Zachée (Ier siècle)

Zachée, le chef des collecteurs d'impôts de Jéricho monté sur un sycomore pour voir Jésus : la rencontre de Luc 19, la promesse de rendre au quadruple, le salut entré dans sa maison, et ce que l'Église sait de lui, de Césarée à Rocamadour.

Ignispedia

Zachée est le chef des collecteurs d'impôts de Jéricho qui grimpa sur un sycomore pour voir Jésus : un homme riche et méprisé, petit de taille, que la foule empêche d'approcher et que le Seigneur appelle par son nom, puis invite chez lui sans y être invité. Dix versets, dans le seul évangile de Luc, racontent la scène la plus vive de toute la montée vers Jérusalem : un notable qui court, un arbre escaladé, une joie immédiate, un murmure scandalisé, une promesse qui coûte la moitié d'une fortune, et la parole qui scelle tout, que le salut est entré dans cette maison, car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Son nom même sonne comme une ironie de l'histoire : en araméen, il veut dire pur et juste, et il désigne le patron des péagers d'une ville de douane[1]. L'Église le tient pour une personne qui a vécu, honorée comme premier évêque de Césarée de Palestine, fêtée le 20 avril par les Églises d'Orient, commentée par Clément d'Alexandrie, Ambroise, Cyrille, Jérôme, Bède et les papes, peinte par Tissot, et proclamée chaque année au trente et unième dimanche du temps ordinaire.

Cet article le présente comme personnage de la Bible reçue par l'Église : sa place dans le canon lucanien, l'auteur et la datation traditionnels de l'évangile qui le raconte, la ville, le métier et l'arbre qui l'encadrent, la rencontre verset par verset, sa théologie de la réparation, sa mémoire dans la tradition ancienne, sa présence dans la liturgie, puis, en fin de parcours, le débat avec l'exégèse moderne. Le dossier détaillé du troisième évangile se lit dans L'Évangile selon saint Luc, la vie de son auteur dans saint Luc l'Évangéliste : on ne les redouble pas ici, on y renvoie.

Zachée dans le canon des Écritures

Un récit propre à Luc

Zachée n'apparaît ni dans Matthieu, ni dans Marc, ni dans Jean, ni dans les Actes, ni dans les épîtres : les dix versets de sa rencontre appartiennent au seul évangile selon saint Luc, et à lui seul[2]. Ce n'est pas une anomalie : Luc garde en propre tout un trésor de récits que les autres n'ont pas retenus, le bon Samaritain, le fils prodigue, la drachme perdue, le pharisien et le publicain au Temple, et c'est dans cette veine, celle des perdus retrouvés et des riches appelés, que Zachée prend place. Le tableau ci-dessous découpe la scène en six moments, pour fixer le dossier avant tout commentaire.

MomentVersetsCe que le récit apporte
L'homme et la villeLc 19, 1-2Jésus traverse Jéricho, Zachée, chef des collecteurs d'impôts, riche
Le désir et l'obstacleLc 19, 3-4Il veut voir Jésus, la foule et sa petite taille l'en empêchent, il grimpe sur un sycomore
L'appel par son nomLc 19, 5-6Jésus lève les yeux, l'appelle, s'invite chez lui, Zachée descend vite et reçoit avec joie
Le murmureLc 19, 7Tous récriminent : il loge chez un pécheur
La promesseLc 19, 8La moitié aux pauvres, le quadruple en réparation
La sentenceLc 19, 9-10Le salut dans cette maison, fils d'Abraham, chercher et sauver ce qui était perdu

Aucun des six moments ne fonctionne seul : le désir donne l'arbre, l'arbre donne l'appel, l'appel donne la joie, la joie donne la promesse, et la promesse reçoit la sentence. C'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait de Zachée le converti de la dernière montée, à quelques jours de la Passion, sur la route qui mène de Jéricho à Jérusalem.

L'évangile qui le raconte : auteur et datation reçus

L'Église reçoit le troisième évangile comme l'œuvre de saint Luc, le médecin d'Antioche, compagnon de saint Paul, écrivant après avoir tout suivi avec exactitude depuis les origines, comme il le dit lui-même dans son prologue. Le témoin le plus ancien est saint Irénée, vers 180 : Luc, compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile prêché par celui-ci[3].

« Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile prêché par celui-ci. »

Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[4]

Les relais anciens se succèdent sans rupture : le fragment de Muratori, vers la fin du IIe siècle, présente Luc comme le troisième évangéliste, médecin et compagnon de Paul, qui écrivit d'après ce qu'il avait entendu sans avoir vu lui-même le Seigneur dans la chair[5] ; Tertullien, défendant cet évangile contre Marcion qui voulait se l'annexer, rappelle qu'il est l'œuvre du disciple de Paul[6] ; Eusèbe résume la tradition, Luc, Antiochien de naissance, médecin de profession, compagnon de Paul[7]. Le papyrus Bodmer XIV-XV, dit P75, copié vers 175-225 et conservé à Cologny, contient déjà Luc et Jean ensemble : le texte circulait, copié avec soin, moins d'un siècle et demi après les faits[8].

La datation traditionnelle, les années 62-63, à la fin de la captivité de Paul à Rome, reste donc défendable sans acrobatie : elle cadre avec la fin des Actes, qui s'arrêtent sur Paul prêchant librement à Rome sans raconter ni sa mort ni la ruine de Jérusalem, et avec la vie du compagnon de l'Apôtre. Le vrai débat moderne porte sur cette date, pas sur les faits racontés, et il est traité en fin d'article. Pour le dossier complet du livre, voir L'Évangile selon saint Luc.

Jéricho, les publicains et le sycomore

La ville des palmiers, du baume et des douanes

Jéricho s'appelle dans l'Écriture la ville des palmiers, oasis du Jourdain où Moïse contempla la Terre promise[9]. Flavius Josèphe décrit sa plaine plantée de palmiers et de baumiers, parfum le plus précieux de l'Orient, et les fouilles de la Jéricho hérodienne, au sud-ouest du vieux tell, ont dégagé les palais d'hiver, les piscines et les jardins qui en faisaient une résidence royale[10][11]. La ville se trouve sur la route qui monte du Jourdain à Jérusalem, à une journée de marche du Temple : tout voyageur qui monte à la Pâque y passe, tout commerce qui entre en Judée y paie, et c'est pour garder ce péage qu'on y poste des collecteurs.

Le poste valait de l'or. Jéricho concentrait le baume, les dattes, les caravanes venues de l'est par le gué du Jourdain, et les pèlerins qui montaient à Jérusalem[12]. Un chef des collecteurs installé là tenait l'un des bureaux les plus rentables de Judée, à l'image des fermiers généraux qui levaient l'impôt pour Rome en s'enrichissant au passage. Quand Luc écrit que Zachée est riche, il ne fait pas de la psychologie : il décrit un poste.

Chef des publicains : un titre, un nom, une réputation

Le mot grec est un hapax du Nouveau Testament : architelônès, chef des publicains, ne se lit nulle part ailleurs dans l'Écriture[13]. Zachée n'est pas un simple guichetier : il dirige le bureau, afferme les taxes, emploie des subalternes, et sa fortune vient de la marge qu'il prélevait sur chaque perception. Benoît XVI résumait le dossier en une phrase, lors de l'angélus consacré à la scène : les publicains percevaient les impôts dus à l'empereur romain, et ils profitaient souvent de leur position pour extorquer de l'argent, c'est pourquoi Zachée était très riche, mais méprisé de ses concitoyens[14].

Son nom même redouble le contraste : Zachée transcrit l'araméen zakkay, qui veut dire pur, innocent, juste[15]. Le pur s'appelle le corrompu, le juste dirige le péage, et l'ironie du nom prépare le retournement du récit, car l'homme finira par honorer ce que son nom annonçait. Les contemporains, eux, ne voyaient que le métier : collaborateur de l'occupant, pressureur des pauvres, pécheur public, exclu des honneurs et de la confiance. C'est à cet homme-là que Jésus va demander l'hospitalité.

Petit de taille sur un sycomore

Luc note le détail physique avec une précision de témoin : il était petit de taille, littéralement petit quant à la stature, et la foule l'empêchait de voir[16]. Quelques commentateurs ont proposé d'entendre un jeune âge plutôt qu'une petite taille, mais la suite tranche en faveur du sens obvie : c'est parce qu'il est petit qu'il doit grimper, et tout le comique sacré de la scène, un notable qui court et qui monte à un arbre, tient à ce corps qui ne passe pas.

« Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. »

Évangile selon saint Luc, 19, 3-4[17]

Le sycomore, le figuier sycomore aux branches basses et largement étalées, est l'arbre des pauvres : son fruit nourrit les humbles, et le prophète Amos gardait les troupeaux et piquait les sycomores avant que Dieu ne l'envoie[18]. Grimper là, pour un chef de bureau en riche manteau, c'est accepter le ridicule devant toute la ville : courir en avant, se hisser aux branches, se mettre en vue au-dessus de la foule qui le méprise. Le désir de voir l'a emporté sur la dignité du rang, et c'est ce désir nu, sans calcul, que Jésus va récompenser au-delà de toute demande.

La rencontre verset par verset

Zachée, descends vite : l'invitation sans invitation

Jésus arrive à l'arbre, lève les yeux, et appelle l'homme par son nom. Personne ne les a présentés, Zachée n'a rien demandé, et le premier mot du Seigneur est un ordre pressé doublé d'une nécessité : descends vite, car aujourd'hui il faut que je demeure dans ta maison[19]. Le verbe grec dit la hâte, speusas, et le il faut, dei, dit la mission divine, le même il faut qui traverse tout Luc quand Dieu agit : il fallait qu'il soit chez son Père, il faut qu'il annonce le Royaume, il faut que le Fils de l'homme souffre[20]. Ce n'est pas une politesse de passage : c'est le Ciel qui se donne rendez-vous chez un péager.

« Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison. Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. »

Évangile selon saint Luc, 19, 5-6[21]

Deux regards se croisent, et le premier est celui de Jésus : il lève les yeux vers la branche, il connaît le nom de l'homme perché, il s'invite sans attendre d'être invité. Saint Ambroise relevait la leçon : sans y être invité, il s'invite lui-même dans la maison, car il savait déjà de quelle richesse il récompenserait l'hospitalité, et bien qu'il n'eût pas encore entendu la parole d'invitation, il avait déjà vu la volonté[22]. Tite de Bostra ajoute que Zachée ne demandait que de voir, et que Celui qui peut faire au-delà de ce qu'on demande lui accorda bien plus que son attente[23]. Zachée descend vite, et reçoit avec joie : l'obéissance est immédiate, la joie est le premier fruit.

La joie et le murmure

La joie de l'hôte fait scandale. Tous récriminent, dit Luc, avec le verbe des murmures du désert : diegongyzon, le même qui grondait contre Moïse pour la manne, contre Jésus qui mangeait avec les publicains, contre le père qui accueille le fils prodigue[24]. La foule qui barrait le chemin au petit homme barre maintenant le salut au pécheur : il est allé loger chez un homme qui est un pécheur, et la phrase claque comme une sentence[25]. Le reproche vise Jésus autant que Zachée : un maître qui se respecte ne s'attable pas avec l'argent sale.

Le Pseudo-Chrysostome, recueilli par la Chaîne d'or, répondait d'avance : l'innocent fréquente le coupable, la fontaine de justice touche la cupidité, et comme le médecin ne guérit pas sans se salir les mains, le Seigneur supporte l'infection pour apporter le remède[26]. Ceux qui mordent par leurs reproches, dit-il encore, jettent le discrédit sur l'œuvre au lieu de voir que le publicain fut converti et mena une vie meilleure. Le murmure prouve une chose : personne n'attendait rien de bon de cette maison, et c'est dans cette maison condamnée que le salut va entrer.

La promesse : la moitié aux pauvres, le quadruple en réparation

Debout, Zachée s'adresse au Seigneur. Le verbe dit la solennité : il se lève, il parle en public, devant les récriminateurs, et sa phrase tient en deux engagements qui vident sa fortune[27].

« Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

Zachée au Seigneur, Évangile selon saint Luc, 19, 8[28]

Les temps sont au présent : je donne, je rends. Théophylacte d'Ohrid y voit la marque de l'acte, non du projet : il ne dit pas je donnerai, il dit je donne, et si l'on calcule bien, après la moitié donnée aux pauvres, le quadruple rendu aux lésés sur le reste ne laisse presque plus rien de son bien propre[29]. Le Pseudo-Chrysostome admire la science sans école : sans avoir appris, il obéit, et comme le soleil éclaire une maison par son œuvre et non par sa parole, le Sauveur a mis en fuite les ténèbres du péché par les rayons de sa justice[30]. Surtout, Zachée n'attend pas le jugement de la Loi : il se fait lui-même son propre juge, et devance la sentence par la réparation.

Car le quadruple n'est pas un chiffre de rhétorique : c'est la réparation prescrite par la Loi. Qui vole un bœuf rend cinq bœufs, qui vole une brebis en rend quatre, dit l'Exode, et Nathan impose à David, pour la brebis du pauvre, de la rendre au quadruple[31][32]. Le tableau ci-dessous montre que Zachée applique à la lettre la justice de Moïse, puis la dépasse par l'aumône.

TexteCasRéparation
Ex 22, 1Vol d'un bœuf ou d'une brebisCinq bœufs pour un bœuf, quatre brebis pour une brebis
2 S 12, 6Nathan juge David pour la brebis du pauvreRendre la brebis au quadruple
Lc 19, 8Zachée, de lui-même, devant témoinsRendre quatre fois plus tout tort causé, plus la moitié aux pauvres

Fils d'Abraham

Jésus répond par une sentence qui retourne le murmure : aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham[33]. Lui aussi : le aussi vise les récriminateurs qui l'excluaient de la descendance. Bède lit le titre comme une adoption par imitation : Zachée est appelé fils d'Abraham non parce qu'il naquit de sa race, mais parce qu'il imite sa foi, et de même qu'Abraham quitta son pays et la maison de son père, lui abandonna tous ses biens en les donnant aux pauvres[34]. Théophylacte précise le temps : il ne dit pas qu'il était fils d'Abraham, mais qu'il l'est maintenant, car avant, chef des publicains sans ressemblance avec le juste Abraham, il ne l'était pas[35].

Le mot maison déborde l'homme : le salut entre sous un toit, pour les serviteurs, les enfants, les hôtes, comme autrefois l'arche gardait toute une famille ou la Pâque couvrait toute une maisonnée[36]. Celui que la foule appelait le pécheur reçoit le plus vieux titre d'Israël, et la foule apprend que la descendance d'Abraham ne se prouve pas par le mépris des perdus, mais par la foi qui donne.

Chercher et sauver ce qui était perdu

La dernière parole est le programme de tout l'évangile : le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu[37]. Le verbe chercher renvoie à la brebis perdue qu'Ézéchiel promettait de ramener : ce qui est perdu, je le chercherai, disait le Seigneur par le prophète, et Luc accomplit l'oracle dans les rues de Jéricho[38]. Toute la troisième partie de Luc converge ici : la brebis, la drachme, le fils, puis le péager, quatre perdus, quatre retrouvés, et le dernier retrouvé paie de sa fortune.

« Alors Jésus dit à son sujet : Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Évangile selon saint Luc, 19, 9-10[39]

Cyrille d'Alexandrie voyait dans la foule l'image du tumulte ignorant qui ne peut voir le sommet de la sagesse : tant que Zachée restait dans la presse, il ne voyait pas le Christ, et c'est en s'élevant au-dessus de l'ignorance commune qu'il fut jugé digne de recevoir Celui qu'il désirait contempler[40]. Monter sur l'arbre, c'était déjà sortir de la foule ; descendre vite, c'était entrer dans le salut.

Conversion et réparation : la théologie de Zachée

La restitution, condition du pardon

Zachée ne se contente pas de regretter : il rend. C'est toute la doctrine catholique de la réparation, et l'Église l'a formulée dans les termes les plus nets : en vertu de la justice, la réparation de l'injustice commise exige la restitution du bien dérobé à son propriétaire, et le Catéchisme rappelle que le septième commandement oblige à cette restitution[41]. Saint Thomas en fait un traité entier, et reprend la sentence de saint Augustin à Macedonius : le péché n'est pas remis si le bien enlevé n'est pas restitué quand on le peut[42].

La scène de Jéricho est l'Évangile de cette doctrine en acte. Zachée ne demande pas d'abord le pardon : il commence par payer, et c'est après la promesse de réparation que Jésus proclame le salut. L'ordre compte : la miséricorde est première, elle entre sans qu'on l'invite, mais elle ne dispense pas de rendre, elle donne la force de rendre. Tite de Bostra notait que la semence du salut avait germé dès le désir de voir, et que nul qui voit Jésus ne peut demeurer dans le mal[43]. Voir, descendre, rendre : trois verbes pour une seule conversion.

Le riche sauvé

Zachée arrive dans le récit juste après deux scènes qui fermaient toutes les portes aux riches : le notable qui s'en va triste parce qu'il avait de grands biens, et la parole du chameau qui passe plus aisément par le trou d'une aiguille qu'un riche n'entre dans le Royaume[44]. Puis vient l'aveugle de Jéricho qui recouvre la vue au bord du chemin, et aussitôt Zachée qui monte à l'arbre[45]. La séquence est voulue : après l'impossible, le possible, après le riche qui refuse, le riche qui donne, après l'aveugle guéri, le voyant converti.

Bède applique ici même l'image du chameau : voici le chameau déchargé de sa bosse qui passe par le trou de l'aiguille, le riche et le publicain qui abandonne l'amour des richesses et prend en dégoût ses gains malhonnêtes, et reçoit la bénédiction de la compagnie du Seigneur[46]. Saint Ambroise en tirait la règle d'or : que les riches apprennent que la faute ne s'attache pas aux biens eux-mêmes, mais à ceux qui ne savent pas s'en servir, car les richesses, qui sont des obstacles à la vertu chez les indignes, deviennent des moyens de l'avancer chez les bons[47]. Saint Jérôme, cité par Benoît XVI, tranche d'un mot : il a donné sa richesse, et il l'a aussitôt remplacée par la richesse du Royaume des cieux[48].

« Pour les sots, les richesses alimentent la malhonnêteté, pour les sages au contraire, elles aident à la vertu : à ceux-ci, elles offrent une occasion de salut, aux autres un obstacle qui les perd. »

Saint Maxime de Turin, Sermons, 95, cité par Benoît XVI[49]

Aujourd'hui : le mot de Luc pour le salut

Trois fois dans l'évangile, Luc fait sonner le même aujourd'hui : aujourd'hui vous est né un Sauveur, aujourd'hui cette Écriture s'accomplit, aujourd'hui le salut est entré dans cette maison, et sur la croix, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis[50]. Le mot dit que le salut ne se remet pas : il arrive, il entre, il demeure, le jour même où on l'accueille. Zachée reçoit Jésus aujourd'hui, rend aujourd'hui, est sauvé aujourd'hui, et le bon larron, autre converti lucanien de la dernière heure, entendra le même mot au même moment du récit, quand il n'y aura plus d'arbre où monter, mais une croix où mourir. Les deux dossiers se répondent et ne se redoublent pas.

La mémoire chrétienne : Césarée, les Pères et les images

Premier évêque de Césarée de Palestine

La tradition la plus ancienne fait de Zachée autre chose qu'un converti d'un jour : un pasteur. Les Constitutions apostoliques, recueil de discipline ecclésiale du IVe siècle, énumèrent les premiers évêques ordonnés par les apôtres, et pour Césarée de Palestine, le premier nom est le sien[51].

« De Césarée de Palestine, le premier fut Zachée, qui avait été publicain ; après lui vint Cornélius, et le troisième Théophile. »

Constitutions apostoliques, VII, 46[52]

Deux précisions s'imposent. D'abord, ce recueil n'est pas des apôtres : compilation du IVe siècle, il vaut comme témoin de la mémoire des Églises, non comme procès-verbal d'ordination[53]. Ensuite, il ne prouve pas à lui seul que le publicain de Jéricho gouverna Césarée : il prouve que les Églises du IVe siècle le croyaient, et qu'elles unissaient dans le même homme le converti de Luc et le pasteur de la côte. C'est beaucoup : une mémoire si précoce ne s'invente pas sur un inconnu, et l'homme qui partagea sa fortune avec les pauvres avait le profil des premiers pasteurs.

Clément d'Alexandrie : Zachée ou Matthieu

Un témoin plus ancien encore, Clément d'Alexandrie, vers 200, rapporte une tradition qui rapproche Zachée d'un autre publicain célèbre : Matthieu, l'apôtre évangéliste, lui aussi passé par le bureau des taxes[54].

« Il est dit que Zachée, ou selon certains Matthieu, le chef des publicains, entendant que le Seigneur avait daigné venir chez lui, dit : Seigneur, si j'ai pris quelque chose par fausse accusation, je le rends au quadruple. »

Clément d'Alexandrie, Stromates, IV, 6[55]

Clément écrit architelônès, chef des publicains, le même titre rare que Luc donne à Zachée, et il l'applique dans la même phrase aux deux noms[56]. Faut-il comprendre que certains identifiaient les deux hommes, le collecteur de Capharnaüm devenu apôtre et celui de Jéricho devenu évêque, ou seulement que la même tradition de restitution circulait pour les deux. Le texte tranche en faveur du rapprochement : dès la fin du IIe siècle, Zachée appartient à la mémoire vivante, cité comme l'exemple du riche sauvé par le choix, non par les dons, car le Christ, dit Clément, juge un riche non à ses cadeaux, mais à sa décision.

Le 20 avril et le 23 août

Les Églises d'Orient fêtent Zachée le 20 avril, comme apôtre des soixante-dix et évêque de Césarée, celui que Jésus fit descendre du sycomore[57]. Les Coptes gardent la même date, et le relevé franciscain des chrétiens de Terre sainte note que le Martyrologe romain le commémore au 23 août[58]. L'Occident latin ne lui a pas donné de messe propre au calendrier général : sa mémoire est portée par le Martyrologe, lue à l'office, et par les Églises orientales qui n'ont jamais cessé de le chanter. Un converti d'un jour n'obtient pas deux dates dans les calendriers : il faut pour cela qu'une Église entière l'ait regardé comme un père.

Amadour de Rocamadour : la légende du Quercy

Une tradition locale du Quercy conduit Zachée jusqu'en Gaule : chassé de Palestine par la persécution avec son épouse Véronique, celle qui essuya la face du Christ, il aurait abordé en Aquitaine, évangélisé le Sud-Ouest, puis fini ermite au rocher qui devint Rocamadour, sous le nom d'Amator, Amadour[59]. En 1166, on découvrit devant la chapelle de la Vierge un corps intact, présenté comme le sien, et le sanctuaire devint l'un des grands pèlerinages de France.

Le degré d'autorité est ici le plus bas : légende tardive, sans témoin ancien, mêlant deux figures que l'Écriture ne marie jamais, Zachée le péager et Véronique la femme de l'Évangile[60]. L'article la rapporte parce qu'elle existe et qu'elle a fait prier des foules, non parce qu'elle prouve : Rocamadour éclaire la dévotion, seules les sources anciennes fondent l'histoire. Le lecteur qui montera au sanctuaire saura ce qu'il y vénère, une mémoire pieuse, non un dossier.

Les Pères : Ambroise, Cyrille, Bède

Aucun Père ne doute de l'historicité de l'homme : tous commentent la scène comme un fait vécu, riche d'enseignement. Saint Ambroise, dans son Exposition de Luc, ouvre le dossier par l'espérance : le chef des publicains est introduit à propos, car qui désespérera désormais de soi, quand parvient à la grâce celui qui vivait de fraude, et il est riche de surcroît, pour qu'on sache que tous les riches ne sont pas avares[61]. Le même Ambroise s'étonne du détail de la taille : que veut dire l'évangéliste en décrivant sa stature, et celle d'aucun autre, sinon qu'il était jeune dans le mal, ou encore faible dans la foi, car il n'était pas encore prosterné dans le péché, celui qui pouvait grimper[62].

Saint Cyrille note la promptitude : Zachée ne mit aucun retard à agir, et fut jugé digne de la faveur de Dieu, qui rend la vue aux aveugles et appelle ceux qui sont loin[63]. Bède déploie le sens mystique : Zachée, ce qui s'interprète justifié, désigne les croyants venus des nations, abaissés par les occupations du monde, sanctifiés par Dieu, désireux de voir le Sauveur entrer à Jéricho pour partager la foi qu'il apportait au monde[64]. Trois lectures, quatre siècles, une même certitude : Zachée a existé, il est monté, il a entendu, il a rendu.

Dans l'art : Tissot et le sycomore de Jéricho

Les peintres ont retenu le moment suspendu : l'homme dans l'arbre, le regard levé. James Tissot, pour sa Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, a fixé la scène en aquarelle, Zachée dans le sycomore attendant le passage de Jésus, œuvre aujourd'hui au musée de Brooklyn[65]. Vitraux, retables et enluminures déclinent le motif dans toute l'Europe, chaque fois le même contraste, le riche en haut, le Saint en bas qui lève les yeux. Et à Jéricho même, la piété des lieux montre un sycomore : face au domaine franciscain, sur la route du tell, une église grecque orthodoxe garde l'arbre de la tradition, tombé depuis 1967 mais replanté de ses rejets[66]. L'arbre passe, le récit demeure.

Zachée dans la prière de l'Église

Le trente et unième dimanche du temps ordinaire

Chaque année, le trente et unième dimanche du temps ordinaire de l'année C, l'Église proclame l'évangile de Zachée à la messe[67]. C'est à cette occasion que Benoît XVI commenta la scène place Saint-Pierre, rappelant que Luc réserve une attention particulière à la miséricorde, avec des épisodes qui mettent en relief l'amour du Christ venu appeler non les justes mais les pécheurs[68].

« Dieu n'exclut personne, ni les pauvres ni les riches. Dieu ne se laisse pas conditionner par nos préjugés humains, mais il voit en chacun une âme à sauver et il est spécialement attiré par celles qui sont considérées comme perdues et qui se considèrent comme telles. »

Benoît XVI, Angélus du 31 octobre 2010[69]

Le même pape ajoutait l'essentiel, que la miséricorde n'enlève rien à la gravité du péché, mais vise toujours à sauver le pécheur et à lui offrir de recommencer à zéro, de se convertir[70]. Ainsi le publicain de Jéricho encadre l'année : entendu à l'automne du temps ordinaire, il redit aux riches et aux méprisés que le regard de Dieu tombe toujours avant notre repentir, et que la joie de l'accueil vaut mieux que tous les murmures.

Le dimanche de Zachée des Églises d'Orient

En Orient, Zachée ouvre le Carême : le dimanche qui inaugure le Triode, le livre liturgique des semaines préparatoires, s'appelle le dimanche de Zachée, et l'on y lit Luc 19, 1-10[71]. Le sens est limpide : avant de jeûner, il faut désirer voir, et le petit homme qui court en avant de la foule est l'image du pécheur qui prend de l'avance sur ses habitudes pour se mettre en vue du Seigneur. Le désir, la hâte, la joie, la réparation : tout le Carême tient en dix versets, et les hymnes du jour chantent l'hôte de Jéricho comme le patron des commencements.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

La datation haute de Luc

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater le troisième évangile et les Actes des années 80 à 90, soit une génération après les faits, et d'y voir l'œuvre d'un chrétien de la deuxième génération, non du compagnon de Paul[72]. Dans la même veine, l'hypothèse des deux sources, aujourd'hui la plus répandue, fait de Luc un compilateur qui combine l'évangile de Marc et un recueil de paroles perdu, appelé Q, avec ses matériaux propres : le récit de Zachée appartiendrait à ces matériaux propres, mis en forme par l'évangéliste[73].

L'exposé est loyal, et il touche juste sur un point : Luc écrit en historien, ordonne, enquête, rédige, et son prologue le dit lui-même[74]. Mais ordonner n'est pas inventer, et la datation haute repose moins sur des preuves que sur des présupposés : on date Luc après 70 parce qu'on suppose qu'une prophétie détaillée de la ruine de Jérusalem ne peut précéder l'événement, et l'on recule ensuite tout l'édifice, Actes compris, alors que les Actes s'arrêtent avant la mort de Paul. C'est le raisonnement circulaire classique : on date le texte par la théorie, puis on prouve la théorie par la date. La datation basse, vers 62-63, explique aussi bien le texte, sans supposer l'impossible de la prophétie, et elle a pour elle l'unanimité des témoins anciens.

L'historicité du récit en question

Certains vont plus loin et lisent la scène comme un récit édifiant composé par Luc : un chef des publicains qui rembourse au quadruple, est-ce vraisemblable, et la Jéricho du temps de Jésus avait-elle encore un bureau des taxes, quand le vieux tell semblait abandonné. L'objection de la restitution suppose ce qu'elle affirme : qu'un riche ne rend jamais, donc que le riche qui rend est une fiction. Quant à Jéricho, elle confond deux villes : le tell de l'Ancien Testament, déserté, et la Jéricho hérodienne, vivante, palais, baumiers, douane, à quelques centaines de mètres, que les fouilles ont rendue à l'histoire[75]. Luc, qui situe sa scène dans la ville traversée sur la route de Jérusalem, parle de la seconde, non de la première.

Première résistance : un vocabulaire trop précis pour une fable

Un récit inventé ne s'encombre pas de termes techniques. Or Luc emploie architelônès, mot qui n'existe nulle part ailleurs, donne au héros un nom sémitique exact avec son sens, zakkay le pur, situe le bureau dans la ville où un bureau devait se trouver, et fait promettre une réparation au quadruple qui est la lettre de la Loi[76][77]. Les fables édifiantes restent vagues ; ce récit fourmille d'attaches vérifiables, métier, lieu, droit, botanique. On n'habille pas une parabole d'un état civil que les percepteurs de Jéricho auraient pu démentir, surtout quand on écrit à une génération des faits.

Deuxième résistance : l'embarras du héros

Si Luc avait voulu illustrer la conversion des riches par un exemple, il aurait choisi un héros présentable : un pharisien généreux, un berger repenti, un soldat ému. Il choisit le pire candidat possible, un chef des publicains, collaborateur de Rome, voleur notoire, petit homme ridicule perché sur un arbre devant toute sa ville. Le critère d'embarras, que les historiens appliquent aux récits gênants pour leurs auteurs, joue ici à plein : on n'invente pas un patron qui fait honte, on le subit parce qu'il a existé. La promesse dispendieuse achève la preuve : une fiction édifiante aurait fait promettre l'aumône, non vider la fortune au quadruple.

Troisième résistance : la cohérence interne de Luc

La scène n'est pas un bloc erratique : elle tient à tout le tissu lucanien par des dizaines de fils, le il faut de la mission divine, l'aujourd'hui du salut, le murmure des justes, le fils d'Abraham retrouvé, la brebis perdue cherchée. Ces échos ne sont pas des coutures visibles, mais la trame d'un auteur qui raconte ce qu'il a reçu dans la langue de sa théologie, comme tout historien ancien qui ordonne sans trahir. Retirer Zachée de Luc, c'est arracher une pierre qui porte le mur.

Quatrième résistance : les témoins anciens n'ont jamais douté

De Clément à Ambroise à Cyrille à Bède, des bords du Nil à ceux du Bosphore et de Milan à la Northumbrie, aucun témoin ancien ne traite Zachée en symbole[78]. Ces lecteurs, qui maniaient l'allégorie mieux que personne et qui savaient dire quand un texte était une parabole, ont lu un homme, commenté une conversion, prêché une réparation. L'hypothèse de la fiction suppose donc que toute l'Église ancienne se soit trompée sur un texte écrit dans sa propre langue, et que la vérité ait attendu les universités modernes. C'est possible en principe ; en pratique, c'est une lourde présomption à soulever sans preuve.

Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable

Reste la question du compilateur : Luc a-t-il arrangé, oui, et l'Église ne l'a jamais nié, car son prologue revendique l'enquête et l'ordre. Mais arranger n'est pas forger, et le troisième évangile reste, selon le mot de la tradition unanime, l'œuvre du compagnon de Paul, reçue dans le canon dès le IIe siècle, copiée dès le siècle suivant, commentée comme histoire par tous les Pères. Benoît XVI rappelait, contre une exégèse qui dissoudrait le texte en strates, qu'on ne rencontre jamais le Jésus des reconstructions, seulement celui des évangiles reçus, et que la foi porte sur lui[79]. Zachée, monté sur son arbre et descendu dans la joie, appartient à ce Jésus reçu : le nier comme homme, c'est appauvrir l'évangile ; le garder comme témoin, c'est garder l'évangile entier.

Pour aller plus loin

Zachée enseigne aux riches le détachement, aux méprisés l'espérance, et à tous que le désir de voir suffit à faire lever les yeux de Dieu : on peut commencer perché sur un arbre, balbutier une promesse ruineuse, et finir premier évêque d'une Église. Quiconque croit sa maison trop sale pour une visite se souviendra que Jésus s'invite sans attendre l'invitation ; quiconque croit ses torts trop vieux pour être rendus se souviendra du quadruple payé le jour même. Le petit homme de Jéricho est devenu le patron discret de tous les commencements : vouloir voir, c'est déjà être vu.

Pour prolonger : le dossier du livre dans L'Évangile selon saint Luc, la vie de son auteur dans saint Luc l'Évangéliste, l'autre publicain appelé par le Seigneur dans saint Matthieu l'Évangéliste, le riche disciple qui ensevelit le Seigneur dans Joseph d'Arimathie, et l'autre converti de la dernière heure dans le bon larron.

Notes et références

  1. Zachée transcrit l'araméen zakkay, pur, innocent, juste : le nom annonce ce que la conversion accomplira.

    1 15
  2. Évangile selon saint Luc, 19, 1-10 : la traversée de Jéricho, Zachée, le sycomore, l'appel, la promesse, la sentence. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    2 16 17
  3. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Luc, compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile prêché par celui-ci. Sources Chrétiennes 211.

    3 4
  4. Fragment de Muratori, vers 170-200 : le troisième évangile est de Luc, médecin et compagnon de Paul, qui écrivit d'après ce qu'il avait entendu.

    5
  5. Tertullien, Contre Marcion, IV, 2, vers 207 : défense de l'évangile de Luc, œuvre du disciple de Paul, contre l'annexion marcionite.

    6
  6. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 4 : Luc, Antiochien de naissance, médecin de profession, compagnon de Paul.

    7
  7. Papyrus Bodmer XIV-XV, dit P75, copié vers 175-225, conservé à la Fondation Bodmer de Cologny : contient les évangiles de Luc et de Jean.

    8
  8. Dt 34, 3 : Jéricho, la ville des palmiers, montrée à Moïse depuis le mont Nebo. 2 Ch 28, 15 : même titre pour la ville.

    9
  9. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, 8 : la plaine de Jéricho, ses palmiers, ses baumiers, parfum qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

    10 12
  10. Ehud Netzer, Hasmonean and Herodian Palaces at Jericho, Israel Exploration Society, Jérusalem, 2001 : les palais d'hiver, piscines et jardins de la Jéricho hérodienne, au sud-ouest du tell antique.

    11 75
  11. Lc 19, 2 : architelônès, chef des collecteurs, seul emploi du mot dans tout le Nouveau Testament.

    13 76
  12. Benoît XVI, Angélus, place Saint-Pierre, 31 octobre 2010, 31e dimanche du temps ordinaire année C : les publicains percepteurs des impôts dus à Rome, Zachée très riche mais méprisé, le scandale de la visite, le quadruple promis. Texte intégral sur vatican.va.

    14 48 49 68 69 70
  13. Am 7, 14 : Amos gardait les troupeaux et piquait les sycomores avant son envoi. Le figuier sycomore, aux branches basses, est l'arbre des humbles.

    18
  14. Évangile selon saint Luc, 19, 5-6 : Jésus lève les yeux, appelle Zachée par son nom, s'invite pour aujourd'hui, Zachée descend vite et reçoit avec joie. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    19 21
  15. Lc 2, 49 : il me faut être chez mon Père. Lc 4, 43 : il me faut annoncer le Royaume. Lc 9, 22 : il faut que le Fils de l'homme souffre. Lc 24, 26 : ne fallait-il pas que le Christ souffrît. Le dei lucanien dit la nécessité divine.

    20
  16. Saint Ambroise, Exposition de l'Évangile selon Luc, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19. Texte anglais : Uninvited he invites Himself to his house, for He knew how richly He would reward his hospitality. And though He had not yet heard the word of invitation, He had already seen the will.

    22
  17. Tite de Bostra, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : Zachée ne demandait que de voir, et Celui qui peut faire au-delà de ce qu'on demande lui accorda bien plus que son attente. Texte anglais : He who is able to do more than we ask for, granted to him far above what he expected.

    23 43
  18. Lc 5, 30 : les pharisiens murmurent contre les disciples qui mangent avec publicains et pécheurs. Lc 15, 2 : ils murmurent parce que Jésus accueille les pécheurs. Ex 16 : les murmures d'Israël au désert contre Moïse.

    24
  19. Évangile selon saint Luc, 19, 7 : tous récriminaient, il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    25
  20. Pseudo-Chrysostome, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : le médecin supporte l'infection pour apporter le remède, le publicain fut converti ; Zachée n'attend pas le jugement de la loi, il se fait lui-même son propre juge. Textes anglais : As a physician sometimes cannot save his patients without the defilement of blood ; Zacchaeus waits not for the judgment of the law, but makes himself his own judge.

    26 30
  21. Évangile selon saint Luc, 19, 8 : la moitié aux pauvres, le quadruple en réparation. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    27 28
  22. Théophylacte d'Ohrid, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : il ne dit pas je donnerai, il dit je donne, et après la moitié donnée, le quadruple rendu ne laisse presque plus rien de son bien ; il n'était pas fils d'Abraham avant, il l'est maintenant. Textes anglais : He says not, I will give, but, I give ; He said not that he was a son of Abraham, but that he now is.

    29 35
  23. Ex 22, 1 : qui vole un bœuf rend cinq bœufs, qui vole une brebis rend quatre brebis.

    31 77
  24. 2 S 12, 6 : Nathan à David, pour la brebis du pauvre, il la rendra au quadruple.

    32
  25. Évangile selon saint Luc, 19, 9-10 : aujourd'hui le salut pour cette maison, lui aussi fils d'Abraham, chercher et sauver ce qui était perdu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    33 36 37 39
  26. Bède le Vénérable, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : fils d'Abraham par imitation de la foi, comme Abraham quitta son pays, il abandonna tous ses biens. Texte anglais : Zacchaeus is called the son of Abraham, not because he was born of Abraham's seed, but because he imitates his faith.

    34
  27. Ez 34, 16 : ce qui est perdu, je le chercherai, promesse du Seigneur berger que Luc 19, 10 accomplit.

    38
  28. Saint Cyrille d'Alexandrie, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : la foule est le tumulte d'une multitude ignorante qui ne peut voir le sommet de la sagesse. Texte anglais : The crowd is the tumultuous state of an ignorant multitude, which cannot see the lofty top of wisdom.

    40
  29. Catéchisme de l'Église catholique, § 2412 : en vertu de la justice commutative, la réparation de l'injustice commise exige la restitution du bien dérobé.

    41
  30. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 62, de la restitution, d'après saint Augustin, Lettre 153 à Macedonius : le péché n'est pas remis si le bien enlevé n'est pas restitué quand on le peut.

    42
  31. Lc 18, 18-27 : le notable riche s'en va triste, le chameau et le trou de l'aiguille, ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.

    44
  32. Lc 18, 35-43 : l'aveugle au bord du chemin à l'entrée de Jéricho, guéri juste avant la rencontre de Zachée.

    45
  33. Bède le Vénérable, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : le chameau déchargé de sa bosse passe par le trou de l'aiguille, le riche abandonne l'amour des richesses. Texte anglais : The camel disencumbered of his hunch passes through the eye of a needle.

    46
  34. Saint Ambroise, Exposition de l'Évangile selon Luc, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : qui désespérera de soi quand parvient à la grâce celui qui vivait de fraude, et tous les riches ne sont pas avares. Texte anglais : For who will hereafter despair of himself, now that he attains to grace who gained his living by fraud. And he too moreover a rich man, that we may know that not all rich men are covetous.

    47 61
  35. Lc 2, 11 : aujourd'hui vous est né un Sauveur. Lc 4, 21 : aujourd'hui s'accomplit l'Écriture. Lc 23, 43 : aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis.

    50
  36. Constitutions apostoliques, recueil de discipline ecclésiale compilé au IVe siècle, en huit livres : témoin de la mémoire des Églises, non écrit des apôtres.

    51 53
  37. Constitutions apostoliques, VII, 46, énumération des premiers évêques : De Césarée de Palestine, le premier fut Zachée, qui avait été publicain. Texte anglais : Of Caesarea of Palestine, the first was Zacchaeus, who was once a publican; after whom was Cornelius, and the third Theophilus.

    52
  38. Clément d'Alexandrie, Stromates, vers 200 : recueil de traditions et de notes exégétiques, témoin de la mémoire alexandrine.

    54
  39. Clément d'Alexandrie, Stromates, IV, 6 : il est dit que Zachée, ou selon certains Matthieu, le chef des publicains, promit de rendre au quadruple. Texte anglais : It is said, therefore, that Zaccheus, or, according to some, Matthew, the chief of the publicans, on hearing that the Lord had deigned to come to him, said, Lord, and if I have taken anything by false accusation, I restore him fourfold.

    55 56
  40. Les Églises d'Orient fêtent l'apôtre Zachée, évêque de Césarée, celui que Jésus fit descendre du sycomore, le 20 avril.

    57
  41. A. Mertens, Who was a Christian in the Holy Land, Franciscan Printing Press, Jérusalem, 1980 : les Coptes fêtent Zachée le 20 avril, le Martyrologe romain le commémore au 23 août.

    58
  42. Sanctuaire de Rocamadour : corps découvert en 1166 devant la chapelle de la Vierge, légende d'Amadour, le Zachée venu en Gaule avec Véronique, ermite du rocher. Tradition locale tardive, sans témoin ancien.

    59 60
  43. Saint Ambroise, Exposition de l'Évangile selon Luc, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : pourquoi décrire sa stature, sinon qu'il était jeune dans le mal ou faible dans la foi. Texte anglais : What means the Evangelist by describing his stature, and that of none other? It is perhaps because he was young in wickedness, or as yet weak in the faith.

    62
  44. Saint Cyrille d'Alexandrie, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : Zachée ne mit aucun retard, et fut jugé digne de la faveur de Dieu. Texte anglais : Zacchaeus made no delay in what he did, and so was accounted worthy of the favor of God.

    63
  45. Bède le Vénérable, cité dans saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Lc 19 : Zachée, ce qui s'interprète justifié, désigne les croyants venus des nations. Texte anglais : Zacchaeus, which is by interpretation justified, signifies the Gentile believers.

    64
  46. James Tissot, Zachée dans le sycomore attendant le passage de Jésus, illustration de La Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, 1886-1896, aquarelle sur graphite, musée de Brooklyn, domaine public.

    65
  47. A. Mertens, Who was a Christian in the Holy Land, Franciscan Printing Press, Jérusalem, 1980 : à Jéricho, face au domaine franciscain, une église grecque orthodoxe garde le sycomore de la tradition.

    66
  48. Trente et unième dimanche du temps ordinaire, année C : l'évangile proclamé est Lc 19, 1-10, comme en témoigne l'angélus de Benoît XVI du 31 octobre 2010.

    67
  49. Le dimanche de Zachée ouvre le Triode, le temps liturgique préparatoire au Grand Carême byzantin : on y lit Lc 19, 1-10.

    71
  50. Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke, Anchor Bible, Doubleday, 1981 : situe la rédaction de Luc-Actes vers les années 80, hypothèse aujourd'hui très répandue.

    72 74
  51. Hypothèse des deux sources : Luc combinerait l'évangile de Marc, un recueil de paroles perdu dit Q, et ses matériaux propres, dont le récit de Zachée.

    73
  52. Lecture unanime des Pères grecs et latins : aucun ne traite Zachée en allégorie, tous commentent un homme, une conversion, une réparation.

    78
  53. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.

    79