Le priscillianisme est la grande hérésie ascétique de l'Espagne romaine du IVe siècle : autour de Priscillien, un aristocrate devenu évêque d'Avila, de nombreux chrétiens — évêques, moines, femmes lettrées — choisissent la continence, le jeûne, les retraites en campagne et la lecture assidue des Écritures, y compris apocryphes. Mais sous l'ascèse perce une doctrine étrangère à la foi : un dualisme hérité de la gnose et du manichéisme, où les douze signes du zodiaque gouvernent la chair et où le Christ serait venu dans un corps céleste qui n'a souffert qu'en apparence.[1]
Le destin de Priscillien est unique dans l'histoire de l'Église : condamné par contumace à Saragosse (380), puis — après la déposition d'Instantius seul à Bordeaux (384) — il en appelle à l'usurpateur Maxime et finit décapité à Trèves en 385 (date usuelle) — le premier chrétien exécuté par un pouvoir chrétien, même si l'accusation officielle était la sorcellerie, selon la formule d'Adrastos Omissi (2022).[2] Son exécution souleva une réprobation immédiate : saint Martin de Tours fit révoquer les tribuns envoyés en Espagne, saint Ambroise rompit avec les ithaciens et les évêques gaulois conduits par Théogniste rompirent la communion avec Ithace ; selon Healy (1911), le pape saint Sirice censura jusqu'à l'empereur lui-même — la seule pièce primaire conservée de cet échange étant la lettre de Maxime (Collectio Avellana 40) — et Théodose, après la chute de Maxime (388), annula l'ensemble de ses actes : une annulation générale (388-389), non une mesure obtenue pour cette affaire.[3]
Le paradoxe fait la valeur du dossier : les corps des suppliciés, ramenés en Espagne, furent honorés comme des martyrs, et l'hérésie, loin de mourir avec son chef, essaima pendant cent quatre-vingt-un ans (380-561) — réconciliations partielles au Ier concile de Tolède (400), appel d'Orose à saint Augustin (414-415), grande lettre de saint Léon le Grand (447), et finalement dix-sept anathèmes du Ier concile de Braga (561) qui l'éteignirent.[4] Et en 1885, la découverte à Wurtzbourg d'un manuscrit des Ve-VIe siècles rendit au jour onze traités attribués à Priscillien — attribution discutée depuis Morin (1913), seuls les Canons étant incontestés.[5]
Cet article suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama des crises, le gnosticisme et le manichéisme pour les deux matrices du dualisme priscillianiste, le montanisme pour l'autre grand rigorisme prophétique, le docétisme pour l'erreur sur le corps du Christ, le sabellianisme et le modalisme pour l'erreur sur la Trinité, le donatisme (311-411) pour le schisme contemporain des Purs d'Afrique, et le novatianisme pour le rigorisme jumeau de Rome.
L'Espagne vers 370 : le terreau du mouvement
Un aristocrate devenu apôtre de l'ascèse
Priscillien naît vers 340 dans une famille de la noblesse sénatoriale d'Espagne — Prosper le dit originaire de Galice (de Gallaecia) : Sulpice Sévère, notre principal témoin et son contemporain, le décrit comme un homme de noble naissance et de grandes richesses, vif, remuant, éloquent, nourri de lectures, redoutable dans la dispute.[6] Chrétien cultivé, il fédère vers 370 un cercle d'ascètes — clercs et laïcs, dont deux évêques, Instantius et Salvianus — qui pratiquent la continence, l'abstinence de viande et de vin, le jeûne poussé et l'étude fervente des Écritures.[7]
« Homme de noble naissance, de grandes richesses, vif, remuant, éloquent, instruit par de nombreuses lectures, très prompt à la dispute et à la discussion. » — Sulpice Sévère, Chronique, II, 46 (traduction de l'auteur d'après le latin)[8]
Son prestige tient à deux ressorts : des dons d'orateur exceptionnels et une réputation d'ascétisme extrême.[9] Des foules se pressent à ses réunions, jusque dans les campagnes ; ses ennemis y verront une secte liée par serment ; ses partisans, une Église de saints revenus à l'Évangile. Sur la route de Rome, en 381, le parti séjourna sur le domaine aquitain de la veuve Euchrotia — in agro Euchrotiae (Sulpice, II, 48) — qui, avec sa fille Procula, rejoignit alors le mouvement.[10]
Marc de Memphis, Agape et Elpidius : la filière présumée
D'où venait la doctrine ? Sulpice Sévère remonte la filière : un certain Marc, Égyptien de Memphis, aurait apporté en Espagne des doctrines gnostico-manichéennes ; ses premiers adeptes furent une dame nommée Agape et un rhéteur nommé Helpidius (Elpidius) ; c'est par leur influence que Priscillien fut « enrôlé ». [11] L'historien moderne reste prudent sur cette généalogie — elle ressemble au procédé habituel qui donne à toute hérésie un père étranger — mais elle atteste au moins ceci : dès l'origine, les contemporains reconnurent dans le mouvement des thèmes gnostiques identifiables, et non une simple ferveur ascétique égarée.[12]
Ce que Priscillien prêchait sur les places
Concrètement, le prédicateur appelait à abandonner les églises des villes pour des retraites en campagne, à jeûner le dimanche — jour de joie pascale où l'Église interdit le jeûne — et même le jour de Noël, à recevoir l'Eucharistie sans la consommer dans l'assemblée, à lire les Écrits apocryphes à l'égal des canoniques, et à tenir des réunions nocturnes mêlant hommes et femmes.[13] Les femmes tinrent dans le parti une place visible — Agape dès l'origine, puis Euchrotia et Procula — et les réunions nocturnes mêlant hommes et femmes firent scandale autant qu'admiration.[14] Ses accusateurs ajoutèrent des griefs infamants — magie, astrologie, débauches nocturnes, nudité rituelle — dont une partie relève sans doute de la calomnie, mais dont le socle — magie et réunions nocturnes — sera retenu comme avéré par Evodius à Trèves.[15]
Que croyaient les priscillianistes ?
Le dualisme de la Lumière et des Ténèbres
Le fond de la doctrine, tel que les conciles et saint Léon l'ont fixé, est un dualisme gnostico-manichéen : il existe deux royaumes, celui de la Lumière et celui des Ténèbres ; les anges et les âmes humaines sont des parcelles détachées de la substance divine, tombées du ciel et emprisonnées dans des corps matériels ; l'homme porte donc en lui les deux royaumes, et son salut consiste à se libérer de la domination de la matière.[16] L'Ancien Testament est reçu, mais le récit de la création est rejeté — un Dieu bon n'aurait pas fait cette matière mauvaise — et le sens littéral des Écritures est systématiquement écarté au profit d'une exégèse allégorique sans frein : quand le texte résiste, on invoque une inspiration personnelle qui tranche.[17]
Les douze Patriarches contre les douze signes du zodiaque
Le conflit des deux royaumes se joue dans l'homme lui-même, symbolisé des deux côtés par des douzaines : du côté de la Lumière, les douze Patriarches, esprits célestes correspondant aux puissances de l'âme ; du côté des Ténèbres, les douze signes du zodiaque, symboles de la matière et du royaume inférieur.[18] Les douze esprits célestes n'ayant pas suffi à délivrer les âmes, le Sauveur est venu dans un corps céleste, en apparence semblable au nôtre, et par sa doctrine et sa mort apparente a arraché les âmes à l'emprise du matériel.[19] Quant aux astres, ils ne se contentent pas d'influencer : chaque partie du corps et de l'âme est assignée à un signe, et le destin de l'âme se lit dans le ciel — un déterminisme astrologique que le Ier concile de Braga frappera nommément.[20]
Une Trinité d'un seul visage et une âme consubstantielle à Dieu
Sur Dieu lui-même, les priscillianistes enseignaient une erreur que l'Occident connaissait déjà sous le nom de sabellianisme : les trois noms de la Trinité — Père, Fils et Saint-Esprit — ne désigneraient qu'une seule et même personne.[21] Et l'âme humaine, parcelle divine tombée, serait de même substance que Dieu — consubstantielle au Créateur —, thèse qu'Orose dénonça à Augustin en 414 comme le cœur du système, et qu'Augustin réfuta l'année suivante.[22] Le Christ, lui, n'aurait pas pris une vraie chair : venu en corps céleste impassible, il n'a ni vraiment souffert ni vraiment été enseveli — le docétisme pur, que saint Léon réfutera point par point en 447.[23]
La morale d'une âme prisonnière : jeûnes, célibat, viande et vin
De ce mépris de la matière découlait une ascèse spectaculaire : continence absolue y compris dans le mariage, abstinence de viande et de vin, jeûnes multipliés — y compris le dimanche et à Noël, en rupture ouverte avec la discipline commune.[24] L'historien doit ici distinguer deux choses : l'Église n'a jamais condamné l'ascèse en elle-même — moines et vierges la pratiquaient partout avec sa bénédiction — mais elle a toujours condamné le mépris de la création qui fait de la matière l'œuvre du Mal ; or c'est bien ce mépris qui fondait l'ascèse priscillianiste, et c'est lui que visèrent les canons.[25] D'où le paradoxe relevé par les Pères : une morale d'apparence surhumaine, au service d'une doctrine qui déshonore le mariage, la nourriture et le corps que Dieu a faits bons.[26]
Le tableau suivant résume les erreurs telles que le Ier concile de Braga (561) les a frappées de dix-sept anathèmes — la photographie la plus précise de ce que l'Église reprochait au système à son crépuscule.[27]
Le concile frappe d'anathème quiconque enseigne les thèses ci-dessous ; chacune reprend un point attesté du dossier priscillianiste depuis le IVe siècle.
| Erreur condamnée à Braga (561) | Contenu | Attestation antérieure |
|---|---|---|
| La Trinité sabellienne | Père, Fils et Esprit : trois noms d'une seule personne | Dénoncé dès le IVe siècle |
| L'âme consubstantielle à Dieu | L'âme humaine, de même substance que le Créateur | Orose à Augustin, 414 |
| L'astrologie du corps | Les douze signes fixés aux membres et à l'âme | Doctrine des douzaines |
| Le Christ impassible | Corps céleste, souffrance et mort apparentes | Non repris à Braga ; cf. saint Léon, Lettre 15 |
| Le rejet de la création | La matière, œuvre des Ténèbres ; récit de la Genèse refusé | Exégèse priscillianiste |
| Les apocryphes inspirés | Écrits apocryphes reçus comme Écriture | Lecture du cercle, dès 370 |
| Le jeûne du dimanche | Jeûner le jour de la Résurrection et à Noël | Pratique du mouvement |
| Le mépris des noces | La continence imposée comme la seule voie | Morale du cercle |
Après ce tableau, on mesure l'ampleur : ce n'est pas un point de discipline qui sépare les priscillianistes de l'Église, c'est Dieu, le Christ, l'âme, le corps et les Écritures à la fois — un christianisme parallèle complet.[28]
Le mensonge pour une sainte cause ?
Le trait le plus inquiétant du système était sa double doctrine : parce que les hommes ordinaires ne pourraient comprendre les voies supérieures, les « illuminés » seraient autorisés à dissimuler et même à mentir pour une sainte fin — jurer sur les Écritures sans se croire liés, nier leur foi devant les juges.[29] Le principe fit scandale jusque parmi les fidèles : consulté par Consentius, qui proposait de mentir pour démasquer les hérétiques cachés, saint Augustin répondit par son traité Contre le mensonge (Contra mendacium, vers 420) — on ne peut jamais mentir, même pour une bonne cause — après son De mendacio (vers 395).[30] Saint Jérôme, de son côté, voyait dans l'école un foyer de magie savante, parlant de Priscillien comme d'un adepte du mage Zoroastre.[31]
Saragosse (380) : la condamnation qui rate sa cible
Hygin, Idace, Ithace : les évêques qui sonnent l'alarme
Le premier à s'alarmer fut Hygin, évêque de Cordoue, qui signala ses craintes à Idace (Hydace), évêque métropolitain de Mérida ; celui-ci, à l'instance duquel se joignit Ithace, évêque d'Ossonoba (l'actuelle Faro, en Lusitanie), harcela Instantius et ses partisans sans mesure et au-delà de ce que l'occasion demandait — attisant, dit Sulpice, l'incendie au lieu de l'éteindre.[32] Un synode se réunit alors à Saragosse le 4 octobre 380, avec des évêques d'Espagne mais aussi d'Aquitaine — preuve que le mouvement débordait déjà les Pyrénées.[33] Sommé de comparaître, le parti priscillianiste refusa de se présenter ; selon Sulpice (II, 47), le synode condamna alors, par contumace (in absentes), les quatre chefs nommément — Instantius et Salvianus, évêques, Helpidius et Priscillien, laïcs —, sentence que les actes conservés de Saragosse, muets sur les personnes, ne confirment pas et que le Liber ad Damasum dément (Rousselle, p. 87 ; Gerión 2024 ; Omissi). Le synode assortit sa sentence de huit canons disciplinaires visant les pratiques sans nommer les personnes : interdiction des réunions privées, du jeûne dominical, de l'Eucharistie emportée.[34]
Le défi : Priscillien ordonné évêque d'Avila
L'exécution de la sentence fut confiée à Ithace, homme impulsif et violent, qui échoua à faire plier les condamnés.[35] Et les excommuniés répondirent par un coup d'éclat : Priscillien fut ordonné prêtre, puis nommé évêque d'Avila — en dépit ouvert du synode.[36] Désormais, l'Espagne comptait un évêque priscillianiste en règle apparente, soutenu par deux collègues et des foules : l'affaire n'était plus une querelle d'ascètes, c'était un schisme épiscopal.[37]
Rome, Milan, l'exil et le retour (381-383)
Damase refuse l'audience, Ambroise aussi
Idace et Ithace portèrent l'affaire devant le pouvoir impérial : l'empereur Gratien promulgua un décret qui privait les priscillianistes des églises où ils s'étaient installés et frappait Priscillien et ses partisans d'exil.[38] Instantius, Salvianus et Priscillien gagnèrent alors Rome pour obtenir du pape saint Damase la levée de la sentence : l'audience leur fut refusée.[39] Ils tentèrent Milan auprès de saint Ambroise, avec le même résultat : refus identique.[40] L'Église, à son sommet, confirmait Saragosse.
Le rescrit arraché et le retour triomphal
Les condamnés recoururent alors à l'intrigue et à la corruption à la cour : par l'entremise de Macédonius, maître des offices, ils obtinrent un rescrit impérial qui non seulement levait l'exil, mais les réintégrait dans leurs églises d'Espagne.[41] Sous la protection des fonctionnaires impériaux, leur puissance devint telle qu'Ithace lui-même dut quitter le pays — l'accusateur en fuite devant les accusés.[42] À son tour, Ithace en appela à Gratien ; mais avant toute décision, l'empereur fut assassiné à Lyon (25 août 383) et l'usurpateur Maxime (Magnus Maximus) — un Espagnol — prit le pouvoir en Occident.[43] Priscillien rentra en Espagne triomphalement fin 382, fort du rescrit : jamais son étoile n'avait paru plus haute — ni plus proche de s'éteindre.[44]
Bordeaux (384) et Trèves (385) : le premier sang
Le synode de Bordeaux : Instantius déposé, l'appel à l'empereur
Soucieux de plaire au parti orthodoxe — et de renflouer son trésor par des confiscations — Maxime convoqua un synode à Bordeaux en 384.[45] Instantius, jugé le premier, fut déposé ; voyant le tour des choses, Priscillien, pour éviter d'être entendu par les évêques, en appela à l'empereur à Trèves — ad principem provocavit (Sulpice, II, 49) —, usant d'une procédure qui retirait l'affaire aux évêques pour la livrer au bras séculier.[46] Ithace se porta accusateur devant le tribunal impérial, avec une véhémence qui allait scandaliser jusqu'à ses amis.[47]
Martin de Tours obtient que le sang soit épargné
Saint Martin de Tours se trouvait alors à Trèves. Opposé à Priscillien sur la doctrine, il n'en jugea pas moins intolérable de porter une cause ecclésiastique devant un tribunal civil : il intervint auprès de Maxime, reprocha à Ithace sa fureur, et obtint de l'empereur la promesse que la condamnation n'irait pas jusqu'à l'effusion du sang — l'excommunication suffisant à punir l'hérétique.[48]
« Martin ne cessait de réprimander (increpare) Ithace pour qu'il abandonnât l'accusation, et de presser Maxime de ses prières pour qu'il ne versât pas le sang de ces malheureux. » — Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 (traduction de l'auteur d'après le latin)[49]
Martin soutenait d'ailleurs en droit ce qu'il demandait par grâce : déclarés hérétiques par sentence des évêques et expulsés des églises, les coupables étaient assez punis — et c'était une indignité sans précédent qu'un gouvernant séculier jugeât une cause d'Église.[50]
« C'était une indignité infâme et inouïe qu'un gouvernant séculier fût juge dans une cause ecclésiastique. » — Sulpice Sévère, Chronique, II, 50, résumant l'argument de Martin (traduction de l'auteur d'après le latin)[51]
Tant que Martin resta à Trèves, le procès fut différé. Puis il quitta la ville — et deux évêques, Magnus et Rufus, détournèrent l'empereur de la clémence conseillée par Martin.[52]
Evodius et le crime de magie
Maxime confia l'instruction au préfet du prétoire des Gaules, Evodius (Flavius Euodius), homme au caractère dur et sévère.[53] En deux audiences, Evodius convainquit Priscillien de mauvaises mœurs : l'accusé, rapporte Sulpice, ne nia pas s'être adonné à des doctrines infâmes, tenir de nuit des assemblées de femmes perdues et prier dans la nudité.[54] Sur ce rapport, Evodius le déclara coupable — convictumque maleficii (Sulpice, II, 50) — et le renvoya en prison en attendant de consulter l'empereur. Fait capital : Evodius le déclara coupable de mœurs infâmes et de magie (maleficium), crime capital — alors même que l'hérésie était déjà visée par les constitutions impériales (CTh XVI, 5, notamment XVI, 5, 9 de 382) : ce fut comme sorcier, sur un chef de droit commun, que Priscillien fut condamné à mort, non sur une sentence d'hérésie — le fond doctrinal n'en demeurant pas moins au cœur de l'affaire.[55]
Dernier rebondissement : Ithace, comprenant l'odieux qui rejaillirait sur lui s'il figurait comme accusateur au procès capital — le procès devant être recommencé —, se retira de l'accusation ; sa ruse fut vaine, le mal était fait : Maxime désigna pour accusateur un certain Patricius, avocat du fisc, et sous ce procureur Priscillien fut condamné à mort.[56]
La décapitation et ses six compagnons
Sur le rapport d'Evodius, Maxime fit mettre à mort Priscillien et plusieurs de ses partisans par l'épée, en 385 (date usuelle) : avec lui périrent Félicissime et Arménius, clercs ralliés depuis peu, le poète Latronianus et la veuve Euchrotia, puis les clercs Asarivus et Aurélius le diacre — sept têtes ; Instantius, déjà déposé par les évêques, fut transporté dans l'île de Sylina, au-delà de la Bretagne, et Tibérien, dépouillé de ses biens, banni au même lieu ; les moindres, Tertulle, Potamius et Joannès, qui avaient avoué avant le procès, furent bannis temporairement en Gaule.[57] Euchrotia, qui avait accueilli le parti sur son domaine aquitain en 381 (in agro Euchrotiae, Sulpice, II, 48), périt avec lui.[58] Le premier sang versé par des chrétiens pour une cause de foi venait de couler — et c'étaient des évêques qui l'avaient demandé.[59]
Le scandale de l'après : l'Église refuse le précédent
Martin, Ambroise, Sirice : la réprobation
La conduite d'Ithace encourut aussitôt la plus sévère réprobation. Apprenant l'exécution, Martin revint à Trèves et contraignit l'empereur à révoquer l'ordre déjà donné aux tribuns militaires, en route pour l'Espagne afin d'y extirper l'hérésie : sans ce retour, le massacre eût continué.[60] Saint Ambroise rompit avec les accusateurs (Lettre 30 [24], § 12) ; selon Healy (1911), le pape saint Sirice censura jusqu'à l'empereur lui-même — la seule pièce primaire conservée de cet échange étant la lettre de Maxime (Collectio Avellana 40) ; et les évêques présents à Trèves, sous la conduite de Théogniste, rompirent la communion avec Ithace.[61] Des saints condamnèrent donc l'exécution dès 385-388 : c'est sur ces pièces — Martin, Ambroise, Théogniste — que le dossier repose.
Ithace déposé, Idace démissionnaire, Maxime désavoué
Le châtiment suivit : Ithace fut déposé de son siège par un synode d'évêques espagnols, et son second, Idace, s'était volontairement démis du sien — sponte se episcopatu abdicaverat (Sulpice, II, 51), là où Healy parle de démission contrainte.[62] L'épiscopat gaulois s'en trouva durablement divisé — le « schisme de Félix », autour de l'évêque de Trèves ordonné avec l'appui ithacien, opposa durablement partisans et adversaires de la communion ithacienne.[63] Quant à Maxime, renversé en 388, Théodose annula l'ensemble de ses actes : une annulation générale (388-389), non une mesure obtenue pour cette affaire.[64] Et Martin, qui pour arracher leur grâce avait accepté de communier un instant avec les ithaciens lors de l'ordination de Félix de Trèves, s'en repentit amèrement et se tint depuis à l'écart des assemblées d'évêques — alors que, dès le procès même, Ithace l'avait publiquement accusé d'hérésie (Sulpice, II, 50).[65]
Un siècle et demi de survie : Tolède (400), Léon (447), Braga (561)
Le Ier concile de Tolède (400) : Symphosius et Dictinius réconciliés
La mort du chef ne tua pas le parti : au contraire, le nombre et le zèle des hérétiques s'accrurent, et ceux qui avaient honoré Priscillien comme un saint se mirent à le vénérer comme un martyr.[66] Les corps, transportés en Espagne, y furent ensevelis avec grande pompe, et l'on en vint à tenir pour le plus haut exercice de la religion de jurer par Priscillien — tandis que catholiques et priscillianistes s'affrontaient dans une querelle de quinze ans, attisée, dit Sulpice, par la discorde des évêques eux-mêmes.[67]
« On en vint à tenir pour le plus haut exercice de la religion de jurer par Priscillien. » — Sulpice Sévère, Chronique, II, 51, sur la vénération des suppliciés (traduction de l'auteur d'après le latin)[68]
En 400, un synode se réunit à Tolède : beaucoup se réconcilièrent, dont deux évêques, Symphosius et Dictinius ; ce dernier était l'auteur d'un traité moral priscillianiste, le Libra (la Balance).[69] Les invasions des Vandales et des Suèves, en bouleversant la péninsule, favorisèrent paradoxalement la diffusion de l'hérésie dans le chaos.[70]
- vers 340Naissance de Priscilliennoblesse sénatoriale d'Espagne, probablement Galice
Naissance vers 340 (BnF) dans une famille riche et cultivée ; formation brillante, éloquence précoce.
- vers 370Le cercle ascétiqueInstantius, Salvianus ; continence, jeûne, Écritures
Priscillien fédère clercs, moines et fidèles autour de la continence, du jeûne et de l'étude des Écritures, y compris apocryphes.
- 4 octobre 380Saragosse condamneexcommunication des quatre chefs ; huit canons
Hygin alerte, Idace et Ithace poursuivent : le synode d'Espagne et d'Aquitaine excommunie les chefs, qui refusent de comparaître.
- vers 381Évêque d'Avilale défi au synode
En dépit de la sentence, Priscillien est ordonné prêtre puis nommé évêque d'Avila : le schisme est consommé.
- 381-382Rome et Milan refusentDamase et Ambroise confirment Saragosse
Gratien exile les condamnés ; sur la route de Rome, séjour sur le domaine d'Euchrotia en Aquitaine (in agro Euchrotiae). Damase refuse l'audience, Ambroise aussi. Mais Macédonius arrache un rescrit de réintégration : retour fin 382.
- 384Bordeaux : Instantius déposéPriscillien en appelle à l'empereur
Le synode de Maxime dépose Instantius ; Priscillien porte l'affaire à Trèves. Ithace se fait accusateur devant le pouvoir civil.
- 385 (date usuelle)Trèves : sept têtes tombentEvodius, Patricius, l'épée
Martin obtient que le sang soit épargné, puis quitte la ville ; Magnus et Rufus détournent Maxime. Deux audiences d'Evodius, aveux non niés, retrait d'Ithace, accusateur Patricius : sept décapités, Instantius et Tibérien à Sylina, les moindres bannis en Gaule.
- 385-388La réprobationMartin, Ambroise, Théogniste ; Ithace déposé
Martin fait révoquer les tribuns, Ambroise rompt avec les ithaciens, Théogniste et les évêques rompent avec Ithace ; Théodose annule l'ensemble des actes de Maxime (annulation générale, 388-389).
- 400Tolède I : réconciliationsSymphosius et Dictinius reviennent
Beaucoup se réconcilient, dont deux évêques ; mais le parti survit en Galice, porté par la vénération des « martyrs » de Trèves.
- 414-415Orose appelle AugustinContre Priscillianistes et Origénistes
Le prêtre espagnol Orose demande l'aide d'Augustin contre l'hérésie renaissante : réponse en 415, puis Contra mendacium vers 420 (réponse à Consentius ; le De mendacio, lui, date de vers 395).
- 21 juillet 447Saint Léon écrit à Turibiusseize chapitres de réfutation
À la demande de Turibius d'Astorga, le pape réfute point par point les erreurs et réclame un concile général d'Espagne.
- 561Braga I : dix-sept anathèmesl'extinction
Le synode de Braga frappe une à une les erreurs du système — Trinité, âme, zodiaque, Christ, apocryphes ; l'hérésie s'éteint au VIe siècle.
Orose appelle Augustin au secours (414-415)
Le réveil menaçant du parti poussa Orose, prêtre espagnol, à écrire à saint Augustin en 414 pour lui demander aide contre l'hérésie : son Commonitorium exposait surtout la doctrine de l'âme consubstantielle à Dieu.[71] Augustin répondit en 415 par son traité Contre les priscillianistes et les origénistes, classa la secte au nombre des hérésies dans son De haeresibus, et revint à la fin de sa vie sur la condamnation.[72] Saint Jérôme, qui avait catalogué les ouvrages de Priscillien dans son De viris illustribus (chapitre 121), la condamna fermement lui aussi.[73]
Turibius d'Astorga et la lettre de saint Léon (447)
Vers 447, Turibius, évêque d'Astorga, alerté par la persistance du mal en Galice, adressa au pape un mémoire des erreurs.[74] Le pape saint Léon le Grand lui répondit le 21 juillet 447 par sa célèbre lettre 15 : seize chapitres y réfutent une à une les thèses — la Trinité, l'âme, le corps du Christ, les apocryphes — et c'est le pape qui réclame instamment un concile général de toute l'Espagne.[75] Sa préface, elle, ne tait pas le glaive : Léon y rappelle que les chefs du monde abhorrèrent cette folie au point d'en abattre l'auteur et la plupart de ses disciples « par le glaive des lois publiques », et que cette rigueur profuit diu — servit longtemps la douceur de l'Église, laquelle, s'en remettant au jugement sacerdotal, refuse la vengeance sanglante.[76] Le sang de Trèves fut versé par le pouvoir civil ; l'Église, elle, refuse le sang — c'est la réponse catholique, avec Martin, Ambroise et Théogniste.
Braga (561) : dix-sept anathèmes et l'extinction
Malgré tant d'efforts, la secte persista en Espagne au Ve siècle — le mémoire de Turibius et la réponse de Léon (447) en témoignent.[77] Il fallut le Ier concile de Braga, en 561, pour en finir : le synode légiféra contre le priscillianisme article par article et promulgua ses dix-sept anathèmes, dont nous tirons l'essentiel de ce que l'on sait des erreurs tardives du système.[78] Après Braga, l'hérésie décline et s'éteint au VIe siècle — cent quatre-vingt-un ans après Saragosse (380-561).[79]
Les écrits retrouvés : le manuscrit de Wurtzbourg (1885-1889)
Schepss et les onze traités
Tous les écrits de Priscillien étaient censés avoir été détruits ; on ne connaissait de lui que ses Canones sur les épîtres de Paul — Canones… a Peregrino episcopo emendati, « révisés par l'évêque Peregrinus » —, reconnus orthodoxes.[80] Mais en 1885, Georg Schepss découvrit à la bibliothèque de l'université de Wurtzbourg un manuscrit des Ve-VIe siècles contenant onze traités attribués à Priscillien — Liber apologeticus, lettre à Damase, traité De la foi et des apocryphes, hymnes — publiés dans le Corpus de Vienne en 1889 (CSEL 18) ; attribution discutée depuis Morin (1913), seuls les Canons étant incontestés.[81] Quatre de ces pièces, qui racontent les épreuves du parti, sont probablement l'œuvre d'un disciple plutôt que du maître lui-même.[82]
Que disent vraiment les textes ? Le débat des historiens
La découverte n'a pas clos la controverse — elle l'a déplacée : Priscillien fut-il vraiment hérétique, ou injustement condamné pour un ascétisme qui gênait ? Künstle (Antipriscilliana, 1905) a conclu, après examen complet du dossier, que l'hypothèse de l'innocence est extrêmement improbable — ainsi Healy ; mais l'objection reste forte : Chadwick (Priscillian of Avila ; cf. p. 86-89 sur la christologie des traités), Burrus, Conti et Ferreiro (2023) soulignent la fabrication — aussi politique que doctrinale — de l'hérétique, le traité I (CSEL 18, p. 22-23) plaide pour l'orthodoxie de son auteur, et Jérôme, en 393 (De viris illustribus, 121), catalogue les ouvrages de Priscillien sur un ton neutre.[83] Avant Künstle, Paret (1891) avait voulu voir en Priscillien un « réformateur du IVe siècle » ; Babut (1909) avait rouvert le procès en historien ; Menéndez Pelayo avait inscrit l'affaire dans ses Hétérodoxes espagnols ; et la référence moderne reste Henry Chadwick, Priscillian of Avila (Oxford, 1976), rejoint par Virginia Burrus (The Making of a Heretic, 1995).[84] Ce qui demeure solidement attesté, ce sont les thèses condamnées par saint Léon (447) et Braga (561) : Priscillien défendait la lecture des apocryphes, appelait à une ascèse de rupture avec la discipline commune, et demandait à être jugé sur les Écritures en débat public — son Liber apologeticus (Liber ad Damasum, 2e pièce de l'édition Schepss : CSEL 18, p. 3-33 ; cf. Gerión 2024, p. 457) est d'abord, selon ses propres termes paraphrasés ici, un appel au contradictoire : un jugement sur les Écritures, en dispute publique, et non sur des rumeurs — procédure que le procès de Trèves ne lui accorda pas.[85][86]
Priscillien et Compostelle : une hypothèse sans preuve
D'où vient l'idée
Puisque les corps des suppliciés furent transportés en Espagne et honorés — sans lieu précisé (ad Hispanias, destination inconnue) — et puisque la Galice garda la mémoire des victimes de Trèves, Louis Duchesne a émis une hypothèse hardie : le tombeau découvert au IXe siècle à Compostelle et identifié comme celui de l'apôtre saint Jacques serait en réalité celui de Priscillien.[87] Chadwick lui-même prend l'hypothèse au sérieux : la communauté galicienne qui, plus de deux cents ans, chérit la mémoire du martyre de Priscillien autour d'un sanctuaire offre une explication possible des origines mystérieuses de Compostelle (cf. A. Piay Augusto, 2016).[88]
Ce que le dossier porte vraiment
Le dossier ne tranche pas : sous la cathédrale dort une nécropole antique, Priscillien avait été évêque d'Avila, en Lusitanie — non de Galice —, et si Prosper le dit de Gallaecia, le lieu de sépulture des suppliciés reste inconnu.[89] L'hypothèse vaut comme symptôme : elle dit la fascination durable pour le supplicié de Trèves. Mais l'historien catholique s'en tient aux pièces : un évêque condamné par l'Église, exécuté par l'État, pleuré par des saints — et une tombe d'apôtre dont douze siècles de pèlerins n'ont jamais douté.[90]
Pourquoi le priscillianisme compte encore
L'hérésie et le glaive : ce que l'Église a refusé
La leçon centrale de l'affaire n'est pas doctrinale, elle est morale et juridique : pour la première fois, des évêques demandaient à l'État de tuer des hérétiques — et des saints ont dit non. Martin arrachant la promesse du sang épargné, Ambroise rompant avec les accusateurs, Théogniste et les évêques refusant la communion d'Ithace : en 385-388, des saints refusèrent que le sang fût versé pour la foi.[91] L'Église n'en a pas moins, par la voix de saint Léon (447), reconnu que le glaive des lois publiques avait profuit diu — longtemps servi la douceur ecclésiastique qui, elle, refuse le sang ; et Jean-Paul II a rangé parmi les pages douloureuses à reconnaître l'acquiescement donné à des méthodes d'intolérance et de violence au service de la vérité (TMA 35).
L'ascèse vraie et l'ascèse fausse
La seconde leçon touche la vie spirituelle : le priscillianisme rappelle que toute ascèse n'est pas sainte par cela seul qu'elle est dure. Jeûner le dimanche, mépriser les noces, regarder la viande comme immonde, fuir l'église pour la lande — c'est mettre la volonté propre au-dessus de l'obéissance, et le mépris du corps au-dessus de l'action de grâces.[92] L'Église, elle, honore les moines et les vierges qui jeûnent avec elle, dans les temps qu'elle fixe, pour aimer davantage — et elle déclare suspecte toute ferveur qui commence par rompre la communion.[93] C'est le critère qui ne trompe pas, hier comme aujourd'hui : les saints jeûnent pour s'unir ; les sectes jeûnent pour se séparer.[94]
Pour aller plus loin
Notes et références
P. Healy, « Priscillianism », Catholic Encyclopedia, vol. 12, New York, Robert Appleton, 1911 — texte intégral sur newadvent.org/cathen/12429b.htm : le fond des doctrines priscillianistes est le dualisme gnostico-manichéen des deux royaumes, de la Lumière et des Ténèbres.
1Priscillien, évêque d'Avila, est le premier chrétien exécuté par un pouvoir chrétien — « though the official charge was sorcery » (même si l'accusation officielle était la sorcellerie) : A. Omissi (2022) ; à Trèves, en 385 (date usuelle : Prosper donne 385, Hydace 387 ; cf. Omissi, p. 19). Naissance vers 340 (BnF, data.bnf.fr — la notice ne dit ni « premier » ni « en Hispanie »).
2Selon P. Healy, « Priscillianism » (1911) : saint Martin revient à Trèves et fait révoquer l'envoi des tribuns ; le pape censure Ithace et l'empereur — seule pièce primaire conservée : la lettre de Maxime (Collectio Avellana 40) ; saint Ambroise dénonce l'affaire avec sévérité ; les évêques de Théogniste rompent avec Ithace ; Ithace déposé par un synode espagnol, Idace démissionnaire. Théodose, après 388, annule l'ensemble des actes de Maxime : annulation générale (388-389), non mesure obtenue pour cette affaire.
3P. Healy, « Priscillianism » : après l'exécution, le nombre et le zèle des hérétiques s'accrurent et les suppliciés furent vénérés comme martyrs ; synode de Tolède en 400 (Symphosius et Dictinius réconciliés) ; Orose écrit à Augustin en 415 ; saint Léon intervient en 447 ; après le synode de Braga, la secte s'éteignit.
4P. Healy, « Priscillianism », Sources : Éd. Schepss, Priscilliani quae supersunt, Corpus script. eccles. lat., XVIII (Vienne, 1889) — onze traités attribués à Priscillien, découverts dans un manuscrit des Ve-VIe siècles de la bibliothèque de l'université de Wurtzbourg ; attribution discutée depuis Morin (1913), seuls les Canons étant incontestés.
5Sulpice Sévère, Chronique (Historia sacra), II, 46 (éd. Halm, CSEL 1 : familia nobilis, praedives opibus…) : Priscillien, homme de noble naissance et de grandes richesses, vif, remuant, éloquent, très instruit, redoutable débatteur (traduction de l'auteur d'après le latin ; cf. trad. G. de Senneville-Grave, Cerf, 1999).
6P. Healy, « Priscillianism » : parmi les attirés par ses dons oratoires et sa réputation d'ascétisme extrême, deux évêques, Instantius et Salvianus ; les adeptes s'organisent en société liée par serment.
7Sulpice Sévère, Chronique, II, 46 : « homme de noble naissance, de grandes richesses, vif, remuant, éloquent, instruit par de nombreuses lectures, très prompt à la dispute et à la discussion » (traduction de l'auteur d'après le latin de Halm, CSEL 1) ; en anglais (NPNF, Series II, vol. XI) : “a man of noble birth, of great riches, bold, restless, eloquent, learned through much reading, very ready at debate and discussion”.
8P. Healy, « Priscillianism » : par ses dons oratoires et sa réputation d'ascétisme extrême, Priscillien attira de nombreux partisans et devint le chef et l'ardent apôtre des doctrines nouvelles.
9Sur la place visible des femmes dans le mouvement : Sulpice Sévère, Chronique, II, 46 (les femmes affluent en foule auprès de lui) et II, 48 (séjour in agro Euchrotiae en 381, Euchrotia et sa fille Procula dans la compagnie) ; P. Healy, « Priscillianism » : Euchrotia (veuve) au nombre des exécutés. Rien, chez Sulpice (II, 46-48) ni chez Healy, sur un enseignement des femmes fondé sur Ga 3, 28 : le passage a été retiré.
10 14Sulpice Sévère, Chronique, II, 46 : Marcus, Égyptien de Memphis, apporte les doctrines gnostico-manichéennes ; premiers adeptes : Agape et le rhéteur Helpidius (Elpidius), par l'influence desquels Priscillien fut enrôlé ; cité par P. Healy, « Priscillianism ».
11Sur la prudence critique envers cette généalogie, voir H. Chadwick, Priscillian of Avila : The Occult and the Charismatic in the Early Church, Oxford, Clarendon Press, 1976 — l'ouvrage de référence moderne sur le dossier.
12P. Healy, « Priscillianism » : côté moral du dualisme — jeûne le dimanche et le jour de Noël, et autres observances liturgiques singulières ; réunions à l'écart des églises.
13Sulpice Sévère, Chronique, II, 46-50 : accusations de magie et de mœurs, dont une part relève de la rumeur hostile — Sulpice rapporte lui-même les bruits sur Procula avec réserve ; les faits de magie et de réunions nocturnes seront retenus par Evodius à Trèves (II, 50).
15P. Healy, « Priscillianism » : anges et âmes détachés de la substance divine, tombés et emprisonnés dans des corps matériels ; les deux royaumes représentés dans l'homme ; le salut comme libération de la domination de la matière.
16P. Healy, « Priscillianism » : harmonisation avec l'Écriture par un étrange système d'exégèse rejetant entièrement le sens littéral, joint à une non moins étrange théorie de l'inspiration personnelle ; l'Ancien Testament reçu, mais le récit de la création rejeté.
17P. Healy, « Priscillianism » : le conflit symbolisé du côté de la Lumière par les douze Patriarches, esprits célestes correspondant à certaines puissances de l'homme, et du côté des Ténèbres par les signes du zodiaque, symboles de la matière et du royaume inférieur.
18P. Healy, « Priscillianism » : les douze esprits ayant échoué à les délivrer, le Sauveur vint dans un corps céleste, en apparence semblable à celui des autres hommes, et par sa doctrine et sa mort apparente libéra les âmes de l'influence du matériel.
19Sur la condamnation du déterminisme astrologique, voir le Ier concile de Braga (561), anathèmes sur les douze signes attachés aux membres du corps et de l'âme ; cf. P. Healy, « Priscillianism ».
20Sur l'erreur trinitaire prêtée au mouvement (trois noms, une seule personne), voir la réfutation de saint Léon le Grand, Lettre 15 à Turibius d'Astorga (21 juillet 447), et les anathèmes du Ier concile de Braga (561) ; renvoi au dossier le sabellianisme.
21Paul Orose, Commonitorium à Augustin (414, PL 31) : l'âme consubstantielle à Dieu au cœur du système ; réponse de saint Augustin, Contre les priscillianistes et les origénistes (415).
22Saint Léon le Grand, Lettre 15 à Turibius d'Astorga, 21 juillet 447 : réfutation point par point, en seize chapitres, du Christ en corps céleste impassible ; renvoi au dossier le docétisme.
23P. Healy, « Priscillianism » : continence, abstinence de viande et de vin, jeûnes — y compris le dimanche et à Noël — au cœur de la morale du mouvement ; sur les canons pauliniens ascétiques, voir les Canones in Pauli apostoli epistulas (éd. Schepss).
24Sur le critère catholique — l'ascèse ordonnée à la communion contre le mépris de la création — voir le Catéchisme de l'Église catholique, 364-365 (la dignité du corps) et 1603-1604 (le mariage dans le dessein de Dieu).
25Saint Léon le Grand, Lettre 15 : les priscillianistes déshonorent sous couleur d'austérité ce que Dieu a fait bon — noces, aliments, corps.
26Ier concile de Braga (561), dix-sept anathèmes contre les erreurs priscillianistes (Trinité, âme, zodiaque, Christ, apocryphes, jeûnes) ; cf. P. Healy, « Priscillianism » : le synode de Braga légiféra sur l'hérésie et la secte s'éteignit peu après.
27Synthèse de l'auteur d'après P. Healy, « Priscillianism », et saint Léon le Grand, Lettre 15 : le système touche à la fois Dieu, le Christ, l'âme, le corps et les Écritures.
28P. Healy, « Priscillianism » : doctrines ésotériques et exotériques — les « illuminés » autorisés à mentir pour une sainte fin, les hommes ordinaires ne pouvant comprendre les voies supérieures.
29Saint Augustin, De mendacio (vers 395) puis Contre le mensonge (Contra mendacium, vers 420) : on ne peut jamais mentir, même pour une bonne cause ; le second traité répond à Consentius, qui proposait de mentir pour démasquer les hérétiques cachés (cf. P. Healy, « Priscillianism »).
30Saint Jérôme, Lettre 133 à Ctésiphon (415) : Priscillien dépeint comme un adepte de la magie savante ; et De viris illustribus, 121 : catalogue de ses ouvrages et récit de sa fin à Trèves sous Maxime.
31Sulpice Sévère, Chronique, II, 46 : Hygin, évêque de Cordoue, découvre l'état des choses et en informe Idace (Hydace), sacerdos de Mérida — c'est-à-dire son évêque métropolitain (Healy ; Rousselle, p. 85 ; actes de Saragosse) ; celui-ci, harcelant Instantius et ses partisans sans mesure et au-delà de ce que l'occasion demandait, applique comme une torche à l'incendie naissant — exaspérant ces hommes plus qu'il ne les réprime.
32A. Rousselle, « Quelques aspects politiques de l'affaire priscillianiste », Revue des Études Anciennes, t. 83, 1981, p. 85-87 : concile de Saragosse, 4 octobre 380, évêques d'Espagne et d'Aquitaine ; Hygin de Cordoue alertant Idace de Mérida ; Ithace d'Ossonoba chargé de l'exécution.
33Actes du concile de Saragosse (4 octobre 380) : huit canons disciplinaires visant les pratiques (réunions privées, jeûne dominical, Eucharistie emportée) — sans canon sur les lectures apocryphes (Gerión 2024, p. 456 et 464 ; Ferreiro 2023, p. 53). La condamnation nominative des quatre chefs n'est attestée que par Sulpice, II, 47 (in absentes) : actes muets sur les personnes, démenti du Liber ad Damasum (Rousselle, p. 87 ; Gerión 2024 ; Omissi).
34P. Healy, « Priscillianism » : l'exécution des décrets confiée à Ithace, homme impulsif et violent, qui échoua à ramener les hérétiques.
35P. Healy, « Priscillianism » : par défi, Priscillien fut ordonné prêtre et nommé évêque d'Avila.
36Synthèse de l'auteur : avec un évêque en règle apparente et deux collègues, l'affaire devient un schisme épiscopal ; cf. Sulpice Sévère, Chronique, II, 47.
37P. Healy, « Priscillianism » : Idace et Ithace en appellent aux autorités impériales ; décret de Gratien privant les priscillianistes de leurs églises et les frappant d'exil.
38P. Healy, « Priscillianism » : Instantius, Salvianus et Priscillien gagnent Rome pour obtenir du pape Damase la levée de la sentence — audience refusée.
39P. Healy, « Priscillianism » : même démarche à Milan auprès de saint Ambroise — même refus ; cf. saint Ambroise, attitude constante contre les ithaciens ensuite.
40Sulpice Sévère, Chronique, II, 48 : par l'intrigue et la corruption à la cour, via Macédonius, maître des offices, les condamnés obtiennent un rescrit qui lève l'exil et les réintègre ; cité par P. Healy, « Priscillianism ».
41P. Healy, « Priscillianism » : sous la protection des fonctionnaires impériaux, les priscillianistes deviennent si puissants qu'Ithace doit quitter le pays.
42Sulpice Sévère, Chronique, II, 49 : Gratien assassiné (Lyon, 25 août 383), Maxime maître de l'Occident, désireux de plaire aux orthodoxes et de remplir son trésor par les confiscations.
43A. Rousselle, « Quelques aspects politiques de l'affaire priscillianiste », Revue des Études Anciennes, t. 83, 1981 : retour de Priscillien en Espagne fin 382, fort du rescrit (pagination précise de ce passage non vérifiée).
44P. Healy, « Priscillianism » : sur l'ordre de Maxime, synode de Bordeaux en 384 ; cf. Sulpice Sévère, Chronique, II, 49.
45Sulpice Sévère, Chronique, II, 49 : Instantius, jugé le premier, est déposé — seul des deux à l'être à Bordeaux ; Priscillien, pour éviter d'être entendu par les évêques, ad principem provocavit (en appela à l'empereur).
46Sulpice Sévère, Chronique, II, 49-50 : Ithace se fait l'accusateur avec une véhémence extrême devant le tribunal impérial.
47Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 : Martin, alors à Trèves, désapprouve le port d'une cause ecclésiastique devant un tribunal civil et obtient de l'empereur la promesse de ne pas aller jusqu'à l'effusion du sang.
48Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 (éd. Halm, CSEL 1) : « Martin ne cessait de réprimander (increpare) Ithace pour qu'il abandonnât l'accusation, et de presser Maxime de ses prières pour qu'il ne versât pas le sang de ces malheureux » (traduction de l'auteur d'après le latin) ; en anglais (NPNF, Series II, vol. XI) : “did not cease to importune Ithacius, that he should give up his accusations, or to implore Maximus that he should not shed the blood of the unhappy persons in question”.
49Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 : Martin soutenait que c'était une peine suffisante d'avoir été déclarés hérétiques par sentence des évêques et expulsés des églises.
50Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 : « c'était, en outre, une indignité infâme et inouïe qu'un gouvernant séculier fût juge dans une cause ecclésiastique » (traduction de l'auteur d'après le latin de Halm, CSEL 1) ; en anglais (NPNF, Series II, vol. XI) : “it was, besides, a foul and unheard-of indignity, that a secular ruler should be judge in an ecclesiastical cause”.
51Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 : tant que Martin vécut à Trèves, le procès fut différé ; après son départ, l'empereur, détourné par Magnus et Rufus de la clémence conseillée par Martin, confia l'affaire au préfet Evodius.
52Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 : le préfet du prétoire des Gaules Evodius (Flavius Euodius) instruit le procès et déclare Priscillien et plusieurs autres coupables de magie.
53Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 : Evodius, « homme au caractère dur et sévère », jugea Priscillien en deux audiences et le convainquit de mauvaises mœurs — « Priscillien ne nia pas s'être adonné à des doctrines infâmes, tenir de nuit des assemblées de femmes perdues et prier dans la nudité » (traduction de l'auteur d'après le latin de Halm, CSEL 1 ; en anglais, NPNF, Series II, vol. XI) ; valeur critique de ces aveux discutée par H. Chadwick, Priscillian of Avila, 1976.
54Sur la qualification juridique — maleficium (magie), crime capital : Sulpice Sévère, Chronique, II, 50 (convictumque maleficii). L'hérésie était pourtant déjà visée par le droit impérial : CTh XVI, 5 (dont XVI, 5, 9 de 382) ; cf. A. Rousselle, art. cité.
55Sulpice Sévère, Chronique, II, 51 : Ithace, voyant l'odieux qu'attirerait sur lui le rôle d'accusateur au procès capital recommencé, se retira de la poursuite — ruse vaine, le mal étant fait ; Maxime désigna alors pour accusateur un certain Patricius, avocat lié au fisc.
56Sulpice Sévère, Chronique, II, 51 : Priscillien condamné à mort, avec lui Félicissime et Arménius — clercs ralliés depuis peu, révoltés contre les catholiques —, puis Latronianus et Euchrotia, décapités ; Instantius, déjà déposé par les évêques, transporté dans l'île de Sylina au-delà de la Bretagne (probablement les Scilly) ; Asarivus et Aurélius le diacre décapités à leur tour ; Tibérien dépouillé de ses biens et banni à Sylina ; Tertulle, Potamius et Joannès, de moindre importance et ayant avoué avant le procès, bannis temporairement en Gaule.
57Sulpice Sévère, Chronique, II, 48 : chassés de Bordeaux par l'évêque Delphinus — à ne pas confondre avec le rhéteur Delphidius —, les condamnés séjournent in agro Euchrotiae, sur le domaine d'Euchrotia, en 381 ; Euchrotia, veuve du rhéteur Attius Tiro Delphidius (milieu d'Ausone ; cf. V. Burrus, The Making of a Heretic), et sa fille Procula rejoignent alors la compagnie ; rumeurs sur Procula rapportées par Sulpice avec réserve. II, 51 : Euchrotia décapitée à Trèves.
58Synthèse de l'auteur d'après Sulpice Sévère, Chronique, II, 50-51 : premier cas d'hérétiques livrés au bras séculier par des évêques et mis à mort.
59P. Healy, « Priscillianism » : Martin, apprenant l'exécution, revient à Trèves et contraint l'empereur à révoquer l'ordre donné aux tribuns militaires déjà en route pour l'Espagne afin d'y extirper l'hérésie.
60Les évêques présents à Trèves, conduits par Théogniste, rompent la communion avec Ithace (Sulpice Sévère, Chronique, II, 50-51 ; P. Healy, « Priscillianism ») ; saint Ambroise rompt avec les accusateurs (Lettre 30 [24], § 12).
61Ithace, seul de tous, fut chassé de l'épiscopat par un synode d'évêques espagnols ; Idace, moins coupable, s'était volontairement démis — sponte se episcopatu abdicaverat (Sulpice Sévère, Chronique, II, 51) —, là où P. Healy parle de démission contrainte ; sagement fait, n'eût été sa tentative postérieure de recouvrer la place perdue.
62Sulpice Sévère, Chronique, II, 51 et Dialogues, III : autour de Félix, ordonné évêque de Trèves avec l'appui ithacien, l'épiscopat gaulois se divise — schisme dit « de Félix » entre partisans et adversaires de la communion ithacienne.
63Après la chute de Maxime (388), l'empereur Théodose annula l'ensemble de ses actes : annulation générale (388-389), non mesure obtenue pour l'affaire priscillianiste ; cf. dossier historique repris par H. Chadwick, Priscillian of Avila, 1976.
64Sulpice Sévère, Dialogues, III : pour obtenir la grâce des priscillianistes d'Espagne menacés par les tribuns, Martin accepta de communier avec les ithaciens à l'ordination de Félix de Trèves — concession qu'il regretta ensuite amèrement et qui le tint éloigné des assemblées épiscopales. Dès le procès même, Ithace l'avait publiquement accusé d'hérésie (Chronique, II, 50).
65P. Healy, « Priscillianism » : suite inattendue — le nombre et le zèle des hérétiques s'accrurent, et les exécutés furent vénérés comme saints et martyrs.
66Sulpice Sévère, Chronique, II, 51 : les corps des suppliciés transportés en Espagne (ad Hispanias, sans lieu précisé), funérailles célébrées avec grande pompe ; entre les deux partis, une guerre de querelles soutenue quinze ans dans une horrible dissension, attisée par la discorde des évêques eux-mêmes. Sulpice ne situe aucune vénération en Galice ni dans le nord du Portugal.
67Sulpice Sévère, Chronique, II, 51 : « on en vint à tenir pour le plus haut exercice de la religion de jurer par Priscillien » (traduction de l'auteur d'après le latin de Halm, CSEL 1) ; en anglais (NPNF, Series II, vol. XI) : “it came to be thought the highest exercise of religion to swear by Priscillian”.
68P. Healy, « Priscillianism » : synode de Tolède en 400, beaucoup réconciliés dont deux évêques, Symphosius et Dictinius ; ce dernier auteur du traité moral priscillianiste Libra.
69P. Healy, « Priscillianism » : le bouleversement de la péninsule par les Vandales et les Suèves favorisa la diffusion du priscillianisme.
70Paul Orose, Commonitorium à Augustin (414) : demande d'aide contre l'hérésie renaissante, exposé de la doctrine de l'âme.
71Saint Augustin, Contre les priscillianistes et les origénistes (415, réponse à Orose) ; De haeresibus, 70 ; condamnation réitérée à la fin de sa vie.
72Saint Jérôme, De viris illustribus, 121 : catalogue des ouvrages de Priscillien et récit de sa fin ; condamnation ferme de l'hérésie, notamment dans la Lettre 133.
73Saint Léon le Grand, Lettre 15 : Turibius d'Astorga adresse au pape un mémoire des erreurs galiciennes ; c'est le pape — non Turibius — qui réclame un concile général de toute l'Espagne.
74Saint Léon le Grand, Lettre 15 à Turibius d'Astorga (Quam laudabiliter), 21 juillet 447 : seize chapitres réfutant les erreurs une à une et réclamant un concile général de toute l'Espagne (cf. P. Healy, « Priscillianism »).
75Saint Léon le Grand, Lettre 15, préface : les chefs du monde abhorrèrent cette folie au point d'en abattre l'auteur et la plupart de ses disciples « par le glaive des lois publiques », et cette rigueur profuit diu — servit longtemps la douceur de l'Église, laquelle, s'en remettant au jugement sacerdotal, refuse la vengeance sanglante (en anglais, trad. Feltoe, NPNF : “by the sword of the public laws” ; “this rigourous treatment was for long a help to the Church's law of gentleness which… shuns blood-stained vengeance”).
76Persistance espagnole au Ve siècle : mémoire de Turibius, saint Léon, Lettre 15 (447). Le dossier gaulois de 412 (Lazare d'Aix, Héros d'Arles — que Prosper dit innocent, insons —, Proculus de Marseille) ne peut être rattaché sûrement au priscillianisme : Sulpice s'arrête vers 400 et Healy n'en dit rien ; le passage a été retiré.
77P. Healy, « Priscillianism » : après le synode de Braga, qui légiféra sur l'hérésie, la secte déclina et s'éteignit ; datation moderne : Ier concile de Braga, 561, dix-sept anathèmes (la Catholic Encyclopedia de 1911 donnait 563).
78Synthèse de l'auteur : cent quatre-vingt-un ans séparent Saragosse (380) de l'extinction postérieure à Braga (561) ; cf. H. Chadwick, Priscillian of Avila, 1976.
79Les Canones in Pauli apostoli epistulas — Canones… a Peregrino episcopo emendati, « révisés par l'évêque Peregrinus » —, reconnus orthodoxes, sont la seule œuvre de Priscillien à avoir échappé à la destruction avant 1885 ; cf. éd. Schepss, CSEL 18.
80G. Schepss, Priscilliani quae supersunt, CSEL 18, Vienne, 1889 : onze traités attribués à Priscillien, découverts en 1885 dans un manuscrit des Ve-VIe siècles de la bibliothèque de l'université de Wurtzbourg ; attribution discutée depuis Morin (1913), seuls les Canons étant incontestés.
81Sur l'attribution de quatre de ces pièces à un disciple (récit des épreuves du parti), voir l'introduction de G. Schepss, éd. citée, et H. Chadwick, Priscillian of Avila, 1976 (pagination précise non vérifiée).
82K. Künstle, Antipriscilliana. Dogmengeschichtliche Untersuchungen und Texte aus dem Streite gegen Priscillians Irrlehre, Fribourg, 1905 : après examen complet du dossier, l'hypothèse de l'innocence est extrêmement improbable — ainsi P. Healy, « Priscillianism ». Objections fortes : H. Chadwick, Priscillian of Avila (cf. p. 86-89 sur la christologie des traités), V. Burrus, M. Conti, A. Ferreiro (2023) ; traité I (CSEL 18, p. 22-23) ; Jérôme, De viris illustribus, 121 (393), au ton neutre. Les thèses, elles, sont celles condamnées par saint Léon (447) et Braga (561).
83E.-Ch. Babut, Priscillien et le priscillianisme, Paris, 1909 ; M. Menéndez Pelayo, Historia de los heterodoxos españoles, 1880 ; H. Chadwick, Priscillian of Avila : The Occult and the Charismatic in the Early Church, Oxford, 1976 ; V. Burrus, The Making of a Heretic : Gender, Authority, and the Priscillianist Controversy, Berkeley, 1995.
84Priscillien, Liber apologeticus (Liber ad Damasum), 2e pièce de l'édition Schepss (CSEL 18, p. 3-33) ; sur la défense de la lecture des apocryphes, voir son traité De fide et de apocryphis (cf. Gerión 2024, p. 457).
85Paraphrase de l'objet du Liber : l'accusé y réclame un jugement contradictoire fondé sur les Écritures, en dispute publique, non sur la rumeur — procédure que le procès de Trèves ne lui accorda pas.
86Hypothèse émise par L. Duchesne : le tombeau découvert au IXe siècle à Compostelle serait celui de Priscillien, dont le corps aurait été ramené en Galice ; cf. l'état du dossier (« The Burial Place of Priscillianus »).
87H. Chadwick, Priscillian of Avila : la communauté de Galice qui chérit plus de deux cents ans la mémoire de son martyre autour d'un sanctuaire offre une explication possible des origines mystérieuses de Compostelle (cf. A. Piay Augusto, 2016).
88Nécropole antique sous la cathédrale ; Avila (Abula) en Lusitanie, non en Galice ; corps transportés ad Hispanias (Sulpice, II, 51), lieu de sépulture inconnu ; Prosper, Chronique : Priscillien de Gallaecia.
89Synthèse de l'auteur : l'hypothèse dit la fascination durable pour le supplicié de Trèves ; la foi de douze siècles de pèlerins et le jugement de l'Église demeurent.
90Synthèse de l'auteur d'après Sulpice Sévère, Chronique, II, 50-51, et P. Healy, « Priscillianism » : en 385-388, Martin, Ambroise et Théogniste refusèrent le sang versé pour la foi ; avec, sobrement, la préface de saint Léon, Lettre 15 (447), et Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, 35.
91Sur la volonté propre contre l'obéissance comme critère de discernement des fervents, voir saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels (règles de discernement des esprits), et saint Jean de la Croix, Nuit obscure, I, 6 (l'attachement à sa propre manière).
92Sur l'ascèse vécue dans la communion de l'Église — temps fixés, permission, action de grâces — voir le Catéchisme de l'Église catholique, 2043 (le jeûne comme commandement de l'Église) et 1674-1675 (les formes de piété populaire ordonnées).
93Formule de l'auteur résumant le critère patristique : l'unité comme pierre de touche — cf. saint Cyprien, De l'unité de l'Église, 6 : on ne peut avoir Dieu pour Père sans avoir l'Église pour Mère.
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