Alexandrina Maria da Costa (1904-1955), dite Alexandrina de Balazar, est une mystique portugaise et l'une des grandes figures de l'âme victime au XXᵉ siècle. Couturière d'un village du nord du Portugal, paralysée et alitée dès l'âge de vingt et un ans à la suite d'un saut par la fenêtre pour échapper à un viol, elle offrit toute sa vie comme réparation pour les pécheurs.[1][2]
Deux phénomènes extraordinaires ont attiré sur elle l'attention de l'Église. D'abord, de 1938 à 1942, elle revécut chaque vendredi, pendant plus de trois heures, la Passion du Christ — environ cent quatre-vingts fois. Ensuite, du 27 mars 1942 jusqu'à sa mort, soit treize ans et sept mois, elle cessa de prendre toute nourriture et toute boisson : elle ne se nourrissait plus que de l'Eucharistie quotidienne.[3][4] En 1943, sur ordre de l'autorité ecclésiastique, ce jeûne absolu fut contrôlé pendant quarante jours dans un hôpital de Porto ; les médecins le déclarèrent scientifiquement inexplicable.[5]
Alexandrina fut aussi une protagoniste discrète de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, accomplie par Pie XII le 31 octobre 1942, qu'elle réclama au nom du Christ comme Fatima l'avait demandée. Son message tient en quelques mots, gravés de sa propre main sur sa tombe : « Ne péchez plus ! »[6]
Béatifiée par saint Jean-Paul II le 25 avril 2004, elle est fêtée le 13 octobre, jour de sa mort et anniversaire du miracle du soleil de Fatima. Sa vie, écrivit le pape, peut tout entière se résumer dans une question du Christ à Pierre : « M'aimes-tu ? »[7]
Une vie brisée à quatorze ans
L'enfance d'une couturière de Balazar (1904-1918)
Alexandrina Maria da Costa naît le 30 mars 1904 au lieu-dit Gresufes, dans la paroisse de Balazar (Balasar), commune de Póvoa de Varzim, au cœur du Minho rural.[8][9] Son père abandonne très tôt le foyer ; sa mère élève seule les deux filles, Alexandrina et sa sœur aînée Deolinda. L'instruction de la petite se réduit à dix-huit mois d'école ; à neuf ans, elle est déjà placée comme servante dans une ferme, avant de devenir, comme sa sœur, couturière à Balazar.[10]
L'enfance d'Alexandrina n'a rien d'éthéré. Espiègle, gaie, elle est, de son propre aveu, le boute-en-train de la maison — sa mère plaisantait en disant que, sans être riche, elle avait elle aussi son bouffon à demeure.[11] Mais elle est aussi profondément marquée par sa première communion, reçue à sept ans, en janvier 1911, dans la chapelle de Póvoa de Varzim.
Elle raconte avoir fixé la sainte Hostie avec une telle intensité qu'elle lui en resta gravée dans l'esprit, avec le sentiment de s'unir à Jésus pour toujours et d'avoir le cœur lié au sien, dans une joie qu'elle dit inexplicable.[12]
Cette union eucharistique de l'enfance préfigure, on le verra, le signe le plus inouï de sa vie d'adulte.
Le saut par la fenêtre, un Samedi Saint 1918
Le tournant survient le Samedi Saint de 1918, le jour même de ses quatorze ans.[13] Alexandrina coud chez elle avec Deolinda et une apprentie lorsque trois hommes — son ancien patron et deux complices — forcent la porte de la maison dans une intention que la jeune fille comprend aussitôt. Pour défendre sa pureté, elle n'hésite pas : elle se jette par la fenêtre.
« En voyant le danger, je me jetai par la fenêtre dans le jardin, d'un saut d'environ quatre mètres ; je tentai de me relever, mais je n'y parvins pas à cause d'une forte douleur au ventre. » — Alexandrina Maria da Costa, Diário – Autobiografia[14]
La colonne vertébrale est gravement atteinte. Elle marchera encore « passablement » pendant quelques années, mais les lésions s'aggravent inexorablement.[15] Le médecin João de Almeida, de Porto, prévient sa mère qu'il redoute une paralysie totale.[16] Par ce geste, elle défendit sa pureté au prix de trente-sept ans de souffrance offerte.
De la paralysie progressive à l'immobilité totale
À partir de 1924-1925, le corps d'Alexandrina cède définitivement. Les sources divergent légèrement sur l'année — l'hagiographie portugaise retient le 14 avril 1925, jour où elle « s'alita pour toujours, pour trente ans », tandis que d'autres notices avancent 1924.[17][18] Désormais, ses membres se rétractent, ses articulations se figent ; elle ne quittera plus son lit. C'est dans cette immobilité absolue, et non malgré elle, que va se déployer une vie intérieure d'une intensité rare.
La première grande grâce qu'elle reçoit n'est pas l'extraordinaire, mais l'abandon. Elle le résumera ainsi, dans une formule que reprendra Jean-Paul II :
« Notre-Dame m'a fait une grâce encore plus grande : d'abord l'abandon ; puis la conformité complète à la volonté de Dieu ; enfin, la soif de souffrir. » — Alexandrina Maria da Costa, citée dans la biographie du Saint-Siège[19]
À partir de 1933, la messe est célébrée dans sa propre chambre — la première, le 20 novembre 1933 — et son lit devient peu à peu un autel.[20]
L'épouse de sang : les Passions du vendredi (1938-1942)
Le 3 octobre 1938 : la première Passion
Le 3 octobre 1938, Alexandrina vit pour la première fois ce qu'elle appellera « la Passion » : sortant de sa paralysie habituelle, elle reproduit par tout son corps les étapes du chemin de croix et de la crucifixion du Christ.[21] Le même jour, bouleversée, elle écrit de sa main au dos d'une image pieuse : « Jésus m'a conduite du Jardin au Calvaire. »[22]
Elle rapporte que le Christ lui demande de l'aider dans la rédemption du genre humain.[23]
C'est le cœur de sa vocation : non pas contempler la Passion de loin, mais y participer dans sa chair, comme une associée de l'œuvre rédemptrice — au sens où saint Paul écrit qu'il « complète en sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col 1, 24). Le Christ l'appelle son « épouse de sang », expression que reprendra l'homélie de béatification.[24]
Trois heures de crucifixion mystique, chaque vendredi
Pendant trois ans et demi, chaque vendredi, de midi à quinze heures environ, la scène se répète. Devant des témoins, Alexandrina — d'ordinaire incapable du moindre mouvement — se redresse, se traîne, mime le portement de croix, s'effondre, étend les bras comme sur le gibet. La tradition rapporte qu'elle vécut ainsi la Passion environ cent quatre-vingts fois ; certaines sources comptent cent quatre-vingt-deux.[25][26]
Fait notable, Alexandrina supplia le Christ de ne pas lui accorder de stigmates visibles : elle voulait souffrir dans le secret. Les seules marques extérieures que l'on constatait étaient les ecchymoses provoquées par ses chutes durant les extases.[27] Cette discrétion la distingue de mystiques contemporaines comme la stigmatisée bavaroise Thérèse Neumann, et la protège de tout exhibitionnisme spirituel.
Le sens de toutes ces souffrances, elle ne le cherche pas en elle-même : il est le salut des autres.
Le Christ, dit-elle, lui présente le Calvaire et la croix comme la monnaie du plus grand prix pour racheter les âmes, et lui demande des âmes.[28]
Joachim Bouflet rapporte un signe corporel survenu pendant ces mêmes vendredis : alors qu'Alexandrina, corps amaigri de moins de 40 kg, revivait la montée au Calvaire, le Dr Azevedo invita un prêtre robuste présent à la soulever du pavé, sans succès ; elle expliqua elle-même ce poids, en extase, comme celui de sa croix invisible — « Ma croix a un poids mondial ! » Bouflet, qui rappelle qu'une personne évanouie semble peser très lourd et écarte les récits vagues, présente ce cas suivi par confesseurs et médecins comme un exemple de « contre-lévitation » : non le sentiment d'être devenu lourd, mais celui de ployer sous un poids.[29]
Le P. Mariano Pinho, témoin et premier directeur
Ces phénomènes auraient pu rester ceux d'une exaltée si l'Église ne les avait pas soumis, dès l'origine, à un examen sévère. Le P. Mariano Pinho, jésuite, devient le directeur spirituel d'Alexandrina à partir de 1933-1934, à la demande de Deolinda lors d'une retraite des Filles de Marie.[30][31] Méfiant et méthodique, il consigne minutieusement les extases ; pour éprouver l'authenticité des messages, il va jusqu'à falsifier volontairement les notes qu'il lui relit — Alexandrina, illettrée en matière théologique, corrige infailliblement chaque altération.[32] Pinho deviendra le premier biographe de Balazar avec No Calvário de Balasar.[33]
Vivre de la seule Eucharistie : l'inédie de Balazar (1942-1955)
« Ta nourriture sera ma Chair »
Le vendredi 27 mars 1942, les Passions du vendredi cessent[34] et un signe encore plus radical commence. Selon son témoignage, le Christ lui annonce qu'elle ne se nourrira plus que de Lui.
Elle rapporte que le Christ lui promet alors de ne plus la nourrir que de Lui-même : sa Chair pour nourriture, son Sang pour boisson, sa Vie pour vie.[35]
À partir de ce jour et jusqu'à sa mort le 13 octobre 1955 — soit treize ans et sept mois — Alexandrina ne prend ni aliment solide ni boisson. Sa seule subsistance est la communion quotidienne. Son poids descend jusqu'à environ trente-trois kilos.[36] Ce phénomène, appelé inédie, n'est pas inédit dans l'histoire de la sainteté — de sainte Catherine de Sienne à d'autres mystiques contrôlés — mais il est ici d'une durée et d'une rigueur exceptionnelles. Pour le dossier général du phénomène, on pourra lire Les inédies et le cas le mieux documenté médicalement, L'inédie de Thérèse Neumann.
Quarante jours sous observation médicale (1943)
L'autorité ecclésiastique de Braga ne se contente pas du témoignage de l'entourage. Sur insistance de l'archevêque, et après plusieurs consultations préalables, Alexandrina accepte par obéissance d'être hospitalisée et surveillée.[37] Le 4 juin 1943, le Dr Azevedo et son confesseur lui annoncent la décision des médecins : elle sera placée dans une chambre du Refúgio da Paralisia Infantil, à l'hôpital de Foz do Douro (Porto), sous observation. Prévue pour un mois, la surveillance est portée à quarante jours, du 10 juin au 20 juillet 1943, jour et nuit, par des infirmières se relayant sous la responsabilité du Dr Gomes de Araújo.[38][39]
Le tableau ci-dessous résume les constats consignés par la commission médicale au terme de l'observation.
| Paramètre contrôlé | Constat des médecins (10 juin – 20 juillet 1943) |
|---|---|
| Alimentation solide et liquide | Abstinence absolue pendant les quarante jours, sans exception |
| Poids corporel | Maintenu durant toute la période, sans amaigrissement |
| Température, pouls, respiration | Restés normaux |
| Tension artérielle et analyses de sang | Restées normales |
| Diurèse (élimination urinaire) | Anurie — absence d'élimination, cohérente avec l'absence d'apport |
| Conclusion | Phénomène jugé physiologiquement inexplicable |
Un phénomène « scientifiquement inexplicable »
Le certificat, daté de « Porto, 26 juillet 1943 » et signé notamment par le Dr C. A. de Lima, professeur à la Faculté de médecine de Porto, et le Dr E. A. D. de Azevedo, ne laisse aucune place à l'ambiguïté.
« Il est absolument certain que, durant les quarante jours passés alitée à l'hôpital, la malade n'a ni mangé ni bu […]. Les lois de la physiologie et de la biochimie ne peuvent rendre compte de la survie de cette malade pendant quarante jours de jeûne absolu à l'hôpital. » — Rapport médical des Drs Gomes de Araújo, C. A. de Lima et E. A. D. de Azevedo, Porto, 26 juillet 1943[40]
Le Dr Gomes de Araújo, rattaché par ailleurs à l'Académie royale de médecine de Madrid, qualifia le cas de « scientifiquement inexplicable ».[41] L'enquête ne prouve évidemment pas, à elle seule, l'origine surnaturelle du phénomène ; mais elle établit deux faits que nul ne contesta : le jeûne fut réel et total, et il échappe à toute explication physiologique connue. C'est exactement la conclusion qu'avaient atteinte, quelques années plus tôt, les surveillances médicales de Konnersreuth sur Thérèse Neumann — sans jamais surprendre la moindre fraude.[42]
Victime pour les pécheurs et apôtre du Cœur Immaculé
L'offrande victimale
Le fil conducteur de toute cette vie n'est ni la souffrance pour elle-même, ni le prodige, mais une offrande d'amour. Alexandrina se comprend comme une victime associée au sacrifice du Christ et de l'Eucharistie, pour le salut des pécheurs, des prêtres et de sa propre famille.
Elle s'offre à Jésus comme n'appartenant qu'à lui : sa victime, victime de l'Eucharistie, petite lampe de ses tabernacles.[43]
Cette vocation victimale, loin d'être un dolorisme morbide, s'accompagne d'une joie paradoxale qu'elle reçoit comme une consigne du Christ lui-même.
« Tu recevras très rarement des consolations […]. Je veux que, tandis que ton cœur est rempli de souffrance, sur tes lèvres il y ait un sourire. » — Paroles attribuées à Jésus, citées dans la biographie du Saint-Siège[44]
Le sourire d'Alexandrina, malgré l'agonie permanente, frappa tant ses contemporains que l'exorciste romain Gabriele Amorth intitula sa biographie italienne Dietro un sorriso — « Derrière un sourire ».[45] Sa place naturelle est dans la grande lignée des âmes victimes du XXᵉ siècle.
La consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie (1942)
Le rôle d'Alexandrina dans l'histoire de la dévotion mariale du XXᵉ siècle est largement méconnu. Dès 1936 environ, par l'intermédiaire du P. Pinho, elle transmet aux papes — d'abord Pie XI, puis Pie XII — un message qu'elle attribue au Christ : comme il avait demandé à sainte Marguerite-Marie la dévotion au Sacré-Cœur, il réclame désormais la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, dans le droit fil du message de Fatima.[46][47] En juin 1938, lors d'une retraite prêchée par Pinho à Fatima même, les évêques portugais adressent à Pie XI une demande en ce sens.
En mai 1942, peu avant l'événement, Alexandrina consigne la promesse reçue dans son journal :
« Le cœur du Pape est décidé à consacrer le monde au Cœur de Marie. Quelle grande fortune et quelle joie pour le monde d'appartenir, comme jamais, à la Mère de Dieu ! » — Alexandrina Maria da Costa, Diário, 22 mai 1942[48]
Le 31 octobre 1942, à l'occasion du jubilé d'argent des apparitions de Fatima, Pie XII consacre effectivement le monde au Cœur Immaculé de Marie par un radiomessage adressé au Portugal.[49] Ce lien étroit avec Fatima a valu à Alexandrina d'être parfois surnommée « le quatrième apôtre de Fatima », après les trois petits voyants.[50]
Le P. Umberto Pasquale et la famille salésienne
En 1944, un salésien italien, le P. Umberto Maria Pasquale (1906-1985), devient son second directeur spirituel. C'est lui qui recueillera et conservera ses écrits — son journal, son autobiographie commencée en 1940, et les Sentimentos da Alma dictés à Deolinda entre 1944 et 1948 — et qui établira l'édition de référence de ses textes.[51] La même année, il l'inscrit dans l'Union des Coopérateurs salésiens, la branche laïque de la famille de Don Bosco, à laquelle elle se sentit profondément unie.[52]
« Je me sens en grande union avec les salésiens et avec les coopérateurs du monde entier. » — Alexandrina Maria da Costa, citée dans la biographie du Saint-Siège[53]
« Ne péchez plus ! » — le message d'Alexandrina
L'épitaphe écrite de sa main
Tout le message d'Alexandrina se ramène à un cri : arracher les âmes au péché. Bien avant sa mort, elle compose elle-même l'inscription qu'elle souhaite voir gravée autour de sa tombe — un appel direct aux pécheurs, d'une véhémence toute biblique.
« Pécheurs, si les cendres de mon corps peuvent servir à votre salut, approchez : passez tous dessus, foulez-les jusqu'à les faire disparaître, mais ne péchez plus ! N'offensez plus notre Jésus ! […] Convertissez-vous ! Ne vous résignez pas à perdre Jésus pour l'éternité ! Il est si bon !… Aimez-le ! Aimez-le ! Assez de péchés ! » — Alexandrina Maria da Costa, épitaphe composée de sa main[54]
Ses dernières paroles, le 13 octobre 1955, prolongent exactement ce testament : « Ne péchez plus. Les plaisirs de cette vie ne valent rien », puis : « Je suis heureuse, parce que je vais au Ciel. »[55][56]
L'amour des tabernacles
Le second versant de son message, indissociable du premier, est l'amour de l'Eucharistie délaissée. Elle qui vivait littéralement de l'Hostie ressentait comme une blessure l'abandon des tabernacles par les fidèles.
Elle demande à Jésus que chacune de ses douleurs et chaque battement de son cœur deviennent autant d'actes d'amour pour ses tabernacles délaissés.[57]
Ce double appel — fuir le péché, consoler le Christ eucharistique — explique l'écho considérable qu'eut sa figure, dès après sa mort, dans les mouvements de réparation et d'adoration. Sa spiritualité prolonge celle des grandes âmes réparatrices et rejoint, par d'autres voies, l'attention contemporaine portée à la présence réelle.
La gloire : de la Servante de Dieu à la bienheureuse
Le procès de Braga (1967-1996)
La renommée de sainteté d'Alexandrina, déjà vive de son vivant, se confirme après sa mort. Le procès diocésain est ouvert par la Curie archiépiscopale de Braga en 1967 et se conclut en 1973, après l'audition de quarante-huit témoins.[58] La cause franchit ensuite les étapes romaines.
- 13 octobre 1955Mort en odeur de sainteté
Alexandrina meurt à Balazar à 51 ans, après treize ans et sept mois d'inédie eucharistique.
- 1967Ouverture du procès diocésain
La Curie archiépiscopale de Braga ouvre officiellement l'enquête sur sa vie et ses vertus.
- 1973Clôture de l'enquête diocésaine
Le procès se conclut après l'audition de quarante-huit témoins.
- 3 mars 1995Le miracle de la guérison
Guérison subite et inexpliquée d'une maladie de Parkinson, retenue pour la béatification.
- 12 janvier 1996Déclaration de Vénérable
Le décret reconnaissant l'héroïcité de ses vertus est promulgué ; elle devient Vénérable.
- 20 décembre 2003Décret du miracle
La guérison est approuvée comme miracle attribué à son intercession.
- 25 avril 2004Béatification
Saint Jean-Paul II la proclame bienheureuse place Saint-Pierre.
Elle est déclarée Vénérable le 12 janvier 1996 par le décret sur l'héroïcité de ses vertus — certaines sources salésiennes retiennent le 21 décembre 1995, date probable de l'approbation du décret.[59][60]
Le miracle de la béatification
Le miracle retenu pour la béatification est la guérison de Maria Madalena Azevedo Gomes Fonseca, une émigrée portugaise vivant à Strasbourg, atteinte depuis plusieurs années d'une maladie de Parkinson invalidante. Sa guérison, subite et durable, survient le 3 mars 1995 ; jugée cliniquement inexplicable, elle est approuvée par décret le 20 décembre 2003.[61]
Le 25 avril 2004 : Jean-Paul II
Le 25 avril 2004, sur la place Saint-Pierre, saint Jean-Paul II béatifie Alexandrina Maria da Costa. Dans son homélie, le pape ramène cette existence hors du commun à l'essentiel — l'amour — et en fait un message brûlant pour notre temps.
« "M'aimes-tu ?", demande Jésus à Simon-Pierre […]. La vie de la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa peut se résumer dans ce dialogue d'amour. […] Aimer le Christ : voilà le secret de la sainteté ! » — Saint Jean-Paul II, homélie de béatification, 25 avril 2004[62]
Le pape souligna que cette « épouse de sang », qui revécut mystiquement la Passion et s'offrit en victime pour les pécheurs, « recevait sa force de l'Eucharistie, devenue son unique nourriture durant les treize dernières années de sa vie », et résuma sa devise en trois mots : « souffrir, aimer, réparer ».[63] Bienheureuse fêtée le 13 octobre, jour de sa mort et du miracle du soleil de Fatima, Alexandrina demeure l'une des plus saisissantes figures de l'amour réparateur du XXᵉ siècle.
Pour aller plus loin
- Les âmes victimes — la grande tradition des âmes offertes en réparation, où Alexandrina occupe une place de premier plan aux côtés de Padre Pio, Thérèse Neumann et Marthe Robin.
- Les inédies — le dossier d'ensemble du jeûne mystique total, de sainte Catherine de Sienne à Balazar.
- L'inédie de Thérèse Neumann — le cas contemporain le plus proche, lui aussi contrôlé médicalement.
- Notre-Dame de Fatima et le miracle du soleil (1917) — le message marial dont Alexandrina fut l'écho, et la consécration au Cœur Immaculé qu'elle réclama.
- Saint Jean Bosco (1815-1888) — le fondateur de la famille salésienne, dont Alexandrina devint coopératrice en 1944.
Notes et références
Biographie officielle du Saint-Siège, « Alexandrina Maria da Costa (1904-1955) », publiée à l'occasion de la béatification du 25 avril 2004 : vatican.va. Notice de référence : naissance le 30 mars 1904 à Balasar (Póvoa de Varzim, archidiocèse de Braga) ; saut par la fenêtre le Samedi Saint 1918 pour échapper à un viol ; paralysie et alitement définitif à partir de 1925 ; Passions du vendredi du 3 octobre 1938 au 24 mars 1942 (environ 180 fois) ; inédie eucharistique du 27 mars 1942 à sa mort, « treize ans et sept mois » ; poids descendu à ~33 kg ; coopératrice salésienne en 1944 ; mort le 13 octobre 1955 ; déclarée Vénérable en 1996 ; béatifiée le 25 avril 2004. Citations d'Alexandrina (« d'abord l'abandon ; puis la conformité complète à la volonté de Dieu ; enfin la soif de souffrir » ; « je me sens en grande union avec les salésiens » ; dernières paroles).
1 3 9 13 19 25 31 36 44 46 52 53 55 60Wikipédia (PT), « Alexandrina Maria da Costa » : pt.wikipedia.org. Précise la date d'immobilité totale (« A 14 de Abril de 1925 ficou, definitivamente, de cama, durante trinta anos »), le surnom de « quatrième apôtre de Fatima », la mention de la consécration de Pie XII le 31 octobre 1942, et les dernières paroles (« Não pequem mais. Os prazeres desta vida nada valem »).
2 8 15 17 47 50 56Saint Jean-Paul II, homélie de béatification (Alexandrina Maria da Costa et cinq autres bienheureux), place Saint-Pierre, 25 avril 2004, § 7-8 : vatican.va. Texte original (anglais) : « "Do you love me?" Jesus asks Simon Peter […]. The life of Blessed Alexandrina Maria da Costa can be summarized in this dialogue of love. […] A "spouse of blood", she relived mystically Christ's passion and offered herself as a victim for sinners, receiving strength from the Eucharist: this became her only source of nourishment for the final 13 years of her life. […] Love for Christ is the secret of holiness! » Trilogie « suffer, love and make reparation ».
4 7 24 62 63Rapport médical de l'observation de Foz do Douro, hôpital de Porto, observation continue de quarante jours du 10 juin au 20 juillet 1943, certificat daté « Porto, 26 juillet 1943 », signé par le Dr Henrique Gomes de Araújo (responsable, Académie royale de médecine de Madrid), le Dr C. A. de Lima (professeur à la Faculté de médecine de Porto) et le Dr E. A. D. de Azevedo. Texte original (diffusé en anglais) : « It is absolutely certain that during forty days of being bedridden in hospital, the sick woman did not eat or drink… we testify also that she retained her weight, and her temperature, breathing, blood pressure, pulse and blood were normal… The laws of physiology and biochemistry cannot account for the survival of this sick woman for forty days of absolute fast in the hospital. » Le Dr Araújo qualifia le phénomène de « scientifiquement inexplicable ». Attestation reproduite in extenso dans Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, Paris, 2015, pp. 50-51.
5 39 40 41Alexandrina Maria da Costa, épitaphe composée par elle-même et gravée sur sa tombe au sanctuaire de Balasar — source primaire : l'inscription funéraire elle-même. Texte relevé en portugais : « Pecadores, se as cinzas do meu corpo puderem ser úteis para a vossa salvação, aproximai-vos: passai todos por cima delas, pisai-as até desaparecerem, mas não pequeis mais! Não ofendais mais o nosso Jesus! […] Convertei-vos! Não queirais perder a Jesus por toda a eternidade! Ele é tão bom!… Amai-O! Amai-O! Basta de pecar! » La teneur en est confirmée par la biographie du Saint-Siège, qui cite le souhait d'Alexandrina de voir ces mots inscrits sur sa tombe (« Sinners, if the dust of my body can be of help to save you… But never sin again: do not offend Jesus anymore! … Enough with sin. Love Jesus, love him! »). Le Diário (éd. Pasquale) rapporte le même souhait ; le passage exact n'ayant pu être localisé dans l'édition, il est rendu ici sans verbatim.
6 54Wikipedia (EN), « Alexandrina Maria da Costa » : en.wikipedia.org. Recoupement des faits : père absent, dix-huit mois d'école, travail à la ferme dès l'enfance puis couture avec sa sœur Deolinda ; saut d'environ 4 mètres (13 pieds) ; inédie d'« environ 13 ans » ; parallèle avec les surveillances médicales de Thérèse Neumann.
10 42Mot de la mère d'Alexandrina rapporté par celle-ci dans le récit de son enfance, Diário – Autobiografia (anthologie italienne établie et traduite du portugais par le P. Umberto Maria Pasquale, sdb). La pagination de l'édition n'ayant pu être vérifiée, le propos est rendu ici en paraphrase.
11Alexandrina Maria da Costa, Diário – Autobiografia (éd. Pasquale), récit de la première communion (janvier 1911, à sept ans). La pagination de l'édition n'ayant pu être vérifiée, le récit est rendu ici en paraphrase.
12Alexandrina Maria da Costa, Diário – Autobiografia, chapitre « Il salto dalla finestra ». Texte original italien : « Io, nel vedere il pericolo, mi buttai dalla finestra in giardino, con un salto di circa quattro metri; tentai di rialzarmi, ma non ci riuscii per un forte dolore al ventre. » Le récit nomme les trois agresseurs (l'ancien patron et deux hommes) et la fuite de Deolinda.
14Pronostic du Dr João de Almeida, de Porto, rapporté par Alexandrina dans le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, le fait est repris ici sans verbatim ; il est corroboré par la biographie du Saint-Siège, qui rapporte le diagnostic d'irréversibilité porté par les médecins.
16EWTN, notice « Blessed Alexandrina Maria da Costa » : ewtn.com. Divergence de datation : EWTN situe l'alitement définitif en 1924, là où l'hagiographie portugaise retient le 14 avril 1925. Les deux dates encadrent la même réalité : une paralysie devenue totale et irréversible au milieu des années 1920.
18EWTN, notice « Blessed Alexandrina Maria da Costa ». Première messe célébrée dans la chambre d'Alexandrina le 20 novembre 1933.
20Alexandrina Maria da Costa / P. Umberto Maria Pasquale (éd.), Diário – Autobiografia. Texte original italien : « E di Cristo ricevette il sigillo vivo, il 3 ottobre 1938, quando sofferse la prima volta la Passione del suo Sposo e Signore », et l'inscription écrite de sa main le même jour : « Gesù mi ha condotta dall'Orto al Calvario. »
21 22Paroles attribuées à Jésus durant la Passion, rapportées par Alexandrina dans le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, la demande est rendue ici en paraphrase. Sa devise, « souffrir, aimer, réparer », est reprise dans l'homélie de béatification du 25 avril 2004.
23Sur le nombre de Passions : la biographie du Saint-Siège indique « environ 180 fois » entre le 3 octobre 1938 et le 24 mars 1942 ; plusieurs sources hagiographiques (Marysdowry, Home of the Mother) comptent « 182 occasions ». Les deux chiffres sont rapportés ; l'écart tient au mode de décompte des vendredis sur trois ans et demi.
26EWTN, notice « Blessed Alexandrina Maria da Costa » : Alexandrina demanda au Christ de ne pas recevoir de stigmates visibles ; les seules marques constatées étaient les ecchymoses dues aux chutes pendant les extases.
27Paroles attribuées à Jésus, rapportées par Alexandrina dans le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, elles sont rendues ici en paraphrase.
28Joachim Bouflet, La Lévitation chez les mystiques, Le Jardin des Livres, Paris, 2006, pp. 189-190 (citant Umberto M. Pasquale, Sotto il ciel di Balazar, Rome, 1979, p. 37) : épisode de la pesanteur extraordinaire pendant la montée au Calvaire, avec la réserve méthodologique de l'auteur et l'explication mystique donnée par Alexandrina.
29Deolinda demanda la direction spirituelle du prédicateur, le P. Mariano Pinho, lors d'une retraite des Filles de Marie en 1931, selon le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale) ; la localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, le fait est repris ici sans verbatim. La direction effective d'Alexandrina par Pinho s'établit dans les années suivantes (1933-1934). La biographie du Saint-Siège retient 1934-1941 pour cette direction.
30EWTN, notice « Blessed Alexandrina Maria da Costa » : le P. Mariano Pinho consignait les extases et testait l'authenticité des messages en altérant volontairement ses notes relues, qu'Alexandrina corrigeait à chaque fois.
32P. Mariano Pinho, s.j., No Calvário de Balasar, Edições Paulinas, 1963 (2ᵉ éd. Editorial Apostolado da Oração, Braga, 2005). Première biographie de référence d'Alexandrina, par son premier directeur spirituel.
33Datation de la fin des Passions : la biographie du Saint-Siège et l'hagiographie portugaise situent la dernière Passion au 24 mars 1942, l'inédie commençant le vendredi 27 mars 1942. Quelques notices (EWTN) rapprochent les deux dates. La source primaire (Diário) fait commencer la nouvelle phase de jeûne au 27 mars 1942 — qu'elle appelle « vendredi saint » (« Dal venerdì santo [27 marzo 1942] incominciai a sentirmi morta sul calvario… ») ; au calendrier, le Vendredi saint 1942 tombait le 3 avril.
34Paroles attribuées à Jésus instituant le jeûne, rapportées par Alexandrina dans le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale), à l'ouverture de la phase d'inédie (27 mars 1942). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, elles sont rendues ici en paraphrase.
35Alexandrina accepte l'observation médicale par obéissance à l'archevêque, voyant en tout la volonté de Dieu, selon le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, le fait est repris ici sans verbatim.
37Alexandrina Maria da Costa, Diário – Autobiografia, chapitre « Non più trenta ma quaranta giorni » : annonce le 4 juin 1943 par le Dr Azevedo et le confesseur (P. Alberto) du transfert au Refúgio da Paralisia Infantil de Foz do Douro, d'abord prévu pour un mois, puis porté à quarante jours, sous la responsabilité du Dr Araújo.
38Offrande victimale rapportée dans le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, elle est rendue ici en paraphrase.
43Gabriele Amorth, Dietro un sorriso. Beata Alexandrina Maria da Costa, Elledici (Leumann, Turin). Biographie italienne par l'exorciste du diocèse de Rome ; le titre (« Derrière un sourire ») renvoie au sourire constant d'Alexandrina malgré ses souffrances, attesté par la biographie du Saint-Siège.
45Alexandrina Maria da Costa, Diário, 22 mai 1942. Texte original italien : « Il cuore del Papa è deciso a consacrare il mondo al Cuore di Maria. Che grande fortuna e gioia per il mondo appartenere come mai alla Madre di Dio! » Entrée suivante (24 mai 1942) : « Il mondo è consacrato a Maria. Continua il digiuno. »
48Pie XII, radiomessage au Portugal pour le jubilé d'argent des apparitions de Fatima, 31 octobre 1942, consacrant le monde au Cœur Immaculé de Marie. Cf. Wikipédia (PT), « Alexandrina Maria da Costa » : « A 31 de Outubro de 1942, o Papa Pio XII satisfez esse desejo… » La consécration sera renouvelée le 8 décembre 1942.
49P. Umberto Maria Pasquale, s.d.b. (1906-1985), second directeur spirituel d'Alexandrina à partir de 1944, éditeur de ses écrits ; auteur de Alexandrina (LDC, Turin, 1960) et, en portugais, de Sob o Céu de Balasar (Edições Salesianas, Porto, 1983) et Venerável Alexandrina (6ᵉ éd., Edições Salesianas, Porto, 1998). Il recueillit le journal, l'autobiographie (commencée le 20 octobre 1940) et les Sentimentos da Alma dictés à Deolinda (1944-1948).
51Prière des tabernacles rapportée dans le Diário – Autobiografia (éd. Pasquale). La localisation exacte du passage dans l'édition n'ayant pu être vérifiée, elle est rendue ici en paraphrase.
57Archidiocèse de Braga, dossier de la cause d'Alexandrina Maria da Costa : procès diocésain ouvert par la Curie archiépiscopale de Braga en 1967, conclu en 1973 après l'audition de quarante-huit témoins ; décret sur l'héroïcité des vertus (Vénérable) du 12 janvier 1996 ; miracle retenu : guérison de Maria Madalena Azevedo Gomes Fonseca (maladie de Parkinson) survenue le 3 mars 1995, approuvée par décret le 20 décembre 2003. Certaines sources salésiennes datent la déclaration de Vénérable du 21 décembre 1995 (approbation du décret).
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