« Que disent les saints sur le combat contre l'envie ? » — la question touche à l'un des plus anciens et des plus dissimulés des combats spirituels. Pour la tradition chrétienne, l'envie n'est pas une faiblesse mineure : c'est le vice par lequel la mort est entrée dans le monde (Sg 2, 24), celui qui a armé la main du premier meurtrier et qui, au terme de l'histoire, a livré le Christ à la croix — « il savait que c'était par jalousie qu'on avait livré Jésus » (Mt 27, 18). Entre ces deux bornes, Abel et le Calvaire, court tout le fil rouge que les Pères ont nommé invidia.
Les saints n'ont jamais réduit l'envie à une simple convoitise. Ils y ont vu un mal plus subtil et plus noir : non le désir d'avoir ce qu'a l'autre, mais la tristesse de le voir heureux — la souffrance secrète devant le bien du prochain, « comme s'il diminuait le nôtre », dit saint Thomas. C'est pourquoi l'envie est, parmi les sept péchés capitaux, le seul qui ne procure aucun plaisir : l'envieux est le premier supplicié de son propre vice. Comme la rouille ronge le fer, écrit saint Basile, l'envie dévore d'abord l'âme qui l'abrite.
Cet article rassemble la voix des saints sur le combat contre l'envie : ce qu'ils en ont dit de la racine diabolique et de la nature, comment ils en ont lu les ravages dans l'histoire sainte — Caïn, Joseph, Saül —, et quelles armes ils ont forgées contre elle. Le remède n'est jamais une autre convoitise, mais son contraire exact : la charité qui se réjouit du bonheur d'autrui, et l'humilité qui sait que « tout est reçu » (1 Co 4, 7). On lira la version positive de ce combat dans Que disent les saints sur la gratitude, et l'on remontera à sa racine commune dans Que disent les saints sur le combat contre l'orgueil.
L'envie, « par la jalousie du diable la mort est entrée dans le monde »
« C'est par la jalousie du diable » : la racine surnaturelle de l'envie
Avant d'être un défaut humain, l'envie est, pour l'Écriture, un drame surnaturel. Le livre de la Sagesse en fait l'explication même de la mort : ce n'est pas Dieu qui a voulu la mort, mais l'envie d'un autre, l'esprit jaloux du bonheur de l'homme créé à l'image de Dieu.
« Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l'expérience, ceux qui prennent parti pour lui. » — Livre de la Sagesse 2, 23-24[2]
Tout le regard chrétien sur l'envie naît de ce verset. L'envie n'est pas d'abord une affaire de richesses ou de réputation : c'est un mouvement de l'esprit qui ne supporte pas qu'un autre soit comblé. Satan, dit la tradition, n'a pas supporté que la créature de boue fût appelée à la gloire dont lui-même était déchu. L'envie est ainsi le plus diabolique des vices : non parce qu'il serait le plus répandu, mais parce qu'il imite directement le démon, qui ne tire de la perte de l'homme aucun profit, sinon la sombre satisfaction de le voir déchu.
Qu'est-ce que l'envie ? La définition de saint Thomas d'Aquin
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) a recueilli toute cette tradition dans la question 36 de la Secunda Secundae, entièrement consacrée à l'envie (De invidia). Sa définition, brève, a fait autorité : l'envie est une tristesse, et plus précisément une tristesse devant le bien d'autrui ressenti comme une diminution de soi.
« L'envie, à proprement parler, est une tristesse causée par le bien d'autrui. Mais ce bien d'autrui ne peut devenir un objet de tristesse qu'en tant qu'il est considéré comme diminuant notre propre bien ou notre propre gloire. » — d'après Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 36, a. 1[3]
Le mot clé est tristesse. Là est tout le paradoxe que les saints ont relevé : l'envie est le seul des péchés capitaux qui n'offre aucune douceur. Le gourmand jouit de son repas, l'avare de son or, l'orgueilleux de sa gloire ; l'envieux, lui, ne jouit de rien — il souffre du bonheur des autres et se prive du sien.
Distinguer l'envie, la jalousie et la sainte émulation
Les maîtres spirituels insistent sur une distinction que la langue courante a brouillée. Toute jalousie n'est pas l'envie, et il existe même une émulation sainte.
| Mouvement | Objet | Jugement spirituel |
|---|---|---|
| Émulation (zèle) bon | Désirer pour soi un bien qu'on admire chez un autre, sans lui en vouloir | Vertueux : « Aspirez aux dons les meilleurs » (1 Co 12, 31) |
| Jalousie | Craindre de perdre un bien qu'on possède au profit d'un autre | Ambivalent : peut être légitime (Dieu « jaloux » de notre amour) ou désordonné |
| Envie (invidia) | S'attrister du bien d'autrui comme d'un mal pour soi | Toujours péché : tristesse contre la charité |
Saint Thomas précise que l'envie suppose toujours que le bien d'autrui soit perçu comme un mal pour soi : c'est ce qui la distingue du zèle, qui désire le bien sans s'attrister de le voir chez le prochain[4]. L'envieux ne veut pas seulement monter : il veut que l'autre descende.
Pourquoi l'envie est un péché contre la charité
Saint Thomas range l'envie parmi les péchés directement opposés à la charité. La charité fait que le bien du prochain est notre bien ; l'envie en fait notre mal. Elle est donc l'exact retournement de l'amour fraternel.
« L'envie, par son genre, est un péché mortel. Car le genre de l'envie consiste à s'attrister du bien d'autrui, et cela est contraire à la charité, par laquelle nous nous réjouissons du bien du prochain. C'est pourquoi l'envie s'oppose à la charité. » — d'après Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 36, a. 3[5]
Thomas nuance aussitôt, avec sa rigueur habituelle : tout mouvement d'envie n'est pas aussitôt un péché mortel consommé. Il peut rester au stade du premier mouvement, presque involontaire, ou d'un péché véniel quand la raison n'y consent pas pleinement[6]. Mais l'envie « par son genre » — pleinement voulue, savourée — est grave, parce qu'elle attaque ce qu'il y a de plus précieux : le lien de charité qui unit le Corps du Christ.
Le venin diabolique : saint Cyprien et l'envie, racine de tous les maux
Le premier grand traité chrétien entièrement consacré à l'envie est l'œuvre d'un évêque martyr : saint Cyprien de Carthage (v. 200-258). Vers 252, en pleine épreuve de l'Église d'Afrique déchirée par les divisions, il écrit De zelo et livore — « La jalousie et l'envie » — pour montrer que sous les schismes et les rancunes couve toujours le même venin[7]. Pour Cyprien, l'envie n'est pas un péché parmi d'autres : c'est la source d'où tous les autres jaillissent.
L'envie est la racine de tous les maux, selon saint Cyprien
Saint Cyprien décrit l'envie comme la racine d'où sortent tous les maux : source de calamités, pépinière de crimes, elle fait naître la haine et l'animosité — et c'est elle qui enflamme la cupidité, quand on ne sait plus se contenter de ce qu'on possède en voyant un autre plus riche.
— d'après Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l'envie[8]
Cyprien décrit l'envie comme un mal intérieur, qui n'a pas besoin d'arme ni de circonstance pour faire le mal : il suffit que l'autre soit heureux. C'est un péché qui n'a ni mesure ni fin, parce que les motifs de s'attrister du bonheur d'autrui sont innombrables — il y aura toujours quelqu'un de plus riche, de plus loué, de plus aimé.
Le diable, premier envieux, et la chute de l'homme
Cyprien remonte, comme la Sagesse, à l'origine surnaturelle du mal. Le diable, déchu de sa gloire, n'a pas supporté que l'homme fût appelé à la place qu'il avait perdue : c'est par envie qu'il l'a séduit, et par envie qu'il l'a perdu.
Cyprien écrit que le démon, avant de faire périr l'homme, a péri lui-même par l'envie : perdu le premier, il a perdu l'homme avec lui.
— d'après Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l'envie[9]
Cette intuition, partagée par toute la tradition, donne à l'envie son sérieux : l'envieux « imite le diable ». Quand il se réjouit du malheur d'un autre ou s'attriste de son bonheur, il refait, à sa petite échelle, le geste qui a perdu Lucifer et ouvert la porte à la mort.
Caïn, premier disciple de l'envie
L'envie a un premier nom dans l'histoire des hommes : Caïn. Cyprien y voit la preuve que l'envie, dès l'origine, conduit au meurtre.
Dès les commencements du monde, écrit Cyprien, Caïn fut le premier à haïr son frère Abel : jaloux et envieux, le méchant ne pouvait souffrir le juste.
— d'après Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l'envie[10]
Le récit de la Genèse est en effet le premier traité de l'envie. Dieu agrée l'offrande d'Abel et non celle de Caïn ; et au lieu de se corriger, Caïn s'enfonce dans la tristesse de voir son frère préféré. Dieu lui-même l'avertit, dans un texte que les Pères ont médité comme la première description clinique de l'envie :
« Pourquoi cette colère, et pourquoi ce visage abattu ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n'agis pas bien, le péché est tapi à ta porte : il est avide de toi, mais à toi de le dominer. » — Livre de la Genèse 4, 6-7 (Dieu à Caïn)[11]
L'envie est ce « péché tapi à la porte » : il ne tient qu'à un fil que la tristesse jalouse ne se change en haine, et la haine en meurtre. Caïn n'a pas dominé la bête ; il a tué.
Joseph vendu par ses frères : l'envie qui voulait tuer les songes
Après Caïn, Cyprien nomme un second visage de l'envie : Joseph, vendu par ses propres frères. La cause de la vente, dit-il, ne fut rien d'autre que l'envie née de ses songes, racontés en toute candeur.
« Et si ses frères vendirent Joseph, c'est de la rivalité jalouse que vint cette vente : après qu'en toute simplicité, comme un frère à ses frères, il leur eut exposé la prospérité qui lui avait été montrée en visions, leur cœur malveillant éclata en envie. » — Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l'envie, ch. 5 (traduit du latin)[12]
Le récit de la Genèse est bien celui-là : la tunique offerte par Jacob, les songes racontés sans détour, puis la haine des frères (Gn 37, 3-4) jusqu'à la vente aux Ismaélites (Gn 37, 28). Saint Basile y lit la même leçon — qu'est-ce qui a réduit Joseph en servitude, sinon l'envie de ses frères ?[13] — et il admire comment la Providence retourna l'arme contre elle-même, puisque c'est par cette vente que Joseph devint le sauveur de ses frères.
L'envie ronge d'abord l'envieux, devenu l'ennemi de lui-même
Cyprien décrit enfin le supplice intérieur de l'envieux. Le venin qu'il destine aux autres se retourne d'abord contre lui : il est rongé, desséché, torturé par le bonheur même de ceux qu'il poursuit.
Cyprien appelle l'envie un ver qui ronge l'âme, une peste de la pensée, une rouille du cœur : jalouser la vertu ou le bonheur d'un autre, c'est se dévorer soi-même — et l'envieux, conclut-il, n'a pas de pire ennemi que lui-même.
— d'après Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l'envie[14]
C'est l'un des grands acquis de la tradition : l'envie est un châtiment à elle-même. Là où la luxure ou l'avarice promettent au moins un plaisir, l'envie ne donne que le tourment de voir l'autre heureux. Tu n'as pas de plus cruel ennemi que toi-même, redira la spiritualité après Cyprien.
Saint Basile : la plus pernicieuse des passions
À la même époque, en Orient, saint Basile de Césarée (v. 330-379), Père de l'Église et grand pasteur de Cappadoce, consacre à l'envie une homélie entière (Peri phthonou). C'est l'analyse psychologique la plus pénétrante que l'Antiquité chrétienne ait laissée sur ce vice. Basile commence par la même définition que reprendra Thomas, puis en déploie tout le mécanisme.
D'après saint Basile de Césarée, l'envie est une douleur que l'on conçoit de la prospérité d'autrui : aussi l'envieux n'est-il jamais exempt de peine et de tristesse — que le champ du voisin soit fertile, sa maison pleine de biens, sa vie douce et commode, tous ces avantages le désolent et entretiennent sa maladie[15].
La plus pernicieuse des passions
D'après saint Basile de Césarée, il n'est point de passion plus pernicieuse que l'envie : elle nuit moins à ceux qu'elle attaque qu'à celui qui l'éprouve, car elle se nourrit du bien et non du mal, et l'envieux trouve en elle comme un bourreau domestique[16].
Le supplice de l'envieux : l'envie ronge d'abord l'envieux
Vient alors l'image qui a traversé les siècles, l'une des plus justes de toute la littérature spirituelle : d'après saint Basile de Césarée, l'envie mine et consume ceux dont elle s'empare comme la rouille ronge le fer — un mal qui ne vient pas du dehors, mais qui naît de la chose même et la consume de l'intérieur[17].
Basile peint l'envieux jusque dans son corps : le visage défait au récit des succès d'autrui. C'est le portrait d'un homme à qui le bonheur des autres est devenu une blessure permanente — un être que rien ne peut rendre heureux, puisque le bonheur existe toujours quelque part.
Le démon, Caïn et Saül : l'envie à l'œuvre
Comme Cyprien, Basile lit l'histoire sainte à la lumière de l'envie, dont il désigne le premier auteur et les premiers disciples : c'est elle qui a poussé le démon à déclarer la guerre à l'homme, et Caïn, premier disciple du démon, en a appris l'envie et le meurtre[18].
Il ajoute l'exemple du roi Saül, qui aima David tant que celui-ci lui fut utile, mais le poursuivit de sa lance dès qu'il entendit les femmes chanter que Saül avait tué ses milliers et David ses dizaines de milliers (1 S 18, 7)[19]. La louange faite à un autre suffit à transformer le bienfaiteur en assassin. L'envie, montre Basile avec Saül, paie les bienfaits par la haine.
L'anatomie de l'envie selon saint Thomas : les « filles » de l'envie
Si l'envie est si redoutable, c'est qu'elle ne reste jamais seule. Saint Thomas, reprenant saint Grégoire le Grand, range l'envie parmi les vices capitaux — c'est-à-dire les vices qui engendrent toute une descendance de péchés. Il en décrit la progression avec une précision presque clinique : du secret de l'âme jusqu'à l'acte qui détruit le prochain.
« De l'envie naissent la haine, la murmuration, la détraction, la joie dans l'adversité du prochain et l'affliction dans sa prospérité. » — d'après Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 36, a. 4[20]
Thomas explique l'ordre de cette généalogie : d'abord l'envieux cherche à abaisser la réputation du prochain, en secret par la murmuration, ouvertement par la détraction ; puis, s'il réussit, il s'en réjouit, et s'il échoue, il s'afflige ; enfin tout cela s'achève dans la haine, car « on finit par haïr celui dont le bien nous attriste sans cesse »[21].
| Fille de l'envie | Mécanisme | Visée |
|---|---|---|
| Murmuration (susurratio) | Dénigrer le prochain en secret, à voix basse | Abaisser sa réputation sans être vu |
| Détraction (detractio) | Médire ouvertement, noircir ses qualités | Détruire publiquement sa gloire |
| Joie de l'adversité | Se réjouir du malheur qui frappe l'autre | Savourer sa chute |
| Affliction de la prospérité | Souffrir de son succès et de son bonheur | Le cœur même de l'envie |
| Haine (odium) | Vouloir le mal du prochain comme tel | Terme et fruit ultime du vice |
Lecture : l'envie n'éclate presque jamais à découvert. Elle commence par un murmure, se cache sous l'apparence de la franchise (« je dis cela pour son bien »), et ne se reconnaît qu'à ses fruits — la satisfaction devant l'échec d'autrui et la morsure devant son succès.
L'envie, fille de l'orgueil et poison de la vie intérieure
Saint Grégoire le Grand : l'envie au service de la « reine des vices »
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), dans ses Morales sur Job, a fixé pour tout le Moyen Âge la liste des sept péchés capitaux : sept vices principaux engendrés directement par l'orgueil, la superbe « reine des vices » — la vaine gloire, l'envie, la colère, la tristesse, l'avarice, la gourmandise et la luxure[22]. L'envie n'est donc pas la fille de la vaine gloire, mais sa sœur : elle y occupe le second rang, juste après la vaine gloire, dans l'armée que la superbe envoie dévaster le cœur.
L'ordre est éclairant : on n'envie que parce qu'on s'aime d'abord soi-même de façon désordonnée. L'orgueil veut l'excellence ; l'envie naît dès qu'un autre semble nous la disputer. C'est pourquoi tout combat sérieux contre l'envie passe par le combat contre l'orgueil, dont on lira le dossier dans Que disent les saints sur le combat contre l'orgueil. Saint Augustin l'avait dit d'un mot : c'est « l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu » qui bâtit la cité de division[23].
La comparaison, racine quotidienne de l'envie
Les maîtres de la vie intérieure ont montré que l'envie ne vient pas tant de ce que nous manquons que de ce que nous comparons. Tant que je regarde Dieu et les dons que j'ai reçus, je rends grâce ; dès que je me compare au voisin, je me trouve lésé. Thomas a Kempis met le doigt sur ce déplacement du regard :
« L'homme humble jouit d'une paix inaltérable ; la colère et l'envie troublent le cœur du superbe. » — Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 7[24]
La paix, ici, n'est pas affaire de circonstances mais de regard. L'humble, qui ne se compare pas, demeure en paix au milieu des succès d'autrui ; l'envieux, toujours mesuré à plus grand que lui, ne connaît jamais le repos. C'est exactement ce que saint Paul demande de fuir : « Ne soyons pas vaniteux : entre nous, pas de provocations, pas d'envie les uns envers les autres » (Ga 5, 26)[25].
L'envie au pied de la Croix
L'Évangile place l'envie à son sommet, là où on l'attendait le moins : ce n'est pas la cupidité ni la cruauté, mais la jalousie des chefs religieux qui livre Jésus. Saint Marc et saint Matthieu le notent expressément, et Pilate lui-même n'est pas dupe.
« Il savait, en effet, que c'était par jalousie qu'on avait livré Jésus. » — Évangile selon saint Matthieu 27, 18 (cf. Mc 15, 10)[26]
La tradition y a vu la révélation suprême du vice : l'envie ne supporte pas la lumière, et finit par vouloir tuer le bien lui-même. « Ils ont haï sans raison » (Jn 15, 25) : l'envie est cette haine sans raison, qui en veut au juste de sa seule justice. Voilà pourquoi les saints l'ont tant redoutée — non comme une mesquinerie, mais comme la passion qui a conduit jusqu'au déicide.
Les armes des saints contre l'envie
Contre un vice si profond, les saints n'opposent pas un effort de volonté qui voudrait « ne plus envier » — ce serait encore se regarder soi-même. Ils opposent un retournement du cœur : passer de la comparaison à la charité, de la possession à la gratitude. À chaque ressort de l'envie correspond une arme précise.
La charité : se réjouir du bien d'autrui
L'arme première et souveraine est la charité, car elle fait exactement le contraire de l'envie : elle se réjouit du bien du prochain comme du sien. Saint Paul l'a dit dans l'hymne le plus célèbre du Nouveau Testament.
« L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil. » — Première lettre aux Corinthiens 13, 4[27]
La charité guérit l'envie par sa racine : elle élargit le cœur jusqu'à faire du bien d'autrui une joie personnelle. C'est le programme que Paul donne ailleurs en une formule : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15)[28]. Tant qu'on se réjouit sincèrement du bonheur d'un autre, l'envie n'a plus de prise : elle ne vit que de tristesse.
L'humilité et la gratitude : « qu'as-tu que tu n'aies reçu ? »
L'envie suppose qu'on croit mériter ce qu'a l'autre. L'humilité la désarme en rappelant que tout est reçu : nul n'a rien qui ne lui ait été donné, et l'on ne peut envier un don sans accuser celui qui l'a fait.
« Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu ? » — Première lettre aux Corinthiens 4, 7[29]
Saint Basile lui-même indiquait ce remède : s'élever par la pensée au-dessus des choses humaines pour comprendre qu'aucun des biens périssables — richesse, beauté, gloire — ne rend vraiment heureux, et qu'il n'y a donc rien là qui vaille de se ronger l'âme[30]. La gratitude est l'antidote quotidien : celui qui rend grâce pour ce qu'il a reçu cesse de mesurer ce qui lui manque. On retrouvera tout ce chemin dans Que disent les saints sur la gratitude et Que disent les saints sur le détachement.
Thérèse de Lisieux : la leçon des fleurs
Aucun saint n'a mieux désarmé l'envie que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897). Enfant, elle s'attristait de n'être pas la plus grande ; elle reçut alors une image qui transforma toute sa vie spirituelle — celle du jardin, où chaque fleur fait la joie de Dieu sans envier les autres.
« Jésus a daigné m'instruire de ce mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature, et j'ai compris que toutes les fleurs créées par lui sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du lis n'enlèvent pas le parfum de la petite violette, n'ôtent rien à la simplicité ravissante de la pâquerette. J'ai compris que, si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes. Ainsi en est-il dans le monde des âmes, ce jardin vivant du Seigneur. Il a trouvé bon de créer les grands saints qui peuvent se comparer aux lis et aux roses ; mais il en a créé aussi de plus petits, lesquels doivent se contenter d'être des pâquerettes ou de simples violettes destinées à réjouir ses regards divins lorsqu'il les abaisse à ses pieds. Plus les fleurs sont heureuses de faire sa volonté, plus elles sont parfaites. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Histoire d'une âme, manuscrit A, f. 2v-3r[31]
Là est le remède le plus profond : l'envie meurt quand on cesse de vouloir être un autre, et qu'on accepte avec joie d'être cette fleur-ci, voulue et aimée telle quelle. La petite violette ne jalouse pas le lys ; elle se réjouit que le jardin de Dieu soit plus beau pour la présence du lys. C'est la charité faite simplicité — et c'est la victoire complète sur l'envie.
Le combat de toute une vie
Au terme, la voix des saints sur l'envie dit une chose constante : ce vice est d'autant plus dangereux qu'il se cache. Personne ne s'avoue envieux ; on se dit lucide, on parle « par souci de la vérité », on se réjouit « pour de bonnes raisons » d'un échec qui nous soulage. L'envie est le péché qui ne dit jamais son nom — et c'est pourquoi le premier combat est de la reconnaître, dans ce petit pincement au récit d'un succès qui n'est pas le nôtre, dans cette satisfaction trouble devant la chute d'un rival.
Mais cette lucidité n'est pas un désespoir : c'est le seuil de la guérison. Car le remède est à portée de main, et il est joyeux. Il ne s'agit pas de s'arracher l'envie par force — ce serait encore se regarder — mais de regarder ailleurs : Dieu, de qui tout est reçu ; le prochain, dont le bien peut devenir ma joie. « L'amour ne jalouse pas » : tout est là. Là où l'envie dessèche, la charité dilate ; là où l'envie isole, elle réunit. Le saint n'est pas celui qui n'a jamais senti la morsure de l'envie, mais celui qui, l'ayant sentie, a choisi de se réjouir quand même — et qui, peu à peu, a fait du bonheur des autres son propre bonheur. C'est le plus court chemin pour sortir de la prison de soi : non plus envier, mais bénir.
Pour aller plus loin
- Que disent les saints sur le combat contre l'orgueil — la racine de l'envie : on n'envie que parce qu'on s'aime d'abord soi-même de façon désordonnée.
- Que disent les saints sur la gratitude — l'antidote quotidien : rendre grâce pour ce qu'on a reçu au lieu de mesurer ce qui manque.
- Que disent les saints sur le détachement — se détacher des biens périssables qui nourrissent la comparaison et l'envie.
- Que disent les saints sur la justice — rendre à chacun son dû et se réjouir du bien commun, contre la murmuration et la détraction.
- Que disent les saints sur le combat contre la colère — la sœur de l'envie, qui en est souvent le débordement extérieur.
- Que disent les saints sur le combat contre l'avarice — un autre vice de la possession, où la comparaison enflamme la cupidité (saint Cyprien).
Notes et références
Saint Cyprien de Carthage, Lettre 58, 5 (aux Thibaritains, exhortation au martyre, vers 257 ; Ep. LV dans la numérotation des Ante-Nicene Fathers) : « Abel iustum qui initiavit martyria dum propter iustitiam primus occiditur » — « Abel le juste, qui inaugura les martyres, mis à mort le premier à cause de la justice ». Numéro, paragraphe et sens vérifiés (trad. anglaise Wallis, ANF05, § 5 : « imitate righteous Abel, who initiated martyrdoms, he first being slain for righteousness' sake »). Éd. CCSL 3C.
1Livre de la Sagesse 2, 23-24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. » La Vulgate porte : « invidia autem diaboli mors introivit in orbem terrarum » (Sg 2, 24). Verset fondateur de toute la lecture chrétienne de l'envie comme vice diabolique. Texte sur aelf.org ; Vulgate sur biblestudytools.com.
2Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 36 (De invidia), a. 1 : « invidia secundum rationem proprii obiecti est tristitia de bono alterius » — l'envie est une tristesse du bien d'autrui en tant qu'il est estimé diminuer notre propre bien ou notre gloire. Thomas y distingue l'envie du zèle (zelus), qui désire un bien sans s'attrister de le voir chez autrui. Éd. Summa Theologiae, Éditions du Cerf ; trad. fr. sur docteurangelique.free.fr.
3 4Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 36, a. 3 : l'envie, « par son genre » (ex suo genere), est un péché mortel, car elle s'oppose directement à la charité, par laquelle nous nous réjouissons du bien du prochain ; mais elle peut rester péché véniel quand elle demeure au stade du premier mouvement ou que la raison n'y consent pas pleinement.
5 6Saint Cyprien de Carthage (v. 200-258), évêque et martyr, De zelo et livore (La Jalousie et l'Envie), traité en 18 chapitres composé vers 252. Édition critique : M. Poirier, Cyprien de Carthage, La jalousie et l'envie, coll. Sources Chrétiennes 519, Éditions du Cerf, 2008. Traduction française ancienne disponible sur les recueils patristiques en ligne.
7Saint Cyprien, De la jalousie et de l'envie, ch. 6. Paraphrase de sens attesté : l'envie est la racine de tous les maux — source de calamités, pépinière de crimes —, d'où naissent haine et animosité et s'enflamme la cupidité, quand on ne sait plus se contenter de son bien en voyant un autre plus riche ; c'est elle qui rompt la paix et blesse la charité fraternelle. Sens contrôlé sur la trad. anglaise Wallis (Ante-Nicene Fathers 05, traité X, ch. 6). Éd. critique : M. Poirier, Cyprien de Carthage, La jalousie et l'envie, coll. Sources Chrétiennes 519 (Cerf, 2008) ; texte latin : CCSL 3A.
8Saint Cyprien, De la jalousie et de l'envie, ch. 4. Paraphrase de sens attesté : le diable, déchu de sa gloire, ne supporta pas que l'homme fût appelé à la place qu'il avait perdue ; perdu le premier par l'envie, il a perdu l'homme par l'envie — captif avant de rendre captif, ruiné avant de ruiner. Sens contrôlé sur la trad. anglaise Wallis (Ante-Nicene Fathers 05, traité X, ch. 4). Reprise de Sg 2, 24 et Gn 3.
9Saint Cyprien, De la jalousie et de l'envie, ch. 5 : « Hinc denique novae fraternitatis prima odia, hinc parricidia nefanda coeperunt, dum Abel iustum Cain zelat iniustus, dum bonum malus invidia et livore persequitur » (CCSL 3A, p. 77 ; SC 519) — les premières haines fraternelles naissent quand Caïn, injuste, jalouse Abel le juste. Latin, lieu et sens vérifiés (trad. anglaise Wallis, ANF05, ch. 5 : « the unrighteous Cain is jealous of the righteous Abel »). Cyprien fait de Caïn le type même de l'envieux conduit au meurtre (cf. Gn 4 ; 1 Jn 3, 12).
10Livre de la Genèse 4, 6-7, traduction liturgique officielle (AELF) : avertissement de Dieu à Caïn avant le meurtre d'Abel : « le péché est tapi à ta porte : il est avide de toi, mais à toi de le dominer. » Texte médité par les Pères comme la première description de la tentation d'envie. Cf. Gn 4, 8 (le meurtre) ; commentaire en 1 Jn 3, 12 : « Caïn était du Mauvais et il égorgea son frère. »
11Saint Cyprien, De la jalousie et de l'envie, ch. 5 : « Et quod Ioseph fratres sui uendiderunt, causa uendendi de aemulatione descendit : postquam id quod sibi in uisionibus prosperum fuerat ostensum simpliciter ut fratribus frater exposuit, in inuidiam maliuolus animus erupit » (CCSL 3A, p. 77 ; SC 519) — la vente de Joseph par ses frères vint de la rivalité jalouse née de ses songes. Cf. Gn 37.
12Saint Basile de Césarée, Homélie sur l'envie (trad. abbé Auger, texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : c'est l'envie de ses frères qui a réduit Joseph en servitude — et la Providence fit aboutir à leur fin les voies mêmes prises pour empêcher ses desseins. Cf. Gn 37.
13Saint Cyprien, De la jalousie et de l'envie, ch. 7 et 9. Paraphrase de sens attesté : l'envie y est décrite comme un ver qui ronge l'âme, une peste de la pensée, une rouille du cœur (ch. 7), et l'envieux comme n'ayant pas de pire ennemi que lui-même — il est le premier supplicié de son propre vice, son ennemi est toujours dans son propre sein, il ne peut se fuir lui-même (ch. 9). Sens contrôlé sur la trad. anglaise Wallis (ANF05, ch. 7 et 9).
14Saint Basile de Césarée (v. 330-379), Père et docteur de l'Église, Homélie sur l'envie (Peri phthonou, Homélie XI), PG 31, 372-385 ; trad. française de l'abbé Auger (texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : l'envie y est définie comme une douleur conçue de la prospérité d'autrui, dont l'envieux n'est jamais exempt — champ fertile du voisin, maison pleine de biens, vie douce et commode : tous ces avantages le désolent et entretiennent sa maladie.
15Saint Basile de Césarée, Homélie sur l'envie (trad. abbé Auger, texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : nulle passion plus pernicieuse que l'envie, qui nuit moins à ceux qu'elle attaque qu'à celui qui l'éprouve — l'envieux trouve en elle comme un bourreau domestique. Basile range l'envie au-dessus de tous les vices parce qu'elle se nourrit du bien et frappe d'abord l'envieux.
16Saint Basile de Césarée, Homélie sur l'envie (trad. abbé Auger, texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : l'envie mine et consume ceux dont elle s'empare comme la rouille ronge le fer, et dévore l'âme qui lui donne entrée. Image devenue classique de l'auto-destruction de l'envieux.
17Saint Basile de Césarée, Homélie sur l'envie (trad. abbé Auger, texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : c'est l'envie qui a poussé le démon à déclarer la guerre à l'homme, et Caïn, premier disciple du démon, en a appris l'envie et le meurtre. Basile lit l'histoire sainte comme une suite des ravages de l'envie.
18Saint Basile de Césarée, Homélie sur l'envie (trad. abbé Auger, texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : exemple du roi Saül, qui poursuivit David de sa lance après avoir entendu les jeunes filles chanter ses milliers contre les dizaines de milliers de David (1 S 18, 7) ; Basile montre comment l'envie paie les bienfaits par la haine. Cf. 1 S 18, 8-9.
19Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 36, a. 4 : l'envie est un vice capital ; ses « filles » sont la haine (odium), la murmuration (susurratio), la détraction (detractio), la joie dans l'adversité du prochain et l'affliction dans sa prospérité. Thomas reprend la liste de saint Grégoire le Grand, Morales sur Job, XXXI, 45.
20 21Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), Morales sur Job (Moralia in Iob), XXXI, 45 : de la superbe, « reine des vices », procèdent directement les sept vices principaux (septem principalia vitia) — vaine gloire, envie, colère, tristesse, avarice, gourmandise, luxure. L'envie y est donc la sœur de la vaine gloire, non sa fille. La liste est reprise par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 84, a. 4 (« vainglory, envy, anger, sloth, covetousness, gluttony, lust »). Éd. Sources Chrétiennes (SC 525, Cerf, livres XXX-XXXII).
22Saint Augustin (354-430), La Cité de Dieu, XIV, 28 : « Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet amor sui usque ad contemptum Dei, caelestem vero amor Dei usque ad contemptum sui. » — l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu fonde la cité de division, dont l'envie est l'un des fruits. Éd. Bibliothèque augustinienne (Institut d'Études augustiniennes).
23Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 7, 3 : « L'homme humble jouit d'une paix inaltérable ; la colère et l'envie troublent le cœur du superbe. » Libellé vérifié mot à mot sur la traduction Lamennais (éd. Pages, 1890, via Wikisource). L'envie y est présentée comme un fruit de l'orgueil et un ennemi de la paix intérieure.
24Lettre aux Galates 5, 26, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne soyons pas vaniteux : entre nous, pas de provocations, pas d'envie les uns envers les autres. » L'envie figure aussi dans la liste des « œuvres de la chair » en Ga 5, 19-21 (« jalousies, animosités, rivalités... envies »).
25Évangile selon saint Matthieu 27, 18, traduction liturgique officielle (AELF) : « Il savait, en effet, que c'était par jalousie qu'on avait livré Jésus. » Le parallèle de Marc 15, 10 porte la même notation (grec dia phthonon, Vulgate per invidiam). Cf. Jn 15, 25 : « Ils m'ont haï sans raison. »
26Première lettre aux Corinthiens 13, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil. » Le grec hè agapè ou zèloi (la Vulgate : caritas non aemulatur) désigne précisément l'absence d'envie : la charité est l'exact contraire de l'invidia.
27Lettre aux Romains 12, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. » Programme positif de la charité fraternelle, exact contraire de l'envie qui s'attriste du bonheur d'autrui.
28Première lettre aux Corinthiens 4, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu ? » Verset clé de l'humilité : nul ne peut envier un don sans en accuser le Donateur.
29Saint Basile de Césarée, Homélie sur l'envie, conclusion (trad. abbé Auger, texte en ligne sur remacle.org). Paraphrase de sens attesté : le remède est de s'élever au-dessus des choses humaines et de comprendre qu'aucun des biens périssables — richesse, beauté, honneurs — ne rend vraiment heureux ; il n'y a donc rien là qui mérite de se consumer l'âme. Aspirer plutôt aux biens véritables et impérissables.
30Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), docteur de l'Église, Histoire d'une âme, passage d'ouverture du manuscrit A (f. 2v-3r) : la leçon des fleurs — chaque âme reçoit sa place et sa beauté dans le jardin de Dieu. Verbatim recollé mot à mot sur l'Histoire d'une âme, éd. de 1912, premier chapitre du récit (transcription relue sur scan, Wikisource « Histoire d'une âme/1/1 »). Cœur de la « petite voie » qui désarme la comparaison et l'envie.
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