À partir du 5 mars 1926, la paysanne bavaroise Thérèse Neumann (1898-1962), de Konnersreuth, présente des plaies aux endroits associés à la Passion du Christ : côté, mains, pieds, cuir chevelu, épaule et genoux. Ces marques apparaissent progressivement en trois ans. Certaines demeurent visibles entre les extases, tandis que d’autres accompagnent les commémorations liturgiques de la Passion ; les saignements sont principalement rapportés le vendredi.[1][2]
Les stigmates suscitent des examens médicaux et des controverses dès les années 1920. Le contrôle de juillet 1927 comprend une surveillance continue, des prélèvements sanguins et des photographies. Les notes du professeur Martini, en mars 1928, décrivent les lésions mais ne constatent pas le début du saignement ; d’autres observateurs, dont Gerlich et Seidl, décrivent précisément ce commencement. Leur désaccord porte autant sur les conditions d’observation que sur l’explication des plaies.[3][4][5][6]
L’apparition, la morphologie et les saignements des stigmates constituent un dossier distinct de l’inédie, c’est-à-dire de l’absence prolongée d’alimentation rapportée chez Thérèse Neumann. Sa biographie et son inédie font l’objet de notices séparées.
Le chanoine Ennemond Boniface réunit une grande partie de ces témoignages dans son livre de 1979, après cinq enquêtes réparties sur vingt-cinq ans. Défenseur de Thérèse Neumann, il reproduit des rapports, lettres et observations de positions différentes, en les accompagnant de ses propres arguments. Ses descriptions personnelles et les documents qu’il cite n’ont donc pas la même origine.[7]
Qui était Thérèse Neumann ?
Thérèse Neumann naît à Konnersreuth, en Haut-Palatinat bavarois, le 8 avril 1898[8][9], aînée d'une famille paysanne catholique nombreuse. Jeune fille robuste — Boniface la dit « la plus vigoureuse du pays » —, elle travaille comme fille de ferme et rêve de devenir religieuse missionnaire. Le 10 mars 1918, en portant de lourds seaux d'eau pour éteindre l'incendie d'une ferme voisine, elle se blesse gravement au dos ; s'ensuit une longue période de paralysies, de cécité et de souffrance, jusqu'à des guérisons rapportées en 1923 et 1925, attribuées à l'intercession de sainte Thérèse de Lisieux[10][11].
Boniface distingue la jeunesse, les maladies et guérisons, puis les phénomènes mystiques. Ces périodes se chevauchent : les premiers stigmates remontent à mars 1926, tandis que sa chronologie des guérisons s’achève le 19 novembre de la même année.[12]
Pour la biographie complète — enfance, guérisons, cercle de résistance au nazisme formé autour d'elle[13], mort et état actuel de sa cause de béatification, dont l’ouverture a été annoncée le 13 février 2005[14] — voir Servante de Dieu Thérèse Neumann. Pour le second grand phénomène de Konnersreuth, l'absence rapportée de toute nourriture, voir L'inédie de Thérèse Neumann.
Une forte imprégnation religieuse, mais pas un scénario technique
Une objection classique consiste à expliquer les stigmates par la suggestion religieuse : une enfant très pieuse, nourrie du récit de la Passion, aurait fini par le rejouer sur son propre corps. Boniface décrit en effet une enfant robuste mais très sensible au récit de la Passion, et cite ses lectures : Histoire d'une âme, l'Introduction à la vie dévote, le livre liturgique de Goffine, une vie de sainte Notburge et Die Marterblume von Rosenhain[15]. Il précise cependant que les deux influences spirituelles principales orientaient vers l'abandon et la simplicité, non vers la recherche d'une expérience extraordinaire :
« Il est important, à ce sujet, de retenir que c'est principalement l'esprit de deux mystiques français : saint François de Sales et sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, prônés par le curé Naber, qui ont orienté et développé la piété de Thérèse Neumann, pendant toute son adolescence. » — Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, 1979, pp. 102–103[16]
Ces lectures établissent la familiarité de Thérèse avec la Passion et la spiritualité catholique. Elles documentent son milieu religieux ; elles ne constituent pas une expérience démontrant comment une conviction produirait les lésions décrites par les médecins.
Apparition et cartographie des stigmates (1926-1929)
Contrairement à l'image d'une stigmatisation reçue d'un coup, le dossier Boniface donne une chronologie précise et progressive, plaie par plaie, sur près de trois ans :
- 5 mars 1926La plaie du côté
- 2 avril 1926Mains et pieds, faces dorsales
Vendredi saint : apparition des marques aux faces dorsales des mains et des pieds[18].
- 15 avril 1927Mains et pieds, faces internes
Vendredi saint : apparition des marques aux faces internes des mains et des pieds[19].
- Courant 1927La couronne d'épines
Marques successives sur le cuir chevelu, en cercle, que Boniface rattache à la couronne d'épines[20].
- Carême 1928L'épaule droite
Large marque à l'épaule droite, attribuée au portement de la croix[21].
- 29 mars 1929La flagellation
Vendredi saint : première apparition des marques de flagellation sur tout le corps, reproduites chaque année à cet anniversaire[22].
Boniface résume ainsi le trait commun aux marques permanentes :
« Ses stigmates permanents (qu'elle n'avait pas reçus simultanément, mais successivement) avaient trois traits communs : tous lui ont été imposés soudainement, au cours d'une vision de la Passion, et un vendredi. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 192-193[23]
Les localisations permanentes et temporaires
Boniface donne ailleurs une description synthétique de l'ensemble des marques, permanentes et temporaires :
« À l'état constant, Thérèse Neumann portait, indélébiles dans sa chair, les stigmates des clous, aux faces dorsales et internes des mains et des pieds, celui du coup de lance, au niveau du quatrième cartilage costal, tout près du sternum, côté gauche, et ceux (au nombre de huit) de la couronne d'épines, situés en cercle, sur la tête, au milieu du cuir chevelu. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 191-192[24]
« En outre, certains jours de l'année, correspondant liturgiquement à des événements christiques, elle recevait d'autres stigmates, d'une persistance variable et, principalement, celui du portement de Croix, à l'épaule droite, des chutes, aux deux genoux, et de la flagellation, sur tout le corps. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 191-192[25]
Boniface compte huit marques au cuir chevelu, mais ajoute en note : « Ou neuf ; je n’ai jamais su ». Sa description donne donc huit ou neuf marques, et non un dénombrement anatomique définitif.[26]
Une lettre autobiographique confirme cette cartographie depuis une source de première main. Écrivant au professeur Wutz pendant le Carême 1937, Thérèse Neumann énumère elle-même les zones qui saignent :
« Les vendredis sont comme ceux de l'année dernière : ma tête, mes épaules, mon cœur, mes mains, mes pieds et mes genoux saignent. » — Thérèse Neumann, lettre au professeur Wutz du 22 février 1937, citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 295[27]
La plaie du côté : une hémorragie d'un type différent
Boniface distingue matériellement la première plaie — celle du côté — des autres, par son mode de saignement :
« De fait, le sang se mit à couler abondamment, et depuis, ce stigmate ne saigna pas, comme les autres, par un écoulement lent et continu, par une sorte de suintement du sang qui forçait les tissus, mais par jets brusques et abondants, qui s'échappaient violemment de la plaie […]. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 192[28]
Boniface décrit ainsi un contraste entre les jets de la plaie du côté et le suintement des autres marques ; il ne fournit pas de débit mesuré.[29]
Anatomie et morphologie des plaies
Ce que Boniface observe directement en 1955
Le témoignage le plus précis sur l'aspect matériel des plaies est celui de Boniface lui-même, qui rencontre Thérèse le 6 juillet 1955 et décrit ses propres limites d'observation avant de donner le détail :
« Je ne les ai, bien entendu aussi, ni mesurés, ni examinés à la loupe, mais simplement regardés attentivement, comme on peut regarder une bague, portée par la personne à qui l'on parle. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 195-196[30]
« Sur le dos des mains et bien au centre, ils donnaient l'impression d'un petit rectangle de sparadrap noir, qui aurait été collé sur la peau, sensiblement moins long qu'un demi timbre-poste de 50 centimes. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 195-196[31]
« À l'intérieur des mains, ils étaient beaucoup plus petits et de forme ovale, de la dimension environ d'une grosse lentille, coupée en deux, difficiles d'ailleurs à observer, car situés dans le pli même, formé par le croisement des deux lignes principales de la main. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 195-196[32]
Ce même jour, Boniface note un détail concret qui ancre la scène dans le réel plutôt que dans le seul récit édifiant : « S'étant blessée en travaillant au stigmate dorsal de la main droite, Thérèse y avait tout bonnement appliqué un petit bout de sparadrap rose, qui en recouvrait à peu près la moitié »[33].
Une visibilité en dehors du vendredi
Les plaies permanentes n'étaient pas seulement visibles le vendredi, pendant l'extase. Un témoin nommé, dans la relation d'Albert-Paul Remisch, rapporte une scène de présentation en dehors de tout contexte extatique : l'abbesse Maria Benedicta Spiegel demande simplement à Thérèse de montrer ses mains, et celle-ci « le fit avec l'air de quelqu'un montrant un bras cassé et paraissant plutôt ennuyée de son infortune »[34]. Il s'agit d'une présentation dans un parloir, non d'un examen médical, mais elle atteste une visibilité des marques en dehors d’une extase.
Une pellicule protectrice observée à la loupe
Le fait médical le plus précis concernant la texture des plaies vient d'une observation attribuée à deux médecins, transmise par une chaîne de citation qu'il faut signaler : Boniface rapporte une analyse de Jean Lhermitte sur l'ouvrage de Mgr Teodorowicz, qui elle-même cite Ewald et Seidl :
« Les stigmates de Thérèse sont, en outre, des plaies protégées, car Ewald et son collègue le Docteur Seidl ont pu observer à la loupe non seulement un revêtement épidermique très ténu à la périphérie de la plaie, mais encore ils ont été capables de reconnaître sous l'escarre une pellicule épithéliale très mince. » — Analyse de Jean Lhermitte de l'ouvrage de Mgr Teodorowicz, citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 342[35]
Cette observation, malgré la chaîne secondaire par laquelle elle parvient au lecteur, complète directement les descriptions du contrôle de 1927 exposées plus bas : elle situe le débat sur un terrain précis — l'existence, entre les saignements, d'une pellicule de peau très fine plutôt que d'une plaie ouverte entretenue.
Pourquoi les descriptions médicales divergent
Boniface prévient explicitement d'une confusion possible entre observations contradictoires et observations simplement décalées dans le temps :
« Divers auteurs sont tombés d'accord pour dire que les stigmates de Thérèse avaient changé d'aspect et même de forme au cours des ans. C'est ce qui explique les variantes des multiples descriptions qui en ont été faites, notamment par les Docteurs Ewald, Van Der Elst, Louis, Witry, etc. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 195[36]
La date et la face observée de la main comptent donc dans la comparaison : la croûte dorsale décrite par Martini en 1928 et la petite marque palmaire vue par Boniface en 1955 ne désignent ni le même moment ni la même surface.[37][38]
Douleur permanente et conséquences fonctionnelles
Les plaies permanentes n'étaient pas seulement visibles : elles restaient, selon Boniface, constamment douloureuses.
« Les stigmates permanents étaient constamment très douloureux et il a fallu à Thérèse un temps très long pour s'y habituer […] et arriver à se servir progressivement de ses mains, malgré cette douleur lancinante. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 196[39]
« Pour permettre à Thérèse de marcher à peu près normalement, on a dû lui faire confectionner des chaussures spéciales. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 196[40]
La douleur rapportée touche ainsi des gestes ordinaires — marcher et travailler de ses mains — en dehors des extases elles-mêmes.[41]
Les larmes de sang et les examens ophtalmologiques
Un des traits les plus spectaculaires du dossier concerne les larmes de sang, dont Boniface rapporte qu'elles n'auraient laissé aucune trace lésionnelle décelable :
« En effet, aucun des nombreux examens médicaux, auxquels il a été procédé, n'a permis de déceler la plus microscopique érosion des conjonctives ou des paupières de Thérèse qui, sitôt lavées, une fois l'extase douloureuse finie, étaient intactes, normales. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 197[42]
Boniface ne joint à cette affirmation générale ni date d’examen ni nom d’ophtalmologiste. Des descriptions plus circonstanciées figurent dans les observations oculaires de Gerlich, d’Ewald et de Froelich, examinées ci-dessous.[43][44][45][46]
Le vendredi : déroulement des extases de la Passion
Une structure liturgique répétitive
Boniface décrit une périodicité extrêmement régulière des extases, calées sur le cycle liturgique :
« Presque tous les jeudis, vers minuit (sauf pendant les temps liturgiques joyeux, par exemple les octaves de Noël et de Pâques), Thérèse Neumann était ravie en extase et assistait à la Passion du Christ, qui se déroulait, devant ses yeux, en 35 à 50 visions fragmentaires, coupées de pauses ou repos. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 197-198[47]
L'extase, commencée le jeudi vers minuit, se prolongeait ainsi jusque vers treize heures le vendredi. Cette structure explique la présence répétée, chaque semaine sauf exception liturgique, d'un même public de témoins, avec une intensification pendant le Carême et la Semaine sainte — dont le récit le plus détaillé, celui du trentième anniversaire des stigmates le 30 mars 1956, est examiné plus bas.
La répartition du sang, observation directe
Boniface affirme avoir assisté personnellement à quatre extases douloureuses. Sa description la plus utile matériellement distingue plusieurs zones du corps dans un même épisode :
« Deux lourds ruisseaux de sang, de la largeur même des yeux, descendent des paupières closes, le long des joues livides et contournent le menton […]. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 200-202[48]
« Malgré les épais tampons de gaze, placés sur le stigmate du cœur, la camisole, du côté gauche, montre une large tache rouge, cernée de rose. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 200-202[49]
« Aucune trace de sang sur les mains ni sur le front. Les stigmates de la couronne d'épines, en effet, sont situés sur la tête, au milieu des cheveux. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 200-202[50]
Dans cette scène, le sang est visible aux yeux et sur le vêtement au niveau du côté, mais absent des mains et du front. Toutes les marques ne saignent donc pas simultanément lors de l’extase décrite par Boniface.[51]
Un témoin nommé donne une observation datée et localisée, avec une réserve à signaler explicitement. Le baron Erwein von Aretin, présent le 8 juillet 1927, décrit :
« Les pieds de Thérèse Neumann étaient à découvert et on les voyait réagir douloureusement aux coups de marteau de la crucifixion. Bientôt se forma à l'un des stigmates une goutte naissante de sang sombre qui croissait, croissait jusqu'à se détacher de la plaie. » — Erwein von Aretin, témoignage du 8 juillet 1927, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 81[52]
Von Aretin ajoute que la goutte se serait écoulée vers les orteils plutôt que vers la cheville, contre la pesanteur. Il s’agit de son interprétation visuelle de la trajectoire, sans mesure d’inclinaison ni enregistrement associés.[53]
L'insensibilité alléguée pendant l'extase
Le même témoin affirme une modification profonde de la sensibilité durant l'épisode extatique : « Toute sensibilité a disparu du corps. Les stigmates, autrement très douloureux au toucher, peuvent être pressés à volonté […] »[54]. Une expérience que Boniface rapporte — en parlant, dans ses propres termes, de « médecins sans scrupules » — va dans le même sens, avec un détail concret :
« Ces médecins sans scrupules avaient eu l'idée de diriger, pendant l'extase, sur ses yeux clos, les rayons d'un puissant projecteur, afin d'observer ses réactions […]. Par malheur, elle ouvrit brusquement ses paupières toute grandes et fixa l'éclatant faisceau […]. À la pause on lui demanda, aussitôt, si elle n'avait pas aperçu une grande lumière : “Non, répondit-elle, Jésus est mort et le ciel s'est obscurci.” » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 200[55]
Ni le nom des médecins, ni la puissance du projecteur, ni un enregistrement de la réaction pupillaire ne figurent dans ce passage : l'anecdote illustre la logique interne de l'extase — la réponse de Thérèse reste cohérente avec la scène qu'elle dit vivre, plutôt qu'avec un stimulus extérieur immédiat — sans constituer une expérimentation contrôlée au sens moderne.
Un dernier élément touche à la résistance de Thérèse à la suggestion verbale pendant les pauses de l'extase, quand un observateur tentait de la prendre en défaut sur le déroulement de la scène qu'elle disait voir :
« C'est pourquoi, lorsque, pour la prendre en défaut, on lui dit, par exemple, qu'elle répète mal les paroles de tel ou tel personnage, elle insiste, s'obstine et reprend vertement son interlocuteur : “Mais non, tu as mal écouté ce qu'il a dit”, ou “Tu n'as donc pas regardé, quand il a fait ceci ?”. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 203-204[56]
Cette résistance ponctuelle à une correction suggérée n'équivaut pas à un protocole psychiatrique de suggestibilité ; elle documente seulement que Thérèse ne se conformait pas automatiquement aux indications proposées pendant l'état intermédiaire.
Le contrôle de juillet 1927 : protocole et limites
En 1927, l'évêché de Ratisbonne mandate le docteur Otto Seidl — celui-là même qui avait signé, sept ans plus tôt, un certificat d'« hystérie grave avec cécité et paralysie partielle »[57] — pour diriger une observation continue de quinze jours, dont l'objet premier était l'inédie mais dont le protocole couvrait aussi les stigmates. Les instructions écrites aux quatre infirmières franciscaines de Mallersdorf comportaient des consignes spécifiques aux saignements :
« Sur le sang émis le vendredi, il sera prélevé des échantillons épandus sur des lames parfaitement propres. De même il sera opéré des prélèvements, à un autre jour quelconque de la semaine, sur le sang provenant d'une incision dans le lobe de l'oreille, la teneur en hémoglobine de ce sang étant déterminée en même temps. » — Consignes du contrôle de juillet 1927, citées par Ennemond Boniface, op. cit., p. 181-182[58]
« Les vendredis d'observation, les compresses posées sur la plaie du cœur, de même que les voiles de tête utilisés ces jours-là, seront enlevés et conservés. Des photographies seront prises des stigmates et aussi, dans la mesure du possible, de quelques extases. » — Consignes du contrôle de juillet 1927, citées par Ennemond Boniface, op. cit., p. 181-182[59]
Boniface indique que le sang recueilli aux stigmates et celui prélevé au lobe de l’oreille gauche furent comparés en fin de contrôle : « le sang qui coulait de ses stigmates et celui prélevé au lobe de l’oreille gauche furent soumis à l’analyse : qui ne révéla aucun indice d’abstinence »[60]. Cette conclusion concerne les signes d’abstinence alimentaire. Elle ne donne ni groupe sanguin ni identification individuelle des prélèvements.
Un jugement favorable venu d'un adversaire déclaré
Le témoignage le plus significatif sur la fiabilité du dispositif vient, selon Boniface, d'un médecin qu'il présente lui-même comme opposé à l'interprétation mystique du cas — le docteur Ewald :
« Les quatre Sœurs de Mallersdorf m'ont fait une extraordinaire bonne impression ; elles avaient été habilement choisies ; au point de vue médical elles ne laissaient rien à désirer. On n'a certainement pas pu les duper... ni les extases, ni la vue du sang ne leur ont fait perdre la tête ; elles se tenaient là, impassibles, l'appareil photographique en main. » — Dr Ewald, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 183-184[61]
« Pour autant que j'aie eu connaissance de leur procès-verbal, il était objectif, inattaquable et témoignait de la plus saine critique. » — Dr Ewald, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 183-184[62]
Ewald loue ici la compétence des infirmières et la partie du procès-verbal dont il a pris connaissance. Cette appréciation favorable au contrôle ne vaut pas adhésion à une origine surnaturelle des phénomènes.[63]
Le contre-examen Martini : l'objection la plus sérieuse
Le fait critique le plus souvent invoqué contre l'authenticité des stigmates n'est ni un article journalistique ni une polémique tardive : c'est une observation médicale contemporaine, restée incomplète sur un point précis. Boniface en corrige d'abord la nature et la date, souvent confondues dans la légende du dossier :
« En fait, il n'y eut jamais de rapport, mais de simples notes prises par le Docteur Martini au cours d'un examen, que lui avait demandé Mgr Buchberger, pour contrôler les saignements des stigmates de Thérèse Neumann. C'est le […] Docteur Deutsch, qui rassembla ses notes et les présenta, en forme de rapport, dans son pamphlet contre l'archevêque Teodorowicz. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 389[64]
« C'est dix ans plus tôt, les 22 et 23 mars 1928, qu'elle a eu lieu, durant quelques heures, étalées, avec des intermittences considérables, sur une seule demi-journée. » — Ennemond Boniface, op. cit., pp. 392–393[65]
Boniface attribue donc à Deutsch la mise en forme et la diffusion des notes de Martini. Cette histoire de transmission ne supprime pas leur contenu critique : Martini décrit des lésions et une observation intermittente, puis discute l’hypothèse de simulation.[66][67]
Ce que Martini décrit réellement
Martini ne nie pas l'existence des lésions. Il en donne au contraire une description morphologique détaillée :
« Les plaies des mains se présentent comme des croûtes rouge foncé, de la grosseur d'une pièce de dix pfennigs, cependant non comme des croûtes complètement sèches, mais leur surface rappellerait plutôt la configuration d'une framboise. Le bord de ces croûtes est luisant et un peu humide. Tout autour, sur une largeur d'environ un demi-centimètre, un halo de peau légèrement brillante […]. » — Dr Martini, notes des 22-23 mars 1928, citées par Ennemond Boniface, op. cit., p. 391[68]
Cette observation critique décrit exactement le type de plaie — croûte, halo périphérique, humidité au bord — que d'autres témoins favorables au dossier décrivent également ailleurs. Le désaccord ne porte donc pas sur l'existence de la lésion, mais sur un point précis : Martini affirme n'avoir jamais vu, pendant sa courte observation, le moment où le sang sortait effectivement de la peau.
L'hypothèse formulée, et la prudence qui l'accompagne
Martini distingue ce qu’il n’a pas observé de l’hypothèse qu’il envisage :
« D'où il résulte : 1°) que je n'ai pu trouver aucune preuve de la sortie spontanée du sang hors de la peau... » — Dr Martini, notes des 22-23 mars 1928, citées par Ennemond Boniface, op. cit., p. 400[69]
« Je ne suis aucunement convaincu, moi-même, qu'il en soit ainsi ; mon raisonnement doit seulement donner à entendre que, pour des raisons psychologiques, on ne doit pas exclure la possibilité d'une pieuse supercherie. » — Dr Martini, notes des 22-23 mars 1928, citées par Ennemond Boniface, op. cit., p. 401-402[70]
Martini n’a pas surpris le début du saignement et envisage une manipulation motivée par le désir de préserver une réputation religieuse. Il précise toutefois que cette explication demeure, pour lui, une possibilité et non une supercherie constatée.[71][72]
Ce que l'observation de Martini ne couvre pas
Une confusion fréquente mérite d'être dissipée avant d'examiner les contre-observations : l'examen de Martini portait sur une demi-journée et un objet limité, non sur l'ensemble du dossier.
« Il faut constater tout d'abord que l'observation Martini n'a porté sur aucun des phénomènes essentiels de Thérèse Neumann, tels que le jeûne perpétuel, les stigmates considérés en eux-mêmes, les extases, les visions, la xénoglossie, le don prophétique, les communions extatiques… etc. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 398[73]
Boniface précise que « l'observation intermittente du Professeur Martini, qui s'est étalée sur une demi-journée, n'a porté que sur le comportement général de Thérèse Neumann, au cours d'une extase sanglante, et, plus particulièrement, sur le processus des saignements stigmatiques »[74]. Même une observation entièrement négative sur ce point précis ne suffirait donc pas, à elle seule, à trancher l'ensemble du dossier des stigmates — pas plus qu'elle ne suffit à trancher celui de l'inédie, dont le protocole distinct est traité dans l'article dédié.
Contre-observations : Gerlich, Ewald, Witry, Froelich
Les récits de Gerlich, Ewald, Witry et Froelich portent sur des durées, des parties du corps et des dates différentes. Les comparer permet de distinguer la présence de sang, son écoulement et le commencement même d’un saignement.
Fritz Gerlich, à vingt-cinq centimètres
Le journaliste Fritz Gerlich décrit deux observations distinctes : le saignement des yeux lors de son séjour des 22–25 septembre 1927, puis celui des mains pendant la nuit du 5 au 6 avril 1928. Dans son récit allemand, la première appartient à la relation de ses visites de 1927, publiée dès le 6 novembre de cette année. Son témoignage précise la distance et l’éclairage :[75]
« À 12 h 40, lors de la vision de la seconde prière, du sang sortit de ses yeux sous forme d'un mince filet, sous les cils et la paupière inférieure […]. À 12 h 51, lors de la vision de la troisième prière, une goutte de sang frais et rouge coula sur les joues venant de l'intérieur des yeux. J'avais observé le phénomène en éclairant le visage, avec une lampe électrique, que je tenais, de la main gauche, à une distance d'environ 25 centimètres, tandis que mes yeux étaient à peu près à la même distance de ses yeux. » — Fritz Gerlich, observation de septembre 1927, traduction citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 407[76]
Boniface précise que l'heure « 12 h 40 » désigne, dans ce compte rendu, minuit quarante sur une montre à cadran de douze heures — une précision nécessaire pour ne pas dater l'observation en pleine journée. Son observation de la main gauche appartient, elle, au Vendredi saint 1928 :
« Pendant la dix-septième vision, […] le stigmate du dos de la main gauche commença à saigner. Au bord du poignet la surface de la peau commença à se déchirer comme essaye de le montrer le dessin suivant que je fis aussitôt […]. Dans la partie sanglante on remarquait une sorte d'ampoule […]. Le sang était rouge foncé. » — Fritz Gerlich, observation du Vendredi saint 1928, citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 408[77]
Le mouchoir utilisé pour recueillir les larmes sanglantes est examiné le 31 octobre 1927 à l’Institut de médecine légale de l’Université de Munich par le professeur Merkel et le Privatdozent Walcher. Gerlich rapporte leur conclusion : les taches proviennent de sang humain.[78] Ce résultat identifie la nature du liquide recueilli ; il n’établit ni son groupe sanguin ni son origine individuelle.
Le professeur Ewald, sept observations
Le psychiatre Gottfried Ewald (1888–1963) publie en 1927 son étude dans les Münchener medizinische Wochenschrift, 74, no 46, p. 1981–1992.[79] Boniface le présente comme un adversaire de l’interprétation surnaturelle. Les sept observations qu’il reproduit aux pages 474–475 passent par le livre du médecin Josef Klosa, qui cite le rapport d’Ewald ; elles réunissent des constats personnels et ceux d’autres médecins, sans constituer sept visites distinctes.[80][81]
« 1°) Des examens au microscope permirent de constater qu'il s'agit chez Thérèse Neumann effectivement d'un écoulement de sang. 2°) Un commencement spontané des saignements fut constaté de façon incontestable par plusieurs médecins, en partie avec une loupe. 3°) La quantité du saignement est telle qu'il ne pourrait pas bien être provoqué de façon artificielle sans que des cicatrices reconnaissables fussent apparues, étant donné la répétition si fréquente des saignements (par exemple à la conjonctive). » — Professeur Gottfried Ewald, rapport sur le contrôle de 1927, cité par Josef Klosa puis par Ennemond Boniface, op. cit., p. 474[82]
La suite de la même synthèse ajoute un liquide séro-sanguin difficile à obtenir artificiellement à la plaie du cœur, une absence de suppuration, une transformation somatique des stigmates des mains pendant l'extase, et le jugement qu'une surveillance de quatorze jours rendait improbable des blessures artificielles inaperçues[83]. Boniface cite ailleurs, dans un extrait plus court du même dossier Ewald, une formule proche :
« Le commencement spontané des saignements a été observé par plusieurs médecins de façon irrécusable, même avec une loupe. La quantité de sang pourrait difficilement provenir d'une intervention artificielle. » — Professeur Gottfried Ewald, Münchener Medizinische Wochenschrift, n° 46, 1927, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 408[84]
Witry et Froelich
Le docteur Witry décrit une extase où les larmes de sang précèdent de plusieurs heures l'ouverture du pansement thoracique :
« Des yeux et sur le bord des conjonctives inférieures, le sang coule lentement, déjà, depuis des heures, en deux ruisselets, qui sont larges d'environ 2 cm. C'est du sang frais d'un rouge de géranium et il coule dans le cou, jusqu'à la poitrine. » — Dr Witry, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 409[85]
« Le stigmate du cœur, qui était couvert par une épaisse couche de gaze, sous la chemise de nuit, a transpercé de sang le pansement et la chemise […]. La tache de sang rouge sur la chemise de nuit était de la grosseur d'une main d'homme. » — Dr Witry, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 409[86]
Le docteur Froelich, de son côté, revendique cinq heures d'observation continue le 15 avril 1943 :
« Moi-même, je fus, le 15 avril 1943, pendant cinq heures, auprès du lit de Thérèse Neumann, et je peux, d'après mes propres observations, confirmer que du sang frais coulait, constamment, des stigmates. » — Dr Froelich, Konnersreuth aujourd'hui — Point de vue d'un médecin (1950), cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 409-410[87]
Johannes Maria Hœcht rapporte, dans une déclaration du 25 octobre 1957, que Froelich lui avait confirmé avoir vu le commencement spontané des saignements oculaires. Ce témoignage transmis complète celui de l’écoulement continu ; il porte précisément sur le moment que Martini n’avait pas observé.[88]
Une objection matérielle contre la simulation
Le docteur Rudolf Hynek, cité par Boniface, formule une objection d'ordre matériel contre l'hypothèse d'un sang appliqué depuis un récipient :
« On ne saurait donner à un chirurgien expérimenté l'illusion d'un saignement. Le sang se coagule peu de temps après la sortie des vaisseaux et, quand on a observé quelques minutes l'écoulement ininterrompu du sang, il est impossible de penser qu'il provient d'une supercherie. » — Dr Rudolf Hynek, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 403[89]
Cet argument vise l’hypothèse d’un écoulement prolongé simulé depuis un récipient de sang déjà préparé. Il ne démontre pas l’impossibilité de toute fraude.
Le rapport d’Urban traduit dans Psyché en mars 1954 repose sur sa visite des 12 et 13 octobre 1944. Il distingue les stigmates des lésions qu’il avait rencontrées chez des simulateurs à Vienne et durant la guerre :[90]
« Il n'est nullement question de cela en ce qui concerne les stigmates de Thérèse Neumann, car ils présentent deux différences capitales : ils ne se guérissent pas, mais ils ne suppurent pas non plus, bien qu'ils ne soient en aucune façon désinfectés ; d'autre part, ils ne révèlent aucune trace de blessures volontaires. » — Professeur Hubert Urban, « Ce que j'ai vu à Konnersreuth », Psyché, n° 89, mars 1954, p. 178, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 416[91]
Urban répond aussi précisément à l'hypothèse d'une chromhidrose — une affection dermatologique rare produisant une transpiration colorée — en la comparant à un cas qu'il connaît personnellement :
« Il est également faux de vouloir expliquer la véritable sueur de sang de Thérèse Neumann par l'appellation de “Chromohydrosis”. Un de mes collègues de Vienne possède cette propriété depuis des années. Mais cela a un caractère totalement différent, on dirait de l'encre rouge très diluée […] chez Thérèse Neumann, il s'agit, sans contestation possible, de sang. » — Professeur Hubert Urban, Psyché, n° 89, mars 1954, p. 179, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 416-417[92]
Urban conclut :
« À vrai dire, il s'agit là d'un tout autre plan dont la médecine (tout au moins aujourd'hui) n'a aucune connaissance. C'est pourquoi cette discipline ne peut en ce cas rien expliquer mais seulement se contenter de décrire. » — Professeur Hubert Urban, Psyché, n° 89, mars 1954, p. 181-182, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 417-418[93]
La portée de ce jugement demeure celle d’une visite de deux jours. Urban demande lui-même de nouveaux examens hospitaliers et une commission médicale réunissant des spécialistes de conceptions différentes.[94]
Le tableau contradictoire du dossier
Les observations suivantes se distinguent par leur durée, leur objet et leur transmission.
| Observateur | Nature de l'observation | Ce qui est constaté | Limite documentaire |
|---|---|---|---|
| Dr Otto Seidl | Contrôle de juillet 1927 ; relevés nocturnes datés | Début du saignement des yeux et du côté ; prélèvements | Surveillance limitée à quinze jours ; résultat sanguin relatif à l’abstinence.[95][96] |
| Dr Ewald | Rapport de 1927 ; sept points repris par Klosa | Nature sanguine au microscope ; débuts spontanés observés notamment à la loupe | Synthèse incluant d’autres médecins ; l’authenticité matérielle n’équivaut pas pour lui au surnaturel.[97][98] |
| Pr Martini | Notes d'observation, 22-23 mars 1928, quelques heures intermittentes | Croûtes décrites en détail ; aucune preuve personnelle de la sortie spontanée du sang | Hypothèse de supercherie envisagée, sans conviction affirmée.[99] |
| Fritz Gerlich | Yeux : septembre 1927, lampe à 25 cm ; main : 5–6 avril 1928 | Deux récits distincts, avec une progression datée à la minute | Observation rapprochée ; analyse d’un linge sans identification individuelle du sang.[100][101] |
| Dr Witry | Observation d'une extase, date non précisée dans le passage cité | Largeur des coulées estimée à 2 cm ; pansement thoracique imbibé | Description visuelle, sans instrument de mesure précisé.[102] |
| Dr Froelich | Observation continue de cinq heures, 15 avril 1943 | Écoulement constant confirmé sur toute la durée | Observation rétrospectivement publiée en 1950, reproduite par Boniface.[103] |
| Pr Hubert Urban | Visite des 12–13 octobre 1944 ; traduction du rapport en 1954 ; entretien en 1958 | Absence de suppuration et de traces de blessures volontaires | Avis fondé sur une courte visite ; ne constitue pas une surveillance permanente.[104][105] |
Photographies, linges et analyses : valeur et limites de la preuve matérielle
Photographies des plaies, linges tachés et analyses de sang constituent trois catégories de pièces. Boniface décrit certains objets vus chez Naber et Wutz et reproduit deux cahiers photographiques ; les analyses répondent à la question de la nature du sang recueilli.
Ce que Boniface a vu lui-même en 1955
Lors de son entretien du 6 juillet 1955 avec le curé Naber, Boniface décrit un ensemble matériel précis :
« Au cours de cet entretien, M. le curé Naber m'a montré de saisissantes photos (en exemplaires uniques) d'extases sanglantes de Resl, prises par un de ses frères, et de très émouvantes pièces de lingerie (camisole, chemise, voile de tête et taie d'oreiller) tout imprégnées du sang répandu par la stigmatisée, au cours de l'extase du dernier vendredi saint. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 37[106]
« J'ai été très impressionné, en particulier par ce […] tampon de gaze, qui avait été posé sur la plaie du côté, et contenant un énorme caillot de sang coagulé […]. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 37[107]
Le même type de fonds est décrit par Albert-Paul Remisch dès 1931, chez le professeur Franz Wutz, qui aurait constitué « un véritable musée de linges et vêtements divers, ensanglantés durant les extases du vendredi »[108], ainsi que des photographies des pieds « que les visiteurs de Konnersreuth ne voient jamais »[109]. Le même passage décrit un voile blanc portant huit taches réparties en trois ensembles, que Wutz rattachait à trois moments de la Passion, en précisant que d'autres années les taches étaient plus larges et confondues[110]. Un projet de film de la fin d'une extase, évalué à 3 000 marks en 1932, ne fut jamais réalisé faute de financement[111].
Une iconographie publiée, mais peu documentée
Le livre de Boniface comporte deux cahiers photographiques non paginés. Le second montre notamment une paume ouverte, avec une zone sombre au centre de la main. Cette vue fixe renseigne sur l’aspect de la marque, mais ne montre pas le commencement d’un saignement.[112]
Le premier cahier montre Thérèse après ses guérisons, parmi des fleurs et des animaux, au travail, ainsi que plusieurs témoins. Des marques sombres sont visibles au dos des mains sur plusieurs clichés.[113]
La liste finale des illustrations répartit les crédits entre Boniface, Anni Spiegel, J.-M. Hœcht, Johannes Augermayr, la maison Löwenhag-Marktredwitz, le Theresianum et des mentions « Photos X ». Ces crédits collectifs n’indiquent pas la date de chaque prise de vue.[114]
Les archives réunies par Johannes Steiner
En 1979, Boniface attribue à l’éditeur et biographe Johannes Steiner la réunion des journaux, notes et archives du curé Naber, de Fritz Gerlich et de Ferdinand Neumann. Il y mentionne une documentation photographique et des enregistrements sur bande magnétique. Cette indication concerne le regroupement des fonds à l’époque de son livre.[115]
Les trois grandes objections, et ce que le dossier documente
Objection 1 — « Aucun observateur n'a réellement vu le sang sortir de la peau »
Cette objection est formulée avec une netteté particulière par le prêtre Josef Hanauer, dans un ouvrage critique publié en 1972 :
« Thérèse s'est arraché la peau et […] “on” a ensuite fait saigner de façon artificielle les blessures ainsi existantes. » — Josef Hanauer, Konnersreuth als Testfall, Manz, Munich, 1972, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 445[116]
« Pas un seul observateur ne peut témoigner de l'écoulement du sang hors d'une blessure quelconque. Seuls, quelques-uns veulent avoir vu la formation de larmes de sang. » — Josef Hanauer, Konnersreuth als Testfall, Manz, Munich, 1972, p. 94, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 447[117]
Réponse documentaire : l'objection de Hanauer, prise dans sa formulation la plus forte, se heurte directement aux observations datées et nommées réunies plus haut. Gerlich situe à la minute le commencement du saignement des yeux en septembre 1927, observé à 25 centimètres, puis celui de la main gauche dans la nuit du 5 au 6 avril 1928[118][119]. Le docteur Seidl consigne à son tour, dans son propre rapport, une chronologie minute par minute de deux nuits d'observation en juillet 1927 :
« Dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15-7-1927, le soir, à 11 h 43 : extase : tout d'un coup, tout à fait spontanément, du sang s'écoule hors de l'œil gauche, utilisé de suite pour une analyse […]. Tout de suite après, le sang sort également de l'œil droit. 12 h 10 : extase : le sang coule en plus grande quantité des deux yeux. Durée : 2 minutes. 12 h 32 : la plaie du cœur commence également à saigner […]. » — Dr Otto Seidl, rapport à l'Ordinaire de Ratisbonne, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 447-448[120]
Le relevé de la nuit du 21 au 22 juillet 1927 porte une discordance : la mention « 11 h 47 » précède celle de « 11 h 27 » pour le début du saignement du côté. Ces heures imprimées empêchent de restituer sûrement l’ordre des événements de cette seconde nuit ; elles n’affectent pas les horaires du relevé du 14–15 juillet cité ci-dessus.[121] À côté du rapport Seidl, le professeur Pabstmann décrit une ouverture progressive de la marque de la main :
« Quant à ses stigmates, je les ai observés à plusieurs reprises du jeudi jusqu'à l'après-midi du vendredi sans interruption. Je vis même la cicatrice, d'abord intacte et fermée par une peau très mince sur le dos de la main, alors la peau éclata et le sang put sortir de la plaie. » — Professeur Pabstmann, cité dans Friedrich von Lama et Lavrot, Chronique de Konnersreuth, année 1929, Mulhouse, 1929, p. 17, citation reproduite par Ennemond Boniface, op. cit., p. 514[122]
L’affirmation absolue de Hanauer — « pas un seul observateur » — se heurte ainsi à des récits qui décrivent précisément le passage d’une peau fermée au saignement. Leur valeur doit être appréciée témoin par témoin : l’extrait d’Ewald repris par Klosa reste un même témoignage, même s’il est cité dans plusieurs ouvrages.[123][124]
Objection 2 — « La suggestion ou l'hystérie suffit à produire des marques semblables »
Elisabeth K. : durée des lésions et qualité de la surveillance
Cette objection s’appuie sur des publications attribuant à la suggestion l’apparition de lésions cutanées. Le cas le plus souvent invoqué est celui d'Elisabeth K., patiente du docteur Alfred Lechler[125], directeur de la clinique psychiatrique d'Elbingerode :
« C'est ainsi notamment qu'on a voulu comparer aux stigmates de Thérèse Neumann certaines altérations de la peau, se présentant comme des blessures superficielles, que le Docteur Alfred Leschler […] avait réussi à faire apparaître et disparaître, par suggestion, après quatre années de travail sous hypnose, aux mains, aux pieds et au côté d'un de ses sujets, une malheureuse névropathe, au passé lourd d'accidents, Elisabeth K... » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 334[126]
Réponse documentaire : trois éléments limitent directement la portée de cette comparaison. D'abord, Boniface note que « le Docteur Leschler a reconnu, dans son livre, que la surveillance d'Elisabeth K... n'avait pu être suffisante, de telle sorte qu'il ne pouvait rejeter la possibilité de manipulations trompeuses de son médium »[127]. Ensuite, le neurologue Jean Lhermitte, dans une analyse reprise par Boniface, qualifie sévèrement le résultat obtenu :
« Mais quels pauvres stigmates : quelques fissures épidermiques, de microscopiques suffusions des paupières qui cessaient dès la fin de la suggestion. À la troisième séance, Elisabeth laissa voir sur le front quelques points hémorragiques, mais 48 heures plus tard toute trace des soi-disant stigmates avait disparu. » — Jean Lhermitte, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 336[128]
Babinski : une expérience sans lésion cutanée
Une expérience contrôlée et négative complète le dossier. Le neurologue Joseph Babinski rapporte avoir tenté, sur une patiente hystérique très suggestible, de reproduire une lésion cutanée par suggestion pure :
« J'ai cherché à reproduire par suggestion des troubles cutanés, ce qui serait très simple, si l'on en croit certains hypnotiseurs, et je n'y suis jamais arrivé. » — Joseph Babinski, Œuvre scientifique. Recueil des principaux travaux, Masson et Cie, 1934, p. 480, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 337[129]
Après avoir suggéré une brûlure et immobilisé le membre sous surveillance pendant quarante-huit heures : « je n'ai constaté sur la région en expérience ni le moindre soulèvement épidermique, ni même la moindre rougeur »[130]. Babinski expose aussi son interprétation des lésions attribuées à l’hystérie : elles « résultent de l'application d'une substance irritante, de l'introduction sous les téguments d'un corps étranger, de la constriction d'un membre par un lien ou de quelque autre artifice »[131] — c'est-à-dire d'un geste matériel, non d'une simple suggestion mentale. Ce jugement appartient à sa conception historique de l’hystérie ; il ne diagnostique pas Thérèse Neumann.
Lhermitte : produire une rougeur ne suffit pas
Lhermitte formule la difficulté qui demeure même en accordant l’hypothèse de lésions produites par suggestion :
« Eût-on reproduit par suggestion pure des ecchymoses cutanées, il resterait à réaliser des ecchymoses symétriques aboutissant à des plaies durables, rebelles à l'infection aussi longtemps qu'elles persistent et lentes à se cicatriser. » — Jean Lhermitte, « Le problème médical de la stigmatisation », Études Carmélitaines, octobre 1936, p. 71, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 340-341[132]
L’écart porte sur la durée, la récurrence et l’aspect des plaies : les marques brèves d’Elisabeth K., l’expérience négative de Babinski et les lésions durables décrites chez Thérèse Neumann ne sont pas trois reproductions équivalentes d’un même phénomène.[133][134][135]
Le psychiatre Hubert Urban, interrogé en juin 1958 après une rencontre avec Thérèse dans son milieu familial, formule un avis personnel favorable :
« Celle-ci, je l'affirme, est incapable de fabriquer ses phénomènes, pas plus du point de vue psychique que du point de vue patho-physiologique. » — Professeur Hubert Urban, entretien de juin 1958, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 355-356[136]
Les critères morphologiques de son rapport de 1954 — absence de suppuration et de traces de blessures volontaires — sont exposés plus haut, dans l’objection matérielle à la simulation.[137]
Objection 3 — « La famille a refusé les contrôles parce qu'elle avait quelque chose à cacher »
Après le contrôle de 1927, aucune nouvelle observation continue et protocolée du même type n'a été menée, malgré des demandes répétées — un fait que les critiques du dossier invoquent régulièrement comme un signe de dissimulation.
Réponse documentaire : les pièces disponibles nuancent fortement cette lecture. Selon le curé Naber, Thérèse elle-même aurait personnellement accepté une proposition d'examen en clinique formulée par le Saint-Office ; c'est son père qui s'y serait opposé :
« Après quelques instants Thérèse vint et expliqua à son père avec la plus grande tranquillité d'âme que Rome voulait qu'elle se fasse examiner, qu'elle s'était déclarée d'accord et avait signé. Alors son père s'emporta, expliquant que ça n'allait pas ainsi. » — Curé Joseph Naber, lettre reproduite par Ennemond Boniface, op. cit., p. 490-492[138]
Naber précise que le père se serait ensuite dit prêt à discuter sous conditions, mais que ces conditions ne furent finalement pas acceptées ; une seconde lettre du Saint-Office, sur un ton différent, aurait alors simplement invité l'évêque diocésain à proposer un nouvel examen, sans lui en donner l'ordre formel[139]. Pour le détail complet de cet épisode et des demandes ultérieures d'un second contrôle hospitalier — notamment celle proposée par le professeur Hubert Urban dans son rapport sur sa visite de 1944, traduit en 1954 — voir L'inédie de Thérèse Neumann, où cette objection est traitée en détail à propos du jeûne, dans les mêmes termes documentaires.
Il faut enfin situer avec exactitude le manifeste des évêques bavarois de 1927, souvent mal interprété dans un sens ou dans l'autre :
« Par cette décision ils n'entendaient nullement prendre position au sujet de Konnersreuth. » — Manifeste des évêques bavarois réunis à Freising en 1927, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 493-494[140]
Cette formule interdit deux lectures également fausses : présenter la mesure de 1927, qui limitait et encadrait les visites, comme une condamnation implicite des stigmates ; ou au contraire y lire une reconnaissance. Il s'agissait d'une prudence pastorale, distincte d'un jugement médical ou théologique sur l'authenticité du phénomène.
Position ecclésiale : rapports et décisions
Deux visites d'un médecin franciscain
Le franciscain Agostino Gemelli, médecin et recteur de l'Université catholique de Milan, se serait rendu à deux reprises à Konnersreuth en 1928 :
« C'est dans ces conditions, que le célèbre franciscain vint deux fois à Konnersreuth, les 23 mars et 6 avril 1928, assisté du Père jésuite Bleyenstein. Il enquêta tout à loisir et tint à assister à l'extase douloureuse du vendredi saint. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 502[141]
Boniface reproduit un résumé de Mgr Waitz attribuant à Gemelli l’absence de signes d’hystérie et une appréciation favorable des états mystiques. L’attribution passe donc par Waitz ; il ne s’agit pas d’une citation directe du rapport de Gemelli.[142]
La Relatio diocésaine du 12 octobre 1928
La pièce ecclésiale la plus importante du dossier est une Relatio — un rapport officiel — conservée aux archives centrales de l'évêché de Ratisbonne, composée sur l'ordre de l'évêque Mgr Michael Buchberger et corrigée de sa propre main :
« Il s'agit d'une “Relatio” (rapport officiel) sur Thérèse Neumann, existant aux archives centrales de l'évêché de Regensburg. Ce rapport avait été composé, sur l'ordre de Mgr Buchberger et corrigé de sa main. Il est daté du 12 octobre 1928 […]. Il existe sous trois formes : sous la forme d'un texte latin manuscrit, d'un texte latin tapé à la machine et d'une traduction allemande, également tapée à la machine. Chacun des trois textes est revêtu de la signature manuscrite de l'évêque. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 507[143]
Boniface donne les extraits de la traduction allemande en signalant les différences du latin. Le rapport réunit des appréciations médicales favorables, puis réserve explicitement le jugement définitif.[144][145]
« Le médecin n'a observé aucun signe d'hystérie […]. Le même médecin qui l'a soignée durant toute sa maladie et qui connaît le mieux sa constitution physique et psychique exclut absolument toute supercherie et tout mensonge dans sa conduite. Il considère que les stigmates sont réels et croit que les manifestations extraordinaires ne peuvent pas être expliquées d'une manière purement naturelle. » — Relatio du diocèse de Ratisbonne, 12 octobre 1928, citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 508[146]
« Le Père Gemelli, recteur de l'université catholique de Milan […] affirma que les stigmates n'étaient pas artificiels et n'étaient pas provoqués par simple suggestion […] et qu'on n'a pas pu observer une tendance à l'hystérie. » — Relatio du diocèse de Ratisbonne, 12 octobre 1928, citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 508-509[147]
La même pièce se conclut cependant par un appel exprès à la prudence, qui doit gouverner la lecture de tout le passage qui précède :
« Toutefois le jugement ne peut encore être porté définitivement et, maintenant encore, une extrême prudence [et] une extrême retenue sont nécessaires. » — Relatio du diocèse de Ratisbonne, 12 octobre 1928, citée par Ennemond Boniface, op. cit., p. 509[148]
Les variantes portent sur plusieurs appréciations. La phrase attribuant au médecin traitant l’absence de signes d’hystérie manque dans le latin ; celle qui lui attribue une explication dépassant les causes naturelles est barrée dans le latin dactylographié. À propos de Gemelli, la mention de l’absence de tendance hystérique figure dans le manuscrit latin, mais est également barrée dans le texte dactylographié.[149][150]
La Passion au centre : le témoignage de Titus Brandsma
Dans son homélie prononcée à Konnersreuth le 18 septembre 2022, Mgr Rudolf Voderholzer reprend le jugement spirituel de saint Titus Brandsma, exprimé devant des médecins à Utrecht le 9 novembre 1929. Brandsma présente Thérèse comme un rappel vivant de la Passion, sans lui attribuer de révélation nouvelle :
« Elle annonce au monde entier la Passion du Seigneur. » — Saint Titus Brandsma, discours du 9 novembre 1929, cité par Mgr Rudolf Voderholzer[151]
Cette réception souligne le sens chrétien du témoignage de Thérèse ; elle ne remplace pas l’examen médical des plaies ni le jugement de la cause de béatification.
Le volume de sang perdu : une estimation, sans mesure publiée
Un dernier point mérite d'être traité séparément, car il est souvent cité hors contexte. Boniface avance un ordre de grandeur pour les pertes sanguines hebdomadaires :
« Les médecins estimaient qu'elle perdait environ un demi-litre de sang durant les extases douloureuses des vendredis ordinaires et beaucoup plus pendant celles des vendredis de carême. » — Ennemond Boniface, op. cit., p. 241-242[152]
Boniface rapporte une estimation médicale sans nommer les médecins ni donner la méthode de calcul. Le demi-litre ne peut donc être assimilé à une mesure obtenue par pesée des linges ou à une série clinique hebdomadaire.[153]
L'affluence des visiteurs et un témoignage anniversaire
La notoriété de Konnersreuth a rapidement dépassé le cercle familial. Boniface rapporte des chiffres d'affluence dès les premières années : « les ruées énormes des premières années (3 000 à 5 000 personnes par jour, des autos sur des kilomètres !) ont-elles été, encore qu'à grand-peine, stoppées par l'autorité religieuse »[154], avant qu'un accès plus régulé par petits groupes ne s'organise, avec « une centaine de personnes […] qui attendaient leur tour de monter, par groupes d'une dizaine à la fois »[155].
Le récit le plus détaillé d'un vendredi précis concerne le trentième anniversaire des stigmates, le 30 mars 1956 :
« Bien avant huit heures, la maison des Neumann fut assiégée par une foule compacte évaluée à 7 ou 8 000 personnes […]. » — Ennemond Boniface, op. cit., pp. 131–132[156]
Ce jour-là, Naber annonce des saignements « moins considérables » que d'habitude, à l'exception de celui du cœur ; Boniface ajoute que « le visage de l'extatique était inondé de larmes de sang et ses stigmates, sans saigner aussi abondamment que d'habitude, laissaient cependant sourdre suffisamment de sang, pour que la vue en fût dramatiquement impressionnante »[157]. Ce témoignage montre une variation réelle d'intensité d'une année à l'autre — un détail qui contredit l'image d'un phénomène toujours identique à lui-même, et confirme au contraire la variabilité déjà relevée à propos de la morphologie des plaies.
Réponse catholique et discernement
La notice officielle du diocèse de Ratisbonne présente les phénomènes mystiques de Thérèse Neumann comme des faits à examiner dans la procédure de béatification. Elle rappelle les stigmates, sa vie de prière et son service des malades, sans publier de jugement définitif sur l’origine surnaturelle des plaies.[158] Une ouverture de cause autorise l’enquête ; elle ne constitue ni une béatification ni une homologation médicale des phénomènes.
L’annonce diocésaine de l’ouverture de la cause est datée du 13 février 2005, après le nihil obstat romain du 21 janvier 2005 (protocole 2613-1/04). Les actes officiels reproduisent aussi un décret épiscopal du 19 mars 2004 : le décret et l’annonce publique sont donc deux étapes distinctes.[159] Le diocèse emploie encore le titre de Servante de Dieu dans une publication du 29 avril 2025.[160]
Les pièces médicales réunies par Boniface ne démontrent pas une fraude. L’observation négative de Martini en mars 1928 se confronte à des observations positives antérieures et postérieures : celles de Seidl et d’Ewald en 1927, de Gerlich en septembre 1927 et en avril 1928, puis de Froelich et d’Urban. Leur convergence porte sur la réalité du sang, les lésions et certains débuts de saignement ; leurs interprétations de l’origine de ces faits diffèrent.[161][162][163][164][165][166]
L’orientation spirituelle de Thérèse apparaît dans une conversation de juillet 1931 rapportée par Albert-Paul Remisch. Interrogée sur un projet de livre la concernant, elle demande que l’on serve le Christ en disant la vérité :
« Donc pas beaucoup d’histoires. Mais la vérité, rien que la vérité pour Le servir. C’est ce qui peut m’être le plus agréable. Moi je ne compte pas. » — Thérèse Neumann, propos rapportés par Albert-Paul Remisch, reproduits par Boniface, p. 33[167]
La dévotion se rapporte ainsi au Christ souffrant et à la charité vécue. Le discernement ecclésial conserve ensemble l’examen des phénomènes et celui de la personne, sans faire de l’adhésion aux stigmates une condition de la foi catholique.
Conclusion
Le dossier des stigmates de Thérèse Neumann repose sur une chronologie précise — six étapes d’apparition entre le 5 mars 1926 et le 29 mars 1929 —, sur une cartographie anatomique cohérente, sur un contrôle médical de quinze jours qui n'a détecté aucune supercherie, et sur une série d'observations positives, nommées et datées, de médecins et de témoins qui n'étaient pas tous acquis d'avance à la cause. Il comporte aussi une objection réelle, celle du professeur Martini en mars 1928, honnêtement formulée par son propre auteur comme une hypothèse prudente plutôt que comme une preuve.
Les observations réunies établissent un dossier de lésions et de saignements durablement étudiés, sans fournir une explication médicale unanimement reçue. La convergence des témoignages ne transforme pas leurs auteurs en une seule commission : un regard à la loupe, une analyse de linge, une visite de deux jours et une surveillance de quinze jours répondent à des questions différentes. Le sens chrétien des stigmates demeure le rappel de la Passion du Christ, que la notice diocésaine associe à la prière et au service des malades.[168][169][170][171]
Pour aller plus loin
- Servante de Dieu Thérèse Neumann — biographie complète et état actuel de la cause de béatification.
- L'inédie de Thérèse Neumann — l’abstinence alimentaire et les contrôles médicaux.
- Les stigmates de Padre Pio — les examens médicaux des plaies du capucin canonisé.
- Les stigmates de Louise Lateau — un autre dossier médical du XIXe siècle, aux objections comparables.
- Les stigmatisés — panorama historique et théologique du phénomène de la stigmatisation.
- Discernement des phénomènes surnaturels — critères catholiques généraux d'évaluation.
Notes et références
Ennemond Boniface, op. cit., pp. 191-192.
1 20 24 25 26Ennemond Boniface, op. cit., pp. 192-193.
2 17 18 19 21 23Ennemond Boniface, op. cit., pp. 181-182.
3 58 59Ennemond Boniface, op. cit., p. 400, citant les notes du Dr Martini.
4 69 71 161Ennemond Boniface, op. cit., p. 407, traduction du récit de Fritz Gerlich sur les larmes sanglantes. Le récit allemand situe cet épisode dans le séjour des 22–25 septembre 1927, et non dans la nuit du 5–6 avril 1928 évoquée par Boniface en introduction : Die stigmatisierte Therese Neumann von Konnersreuth, première partie, transcription numérique, pp. 2 et 86–87.
5 44 76 100 118 164Ennemond Boniface, op. cit., pp. 447-448, citant le rapport du Dr Otto Seidl à l'Ordinaire de Ratisbonne.
6 95 120 121 162Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, Paris, 1979, p. 19.
7Ennemond Boniface, op. cit., p. 97.
8 10 12La notice diocésaine de la cause retient le 8 avril : « Therese Neumann wurde am Karfreitag, den 8. April 1898, in Konnersreuth […] geboren » (Diocèse de Ratisbonne, Therese Neumann (1898–1962), « Resl von Konnersreuth », p. 1). La variante du 9 avril (Wikipedia EN) s'explique par une naissance nocturne : « born in Konnersreuth […] in the night of April 8 to 9, 1898, the night of Good Friday to Holy Saturday » (Konnersreuther Ring, carte de prière en anglais). Le registre paroissial porte le 9 avril au matin (« 9. April, früh, 12 ¼ », soit 0 h 15) tandis que sa mère affirmait une naissance avant minuit le Vendredi saint 8 avril (Wikipedia (DE), « Konnersreuther Resl ») ; l'article retient la date de la notice diocésaine, le 8 avril 1898, qui était bien un vendredi saint (Pâques le 10 avril 1898).
9Diocèse de Ratisbonne, Therese Neumann (1898–1962), « Resl von Konnersreuth », pp. 1–2 : notice de la cause, annonce du 13 février 2005 et prière pour la béatification de la Servante de Dieu.
11 158 171Le « cercle de Konnersreuth » (Konnersreuther Kreis) est documenté dans la biographie : le journaliste Fritz Gerlich, venu enquêter en sceptique en 1927, converti au catholicisme en 1931, fonde en 1932 l'hebdomadaire anti-nazi Der gerade Weg, est arrêté le 9 mars 1933 et exécuté à Dachau le 30 juin 1934 (Wikipedia (EN), « Fritz Gerlich » ; Catholic News Agency, « Courageous Catholic convert who denounced Nazi barbarism ») ; un mémorial lui est dédié devant le presbytère de Konnersreuth, béni le 30 juin 2017.
13Diocèse de Ratisbonne, Amtsblatt, no 3 du 25 février 2005, p. imprimées 33–34 (PDF, p. 39–40) : décret du 19 mars 2004, nihil obstat romain du 21 janvier 2005 et annonce du 13 février 2005.
14 159Ennemond Boniface, op. cit., pp. 102–103.
15 16Ennemond Boniface, op. cit., pp. 193-194.
22Ennemond Boniface, op. cit., p. 295, citant une lettre de Thérèse Neumann au professeur Wutz du 22 février 1937.
27Ennemond Boniface, op. cit., p. 192.
28 29Ennemond Boniface, op. cit., pp. 195-196.
30 31 32 38Ennemond Boniface, op. cit., p. 123.
33Albert-Paul Remisch, relation reproduite par Ennemond Boniface, op. cit., p. 58.
34Ennemond Boniface, op. cit., p. 342, reproduisant une analyse de Jean Lhermitte sur l'ouvrage de Mgr Józef Teodorowicz.
35 168Ennemond Boniface, op. cit., p. 195.
36Ennemond Boniface, op. cit., p. 391, citant les notes du Dr Martini des 22-23 mars 1928.
37 67 68Ennemond Boniface, op. cit., p. 196.
39 40 41Ennemond Boniface, op. cit., p. 197.
42 43Ennemond Boniface, op. cit., p. 474, citant Josef Klosa, Das Wunder von Konnersreuth in naturwissenschaftlicher Sicht, Paul Pattloch Verlag, 1974, qui reproduit le rapport de Gottfried Ewald sur le contrôle de 1927. Référence complète : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, 1979, pp. 474-475 ; rapport du professeur Ewald reproduit par l'intermédiaire de Josef Klosa.
45 80 82 97 123Ennemond Boniface, op. cit., p. 518, citant une déclaration de Johannes Maria Hœcht du 25 octobre 1957 rapportant les propos du Dr Froelich.
46 88Ennemond Boniface, op. cit., pp. 197-198.
47Ennemond Boniface, op. cit., pp. 200-202.
48 49 50 51Ennemond Boniface, op. cit., p. 81, citant un témoignage du baron Erwein von Aretin du 8 juillet 1927.
52 53Ennemond Boniface, op. cit., p. 82, citant le baron Erwein von Aretin.
54Ennemond Boniface, op. cit., p. 200.
55Ennemond Boniface, op. cit., pp. 203-204.
56Ennemond Boniface, op. cit., pp. 138-140.
57Ennemond Boniface, op. cit., p. 183.
60 96Ennemond Boniface, op. cit., pp. 183-184, citant le Dr Ewald.
61 62 63Ennemond Boniface, op. cit., p. 389. Référence complète : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, 1979, p. 388-390.
64 66Ennemond Boniface, op. cit., pp. 392–393.
65Ennemond Boniface, op. cit., pp. 401-402, citant les notes du Dr Martini.
70 72 99Ennemond Boniface, op. cit., p. 398.
73 74Fritz Gerlich, Die stigmatisierte Therese Neumann von Konnersreuth, première partie, « Die Lebensgeschichte der Therese Neumann », transcription allemande diffusée par le Konnersreuther Ring, pp. 2, 86–87 et 150–154 de cette transcription. La pagination électronique diffère de celle de l’édition imprimée. La préface donne les dates des trois séjours de 1927 et la publication du récit le 6 novembre ; les pp. 150–154 portent le titre « Das Stigmenbluten am Karfreitag 1928 ».
75Ennemond Boniface, op. cit., p. 408, citant une observation de Fritz Gerlich du Vendredi saint 1928. L’horaire de la dix-septième vision est donné comme 12 h 26–12 h 37 chez Boniface, contre 12 h 26–12 h 27 dans la transcription allemande de Gerlich, première partie, p. 154. L’extrait reproduit ici omet cet intervalle divergent ; les deux textes décrivent le début du saignement de la main gauche.
77 119Ennemond Boniface, op. cit., p. 407 ; Fritz Gerlich, première partie, transcription numérique, p. 87 : examen du 31 octobre, dans le récit publié le 6 novembre 1927. Gerlich désigne Merkel comme professeur et Walcher comme Privatdozent.
78 101 169Bibliothèque nationale de Finlande, notice du tiré à part de Gottfried Ewald, Munich, Lehmann, 1927. Identité et référence de l’article confirmées par Birgit Braun, Joachim Demling et Thomas H. Loew, « Die „Volksheilige“ Therese Neumann von Konnersreuth und ihre Stigmata », Der Nervenarzt 91 (2020), p. 64–72, résumé et bibliographie, no 5. Les passages cités dans le corps sont reproduits par Boniface.
79Ennemond Boniface, op. cit., pp. 474-475, citant Josef Klosa, Das Wunder von Konnersreuth in naturwissenschaftlicher Sicht, Paul Pattloch Verlag, 1974, qui reproduit le rapport de Gottfried Ewald.
81 83Ennemond Boniface, op. cit., p. 408, citant Gottfried Ewald, Münchener Medizinische Wochenschrift, n° 46, 1927. Référence complète : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, 1979 (année selon la fiche), p. 408-409, citant Gottfried Ewald, Münchener Medizinische Wochenschrift, n° 46, 1927.
84 98 163Ennemond Boniface, op. cit., p. 409, citant le Dr Witry.
85 86 102Ennemond Boniface, op. cit., pp. 409-410, citant le Dr Froelich, Konnersreuth aujourd'hui — Point de vue d'un médecin, 1950.
87 103 165Ennemond Boniface, op. cit., p. 403, citant le Dr Rudolf Hynek.
89Ennemond Boniface, op. cit., p. 415, reproduisant Hubert Urban, « Ce que j’ai vu à Konnersreuth », traduction dans Psyché, no 89, mars 1954, pp. 169–170 : visite des 12 et 13 octobre 1944.
90 104 170Ennemond Boniface, op. cit., p. 416, citant Hubert Urban, « Ce que j'ai vu à Konnersreuth », Psyché, n° 89, mars 1954, p. 178. Référence complète : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l’histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, copyright Dessain et Tolra, 1979, p. 415-418 ; citant Hubert Urban, Ce que j’ai vu à Konnersreuth, Psyché, no 89, mars 1954, p. 178 pour la citation. Référence approuvée : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, 1979, p. 416 (contexte p. 415-417), reproduisant le témoignage d'Hubert Urban après sa visite des 12-13 octobre 1944.
91 105 135 137 166Ennemond Boniface, op. cit., pp. 416-417, citant Hubert Urban, Psyché, n° 89, mars 1954, p. 179.
92Ennemond Boniface, op. cit., pp. 417-418, citant Hubert Urban, Psyché, n° 89, mars 1954, pp. 181-182.
93 94Ennemond Boniface, op. cit., p. 37.
106 107Albert-Paul Remisch, relation reproduite par Ennemond Boniface, op. cit., p. 66.
108 110 111Albert-Paul Remisch, relation reproduite par Ennemond Boniface, op. cit., p. 65.
109Ennemond Boniface, op. cit., cahiers photographiques non paginés entre les pp. 96–97 et 480–481 ; crédits des illustrations, p. 544.
112 113Ennemond Boniface, op. cit., p. 544, liste des illustrations.
114Ennemond Boniface, op. cit., p. 93.
115Josef Hanauer, Konnersreuth als Testfall, Manz, Munich, 1972, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 445.
116Josef Hanauer, Konnersreuth als Testfall, Manz, Munich, 1972, p. 94, cité par Ennemond Boniface, op. cit., p. 447.
117Ennemond Boniface, op. cit., p. 514, citant le professeur Pabstmann via Friedrich von Lama et Lavrot, Chronique de Konnersreuth, année 1929, Mulhouse, 1929, p. 17.
122 124Psychologischer Club Zürich, catalogue des auteurs, p. 138, cote Bro 265 : Alfred Lechler, Das Rätsel von Konnersreuth im Lichte eines neuen Falles von Stigmatisation, Elberfeld, Licht und Leben-Verlag, 1933. Boniface écrit « Leschler » ; cette graphie est conservée dans ses citations.
125Ennemond Boniface, op. cit., p. 334.
126Ennemond Boniface, op. cit., p. 335.
127Ennemond Boniface, op. cit., p. 336, citant Jean Lhermitte.
128 133Ennemond Boniface, op. cit., p. 337 ; Joseph Babinski, Œuvre scientifique. Recueil des principaux travaux, Paris, Masson et Cie, 1934, p. 480, « Ma conception de l’hystérie et de l’hypnotisme (pithiatisme) », texte numérisé. L’expérience y est rappelée comme communiquée à la Société médicale des hôpitaux en 1903.
129 130 134Ennemond Boniface, op. cit., p. 339, citant Joseph Babinski, Œuvre scientifique. Recueil des principaux travaux, Masson et Cie, 1934, p. 491.
131Ennemond Boniface, op. cit., pp. 340-341, citant Jean Lhermitte, « Le problème médical de la stigmatisation », Études Carmélitaines, octobre 1936, p. 71.
132Ennemond Boniface, op. cit., pp. 355-356, citant un entretien avec le professeur Hubert Urban de juin 1958.
136Ennemond Boniface, op. cit., pp. 490-492, citant une lettre du curé Joseph Naber.
138 139Ennemond Boniface, op. cit., pp. 493-494, citant le manifeste des évêques bavarois réunis à Freising en 1927.
140Ennemond Boniface, op. cit., p. 502.
141Ennemond Boniface, op. cit., p. 502, citant Mgr Sigismund Waitz.
142Ennemond Boniface, op. cit., p. 507. Référence complète : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, Paris, P. Lethielleux, 1979, p. 507-509. Référence approuvée : Ennemond Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth devant l'histoire et la science, P. Lethielleux, Paris, 1979, p. 507.
143 144Ennemond Boniface, op. cit., p. 509, citant la Relatio du diocèse de Ratisbonne du 12 octobre 1928.
145 148Ennemond Boniface, op. cit., p. 508, citant la Relatio du diocèse de Ratisbonne du 12 octobre 1928.
146 149Ennemond Boniface, op. cit., pp. 508-509, citant la Relatio du diocèse de Ratisbonne du 12 octobre 1928.
147 150Rudolf Voderholzer, homélie à Konnersreuth du 18 septembre 2022, document daté du 19 septembre 2022, p. 3, citant Titus Brandsma, discours d’Utrecht du 9 novembre 1929, publié dans Roomsch Katholiek Artsenblad 8 (1929), pp. 266–283. Texte allemand cité par l’évêque : « Sie verkündet der ganzen Welt das Leiden des Herrn. » Traduction française du passage allemand.
151Ennemond Boniface, op. cit., pp. 241-242.
152 153Ennemond Boniface, op. cit., p. 105.
154 155Ennemond Boniface, op. cit., pp. 131–132.
156Ennemond Boniface, op. cit., p. 132.
157Diocèse de Ratisbonne, « Konnersreuth feiert 100 Jahre Heiligsprechung der hl. Therese von Lisieux », 29 avril 2025 ; emploi du titre Dienerin Gottes.
160Ennemond Boniface, op. cit., pp. 32–33, relation d’Albert-Paul Remisch d’une conversation avec Thérèse Neumann en juillet 1931.
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