province ecclésiastique entière dans une zone politiquement sensible.
L'intercession de l'empereur montre cependant la double nature de l'acte. Jean XIV agit comme pape, mais la demande s'insère dans la stratégie d'Otton II. L'empereur veut tenir l'Italie méridionale ; le pape donne la forme canonique à une architecture ecclésiale utile à cette présence.
Le lendemain : mort d'Otton II
Le lendemain du privilège, le 7 décembre 983, Otton II meurt à Rome. La proximité chronologique est saisissante : Jean XIV signe l'acte qui manifeste sa collaboration avec l'empereur, puis perd immédiatement le protecteur qui rendait son pontificat viable.
Treccani rapporte que Jean XIV, Théophano et d'autres ecclésiastiques sont présents au moment de la mort. Le pape organise les funérailles impériales et fait déposer le corps d'Otton II dans un sarcophage antique, à l'entrée orientale du vestibule de Saint-Pierre, appelée "le Paradis".[34]
« Le jour suivant, Otton II mourut ; le pape, l'impératrice Théophano et d'autres ecclésiastiques étaient présents. » — Treccani, Dizionario Biografico degli Italiani, traduction française[35]
L'effondrement de l'appui impérial
Un pape sans parti romain solide
La mort d'Otton II ne crée pas seulement une vacance impériale affective. Elle bouleverse l'équilibre politique. L'héritier, Otton III, est encore un enfant — Schnürer note que Boniface revint « during the minority of Otto's son » — et la présence impériale se retire de Rome, qui n'est plus le centre de l'attention de la cour.[36]
Jean XIV, lui, reste dans une ville où il n'a pas de parti puissant. Treccani est clair : après la mort d'Otton II, il perd son principal appui ; comme il compte très peu de partisans à Rome, sa situation devient rapidement difficile.[37]
Le retour des Crescenzi
Le milieu crescentien avait déjà joué un rôle dans les crises précédentes. En 974, Boniface VII avait été élevé au siège pendant que Benoît VI était prisonnier, avec l'appui du groupe de Crescentius ; l'intervention du représentant impérial avait ensuite chassé l'usurpateur, sans détruire les réseaux romains qui le soutenaient.[38]
Après 983, ces réseaux retrouvent de l'espace. L'empereur mort et le pape isolé, la restauration anti-ottonienne devient possible : en avril 984, Boniface trouve à Rome « consensi e appoggi » et s'empare de Jean XIV. Le détail exact de ses appuis romains reste mal documenté — Delogu, qui établit les liens anciens entre Boniface et le groupe crescentien, n'avance sur ces ralliements que des hypothèses prudentes.[39] La Rome de Jean XIV n'est donc pas un chaos spontané : elle est une ville où des familles savent attendre le moment favorable.
Le rôle possible de Byzance
Treccani souligne que l'empereur byzantin, après la mort de son concurrent occidental, aurait assuré son appui à Boniface VII pour réduire ou annuler l'influence des partisans d'Otton II à Rome et dans l'Italie méridionale. Les principautés lombardes de Bénévent, Capoue et Salerne étaient précisément les points forts de la politique ottonienne, dangereuse du point de vue byzantin.[40]
Le cadre géopolitique est documenté : Boniface revient de Constantinople, où il avait cherché refuge, et l'Empire byzantin voyait d'un mauvais œil la présence ottonienne en Italie méridionale ; Jean XIV, lui, est l'homme même de la chancellerie qui avait porté le titre d'imperator Romanorum pour Otton II.[41][42]
Boniface VII : l'usurpateur revenu de Constantinople
Franco-Boniface, déjà au cœur du meurtre de Benoît VI
Boniface VII, né Franco, n'apparaît pas en 984 comme un inconnu. En 974, pendant l'emprisonnement de Benoît VI, il avait déjà pris le siège pontifical avec l'aide des partisans de Crescentius. Après l'échec de cette première usurpation, il avait fui à Constantinople. Les sources catholiques le regardent comme antipape, et la réception officielle moderne le place hors de la succession légitime.[43][44]
Son retour en avril 984 est donc la reprise d'une crise interrompue dix ans plus tôt. La mort d'Otton II lui donne ce que la présence impériale lui avait retiré : une fenêtre romaine.
Arrestation et absence de procédure
Jean XIV est arrêté et déposé de fait. Treccani précise qu'on ne conserve pas de trace d'une procédure formelle de déposition.[45] Cette absence est importante. Il ne s'agit pas d'un procès canonique, même irrégulier, comparable aux synodes de 963 autour de Jean XII. Il s'agit d'une prise de pouvoir.
La différence avec une élection contestée est décisive. Jean XIV est reconnu comme pape ; Boniface VII est un usurpateur déjà condamné par les faits précédents. Le retour de Boniface ne crée pas une succession légitime concurrente ; il met le pape en prison.
Le Castel Sant'Angelo
Le Castel Sant'Angelo, ancien mausolée d'Hadrien devenu forteresse, contrôle les abords du Vatican. Au Xe siècle, il est un instrument politique majeur pour les factions romaines. Celui qui tient la forteresse peut peser sur Saint-Pierre, protéger ou capturer un pape, négocier avec les puissances extérieures.
L'enfermement de Jean XIV dans ce lieu a donc une valeur symbolique. Le successeur de Pierre est neutralisé par une forteresse construite par l'ancien pouvoir impérial païen, au cœur de la Rome chrétienne. L'Église n'est pas vaincue doctrinalement ; elle est physiquement ligotée par une violence urbaine.
La mort du 20 août 984
Faim, misère ou poison
Les sources donnent deux explications principales : la mort par faim et misère dans la prison, ou une mort violente sur ordre de Boniface. Treccani écrit « di fame o di veleno » après quatre mois de captivité[46] ; Delogu rapporte qu'il mourut « di fame e — fu detto — di veleno »[47] ; la Catholic Encyclopedia retient « either from starvation and misery or murdered by order of Boniface », sans préciser le poison[48].
Le fait sûr est la mort en prison le 20 août 984, après l'arrestation d'avril. Le mode exact reste discuté. Mais dans les deux hypothèses, la responsabilité politique de Boniface VII et de ses soutiens demeure : Jean XIV meurt parce qu'il a été capturé, enfermé et privé de son siège.
Sépulture et épitaphe
La sépulture de Jean XIV est elle aussi incertaine dans le détail. Treccani écrit qu'il est douteux qu'il ait été enseveli à Saint-Pierre dès le pontificat de Boniface VII ; selon la majorité des sources, il fut placé près de la tombe de Jean VIII, vers la porta iudicii, tandis qu'Opicino de Canistris situe sa tombe dans la chapelle de l'archange Raphaël.[49]
L'épitaphe attribuée à Jean XIV est précieuse, mais fragile comme témoin : l'édition du MGH la donne comme un texte barbare et corrompu dans sa transmission, avec une lacune après le nom de Pierre au vers 2 ; transmise par Pierre Mallius sous le nom de Jean X, elle ne raconte pas la fin tragique du pape ; elle dresse au contraire un portrait moral, presque pastoral, du Pietro devenu Jean.[50][51]
« [...] les membres de l'excellent prélat Jean reposent ici, lui qui auparavant avait été Pierre [...] : il gouverna le siège de Pavie d'un doux gouvernement [...] : il fut cher et illustre pour l'empereur Otton, formant par sa conduite le peuple romain qui lui était confié, doux dans l'éloquence [...] paisible envers ses sujets et pieux envers les pauvres. [...] » — Épitaphe attribuée à Jean XIV, traduite du latin[52]
Cette épitaphe ne suffit pas à écrire une vie spirituelle complète. Mais elle empêche de réduire Jean XIV à une marionnette impériale. Ceux qui ont voulu conserver sa mémoire lui reconnaissaient des qualités pastorales : parole douce, gouvernement moral, charité envers les pauvres.
Une mémoire longtemps brouillée
La crise autour de Boniface VII a brouillé la numérotation des papes nommés Jean. Certains catalogues médiévaux ont introduit un Jean inexistant entre Boniface VII et Jean XV, ce qui a provoqué des décalages dans la série des Jean.[53][54] Ce détail de numérotation peut sembler secondaire, mais il montre combien le Xe siècle romain a laissé une mémoire confuse.
La clarification moderne est simple : Jean XIV est pape légitime ; Boniface VII est antipape ; Jean XV succède réellement après la chute de Boniface. Cette réception est aujourd'hui celle de la liste officielle.
Que révèle Jean XIV ?
Le danger d'une papauté appuyée sur un seul protecteur
Jean XIV montre que l'aide impériale peut être efficace mais fragile. Tant qu'Otton II vit, Pietro peut être élevé au siège romain, signer un acte important pour Bénévent, organiser les funérailles impériales et représenter une papauté d'ordre. Dès qu'Otton meurt, le système se vide.
La leçon n'est pas que l'Empire serait seulement mauvais. Les Ottoniens ont effectivement protégé Rome contre des factions violentes, soutenu des monastères, organisé des diocèses et préparé certaines conditions de réforme. Mais une Église qui dépend trop d'un prince reste exposée à la mort du prince, à ses défaites, à ses héritiers enfants, à ses priorités militaires.
Le primat romain humilié mais non annulé
La foi catholique ne prétend pas que tous les papes soient politiquement puissants. Jean XIV est l'exemple presque inverse : il est pape légitime, mais il est arrêté, enfermé et meurt sans pouvoir reprendre son siège. Pourtant, la succession romaine ne s'interrompt pas. L'Église conserve sa mémoire, distingue le pape de l'antipape et rétablit la ligne pontificale après la crise.
Les crises historiques de la papauté ne prouvent pas l'inexistence de la promesse du Christ ; elles montrent que cette promesse n'est pas une garantie de tranquillité politique. Pierre peut être emprisonné ; la charge de Pierre demeure.
Une étape vers la réforme grégorienne
Jean XIV ne formule pas le programme de la libertas Ecclesiae. Il en manifeste le besoin. L'Église du XIe siècle comprendra de plus en plus que la liberté des élections, la lutte contre la simonie, la discipline du clergé et la résistance aux investitures laïques ne sont pas des raffinements juridiques : ce sont des conditions de survie.
Dans ce sens, le pontificat de Jean XIV appartient à la préhistoire de la réforme grégorienne. Sa mort n'est pas seulement un épisode sombre ; elle est l'une des preuves historiques que la papauté ne pouvait pas rester indéfiniment l'objet d'un bras de fer entre empereurs, familles romaines et puissances étrangères.
Un pontificat bref qui éclaire une loi générale
Le pontificat de Jean XIV est court et peu documenté, mais il éclaire une loi majeure de l'histoire catholique : les pontificats brefs peuvent révéler plus que les longs traités. En huit mois environ, on voit Pavie, la chancellerie impériale, Rome, Bénévent, Byzance, les Crescenzi, le Castel Sant'Angelo, Saint-Pierre et la question de la liberté de l'Église.
Il ne faut donc pas le lire comme une simple victime. Il est le miroir d'un système. Son histoire répond à une question très concrète : que devient un pape élu grâce à l'Empire quand l'Empire disparaît de Rome le lendemain de son premier acte important ? La réponse est tragique, mais elle prépare la grande purification institutionnelle du siècle suivant.
Chronologie
- 971-972Pietro devient évêque de PavieUne ville royale et impériale du royaume d'Italie
Treccani situe son accession au siège de Pavie dans ces années, avant sa carrière de conseiller d'Otton II.
- Novembre 976Confirmation des droits de PaviePietro obtient à Nimègue des confirmations pour son Église
L'évêque agit déjà comme défenseur des possessions et immunités de son siège.
- 980Archichancelier pour l'ItaliePietro devient l'un des principaux conseillers d'Otton II
Après la mort d'Uberto de Parme, il occupe une charge centrale dans le gouvernement impérial italien.
- 981-983Missus impérialPlaids, monastères et interventions dans l'Italie centrale et méridionale
Pietro préside plusieurs assemblées judiciaires comme représentant de l'empereur.
- Juillet 982Défaite de Capo ColonneOtton II est battu par les forces musulmanes en Calabre
Pietro participe à la campagne méridionale et revient ensuite à Rome avec l'empereur et Théophano.
- 24 août 983Encore évêque de PavieUn diplôme montre Pietro avant son élévation pontificale
Ce repère empêche de placer son élection trop tôt après la mort de Benoît VII.
- Novembre-décembre 983Élection comme Jean XIVLe chancelier d'Otton II reçoit le siège de Rome
Le choix dépend fortement de la présence impériale à Rome.
- 6 décembre 983Pallium à Alone de BénéventLe seul acte pontifical conservé avec certitude
Jean XIV organise une métropole importante pour l'Italie méridionale ottonienne.
- 7 décembre 983Mort d'Otton II à RomeLe pape perd son principal protecteur
Jean XIV organise les funérailles impériales à Saint-Pierre.
- Avril 984Retour de Boniface VIIL'antipape revient de Constantinople
Appuyé par des forces romaines et probablement favorisé par Byzance, Boniface reprend le pouvoir.
- Avril-août 984Prison au Castel Sant'AngeloJean XIV est arrêté et enfermé
Aucune procédure formelle de déposition n'est attestée.
- 20 août 984Mort de Jean XIVFaim, misère ou poison selon les sources
Le pape meurt après quatre mois de captivité.
- Juillet 985Mort de Boniface VIILa crise s'achève avant l'élection de Jean XV
La succession légitime reprend avec Jean XV, malgré la confusion ultérieure de la numérotation.
Pour aller plus loin
- Pape Jean XIII (965-972) — la stabilisation ottonienne après la crise de 963-965.
- Pape Benoît VI (973-974) — le pape étranglé au Castel Sant'Angelo lors de la première usurpation de Boniface VII.
- Pape Benoît VII (974-983) — le prédécesseur immédiat, restaurateur après Boniface VII.
- Pape Jean XV (985-996) — le successeur légitime après la chute définitive de Boniface VII.
- Le saeculum obscurum (904-964) — le contexte aristocratique romain qui précède l'ordre ottonien.
- La réforme grégorienne — la réponse ultérieure à l'emprise des pouvoirs laïcs sur l'Église.
- Castel Sant'Angelo — forteresse romaine où Benoît VI puis Jean XIV furent emprisonnés.
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle "John XIV" : 136e pape de l'Église catholique, début du pontificat en XI ou XII.983, fin le 20.VIII.984, nom séculier Pietro, naissance à Pavie. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/giovanni-xiv.html.
1 16Wolfgang Huschner, "Giovanni XIV, papa", Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 55, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, 2001, Treccani : carrière de Pietro comme évêque de Pavie, confirmation de Nimègue en novembre 976, archichancelier pour l'Italie après 980, missus impérial, campagne méridionale d'Otton II, datation de l'élection en novembre-décembre 983, privilège du 6 décembre 983 pour Alone de Bénévent, mort d'Otton II, retour de Boniface VII, prison et mort de Jean XIV. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-giovanni-xiv_%28Dizionario-Biografico%29/.
2 5 9 13 14 19 20 21 23 24 25 26 27 28 31 34 37 40 41 45 46 49 50Encyclopaedia Britannica, "John XIV" : Pietro Canepanova, né à Pavie, mort le 20 août 984 à Rome, pape de 983 à 984 ; évêque de Pavie choisi par Otton II en novembre-décembre 983 sans consultation du clergé ni du peuple de Rome ; opposition des Crescentii ; prison au Castel Sant'Angelo ; unique document conservé adressé à l'archevêque Alone de Bénévent. URL : https://www.britannica.com/biography/John-XIV.
3 8 12 18 32Johann Peter Kirsch, "Pope John XIV", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910, repris par New Advent : Pietro de Pavie, ancien chancelier impérial d'Italie, élu avec le consentement d'Otton II, couronné fin novembre ou début décembre 983 ; mort d'Otton II le 7 décembre 983 ; retour de Boniface VII en avril 984 ; prison au Castel Sant'Angelo ; mort le 20 août 984. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08427b.htm.
4 17Paolo Delogu, "Bonifacio VII, antipapa", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, 2000, Treccani : en 974, Boniface est élevé au siège pendant l'emprisonnement de Benoît VI, lié ou du moins bien accueilli par Crescentius de Teodora ; après la mort d'Otton II, il est de nouveau à Rome en avril 984, où il trouve « consensi e appoggi », s'empare du pape Jean XIV et l'enferme au Castel Sant'Angelo, où Jean meurt après quatre mois, « di fame e — fu detto — di veleno », le 20 août 984 ; exil et refuge à Byzance, liens anciens avec le groupe crescentien. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/antipapa-bonifacio-vii_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.
6 38 39 42 43 47Johann Peter Kirsch, "Pope John XIV", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910, repris par New Advent : original anglais du passage cité — « After four months the unhappy John XIV died in prison on 20 August, 984, either from starvation and misery or murdered by order of Boniface. » URL : https://www.newadvent.org/cathen/08427b.htm.
7 48Gustav Schnürer, "States of the Church", The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912, repris par New Advent : analyse de la dépendance des États de l'Église envers la protection impériale, violences des factions romaines, meurtre de Benoît VI, retour de Boniface VII « during the minority of Otto's son », emprisonnement et mort de Jean XIV au Castel Sant'Angelo. URL : https://www.newadvent.org/cathen/14257a.htm.
10 36Voir l'article Ignispedia Pape Benoît VI (973-974), sections sur Crescentius, Boniface VII, le Castel Sant'Angelo et l'étranglement du pape prisonnier.
11 44U. Benigni, "Pavia", The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911, repris par New Advent : liste des évêques de Pavie, avec Pietro Canepanova, chancelier d'Otton II, devenu pape Jean XIV. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11592b.htm.
15 22Encyclopaedia Britannica, "List of popes and antipopes" : note sur la confusion de numérotation des papes nommés Jean après Jean XIV, due à l'introduction erronée d'un pape Jean entre Boniface VII et le vrai Jean XV. URL : https://www.britannica.com/topic/papacy/List-of-popes-and-antipopes.
29 54Jean-Paul II, constitution apostolique Universi Dominici Gregis sur la vacance du Siège apostolique et l'élection du Pontife romain, 22 février 1996, n. 87 : après le consentement (« Acceptes-tu ton élection canonique comme Souverain Pontife ? »), le cardinal-doyen demande seulement : « Comment veux-tu être appelé ? » URL : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_constitutions/documents/hf_jp-ii_apc_22021996_universi-dominici-gregis.html.
30Voir l'article Ignispedia Pape Jean XIII (965-972), sections sur Capoue, Bénévent, Otton II, Théophano et la consolidation méridionale de la papauté ottonienne.
33Wolfgang Huschner, "Giovanni XIV, papa", Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 55, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, 2001, Treccani : original italien du passage cité — « Il giorno successivo Ottone II morì; erano presenti il papa, l'imperatrice Teofano e altri ecclesiastici. » URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-giovanni-xiv_%28Dizionario-Biografico%29/.
35Épitaphe attribuée à Jean XIV, « III. Iohannes XIV », n° 109, dans Die Ottonenzeit, éd. Karl Strecker et Norbert Fickermann, MGH Poetae latini medii aevi, t. V/1, Leipzig, 1937, p. 336 — page lue sur le scan dMGH/MDZ (bsb00000836). Texte retenu par l'édition : « Praesulis eximii requiescunt membra Ioannis, / Qui Petrus . . . . antea extiterat. / Quippe sedem Papie blando moderamine rexit, / Imperatori Ottoni dulcis fuit atque preclarus, / Commissum populum Romanum moribus instruens. / Dulcis in eloquio, cunctis preclarus amicis, / Subiectis placidus pauperibusque pius. / Defunctus est mense Augusti die XX. » L'éditeur signale un texte barbare et corrompu, avec une lacune au v. 2 après « Petrus ». Variante de tradition au v. 5 : le ms R (Vat. 6757) porte « in omnib[us] instruens », leçon reprise par R. Montini, Le tombe dei papi, Rome, 1957, p. 162, n. 137 (texte corroboré par la reprise explicite de S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, FIU) et citée par Huschner (« commissum populum Romanum in omnibus instruens ») ; à la souscription, M (Vat. 3627) donne « Defunctus est ioannes pp romanus m. aug. d XX ». Les deux manuscrits intitulaient faussement l'épitaphe « Ioannes X » ; l'identification à Jean XIV vient du v. 2 (l'ancien Pierre de Pavie, évêque puis archichancelier impérial). Traduction française ci-dessus établie sur le texte retenu par le MGH (« moribus » : « par sa conduite »).
51 52Johann Peter Kirsch, "Pope John XV (XVI)", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910, repris par New Advent : après l'éviction de Jean XIV et la seconde usurpation de Boniface VII, l'élection de Jean XV et la confusion de certains catalogues ayant introduit un Jean inexistant. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08427c.htm.
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