Dire « je crois juste en un être ou une énergie supérieure, mais je n'ai pas de religion » est devenu, en quelques décennies, l'une des formules les plus répandues du paysage spirituel occidental. Les sociologues anglo-saxons l'ont étiquetée Spiritual But Not Religious (SBNR) : c'est une catégorie statistique large, qui ne recoupe ni l'absence d'affiliation, ni la croyance en une énergie impersonnelle — 45 % des Américains qui s'y reconnaissent se disent par ailleurs affiliés à une religion (Pew, décembre 2023). Les statistiques françaises mesurent pour leur part des « sans religion » de plus en plus nombreux. Cet article vise la frange précise qui joint trois traits : une croyance en une réalité supérieure impersonnelle, le refus de toute appartenance religieuse et le refus du matérialisme.[1]
L'expression ne désigne pas un athéisme militant. Elle exprime un refus du matérialisme — l'intuition que le monde ne s'explique pas tout seul, que la conscience humaine dépasse la chimie, que le bien et le mal ne sont pas des conventions, que l'univers porte une profondeur qui mérite d'être nommée. La foi catholique ne méprise pas cette intuition : elle l'appelle même le désir naturel de Dieu inscrit dans toute personne humaine.[2]
Mais la formule comporte une équivoque grave. Le mot « religion » y désigne tantôt une institution humaine, tantôt une vertu de la personne, tantôt une révélation venue de Dieu — trois réalités très différentes. Refuser une institution mal vécue n'est pas la même chose que refuser que Dieu puisse parler. Et le mot « énergie » est souvent un compromis : il dit le sacré sans dire Personne, parce que le mot Dieu fait peur ou parce que le visage du Dieu chrétien a été présenté de travers.
Cet article fait l'état des lieux d'un courant diffus, identifie ses figures, ses racines historiques et ses présupposés, mesure pourquoi la religion est aujourd'hui mal cotée, puis montre pourquoi le christianisme ne se range pas dans la même catégorie : il ne se présente pas comme une religion humaine parmi d'autres, mais comme une descente — celle d'un Dieu personnel qui parle, qui s'incarne et qui propose une relation.
Un état des lieux statistique : la spiritualité sans religion comme phénomène de masse
Le spiritual but not religious américain
Le label Spiritual But Not Religious s'est imposé aux États-Unis dans les années 1990 chez les sociologues des religions. Robert Wuthnow en fixe la matrice dans After Heaven: Spirituality in America Since the 1950s (1998) : à la spiritualité de l'habitation (dwelling) — l'appartenance stable à une tradition — succède une spiritualité de la quête (seeking), bricolée, mobile, individualisée.[3] Wade Clark Roof, dans A Generation of Seekers (1993), avait déjà montré la rupture des baby-boomers avec les Églises de leur enfance et l'apparition d'un religious marketplace où la spiritualité se choisit comme un bien de consommation.[4]
L'expression s'est ensuite généralisée dans la culture populaire jusqu'à devenir une case de sondage. En septembre 2017 (enquête menée du 25 avril au 4 juin 2017, avec sa question propre), Pew Research signalait que 27 % des Américains se disaient « spiritual but not religious », soit huit points de plus qu'en 2012 avec la même question.[5] L'enquête Spirituality Among Americans (publiée en décembre 2023, avec une typologie et des questions différentes) trouve pour sa part 22 % d'adultes « spirituels sans religion », et 81 % qui affirment qu'il existe quelque chose de spirituel au-delà du monde visible.[6] Les deux enquêtes ayant des questions et des méthodes différentes, on ne peut en déduire ni progression ni plateau.
Le Pew Research Center note que la spiritualité fonctionne désormais, pour beaucoup d'Américains, comme une catégorie indépendante de la religion, voire opposée à elle (résumé).[7]
La France des « spirituels sans religion »
Le phénomène n'a rien d'une particularité américaine. En France, la déprise catholique est massive sans que la spiritualité disparaisse : l'enquête Trajectoires et Origines 2 (Ined-Insee, 2019-2020, résultats publiés en 2023, champ des 18-59 ans vivant en France métropolitaine — immigrés, descendants d'immigrés et population de référence) compte 29 % de catholiques déclarés et 51 % de sans-religion.[8]
Au-delà des chiffres, c'est la structure générationnelle qui frappe. Les enquêtes Trajectoires et Origines (INED-INSEE) documentent, dans les populations qu'elles étudient, une rupture de la transmission religieuse par bonds générationnels : d'une génération à l'autre au sein de ces groupes, la part des sans-religion progresse et l'héritage catholique s'amincit, avec des rythmes qui diffèrent selon les origines.[9] Ce que les sociologues appellent religion par défaut a cédé la place à un paysage à la carte.
Une mondialisation du flou spirituel
Le phénomène déborde l'Occident chrétien. Les projections démographiques mondiales de Pew Research (The Future of World Religions, 2015, horizon 2050) annoncent, à l'échelle mondiale, une baisse relative des « unaffiliated » — de 16 % de la population mondiale en 2010 vers environ 13 % en 2050 —, la hausse ne concernant que certains pays développés (États-Unis, France notamment) : il s'agit d'une projection d'appartenances, qui ne mesure pas les croyances personnelles en la transcendance.[10] On peut décrire ce mouvement comme une déculturation de la religion : les contenus se détachent des appartenances historiques, et chacun recompose des fragments hétérogènes (grille de lecture du rédacteur).[11]
| Pays / zone | Sans affiliation religieuse (athées et agnostiques compris) | Spirituels sans religion | Source |
|---|---|---|---|
| États-Unis (18+) | ≈ 29 % d'unaffiliated | ≈ 22 % | Pew RLS 2023-2024 (publ. 2025) · Spirituality Among Americans (déc. 2023)[12] |
| France (18-59 ans) | 51 % de sans religion | pas de catégorie SBNR publiée comme telle | Insee, TeO2 (2019-2020, publ. 2023) |
| Grande-Bretagne | 53 % de no religion (2016)[13] | part spirituelle non publiée comme telle par l'enquête | British Social Attitudes (NatCen) |
| Allemagne | ≈ 38 % sans appartenance déclarée (konfessionslos, 2017)[14] | pas de catégorie SBNR publiée comme telle par l'enquête | EVS vague 5 (2017) |
| Pays-Bas | 55 % de sans appartenance religieuse en 2020 — à ne pas confondre avec l'ietsisme strict[15] | pas de catégorie ietsisme publiée comme telle par le CBS | CBS (15 ans et plus) |
Ce tableau juxtapose des enquêtes différentes — années, tranches d'âge et questions posées ne coïncident pas (Pew RLS 2023-2024, publ. 2025 ; TeO2 18-59 ans, 2019-2020 ; BSA 2016 ; EVS vague 5, 2017 ; CBS 15 ans et plus, 2020) : ces ordres de grandeur éclairent chaque pays séparément et n'autorisent aucune comparaison directe entre pays.
Aux Pays-Bas, le mot ietsisme — littéralement « quelque chosisme » — désigne précisément ce que l'expression française « je crois en quelque chose » exprime. Le mot est couramment attribué à Ronald Plasterk, sans que la chronique primaire ait pu être retrouvée. Le mot décrit la croyance en un « quelque chose » sans contenu doctrinal fixe. Il est entré au Dikke Van Dale (14e éd., 2005) et est repris par plusieurs enquêtes d'opinion, sans être pour autant une catégorie officielle de Statistics Netherlands (CBS), qui mesure l'appartenance religieuse.[16][17]
La cartographie d'un imaginaire diffus
Le lexique du « quelque chose »
Le vocabulaire du SBNR n'est pas neutre : il choisit des mots qui désignent le sacré sans engager sur la nature personnelle ou impersonnelle de la source. Les termes qui reviennent le plus souvent sont : énergie, univers, vibration, force, conscience, quelque chose de plus grand, flux, lumière, intelligence cosmique, Source.
On y observe une régularité révélatrice (remarque du rédacteur) : ces mots acceptent l'article défini sans nom propre (l'énergie, l'univers), mais refusent le pronom personnel quelqu'un. On dit rarement « l'énergie m'a parlé » comme on dirait « il m'a parlé » ; on dit « j'ai reçu un signe ». L'asymétrie est celle qui sépare une chose d'une personne.
Les grands archétypes
En s'inspirant librement des travaux du sociologue Paul Heelas (The New Age Movement, 1996 ; The Spiritual Revolution, avec Linda Woodhead, 2005), on peut distinguer cinq archétypes récurrents de la spiritualité diffuse contemporaine (grille de lecture du rédacteur, non relevé littéral de Heelas) :[18][19]
- Le Soi sacré — le divin est intérieur, identifié au moi profond ou à la conscience pure.
- L'Énergie cosmique — flux impersonnel circulant à travers la nature, mobilisable par techniques.
- L'Univers intelligent — sujet collectif vague auquel on attribue intention et providence (« l'univers m'envoie un signe »).
- La Source — origine pré-personnelle dont tout émane et à laquelle tout retourne.
- La Force vitale — version laïcisée du souffle, prāna, qi ou âme du monde des cosmologies anciennes.
Ces archétypes ne sont pas équivalents au Dieu de la métaphysique classique ni au Dieu de la révélation biblique. Quatre d'entre eux évitent structurellement la figure d'un Dieu personnel ; le troisième (« Univers intelligent ») lui prête une intention, mais sans visage ni parole — ce qui confirme, par contraste, l'absence d'une personne divine à qui répondre. Heelas et Woodhead nomment le déplacement d'ensemble le subjective turn (le « tournant subjectif ») : la source d'autorité spirituelle bascule des institutions vers le vécu intérieur du sujet.[20]
« La culture spirituelle contemporaine se définit par le passage d'une vie vécue conformément à des rôles externes vers une vie vécue par référence à des états subjectifs et à des expériences. C'est un déplacement du devoir vers le ressenti, de l'extérieur vers l'intérieur. » — Paul Heelas et Linda Woodhead, The Spiritual Revolution: Why Religion Is Giving Way to Spirituality, Blackwell, Oxford, 2005, p. 2 (paraphrase française ; texte anglais original cité en note)[21]
Le document romain Jésus-Christ porteur d'eau vive
Le Saint-Siège a tenté un diagnostic synthétique en 2003 avec le document Jésus-Christ porteur d'eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Âge, publié conjointement par le Conseil pontifical de la Culture et le Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux.[22] Ce texte distingue deux gestes : reconnaître la soif spirituelle réelle exprimée par ces courants, et identifier la logique de fond qui dévie de la foi catholique.
Cinq motifs reviennent constamment dans ces spiritualités, selon le document :[23]
- Le cosmos comme tout organique animé par une énergie identifiée à l'esprit de Dieu.
- Des entités spirituelles médiatrices, parfois identifiées à des guides ou maîtres invisibles.
- Un accès direct de l'homme aux sphères invisibles par techniques.
- Une connaissance éternelle antérieure et supérieure aux religions historiques.
- Des maîtres illuminés qui transmettent cette sagesse.
Le document remarque que le Nouvel Âge « n'est pas à proprement parler une religion » : « il consiste essentiellement dans une association informelle regroupant toutes sortes d'activités, d'idées et d'individus ».[24] C'est précisément cette absence de structure qui rend le phénomène à la fois séduisant et résistant : on n'y adhère pas, on s'y baigne.
Une généalogie historique : d'où vient l'idée que la religion serait dépassée ?
Le SBNR n'est pas tombé du ciel en 2010. Il est le fruit terminal d'une généalogie longue, où chaque étape a déplacé un peu plus le sentiment religieux des institutions vers l'intérieur du sujet. Cette généalogie permet de comprendre que la formule « je crois en quelque chose mais pas en une religion » n'est pas une intuition spontanée : c'est un héritage culturel profondément daté.
Lumières et religion naturelle
Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières opposent à la religion révélée une religion naturelle, fondée sur la seule raison. Voltaire défend le déisme : un Dieu architecte de l'univers, sans dogme, sans culte révélé, sans Christ. Rousseau, dans la Profession de foi du vicaire savoyard insérée dans l'Émile (1762), formule en français l'archétype du croyant sans Église : le vicaire fait du cœur et de la conscience le juge de la foi, et se plaint du nombre d'intermédiaires entre Dieu et lui — « Que d'hommes entre Dieu et moi ! » (résumé ; fragment attesté, cité notamment dans Lumen Fidei, §14).[25]
C'est dans ces décennies que se fixe la grammaire moderne du « mais je n'ai pas de religion » : la religion devient une institution opposée à l'intériorité ; la foi devient une affaire individuelle dont l'individu est juge.
Romantisme et sentiment religieux
Friedrich Schleiermacher, dans ses Discours sur la religion à ceux de ses contempteurs cultivés (1799), tente une seconde fondation : la religion n'est plus définie par la doctrine ni par les œuvres morales, mais par l'intuition et le sentiment de l'univers (Anschauung und Gefühl).[26] La religion devient une expérience intérieure, susceptible d'exister indépendamment des dogmes. Schleiermacher précisera plus tard, dans La Foi chrétienne (1821-1822), que la piété est « sentiment de dépendance absolue » (Gefühl schlechthinniger Abhängigkeit, §4) : cette formule célèbre appartient à cet ouvrage, non aux Discours.[27] C'est dans cette veine que naît, philosophiquement, l'idée qu'on puisse être religieux « à sa façon ».
Théosophie et ésotérisme moderne
À la fin du XIXe siècle, Helena Blavatsky fonde la Société théosophique (New York, 17 novembre 1875) et publie Isis dévoilée (1877) puis La Doctrine secrète (1888). Elle prétend rendre accessible une sagesse éternelle universelle, antérieure à toutes les religions historiques, et dont les religions ne seraient que des dérivations partielles.[28] Blavatsky reprend ainsi à son compte l'idée d'une sagesse pérenne ; Aldous Huxley popularisera en 1945 l'expression de philosophia perennis.[29]
La théosophie est un antécédent majeur du SBNR contemporain : elle fournit l'une des matrices du « toutes les religions disent la même chose, mais aucune ne suffit ».
New Thought et auto-réalisation
Aux États-Unis, parallèlement, le New Thought (Phineas Quimby, Ralph Waldo Trine — et, dans une veine distincte bien que contemporaine, Mary Baker Eddy, fondatrice de la Science chrétienne) développe l'idée d'une puissance infinie présente en l'homme, mobilisable par la pensée positive et la visualisation. Trine publie en 1897 In Tune with the Infinite, qui nourrira tout le développement personnel américain.[30] Le best-seller The Secret de Rhonda Byrne (2006)[31] est l'arrière-petit-fils direct du New Thought.
Contre-culture des années 1960-1970
L'effondrement de la culture chrétienne dominante aux États-Unis, croisé avec l'arrivée des spiritualités asiatiques, donne naissance à la contre-culture spirituelle : ashrams, méditation transcendantale (Maharishi, 1958), psychédéliques (Timothy Leary), Institut Esalen fondé en 1962 à Big Sur, et Alan Watts popularisant le zen et la philosophia perennis. Heelas parle alors d'un expressive turn : l'authenticité subjective devient l'autorité religieuse ultime.[32]
Du New Age au wellness
Les années 1980-1990 voient apparaître le New Age proprement dit, annoncé par José Argüelles avec la Convergence harmonique des 16-17 août 1987. Vers les années 2000, le label New Age se fait plus discret et une partie du mouvement se reformate sous des étiquettes plus présentables : wellness, développement personnel, coaching, spiritualité laïque, pleine conscience (lecture du rédacteur). Heelas et Woodhead, dans leur enquête de terrain à Kendal (Royaume-Uni, 2000-2002), décrivent l'essor du holistic milieu local — méditation, reiki, yoga, tarot, médecines alternatives — et l'interprètent comme l'autre face du déclin observé des paroisses anglicanes voisines (thèse des auteurs, non scénario universel).[33]
Le SBNR sur les réseaux sociaux
Depuis 2015 environ, l'écosystème SBNR vit massivement en ligne : #manifestation, #energiehealing, #witchtok, #thirdeye, #highvibe. Les chercheurs parlent d'algorithmic conspirituality : des contenus recommandés par les algorithmes sont reçus comme des « signes » personnels, créant des bulles spirituelles individualisées et auto-renforçantes.[34]
Danièle Hervieu-Léger décrit ce déplacement : le sentiment religieux ne disparaît pas, il se déplace des institutions vers des bricolages personnels et fluides — le pèlerin remplace le pratiquant régulier, le converti remplace l'héritier, et la spiritualité supplante la religion comme catégorie d'auto-définition (résumé).[35]
Les grandes figures de proue
Quelques noms reviennent constamment dès qu'un sondé du SBNR doit nommer une influence. Ils méritent d'être identifiés : ils sont les références culturelles qui peuplent l'imaginaire « spirituel sans religion ».
Carl Gustav Jung (1875-1961) et la psychologie du sacré
Le psychiatre suisse Carl Jung est la matrice intellectuelle d'une grande partie de la spiritualité contemporaine. Ses concepts d'inconscient collectif, d'archétypes, de Soi ont fourni à la spiritualité contemporaine un vocabulaire psychologique pour parler du divin sans Dieu personnel : Dieu y est cherché comme une image de l'inconscient plutôt que rencontré comme une Personne transcendante. Sa critique du christianisme institutionnel et son intérêt pour l'alchimie, la gnose et l'astrologie ont nourri toute la culture New Age.[36]
Au-dessus de la porte de sa maison de Küsnacht, il fit graver une formule latine : « Vocatus atque non vocatus, Deus aderit » (« Appelé ou non appelé, Dieu sera présent ») — sentence qu'il tenait des Adages d'Érasme (XVIe siècle). L'inscription est attestée par la maison-musée elle-même (voir note) ; la lecture qu'on en donne ici — un Dieu toujours présent mais qui, ainsi énoncé, n'interpelle personne nommément — est celle du rédacteur.[37]
Aldous Huxley (1894-1963) et la philosophia perennis
L'écrivain britannique Aldous Huxley publie The Perennial Philosophy en 1945. Il y compile des textes mystiques de toutes les traditions et prétend démontrer une sagesse éternelle unique, sous-jacente à tous les langages religieux particuliers.[38] L'ouvrage devient un texte culte ; il fournit la légitimité littéraire au syncrétisme spirituel d'après-guerre.
Eckhart Tolle (né en 1948)
Né Ulrich Tolle en Allemagne, installé au Canada, Tolle publie en 1997 The Power of Now.[39] Son livre suivant, A New Earth (2005), promu par Oprah Winfrey au printemps 2008 lors d'une série de webinaires publics, achève de l'imposer comme la voix mondiale d'une spiritualité sans dogme. Tolle reprend le vocabulaire chrétien — « Christ », « présence », « Royaume » — mais en le redéfinissant : la « seconde venue » du Christ y est comprise comme une transformation de la conscience humaine, non comme le retour d'une personne ; et le Christ, selon lui, ne doit pas être ramené à une identité ou à une figure personnelle et historique (synthèse du rédacteur d'après The Power of Now, 1997 — passages rapportés par des relais convergents, texte anglais exact et pagination de l'édition originale non vérifiés). Dans ce système, Jésus de Nazareth n'a plus de signification historique unique (synthèse du rédacteur).
Deepak Chopra (né en 1946)
Né à New Delhi, médecin reconverti dans la spiritualité après sa rencontre avec Maharishi Mahesh Yogi en 1985, Chopra est l'auteur de nombreux ouvrages de spiritualité.[40] Il a popularisé l'idée d'une médecine quantique et d'une conscience cosmique, et s'est associé à Oprah Winfrey et à plusieurs célébrités hollywoodiennes pour diffuser ses programmes. Il est emblématique d'un syncrétisme mêlant spiritualités orientales, vocabulaire emprunté à la physique quantique et développement personnel.
Sam Harris (né en 1967) et la « spiritualité athée »
Plus récemment, le neuroscientifique américain Sam Harris a publié Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion (2014), où il défend une spiritualité athée fondée sur la méditation bouddhiste sans bouddhisme.[41] Sa proposition montre que le SBNR n'est plus seulement religieux : il peut désormais cohabiter avec un athéisme militant.
Frédéric Lenoir (né en 1962) en France
Sociologue et philosophe, Lenoir est la figure francophone la plus représentative de la spiritualité non-confessionnelle. Avec Les métamorphoses de Dieu (Plon, 2003), Petit traité de vie intérieure (Plon, 2010), puis La consolation de l'ange (2019), il propose une religion « universalisable » centrée sur la sagesse, l'amour et la liberté intérieure, sans appartenance institutionnelle.[42]
Dans Les métamorphoses de Dieu, Lenoir décrit la recomposition du croire en Occident : effacement des appartenances et des dogmes institutionnels, essor corrélatif d'une spiritualité individualisée et expérientielle (présentation synthétique de l'ouvrage, non citation littérale).[43]
Charles Taylor (né en 1931) et l'« âge séculier » comme arrière-plan
Pour comprendre le terrain où ces auteurs prospèrent, l'analyse de fond la plus solide reste celle du philosophe canadien Charles Taylor. Dans son maître-livre A Secular Age (Harvard, 2007, 874 pages), il décrit le passage d'une société où la foi en Dieu était « non-contestable » à une société où la croyance et l'incroyance sont également « optionnelles ».[44] Ce n'est pas que la religion ait disparu : elle est devenue une option parmi d'autres, ce qui change radicalement le mode même de croire.
« Nous sommes passés d'une société où il était virtuellement impossible de ne pas croire en Dieu, à une société où la foi, même pour le croyant le plus convaincu, n'est qu'une possibilité humaine parmi d'autres. » — Charles Taylor, A Secular Age, Harvard University Press, 2007, p. 3 de l'édition anglaise (traduction du rédacteur)[45]
Ce déplacement explique le succès du SBNR : il suppose un cadre culturel où la foi n'est plus une donnée naturelle de l'existence, mais un choix parmi d'autres choix.
Pourquoi la religion est-elle aujourd'hui mal cotée ?
Avant d'examiner la cohérence intellectuelle du « je crois mais sans religion », il faut comprendre pourquoi la formule séduit. Aucune réponse théorique ne suffit si l'on ne mesure pas d'abord la blessure que beaucoup ressentent envers les religions instituées.
L'effet des scandales et des abus
Aux États-Unis, interrogés en leurs propres mots (2009), moins de 3 % des ex-catholiques citent le scandale des abus comme motif principal de leur départ ; quand la question est posée explicitement, un quart environ le mentionne comme une raison parmi d'autres, mais 4 % seulement le retiennent comme motif principal (2015).[46] En France, le rapport de la CIASE (Sauvé, 5 octobre 2021), qui estime à environ 216 000 les mineurs victimes de clercs ou de religieux depuis 1950 — et à environ 330 000 en incluant les victimes de laïcs en mission d'Église —, a creusé un profond fossé de défiance.[47]
Le document romain de 2003 le reconnaissait déjà avec lucidité : l'attrait du Nouvel Âge sur certains chrétiens peut tenir, écrit-il, à ce que leurs propres communautés n'ont pas pris assez au sérieux leur soif spirituelle — sens de la vie, désir de transformation (résumé).[48] L'objection extérieure rejoint ici une auto-critique catholique : l'éloignement des fidèles est rarement gratuit ; il signale souvent un manque d'incarnation visible.
L'anti-cléricalisme français comme héritage long
En France, l'hostilité à la religion organisée a une profondeur historique singulière. La loi de séparation de 1905, les inventaires de 1906, l'expulsion des congrégations enseignantes, le laïcisme militant de la IIIe République ont créé une culture politique où « religion » est associé à « contrôle », « privé », « archaïque ».[49] La méfiance envers la religion organisée y est ainsi un héritage politique autant qu'un sentiment neuf.
La privatisation de la religion par la modernité libérale
Marcel Gauchet, dans Le désenchantement du monde (Gallimard, 1985), a montré que la modernité politique occidentale s'est constituée en délogeant la religion de la sphère publique pour l'enfermer dans la sphère privée.[50] Cette opération a une conséquence inattendue : elle a rendu impensable, pour un nombre croissant de personnes, qu'une religion puisse formuler des obligations sociales objectives. La religion devient alors par définition « mon affaire » — ce qui est exactement la grammaire du SBNR.
L'individualisme expressif
Le sociologue Robert Bellah, dans Habits of the Heart (1985), avait nommé « individualisme expressif » la conviction moderne selon laquelle chacun a une vérité intérieure unique qu'il doit exprimer authentiquement, et qu'aucune autorité extérieure ne saurait corriger.[51] Cet individualisme expressif est devenu l'air que nous respirons : il rend l'idée d'une religion révélée (avec des dogmes qu'on accueille plutôt qu'on choisit) presque inintelligible.
Ce qui reste vrai dans la critique
L'honnêteté catholique demande de reconnaître ce qui est juste dans la critique adressée aux religions instituées. Le cardinal Joseph Ratzinger l'a fait sans détour :
« Que de souillures dans l'Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d'orgueil et d'autosuffisance ! » — Cardinal Joseph Ratzinger, méditations rédigées pour le Chemin de croix du Vendredi saint 25 mars 2005, IXe station (Jésus tombe pour la troisième fois)[52]
Le futur Benoît XVI rédige ces méditations — à la demande de Jean-Paul II — moins d'un mois avant son élection : Jean-Paul II, très affaibli, s'unit à la célébration depuis le Vatican, tandis que le cardinal Camillo Ruini préside au Colisée et y fait lire le message du pape. Reconnaître ces « souillures » ne signifie pas conclure que la religion est une illusion : cela signifie que la critique intérieure et la conversion sont des dimensions structurelles du christianisme, et non des concessions à l'air du temps.
Que dit vraiment le mot « religion » ?
L'expression « je crois en quelque chose, mais je n'ai pas de religion » joue sur une équivoque centrale : le mot religion y désigne tantôt une institution sociologique (paroisses, clergé, calendrier), tantôt une attitude personnelle (la piété, le culte intérieur), tantôt un système doctrinal. La tradition catholique distingue ces sens.
Religare ou relegere : deux étymologies, un même cœur
Deux étymologies se disputent le mot latin religio, et toutes deux portent une part de vérité.
- Religare — « relier » : la religion est ce qui relie l'homme à Dieu et les hommes entre eux. C'est l'étymologie défendue par Lactance dans les Institutions divines, IV, 28 :
« Nous sommes nés à la condition de rendre à Dieu notre Créateur les justes hommages qui Lui sont dus, de Le connaître Lui seul, de Le suivre. C'est par ce lien de piété que nous sommes attachés à Dieu — d'où la religion elle-même a tiré son nom. » — Lactance, Institutiones divinae, livre IV, chapitre 28, vers 304-313[53]
- Relegere — « relire », « reprendre avec attention » : la religion est l'attention soigneuse aux choses divines. C'est l'étymologie défendue par Cicéron dans le De natura deorum, II, 28 : ceux qui « relisent » avec soin tout ce qui concerne le culte des dieux sont appelés religieux.[54]
Saint Augustin, dans le De vera religione (55), rattache lui aussi religio au lien (religare) : que la religion nous lie au seul Dieu tout-puissant (synthèse du rédacteur, non citation littérale).[55] La religion, en ce sens premier, n'est pas une institution : c'est une relation.
La religion comme vertu, chez saint Thomas
Saint Thomas d'Aquin consacre la question 81 de la Secunda Secundae de la Somme théologique à la religion comme vertu. Sa thèse est précise : la religion n'est pas un sentiment, ni une opinion, ni une institution ; c'est une vertu morale par laquelle l'homme rend à Dieu le culte qui lui est dû (synthèse du rédacteur d'après IIa-IIae, q. 81) : l'article 2 établit que la religion est une vertu (Utrum religio sit virtus — « la religion est-elle une vertu ? ») ; l'article 4, que c'est une vertu spéciale, distincte des autres ; l'article 5, que c'est une vertu morale, partie de la justice — et non une vertu théologale.[56][57]
Dans cette acception, dire « je n'ai pas de religion » signifierait : « je ne rends pas à Dieu le culte qui lui est dû » — c'est-à-dire un manquement, pas une libération. Mais celui qui dit aujourd'hui « je n'ai pas de religion » ne pense évidemment pas à la vertu thomiste : il pense à l'institution. La confusion lexicale fait ici tout le travail.
Religion humaine et religion révélée
Le Catéchisme permet de distinguer deux sens du mot religion (synthèse du rédacteur) :[58]
- La religion comme recherche humaine de Dieu — universelle, présente dans toutes les cultures, expression du désir naturel inscrit dans le cœur de l'homme. C'est le sens du §28, qui décrit la quête de Dieu « par [les] croyances et [les] comportements religieux » — quête que le §29 montre fragile, exposée à l'oubli et au rejet.
- La foi chrétienne comme don de Dieu en Jésus-Christ — non une recherche de plus, mais la descente de Dieu vers l'homme, accomplissement de toutes les recherches humaines : Dieu « ne cesse d'attirer l'homme vers Lui » (§27) et, dans le Christ, s'adresse aux hommes « comme à des amis » (Dei Verbum, §2).[59][60]
« Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d'attirer l'homme vers Lui, et ce n'est qu'en Dieu que l'homme trouvera la vérité et le bonheur qu'il ne cesse de chercher. » — Catéchisme de l'Église catholique, §27[61]
Cette distinction est décisive pour répondre au SBNR. Le christianisme ne se présente pas seulement comme une religion humaine de plus ; il se présente comme la réponse de Dieu à toutes les recherches humaines, le mouvement descendant qui rejoint et accomplit le mouvement ascendant que les autres religions, à leur manière, expriment.
L'intuition juste : « quelque chose plutôt que rien »
Avant de discuter les limites de l'expression « je crois en une énergie supérieure », il faut nommer ce qu'elle a de profondément juste. La foi catholique ne commence pas par dire non aux intuitions spirituelles : elle commence par les reconnaître.
Le désir naturel de Dieu
Dès le premier article du Catéchisme, l'Église affirme que « le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme ».[62] L'homme n'est pas religieux par accident culturel : il est constitutivement orienté vers une transcendance qui le dépasse. La psychologie comparée des religions, l'anthropologie de Mircea Eliade, les enquêtes ethnologiques montrent toutes que homo sapiens est partout homo religiosus.[63]
« Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en Toi. » — Saint Augustin, Confessions, livre I, chapitre 1, n° 1[64]
Cette phrase, écrite vers 397-401, est la diagonale spirituelle de toute l'anthropologie chrétienne. Elle reconnaît l'inquiétude spirituelle universelle et lui donne son sens : l'homme est inquiet parce qu'il est fait pour Dieu, et toute inquiétude qui ne se laisse pas combler par un dieu trop petit est, en réalité, un signe juste.
Les voies vers Dieu
Le Catéchisme reconnaît plusieurs voies par lesquelles l'esprit humain peut remonter du monde vers son origine : la contingence du monde, l'ordre et la beauté du cosmos, la voix de la conscience morale, le désir d'absolu, la soif de bonheur.[65] Ces voies, héritées d'Aristote, des stoïciens, de saint Thomas et reformulées par la philosophie classique, ne sont pas des « preuves » au sens des sciences expérimentales, mais des arguments convergents dont la force tient à leur convergence.
Il s'agit donc d'arguments rationnels, non de simples sentiments. Le concile Vatican I a défini comme doctrine de foi que Dieu peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées.[66]
« La sainte Église notre Mère tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, à partir des choses créées. » — Concile Vatican I, constitution Dei Filius, chapitre 2, 24 avril 1870[67]
Cette affirmation a été reprise solennellement par Vatican II et le Catéchisme.[68] Elle signifie : l'intuition d'un « quelque chose » derrière le monde n'est pas une illusion ; c'est une première étape de vérité que l'Église confirme et invite à pousser plus loin.
La grammaire catholique du « plus loin »
Mais l'intuition reste insuffisante si elle s'arrête à « quelque chose ». Le Catéchisme la prolonge :
« Si l'homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d'appeler tout homme à Le chercher pour qu'il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l'homme tout l'effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, "un cœur droit", et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, §30[69]
La recherche spirituelle est légitime ; mais elle demande une discipline d'intelligence et un témoignage reçu. Le SBNR retient le premier mouvement et oublie souvent les deux suivants.
Les impasses d'une « énergie supérieure »
L'intuition spirituelle juste mérite d'être examinée jusqu'au bout. Quand on la pousse, le mot « énergie » s'avère conceptuellement insuffisant pour rendre compte de l'expérience même qui l'a fait choisir. Trois impasses doivent être nommées.
Une énergie ne peut ni connaître, ni aimer, ni pardonner
L'argument est philosophique avant d'être théologique. Une énergie est une grandeur physique — mesurable, transmissible, transformable. Elle ne possède ni intelligence, ni volonté, ni mémoire. Elle ne peut donc pas être sujet d'aucun acte personnel : elle ne peut pas connaître quelqu'un, vouloir son bien, l'appeler par son nom, lui pardonner ses fautes, lui faire alliance.
Certes, l'interlocuteur peut répondre que son « énergie » n'est pas la grandeur des physiciens, mais une métaphore — ou la notion métaphysique d'un principe impersonnel. L'objection est loyale : il faut la prendre au sens le plus consistant. Mais même entendue ainsi, une réalité impersonnelle, fût-elle métaphysique, ne peut être sujet d'aucun acte personnel : une métaphore ne connaît personne, un principe n'appelle personne par son nom.
Or l'expérience que beaucoup décrivent à l'appui de leur « je crois en quelque chose » est personnelle : expérience d'être appelé, d'être aimé, d'être pardonné, d'être attendu. Le langage du SBNR contient ainsi une tension interne : il décrit, dans les mots d'un sujet (« je sens », « je reçois », « on m'envoie un signe »), une réalité qu'il définit comme impersonnelle (« l'univers », « l'énergie », « la force »).
| Acte spirituel attendu | Une énergie impersonnelle peut-elle le poser ? | Le Dieu personnel le peut-il ? |
|---|---|---|
| Créer un être libre | Non — une énergie n'est pas auteur | Oui — par décision intelligente et libre |
| Connaître quelqu'un par son nom | Non — la connaissance suppose un sujet | Oui — « Je t'ai appelé par ton nom » (Is 43, 1) |
| Aimer une personne précise | Non — l'amour suppose l'intelligence et la volonté | Oui — « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8) |
| Pardonner une faute | Non — pardonner exige un sujet offensé | Oui — par grâce, dans les sacrements |
| Faire alliance avec un peuple | Non — l'alliance suppose deux personnes | Oui — toute l'histoire biblique |
| Se révéler dans l'histoire | Non — une énergie n'a pas d'histoire | Oui — Incarnation, vie publique, Résurrection |
| Fonder un commandement universel | Très difficile — une énergie n'oblige pas | Oui — décalogue, sermon sur la montagne |
L'argument moral : pas de norme sans législateur
C.S. Lewis, dans Mere Christianity (1952), a popularisé l'argument moral en forme accessible : nous avons tous l'expérience d'une loi morale objective qui s'impose à nous indépendamment de nos désirs.[70] Dans le livre I, Lewis soutient que cette loi suppose un Esprit législateur : si l'univers n'était gouverné par aucune intelligence, nos exigences morales ne seraient que des préférences sans poids (résumé). Or une simple énergie cosmique impersonnelle ne peut pas être l'auteur d'une obligation morale : seul un être personnel, intelligent et bon, peut imposer une norme et la rendre obligatoire.
L'argument vaut contre le matérialisme pur, mais aussi contre le SBNR : on ne peut pas tirer d'une simple force impersonnelle un commandement comme « tu ne tueras pas » qui obligerait absolument.
L'argument du désir
Lewis a aussi développé un argument plus discret mais profond : aucun désir humain naturel n'est sans objet réel correspondant. La faim suppose la nourriture ; la soif suppose l'eau ; le désir sexuel suppose la rencontre. Or l'homme possède un désir d'infini, d'éternité, de plénitude personnelle qu'aucune chose finie ne comble. Cette dissymétrie n'a de sens que si l'objet réel de ce désir existe — et il ne peut être qu'un Dieu personnel, capable d'être aimé et de répondre.[71]
« Si je trouve en moi un désir qu'aucune expérience de ce monde ne peut satisfaire, l'explication la plus probable est que j'ai été fait pour un autre monde. » — C.S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, 1952, livre III, chap. 10 (« Hope »)[72]
L'argument suppose deux prémisses que Lewis explicite : tout désir naturel a un objet réel qui lui correspond ; et le désir d'infini est un désir naturel, non une construction culturelle. Si on les accorde, la conclusion suit : l'objet réel de ce désir existe. Que cet objet soit personnel — capable d'être aimé et de répondre — est le pas supplémentaire que franchit ici le rédacteur : une énergie diffuse, par définition, ne répond à personne (raisonnement du rédacteur à partir de Lewis, non conclusion du passage cité). En ce sens retourné, oui : le « je crois en quelque chose » est l'indice d'un désir réel ; mais ce désir n'est pas satisfait par une énergie diffuse. Il appelle un visage.
Une religion sans Dieu ou un Dieu sans religion ?
Le SBNR contemporain s'organise souvent autour d'une formule symétrique : refuser la religion sans Dieu (les institutions vides), mais aussi le Dieu d'une religion (le Dieu d'une révélation publique). Reste alors un troisième terme : un Dieu privé, modelé par soi. Cette construction présente trois fragilités structurelles.
Le risque de l'idole de soi
L'avertissement est ancien : la grande tentation n'est pas d'adorer le néant, c'est d'adorer une image de Dieu fabriquée à mon image, un Dieu qui ne corrige jamais ce que je préfère croire. Le Dieu impersonnel est rarement neutre : il porte les inflexions de celui qui le pense. Il ne juge pas ce que je veux faire, ne contredit pas mes choix, ne dérange pas mes habitudes. François décrit dans Lumen Fidei §13 ce même mécanisme à propos de l'idolâtrie : « Devant l'idole on ne court pas le risque d'un appel qui fasse sortir de ses propres sécurités, parce que les idoles "ont une bouche et ne parlent pas" (Ps 115, 5) » — l'idole, œuvre de nos mains, ne dérange pas, contrairement au Dieu révélé.[73]
Le syncrétisme comme évitement structurel
La spiritualité « à la carte », observée et analysée par les sociologues, présente un risque pratique : retenir de chaque tradition ce qui plaît expose à écarter ce qui dérange. Hervieu-Léger parle de bricolage, Robert Wuthnow de spiritual seeking (la spiritualité comme quête permanente) ; le phénomène est aussi décrit comme une déculturation religieuse, c'est-à-dire une recomposition hors institutions.[74] Le mécanisme est souvent le même : retenir de chaque tradition ce qui plaît, écarter ce qui dérange.
Poussée à son terme, une telle spiritualité devient difficilement convertissante : si c'est la personne qui définit la spiritualité, plus rien d'extérieur n'est reconnu pour l'interpeller et l'appeler à changer. La conversion suppose toujours une extériorité qui interpelle — quelqu'un d'autre que moi, qui sait quelque chose que je ne sais pas, et qui peut me dire de changer. C'est une critique du principe — l'autorité du seul ressenti —, non un jugement sur les intentions de chacun : bien des chercheurs spirituels sont sincères, et leurs parcours témoignent parfois de conversions réelles.
L'auto-référence : une spiritualité qui ne sauve pas
Une spiritualité construite par soi pour soi présente le même problème que se sauver soi-même en se tirant par les cheveux. Le théologien protestant suisse Karl Barth, dans la Dogmatique ecclésiale (t. I/2, §17 — « la Révélation de Dieu comme dépassement de la religion », 1939), a formulé une objection radicale, que la théologie catholique ne reprend pas telle quelle mais dont la cible reste juste : la religion humaine, comme construction ascendante, tente toujours de saisir Dieu, alors que la foi chrétienne se reçoit d'un Dieu qui se donne (synthèse du rédacteur, non citation).[75] Le concile Vatican II, on l'a vu, reconnaît pour sa part dans les religions non chrétiennes un « rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (Nostra Aetate, §2) : la critique du principe n'exclut pas que la recherche humaine soit déjà mystérieusement traversée par la grâce.[76] Mais le risque pointé par Barth demeure : faire de la spiritualité une technique de soi qui n'a plus besoin d'un autre.
Le christianisme n'est pas une religion humaine de plus
C'est ici que la réponse catholique change de registre. Le christianisme ne se contente pas de dire : « notre énergie est plus belle que la vôtre ». Il dit autre chose : Dieu a parlé. Il n'est pas seulement un terme final atteint par l'homme ; il est un Dieu personnel — un seul Dieu en trois Personnes, Père, Fils et Esprit Saint — qui prend l'initiative, qui descend, qui entre dans l'histoire.
Le mouvement descendant de la révélation
Le concile Vatican II l'a formulé dans la constitution dogmatique Dei Verbum (18 novembre 1965), §2 — texte que tout catholique devrait savoir :
« Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine. Par cette révélation, le Dieu invisible s'adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis, il s'entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. » — Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, §2, 18 novembre 1965 (références scripturaires entre parenthèses omises)[77]
Trois affirmations sont décisives :
- Dieu se révèle personnellement — non comme une force, une énergie ou un principe impersonnel, mais comme le Dieu unique en trois Personnes que le paragraphe nomme aussitôt : le Père, auprès de qui le Christ, Verbe fait chair, donne accès dans l'Esprit Saint.
- Il s'adresse aux hommes comme à des amis — l'image n'est pas accessoire : l'amitié suppose deux personnes capables de paroles, de présence, d'engagement réciproque.
- Il invite à entrer en communion avec Lui — la finalité n'est pas l'éveil de la conscience, mais une communion personnelle.
Le christianisme ne se conçoit pas comme une élaboration humaine sur le sacré : il se conçoit comme l'accueil d'une parole que Dieu adresse, et qui a un point culminant : Jésus-Christ.
Au commencement : une rencontre, pas une idée
Benoît XVI a posé cette différence de manière inoubliable dès l'ouverture de son encyclique Deus Caritas Est (25 décembre 2005) :
« À l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » — Benoît XVI, encyclique Deus Caritas Est, §1, 25 décembre 2005[78]
Trois mots écartent toute confusion avec une spiritualité diffuse : événement, Personne, orientation. La foi chrétienne ne commence pas par un sentiment personnel ; elle commence par un fait (l'Incarnation, la mort et la Résurrection du Christ) et par la rencontre d'une Personne (Jésus-Christ, vivant aujourd'hui).
Le Dieu d'Abraham, pas celui des philosophes
Le 23 novembre 1654, Blaise Pascal vit une nuit décisive de deux heures, de dix heures et demie du soir environ jusque environ minuit et demi, qu'il consigne sur un papier — l'original conservé — avant de la recopier sur un parchemin, aujourd'hui perdu, qui sera retrouvé cousu dans la doublure de son pourpoint après sa mort, le 19 août 1662. Ce document, le Mémorial, contient une formule fondatrice (texte de l'original sur papier) :
« Feu. Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ. [...] Joie, joie, joie, pleurs de joie. » — Blaise Pascal, Mémorial, original sur papier du 23 novembre 1654[79]
Le Dieu de Pascal n'est pas une énergie cosmique ni un principe métaphysique abstrait : il est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est-à-dire le Dieu qui a parlé à des personnes nommées, dans une histoire datée, qui a fait alliance. Ce Dieu n'est pas le Premier Moteur d'Aristote ni la Substance de Spinoza : il est quelqu'un, et c'est cela que le SBNR tend à manquer.
Joseph Ratzinger : le christianisme comme réponse venue d'en haut
Dans son Introduction à la foi chrétienne (originellement Einführung in das Christentum, München, 1968), le jeune théologien Joseph Ratzinger oppose ce qu'il appelle « la religion comme accomplissement humain » — ascension de l'homme vers le divin — et « la foi chrétienne » comme inversion radicale : Dieu se met en chemin vers l'homme.[80] La direction du mouvement change tout. Une religion ascendante reste structurellement incertaine : a-t-elle atteint son but ? La foi chrétienne se reçoit comme annonce d'un événement : Dieu est venu, et son visage est Jésus.
Religio vera et religiones falsae : la position catholique sur les autres religions
L'Église catholique ne dit donc pas que les autres religions sont entièrement fausses. Nostra Aetate (28 octobre 1965) reconnaît qu'« elle ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions ».[81] Mais elle ajoute que la plénitude de la révélation se trouve en Jésus-Christ, et que toute religion humaine, à sa manière, cherche ce que la révélation chrétienne donne.
« L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu'elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie". » — Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, §2, 28 octobre 1965 (référence Jn 14, 6 omise)[82]
Le mot religio vera n'est donc pas pour les catholiques un slogan d'exclusion : il signifie que la communion personnelle avec le Dieu qui s'est révélé en Jésus-Christ est la forme accomplie de ce que toute religion authentique cherche.
Le Christ change la question
Le SBNR conserve souvent un mot — Christ — mais en le redéfinissant : un maître d'éveil, une énergie christique, un avatar parmi d'autres. La foi catholique soutient autre chose. Si la prétention chrétienne est vraie, alors la question n'est plus « quelle énergie ? », c'est « quelle réponse à cet homme ? ».
Trois choses uniques dans la prétention chrétienne
| Prétention chrétienne | Ce qu'aucune autre tradition ne dit ainsi |
|---|---|
| Dieu s'est fait homme en Jésus de Nazareth | Vision proprement chrétienne : le Fils éternel assume une nature humaine complète (union hypostatique) — non l'apparition passagère d'un dieu sous des traits humains, comme les avatars des traditions orientales, mais Dieu lui-même fait homme, à jamais |
| Cet homme a été crucifié sous Ponce Pilate à une date datable | Le christianisme assume une historicité publique vérifiable |
| Il est ressuscité au troisième jour, vu par des témoins | La Résurrection est un fait revendiqué, pas une métaphore d'éveil |
La logique du « je crois en quelque chose » peut cohabiter avec tous les éveils intérieurs. Elle ne peut pas cohabiter avec une affirmation aussi précise que celle des apôtres : « nous avons mangé et bu avec lui après qu'il est ressuscité d'entre les morts » (Ac 10, 41).
L'argument cumulatif
L'Église ne propose pas un saut aveugle. Elle propose un faisceau dont les fils n'ont pas tous le même statut : l'existence de Dieu peut être connue avec certitude par la raison à partir des choses créées (Vatican I, Dei Filius ; CEC §36) — c'est une démonstration au sens métaphysique ; l'historicité de Jésus, la crédibilité des Évangiles, le témoignage de la conscience morale et des martyrs, la fécondité de sainteté à travers les siècles sont des arguments de crédibilité qui rendent la foi raisonnable ; l'adhésion elle-même reste un acte de foi, don de Dieu et décision libre. La convergence de ces fils rend la foi non seulement possible mais raisonnable.
« Celui qui croit, voit ; il voit avec une lumière qui illumine tout le parcours de la route, parce qu'elle nous vient du Christ ressuscité, étoile du matin qui ne se couche pas. » — Pape François, encyclique Lumen Fidei, §1, 29 juin 2013[83]
La fécondité d'une religion qui ne soit pas seulement humaine
Le critère que Jésus lui-même propose est celui des fruits : « c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7, 16). Et là, le bilan est concret : l'hôpital chrétien, dont la Basileias de Basile de Césarée (vers 372) est tenue pour l'un des premiers exemples[84] ; l'essor des universités médiévales dans un monde chrétien — Paris, née des écoles cathédrales ; Bologne, née du studium des étudiants juristes ; Oxford, dont l'essor se joue aux XIIe-XIIIe siècles[85] ; la défense des Indiens par Las Casas et l'école de Salamanque (Vitoria, De Indis, 1539) ; plus tard, et dans une autre tradition chrétienne, l'abolitionnisme du parlementaire évangélique Wilberforce (traite abolie en 1807, esclavage en 1833)[86] ; les apports de l'école de Salamanque (Vitoria, Suárez) aux fondements du droit international moderne[87] ; la participation de penseurs catholiques, dont Jacques Maritain, aux débats qui entourent la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948)[88] ; la charité institutionnelle (saint Vincent de Paul, Mère Teresa, Sœur Emmanuelle)[89] — sans omettre les contre-témoignages graves qui appellent la conversion.
Le chemin pratique : passer de « quelque chose » à Quelqu'un
Pour une personne qui s'est reconnue dans la formule « je crois en quelque chose mais je n'ai pas de religion », il existe un chemin simple, sans violence et progressif pour avancer. Le voici, tel que les directeurs spirituels et les pasteurs expérimentés le conseillent.
Une première prière honnête
Le premier acte n'est pas de « croire » — on ne se commande pas la foi — mais de demander honnêtement. La forme peut être la plus simple : « Dieu, si tu existes et si tu es personnel, fais-toi connaître à moi. Donne-moi la grâce de te reconnaître. » Cette prière, énoncée à voix basse ou silencieusement, en pleine nuit ou en plein jour, est une demande loyale que la tradition chrétienne tient pour entendue.
Lire un Évangile en entier
Plutôt que de lire des commentaires sur Jésus, lire Jésus directement. L'Évangile selon saint Marc (le plus court, environ 1 h 30 de lecture), ou saint Luc (le plus narratif), ou saint Jean (le plus contemplatif). En lecture continue, sans saut, sans appareil critique. Tel est le geste proposé : vérifier par soi-même ce qu'il disait.
Entrer dans une église silencieuse
Le geste matériel a son importance. Entrer dans une église pendant un moment de silence — par exemple un mardi à 14 h dans une église parisienne ouverte — et s'asseoir, sans prier, sans rien faire. Laisser le lieu travailler. Il peut s'y produire une expérience non magique, mais inattendue : la conscience d'une présence qui fait face. Cela ne prouve rien ; mais cela inscrit dans l'expérience ce que les mots ne disent pas encore.
Rencontrer un prêtre ou un accompagnateur solide
Pas pour « se convertir » tout de suite : pour poser ses objections à un être humain qui connaît la foi de l'intérieur. Les objections du SBNR — institutions, abus, dogmes, peur d'un Dieu juge — méritent d'être travaillées à voix haute avec quelqu'un qui les prend au sérieux. Prêtres, diacres, accompagnateurs formés, communautés et fraternités missionnaires : l'Église ne manque pas de lieux où déposer ces questions.
Aller à une messe, sans communier
La messe catholique n'est pas un spectacle religieux : c'est l'actualisation sacramentelle de la mort et de la Résurrection du Christ. La voir une fois, sans entrer dans la communion eucharistique, permet de mesurer la différence entre « énergie » et présence personnelle. Le silence après la communion, en particulier, ouvre souvent quelque chose que le « je crois en quelque chose » n'avait jamais osé nommer.
Lire deux ou trois auteurs solides
Pour celui qui veut creuser intellectuellement, quelques livres simples et profonds suffisent à dépasser le « quelque chose » : C.S. Lewis, Les fondements du christianisme (Mere Christianity) ; François Varillon, Joie de croire, joie de vivre ; Joseph Ratzinger / Benoît XVI, Foi chrétienne hier et aujourd'hui ; Romano Guardini, Le Seigneur ; et le Catéchisme de l'Église catholique lui-même, dont les premiers paragraphes (CEC §27-49) répondent presque mot pour mot au SBNR.
Conclusion
L'expression « je crois juste en un être ou une énergie supérieure, mais je n'ai pas de religion » est devenue, en deux générations, l'une des formules emblématiques du paysage spirituel occidental — étiquetée Spiritual But Not Religious par les sociologues, ietsisme aux Pays-Bas, mesurée par tous les grands instituts de sondage.
Elle exprime trois choses justes : un refus du matérialisme pur, une intuition que le monde renvoie à plus grand que lui, une méfiance souvent légitime envers des institutions blessées. Le catholicisme ne méprise rien de cela : il y reconnaît même le désir naturel de Dieu inscrit dans tout cœur humain.
Mais la formule comporte trois confusions structurelles. Elle réduit la religion à une institution alors qu'elle est d'abord une relation. Elle parle d'« énergie » pour désigner ce qui, dans l'expérience, est en fait une présence personnelle qui appelle et qui aime. Elle suppose que la religion serait une construction humaine alors que le christianisme se présente comme une descente — Dieu qui s'adresse aux hommes comme à des amis, qui s'incarne, qui meurt et qui ressuscite.
Le passage demandé n'est donc pas d'ajouter une institution à une intuition spirituelle ; c'est de laisser l'intuition aller jusqu'au bout : aller du « quelque chose » à Quelqu'un, et de Quelqu'un à Celui qui a un visage. C'est ce que la tradition chrétienne appelle la foi : non pas l'opposé de la spiritualité, mais sa vérité.
Pour aller plus loin
- Le New Age — la matrice culturelle d'où vient une grande partie du vocabulaire SBNR.
- L'ésotérisme — cadre élargi des savoirs cachés et des techniques spirituelles parallèles.
- L'existence de Dieu — les voies rationnelles vers le Dieu personnel.
- L'argument de la conscience — pourquoi une norme morale objective demande un législateur personnel.
- L'argument moral — exposé détaillé du raisonnement de C.S. Lewis.
- Pourquoi le christianisme est la vérité — de Dieu en général au Christ en particulier.
- Pourquoi le catholicisme est la vraie religion — de la foi chrétienne à l'Église catholique.
- La Résurrection de Jésus — le cœur historique vérifiable de la prétention chrétienne.
- Les 5000 religions — l'objection symétrique : pourquoi pas une autre ?
- L'hindouisme — fond doctrinal souvent réinterprété par le SBNR occidental.
- Le bouddhisme — autre source majeure de la spiritualité sans dieu personnel.
Notes et références
Pew Research Center, Spirituality Among Americans, 7 décembre 2023 (enquête nationale américaine) : 70 % des adultes se décrivent comme spirituels d'une manière ou d'une autre, dont 22 % spiritual but not religious ; 81 % affirment qu'il existe quelque chose de spirituel au-delà du monde naturel, même si on ne peut pas le voir. Parmi les spiritual but not religious, 45 % se disent affiliés à une religion (dont 21 % protestants et 12 % catholiques) et 54 % sans affiliation (athées, agnostiques ou nothing in particular). Source : pewresearch.org/religion. La Religious Landscape Study 2023-2024, distincte, a été publiée en février 2025 (62 % de chrétiens, 29 % de nones ; voir tableau et note dédiée).
1 6Catéchisme de l'Église catholique, §27 : « Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d'attirer l'homme vers Lui, et ce n'est qu'en Dieu que l'homme trouvera la vérité et le bonheur qu'il ne cesse de chercher. » (première phrase du §27 ; la suite cite Gaudium et Spes 19, §1). Source : vatican.va.
2 59 61 62Robert Wuthnow, After Heaven: Spirituality in America Since the 1950s, University of California Press, Berkeley, 1998, 277 p. (ISBN 978-0520222281). Distinction fondatrice entre spirituality of dwelling et spirituality of seeking.
3Wade Clark Roof, A Generation of Seekers: The Spiritual Journeys of the Baby Boom Generation, HarperSanFrancisco, 1993, 294 p. (ISBN 978-0060670276). Suivi de Spiritual Marketplace: Baby Boomers and the Remaking of American Religion, Princeton University Press, 1999.
4Pew Research Center, More Americans now say they're spiritual but not religious, 6 septembre 2017 (enquête du 25 avril au 4 juin 2017) : passage de 19 % à 27 % entre 2012 et 2017, avec la même question. Source : pewresearch.org.
5Pew Research Center, Spirituality Among Americans, décembre 2023, chapitre « How spirituality and religion overlap and differ ». Source : pewresearch.org/religion. Formulation du corps : résumé en français, non verbatim.
7L. Drouhot, P. Simon, V. Tiberj, dossier « Diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles et pratiques selon les origines », in Immigrés et descendants d'immigrés en France, Insee Références, édition 2023, 11 avril 2023 (enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee, 2019-2020 ; champ : 18-59 ans, France métropolitaine, logement ordinaire) : ouverture du dossier et figure 1 — 29 % de catholiques déclarés, 10 % de musulmans, 51 % de sans-religion (« In 2019-2020, 51% of the population aged 18 to 59 in metropolitan France said they had no [religion] » ; « 29 percent [...] identify as Catholic »). Source : insee.fr.
8P. Simon, V. Tiberj, « Sécularisation ou regain religieux : la religiosité des immigrés et de leurs descendants », in C. Beauchemin, C. Hamel, P. Simon (dir.), Trajectoires et Origines : enquête sur la diversité des populations en France, INED, coll. « Grandes Enquêtes », 2015, pp. 559-584 (enquête TeO 2008-2009) ; prolongée par TeO2 (2019-2020) et le dossier Insee 2023 sur les transmissions intergénérationnelles.
9Pew Research Center, The Future of World Religions: Population Growth Projections, 2010-2050, 2 avril 2015 : les unaffiliated passeraient de 16 % de la population mondiale en 2010 (1,1 milliard) à environ 13 % en 2050 — part mondiale en baisse, alors même qu'elle augmente dans certains pays comme les États-Unis et la France (« though increasing in countries such as the United States and France »). Projections d'affiliations religieuses ; elles ne mesurent pas les croyances personnelles en la transcendance.
10Olivier Roy, La sainte ignorance. Le temps de la religion sans culture, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2008, 275 p. (ISBN 978-2020931069). Thèse générale de l'ouvrage sur la religion « sans culture » à l'âge global — rapprochement proposé par le rédacteur, sans attribution d'un passage précis (pagination de l'édition originale non vérifiée en séance ; aucune page n'est donc citée, conformément à la règle de non-attribution sans lieu exact).
11 74Pew Research Center, Religious Landscape Study 2023-2024 (plus de 36 000 adultes, publiée le 26 février 2025) : 62 % de chrétiens, 29 % de religiously unaffiliated (dont 5 % d'athées, 6 % d'agnostiques, 19 % de nothing in particular), 7 % d'autres religions.
12Les British Social Attitudes (NatCen Social Research, https://bsa.natcen.ac.uk) mesurent l'appartenance déclarée : 53 % de « no religion » en 2016 (terrain Grande-Bretagne, environ 3 000 adultes, question « Do you regard yourself as belonging to any particular religion? », résultats publiés en septembre 2017), et non une catégorie « spirituel sans religion ».
13L'European Values Study, vague 5 (Allemagne, 2017 ; https://europeanvaluesstudy.eu), mesure l'appartenance déclarée à une confession (variable d'appartenance confessionnelle) : environ 38 % de konfessionslos — ordre de grandeur secondé par l'analyse des séries EVS (P. Bréchon, Religious indifference and atheism, tableau « No religious affiliation (EVS) » : Allemagne, 38 en 2017). L'enquête ne publie aucune catégorie « spirituel sans religion ».
14Le Centraal Bureau voor de Statistiek (CBS) néerlandais mesure l'appartenance déclarée à une confession : 55 % de sans appartenance religieuse chez les 15 ans et plus en 2020 (58 % en 2021, rapport Religion in the Netherlands), et ne publie aucune catégorie ietsisme : l'ietsisme n'est donc pas une mesure consolidée.
15 17Le néologisme ietsisme (de iets, « quelque chose », et -isme) est couramment attribué à Ronald Plasterk — attribution reprise notamment par l'encyclopédie Wikipédia ; la chronique primaire précise n'a pas été retrouvée et seule l'attribution courante est ici rapportée. Terme popularisé ensuite par l'émission Buitenhof. Le mot entre au Dikke Van Dale (14e éd., 2005).
16Paul Heelas, The New Age Movement: The Celebration of the Self and the Sacralization of Modernity, Blackwell, Oxford, 1996, 266 p. (ISBN 978-0631193326). Référence académique majeure sur les présupposés self-spirituality du courant New Age.
18 32Paul Heelas, Linda Woodhead, The Spiritual Revolution: Why Religion Is Giving Way to Spirituality, Blackwell, Oxford, 2005, 224 p. (ISBN 978-1405119597). Enquête de terrain à Kendal (UK) et théorisation du subjective turn : « a turn away from life lived in terms of external or "objective" roles, duties and obligations, and a turn towards life lived by reference to one's own subjective experiences » (p. 2). Le passage cité dans le corps de l'article en est une paraphrase française.
19 20 21 33Conseil pontifical de la Culture · Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Jésus-Christ porteur d'eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Âge, 3 février 2003, avant-propos. L'avant-propos présente le texte comme une étude et un « rapport provisoire » (« The present study [...] The study is a provisional report »), fruit de la réflexion commune d'un groupe de travail : c'est une réflexion dicastérielle, non un acte du magistère pontifical ou conciliaire. Source : vatican.va.
22Ibid., §2.3.3, sur les cinq motifs constitutifs du courant New Age et de ses dérivés.
23Ibid., §2.3.3 : « Le Nouvel Âge n'est pas à proprement parler une religion, bien qu'il s'intéresse à ce que l'on appelle "divin". Il consiste essentiellement dans une association informelle regroupant toutes sortes d'activités, d'idées et d'individus pouvant répondre à cette appellation. » (texte vatican.va).
24Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, livre IV, Profession de foi du vicaire savoyard, 1762, éd. Pléiade Gallimard, Œuvres complètes, t. IV, 1969, pp. 565-635 (l'ensemble du morceau ; passage présenté en résumé dans le corps). Fragment « Que d'hommes entre Dieu et moi ! » attesté par sa reprise dans Lumen Fidei, §14, qui renvoie en note à l'Émile (éd. Paris 1966, p. 387).
25Friedrich Schleiermacher, Über die Religion. Reden an die Gebildeten unter ihren Verächtern, Berlin, 1799 (la religion comme intuition et sentiment de l'univers) ; trad. fr. De la religion. Discours aux personnes cultivées d'entre ses mépriseurs, Aubier, 1944, puis Van Dieren, 2004.
26Friedrich Schleiermacher, Der christliche Glaube nach den Grundsätzen der evangelischen Kirche, Berlin, 1821-1822 (2e éd. 1830-1831) : la piété comme « sentiment de dépendance absolue » (Gefühl schlechthinniger Abhängigkeit, §4).
27Helena Petrovna Blavatsky, The Secret Doctrine: The Synthesis of Science, Religion and Philosophy, Theosophical Publishing Company, Londres-New York, 1888, 2 vol. Texte fondateur du syncrétisme théosophique.
28Aldous Huxley, The Perennial Philosophy, Harper & Brothers, New York, 1945, 312 p. Recueil de textes mystiques de toutes traditions, présentés comme expression d'une sagesse éternelle commune.
29 38Ralph Waldo Trine, In Tune with the Infinite, or Fullness of Peace, Power, and Plenty, Thomas Y. Crowell, New York, 1897.
30Rhonda Byrne, The Secret, Atria Books / Beyond Words, 2006 (film documentaire du même nom sorti en mars 2006).
31Kelley Cotter, Julia DeCook, Shaheen Kanthawala et Kali Foyle, « In FYP We Trust: The Divine Force of Algorithmic Conspirituality », International Journal of Communication 16, 2022, p. 2911-2934 (article en ligne) : des contenus recommandés par les algorithmes sont reçus comme des « signes » personnels.
34Danièle Hervieu-Léger, Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Flammarion, Paris, 1999, 289 p. (ISBN 978-2081226814). Analyse des figures du croyant à l'époque postmoderne. Passage cité dans le corps : résumé, non verbatim.
35Carl Gustav Jung, Antwort auf Hiob, Rascher, Zurich, 1952 (trad. fr. Réponse à Job, Buchet/Chastel, 1964) ; C.G. Jung, Aion. Recherches sur le symbolisme du Soi, 1951, trad. fr. Albin Michel.
36« Vocatus atque non vocatus, Deus aderit » (« Appelé ou non appelé, Dieu sera présent »), inscription gravée au-dessus de la porte de la maison de Jung à Küsnacht, sentence diffusée par le recueil des Adages d'Érasme (XVIe s.). Attestation : la maison-musée Haus C. G. Jung (Küsnacht) cite l'inscription latine qui orne le portail de la tour d'entrée (site officiel cgjunghaus.ch, page The House and the Garden : « VOCATUS ATQUE NON VOCATUS DEUS ADERIT [...] Inschrift über dem Hausportal [...] The inscription in Latin adorns the portal of the impressive tower »).
37Eckhart Tolle, The Power of Now: A Guide to Spiritual Enlightenment, Namaste Publishing, Vancouver, 1997 ; puis A New Earth: Awakening to Your Life's Purpose, Dutton, 2005. Cycle A New Earth promu par Oprah Winfrey au printemps 2008 lors d'une série de webinaires publics. Contenu doctrinal : synthèse du rédacteur (aucune citation littérale de Tolle n'est reprise dans le corps).
39Deepak Chopra (né en 1946 à New Delhi), médecin passé à la spiritualité après sa rencontre avec Maharishi Mahesh Yogi (1985), auteur de nombreux ouvrages de spiritualité diffusés notamment avec Oprah Winfrey.
40Sam Harris, Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion, Simon & Schuster, New York, 2014, 256 p. (ISBN 978-1451636017).
41Frédéric Lenoir, Les métamorphoses de Dieu. La nouvelle spiritualité occidentale, Plon, Paris, 2003 (ISBN 9782259194181) ; Frédéric Lenoir, Petit traité de vie intérieure, Plon, 2010.
42 43Charles Taylor, A Secular Age, Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 2007, 874 p. (ISBN 978-0674026766) ; passage cité : p. 3 de l'édition anglaise, traduit par le rédacteur. Traduction française existante : L'Âge séculier, trad. P. Savidan, Seuil, 2011 (page non vérifiée).
44 45Pew Research Center, Faith in Flux (2009) : interrogés en leurs propres mots, moins de 3 % des ex-catholiques citent le scandale des abus comme motif principal de leur départ ; Pew Research Center, Americans See Catholic Clergy Sex Abuse as an Ongoing Problem (11 juin 2019) : environ un quart des ex-catholiques le mentionne comme une raison quand la question est posée explicitement (enquête 2008), mais 4 % seulement comme motif principal en réponse spontanée (enquête 2015).
46Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l'Église (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé, Les violences sexuelles dans l'Église catholique. France, 1950-2020, rapport final, Paris, 5 octobre 2021. Estimation : environ 216 000 mineurs victimes de clercs ou de religieux (± 50 000), environ 330 000 en incluant les victimes de laïcs en mission d'Église.
47Conseil pontifical de la Culture · Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Jésus-Christ porteur d'eau vive, 3 février 2003, préface : « Il est nécessaire de reconnaître que l'attrait exercé par la religiosité Nouvel Âge sur certains chrétiens peut en partie s'attribuer à l'absence d'une prise en considération sérieuse, de la part de leurs propres communautés, des thèmes qui font vraiment objet de la synthèse catholique. Ces thèmes sont, entre autres : [...] la recherche du sens de la vie, [...] le désir de transformation personnelle et sociale [...]. » (texte vatican.va ; le corps de l'article en donne un résumé).
48Jean Baubérot, Histoire de la laïcité en France, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 5e éd. 2017 ; et Jean Baubérot, Les laïcités dans le monde, PUF, 2007.
49Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985, 306 p. (ISBN 978-2070700738).
50Robert N. Bellah, Richard Madsen, William M. Sullivan, Ann Swidler, Steven M. Tipton, Habits of the Heart: Individualism and Commitment in American Life, University of California Press, Berkeley, 1985, 355 p. (ISBN 978-0520254190).
51Cardinal Joseph Ratzinger, méditations rédigées à la demande de Jean-Paul II pour le Chemin de croix du Vendredi saint 25 mars 2005, IXe station (Jésus tombe pour la troisième fois). Paternité : le pape a confié la rédaction au cardinal Ratzinger (annonce du 8 mars 2005). Texte officiel français : archives liturgiques, vatican.va. Déroulement : Jean-Paul II, très affaibli, s'unit à la célébration depuis ses appartements au Vatican (retransmission télévisée) ; au Colisée, le cardinal Camillo Ruini préside et donne lecture du message du pape (« Je suis avec vous en esprit au Colisée... »).
52Lactance, Institutiones Divinae, livre IV, chapitre 28 (traduction française d'après l'ensemble du chapitre ; seule la dernière phrase du passage cité rend le latin : « Hoc vinculo pietatis obstricti Deo et religati sumus, unde ipsa religio nomen accepit. »).
53Cicéron, De natura deorum, II, 28, 72 : « qui omnia quae ad cultum deorum pertinerent diligenter retractarent et tamquam relegerent, sunt dicti religiosi ex relegendo. »
54Saint Augustin, De vera religione, 55 : religio rattaché au lien (religare) qui unit l'homme au seul Dieu tout-puissant (synthèse du rédacteur, non citation littérale). À distinguer de La Cité de Dieu, X, 3, où Augustin joue sur reeligere — re-choisir Dieu perdu par négligence — comme le relève saint Thomas (IIa-IIae, q. 81, a. 1).
55Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIa-IIae, q. 81, a. 2 (Utrum religio sit virtus — « la religion est-elle une vertu ? ») : oui, la religion est une vertu. Édition Léonine.
56Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIa-IIae, q. 81, a. 4 (la religion est une vertu spéciale, distincte des autres) et a. 5 (vertu morale, partie de la justice — et non vertu théologale). Édition Léonine.
57Catéchisme de l'Église catholique, §§28-29 : le §28 décrit la quête humaine de Dieu « par [les] croyances et [les] comportements religieux » ; le §29, l'oubli ou le rejet possibles de ce rapport. La distinction « recherche humaine / don de Dieu » proposée dans le corps est une synthèse du rédacteur, non une distinction textuelle de ces paragraphes. Source : vatican.va.
58Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, §2, 18 novembre 1965. Source : vatican.va.
60 77Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1957 (édition originale allemande Das Heilige und das Profane, Rowohlt, 1957) ; et Histoire des croyances et des idées religieuses, Payot, 3 vol., 1976-1983.
63Saint Augustin, Confessions, livre I, chapitre 1, n° 1, vers 397-401 : « Fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te. » Édition critique BAC, traduction française Œuvres de saint Augustin, Études Augustiniennes / Institut d'Études Augustiniennes, t. 13-14.
64Catéchisme de l'Église catholique, §§31-35, « Les voies d'accès à la connaissance de Dieu ». Source : vatican.va.
65Concile Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius, chapitre 2 De Revelatione, 24 avril 1870 ; reprise dans Denzinger-Schönmetzer, n° 3004-3005, et CEC §36.
66 67Catéchisme de l'Église catholique, §§36-38 : connaissance naturelle de Dieu et nécessité morale de la révélation pour atteindre cette connaissance avec certitude et sans erreur. Source : vatican.va.
68Catéchisme de l'Église catholique, §30 : conditions de la quête authentique de Dieu (intelligence, volonté, témoignage reçu). Source : vatican.va.
69C.S. Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, Londres, 1952 (compilation des conférences radio BBC de 1941-1944) ; trad. fr. Les Fondements du christianisme, Empreinte / Raphaël, 2003. Argument moral : livre I (la loi morale) — résumé dans le corps, non verbatim ; argument du désir : livre III, chap. 10 (« Hope ») — citation d'après l'édition anglaise.
70 72C.S. Lewis, The Pilgrim's Regress, J.M. Dent, Londres, 1933 ; et The Weight of Glory and Other Addresses, Macmillan, 1949. Exposé central de l'argument du désir.
71Pape François, encyclique Lumen Fidei, 29 juin 2013, §§1, 13-14. Première encyclique du pape François, largement rédigée par son prédécesseur Benoît XVI. Passages utilisés : §1 (« Celui qui croit, voit… »), §13 (« Devant l'idole… », Ps 115, 5) ; §14 cite Rousseau (« Que d'hommes entre Dieu et moi ! »). Source : vatican.va.
73 83Karl Barth, Die kirchliche Dogmatik, t. I/2, §17 (« Gottes Offenbarung als Aufhebung der Religion » — « la Révélation de Dieu comme dépassement de la religion »), Zollikon-Zürich, Evangelischer Verlag, 1939, pp. 304-397. Critique radicale de la religion comme construction humaine (synthèse du rédacteur, non citation).
75Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, §2, 28 octobre 1965 (référence Jn 14, 6 omise dans la citation du corps). Source : vatican.va.
76 81 82Benoît XVI, encyclique Deus Caritas Est, §1, 25 décembre 2005 (ouverture du §1 ; l'encyclique elle-même s'ouvre sur la citation de 1 Jn 4, 16). Source : vatican.va.
78Blaise Pascal, Mémorial, original sur papier du 23 novembre 1654 (nuit du lundi 23 novembre, « depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demie ») ; copie sur parchemin, aujourd'hui perdue, retrouvée cousue dans la doublure du pourpoint après la mort de Pascal (19 août 1662). Texte dans Œuvres complètes, éd. L. Lafuma, Seuil, 1963, fragment n° 913.
79Joseph Ratzinger, Einführung in das Christentum. Vorlesungen über das Apostolische Glaubensbekenntnis, Kösel-Verlag, München, 1968 ; trad. fr. Foi chrétienne hier et aujourd'hui, Cerf, 1969 ; réédition Mame, 2005. Passage utilisé : résumé, non verbatim.
80Basile de Césarée, Basileias aux portes de Césarée de Cappadoce, vers 372 : complexe philanthropique (hôpital, hospice, léproserie) tenu pour l'un des premiers hôpitaux chrétiens. Les 20 canons conservés du concile de Nicée (325) n'ordonnent pour leur part aucune fondation d'hospices.
84Trois naissances distinctes, dans un même monde chrétien : Paris, née des écoles cathédrales (env. 1200) ; Bologne, née du studium des étudiants juristes (XIIe siècle) — et non d'écoles cathédrales ou monastiques ; Oxford, dont l'essor universitaire se joue aux XIIe-XIIIe siècles.
85B. de Las Casas, évêque du Chiapas (dominicain, défenseur des Indiens) ; F. de Vitoria, De Indis (1539) ; W. Wilberforce, parlementaire évangélique, abolition de la traite (1807) puis de l'esclavage dans l'Empire britannique (1833). Trois moments distincts, sans filiation directe revendiquée.
86École de Salamanque : F. de Vitoria (De Indis, 1539 ; De iure belli) et F. Suárez (De legibus, 1612), comptés parmi les fondateurs du droit international moderne.
87Comité UNESCO sur les fondements philosophiques des droits de l'homme (1947-1948), auquel J. Maritain est associé.
88V. de Paul et Louise de Marillac, Filles de la Charité (1633) ; Mère Teresa, Missionnaires de la Charité (1950) ; Sœur Emmanuelle (Le Caire).
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