La repentance est l'un de ces mots que chacun croit comprendre, et que presque personne ne définit correctement. Pour beaucoup, se repentir, c'est se sentir coupable : ruminer une faute, s'accabler de reproches, traîner un poids sur la conscience. Pour d'autres, c'est une survivance d'un christianisme sombre, obsédé par le péché. Or l'Évangile dit exactement le contraire : le premier mot de la prédication de Jésus n'est pas un mot de tristesse, mais de libération — « Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle »[1]. La repentance chrétienne n'est pas un enfermement dans la culpabilité : c'est une porte de sortie, le chemin par lequel un homme échappe à ce qui le détruit et revient vers Celui qui l'aime.
Cet article répond à une question simple mais décisive : qu'est-ce que la repentance, au juste ? On y distingue la repentance du remords, on remonte au mot grec metanoia qui en donne la clé, on parcourt son enseignement biblique, on en décompose les éléments, et on montre pourquoi elle est d'abord une grâce avant d'être un effort. Pour le déroulement pratique du sacrement où la repentance s'accomplit, on renvoie à Comment faire une bonne confession ? ; pour l'assurance du pardon une fois qu'on s'est repenti, à Comment savoir si Dieu me pardonne ? ; pour le sens global de la réconciliation, à Qu'est-ce que la réconciliation avec Dieu ?. Ici, l'objet est la repentance elle-même : ce mouvement du cœur sans lequel aucun pardon n'est possible.
La repentance, qu'est-ce que c'est au juste ?
Une définition : le retournement du cœur
Le Catéchisme de l'Église catholique donne de la repentance intérieure — qu'il appelle aussi pénitence intérieure ou conversion — une définition d'une densité remarquable :
« La pénitence intérieure est une réorientation radicale de toute la vie, un retour, une conversion vers Dieu de tout notre cœur, une cessation du péché, une aversion du mal, avec une répugnance envers les mauvaises actions que nous avons commises. En même temps, elle comporte le désir et la résolution de changer de vie avec l'espérance de la miséricorde divine et la confiance en l'aide de sa grâce. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1431[2]
Chaque terme compte. La repentance est radicale (elle touche la racine, radix, non les seuls symptômes) ; elle concerne toute la vie (non un acte isolé) ; elle est un retour (on revient d'où l'on n'aurait pas dû partir) ; elle unit une rupture avec le mal et un élan vers Dieu. Ce n'est ni un sentiment passager, ni une simple bonne résolution : c'est un changement de direction de l'existence entière.
Ce que la repentance n'est PAS
Distinguer la repentance de ses contrefaçons est la première clarté à conquérir. La repentance chrétienne n'est pas :
- Le simple remords. Le remords est une douleur qui tourne sur elle-même, sans issue ; il regarde la faute, non la miséricorde. On peut être rongé de remords et ne jamais se convertir.
- La culpabilité stérile. Se sentir coupable n'est pas encore se repentir. La culpabilité peut même être un obstacle : elle enferme l'homme dans son passé au lieu de l'ouvrir à l'avenir de Dieu.
- Le scrupule. Le scrupuleux exagère ses fautes, doute sans fin du pardon, et transforme la vie chrétienne en angoisse. C'est une maladie de l'âme, non une vertu — les maîtres spirituels la traitent comme telle.
- L'auto-dénigrement. Se mépriser soi-même n'est pas s'humilier devant Dieu. La vraie repentance n'écrase pas : elle relève.
La différence tient en une phrase : le remords s'arrête à la faute ; la repentance passe de la faute à Dieu. L'un regarde en arrière et désespère ; l'autre se retourne et espère.
Repentance, pénitence, conversion, contrition : démêler les mots
Le vocabulaire chrétien du retour à Dieu comporte plusieurs termes voisins, souvent confondus. Les distinguer évite bien des malentendus.
| Terme | Sens précis | Portée |
|---|---|---|
| Conversion | Le retournement global de la vie vers Dieu | Le mouvement d'ensemble |
| Repentance | Le regret actif du péché uni à la volonté de changer | Le cœur de la conversion |
| Pénitence | La vertu et les actes qui expriment la repentance (jeûne, prière, réparation) | L'expression concrète |
| Contrition | La douleur de l'âme et la détestation du péché commis, avec le ferme propos de ne plus pécher | L'acte intérieur premier |
| Remords | La seule douleur de la faute, sans conversion | Une contrefaçon possible |
Ces mots ne sont pas synonymes mais concentriques : la conversion est le grand mouvement de retour ; la repentance en est le foyer brûlant ; la contrition en est l'acte intérieur précis que le concile de Trente place « au premier rang » parmi les actes du pénitent[3] ; la pénitence en est la traduction visible. Pour la seule contrition et sa croissance, voir Comment faire une bonne confession ?.
Metanoia : le mot grec qui change tout
Du regret à la transformation
Pour comprendre la repentance biblique, il faut remonter au mot que le Nouveau Testament emploie : metanoia (μετάνοια). Il est formé de meta (au-delà, changement) et de nous (l'esprit, l'intelligence profonde, le cœur au sens biblique). Metanoia signifie donc littéralement un changement de l'esprit et du cœur — non pas une simple correction d'idée, mais une transformation du regard intérieur, de la manière même de penser, de vouloir et d'aimer. Le verbe correspondant, metanoeô, ouvre la prédication de Jésus :
« Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous (metanoeite) et croyez à l'Évangile. » — Évangile selon saint Marc 1, 15[4]
Ce mot déplace radicalement l'accent. La repentance n'est pas d'abord faire quelque chose (un rite, une pénitence extérieure) mais devenir quelqu'un d'autre : un homme dont l'esprit a tourné vers Dieu. C'est pourquoi le Catéchisme insiste : l'appel du Christ « ne vise pas d'abord des œuvres extérieures... mais la conversion du cœur, la pénitence intérieure »[5].
Metanoia contre metamelomai : Pierre et Judas
Le grec du Nouveau Testament connaît un second mot, souvent traduit lui aussi par « se repentir » : metamelomai (μεταμέλομαι), qui désigne plutôt le regret, le remords — une douleur ressentie après coup. La différence entre les deux mots éclate dans le destin de deux apôtres.
De Judas, l'évangéliste écrit qu'il « fut pris de remords (metamelêtheis) »[6] après avoir livré Jésus : il reconnaît sa faute, rend l'argent, mais son regret le referme sur lui-même et le conduit au désespoir. C'est le remords sans la conversion. De Pierre, qui vient pourtant de renier trois fois son Maître, l'Évangile dit qu'après le regard du Christ il « sortit et pleura amèrement »[7] : ses larmes ne sont pas un enfermement mais un retour ; elles ouvrent sur le pardon et la mission. Saint Ambroise contemple cette différence dans une phrase que le Catéchisme retient :
« Il y a l'eau et les larmes : l'eau du Baptême et les larmes de la Pénitence. » — Saint Ambroise de Milan, Lettre 41[8]
Pierre et Judas ont tous deux péché gravement, tous deux ont éprouvé une douleur. Mais l'un a fait metanoia — il s'est retourné vers le Christ — et l'autre s'est arrêté au metamelomai, le regret qui n'ouvre sur rien. Toute la différence entre la repentance qui sauve et la culpabilité qui détruit tient dans cet écart.
Ce que dit la Bible sur la repentance
La repentance n'est pas une invention tardive : elle traverse toute l'Écriture, de l'appel des prophètes jusqu'à la prédication apostolique. Elle est le fil rouge de l'histoire du salut.
L'appel des prophètes : « Revenez à moi »
Dans l'Ancien Testament, le mot hébreu shouv (שוב), « revenir », « se retourner », dit déjà la repentance comme un retour vers Dieu. Les prophètes en font leur cri :
« Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux. » — Joël 2, 12-13[9]
Dieu lui-même déclare, par la bouche d'Ézéchiel, qu'il ne veut pas la ruine du pécheur mais sa conversion : « Est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant — oracle du Seigneur Dieu — et non plutôt à ce qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ? »[10]. Le grand psaume de la repentance, le Miserere, met dans la bouche du roi David repentant les mots devenus ceux de tout pénitent : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; d'un cœur brisé, broyé, Dieu, tu n'as pas de mépris. »[11]. Déjà l'Ancien Testament sait que la repentance n'est pas d'abord une affaire de rites, mais de cœur.
Jean-Baptiste et Jésus : « Convertissez-vous »
Le Nouveau Testament s'ouvre sur un appel à la conversion. Jean-Baptiste prêche « un baptême de conversion pour la rémission des péchés »[12]. Jésus reprend le même mot d'ordre comme premier acte de sa mission[13], et il précise que c'est pour cela qu'il est venu : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. »[14]. La repentance n'est donc pas le refuge des désespérés : elle est le seuil du Royaume, l'attitude fondamentale du disciple.
La parabole du fils prodigue : le portrait de la repentance
Aucun texte ne dépeint la repentance avec plus de justesse que la parabole que Jésus consacre au fils prodigue[15]. Tout y est : le péché (le fils part, dilapide, se dégrade), puis le point de retournement — « Rentrant alors en lui-même, il se dit... » — la reconnaissance de la faute, la décision concrète (« Je me lèverai et j'irai vers mon père »), l'humilité (« Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils »), et enfin le retour effectif. La repentance y apparaît comme un réveil : le fils « rentre en lui-même » avant de rentrer chez son père.
Mais le sommet de la parabole n'est pas le fils : c'est le père, qui « l'aperçut de loin et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers »[16]. La repentance du fils est réelle, mais elle ne fait que rejoindre une miséricorde qui l'attendait, plus prompte encore que le retour. C'est là toute la logique chrétienne du repentir : on ne se repent pas pour arracher le pardon d'un Dieu réticent, mais pour accueillir un pardon déjà offert. La repentance n'est pas le prix du pardon : elle en est la porte ouverte de l'intérieur.
Le repentir selon Dieu (2 Co 7) : la tristesse qui sauve
Saint Paul opère une distinction qui recoupe exactement celle de Pierre et de Judas, mais l'énonce doctrinalement :
« La tristesse selon Dieu produit un repentir salutaire dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde, elle, produit la mort. » — Deuxième lettre aux Corinthiens 7, 10[17]
Il existe donc deux tristesses. La « tristesse du monde » est celle du remords qui n'ouvre sur rien : elle ronge, humilie, désespère, et « produit la mort » (celle de Judas). La « tristesse selon Dieu » est celle de la repentance véritable : elle fait souffrir du mal commis, mais cette souffrance est salutaire, orientée vers la vie, « dont on ne se repent jamais ». La qualité de la repentance ne se mesure donc pas à l'intensité de la douleur, mais à sa direction : mène-t-elle au désespoir ou à Dieu ?
Les composantes de la vraie repentance
La tradition catholique, en méditant l'Écriture, a dégagé les éléments qui constituent une repentance authentique. Ils se retrouvent dans la parabole du fils prodigue comme dans l'enseignement du Catéchisme.
1. La reconnaissance du péché (la vérité)
Il n'y a pas de repentance sans vérité sur soi. Le fils prodigue commence par « rentrer en lui-même » et reconnaître : « J'ai péché contre le Ciel et envers toi. » Se repentir suppose de nommer le mal, sans l'excuser ni le minimiser — ce qui exige l'examen de conscience et l'humilité. Fuir cette lumière, c'est se condamner à ne jamais guérir : « Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes »[18].
2. La douleur du cœur (la contrition)
La reconnaissance devient repentance quand elle touche le cœur. C'est la contrition, que le concile de Trente définit comme « une douleur de l'âme et une détestation du péché commis, avec la résolution de ne plus pécher à l'avenir »[19]. Cette douleur n'est pas morbide : les Pères l'ont appelée animi cruciatus (affliction de l'esprit) et compunctio cordis (repentir du cœur)[20] — une blessure salutaire, comme celle qui accompagne toute vraie guérison.
L'Église distingue deux qualités de contrition. La contrition parfaite naît de l'amour de Dieu aimé par-dessus tout ; elle obtient le pardon même des péchés graves, à condition d'inclure la résolution de recourir dès que possible à la confession[21]. La contrition imparfaite — ou attrition — naît de la considération de la laideur du péché ou de la crainte du châtiment ; elle est déjà « un don de Dieu, une impulsion de l'Esprit Saint », et dispose à recevoir le pardon dans le sacrement[22]. Même une repentance encore imparfaite est donc l'œuvre de la grâce, et suffit pour s'approcher de la miséricorde.
3. La résolution de changer (le ferme propos)
Une repentance qui ne changerait rien ne serait pas une repentance. Le fils prodigue ne se contente pas de regretter : il « se lève » et « va ». Le ferme propos — la volonté sincère de ne plus pécher et de fuir les occasions du péché — appartient à l'essence de la contrition. Sans lui, le regret reste stérile ; avec lui, la repentance devient conversion réelle.
4. Le recours à la miséricorde (la confiance)
Enfin, la repentance chrétienne se distingue du désespoir par la confiance. Le fils prodigue ne retourne pas vers un juge implacable mais vers un père. Judas, lui, a manqué cette dernière marche : il a reconnu son péché, il en a souffert, mais il n'a pas cru à la miséricorde. C'est pourquoi le Catéchisme lie la repentance à « l'espérance de la miséricorde divine et la confiance en l'aide de sa grâce »[23]. Le curé d'Ars résumait cette confiance en enseignant, selon la forme rapportée de ses instructions catéchétiques sur la miséricorde, que Dieu pardonne au pécheur repentant plus promptement encore qu'une mère n'arracherait son enfant du feu[24].
| Composante | Question intérieure | Sans elle... |
|---|---|---|
| Vérité | Est-ce que je reconnais vraiment le mal commis ? | Le péché reste caché et non guéri |
| Contrition | Ce mal me fait-il souffrir par amour ? | On a du remords, pas de repentance |
| Ferme propos | Suis-je décidé à changer ? | Le regret reste stérile |
| Confiance | Est-ce que je crois à la miséricorde ? | On tombe dans le désespoir (Judas) |
Repentance et grâce : qui commence ?
La repentance est d'abord un don de Dieu
Une erreur fréquente consiste à croire que la repentance est un exploit de volonté : je décide de me repentir, je m'arrache au péché par mes propres forces. L'Écriture et le Catéchisme disent le contraire. Le cœur humain, laissé à lui-même, est « lourd et endurci » ; « [i]l faut que Dieu donne à l'homme un cœur nouveau », et « la conversion est d'abord une œuvre de la grâce de Dieu qui fait revenir nos cœurs à lui »[25]. La repentance ne se conquiert pas : elle s'accueille.
« Convertis-nous, Seigneur, et nous serons convertis. » — Livre des Lamentations 5, 21[26]
Cette vérité est libératrice. Si la repentance était d'abord mon œuvre, elle serait à la merci de ma faiblesse. Parce qu'elle est d'abord don de Dieu, il suffit de ne pas résister à l'Esprit qui, depuis Pâques, « confond le monde en matière de péché » et donne au cœur humain « la grâce du repentir et de la conversion »[27]. Le désir même de se repentir est déjà le commencement de la grâce.
La componction : la douleur qui guérit
La tradition monastique et patristique a un mot pour cette blessure salutaire du cœur touché par Dieu : la componction (compunctio cordis, littéralement « la piqûre du cœur »). Ce n'est pas la tristesse qui écrase, mais celle qui perce l'endurcissement et ouvre les larmes de la vie. Saint Augustin, contemplant sa longue résistance à Dieu, en a laissé le témoignage devenu célèbre :
« Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t'ai aimée ! » — Saint Augustin, Confessions, X, 27[28]
Ces mots ne sont pas ceux d'un homme accablé, mais d'un homme retourné : la componction d'Augustin débouche sur l'amour, non sur le désespoir. C'est le signe distinctif de toute repentance authentique — elle brûle mais elle guérit.
La repentance dans la vie chrétienne
Une conversion de chaque jour
La repentance n'est pas un acte que l'on poserait une fois pour toutes. Saint Ambroise distinguait « deux conversions » dans l'Église : celle du Baptême, unique, et celle de la pénitence, incessante — l'eau et les larmes. Le chrétien est appelé à une repentance quotidienne, faite de petits retours, de reprises humbles, de refus renouvelés du mal. C'est ce que l'Église exprime en priant chaque jour : « Pardonne-nous nos offenses. » La sainteté n'est pas l'absence de chutes, mais la promptitude à se relever.
Les formes de la pénitence : jeûne, prière, aumône
La repentance intérieure cherche naturellement à s'exprimer par des actes. L'Écriture et la tradition en retiennent trois grandes formes, que le Catéchisme rassemble :
« La conversion se réalise dans la vie quotidienne par des gestes de réconciliation, par le souci des pauvres, l'exercice et la défense de la justice et du droit, par l'aveu des fautes aux frères, la correction fraternelle, la révision de vie, l'examen de conscience, la direction spirituelle, l'acceptation des souffrances, l'endurance de la persécution à cause de la justice. Prendre sa croix, chaque jour, et suivre Jésus est le chemin le plus sûr de la pénitence. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1435[29]
Les trois formes traditionnelles — le jeûne (par rapport à soi), la prière (par rapport à Dieu) et l'aumône (par rapport au prochain)[30] — ne sont pas des performances qui rachèteraient la faute, mais l'expression concrète d'un cœur qui se retourne. Elles disent avec le corps ce que le cœur a décidé.
Repentance et sacrement de réconciliation
Pour le baptisé, la repentance trouve son lieu privilégié dans le sacrement de Pénitence et de Réconciliation, où le pardon de Dieu est donné avec certitude. La repentance intérieure est l'âme de ce sacrement ; les rites (aveu, absolution) en sont l'expression et la garantie. Se repentir sans jamais recourir au sacrement, pour un catholique conscient d'une faute grave, serait s'arrêter à mi-chemin. Inversement, recevoir le sacrement sans repentance réelle serait un geste vide. Sur le comment de cette démarche, voir Comment faire une bonne confession ? et Pourquoi se confesser à un prêtre ? ; sur la portée grave de certaines fautes, Quelle est la différence entre péché mortel et péché véniel ?.
La voix des saints et des mystiques
Les saints ne parlent jamais de la repentance comme d'une contrainte, mais comme d'un chemin de joie. Sainte Marie-Madeleine, modèle du pénitent selon la tradition, est célébrée non pour ses larmes seules mais parce que ces larmes l'ont conduite aux pieds du Christ, où « beaucoup lui est pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé »[31]. La repentance et l'amour ne s'opposent pas : c'est l'amour qui creuse la vraie douleur du péché, et la repentance qui ouvre à un amour plus grand.
Cette confiance atteint son sommet dans le message de sainte Faustine Kowalska, apôtre de la Miséricorde divine, à qui le Christ fait dire que ce sont « les plus grands pécheurs » qui ont le plus de droits à sa miséricorde, pourvu qu'ils reviennent[32]. La repentance, loin d'être une humiliation, est l'acte par lequel l'homme laisse Dieu être ce qu'il est : « riche en miséricorde »[33].
Objections et malentendus fréquents
| Objection courante | Réponse catholique |
|---|---|
| « Se repentir, c'est se culpabiliser inutilement » | La culpabilité stérile n'est pas la repentance ; la metanoia ouvre sur la liberté et la joie, non sur l'enfermement (2 Co 7, 10) |
| « Dieu pardonne tout, à quoi bon se repentir ? » | Dieu offre le pardon à tous, mais le pardon ne peut être reçu que par un cœur qui se retourne : il n'y a pas de porte forcée de la miséricorde |
| « J'ai trop honte pour me repentir » | La honte qui empêche de revenir est la ruse de Judas ; la repentance véritable traverse la honte pour rejoindre le Père qui court au-devant (Lc 15, 20) |
| « Je me repens intérieurement, cela suffit » | La repentance intérieure est l'âme du pardon, mais pour le baptisé elle appelle le sacrement, où le pardon est donné avec certitude → comment-faire-une-bonne-confession |
| « Se repentir, c'est se rabaisser » | La vraie repentance n'écrase pas, elle relève : le fils prodigue se retrouve fils, non esclave (Lc 15, 22-24) |
La repentance chrétienne se résume donc à un mouvement unique et libérateur : se retourner. Non se punir, non se haïr, non se noyer dans le remords — mais quitter ce qui détruit et revenir vers Celui qui attend. C'est le premier mot de l'Évangile parce que c'est le premier pas de toute vie retrouvée. « Rentrant en lui-même », le pécheur découvre qu'il n'a jamais cessé d'être attendu.
Pour aller plus loin
- Comment faire une bonne confession ? — le guide pratique du sacrement où s'accomplit la repentance.
- Pourquoi se confesser à un prêtre ? — la réponse à l'objection « je me confesse directement à Dieu ».
- Qu'est-ce que la réconciliation avec Dieu ? — le sens profond du retour à Dieu.
- Comment savoir si Dieu me pardonne ? — l'assurance du pardon reçu.
- Quelle est la différence entre péché mortel et péché véniel ? — la distinction qui mesure la gravité du mal.
- Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ? — la vie divine que la repentance restaure en nous.
- Qu'est-ce que la conscience morale ? — la voix intérieure qui appelle au repentir.
Notes et références
Évangile selon saint Marc 1, 15 (Bible de Jérusalem, Cerf, Paris). « Convertissez-vous (metanoeite) et croyez à l'Évangile. » Premier mot de la prédication publique de Jésus. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 1427.
1 4Catéchisme de l'Église catholique, § 1431, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992. Définition de la pénitence intérieure comme « réorientation radicale de toute la vie » ; mention de l'animi cruciatus et de la compunctio cordis.
2 20 23Catéchisme de l'Église catholique, § 1451, op. cit., citant le concile de Trente (session XIV, 1551 ; DS 1676). La contrition, « une douleur de l'âme et une détestation du péché commis, avec la résolution de ne plus pécher à l'avenir », vient au premier rang des actes du pénitent.
3 19Catéchisme de l'Église catholique, § 1430, op. cit. L'appel du Christ à la conversion « ne vise pas d'abord des œuvres extérieures... mais la conversion du cœur, la pénitence intérieure ».
5Évangile selon saint Matthieu 27, 3 (Bible de Jérusalem). Judas « fut pris de remords (grec metamelêtheis) » — le regret sans conversion, à distinguer de la metanoia.
6Évangile selon saint Luc 22, 61-62 (Bible de Jérusalem). Après le regard de Jésus, Pierre « sortit et pleura amèrement » — les larmes de la repentance.
7Saint Ambroise de Milan, Lettre 41, 12 (PL 16, 1116B), cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1429, à propos de la conversion de saint Pierre : « Il y a l'eau et les larmes : l'eau du Baptême et les larmes de la Pénitence. »
8Livre de Joël 2, 12-13 (Bible de Jérusalem). « Revenez à moi de tout votre cœur... Déchirez vos cœurs et non vos vêtements. » Texte lu le mercredi des Cendres.
9Livre d'Ézéchiel 18, 23 (Bible de Jérusalem). Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant, mais à sa conversion. Cf. Ez 33, 11.
10Psaume 51 (50), 19 (Bible de Jérusalem), le Miserere, psaume de la pénitence attribué à David après son péché : « Le sacrifice à Dieu, c'est un esprit brisé. »
11Évangile selon saint Marc 1, 4 (Bible de Jérusalem). Jean-Baptiste proclame « un baptême de conversion pour la rémission des péchés ».
12Évangile selon saint Matthieu 4, 17 (Bible de Jérusalem). « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. »
13Évangile selon saint Luc 5, 32 (Bible de Jérusalem). « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. »
14Évangile selon saint Luc 15, 11-32 (Bible de Jérusalem). Parabole du fils prodigue (ou « du père miséricordieux »), sommet de l'enseignement de Jésus sur la repentance et la miséricorde. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 1439 et § 545.
15Évangile selon saint Luc 15, 20 (Bible de Jérusalem). Le père « l'aperçut de loin et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ».
16Deuxième lettre aux Corinthiens 7, 10 (Bible de Jérusalem). Distinction paulinienne entre la « tristesse selon Dieu » (repentir salutaire) et la « tristesse du monde » (qui produit la mort).
17Première lettre de saint Jean 1, 8-9 (Bible de Jérusalem). « Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes... Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, remettra nos péchés. »
18Catéchisme de l'Église catholique, § 1452, op. cit. La contrition parfaite (contrition de charité) obtient le pardon des péchés véniels et même des péchés mortels, si elle inclut la résolution de recourir au plus tôt à la confession sacramentelle.
21Catéchisme de l'Église catholique, § 1453, op. cit. La contrition imparfaite (attrition) est elle-même « un don de Dieu, une impulsion de l'Esprit Saint » ; elle dispose à obtenir le pardon dans le sacrement.
22Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars (1786-1859), patron des curés. Paraphrase donnée comme propos rapporté de ses instructions catéchétiques sur la miséricorde : aucune édition française paginée n'a pu être établie pour la forme française couramment citée, qui n'est donc pas reproduite entre guillemets. Substance attestée dans le recueil de ses instructions catéchétiques en anglais (The Blessed Curé of Ars in His Catechetical Instructions, texte intégral disponible notamment sur Wikisource : « The good God will pardon a repentant sinner more quickly than a mother would snatch her child out of the fire »).
24Catéchisme de l'Église catholique, § 1432, op. cit. « Le cœur de l'homme est lourd et endurci. Il faut que Dieu donne à l'homme un cœur nouveau. La conversion est d'abord une œuvre de la grâce de Dieu. »
25Livre des Lamentations 5, 21 (Bible de Jérusalem : « Fais-nous revenir à toi, Seigneur, et nous reviendrons »), cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1432, sous la forme : « Convertis-nous, Seigneur, et nous serons convertis ».
26Catéchisme de l'Église catholique, § 1433, op. cit. Depuis Pâques, l'Esprit Saint « confond le monde en matière de péché » et donne « la grâce du repentir et de la conversion ».
27Saint Augustin, Les Confessions, livre X, ch. 27, 38 (trad. Arnauld d'Andilly / éd. de référence). « Sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova, sero te amavi. » — « Bien tard je t'ai aimée. »
28Catéchisme de l'Église catholique, § 1435, op. cit. La conversion se réalise dans la vie quotidienne ; « prendre sa croix, chaque jour, et suivre Jésus est le chemin le plus sûr de la pénitence ».
29Catéchisme de l'Église catholique, § 1434, op. cit. Les trois formes traditionnelles de la pénitence : le jeûne, la prière et l'aumône (cf. Tb 12, 8 ; Mt 6, 1-18).
30Évangile selon saint Luc 7, 47 (Bible de Jérusalem). À propos de la pécheresse pardonnée : « Ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. »
31Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal. La Miséricorde Divine dans mon âme, § 1146 (paroles de Jésus : « Que les plus grands pécheurs mettent leur confiance en ma miséricorde ; ils ont droit, avant les autres, à la confiance en l'abîme de ma miséricorde » ; même doctrine §§ 723 et 1182).
32Lettre aux Éphésiens 2, 4 (Bible de Jérusalem). « Dieu, qui est riche en miséricorde... »
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