Bienheureux Franz Jägerstätter (1907-1943)

Le bienheureux Franz Jägerstätter (1907-1943), paysan autrichien et père de famille, fut décapité par le régime nazi en 1943 pour avoir refusé de porter les armes au service d'Hitler. Seul de son village à voter « non » à l'Anschluss selon la biographie du Vatican, il fut béatifié comme martyr en 2007.

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Franz Jägerstätter — né Franz Huber (Sankt Radegund, 1907 — Brandebourg-Görden, 1943) — est un paysan autrichien, père de famille et sacristain de son village, décapité par le régime national-socialiste le 9 août 1943 pour avoir refusé de porter les armes au service d'Hitler.[1][2] Homme sans instruction théologique, sans réseau, sans appui, il a opposé au Troisième Reich la seule force d'une conscience éclairée par la foi : convaincu qu'un catholique ne pouvait combattre pour une cause qu'il jugeait objectivement injuste, il a préféré la guillotine au parjure.[3][4]

Sa singularité tient à sa solitude. Là où l'on attend d'un martyr qu'il soit soutenu par les siens, Jägerstätter fut découragé par presque tous : par ses voisins, par son curé, par son évêque même, qui lui rappelaient son devoir envers sa femme et ses enfants.[5][6] Il resta seul contre tous — d'où le titre de la biographie qui le fit connaître au monde, In Solitary Witness (« Témoin solitaire »), publiée en 1964 par le sociologue américain Gordon Zahn.[7]

La maison-musée Franz Jägerstätter à Sankt Radegund, le village agricole où naquit et vécut le bienheureux. Source : Wikimedia Commons, Michael Burgholzer, licence CC BY-SA 4.0.

Longtemps considéré comme un excentrique, voire un mauvais patriote, il fut réhabilité juridiquement en 1997, puis reconnu martyr par Benoît XVI et béatifié le 26 octobre 2007 dans la cathédrale de Linz, en présence de sa veuve Franziska, alors âgée de 94 ans.[8][9] Le réalisateur Terrence Malick lui a consacré en 2019 le film Une vie cachée (A Hidden Life), présenté au Festival de Cannes.[10]

Un enfant de la campagne autrichienne (1907-1936)

Naissance à Sankt Radegund : l'enfant qui portait le nom de sa mère

Franz naît le 20 mai 1907 à Sankt Radegund, minuscule commune agricole de Haute-Autriche sise sur la rive droite de la Salzach, la rivière qui marque la frontière avec l'Allemagne (la Bavière).[11][12][13] Il est baptisé dès le lendemain, 21 mai — date qui deviendra plus tard sa fête liturgique.[14] Sa mère, Rosalia Huber, est une servante de ferme non mariée ; l'enfant porte donc d'abord le nom de Franz Huber. Son père biologique, Franz Bachmeier, tombe au front pendant la Première Guerre mondiale, alors que Franz n'a que sept ans.[15][16]

Trop pauvre pour élever seule son fils, Rosalia le confie d'abord à sa propre mère, Elisabeth Huber, femme d'une piété robuste qui marque durablement l'enfant.[17] En 1917, Rosalia épouse un paysan de Sankt Radegund, Heinrich Jägerstätter, qui adopte le garçon et lui transmet à la fois son nom et sa ferme.[18][19] C'est ainsi que Franz Huber devient Franz Jägerstätter — héritier d'une terre et d'un nom qu'il n'aurait jamais dû porter.

Une jeunesse robuste : la moto et les bagarres

Rien, dans la jeunesse de Franz, ne laisse présager le martyr. Élève doué — il fréquente l'école primaire de 1913 à 1921 —, il doit ensuite travailler la terre et grandit en garçon gai, vigoureux et bagarreur.[20][21] Il travaille quelque temps dans les mines de fer d'Eisenerz, revient au village, et se distingue par un fait qui en dit long sur son tempérament : il est le premier de Sankt Radegund à posséder une moto.[22][23] Il purge même quelques jours de prison à la suite d'une rixe avec des membres de la Heimwehr, le mouvement paramilitaire nationaliste actif dans l'Autriche de l'entre-deux-guerres, selon son biographe Gordon Zahn.[24]

Cette jeunesse ardente n'est pas un détail : elle interdit de faire de Jägerstätter un dévot désincarné. Le témoin de 1943 n'est pas un homme naturellement doux, mais un homme fort qui a converti sa force — celle du bagarreur — en force de résistance intérieure.

Hildegard, la fille de 1933

De cette période tumultueuse naît, en 1933, une fille illégitime, Hildegard, dont la mère est une servante de ferme, Theresia Auer.[25][26] Loin de fuir ses responsabilités, Franz reconnaît l'enfant et subvient à ses besoins de son plein gré.[27] Ce trait est révélateur : bien avant sa « conversion » spectaculaire, l'homme porte déjà en lui un sens aigu de la responsabilité et de la vérité, refusant le mensonge et la dérobade — les deux mêmes vertus qui, dix ans plus tard, le conduiront à l'échafaud.

La conversion d'un paysan (1936-1938)

Le mariage du Jeudi saint et le pèlerinage à Rome

L'achèvement d'un tournant amorcé dès 1934 — année où Franz songeait à devenir frère convers — porte un visage : celui de Franziska Schwaninger, une jeune femme profondément croyante qu'il épouse le 9 avril 1936 — un Jeudi saint, jour de l'institution de l'Eucharistie.[28][29][30] Le choix de cette date n'a rien d'anodin. Au lieu de la fête villageoise coutumière, les jeunes mariés partent en pèlerinage à Rome, où, selon plusieurs biographies, ils reçoivent la bénédiction du pape Pie XI, selon le Denver Catholic.[31]

Frise synthétique — illustration originale Ignispedia créée par IA.

L'influence de Franziska est déterminante. Ce n'est pas elle qui rend Franz pieux par contrainte : c'est une émulation réciproque, un couple qui se tire mutuellement vers le haut. Franz commence à communier fréquemment, à lire quotidiennement la Bible, à étudier les lettres pastorales et la littérature spirituelle.[32] Ses contemporains décrivent un changement si net qu'il semble « saisi par une force supérieure ».[33]

Sacristain et tertiaire franciscain

Cette foi ne reste pas privée : elle devient service. Dès 1936, après son mariage, le curé Josef Karobath lui confie la charge de sacristain (Mesner) de l'église paroissiale de Sankt Radegund — soin de l'autel, des ornements, préparation des offices —, qu'il exerce ensuite pendant toute la guerre.[34][35] Le 8 décembre 1940, il entre dans le Tiers-Ordre de Saint-François, s'engageant à vivre l'idéal franciscain de pauvreté, de pénitence et de paix au cœur de sa vie de laïc marié.[36][37]

Trois filles naissent de son union : Rosalia (1937), Maria (1938) et Aloisia (1940).[38] Rien, dans cette vie, ne le désigne pour l'histoire : un paysan, une épouse, trois enfants, une église de village. C'est précisément dans cette obscurité qu'il faut lire son témoignage : ce que Dieu allait accomplir, il l'accomplirait à travers un homme que le monde ne remarquait pas.

Une foi nourrie de l'Écriture et de l'expérience

Jägerstätter n'était ni théologien ni polémiste. Sa doctrine, il la puisait dans l'Évangile lu à genoux et dans l'observation lucide de son temps. Dès le milieu des années 1930, il écrivait à son filleul Franz Huber :

« Je peux dire, par ma propre expérience, combien la vie est souvent douloureuse lorsqu'on vit en chrétien à moitié : c'est plutôt végéter que vivre. » — Franz Jägerstätter, lettre à son filleul Franz Huber, vers 1935-1936[39]

Cette phrase est la clef de tout. Le refus de 1943 n'est pas un coup d'éclat isolé : il est la conséquence logique d'un homme qui, dès le milieu des années 1930, avait renoncé au christianisme « à moitié ».

Le catholique contre le national-socialisme (1938-1943)

Le « Non » du plébiscite de l'Anschluss

En mars 1938, les troupes allemandes entrent en Autriche : c'est l'Anschluss, l'annexion du pays au Reich. Le régime organise le 10 avril 1938 un plébiscite destiné à faire ratifier l'annexion par un vote massivement favorable. À Sankt Radegund, Franz Jägerstätter est, selon la biographie officielle publiée par le Saint-Siège pour sa béatification, le seul du village à oser voter « Non ».[40] Les autorités locales, gênées, suppriment purement et simplement sa voix et proclament un résultat unanime.[41]

Ce vote solitaire fixe déjà toute la trajectoire de l'homme. Refusant tout avantage du nouveau régime, il décline le poste de maire qu'on lui propose, ne réclame aucune allocation, ne verse rien au parti, et se retire peu à peu de la vie publique du village.[42][43] Il avait pressenti la nature spirituelle du combat : voyant nombre de catholiques se rallier au nouveau régime, il écrit, d'après les récits qui rapportent ses lignes, ne guère voir d'heure plus triste pour la vraie foi chrétienne dans son pays.[44]

Le rêve du train qui roule vers l'enfer

Au début de l'année 1938, Jägerstätter fait un songe — un rêve ou une apparition (Traum oder Erscheinung, selon ses propres mots) — qui le marque profondément et qu'il consignera par écrit quelques années plus tard, dans ses cahiers de 1941-1943.[45] Il voit une foule immense se presser vers un train magnifique, et entend une voix déclarer : « Ce train roule vers l'enfer. »[46][47] Longtemps énigmatique à ses yeux, l'image se dévoile peu à peu : ce train, c'est le national-socialisme entraînant les masses dans sa course, avec toutes ses organisations et ses séductions.

Le rêve du train de 1938 — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Son interprétation est un appel au réveil des consciences :

« Je voudrais crier à quiconque se trouve dans ce train : "Sautez, avant que ce train n'entre en gare terminale, dût-il vous en coûter la vie !" Ainsi, je crois que Dieu m'a montré assez clairement, par ce rêve, et déposé au cœur, la décision à prendre : national-socialiste — ou catholique ! » — Franz Jägerstätter, récit du rêve, cahiers de 1941-1943[48]

Le dilemme est posé en ces termes tranchants dès 1938 : non pas « obéir ou désobéir », mais appartenir au Christ ou à l'idole. Toute la suite n'en sera que le déploiement fidèle.

« Peut-on être en même temps soldat du Christ et soldat du national-socialisme ? »

Homme de raison autant que de foi, Jägerstätter ne se contente pas d'un refus instinctif : il argumente. Dans la liste des questions qu'il prépare pour son entretien avec l'évêque Fließer, il pose celle qui résume tout son cas de conscience :

« Qui peut à la fois être soldat du Christ et soldat du national-socialisme, combattre pour la victoire du Christ et de son Église et pour la victoire du national-socialisme ? » — Franz Jägerstätter, 11ᵉ question préparée pour l'entretien avec Mgr Fließer[49]

Il avait sous les yeux les preuves de l'incompatibilité : la persécution de l'Église, la fermeture des couvents, l'arrestation de prêtres — dont son propre curé, Josef Karobath, exilé par les nazis[50] — et les rumeurs, bientôt confirmées, du programme d'euthanasie des malades et des handicapés (Aktion T4).[51] Pour lui, servir un tel régime les armes à la main, c'était se rendre complice de ses crimes.

Le refus (1940-1943)

Les premières mobilisations et le serment de 1940

La chronologie de son refus est plus nuancée qu'on ne le croit souvent, et la rigueur historique l'exige. Jägerstätter n'a pas refusé toute obéissance dès le premier jour. Une première fois appelé en juin 1940, il ne passe que quelques jours à Braunau avant d'être renvoyé à la ferme ; instruit comme conducteur à la garnison d'Enns d'octobre 1940 à avril 1941, il prête même le serment au drapeau exigé de tous les conscrits.[52] Il est ensuite renvoyé chez lui en avril 1941, classé « indispensable » à l'exploitation agricole à la demande de sa commune.[53]

Quand il rentre en avril 1941, sa résolution est déjà prise : il ne portera pas les armes pour ce régime.[54]

L'évêque Fließer et l'argument de la famille

Avant de franchir le pas, Jägerstätter cherche conseil auprès de l'Église. Accompagné de Franziska, il se rend à Linz consulter l'évêque, Mgr Joseph Fließer.[55][56] La rencontre le déçoit. Le prélat, prudent et soucieux de ne pas exposer inutilement un père de famille, lui oppose l'argument classique du devoir d'état : sa première responsabilité est envers sa femme et ses enfants, et il ne pouvait s'engager sur le chemin du martyre que s'il était certain d'y être appelé par une vocation extraordinaire venue d'en haut, et non par sa seule conviction personnelle.[57][58]

En sortant de l'évêché, Franz confie à sa femme — qui rapportera ses mots — sa déception devant la gêne de son interlocuteur :

« Ils n'osent pas eux-mêmes, sinon ce serait leur tour ensuite. » — Franz Jägerstätter à Franziska, au sortir de l'entrevue avec Mgr Fließer[59]

L'évêque, qui ne connaissait pas Jägerstätter, pouvait le prendre pour un espion : depuis une perquisition menée en 1940, la Gestapo surveillait les contacts entre soldats et clergé.[60] Lui-même, du reste, refusait d'accabler ses pasteurs : « Ne jetons pas de pierres à nos évêques et à nos prêtres… Prions plutôt pour eux. »[61]

L'évêque lui conseille donc la prudence, selon la morale alors dominante ; mais Franz n'est pas sans soutien : Franziska soutient sa décision, et plus tard, en prison, l'aumônier Heinrich Kreutzberg le fortifiera de manière décisive.[62][63] L'Église, du reste, reconnaîtra son témoignage : jugement annulé en 1997, martyre reconnu en 2007.[64][65]

Le refus de mars 1943, les prisons de Linz et de Berlin-Tegel

En février 1943, un nouvel ordre de mobilisation — daté du 23 février — lui parvient. Avant même son arrestation, il écrit au curé Josef Karobath :

« Tout le monde me dit, bien sûr, que je ne devrais pas faire ce que je fais, à cause du danger de mort. » — Franz Jägerstätter, lettre au curé Josef Karobath, février 1943[66]

Cette fois, sa décision est prise. Le 1er mars 1943 vers 11 h 45, il se présente à la garnison d'Enns ; le 2 mars au matin, il déclare son refus du service armé.[67][68] Arrêté aussitôt, il est transféré le jour même à la prison d'instruction de Linz, puis, le 4 mai 1943, à la prison militaire de Berlin-Tegel.[69]

En prison, après un mois d'avril 1943 éprouvant, il consolide sa résolution. Il apprend, par l'aumônier Heinrich Kreutzberg, l'exécution du père pallottin Franz Reinisch, décapité l'année précédente pour avoir refusé le serment à Hitler : ce précédent d'un prêtre allant jusqu'au bout dissipe ses derniers doutes.[70] Bien avant la guerre, il avait déjà écrit à son filleul Franz Huber, vers 1935-1936 :

« Depuis la mort du Christ, presque chaque siècle a connu la persécution des chrétiens ; il y a toujours eu des héros et des martyrs qui ont donné leur vie — souvent de façon atroce — pour le Christ et pour leur foi. Si nous espérons atteindre un jour notre but, alors nous aussi devons devenir des héros de la foi. » — Franz Jägerstätter, lettre à son filleul, vers 1935-1936[71]

Le procès et le martyre (1943)

Le Tribunal de guerre du Reich (6 juillet 1943)

Le 6 juillet 1943, Franz Jägerstätter comparaît devant le Reichskriegsgericht (Tribunal de guerre du Reich) à Berlin. Le chef d'accusation est la Wehrkraftzersetzung — la « démoralisation de la force armée », c'est-à-dire le sabotage de l'effort de guerre par le refus de servir.[72][73] Le verdict tombe le jour même : condamnation à mort, assortie de la perte de la dignité militaire et des droits civiques. Le 14 juillet, la sentence est confirmée par l'amiral Max Bastian.[74]

Jusqu'au bout, on lui propose une échappatoire : en se rétractant, il aurait probablement la vie sauve — mais au prix d'une peine de prison à purger après la guerre et d'un envoi immédiat au front dans une unité de mise à l'épreuve.[75] Il refuse.

L'offre du service de brancardier, refusée par le tribunal

Schéma de discernement moral — illustration originale Ignispedia créée par IA.

On a parfois caricaturé Jägerstätter en fanatique du refus. La vérité est plus fine. Devant le tribunal, il ne réclame pas l'inaction : il se déclare prêt à servir comme brancardier ou infirmier militaire (Sanitäter), au nom du commandement « tu aimeras ton prochain comme toi-même », afin de soigner sans avoir à tuer.[76][77] C'est le tribunal qui rejette cette offre. Son objection n'était donc pas un refus lâche de tout devoir, mais un refus précis de collaborer à ce qu'il tenait pour une guerre injuste et pour les crimes du régime.

Brandebourg-Görden, 9 août 1943

Le 9 août 1943, Franz Jägerstätter est transféré à la prison de Brandebourg-Görden, près de Berlin. L'après-midi même, vers seize heures, il est décapité à la guillotine.[78][79] Il a trente-six ans. Son corps est incinéré ; ses cendres seront rapatriées et inhumées au cimetière de Sankt Radegund en 1946, contre le mur de l'église où il avait été sacristain.[80]

Le bâtiment principal du Zuchthaus Brandenburg-Görden, lieu de l'exécution de Franz Jägerstätter le 9 août 1943. Source : Bundesarchiv / Wikimedia Commons, Georg Pahl, licence CC BY-SA 3.0 DE.

Le jour même où l'Église fête aujourd'hui sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein), carmélite allemande morte à Auschwitz un an plus tôt jour pour jour, un autre témoin du Christ scellait dans le sang sa fidélité. C'est pourquoi la fête de Jägerstätter fut fixée non au 9 août, mais au 21 mai, anniversaire de son baptême.[81][82]

Le témoignage du père Jochmann

Le témoin le plus bouleversant de ses dernières heures est le père Albert Jochmann, curé de Brandebourg qui remplace ce jour-là l'aumônier absent. Il propose au condamné de lire quelques passages de l'Écriture ; Jägerstätter refuse doucement, non par mépris du texte sacré, mais parce qu'il est déjà tout entier tourné vers Dieu :

« Je suis entièrement uni au Seigneur dans une union intérieure, et toute lecture ne ferait qu'interrompre ma communication avec mon Dieu. » — Franz Jägerstätter, au père Jochmann (traduction de la rédaction)[83][84]

Le soir de l'exécution, le père Jochmann, encore sous le choc, confie à des religieuses autrichiennes une parole devenue célèbre :

« Je peux dire avec certitude que cet homme simple est le seul saint que j'aie rencontré de toute ma vie. » — Père Albert Jochmann[85][86]

La spiritualité du témoin solitaire

Conscience et obéissance : le vrai débat

Le cas Jägerstätter est, avant tout, un cas de conscience. Tous ses interlocuteurs lui opposaient l'exhortation de saint Paul : « Que tout homme soit soumis aux autorités » (Rm 13, 1). Lui ne niait pas le devoir d'obéissance légitime ; il lui opposait la réponse des Apôtres : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29).[87] Sa position rejoint exactement la doctrine catholique de la conscience, que le Catéchisme rappelle : « L'homme a le droit d'agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales. "L'homme ne doit pas être contraint d'agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d'agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse" » (CEC 1782).[88]

Là où beaucoup se réfugiaient derrière l'ordre reçu — le fameux « je n'ai fait qu'obéir » que Nuremberg récusera —, Jägerstätter comprenait qu'une obéissance à un ordre injuste n'excuse pas celui qui l'exécute :

« Ne serait-il pas plus chrétien de s'offrir soi-même en victime tout de suite, plutôt que de devoir d'abord assassiner d'autres hommes, qui ont certainement le droit de vivre et veulent vivre, juste pour prolonger un peu sa propre vie ? » — Franz Jägerstätter, écrits de prison[89][90]

Le martyre comme configuration au Christ

La force de Jägerstätter ne fut pas politique mais eucharistique. Marié un Jeudi saint, sacristain de l'autel, il avait fait de sa vie une offrande. Son refus n'est pas d'abord un « non » à Hitler : c'est un « oui » au Christ poussé jusqu'à ses dernières conséquences. Il ne cherchait ni la gloire ni même l'efficacité — il savait sa mort inutile aux yeux du monde, un grain de sable perdu. Mais il croyait à la fécondité cachée du sacrifice, selon la loi du grain de blé (Jn 12, 24).

C'est le paradoxe central de sa figure : un martyre sans public, sans effet immédiat, sans reconnaissance. Aucune foule ne l'acclama, aucun réseau ne le récupéra. Il mourut convaincu que le seul regard qui comptait était celui de Dieu — et c'est cette gratuité qui fait de lui, aujourd'hui, l'un des plus purs témoins du XXᵉ siècle.

La vérité plutôt que le mensonge qui sauve

Ce qui frappe dans ses derniers écrits, c'est le refus de tout compromis qui sauverait sa vie au prix de sa foi :

« Je n'échangerais ma petite cellule sale contre aucun palais royal, s'il me fallait abandonner ne serait-ce qu'une petite part de ma foi. » — Franz Jägerstätter, écrits de prison (traduction de la rédaction)[91]

Pour Jägerstätter, sauver son corps au prix de son âme n'était pas sauver sa vie : c'était la perdre au sens le plus grave. Il rejoignait ainsi la parole du Christ : « Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? » (Mt 16, 26).

De l'oubli à la gloire des autels

Gordon Zahn et In Solitary Witness

Après la guerre, la mémoire de Jägerstätter reste embarrassante. Dans son propre village, on le tient longtemps pour un fanatique ou un mauvais père ; sa veuve doit attendre 1950 pour obtenir une modeste pension.[92] C'est un Américain, le sociologue et pacifiste catholique Gordon Zahn, qui l'arrache à l'oubli en publiant en 1964 In Solitary Witness: The Life and Death of Franz Jägerstätter, première biographie sérieuse fondée sur les archives et les témoignages.[93] Le moine trappiste Thomas Merton lui consacre à son tour un chapitre en 1968. De témoin oublié, Jägerstätter devient une référence mondiale de l'objection de conscience.

Sa réhabilitation juridique suit lentement : le 7 mai 1997, le tribunal régional de Berlin annule officiellement le jugement de 1943.[94] La voie de la reconnaissance ecclésiale est désormais ouverte.

  1. 20 mai 1907
    Naissance à Sankt Radegund

    Franz Huber naît d'une mère célibataire ; il sera adopté en 1917 par Heinrich Jägerstätter.

  2. 9 avril 1936
    Mariage un Jeudi saint

    Il épouse Franziska Schwaninger et part en pèlerinage de noces à Rome.

  3. 10 avril 1938
    Le « Non » à l'Anschluss

    Seul de son village à voter « non », selon la biographie du Vatican ; sa voix est supprimée par les autorités.

  4. 2 mars 1943
    Refus du service armé

    Entré la veille à la caserne d'Enns, il déclare son objection ; arrestation et prison à Linz, puis Berlin-Tegel.

  5. 6 juillet 1943
    Condamnation à mort

    Le Reichskriegsgericht le condamne pour « démoralisation de la force armée ».

  6. 9 août 1943
    Martyre à Brandebourg-Görden

    Il est décapité à la guillotine, à 36 ans, après avoir refusé une dernière échappatoire.

  7. 26 octobre 2007
    Béatification à Linz

    Reconnu martyr par Benoît XVI, il est proclamé bienheureux en présence de sa veuve Franziska.

Franziska, la veuve centenaire

L'histoire de Jägerstätter est inséparable de celle de sa femme. Franziska Jägerstätter ne renia jamais le choix de son mari : elle porta sa mémoire pendant sept décennies, éleva seule leurs filles, et vécut assez longtemps pour voir la réhabilitation puis la béatification de celui qu'on avait déshonoré. Elle s'éteignit à Sankt Radegund le 16 mars 2013, à l'âge de cent ans.[95][96] Son témoignage silencieux — celui d'une épouse qui a consenti au sacrifice sans le subir passivement — est une part essentielle de la sainteté du couple.

La béatification du 26 octobre 2007

Le processus diocésain de béatification s'ouvre à Linz en 1997.[97] Le 1er juin 2007, Benoît XVI autorise la promulgation du décret reconnaissant le martyre in odium fidei — la mort infligée en haine de la foi, qui dispense de l'exigence d'un miracle.[98][99] La cérémonie a lieu le 26 octobre 2007 dans la cathédrale de l'Immaculée-Conception de Linz (Mariendom), présidée par le cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, au nom du pape.[100][101]

ÉtapeDateAutorité
Annulation du jugement de 19437 mai 1997Tribunal régional de Berlin
Ouverture de la cause diocésaine1997Diocèse de Linz
Reconnaissance du martyre1er juin 2007Benoît XVI
Béatification26 octobre 2007Cardinal José Saraiva Martins (légat)
Fête liturgique fixée—21 mai
Franziska Jägerstätter photographiée en 2008, un an après la béatification de son mari. Source : Wikimedia Commons, Schlawei, licence CC BY-SA 3.0.

Autour de sa veuve, âgée de quatre-vingt-quatorze ans, une soixantaine de membres de la famille — filles, petits-enfants et arrière-petits-enfants — assistent à la cérémonie.[102] En 2016, des reliques du bienheureux sont scellées dans l'autel de l'église paroissiale de Sankt Radegund, dont il devient co-patron.[103]

Une vie cachée : Malick et le rayonnement contemporain

En 2019, le cinéaste américain Terrence Malick consacre à Jägerstätter le film A Hidden Life (Une vie cachée), présenté au Festival de Cannes, qui porte son histoire à un large public.[104] Le titre, emprunté à la romancière George Eliot, dit l'essentiel : la part que joue dans le bien du monde une multitude d'actes cachés, non historiques. Le pape François lui-même l'a proposé aux jeunes en exemple : dans son message aux participants de la Rencontre des jeunes de l'Union européenne à Prague, publié le 11 juillet 2022, il écrit que « malgré les flatteries et les tortures, Franz préférait être tué que de tuer ».[105]

Ce que le bienheureux Franz Jägerstätter enseigne aujourd'hui

L'histoire de Franz Jägerstätter dérange autant qu'elle édifie, car elle interroge chaque conscience sur sa propre capacité à dire « non ». Trois leçons demeurent :

  • La conscience droite prime sur le consensus. Jägerstätter avait contre lui les urnes, les voisins, les notables et jusqu'à son évêque. Il a montré qu'une vérité ne cesse pas d'être vraie parce qu'on est seul à la tenir. La sainteté n'est pas affaire de majorité.
  • On ne peut servir deux maîtres. Son refus de la tiédeur — « végéter plutôt que vivre » — n'était pas du rigorisme, mais la logique du baptême. « National-socialiste ou catholique » : il refusait le compromis qui dissout la foi dans l'idéologie régnante.
  • La fécondité du témoignage caché. Sa mort parut inutile ; elle est aujourd'hui lumière pour des millions. Dieu se sert des « vies cachées » — un paysan, une épouse fidèle — pour confondre la puissance des empires.

« Vous savez pourtant ce que le Christ a dit : qui aime père, mère, épouse et enfants plus que moi n'est pas digne de moi. » — Franz Jägerstätter, lettre du 8 août 1943[106]

Béatifié comme martyr, Franz Jägerstätter n'est pas d'abord un héros politique : il est un témoin de la conscience, qui a préféré perdre sa tête plutôt que son âme. En un siècle qui a couvert ses crimes du prétexte de l'obéissance, il rappelle qu'aucun ordre humain ne peut délier l'homme de son devoir envers Dieu.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipedia (EN), "Franz Jägerstätter" : en.wikipedia.org/wiki/Franz_Jägerstätter. Né Franz Huber le 20 mai 1907 à Sankt Radegund (Haute-Autriche), baptisé le 21 mai 1907 ; mère Rosalia Huber (servante non mariée), père biologique Franz Bachmeier tué durant la Première Guerre mondiale ; élevé par sa grand-mère Elisabeth Huber puis adopté en 1917 par Heinrich Jägerstätter ; jeunesse robuste, première moto du village, mines d'Eisenerz ; fille Hildegard (1933) ; mariage le 9 avril 1936 (Jeudi saint) avec Franziska Schwaninger, pèlerinage de noces à Rome ; filles Rosalia (1937), Maria (1938), Aloisia (1940) ; Tiers-Ordre franciscain le 8 décembre 1940 ; « Non » solitaire au plébiscite de l'Anschluss du 10 avril 1938 ; entré à la caserne d'Enns le 1er mars 1943 au soir, refus déclaré le 2 mars, prisons de Linz puis Berlin-Tegel ; programme d'euthanasie T4 compté parmi les motifs du refus ; phrase sur le don de soi comme victime plutôt que le meurtre d'autrui citée en entier ; condamné à mort le 6 juillet 1943 par le Reichskriegsgericht pour Wehrkraftzersetzung, avec perte de la dignité militaire et des droits civiques ; décapité le 9 août 1943 à Brandebourg-Görden ; cendres inhumées à Sankt Radegund en 1946 ; jugement annulé le 7 mai 1997 ; martyre reconnu en juin 2007, béatifié le 26 octobre 2007 à Linz par le cardinal José Saraiva Martins ; fête le 21 mai ; biographie de Gordon Zahn (1964) ; film de Terrence Malick A Hidden Life (2019).

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  2. Wikipedia (DE), "Franz Jägerstätter" : de.wikipedia.org/wiki/Franz_Jägerstätter. Précisions : adoption/prise du nom Jägerstätter en 1917 ; approfondissement religieux après le mariage (messe fréquente, lecture quotidienne de la Bible, lettres pastorales) ; suppression administrative de sa voix « Nein » au plébiscite ; première incorporation en juin 1940 (quelques jours à Braunau), instruction comme conducteur à Enns d'octobre 1940 à avril 1941, renvoi comme « indispensable » ; ordre de mobilisation du 23 février 1943, présentation à Enns le 1er mars, refus déclaré et transfert à Linz le 2 mars, Berlin-Tegel le 4 mai 1943 ; précédent Reinisch appris par l'aumônier Heinrich Kreutzberg ; condamnation du 6 juillet 1943, confirmation par l'amiral Max Bastian le 14 juillet ; disponibilité déclarée pour le service sanitaire (Sanitätsdienst), écartée par le tribunal ; décapitation le 9 août 1943 vers 16 h ; autorisation de la reconnaissance du martyre par Benoît XVI le 1er juin 2007 ; fête au 21 mai ; épouse Franziska née le 4 mars 1913, morte le 16 mars 2013 à 100 ans ; béatification du 26 octobre 2007 au Mariendom de Linz.

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  3. CatholicEducation Resource Center (CERC), "Austrian Farmer Franz Jägerstätter" : catholiceducation.org. Les traductions françaises du corps sont celles de la rédaction, faites d'après ce relais anglais et l'édition Putz. Originaux anglais : « I can say from my own experience how painful life often is when one lives as a halfway Christian; it is more like vegetating than living » ; « ...there have always been heroes and martyrs... then we, too, must become heroes of the faith » ; « I am completely bound in inner union with the Lord, and any reading would only interrupt my communication with my God » (cette dernière parole est confirmée en anglais par la biographie du Vatican) ; parole du père Jochmann : « I can say with certainty that this simple man is the only saint I have ever met in my lifetime ».

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  4. Forum OÖ Geschichte (ooegeschichte.at), biographie "Franz Jägerstätter" : ooegeschichte.at. Contexte régional haut-autrichien ; persécution de l'Église et exil du curé ; entrevue avec l'évêque Fließer à Linz et argument de la responsabilité familiale ; rôle du vicaire Ferdinand Fürthauer, qui accompagna Franziska à Berlin en juillet 1943 ; écrits de 1942-1943 sur le refus de tuer et de piller.

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  5. Gordon C. Zahn, In Solitary Witness: The Life and Death of Franz Jägerstätter, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1964 (rééd. Templegate). Première biographie de référence, fondée sur les archives et les témoignages recueillis à Sankt Radegund ; ouvrage qui fit connaître Jägerstätter au monde. Thomas Merton lui consacra un chapitre dans Faith and Violence (1968). Faits de jeunesse rapportés par Zahn et repris avec pages par la Wikipedia anglophone : première moto du village (pp. 24-25), rixe avec des membres de la Heimwehr et quelques jours de prison (pp. 25, 27-28), travail dans les mines de fer d'Eisenerz (pp. 28-30, 32).

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  6. Catholic News Agency, "Pope Francis: Conscientious objector Bl. Franz Jägerstätter an example for youth" : catholicnewsagency.com. Le pape François présente Jägerstätter comme un modèle d'objection de conscience et de fidélité à la voix intérieure de Dieu face au totalitarisme.

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  7. Wikipedia (DE), « St. Radegund » : de.wikipedia.org/wiki/St._Radegund. La commune « liegt am rechten Ufer der Salzach, die zwischen der Stadt Salzburg und ihrer Einmündung von rechts in den Inn die Grenze zu Deutschland bildet » ; communes voisines bavaroises : Burghausen au nord et Tittmoning à l'ouest.

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  8. Erna Putz (éd.), Franz Jägerstätter: Letters and Writings from Prison, Maryknoll (NY), Orbis Books, 2009 (ISBN 978-1-57075-826-3) — édition anglaise des lettres et écrits ; édition allemande : Gefängnisbriefe und Aufzeichnungen, Linz/Passau, 1987. Biographie de référence : Erna Putz, Diözese Linz, 2007 (ISBN 978-3-902427-39-7). Passages cités dans cet article : lettre au filleul Franz Huber, vers 1935-1936 (Putz 2007, p. 12, n. 2 ; Gefängnisbriefe, 1987, p. 81) ; récit du rêve du train, cahiers de 1941-1943 (Gefängnisbriefe, p. 126 s. ; Putz 2007, p. 41-43) ; 11ᵉ question préparée pour l'entretien avec Mgr Fließer (Putz 2007, p. 72-74 ; Gefängnisbriefe, p. 177 s.) ; propos au sortir de l'évêché, rapportés par Franziska : « Sie trauen sich selber nicht, sonst kommen's selber dran » (Putz 2007, p. 74) ; lettre au curé Josef Karobath, février 1943 : « Es heißt zwar immer, man soll das nicht tun wie ich, wegen Lebensgefahr » (Putz 2007, p. 81-82) ; réponse à Rm 13 par Ac 5, 29 (Putz 2007, p. 76) ; « Werfen wir aber deswegen keine Steine auf unsre Bischöfe und Priester… Beten wir lieber für sie » (Putz 2007, p. 43-44) ; sort des objecteurs rétractés : peine à purger après la guerre et envoi au front (Putz 2007, p. 103-104) ; lettre du 8 août 1943 : « Ihr wisst doch, was Christus gesagt hat : Wer Vater, Mutter, Gattin und Kinder mehr liebt als mich, ist meiner nicht wert » (Putz 2007, p. 108-109) ; dernières heures et parole du père Jochmann rapportée par des religieuses autrichiennes (Putz 2007, p. 118-120) ; passage sur le don de soi comme victime plutôt que le meurtre d'autrui : original allemand « Es kann unmöglich ein Verbrechen oder eine Sünde sein, wenn man als Katholik einfach die jetzige Militärpflicht verweigert, obwohl einer dann den sicheren Tod vor Augen hat, ist es denn nicht christlicher, sich selbst als Opfer hinzugeben, als daß man zuerst noch andre morden muß, die ja auch ein Lebensrecht auf Erden besitzen und leben wollen, um sich selbst noch auf eine kleine Weile das Leben zu retten » (Gefängnisbriefe, p. 151, d'après Mgr Manfred Scheuer, « Zur Seligsprechung von Franz Jägerstätter », Stimmen der Zeit (Herder), n. 33 : « Ebd. 151 »).

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  9. Saint-Siège, « Bl. Franz Jägerstätter (1907-1943) — Biography », biographie officielle publiée pour la béatification du 26 octobre 2007 : vatican.va. Né Franz Huber le 20 mai 1907 de Rosalia Huber et Franz Bachmeier, adopté sous le nom de Jägerstätter en 1917 ; premier de son village à posséder une moto ; devenu sacristain (sexton) en 1936 ; seul citoyen du village (only local citizen) à voter contre l'Anschluss en 1938 ; original anglais de la parole au père Jochmann : « I am completely bound in inner union with the Lord, and any reading would only interrupt my communication with my God ».

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  10. Denver Catholic (archidiocèse de Denver), « Solitary, but not Alone » (28 mars 2016, page archivée) : denvercatholic.org (archive). Mariage le Jeudi saint 1936 ; bénédiction du pape Pie XI reçue pendant le voyage de noces à Rome (« On their honeymoon, they received a papal blessing from Pope Pius XI ») ; charge de sacristain exercée ensuite à l'église du village. Paraphrase du corps d'après l'original anglais : « I believe there could scarcely be a sadder hour for the true Christian faith in our country » ; version plus complète chez William Doino Jr., « Franz Jägerstätter: Martyr and Model », First Things, 25 octobre 2007 : « …than this hour when one watches in silence while this error spreads its ever-widening influence. » Aucune édition imprimée des écrits (Putz) ne donnant la page de ce propos de 1938, il est rendu en paraphrase et non en citation.

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  11. Universität Innsbruck — Leseraum (Institut de théologie), « Franz Jägerstätter — "Dieser Zug fährt in die Hölle" » : uibk.ac.at/theol/leseraum/texte/594.html. Il s'agit d'une conférence de J. Niewiadomski prononcée le 9 août 2005, et non de la source du récit : le texte du rêve se trouve dans E. Putz (éd.), Gefängnisbriefe und Aufzeichnungen, Linz/Passau, 1987, p. 126 s. (cf. Putz 2007, p. 43, n. 50).

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  12. The National WWII Museum (New Orleans), "The Story of Austrian Catholic Resister Franz Jägerstätter" : nationalww2museum.org. Contexte de la résistance catholique ; Jägerstätter s'y déclare prêt à servir comme brancardier (prepared to serve as a paramedic). La page ne traite ni du programme Aktion T4 ni du rejet de cette offre par le tribunal.

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  13. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1782 : vatican.va. « L'homme a le droit d'agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales. "L'homme ne doit pas être contraint d'agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d'agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse" » (citation de Dignitatis humanae, 3).

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  14. National Catholic Reporter, présentation des écrits de Franz Jägerstätter réunis par Erna Putz : ncronline.org (archive). Original anglais de la citation du corps : « I would not exchange my small, dirty cell for a king's palace if I was required to give up even a small part of my faith » (traduction française de la rédaction).

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  15. Ökumenisches Heiligenlexikon, « Franz Jägerstätter » (d'après Victor Conzemius) : heiligenlexikon.de. La béatification « wurde seit 1997 betrieben » et eut lieu le 26 octobre 2007 ; corroboré par la Wikipedia italienne (« Nel 1997 venne iniziata la causa di beatificazione su base diocesana »).

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  16. Pape François, message aux participants de la Rencontre des jeunes de l'Union européenne (Prague, 11-13 juillet 2022), daté du 6 juillet 2022 et publié le 11 juillet 2022, cité ici dans sa version française officielle : vatican.va. « Malgré les flatteries et les tortures, Franz préférait être tué que de tuer. » (La version anglaise donne : « Despite cajoling and torture, Franz preferred to be killed than to kill. »)

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