« J'ai eu une pensée horrible pendant la prière — ai-je péché ? Une image impure m'a traversé l'esprit, une bouffée de colère, une envie de me venger : suis-je coupable ? » Cette question, tout confesseur l'entend chaque semaine. Elle torture les âmes délicates, qui se croient perdues au premier assaut ; elle est ignorée des âmes tièdes, qui appellent « fatalité » ce qui était déjà un consentement. Entre ces deux erreurs, l'Église trace une ligne d'une précision remarquable, et cette ligne libère.
La réponse tient en une distinction que vingt siècles de théologie morale ont affinée : la tentation n'est pas le péché. La tentation est une sollicitation au mal — une pensée, une image, un désir, une pression — qui se présente à nous souvent sans que nous l'ayons voulue. Le péché, lui, est un acte de la volonté qui dit « oui » à ce mal. Tant que la volonté refuse, la tentation, si violente et si prolongée soit-elle, ne souille pas l'âme : elle l'éprouve, et parfois la couronne. Comme le résume le Catéchisme, il faut « discerner entre “être tenté” et “consentir” à la tentation »[1].
Cet article ne traite pas du pourquoi de la tentation — pourquoi un Dieu bon la permet-il ? — question distincte, développée dans Pourquoi Dieu permet-il les tentations ?. Il ne détaille pas non plus les degrés du péché une fois commis : pour cela, voir Quelle est la différence entre péché mortel et péché véniel ?. Ici, une seule question, mais capitale pour la paix des âmes : où s'arrête la tentation, où commence le péché ?
Pourquoi cette distinction est vitale
Se tromper sur cette frontière n'est pas une erreur d'école : c'est une blessure spirituelle. Deux déviations symétriques guettent le chrétien, et la distinction exacte les guérit toutes deux.
Le scrupuleux : croire pécher sans cesse
L'âme scrupuleuse confond le premier assaut avec la chute. Une pensée blasphématoire surgit pendant la messe, une image impure s'impose, un mouvement de haine monte : aussitôt elle se croit coupable de péché mortel, s'affole, multiplie les confessions, finit par douter de la miséricorde de Dieu. Or, quand la volonté n'a pas consenti, il n'y a pas de péché du tout — seulement une tentation subie et repoussée. Le scrupule naît souvent de cette confusion : prendre la matière de la tentation pour un consentement qui n'a jamais eu lieu. Saint François de Sales consacre à dissiper cette confusion tout le chapitre 3 de la IVᵉ partie de l'Introduction à la vie dévote (voir ci-dessous « La voix des saints ») : rassurer l'âme en lui montrant que sentir n'est pas vouloir.
Le laxiste : appeler « tentation » ce qui est déjà consenti
L'erreur inverse est plus grave parce qu'elle endort. Le laxiste use du mot « tentation » pour couvrir ce qui est déjà un péché : « je n'ai pas pu résister », « c'était plus fort que moi », alors qu'il a consenti, prolongé, recherché la délectation, entretenu la pensée mauvaise. Confondre la tentation et le péché dans ce sens-là, c'est se déresponsabiliser : transformer un acte libre en fatalité subie. La distinction rétablit la vérité : là où il y a eu consentement, il y a eu péché, et ce péché a un nom.
Deux erreurs, une seule vérité libératrice
Entre le scrupule qui accable et le laxisme qui excuse, la doctrine catholique tient une position droite et paisible : le péché ne se mesure pas à l'intensité de l'assaut, mais à l'acte de la volonté. Une tentation violente combattue jusqu'au bout est un acte de vertu ; une petite pensée mauvaise complaisamment entretenue est déjà une faute. Tout se joue non dans ce qui arrive à l'âme, mais dans ce que l'âme fait de ce qui lui arrive.
Définitions : qu'est-ce que la tentation ? qu'est-ce que le péché ?
Avant d'établir la frontière, il faut définir les deux réalités qu'elle sépare. Elles ne sont pas de même nature : l'une est une épreuve subie, l'autre un acte posé.
La tentation : une sollicitation au mal
La tentation est une incitation à commettre le mal, une attraction vers ce qui est contraire à la loi de Dieu. Elle peut naître de trois sources classiquement distinguées par la tradition — le monde, la chair et le démon[2]. Elle se présente comme une pensée, une image, un désir, une pression extérieure ou intérieure. Ce qui la caractérise, c'est qu'elle précède le consentement : elle propose, elle sollicite, mais elle ne décide pas à notre place. Le mot latin tentatio traduit d'ailleurs deux idées : l'épreuve qui éprouve et fortifie (comme l'or au creuset), et la séduction qui entraîne au mal. Le Catéchisme insiste sur cette double face : il faut « discerner entre l'épreuve, nécessaire à la croissance de l'homme intérieur […] et la tentation, qui conduit au péché et à la mort »[3].
Le péché : un acte libre de la volonté
Le péché, au contraire, n'est jamais une chose qui arrive : c'est une chose qu'on fait. Le Catéchisme le définit comme « une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l'amour véritable, envers Dieu et envers le prochain »[4]. Or un manquement, une faute, supposent un acte libre : on ne peut pécher que par ce que l'on veut. Saint Augustin donnait déjà la définition classique : le péché est « une parole, un acte ou un désir contre la loi éternelle »[5] — et le désir dont il parle est le désir consenti, non la simple secousse involontaire de la sensibilité. C'est pourquoi la théologie enseigne, pour le péché personnel, qu'il n'y a pas de péché sans le concours de la volonté : « Rien n'est péché s'il n'est volontaire », écrit saint Augustin[6]. Le péché originel, lui, fait exception à cette règle : il est contracté, non commis — un état reçu avec la nature, non un acte posé par la volonté (CEC § 404).
Tableau : deux réalités de nature différente
Le contraste, une fois posé, devient lumineux :
| La tentation | Le péché | |
|---|---|---|
| Nature | Une sollicitation, une attraction | Un acte de la volonté |
| Origine | Souvent subie (monde, chair, démon) | Toujours librement posée |
| Volonté | La volonté n'a pas encore consenti | La volonté a dit « oui » |
| Culpabilité | Aucune (parfois du mérite) | Réelle, mortelle ou vénielle |
| Le Christ | L'a connue (Mt 4) | Ne l'a jamais commis (He 4, 15) |
| Ce qu'elle demande | Le combat | La contrition et le pardon |
Ce tableau n'oppose pas deux degrés d'une même chose : il oppose deux réalités de nature différente. La tentation appartient à l'ordre de ce qui nous est proposé ; le péché, à l'ordre de ce que nous décidons. Entre les deux, il y a tout l'espace de la liberté humaine — et c'est dans cet espace que se joue le combat spirituel.
« Ce n'est pas Dieu qui tente » — le témoignage de saint Jacques
Aucun texte du Nouveau Testament n'éclaire mieux la frontière que l'épître de saint Jacques. En quelques versets, l'apôtre décrit toute la genèse du péché, comme une naissance en plusieurs temps.
Jacques 1, 13-15 : l'anatomie du péché
« Que nul, s'il est éprouvé, ne dise : “C'est Dieu qui m'éprouve.” Dieu en effet n'éprouve pas le mal, il n'éprouve non plus personne. Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l'attire et le leurre. Puis la convoitise, ayant conçu, donne naissance au péché, et le péché, parvenu à son terme, enfante la mort. » — Épître de saint Jacques 1, 13-15[7]
Saint Jacques emploie l'image d'une gestation. La convoitise — l'attrait désordonné — attire et leurre d'abord : c'est la tentation. Puis, « ayant conçu », c'est-à-dire lorsque la volonté s'unit à elle et l'accueille, elle « donne naissance au péché ». La tentation et le péché ne sont donc pas au même stade : entre la sollicitation et l'enfantement, il y a une conception, un acte intérieur du vouloir. Sans ce “oui” de la volonté, la convoitise reste stérile. L'apôtre précise même que Dieu « n'éprouve non plus personne » par le mal : la source de la séduction n'est jamais Dieu, mais notre propre convoitise travaillée par le tentateur.
La convoitise n'est pas encore un péché mortel
Ce texte fonde une conviction constante de l'Église : éprouver une convoitise n'est pas encore pécher mortellement. Le mouvement de la sensibilité — la colère qui monte, le désir qui s'éveille, la peur qui pousse au mensonge — précède la délibération et le consentement. La théologie l'appelle le premier mouvement (motus primo-primus) : une réaction spontanée, non encore assumée par la raison ni par la volonté. Saint Thomas d'Aquin enseigne avec précision que ce mouvement de la sensualité qui devance la raison est un péché véniel — imparfait dans son genre — et jamais un péché mortel, car le péché mortel ne peut se trouver dans la seule sensualité sans la raison[8].
Mais alors, que faire de l'objection de saint Paul lui-même, qui a connu dans sa chair cette convoitise qui sollicite malgré lui : « puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » (Rm 7, 19)[9] ? N'est-ce pas la preuve d'un péché commis sans que la volonté y consente ? Saint Augustin referme la difficulté : la convoitise que Paul subit malgré lui est la peine du péché, non un péché qu'il commettrait — « il convoite malgré lui […] mais s'il est vaincu, c'est volontairement qu'il consent à la convoitise » (Rétractations, I, 13, 5). Le péché n'est commis que là où la volonté cède ; et Paul ajoute lui-même : « ce n'est plus moi qui accomplis l'action, mais le péché qui habite en moi » (Rm 7, 17. 20). C'est ce même verset que saint Thomas place en sed contra pour montrer que le mouvement de la sensualité peut être matière de péché — véniel — jamais péché commis sans la volonté (Somme théologique, I-II, q. 74, a. 3).
Le même discernement vaut pour la parole la plus redoutable du Christ : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle » (Mt 5, 28). Augustin précise que le Seigneur ne condamne pas ici le simple frémissement de la chair, mais celui qui regarde dans le but et avec l'intention de convoiter — « ce n'est plus être chatouillé par la délectation charnelle, c'est pleinement consentir à la convoitise » (Le Sermon du Seigneur sur la montagne, I, 12, 33). Là encore, c'est le consentement qui fait le péché.
Le Christ tenté, mais sans péché : la preuve décisive
Il existe une démonstration que rien ne peut renverser : le Christ, qui n'a jamais péché, a pourtant été réellement tenté. Si la tentation était en elle-même un péché, cela serait impossible. Donc la tentation n'est pas un péché.
Hébreux 4, 15 : « éprouvé en tout, sauf le péché »
« Car nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché. » — Épître aux Hébreux 4, 15[10]
La formule est d'une exactitude théologique parfaite. Le Christ a été « éprouvé en tout […] à l'exception du péché » : tenté uniquement du dehors, par la suggestion de l'ennemi, sans que la délectation du péché ait jamais mordu son âme — « toute cette tentation diabolique fut extérieure, non intérieure » (saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, I, 16, 1)[11]. Saint Thomas précise que la tentation venue de l'ennemi peut exister sans péché, car elle ne procède que par suggestion extérieure, tandis que la tentation venue de la chair ne va pas sans péché (Somme théologique, III, q. 41, a. 1, ad 3). La tentation et le péché sont donc bien deux choses séparables : on peut avoir l'une sans jamais tomber dans l'autre. Le Catéchisme commente : Satan le tente « cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu », et « Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d'Adam au Paradis et d'Israël au désert »[12] — lui, le nouvel Adam, « resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation ». Loin d'être une souillure, la tentation subie et vaincue par le Christ devient le lieu de sa fidélité.
Le désert : trois assauts, trois refus (Mt 4)
L'épisode des tentations au désert (Mt 4, 1-11 ; Lc 4, 1-13) met la distinction en scène. Le diable propose trois fois : changer les pierres en pain, se jeter du haut du Temple, adorer pour recevoir les royaumes. Chaque proposition est une tentation réelle — elle sollicite un bien apparent : la nourriture, la gloire, la puissance. Mais aucune n'atteint le consentement : le Christ oppose à chacune la Parole de Dieu (« Il est écrit… ») et renvoie le tentateur. La tentation a duré, elle a été précise, insistante ; elle n'a produit aucun péché, parce que la volonté n'a jamais fléchi. C'est le modèle même du combat chrétien : non l'absence d'assaut, mais le refus constant du consentement.
Ce que l'Évangile montre en Jésus, la vie des saints le confirme : les plus grands amis de Dieu ont souvent été les plus violemment tentés. Loin d'être un signe de disgrâce, une tentation forte est fréquemment le signe d'une âme que l'ennemi cherche à faire tomber précisément parce qu'elle avance.
Les trois étapes : suggestion, délectation, consentement
Comment, concrètement, une tentation se change-t-elle en péché ? La tradition, à la suite de saint Augustin, distingue trois moments dans la marche du mal — et elle situe très précisément où commence la faute.
La grille de saint Augustin
Dans son commentaire du Sermon sur la montagne, saint Augustin décrit trois degrés par lesquels le péché s'accomplit : la suggestion (suggestio), la délectation (delectatio) et le consentement (consensio) ; et il les rapporte au drame de la chute originelle :
« Trois choses concourent à accomplir le péché : la suggestion, la délectation et le consentement. La suggestion se fait soit par la mémoire, soit par les sens du corps […]. Si l'on y prend plaisir, c'est une délectation illicite qu'il faut réprimer ; mais si le consentement intervient, le péché sera pleinement commis. Ces degrés sont donc semblables à ce fait qui est écrit dans la Genèse : la suggestion et une certaine persuasion viennent comme du serpent, la délectation est dans l'appétit charnel comme en Ève, et le consentement dans la raison comme en l'homme. » — Saint Augustin, Le Sermon du Seigneur sur la montagne, I, 12, 34[13]
Augustin parle ici en figure — il le dit lui-même : « comme » (tamquam). Le serpent, « Ève » et « Adam » désignent les facultés de l'âme — les sens, l'appétit charnel, la raison —, non un partage historique des rôles. Historiquement, Ève puis Adam ont tous deux consenti : Ève prit du fruit et mangea, et en donna à Adam (Gn 3, 6), et, séduite, elle « tomba dans la transgression » (1 Tm 2, 14).
Cette grille est devenue classique : saint Thomas la reprend pour la délectation morose (Somme théologique, I-II, q. 74, a. 6), et saint François de Sales pour « les trois degrés pour descendre à l'iniquité » (Introduction à la vie dévote, IV, 3). Le péché n'est pas un instant unique, mais un chemin : on peut être arrêté à chaque étape.
La suggestion : le serpent
La suggestion est le premier assaut : la pensée mauvaise se présente, l'image surgit, le désir s'éveille. Elle vient « du dehors » — des sens, de la mémoire, du tentateur — et elle ne dépend pas de notre volonté. À ce stade, il n'y a strictement aucun péché, quel que soit le contenu de la suggestion, fût-il monstrueux ou blasphématoire. C'est le point que le scrupuleux doit graver dans son cœur : une pensée horrible qui traverse l'esprit n'est pas une faute ; elle est la matière brute d'une tentation, non un consentement.
La délectation : « Ève », l'appétit charnel
La délectation est l'attrait, le plaisir spontané que la sensibilité éprouve à l'objet suggéré. Ici la théologie distingue avec soin. La première délectation, purement involontaire — ce mouvement de plaisir qui précède toute délibération — n'est pas encore un péché : c'est le « premier mouvement ». Mais si la raison, après délibération, s'attarde volontairement sur ce plaisir au lieu de le chasser — gardant et retournant ce qu'elle aurait dû rejeter aussitôt —, on entre dans la délectation morose : ce retardement délibéré est déjà un consentement à la délectation, et, quand l'objet est en soi une matière grave, un péché mortel (saint Thomas, Somme théologique, I-II, q. 74, a. 6, ad 3 et a. 8). S'attarder avec complaisance, c'est déjà avoir dit « oui » au plaisir défendu.
Le consentement : « Adam », la raison — la frontière du péché
Le consentement est l'acte décisif de la volonté qui accueille le mal, qui dit « oui ». C'est ici, et ici seulement, que la tentation devient péché. Augustin le dit sans détour : « si le consentement intervient, le péché sera pleinement commis ». Avant le consentement — l'acte de la volonté qui prend et mange — le péché n'était pas encore commis ; c'est lui qui a introduit le péché dans le monde. La frontière ne passe donc ni dans la pensée, ni dans le trouble de la sensibilité, mais dans la décision libre.
Où se situe exactement la frontière ?
On peut donc répondre à la question posée avec une précision quasi géométrique. Tant qu'on en reste à la suggestion, aucun péché. Dans la première délectation involontaire, aucun péché — l'âme est même méritante si elle rejette. Dans la délectation morose volontairement entretenue, le péché est déjà commis — mortel si l'objet est grave —, car s'y attarder, c'est déjà consentir à la délectation. Dans le consentement plein, le péché est commis, mortel ou véniel selon les critères de gravité — matière, pleine advertance, consentement de la volonté — que l'on trouvera détaillés dans Quelle est la différence entre péché mortel et péché véniel ?.
La concupiscence : une inclination, pas un péché
Une objection demeure. Si le premier mouvement, le désir spontané vers le mal, n'est pas un péché, alors qu'est-ce donc que cette inclination qui demeure en nous, même après le baptême, même chez les saints ? L'Église lui donne un nom : la concupiscence — et elle enseigne, contre certaines lectures rigoristes, qu'elle n'est pas en elle-même un péché.
La concupiscence n'est pas un péché au sens propre : le concile de Trente
Au XVIᵉ siècle, les réformateurs — au premier rang Luther — soutenaient que la concupiscence demeurée après le baptême était vraiment un péché. Le concile de Trente a tranché avec une netteté définitive, dans son décret sur le péché originel :
« Cette concupiscence, que l'Apôtre appelle parfois “péché”, le saint Concile déclare que l'Église catholique n'a jamais entendu qu'elle fût appelée péché parce qu'elle serait vraiment et proprement un péché dans les régénérés, mais parce qu'elle vient du péché et incline au péché. » — Concile de Trente, session V, décret sur le péché originel, canon 5 (1546)[14]
La distinction est capitale. La concupiscence vient du péché (elle est une séquelle de la faute originelle) et incline au péché (elle nous porte vers le mal) ; mais elle n'est pas elle-même un péché, car elle ne dépend pas de notre volonté. Elle est le « foyer » (fomes peccati, le « tison » du péché), non le péché lui-même.
« Laissée pour nos combats » (CEC § 1264)
Le Catéchisme reprend cet enseignement et lui donne un sens spirituel lumineux : la concupiscence subsiste après le baptême non comme une condamnation, mais comme un terrain d'exercice :
« Dans le baptisé, certaines conséquences temporelles du péché demeurent cependant […] : une inclination au péché que la Tradition appelle la concupiscence […]. Laissée pour nos combats, la concupiscence n'est pas capable de nuire à ceux qui, n'y consentant pas, résistent avec courage par la grâce du Christ. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1264[15]
Cette phrase renverse la perspective du scrupuleux. La tentation issue de la concupiscence n'est pas une tare qui déshonore : elle est « laissée pour nos combats », et ce combat, loin de nuire, sanctifie ceux qui n'y consentent pas. La faiblesse subie devient, par la résistance, matière de victoire. C'est pourquoi saint Paul a pu entendre, au sujet de son « écharde dans la chair », cette parole du Seigneur : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9)[16].
Quand la résistance elle-même devient vertu
La distinction entre tentation et péché ne fait pas seulement disparaître une culpabilité imaginaire : elle révèle une réalité positive. La tentation combattue n'est pas neutre : elle est occasion de mérite. L'Écriture le dit dès l'Ancien Testament :
« Mon fils, si tu t'offres à servir le Seigneur, prépare-toi à l'épreuve […]. Tout ce qui t'advient, accepte-le et, dans les vicissitudes qui t'humilient, montre-toi patient. Car l'or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l'humiliation. » — Livre de Ben Sira (l'Ecclésiastique) 2, 1.4-5[17]
Et saint Jacques, avant même de décrire la genèse du péché, avait proclamé la béatitude du tenté fidèle : « Heureux homme, celui qui supporte l'épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment » (Jc 1, 12)[18]. La tentation vaincue n'est donc pas seulement l'absence d'un péché : elle est la conquête d'une couronne. C'est cette assurance que Dieu ne laisse jamais l'âme au-dessus de ses forces : « Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il vous donnera le moyen d'en sortir » (1 Co 10, 13)[19].
La voix des saints : sentir n'est pas consentir
La théologie morale, ici, rejoint exactement l'expérience des maîtres spirituels. Aucun d'eux n'a vu dans la tentation une souillure ; tous y ont vu un combat, et souvent une grâce.
Saint François de Sales : la princesse sollicitée
Nul n'a mieux consolé les âmes inquiètes que saint François de Sales. Dans l'Introduction à la vie dévote, il pose la distinction avec une clarté définitive :
« Quand la tentation, de quelque péché que ce soit, durerait toute notre vie, elle ne saurait nous rendre désagréables à la divine Majesté, pourvu qu'elle ne nous plaise pas et que nous n'y consentions pas ; la raison est, parce qu'en la tentation nous n'agissons pas, mais nous souffrons. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IVᵉ partie, ch. 3[20]
Il illustre son propos par l'image restée célèbre d'une jeune princesse à qui un « infâme messager d'amour » vient proposer une action honteuse : tant qu'elle écoute avec déplaisir et refuse, le prince son époux « ne lui peut savoir mauvais gré du message qui lui est envoyé, si elle n'y a pris aucune sorte de plaisir » ; elle ne pécherait qu'en prenant plaisir à la proposition et en y consentant. Le mérite, lui, est celui des saints éprouvés : Paul, Angèle de Foligno, François, Benoît, cruellement tentés, « ne perdirent rien de la grâce de Dieu pour tout cela, ains l'augmentèrent de beaucoup ». Le saint résume la règle en une distinction devenue proverbiale : « on les peut sentir, encore qu'elles nous déplaisent, mais on ne peut consentir sans qu'elles nous plaisent »[21]. La distinction du saint évêque de Genève rejoint la doctrine du concile de Trente et d'Augustin : le mal senti n'est pas le mal voulu.
Saint Alphonse de Liguori : les âmes les plus aimées, les plus tentées
Saint Alphonse de Liguori, docteur de la théologie morale et maître des confesseurs, enseigne que la tentation ne devient péché que par le consentement[22] : « ce ne sont pas les mauvaises pensées qui nous font perdre Dieu, mais c'est le consentement qu'on y donne ». Loin d'être un signe d'abandon, la tentation est souvent le signe d'une âme aimée : « C'est pour cela que le Seigneur permet souvent que les âmes qui lui sont les plus chères aient aussi de plus fortes tentations, pour leur faire acquérir plus de mérite sur la terre ». Et sa direction des âmes tourmentées revient à ceci : qui a horreur de la mauvaise pensée et cherche à la bannir ne consent pas — la crainte même de consentir est ordinairement le signe qu'on ne consent pas. Ce discernement pratique — distinguer le trouble subi du consentement donné — est l'objet même du discernement des esprits.
Sainte Thérèse d'Ávila : ne pas se troubler dans l'oraison
Sainte Thérèse d'Ávila écrit à son confesseur — car c'est à lui qu'est adressée la Vie — pour décrire ce qui trouble les âmes dans le troisième degré d'oraison : l'imagination et la mémoire vagabondes — cette « extravagante », cette « folle » dont « Dieu seul peut arrêter les égarements »[23] — s'agitent, mais la volonté demeure fixée sur Dieu, et c'est la volonté qui prie, non l'imagination. Le remède qu'elle indique est de ne pas plus faire cas de cette mémoire importune que d'un fou, et de la laisser à son thème avec patience.
Ce que l'Église prie : « ne nous laisse pas entrer en tentation »
La distinction entre tentation et péché n'est pas qu'une analyse : elle est inscrite au cœur de la prière que le Christ nous a enseignée. La sixième demande du Notre Père — « ne nous laisse pas entrer en tentation » — la suppose tout entière.
Le sens de la demande (CEC §§ 2846-2849)
Le Catéchisme — rédigé avec l'ancienne traduction liturgique, d'où le titre de sa section : « VI. Ne nous soumets pas à la tentation » — explique que cette demande ne signifie évidemment pas « ne permets pas que nous soyons tentés » — puisque Dieu lui-même permet l'épreuve pour notre croissance — mais « ne permets pas d'entrer dans » la tentation (cf. Mt 26, 41), « ne nous laisse pas succomber à la tentation », c'est-à-dire au consentement :
« “Ne pas entrer dans la tentation” implique une décision du cœur : “Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… Nul ne peut servir deux maîtres” (Mt 6, 21. 24). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2848[24]
Et le paragraphe précédent précise l'objet de la demande :
« Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2846[25]
C'est pourquoi la nouvelle traduction française du Notre Père, entrée en usage en 2017, dit « ne nous laisse pas entrer en tentation » et non plus « ne nous soumets pas à la tentation » : il ne s'agit pas de demander à Dieu de cesser une action mauvaise qu'il ne fait jamais (« Dieu n'éprouve pas le mal, il n'éprouve non plus personne », Jc 1, 13), mais de le supplier de nous garder du consentement, c'est-à-dire du passage de la tentation au péché.
Veiller et prier
Le Christ lui-même a donné le remède, à Gethsémani, en une parole qui résume tout :
« Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » — Évangile selon saint Matthieu 26, 41[26]
« La chair est faible » — la concupiscence, la sollicitation, le premier mouvement demeureront jusqu'à la mort ; « l'esprit est ardent » — la volonté, soutenue par la grâce, peut ne pas consentir. Toute la vie chrétienne tient dans cet écart, et toute la miséricorde de Dieu se tient prête pour l'âme qui, ayant consenti, se relève par la contrition et le sacrement du pardon : voir Qu'est-ce que la repentance ? et Comment faire une bonne confession ?.
Pour aller plus loin
- Pourquoi Dieu permet-il les tentations ? — le pourquoi de l'épreuve : sens, providence, croissance de l'âme.
- Quelle est la différence entre péché mortel et péché véniel ? — une fois le consentement donné, les degrés de gravité du péché.
- Qu'est-ce que la conscience morale ? — le jugement de la raison qui distingue le bien du mal.
- Comment lutter contre une addiction spirituellement ? — quand la tentation devient habitude et esclavage.
- Qu'est-ce que le discernement des esprits ? — distinguer d'où viennent les mouvements de l'âme.
- Qu'est-ce que la repentance ? et Comment faire une bonne confession ? — le relèvement, après le consentement.
Notes et références
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2847 (texte sur vatican.va). « L'Esprit Saint nous fait discerner entre l'épreuve, nécessaire à la croissance de l'homme intérieur […] et la tentation, qui conduit au péché et à la mort. Nous devons aussi discerner entre “être tenté” et “consentir” à la tentation. »
1 3Distinction traditionnelle des trois sources de la tentation — le monde, la chair et le démon — à partir de 1 Jean 2, 16 (« la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie »). Saint Thomas la reçoit comme doctrine commune : la tentation vient de la chair, du monde ou du démon (Somme théologique, III, q. 41, a. 1, obj. 3 et ad 3). Saint François de Sales : « Ainsi Satan, le monde et la chair, voyant une âme épousée au Fils de Dieu, lui envoient des tentations et suggestions » (Introduction à la vie dévote, IV, 3).
2Catéchisme de l'Église catholique, § 1849. « Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l'amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d'un attachement pervers à certains biens. »
4Saint Augustin, Contra Faustum Manichaeum (Contre Fauste le manichéen), XXII, 27 (vers 400). Définition classique du péché : « factum vel dictum vel concupitum aliquid contra aeternam legem » — « une parole, un acte ou un désir contre la loi éternelle ». Reprise par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 71, a. 6.
5Saint Augustin, De vera religione (La vraie religion), XIV, 27 (vers 390). « Usque adeo peccatum voluntarium est malum, ut nullo modo sit peccatum, si non sit voluntarium » — « Le péché est un mal si volontaire qu'il n'est en aucune façon péché s'il n'est volontaire. » L'auteur a lui-même précisé que cette définition vaut pour le péché qui n'est que péché, non pour celui qui est aussi peine du péché (Rétractations, I, 13, 5, revue de La vraie religion : « concupiscit quidem nolens […] sed si vincitur, concupiscentiae consentit volens »). Sur le péché originel comme état contracté, non acte commis : CEC § 404.
6Épître de saint Jacques 1, 13-15, Bible de Jérusalem, Cerf : « Dieu en effet n'éprouve pas le mal, il n'éprouve non plus personne. Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l'attire et le leurre. Puis la convoitise, ayant conçu, donne naissance au péché, et le péché, parvenu à son terme, enfante la mort. » Le grec peirasmos signifie à la fois « épreuve » et « tentation » ; l'apôtre décrit la genèse du péché comme une conception et un enfantement à partir de la convoitise (epithymia).
7Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 74, a. 3, ad 3 : le mouvement de la sensualité qui devance la raison est un péché véniel, imparfait dans son genre — « talis motus sensualitatis rationem praeveniens, est peccatum veniale, quod est quiddam imperfectum in genere peccati » ; et a. 4 : le péché mortel ne peut se trouver dans la seule sensualité, mais seulement dans la raison. Sur la délectation morose : q. 74, a. 6 (elle est dans la raison qui s'y attarde et ne la chasse pas), ad 3, et a. 8 (le consentement à la délectation en matière mortelle est lui-même un péché mortel).
8Saint Paul, Épître aux Romains 7, 15-25, Bible de Jérusalem. Le combat intérieur entre la « loi des membres » (la convoitise) et la « loi de l'esprit » (la volonté droite) : « puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » (7, 19) — avec la clé : « ce n'est plus moi qui accomplis l'action, mais le péché qui habite en moi » (7, 17. 20). Verset cité par saint Thomas en sed contra (I-II, q. 74, a. 3) et expliqué par saint Augustin (Rétractations, I, 13, 5 : la convoitise subie malgré soi est peine du péché ; le péché n'est commis que si, vaincu, on y consent volontairement).
9Épître aux Hébreux 4, 15, Bible de Jérusalem. « Éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché » (pepeirasmenon […] chōris hamartias). Preuve scripturaire majeure que la tentation subie n'est pas un péché.
10Saint Grégoire le Grand, Homiliae in Evangelia, I, 16, 1 (sur la tentation du Christ) : « Tentari ergo per suggestionem potuit, sed eius mentem peccati delectatio non momordit ; atque ideo omnis diabolica illa tentatio, foris, non intus fuit » — « Il put donc être tenté par suggestion, mais la délectation du péché ne mordit pas son âme ; et c'est pourquoi toute cette tentation diabolique fut extérieure, non intérieure. » Cf. saint Thomas, Somme théologique, III, q. 41, a. 1, ad 3 (la tentation venue de l'ennemi ne procède que par suggestion extérieure) et a. 1 (citant Grégoire, hom. XVI).
11Catéchisme de l'Église catholique, § 538 : « Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d'Adam au Paradis et d'Israël au désert, et le diable s'éloigne de lui “pour revenir au temps marqué” (Lc 4, 13). » Cf. § 539 : « Jésus est le nouvel Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation » ; et § 540 citant He 4, 15.
12Saint Augustin, De Sermone Domini in monte (Le Sermon du Seigneur sur la montagne), I, 12, 33-34 (vers 393-396), CCSL 35 / PL 34. Les trois degrés — suggestio, delectatio, consensio — en figure des facultés : « quasi a serpente fiat suggestio et quaedam suasio, in appetitu autem carnali tamquam in Eva delectatio, in ratione vero tamquam in viro consensio ». Sur Mt 5, 28 (§ 33) : le Seigneur condamne non le frémissement de la chair, mais regarder « hoc fine et hoc animo » pour convoiter — « iam non est titillari delectatione carnis sed plane consentire libidini ».
13Concile de Trente, session V, Décret sur le péché originel, canon 5 (17 juin 1546). « Hanc concupiscentiam, quam aliquando Apostolus peccatum appellat, sancta Synodus declarat Ecclesiam catholicam numquam intellexisse peccatum appellari, quod vere et proprie in renatis peccatum sit, sed quia ex peccato est et ad peccatum inclinat. » Cf. Denzinger 1515.
14Catéchisme de l'Église catholique, § 1264 (citant le concile de Trente, DS 1515). La concupiscence subsiste après le baptême « pour nos combats » et « n'est pas capable de nuire à ceux qui, n'y consentant pas, […] résistent avec courage par la grâce du Christ ». Cf. aussi §§ 405, 1426, 2515.
15Saint Paul, Deuxième épître aux Corinthiens 12, 7-9, Bible de Jérusalem. L'« écharde dans la chair » et la réponse du Seigneur : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. »
16Livre de Ben Sira (l'Ecclésiastique / Siracide) 2, 1.4-5, Bible de Jérusalem. « Mon fils, si tu t'offres à servir le Seigneur, prépare-toi à l'épreuve. […] Tout ce qui t'advient, accepte-le et, dans les vicissitudes qui t'humilient, montre-toi patient. Car l'or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l'humiliation. »
17Épître de saint Jacques 1, 12, Bible de Jérusalem. « Heureux homme, celui qui supporte l'épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment. »
18Saint Paul, Première épître aux Corinthiens 10, 13, Bible de Jérusalem. « Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il vous donnera le moyen d'en sortir et la force de la supporter. »
19Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IVᵉ partie, ch. 3, « De la nature des tentations et de la différence qu'il y a entre sentir la tentation et consentir à icelle ». Citation verbatim : « Quand la tentation… durerait toute notre vie, elle ne saurait nous rendre désagréables à la divine Majesté, pourvu qu'elle ne nous plaise pas et que nous n'y consentions pas… en la tentation nous n'agissons pas, mais nous souffrons. » Texte de référence sur la distinction entre sentir et consentir.
20Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IVᵉ partie, ch. 3, op. cit. Verbatim : « [il faut] bien observer cette différence qu'il y a entre sentir et consentir, qui est qu'on les peut sentir, encore qu'elles nous déplaisent, mais on ne peut consentir sans qu'elles nous plaisent, puisque le plaisir, pour l'ordinaire, sert de degré pour venir au consentement. » Dans le même chapitre, la parabole de la jeune princesse et de l'« infâme messager d'amour », et l'image du brasier couvert de cendres (ch. 3).
21Saint Alphonse-Marie de Liguori, Pratique de l'amour envers Jésus-Christ, ch. XVII, §§ 4-5 (chapitre « Celui qui aime Jésus-Christ avec beaucoup d'ardeur, ne cesse point de l'aimer au milieu des tentations et des désolations », éd. 1845). Verbatim : « Ce ne sont pas les mauvaises pensées qui nous font perdre Dieu, mais c'est le consentement qu'on y donne » ; « Celui donc qui résiste à la tentation, non-seulement ne perd rien, mais gagne beaucoup » ; « C'est pour cela que le Seigneur permet souvent que les âmes qui lui sont les plus chères, aient aussi de plus fortes tentations, pour leur faire acquérir plus de mérite sur la terre ». La proposition sur la crainte de consentir comme signe de non-consentement est un résumé de sa direction des âmes scrupuleuses — avoir horreur de la mauvaise pensée et chercher à la bannir suffit à montrer qu'on ne consent pas — non une citation verbatim.
22Sainte Thérèse d'Ávila, La Vie écrite par elle-même, ch. XVII (sur le troisième degré d'oraison : l'empêchement qu'y font l'imagination et la mémoire), trad. Arnauld d'Andilly, in Œuvres, éd. Migne, Paris, t. I, p. 361 : « considérer la mémoire comme une extravagante et une folle, dont Dieu seul peut arrêter les égarements, et l'enchaîner. » Texte adressé à son confesseur (« a vuestra merced »). Passage vérifié sur l'original espagnol (Libro de la Vida, ch. 17, éd. BMC, t. I : « que no se haga caso de ella más que de un loco [...] que sólo Dios se la puede quitar »).
23Catéchisme de l'Église catholique, § 2848. « “Ne pas entrer dans la tentation” implique une décision du cœur […]. » Cf. § 2846 : « Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. » Cf. §§ 2846-2849 sur toute la sixième demande du Notre Père.
24 25Évangile selon saint Matthieu 26, 41 (et Marc 14, 38), Bible de Jérusalem. À Gethsémani : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » Le remède du Christ contre le passage de la tentation au consentement.
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