Claude La Colombière (1641-1682) est un prêtre jésuite français, prédicateur réputé du Grand Siècle et l'une des grandes figures spirituelles de la Réforme catholique. L'histoire de l'Église le retient surtout comme le directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial et comme le premier à reconnaître l'authenticité des révélations du Sacré-Cœur.[1][2]
Lorsqu'il arrive à Paray en 1675, la jeune visitandine est seule, doutée et éprouvée par des grâces mystiques que personne autour d'elle ne comprend. Le Christ lui avait pourtant annoncé qu'il lui enverrait « son serviteur fidèle et son ami parfait » pour l'éclairer. Ce confesseur, c'est Claude La Colombière. Sa caution discerne, authentifie et fait passer le message du Cœur de Jésus du secret d'une cellule à un véritable apostolat.[3][4]
Sa vie fut brève et rude. Envoyé en 1676 en Angleterre comme prédicateur de la duchesse d'York, future reine, il y fut emporté par le complot papiste de Titus Oates : arrêté, emprisonné, expulsé, la santé ruinée. Rentré en France tuberculeux, il mourut à Paray-le-Monial le 15 février 1682, à quarante et un ans.[5][6]
Mais son nom est resté attaché à un message lumineux : la confiance absolue en Dieu. Son Acte de confiance, qui commence par ces mots — « j'ai résolu de vivre à l'avenir sans aucun souci » — demeure l'un des plus beaux textes français sur l'abandon à la Providence. Béatifié en 1929 par Pie XI, canonisé en 1992 par saint Jean-Paul II, il est honoré comme le co-apôtre du Sacré-Cœur. Sa fête est fixée au 15 février.[7][8]
Un Dauphinois entré chez les jésuites (1641-1674)
Une naissance à Saint-Symphorien-d'Ozon
Claude La Colombière naît le 2 février 1641 — fête de la Présentation du Seigneur — à Saint-Symphorien-d'Ozon, petit bourg du Dauphiné, au sud de Lyon.[9][10] Il est le troisième des enfants de Bertrand La Colombière, notaire royal, et de Marguerite Coindat, une famille honorable et profondément chrétienne de la bourgeoisie provinciale. La maison comptera six enfants, dont quatre embrasseront la vie religieuse : trait éloquent d'un foyer où la foi n'est pas un ornement mais une sève.[11] La famille s'établit ensuite à Vienne, où l'enfant reçoit sa première éducation.
Le collège, la vocation, le noviciat d'Avignon
Le jeune Claude poursuit ses études secondaires au collège des jésuites de Lyon, l'un des plus brillants du royaume.[12] C'est là, au contact des fils de saint Ignace de Loyola, que mûrit sa vocation. À dix-sept ans, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Avignon, le 25 octobre 1658.[13] Il confiera plus tard avoir éprouvé, dans ce choix, une répugnance naturelle qu'il dut vaincre — première manifestation de cette fidélité dans l'effort qui sera la marque de toute sa vie spirituelle.
Après ses deux années de noviciat et ses premiers vœux, il complète sa formation à Avignon, où il enseigne la grammaire et les lettres pendant cinq ans tout en se distinguant déjà par la qualité de sa parole.[14] En 1666, ses supérieurs l'envoient à Paris, au célèbre collège de Clermont (futur Louis-le-Grand), pour y étudier la théologie.[15][16]
Précepteur des fils de Colbert à Paris
À Paris, le talent du jeune religieux ne passe pas inaperçu. On lui confie une mission délicate : devenir le précepteur des enfants de Jean-Baptiste Colbert, le tout-puissant ministre de Louis XIV.[17][18] La fonction le met au contact de la grande société du temps et affine son éloquence ; mais elle l'expose aussi aux intrigues de cour. La tradition rapporte qu'une parole imprudente — ou une jalousie — abrégea ce préceptorat. Claude y gagna surtout une connaissance lucide du monde et de ses vanités, qui nourrira plus tard sa prédication.
Il est ordonné prêtre le 6 avril 1669.[19] Renvoyé à Lyon, il y exerce le ministère de la chaire et de la direction des âmes, et sa réputation de prédicateur solide et profond s'établit rapidement — une prédication qui, dira la notice du Saint-Siège, cherchait moins à briller qu'à « élever les âmes à Dieu, en suivant le chemin de l'amour et de la miséricorde ».[20]
Le troisième an à Lyon : le vœu héroïque
Avant la profession solennelle, tout jésuite accomplit une dernière année de formation spirituelle, le troisième an (ou tertianship). Claude La Colombière le fait à Lyon, en 1674.[21] Cette année est décisive : au cours d'une retraite intense, il prend une résolution héroïque, qu'il consigne par écrit et qui donnera le ton de sa Retraite spirituelle — observer la Règle de la Compagnie avec une fidélité parfaite, jusqu'au moindre détail, par pur amour de Dieu.[22][23]
« Je n'ai rien tant à cœur que d'être fidèle à Dieu dans les petites choses comme dans les grandes. » — esprit de la Retraite spirituelle de saint Claude La Colombière[24]
Ce vœu de fidélité n'a rien d'un scrupule : il exprime la conviction centrale de sa spiritualité, selon laquelle la sainteté se joue dans l'ordinaire, dans la pure obéissance à la volonté de Dieu instant après instant. C'est cet homme déjà tout donné que la Providence va conduire, l'année suivante, vers une obscure petite ville de Bourgogne.
Le supérieur de Paray-le-Monial et la rencontre décisive (1675)
L'arrivée à Paray, le jour de ses 34 ans
Le 2 février 1675, jour de son trente-quatrième anniversaire, Claude La Colombière arrive à Paray-le-Monial comme supérieur de la petite résidence jésuite, envoyé par le provincial François de Lachaise — le futur confesseur de Louis XIV.[25] La charge paraît modeste : une maison de quelques pères, dans une ville sans éclat. Il y restera environ vingt-trois mois, mais ce court séjour suffira à inscrire son nom dans l'histoire de la spiritualité chrétienne.
Parmi ses fonctions, il est nommé confesseur extraordinaire du monastère de la Visitation. C'est dans ce cloître que vit, depuis 1671, une humble religieuse de vingt-huit ans, Marguerite-Marie Alacoque, gratifiée depuis peu de visions extraordinaires du Cœur de Jésus — et tenue par beaucoup, dans sa propre communauté, pour une exaltée.[26][27]
« Voici mon serviteur fidèle et mon ami parfait »
La rencontre fut préparée d'en haut. Selon le récit de Marguerite-Marie elle-même, le Christ lui avait annoncé qu'il lui enverrait un guide pour la rassurer et l'éclairer, en le désignant par des mots restés célèbres : son « serviteur fidèle et ami parfait ».[28] Lorsque le jésuite prêche pour la première fois à la communauté, la religieuse entend intérieurement : « Voici celui que je t'envoie. »
« Il l'a appelé son serviteur fidèle et son ami parfait. » — paroles du Christ à sainte Marguerite-Marie, rapportées dans sa Vie et reprises par la liturgie[29]
Pour Claude La Colombière, la rencontre est tout aussi décisive. Loin de se contenter d'écouter, il discerne. Homme cultivé, théologien prudent, formé à la rigueur ignatienne du discernement des esprits, il examine longuement, prie, interroge — et conclut à l'authenticité de l'œuvre de Dieu dans cette âme.[30][31] Ce verdict d'un esprit réputé pour son équilibre change tout : il fait de la voyante doutée une messagère crédible.
Authentifier les apparitions du Sacré-Cœur
Le rôle de Claude est précis et capital. Il rassure Marguerite-Marie sur la nature de ses grâces, lui ordonne d'obéir à ce que le Seigneur lui demande, et surtout il lui fait mettre par écrit le message reçu — récits qu'il recopie ensuite dans ses propres carnets de retraite pour les conserver et les diffuser.[32][33] C'est lui qui, le premier, fait passer la dévotion au Cœur de Jésus du registre de l'expérience privée à celui de l'apostolat : il en parle dans ses retraites, l'inscrit dans sa propre vie, et encourage la diffusion d'un culte qui, sans lui, fût peut-être resté enseveli. Selon le récit de la sainte, le Christ lui-même la renvoyait à ce guide : « Adresse-toi à mon serviteur ».[34]
L'enjeu n'était pas mince. À une époque marquée par la rigueur du jansénisme, qui présentait un Dieu lointain et terrible et décourageait la communion fréquente, le message du Sacré-Cœur opposait l'image d'un Cœur brûlant d'amour pour les hommes, blessé par leur indifférence et appelant la réparation. Claude La Colombière saisit immédiatement la portée de ce contre-feu spirituel.[35]
« Je crois que c'est l'esprit de Dieu qui vous conduit ; ne lui résistez pas. » — esprit du discernement de saint Claude La Colombière auprès de sainte Marguerite-Marie[36]
Sa propre consécration au Cœur de Jésus
Le directeur ne se contente pas d'autoriser : il embrasse le message. Au cours d'une retraite, Claude La Colombière compose une Offrande au Sacré-Cœur de Jésus par laquelle il se consacre lui-même à ce Cœur, scellant ainsi sa propre découverte spirituelle.[37] La relation devient réciproque : la mystique reçoit du théologien la sécurité doctrinale, et le théologien reçoit de la mystique un feu nouveau.
Ce double mouvement explique pourquoi l'Église associe les deux noms comme les deux apôtres d'une même grâce. La grande dévotion au Sacré-Cœur, aujourd'hui universelle, a ainsi à Paray deux fondateurs complémentaires : la voyante qui reçoit et le prêtre qui discerne, formule et transmet. Sur l'arrière-plan liturgique de ce culte, voir aussi l'œuvre de saint Jean Eudes, qui en avait dès 1672 composé la messe.[38]
L'épreuve d'Angleterre (1676-1679)
Prédicateur de la duchesse d'York à Londres
À peine son œuvre de Paray commencée, l'obéissance arrache Claude La Colombière à la Bourgogne. En 1676, ses supérieurs l'envoient en Angleterre comme prédicateur de Marie de Modène, duchesse d'York, épouse du futur roi Jacques II et catholique en terre devenue protestante.[39][40] Il s'installe à la cour de Saint-James, à Londres, où il exerce un ministère délicat de prédication et de direction spirituelle, dans un pays où la foi catholique est officiellement proscrite.
La mission est lourde de périls, mais le jésuite y déploie le même zèle qu'à Paray, gagnant des conversions et soutenant la petite communauté catholique de la cour. Il continue par ailleurs de diriger Marguerite-Marie par lettres, demeurant à distance son guide spirituel.[41]
Le complot papiste de Titus Oates
En 1678 éclate l'un des plus sinistres épisodes de l'histoire anglaise : le « complot papiste » (Popish Plot), pure invention de l'imposteur Titus Oates, qui accuse les catholiques de comploter l'assassinat du roi Charles II. La fable déchaîne une vague de persécution antcatholique : prêtres pourchassés, procès truqués, exécutions.[42][43]
Claude La Colombière, prêtre catholique influent au cœur même de la cour, est une cible désignée. Dénoncé, il est arrêté en novembre 1678 et jeté dans la dure prison du King's Bench, à Londres, dans des conditions qui ruinent une santé déjà fragile.[44] Il y contracte ou y aggrave la tuberculose qui l'emportera ; les biographies anciennes parlent d'un emprisonnement de plusieurs semaines dans des conditions dégradantes, au cœur de la « terreur papiste » de 1678.[45]
« On ne peut manquer de rien quand on attend de Dieu toutes choses. » — saint Claude La Colombière, Acte de confiance en Dieu[46]
Prison, expulsion, santé ruinée
Sa qualité de sujet du roi de France lui vaut la protection de Louis XIV, qui intervient en sa faveur. Au lieu d'être exécuté comme tant d'autres prêtres de ces mois terribles, Claude La Colombière est banni d'Angleterre en 1679 et reconduit vers la France.[47][48] Mais il en revient physiquement brisé. Le climat de la prison, les privations et la maladie ont fait leur œuvre : il n'a plus que quelques années à vivre.
Cette épreuve anglaise n'est pas un accident de parcours dans sa vie : elle en est le sommet d'abandon. L'homme qui avait écrit qu'il voulait vivre « sans aucun souci » en remettant tout à Dieu a vérifié sa doctrine dans la prison, la calomnie et la maladie. Sa spiritualité de la confiance n'est pas une théorie d'homme épargné : c'est la parole d'un confesseur de la foi. Marguerite-Marie elle-même avait pressenti le prix de cette mission ; selon la tradition, elle lui avait annoncé que « Notre-Seigneur voulait le sacrifice de sa vie en ce pays ».[49]
La doctrine spirituelle : la confiance et l'abandon
« J'ai résolu de vivre sans souci » : l'Acte de confiance
Si un seul texte devait résumer l'âme de Claude La Colombière, ce serait son Acte de confiance en Dieu, écrit vers 1677.[50] On y entend, dans une prose limpide et ferme, la traduction spirituelle de toute une vie d'épreuves portées dans la paix. C'est l'un des grands classiques français de l'abandon à la Providence, encore prié aujourd'hui dans le monde entier comme une école de paix intérieure : se décharger sur Dieu de toute inquiétude, non par insouciance, mais par certitude d'être aimé.[51]
« Mon Dieu, je suis si persuadé que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous, et qu'on ne peut manquer de rien quand on attend de vous toutes choses, que j'ai résolu de vivre à l'avenir sans aucun souci, et de me décharger sur vous de toutes mes inquiétudes. » — Saint Claude La Colombière, Acte de confiance en Dieu[52]
Le texte ne nie pas l'épreuve : il la traverse. Claude y envisage froidement la perte des biens, de l'honneur, de la santé, et jusqu'au péché — sans jamais renoncer à l'espérance.
« Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l'honneur, les maladies peuvent m'ôter les forces et les moyens de vous servir, je puis même perdre votre grâce par le péché ; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu'au dernier moment de ma vie. » — Saint Claude La Colombière, Acte de confiance en Dieu[53]
Le sommet du texte est un paradoxe lumineux : c'est la confiance elle-même qui fonde la confiance, parce qu'elle a Dieu pour objet et que Dieu ne trompe jamais ceux qui espèrent en lui.
« Pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c'est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j'espère fermement de l'être, et que c'est de vous, ô mon Dieu, que je l'espère. » — Saint Claude La Colombière, Acte de confiance en Dieu[54]
Cette espérance n'attend pas seulement les dons de Dieu : elle attend Dieu lui-même. La prière s'achève sur ces mots — « je vous espère vous-même, ô mon Créateur, et pour le temps et pour l'éternité. Ainsi soit-il ! » —, qui font de l'abandon non un calcul, mais un acte d'amour.[55]
La fidélité dans l'ordinaire et l'apostolat de la prédication
La confiance de Claude La Colombière n'est pas une douce passivité. Elle a pour revers une exigence rigoureuse de fidélité dans le devoir d'état. Toute sa spiritualité tient dans cette articulation : tout attendre de Dieu, tout faire pour Dieu. C'est le sens de son vœu héroïque de 1674 — observer la Règle dans les plus petites choses — et c'est ce qui rend son abandon crédible : il n'a rien d'un refuge de paresseux, c'est l'oxygène d'un homme entièrement appliqué à sa tâche.
Cette fidélité s'est traduite d'abord par la prédication, son grand ministère. Contemporain de Bossuet et de Bourdaloue, Claude La Colombière a laissé des sermons remarqués pour leur solidité doctrinale et leur application concrète à la vie chrétienne, loin des effets oratoires de son siècle.[56][57] Sa parole visait la conversion du cœur, non l'admiration de l'auditoire.
Sa doctrine réalise une synthèse harmonieuse entre les deux grands courants spirituels du Grand Siècle : la rigueur ignatienne du discernement et du combat intérieur, héritée de saint Ignace de Loyola, et la douceur salésienne de la confiance et de l'amour, héritée de saint François de Sales — dont la Visitation, où Claude exerçait, était précisément la famille spirituelle.[58] C'est cette alliance qui donne à sa spiritualité son équilibre : ni rigorisme janséniste, ni sentimentalisme mou, mais un abandon viril et lucide.
Les écrits : la Retraite spirituelle
L'œuvre la plus intime de Claude La Colombière est sa Retraite spirituelle — le journal de ses retraites, et notamment de celle de son troisième an à Lyon, où il consigne ses résolutions et ses dialogues avec Dieu.[59][60] Document d'une grande pureté, il révèle un homme habité par le désir de la sainteté et par une lucidité sans complaisance sur lui-même.
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux écrits du saint, publiés pour l'essentiel après sa mort, à partir de 1684.
| Écrit | Nature | Thème central |
|---|---|---|
| Retraite spirituelle | Journal intime de retraites | Fidélité, abandon, vie d'union à Dieu |
| Acte de confiance en Dieu | Prière | L'espérance absolue en la Providence |
| Sermons | Prédication | Conversion, vie chrétienne concrète |
| Lettres spirituelles | Correspondance | Direction des âmes, dont Marguerite-Marie |
| Offrande au Sacré-Cœur | Consécration | Don de soi au Cœur de Jésus |
Ses œuvres seront rassemblées au XIXᵉ siècle dans les Œuvres du R.P. Claude La Colombière (Avignon, 1832 ; Paris, 1864), qui assureront la diffusion durable de sa spiritualité.[61]
La mort, la gloire des autels et l'héritage
Paray-le-Monial, 15 février 1682
De retour en France, miné par la maladie, Claude La Colombière passe ses deux dernières années entre Lyon, où il dirige de jeunes jésuites, et Paray-le-Monial, où il revient chercher un climat plus doux et retrouver le lieu de sa grande mission.[62][63] La tuberculose ne lui laisse plus de répit. Il meurt à Paray-le-Monial le 15 février 1682, à quarante et un ans, dans la paix qu'il avait tant prêchée.[64][65]
Marguerite-Marie, qui lui survit, recevra du Christ l'assurance de la gloire de son ancien directeur — confirmation intérieure de ce que l'Église reconnaîtra solennellement trois siècles plus tard. Ses reliques sont conservées et vénérées à Paray-le-Monial, devenu l'un des grands sanctuaires du Sacré-Cœur.[66][67]
Béatification (1929) et canonisation (1992)
La réputation de sainteté de Claude La Colombière était grande, mais sa cause fut longue, comme souvent. Il est béatifié le 16 juin 1929 par le pape Pie XI, l'année même où ce pape encourage avec force la dévotion au Sacré-Cœur.[68][69] La cause de canonisation est rouverte le 14 novembre 1934.[70] Il faudra attendre près de soixante ans encore : Claude La Colombière est canonisé le 31 mai 1992 par saint Jean-Paul II, à Rome.[71][72]
Le tableau ci-dessous récapitule les grandes étapes de sa vie et de sa glorification.
| Étape | Date | Lieu / acteur |
|---|---|---|
| Naissance | 2 février 1641 | Saint-Symphorien-d'Ozon |
| Noviciat jésuite | 25 octobre 1658 | Avignon |
| Ordination sacerdotale | 6 avril 1669 | Lyon |
| Supérieur à Paray | 2 février 1675 | Paray-le-Monial |
| Mission en Angleterre | 1676 | Londres, cour de Saint-James |
| Arrestation, complot papiste | novembre 1678 | prison du King's Bench |
| Expulsion d'Angleterre | 1679 | retour en France |
| Mort | 15 février 1682 | Paray-le-Monial |
| Béatification | 16 juin 1929 | Pie XI |
| Canonisation | 31 mai 1992 | Jean-Paul II |
Le « co-apôtre » du Sacré-Cœur
En le canonisant, l'Église a consacré ce que l'histoire avait déjà reconnu : Claude La Colombière est, avec sainte Marguerite-Marie, l'un des deux artisans providentiels de la grande dévotion au Cœur de Jésus, « particulièrement nécessaire à l'Église et au monde ».[73][74] La liturgie et la piété populaire l'ont fixé sous le titre même que le Christ lui avait donné — « fidèle serviteur et parfait ami » de Jésus.[75] Sans la voyante, il n'y aurait pas eu de message ; sans le théologien, il n'y aurait peut-être pas eu d'apostolat.
Son héritage le plus universel est cependant spirituel et déborde le seul Sacré-Cœur : c'est sa doctrine de la confiance et de l'abandon. À travers son Acte de confiance, lu et prié aujourd'hui sur tous les continents, le jésuite dauphinois continue d'enseigner une vérité simple et libératrice — celle qu'il a vérifiée en prison et sur son lit de malade : on ne perd jamais rien à tout attendre de Dieu.
« Je serai éternellement heureux, parce que j'espère fermement de l'être, et que c'est de vous, ô mon Dieu, que je l'espère. » — Saint Claude La Colombière, Acte de confiance en Dieu[76]
Pour aller plus loin
- Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690) — la visitandine de Paray-le-Monial à qui le Sacré-Cœur se révéla, et que Claude La Colombière authentifia et dirigea.
- L'Amour infini de Dieu dans le Sacré-Cœur et la Divine Miséricorde — la grande dévotion au Cœur du Christ dont Claude La Colombière fut, à Paray, le premier théologien.
- Saint Jean Eudes (1601-1680) — qui, dès 1672, avait composé la messe liturgique des saints Cœurs, préparant les voies de Paray.
- Que disent les saints sur la réparation — florilège où le message du Sacré-Cœur, reçu à Paray, occupe une place centrale.
- Saint Ignace de Loyola (1491-1556) — le fondateur de la Compagnie de Jésus, dont le discernement des esprits forma le jugement de Claude La Colombière.
- La Contre-Réforme catholique (1517-1648) — le grand mouvement de régénération de l'Église dont les jésuites et la dévotion au Sacré-Cœur sont des fruits.
- Le concile de Trente (1545-1563) — matrice doctrinale de la Réforme catholique au sein de laquelle s'inscrit toute la spiritualité du Grand Siècle.
- Les âmes victimes — la spiritualité réparatrice française, dont le Sacré-Cœur de Paray est l'une des sources majeures.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Claude La Colombière » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : né le 2 février 1641 à Saint-Symphorien-d'Ozon (Dauphiné), fils de Bertrand La Colombière, notaire royal, et de Marguerite Coindat ; troisième de six enfants ; entré au noviciat des jésuites le 25 octobre 1658 à Avignon ; théologie au collège de Clermont à Paris (1666) ; précepteur des enfants de Colbert ; supérieur de la résidence jésuite de Paray-le-Monial (1675) et confesseur de la Visitation ; directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque, premier à reconnaître l'authenticité des apparitions du Sacré-Cœur ; envoyé en Angleterre en 1676 comme prédicateur de Marie de Modène, duchesse d'York ; arrêté lors du complot papiste de Titus Oates (1678), emprisonné, expulsé en 1679 ; mort à Paray-le-Monial le 15 février 1682 ; béatifié le 16 juin 1929 par Pie XI ; canonisé le 31 mai 1992 par Jean-Paul II ; fête le 15 février.
1 6 9 13 15 17 26 39 43 47 63 64 68 71Sanctuaire du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial, page « Saint Claude la Colombière » : sacrecoeur-paray.org. Précisions : né le 2 février 1641 à Saint-Symphorien-d'Ozon ; entré au noviciat des jésuites à 17 ans à Avignon ; ordonné prêtre le 6 avril 1669 ; arrivé à Paray-le-Monial le 2 février 1675, jour de ses 34 ans, envoyé par le provincial François de Lachaise ; environ 23 mois au service du sanctuaire ; authentifie les visions de Marguerite-Marie et devient le premier apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur ; vœu particulier de fidélité aux Règles et Constitutions de la Compagnie ; composition d'une « Offrande au Sacré-Cœur de Jésus » ; purification spirituelle par la maladie dans ses dernières années ; mort en 1682 à Paray-le-Monial ; reliques conservées dans l'église des jésuites de Paray ; béatifié le 16 juin 1929 ; canonisé le 31 mai 1992 par Jean-Paul II.
2 4 8 19 23 24 25 27 30 32 36 37 38 60 65 67 69 72 73Paroles du Christ à sainte Marguerite-Marie désignant Claude La Colombière comme son « serviteur fidèle et ami parfait », rapportées dans la Vie de la sainte et reprises par la tradition liturgique. Sources concordantes : Sanctuaire de Paray-le-Monial (sacrecoeur-paray.org) ; Famille Missionnaire de Notre-Dame, homélie « Saint Claude La Colombière, fidèle serviteur et parfait ami de Jésus » (fmnd.org). La rencontre entre la voyante et le jésuite eut lieu en 1675, à Paray-le-Monial.
3 28 29Wikipedia (EN), « Claude de la Colombière » : en.wikipedia.org. Recoupement détaillé : born 2 February 1641 at Saint-Symphorien-d'Ozon, Dauphiné ; parents Bertrand La Colombière (notary) and Margaret Coindat ; family moved to Vienne ; secondary studies with the Jesuits at Lyon ; entered the Jesuit novitiate in 1658 (age 17) at Avignon ; taught grammar and literature for five years ; sent to Paris in 1666 to study theology at the Collège de Clermont ; tutor to the children of Jean-Baptiste Colbert ; ordained priest 1669 ; tertianship 1674, with a personal vow to observe the Jesuit Rule ; professed solemn vows 2 February 1675 ; appointed superior/rector at Paray-le-Monial in 1675 ; spiritual director and confessor of Margaret Mary Alacoque, validating her Sacred Heart visions ; sent to England in 1676 as preacher to Mary of Modena, Duchess of York ; resided at the Court of St James's ; arrested November 1678 in the Popish Plot of Titus Oates, imprisoned at the King's Bench Prison, expelled from England 1679 ; protected by Louis XIV ; last years directing Jesuit novices at Lyon and recovering at Paray-le-Monial ; died at Paray-le-Monial 15 February 1682 (tuberculosis) ; beatified 16 June 1929 by Pius XI ; cause reopened 14 November 1934 ; canonized 31 May 1992 by John Paul II ; feast 15 February ; relics at the Jesuit church of Paray-le-Monial ; works gathered as Œuvres du R.P. Claude La Colombière (Avignon 1832 ; Paris 1864).
5 10 11 12 14 16 18 21 22 40 41 42 44 48 57 59 61 62 66 70Saint Claude La Colombière, Acte de confiance en Dieu (vers 1677). Texte reproduit notamment par Notre-Dame du Web (ndweb.org) et par plusieurs recueils de prières catholiques. Extrait : « Mon Dieu, je suis si persuadé que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous, et qu'on ne peut manquer de rien quand on attend de vous toutes choses, que j'ai résolu de vivre à l'avenir sans aucun souci, et de me décharger sur vous de toutes mes inquiétudes. Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l'honneur, les maladies peuvent m'ôter les forces et les moyens de vous servir, je puis même perdre votre grâce par le péché ; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu'au dernier moment de ma vie. […] Pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c'est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne. […] Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j'espère fermement de l'être, et que c'est de vous, ô mon Dieu, que je l'espère. […] je vous espère vous-même, ô mon Créateur, et pour le temps et pour l'éternité. Ainsi soit-il ! »
7 46 50 52 53 54 55 76Saint-Siège (vatican.va), notice biographique de Claude La Colombière : vatican.va. Souligne une prédication marquée par « sa solidité et sa profondeur », s'adressant concrètement aux fidèles, et un charisme « d'élever les âmes à Dieu, en suivant le chemin de l'amour et de la miséricorde » ; directeur spirituel et approbateur des révélations de Marguerite-Marie sur le Cœur du Christ ; soutien sans réserve du culte du Sacré-Cœur, qu'il aida la religieuse à formuler et à mettre par écrit.
20 31 35 56 74Claves, « Saint Claude La Colombière, co-apôtre du Sacré-Cœur » : claves.org. Détaille le rôle décisif du jésuite dans l'authentification de la dévotion au Sacré-Cœur : directeur spirituel de Marguerite-Marie à partir de 1675, il la défendit auprès de ses supérieures dès leur première rencontre, lui demanda de mettre par écrit ses expériences et les recopia dans ses propres carnets de retraite pour les conserver et les diffuser ; il formula le message théologique et encouragea la reconnaissance des révélations par la communauté ; selon le récit de la sainte, le Christ la renvoyait à « son serviteur » comme guide authentique. Avant même de la rencontrer, Claude avait écrit dans son journal son désir d'union au Cœur du Christ, vivant « non pour soi mais entièrement pour Dieu ».
33 34Réflexion chrétienne, « Saint Claude La Colombière, jésuite, confesseur de sainte Marguerite-Marie (✝1682) — fête le 15 février » : reflexionchretienne.fr. Biographie traditionnelle : né le 2 février 1641 à Saint-Symphorien-d'Ozon de Bertrand La Colombière, notaire, et Marguerite Coindat ; quatre des six enfants entrés en religion ; noviciat à Avignon le 25 octobre 1658 ; profession solennelle en 1674 ; recteur de Paray-le-Monial en février 1675 ; confesseur de la Visitation et directeur de Marguerite-Marie ; prédicateur de Marie-Béatrice, duchesse d'York, en 1676 ; emprisonné au King's Bench durant la « terreur papiste » de 1678, puis expulsé ; mort de la tuberculose le 15 février 1682 à Paray, à 41 ans ; béatifié le 16 juin 1929, canonisé le 31 mai 1992.
45Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Claude La Colombière » : nominis.cef.fr. Notice biographique : jésuite né en 1641 près de Lyon dans une famille bourgeoise ; entré dans la Compagnie à 17 ans ; profession solennelle en 1674 ; confesseur à la Visitation de Paray-le-Monial, directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque, dont il diffusa la dévotion au Sacré-Cœur ; prédicateur de la duchesse d'York en Angleterre, banni après deux ans à la suite des calomnies du complot papiste ; mort en 1682 à 41 ans, affaibli par la tuberculose ; fête le 15 février. Souligne « la belle harmonie entre la spiritualité de saint Ignace de Loyola et celle de saint François de Sales » dans ses écrits, et rapporte la parole prophétique de Marguerite-Marie sur le sacrifice de sa vie en Angleterre.
49 58Aleteia, « "J'ai résolu de vivre désormais sans souci" : une belle prière d'abandon » (14 février 2019) : fr.aleteia.org. Présente l'Acte de confiance en Dieu comme un acte d'abandon total à la Providence : se décharger sur Dieu de toute inquiétude par confiance en son amour, et non par une vague insouciance ; jésuite confesseur de sainte Marguerite-Marie, fêté le 15 février.
51Famille Missionnaire de Notre-Dame, homélie « Saint Claude La Colombière, fidèle serviteur et parfait ami de Jésus » : fmnd.org. Médite le titre donné par le Christ à sainte Marguerite-Marie pour désigner le jésuite — son « fidèle serviteur et parfait ami » —, fêté le 15 février, et son rôle d'apôtre du Sacré-Cœur aux côtés de la voyante de Paray-le-Monial.
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