Sainte Émeline d'Yèvres (morte vers 1178)

Sainte Émeline d'Yèvres, dite Émeline de Boulancourt, est une sœur converse cistercienne et recluse du XIIe siècle, morte vers 1178 à Longeville-sur-la-Laines. Elle vécut dans la grange de Perte-Sèche, sur le finage d'Yèvres (diocèse de Troyes), réputée pour sa pénitence et ses dons de prophétie. Fêtée le 27 octobre.

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Sainte Émeline d'Yèvres, dite aussi Émeline de Boulancourt (en latin Hemelina ou Emelina), est une sœur converse cistercienne et recluse du XIIᵉ siècle, morte vers 1178 à Longeville-sur-la-Laines, en Champagne. Elle vécut dans la grange de Perte-Sèche, sur le finage d'Yèvres, dépendante de l'abbaye de Boulancourt, dans le diocèse de Troyes.[1][2][3]

Sa vie nous est connue par la Vita Hemelinae, écrite par le moine Gossuin de Boulancourt, mort en 1203 et inhumé avec elle. Figure de pénitence et de prière, réputée pour ses dons de prophétie, elle attirait autour d'elle pèlerins et grands de Champagne. Après sa mort, elle fut ensevelie sous l'autel de la chapelle abbatiale, et une flamme perpétuelle brûla au-dessus de sa tombe.[4][5]

La notice actuelle de Nominis la présente comme « Bienheureuse Emeline », tandis que la mémoire du diocèse de Troyes et l'usage populaire la nomment sainte Émeline. Le titre exact de son culte n'a jamais fait l'objet d'une canonisation formelle au sens moderne du terme ; son souvenir relève de la vénération ancienne, transmise par la Vita de Gossuin et par la piété locale.[6][7]

Une recluse en Champagne au XIIᵉ siècle

L'abbaye de Boulancourt

L'abbaye de Boulancourt (Bullencuria) est fondée en 1095 sur la commune de Longeville-sur-la-Laines, dans la Haute-Marne. Elle passe à l'ordre de Cîteaux vers 1147-1150 comme fille de Clairvaux, à la demande de l'évêque de Troyes, Henri de Carinthie. Elle compte jusqu'à deux cents moines au XIIIᵉ siècle, époque de sa prospérité.[8][9]

À côté de l'abbaye des moines se trouve le Lieu-des-Dames de Boulancourt, monastère de moniales cisterciennes, dont la prieure Asceline (morte en 1195) est elle aussi vénérée comme sainte. Le moine Gossuin, profès de Clairvaux, meurt à Boulancourt en 1203 ; il a laissé la vie d'Asceline, un livre de miracles et la Vita Hemelinae d'Émeline.[10][11]

La grange de Perte-Sèche

Émeline rejoint la communauté de Boulancourt alors que l'abbaye est encore en train de s'installer dans l'ordre cistercien. Elle ne devient pas religieuse de chœur : elle est sœur converse, et elle mène une existence recluse dans la grange de Perte-Sèche (aussi nommée Perthes Sèches), exploitation agricole dépendante du monastère, sur le finage d'Yèvres, près d'Yèvres-le-Petit.[12][13]

Le lieu est situé dans le diocèse de Troyes ; c'est pourquoi les sources anciennes et l'abbé Lalore, historien du diocèse, la nomment « Émeline d'Yèvres ». Selon la Vita et les témoignages rapportés par Nominis, elle était déjà en activité comme sœur converse dans cette grange quand les cisterciens sont arrivés : elle n'a donc jamais été sœur cistercienne au sens strict, mais une converse vivant selon la règle cistercienne, et bien au-delà dans la pénitence.[14][15]

Une vie partagée entre travail et prière

Sa journée se partage entre le travail manuel de la grange et la prière. Nominis résume ainsi sa vie : elle chantait des psaumes et priait toute la journée.[16] Le cadre est celui de la ruralité cistercienne du XIIᵉ siècle : les granges de Boulancourt, comme celles de Clairvaux, sont à la fois des exploitations agricoles et des lieux de vie spirituelle, où des convers et des recluses servent la communauté par leur travail et leur oraison.

Une vie de pénitence et de prophétie

L'ascèse d'Émeline

L'austérité d'Émeline frappe les contemporains. Les sources qui nous sont parvenues s'accordent sur les traits suivants : elle jeûne trois jours par semaine (ou ne mange que trois fois par semaine), marche pieds nus été comme hiver, porte le cilice.[17][18]

« Elle ne mangeait que 3 fois par semaine, allait pieds nus été comme hiver, portait le cilice, chantait des psaumes et priait toute la journée. » Nominis, notice de la bienheureuse Emeline (27 octobre)[19]

Cette pénitence n'est pas une excentricité : elle s'inscrit dans la spiritualité cistercienne du XIIᵉ siècle, celle de saint Bernard de Clairvaux et de ses fils, pour qui la pénitence est le chemin de l'union à Dieu et de la compassion pour le monde. Ce qui distingue Émeline, aux yeux de ses contemporains, c'est la constance de cette rigueur, menée dans le secret d'une grange, loin de toute charge religieuse.

Les dons de prophétie

La Vita et la tradition locale rapportent qu'Émeline avait des dons de prophétie, qui faisaient courir toute la région pour la consulter. L'épisode le plus connu concerne Simon de Beaufort, fils de Simon Iᵉʳ de Broyes : Émeline lui aurait prédit la perte « d'un membre très cher » lors d'une bataille, et il revint de cette bataille borgne.[20][21]

Le baron fit ensuite des dons à l'abbaye pour honorer la sainte, suite à cette prédiction. Cet épisode est l'un des rares faits datables de la vie d'Émeline : il la rattache au milieu des grands seigneurs de Champagne, les Broyes-Beaufort, protecteurs de Boulancourt.[22]

Nominis rapporte aussi des témoignages de zooglossie (elle parlerait aux animaux), que la notice ne détaille pas davantage.[23] Aucun de ces prodiges ne fait l'objet d'une enquête canonique : ils relèvent du témoignage ancien, transmis par la Vita de Gossuin et par la piété locale.

Ce que la tradition n'a pas établi

Plusieurs confusions se sont glissées autour d'Émeline, que les sources modernes signalent sans les accréditer :

ConfusionCe qu'il en est
Émeline serait la mère de sainte AscelineLa mère d'Asceline était Agnès, et non Émeline ; Asceline est d'une génération plus jeune (Nominis)
Émeline serait sainte Ombeline, sœur de saint Bernard de ClairvauxCe sont deux personnes distinctes (Wikipédia FR)
Émeline serait morte en 1079Date rejetée : elle était contemporaine d'Asceline et du bienheureux Gossuin ; le Routier cistercien donne 1178 (Nominis)

Le titre de « sainte » qu'on lui donne couramment relève de la vénération populaire et diocésaine ; la notice de Nominis, qui suit le martyrologe en usage, la nomme « Bienheureuse Emeline ».[24]

Mort, sépulture et culte (vers 1178)

Émeline meurt vers 1178, sur le territoire de l'abbaye de Boulancourt. Elle est inhumée sous l'autel du couvent des Dames, rattaché à l'abbaye, et une flamme est disposée au-dessus de sa tombe, où elle brûle constamment.[25]

La première trace de culte public date de 1182, quand Simon II fait une donation pour l'entretien de la lampe qui brûle sur sa sépulture.[26] Ce geste de la famille de Beaufort-Broyes confirme que la vénération d'Émeline est antérieure à toute canonisation formelle, et qu'elle s'appuie sur la réputation de sainteté laissée par la recluse.

Plus tard, ses reliques sont rejointes par celles de sainte Asceline, prieure du Lieu-des-Dames morte en 1195, et du bienheureux Gossuin, son biographe, mort en 1203. Une peinture les représentait en habits noirs et blancs, partageant la gloire de Dieu.[27]

Quand la chapelle est détruite, les restes d'Émeline, d'Asceline et de Gossuin sont translatés dans l'église de Boulancourt. L'abbaye est vendue comme bien national en 1791, puis entièrement détruite, à l'exception de la maison de l'abbé. Il ne reste plus rien aujourd'hui de ces vestiges, ni des reliques des trois serviteurs de Dieu.[28][29]

Fête et mémoire liturgique

La mémoire d'Émeline est fixée au 27 octobre, date portée par le calendrier des saints du jour et par la notice de Nominis.[30][31]

Cette date est confirmée par l'usage liturgique du diocèse de Troyes, où la figure d'Émeline d'Yèvres reste vivante comme l'une des gloires spirituelles de la Champagne cistercienne. La ferveur locale lui garde une place parmi les saintes de l'Ordre cistercien aux côtés d'Asceline et de Gossuin.

Le titre exact de son culte mérite d'être dit avec précision : Nominis, qui suit la nomenclature officielle, la nomme « bienheureuse » ; l'usage populaire et diocésain, ainsi que la piété des fidèles, la nomment « sainte ». Les deux usages coexistent dans la tradition française pour les figures anciennes vénérées par culte immémorial, sans procès de canonisation au sens moderne.[32]

Iconographie

Aucune représentation, ni picturale ni statuaire, de la bienheureuse Émeline n'a subsisté. Le constat est net : Nominis note qu'elle reste, « décidément, une sainte bien discrète ».[33]

La seule image connue est une couverture d'ouvrage : la Vie de la bienheureuse Emeline d'Yèvres de l'abbé Charles Lalore (1869), illustrée pour le diocèse de Troyes.[34] La peinture qui représentait Émeline, Asceline et Gossuin en habits noirs et blancs, partageant la gloire de Dieu, a disparu avec la chapelle de Boulancourt.[35]

Les éléments visuels aujourd'hui disponibles sont donc architecturaux et iconographiques par voisinage : la statue de la Vierge de Boulancourt, provenant de l'abbaye et conservée en l'église de Montier-en-Der ; l'église Notre-Dame-de-la-Nativité de Longeville-sur-la-Laines, où elle vécut et mourut. L'art cistercien du XIIᵉ siècle offre le cadre habituel de telle représentation : habit blanc ou noir, travail de la grange, prière solitaire, et, pour les recluses, l'image de la cellule ou de l'oratoire.[36]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Nominis (Conférence des évêques de France), « Bienheureuse Emeline », notice du 27 octobre : nominis.cef.fr. Notice complète consultée le 11 octobre 2026 : « Religieuse ermite (XIIᵉ siècle). Ermite à Longeville-sur-la-Laines (Haute-Marne) au monastère de Boulancourt. » Illustration de couverture du livre Vie de la bienheureuse Emeline d'Yèvres (diocèse de Troyes) par M. l'abbé Ch. Lalore, 1869. Le dossier de la notice rapporte : décès en 1178 au monastère cistercien de Boulancourt fondé en 1152 (Routier cistercien) ; contemporaine de sainte Asceline et du bienheureux Gossuin ; passage de Boulancourt à l'ordre de Cîteaux en 1147 à la demande de l'évêque de Troyes, Henri de Carinthie ; Émeline déjà en activité comme sœur converse dans la grange de Perthes Sèches, près d'Yèvres-le-petit ; contemporaine de sire Symon de Beaufort, à qui elle prédit une blessure à l'œil ; pénitence : ne mangeait que 3 fois par semaine, pieds nus été comme hiver, cilice, psaumes, prière continuelle ; dons de prophétie ; morte en 1178, inhumée sous l'autel du couvent des Dames, avec une flamme constante ; translation des restes avec ceux de sainte Asceline et de saint Gossuin dans l'église de Boulancourt ; il ne reste rien de ces vestiges ; la mère d'Asceline était Agnès ; « Il n'existe aucune représentation, ni picturale, ni statuaire, de la bienheureuse Emeline d'Yèvres ».

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  2. Wikipédia (FR), « Émeline d'Yèvres » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : Émeline d'Yèvres (Hemelina, Emelina), dite aussi Émeline de Boulancourt, morte vers 1178 à Longeville-sur-la-Laines ; sœur converse cistercienne de l'abbaye de Boulancourt, en Champagne, et ermite active dans le diocèse de Troyes ; figure de piété et de pénitence, réputée pour sa vie d'ascèse et ses dons prophétiques ; ensevelie sous un autel de l'abbaye, avec flamme perpétuelle ; vie connue par la Vita Hemelinae, écrite par le moine Gossuin, mort en 1203 à Boulancourt et inhumé avec elle ; reconnue bienheureuse par l'Église catholique, fêtée le 27 octobre ; grange de Perte-Sèche, sur le finage d'Yèvres ; jeûne trois jours par semaine, marche pieds nus toute l'année, port du cilice ; prédiction à Simon de Beaufort, fils de Simon Iᵉʳ de Broyes, sur la perte « d'un membre très cher » ; première trace de culte public en 1182, quand Simon II fait une donation pour l'entretien de la lampe ; reliques rejointes par celles de sainte Asceline (morte en 1195) et du bienheureux Gossuin (mort en 1203) ; peinture les représentant en habits noirs et blancs ; aucune trace matérielle ni représentation ne subsiste aujourd'hui ; confusions signalées avec la mère d'Asceline et avec sainte Ombeline. Source principale : Charles Lahore [Lalore], Vie de la bienheureuse Emeline, Troyes, E. Caffé, 1869.

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  3. Lalore, Charles (abbé), Vie de la bienheureuse Emeline d'Yèvres, Troyes, E. Caffé, 1869, 18 pages. Ouvrage du diocèse de Troyes, cité par Nominis et par la notice Wikipédia « Émeline d'Yèvres » comme source biographique moderne de référence. Lalore est également l'auteur du Cartulaire de l'abbaye de Boulancourt (Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de l'Aube, 1869).

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  4. Wikipédia (FR), « Abbaye de Boulancourt » : fr.wikipedia.org. Abbaye cistercienne (Bullencuria) sur la commune de Longeville-sur-la-Laines (Haute-Marne), diocèse de Troyes ; fondation en 1095 par l'ordre de Saint-Benoît ; cistercienne depuis 1150, fille de l'abbaye de Clairvaux (numéro d'ordre CCCIII selon Janauschek, Originum Cisterciensium, Vienne, 1877, p. 211) ; jusqu'à 200 moines au XIIIᵉ siècle ; vendue comme bien national en 1791, puis entièrement détruite à l'exception de la maison de l'abbé ; statue de la Vierge de Boulancourt conservée en l'église de Montier-en-Der ; personnalités : le moine Gossuin, profès de Clairvaux, mort à Boulancourt en 1203, a retracé la vie d'Asceline, prieure du Lieu-des-Dames, et laissé un livre de miracles ; il reposait près du maître autel ; en 1534, l'abbé Nicolas fit ériger un autel en bois sur le sarcophage, où furent ajoutés les restes d'Asceline et d'Émeline d'Yèvres.

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