Jacques Maritain (Paris, 18 novembre 1882 — Toulouse, 28 avril 1973) est l'un des philosophes catholiques les plus connus du XXᵉ siècle : à sa mort, il était sans doute le plus connu au monde.[6][7] Né dans un foyer républicain, libéral et anticlérical — sa mère était la fille de Jules Favre —, il a d'abord connu le désespoir des jeunes gens de son temps, gavés de scientisme et privés d'absolu, au point de conclure avec sa fiancée Raïssa un pacte de suicide s'ils ne trouvaient pas, en un an, un sens à la vie.[8][9]
Ce sens, il l'a trouvé : d'abord par les leçons de Bergson, qui rendirent l'esprit à lui-même, puis par la foudroyante rencontre de Léon Bloy, ce « mendiant ingrat » dont le roman La Femme pauvre leur apprit qu'il n'y a qu'une tristesse : celle de n'être pas des saints.[10][11]
Baptisé le 11 juin 1906, Maritain découvre bientôt saint Thomas d'Aquin — et fait de lui, pour un demi-siècle, le maître de toute sa pensée. De ce thomisme — la philosophie de saint Thomas — repris à neuf sortiront une théorie de la connaissance (Les degrés du savoir), une esthétique (Art et scolastique), une métaphysique de l'« intuition de l'être » — ce regard très simple par lequel l'intelligence saisit, d'un coup, que les choses existent —, et surtout une philosophie politique : l'« humanisme intégral » et la doctrine des droits de l'homme fondés sur la loi naturelle, c'est-à-dire sur le bien à faire et le mal à éviter, que Dieu a inscrits dans la nature humaine et que toute raison peut découvrir. Cette pensée marquera la démocratie chrétienne, les travaux préparatoires de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 — que Maritain n'a pas rédigée, mais dont il fut à l'UNESCO l'un des principaux défenseurs — et, de façon indirecte, le concile Vatican II, en particulier sa déclaration sur la liberté religieuse, Dignitatis humanae.[12][13][14][15][16]
Ignispedia le lit comme une personnalité marquante du catholicisme : non pas un docteur canonique dont chaque page ferait autorité, mais un immense témoin de l'intelligence croyante, un homme qui a mis toute la rigueur de la philosophie au service de la foi et qui, jusqu'au bout, n'a cherché qu'une chose : être un saint. Sa pensée politique — une cité chrétienne pluraliste, respectueuse de la liberté religieuse — lui valut des adversaires jusque chez les thomistes, tel le dominicain Réginald Garrigou-Lagrange, censeur de ses écrits politiques au Saint-Office, le service du Vatican qui veille sur la doctrine, dans les années 1950 ; selon la reconstruction de l'historien Philippe Chenaux à partir des archives, l'issue envisagée fut une liste de propositions erronées préparée sans mentionner son nom, mais jamais publiée : aucune condamnation ne fut jamais publiée.[17] À la clôture de Vatican II, le 8 décembre 1965, c'est à lui, son vieil ami, que Paul VI a remis solennellement le Message aux hommes de la pensée et de la science.[18][19]
Pourquoi Maritain compte-t-il ?
L'un des philosophes catholiques les plus connus de son siècle
À sa mort en 1973, Jacques Maritain était sans doute le philosophe catholique le plus connu du monde.[20] Traduit dans une vingtaine de langues[21], lu de Paris à Buenos Aires et de Rome à Princeton, il avait fait ce que peu de philosophes réussissent : imposer, en plein XXᵉ siècle scientiste et sécularisé, l'idée qu'un catholique pouvait penser rigoureusement — non pas malgré sa foi, mais à partir d'elle. Son influence débordait largement la philosophie académique : elle irriguait l'art (il fut l'ami de Rouault, de Cocteau, de Stravinsky), la politique (la démocratie chrétienne européenne et sud-américaine), et jusqu'aux textes fondateurs des droits de l'homme.[22][23]
Ce rayonnement tient à une conviction simple et rare : la vérité existe, l'intelligence peut l'atteindre, et la foi ne l'étouffe pas mais l'accomplit. Contre le désespoir intellectuel de sa jeunesse, contre le relativisme comme contre le fidéisme, Maritain a passé sa vie à montrer que « distinguer » les ordres de savoir permet précisément de les « unir » — c'est le titre même de son grand œuvre épistémologique.[24]
Un converti conduit par la beauté et par un mendiant
Maritain appartient à cette génération de grands convertis qui a renouvelé le visage du catholicisme français au tournant du siècle — celle de Paul Claudel, foudroyé derrière un pilier de Notre-Dame, et de Charles Péguy, qui « retrouva la foi » vers 1908.[25][26][27] Chez Maritain, l'instrument de la grâce porte un nom et un visage : Léon Bloy, l'écrivain pauvre et furieux, « pèlerin de l'Absolu », dont La Femme pauvre s'achève sur la phrase qui décidera de toute leur vie :
« Il n'y a qu'une tristesse, lui a-t-elle dit, la dernière fois, c'est de n'être pas des SAINTS… » — Léon Bloy, La Femme pauvre (parole de l'héroïne, Clotilde), dernière phrase du roman[28]
Cette phrase, Jacques et Raïssa la reçurent comme un coup de foudre. Bloy devint leur parrain le jour de leur baptême, le 11 juin 1906.[29][30] De ce jour, la sainteté ne fut plus pour eux un mot pieux, mais l'unique affaire sérieuse — la clef qui commande toute l'œuvre philosophique à venir.
Le maître d'un renouveau thomiste
Le troisième titre de gloire de Maritain est d'avoir été l'un des grands artisans du renouveau thomiste du XXᵉ siècle.[31] Là où beaucoup ne voyaient dans saint Thomas d'Aquin qu'un manuel scolaire poussiéreux, Maritain a rendu au « Docteur angélique » sa puissance vivante : un instrument pour affronter Bergson et Descartes, Kant et Freud, la science moderne et l'art contemporain. Il ne s'agissait pas de répéter Thomas, mais de le rénover — de penser avec lui les problèmes que Thomas n'avait pas connus.[32]
C'est ce thomisme repris à neuf, tenu de main ferme mais tourné vers le siècle, qui fait de Maritain autre chose qu'un commentateur : un philosophe à part entière, dont l'œuvre couvre la théorie de la connaissance, la métaphysique, l'esthétique, la morale et la politique.
L'homme : de l'angoisse du Jardin des Plantes à la sainteté cherchée
Repères biographiques
La vie de Maritain couvre presque un siècle, de la France de la Troisième République naissante à l'après-concile. Elle est traversée par une constante : un couple — Jacques et Raïssa — qui n'a jamais séparé la recherche de la vérité de la recherche de Dieu.[33][34]
- 18 novembre 1882Naissance à Paris
Jacques Maritain naît dans un milieu républicain et anticlérical ; sa mère, Geneviève Favre, est la fille de l'homme d'État Jules Favre. Il grandit sans foi religieuse.
- 1900-1903La Sorbonne et Raïssa
Étudiant en sciences à la Sorbonne, il y rencontre Raïssa Oumançoff, jeune juive russe émigrée de Rostov. Ensemble ils souffrent du scientisme régnant, qui réduit toute vérité à la matière mesurable.
- 1901Le pacte de suicide
Désespérant qu'il existe un sens et une vérité, les deux fiancés font le pacte de se donner la mort ensemble s'ils n'ont pas trouvé, en un an, une raison de vivre.
- 1901-1904Bergson, puis le mariage
Les leçons de Henri Bergson au Collège de France dissolvent leur désespoir intellectuel et leur rendent « le sens de l'absolu ». Jacques et Raïssa se marient le 26 novembre 1904.
- 1905-1906Léon Bloy et le baptême
La rencontre de Léon Bloy les conduit à la foi catholique. Ils sont baptisés le 11 juin 1906, Bloy servant de parrain.
- v. 1908-1910La découverte de saint Thomas
Sur les conseils du dominicain Humbert Clérissac, Maritain découvre saint Thomas d'Aquin : il y reconnaît « le maître » qu'il cherchait. Il rompt bientôt avec la philosophie de Bergson (La Philosophie bergsonienne, 1914).[35]
- années 1920-1930Meudon, cœur d'un renouveau
Installés à Meudon, les Maritain animent des cercles d'études thomistes et des retraites qui rassemblent philosophes, artistes et convertis. Paraissent Art et scolastique (1920), Les degrés du savoir (1932), Humanisme intégral (1936).
- 1940-1945L'exil américain
Réfugié aux États-Unis pendant la guerre, il enseigne à Princeton et Columbia et défend, par la radio et l'écrit, une Europe libre et chrétienne (Les Droits de l'homme et la loi naturelle, 1942 ; Christianisme et démocratie, 1943).
- 1945-1948Ambassadeur près le Saint-Siège
Nommé par de Gaulle ambassadeur de France au Vatican, il y noue une amitié durable avec Mgr Montini, futur Paul VI.
- 1948-1960Princeton et les grandes synthèses
De retour à Princeton, il donne L'Homme et l'État (1951) et L'Intuition créatrice dans l'art et la poésie (1953). Raïssa meurt en 1960.
- 1961-1970Petit Frère de Jésus à Toulouse
Veuf, il rejoint les Petits Frères de Jésus à Toulouse, dont il prononce les vœux en 1970. Il publie Le Paysan de la Garonne (1966).
- 8 décembre 1965Le message du concile
À la clôture de Vatican II, Paul VI lui remet le Message aux hommes de la pensée et de la science, geste d'estime pour le philosophe et pour l'intelligence croyante.
- 28 avril 1973Mort à Toulouse
Jacques Maritain meurt à 90 ans. Il est inhumé à Kolbsheim, en Alsace, dans la même tombe que Raïssa.
Le pacte de suicide et le sauvetage par Bergson
On mesure mal, aujourd'hui, la violence du désespoir intellectuel qui frappa la jeunesse cultivée de 1900. La Sorbonne enseignait un scientisme intransigeant : rien n'est vrai que ce que la science positive peut mesurer ; la métaphysique est une illusion, la morale une convention, la vie un accident de la matière. Pour deux êtres assoiffés d'absolu comme Jacques et Raïssa, cette doctrine était mortelle — au sens propre. Ils firent, vers 1901, un pacte terrible :
Raïssa Maritain raconte ce pacte dans ses mémoires, Les Grandes Amitiés : les deux jeunes gens décident de faire encore crédit à l'existence, comme à une expérience à tenter, dans l'espoir que le sens de la vie se dévoile à leur appel véhément ; si l'expérience échoue, ce sera le suicide, avant que les années aient usé leurs jeunes forces : mourir par un libre refus, plutôt que vivre sans la vérité.[36]
Ce qui les retint, ce furent les leçons de Henri Bergson au Collège de France. Contre le mécanisme régnant, Bergson rendait sa place à l'intuition, à la durée, à l'esprit ; il « dissolvait » leur désespoir et leur restituait le « sens de l'absolu ».[37][38] Maritain restera reconnaissant à Bergson toute sa vie, même après l'avoir critiqué au nom de saint Thomas : c'est « de Bergson à saint Thomas d'Aquin » qu'il fera un jour le titre d'un livre.[39] Le premier sauvetage fut philosophique ; le second serait surnaturel.
Raïssa, l'âme jumelle
On ne comprend pas Jacques Maritain sans Raïssa. Juive russe née à Rostov, poète et contemplative, elle fut bien plus qu'une épouse : la compagne d'une même quête, la « mystique » du couple, celle dont l'oraison silencieuse portait le travail intellectuel de Jacques.[40][41] Leurs Grandes Amitiés (1941) — mémoires de Raïssa — restent l'un des plus beaux récits de conversion du siècle, et la source la plus sûre pour connaître leur itinéraire intérieur.[42]
Le couple vécut d'ailleurs, après un vœu émis en 1912, dans la continence, entièrement voués à ce qu'ils appelaient leur « vocation » commune de vérité et de sainteté. Cette dimension contemplative n'est pas une anecdote : elle explique que la philosophie de Maritain, si technique soit-elle, soit toujours ordonnée à Dieu, et que sa théorie de la « connaissance par connaturalité » — cette connaissance obscure, par affinité et par amour — ait chez lui des racines mystiques réelles.[43][44]
Léon Bloy, parrain et « mendiant ingrat »
L'homme par qui la grâce est passée fut donc Léon Bloy (1846-1917), l'écrivain le plus pauvre et le plus violent de son temps, qui se disait lui-même « mendiant ingrat ». Les Maritain, jeunes intellectuels brillants, le cherchèrent après avoir lu La Femme pauvre. Ils trouvèrent un homme misérable, dévoré par l'absolu, pour qui la seule catastrophe véritable était de manquer sa sainteté.[45][46]
De Bloy, Maritain garda toute sa vie une certitude brûlante : la sainteté n'est pas une option pieuse réservée à quelques-uns, mais la seule chose qui compte pour tous. Cette conviction, reçue d'un romancier furieux et non d'un traité de théologie, donne à toute l'œuvre de Maritain sa tension secrète. Le philosophe le plus rigoureux du siècle catholique fut d'abord l'enfant spirituel d'un mendiant. Ignispedia, qui aime les voies imprévisibles de la grâce, retient ce paradoxe : c'est par la beauté d'une œuvre littéraire et par la pauvreté d'un converti que Dieu a pris le futur maître du thomisme.
L'œuvre philosophique : distinguer pour unir
L'œuvre immense de Maritain s'organise autour d'une intuition maîtresse, celle qui donne son titre à son chef-d'œuvre épistémologique : distinguer pour unir. On ne fait pas l'unité du savoir en confondant les ordres, mais en respectant la nature propre de chacun.[47]
Les degrés du savoir : une échelle de la connaissance
Dans Distinguer pour unir ou Les degrés du savoir (1932), Maritain propose un réalisme critique : l'esprit n'est satisfait que lorsqu'il atteint non seulement la chose, mais ce sur quoi la chose se fonde dans l'être et dans l'intelligibilité.[48] Contre l'idéalisme issu de Descartes et de Kant, il maintient que l'intelligence rejoint réellement le réel.
Il distingue trois degrés d'abstraction, qui sont autant d'ordres de savoir hiérarchisés :
| Degré | Objet propre | Type de connaissance |
|---|---|---|
| Premier degré | la nature sensible, le mobile comme tel | philosophie de la nature, sciences empiriques |
| Deuxième degré | la quantité, l'être mathématisable | mathématiques, sciences physico-mathématiques |
| Troisième degré | l'être en tant qu'être, le trans-sensible | métaphysique |
Au-dessus encore de la métaphysique, Maritain place la théologie et, au sommet, la connaissance mystique — non plus discursive, mais donnée dans l'union à Dieu.[49][50] La grande erreur de la modernité, selon lui, est de laisser la science empirique — le premier degré — usurper la place de la métaphysique et prétendre juger de tout. Distinguer les degrés, c'est rendre à chaque savoir sa dignité et sa limite ; c'est aussi rouvrir, au-dessus de la physique, l'espace de la sagesse.
La connaissance par connaturalité
L'apport le plus original de Maritain à la théorie de la connaissance est la connaissance par connaturalité.[51] À côté de la connaissance par concepts, claire et discursive, il existe une connaissance obscure, qui juge non par raisonnement mais par inclination, par affinité, par sympathie : l'intelligence « consulte les penchants intérieurs du sujet ».[52]
C'est ainsi, dit Maritain, que l'homme vertueux sait ce qui est bon avant tout raisonnement moral, que l'artiste sait son œuvre avant de pouvoir l'expliquer, que le mystique connaît Dieu par l'amour bien plus que par la démonstration. Cette notion — puisée chez saint Thomas et chez les mystiques — permet à Maritain de tenir ensemble la rigueur de l'intelligence et la vie du cœur : la morale, l'art et la mystique ne sont pas des sous-produits vagues de la raison, mais de véritables connaissances, d'un autre ordre.
La métaphysique : l'intuition de l'être
Au cœur de la métaphysique de Maritain se trouve l'intuition de l'être : une saisie intellectuelle, directe et immédiate, non de l'« être » abstrait, mais de l'acte même d'exister.[53] Cette intuition, écrit-il, est « supérieure à tout raisonnement discursif » : elle est le point de départ vivant de toute métaphysique digne de ce nom.
Dans le Court traité de l'existence et de l'existant (1947), Maritain revendique même le titre d'« existentialiste » — mais d'un existentialisme chrétien et intellectuel, aux antipodes de celui de Sartre.[54] Là où l'existentialisme athée fait de l'existence une absurdité sans essence, Maritain affirme « le primat de l'existence, mais comme impliquant et sauvant les essences ».[55] L'être n'est pas un chaos : il est acte, don, plénitude — et, au terme de la métaphysique, il conduit à Celui qui est l'Être même.
Art et scolastique : une esthétique thomiste
Dès 1920, dans Art et scolastique, Maritain applique les principes de saint Thomas au domaine de l'art — ce qui lui vaudra l'amitié des plus grands artistes de son temps.[56] L'art, dit-il, est « une vertu de l'intellect pratique qui vise à faire » : non à connaître ni à agir moralement, mais à produire une œuvre. Et la beauté est « ce qui, étant vu, plaît » — elle unit des qualités objectives (intégrité, proportion, éclat) au plaisir de l'intelligence qui contemple.[57]
Plus tard, dans L'Intuition créatrice dans l'art et la poésie (1953), Maritain approfondit la poésie comme une « divination », une intercommunication entre l'être des choses et l'être du sujet — encore une forme de la connaissance par connaturalité, à l'œuvre au niveau préconscient de l'esprit créateur.[58] Ignispedia relève ici la fécondité de cette esthétique : contre le double piège de l'art « moral » (qui n'est plus de l'art) et de l'art « pur » (coupé du vrai), Maritain rend à la beauté sa noblesse propre tout en la reliant à Dieu, source de tout éclat.
Les grandes œuvres se laissent regrouper par domaines :
| Domaine | Œuvres majeures | Année |
|---|---|---|
| Épistémologie | Distinguer pour unir ou Les degrés du savoir | 1932 |
| Métaphysique | Sept leçons sur l'être ; Court traité de l'existence et de l'existant | 1934 ; 1947 |
| Esthétique | Art et scolastique ; L'Intuition créatrice dans l'art et la poésie | 1920 ; 1953 |
| Politique | Humanisme intégral ; Les Droits de l'homme et la loi naturelle ; L'Homme et l'État | 1936 ; 1942 ; 1951 |
| Testament | Le Paysan de la Garonne | 1966 |
L'humanisme intégral et la pensée politique
C'est par sa philosophie politique que Maritain a le plus profondément marqué le siècle. À l'heure des totalitarismes — communisme, fascisme, national-socialisme — qui broyaient l'homme au nom de la race, de la classe ou de l'État, il a proposé une troisième voie : ni l'individualisme libéral qui isole, ni le collectivisme qui écrase, mais un humanisme intégral enraciné dans la dignité de la personne.[59][60]
Distinguer l'individu et la personne
La clef de toute la pensée politique de Maritain est une distinction — encore une — entre l'individu et la personne.[61] Comme individu, l'homme est un fragment de matière, une partie de l'espèce et de la société, subordonné au tout. Comme personne, il est un être spirituel, libre, doué d'une destinée éternelle, qui transcende la société et ne peut jamais être traité comme un simple moyen. Maritain le dit en substance dans Les Droits de l'homme et la loi naturelle (1942) : parce qu'elle est un tout, maîtresse d'elle-même et de ses actes, la personne n'est pas seulement un moyen, mais une fin, qui doit être traitée comme telle — et c'est de là que lui viennent ses droits.[62]
Le totalitarisme naît quand on ne voit dans l'homme que l'individu, part du grand corps social. La démocratie authentique naît quand on reconnaît en lui la personne, dont la dignité précède l'État. Mais Maritain refuse l'excès inverse — l'individualisme qui ferait de chacun un absolu solitaire : la personne est ordonnée au bien commun, qui n'est pas la somme des intérêts mais un bien réellement partagé.[63]
L'humanisme intégral
Dans Humanisme intégral (1936), Maritain diagnostique le drame de la modernité : un humanisme anthropocentrique qui, en voulant exalter l'homme sans Dieu, finit par le détruire. À cet humanisme sans Dieu, il oppose un humanisme « intégral » et théocentrique — un humanisme « de l'Incarnation » qui prend l'homme tout entier, matière et esprit, et l'ordonne à sa fin surnaturelle sans mépriser sa vie terrestre.[64][65]
Ce livre eut une postérité considérable : il inspira une part de la démocratie chrétienne en Europe et surtout en Amérique latine, où des générations de militants et d'hommes d'État se réclamèrent de Maritain. Cette influence eut ses ambiguïtés — nous y reviendrons —, mais elle témoigne d'une chose : Maritain a rendu politiquement pensable, pour des millions de catholiques, l'idée qu'on pouvait servir la liberté et la justice au nom même de l'Évangile, sans renier la foi ni sacraliser un régime.
Les droits de l'homme et la loi naturelle
Le point le plus célèbre — et le plus discuté — de la pensée de Maritain est sa doctrine des droits de l'homme fondés sur la loi naturelle. Contre l'idée moderne d'un droit sans fondement, pure création de la volonté ou du contrat, Maritain enracine les droits dans la loi naturelle : cet ordre que la raison humaine peut découvrir et selon lequel la volonté doit agir pour s'accorder aux fins nécessaires de l'être humain.[66][67]
Les premiers principes de cette loi, précise-t-il, sont connus par connaturalité — par une inclination de la nature (la syndérèse) — avant tout raisonnement. Les droits ainsi fondés sont inaliénables et universels, mais l'humanité ne les reconnaît que progressivement dans l'histoire : ils ne sont jamais épuisés.[68] Ce fondement dans la nature et non dans la seule volonté est précisément ce qui distingue Maritain d'un libéralisme purement procédural — et ce qui rend sa doctrine assimilable par la pensée catholique.
Maritain et la Déclaration universelle de 1948
L'influence de Maritain sur la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) est réelle et documentée.[69] Par ses écrits et par son action à l'UNESCO, il contribua au climat intellectuel de la Déclaration ; son livre Les Droits de l'homme et la loi naturelle en préfigurait plusieurs articles ; et un membre influent du comité de rédaction, le philosophe libanais Charles Malik, suivait de près sa pensée politique.[70]
C'est à Maritain qu'on doit une intuition décisive sur la manière dont des hommes que tout oppose peuvent néanmoins s'accorder sur une liste de droits : ils s'entendront, disait-il en substance, sur les droits pratiques à condition de ne pas exiger un accord sur leurs fondements théoriques. Cette formule — un accord pratique sans consensus spéculatif — a rendu possible un texte commun à des cultures et des religions différentes. Ignispedia y voit à la fois une force (permettre la paix civile) et une limite (un accord fragile si l'on oublie que, sans fondement dans la loi naturelle et en Dieu, les droits proclamés finissent par flotter sans racine).
Le combat dans le siècle
Maritain n'a jamais été un philosophe de cabinet. À chaque grande crise du siècle, il a pris parti — souvent à contre-courant, toujours au nom des mêmes principes.
Contre l'Action française et Maurras
Dans les années 1920, une part importante des catholiques français suivait Charles Maurras et l'Action française, mouvement nationaliste, monarchiste et intégralement politique, qui instrumentalisait la religion au service de l'ordre (« politique d'abord »).[71] Un temps proche de ces milieux, Maritain s'en détacha nettement, surtout après la condamnation de l'Action française par Rome en 1926. Il défendit alors, contre le « politique d'abord », le primat du spirituel : la foi ne se met pas au service d'une cause temporelle ; c'est le temporel qui doit s'ordonner à l'éternel.[72][73]
Face à l'antisémitisme et aux totalitarismes
Marié à une juive et sensible plus que tout autre à cette question, Maritain fut l'un des rares intellectuels catholiques à combattre publiquement l'antisémitisme montant des années 1930-1940, dénonçant en lui une négation directe de l'Évangile.[74] Il condamna avec la même vigueur les trois totalitarismes de son temps. Pendant la guerre d'Espagne, il refusa de bénir la « croisade » et plaida pour que la violence ne fût pas sacralisée au nom de la religion — position qui lui valut de vives inimitiés dans une partie du monde catholique.[75] Réfugié aux États-Unis pendant l'Occupation, il porta par la radio et par l'écrit la voix d'une France libre et chrétienne (À travers le désastre, 1941).
Ambassadeur près le Saint-Siège
À la Libération, le général de Gaulle nomma Maritain ambassadeur de France près le Saint-Siège (1945-1948).[76][77] Le philosophe se retrouva ainsi diplomate à Rome, dans les années décisives de l'après-guerre. Il y noua une amitié profonde avec un prélat de la Secrétairerie d'État, Mgr Giovanni Battista Montini — le futur Paul VI — qui avait naguère traduit en italien l'un de ses livres.[78] Cette amitié pèsera lourd, vingt ans plus tard, dans le geste de la clôture du concile.
Maritain et l'Église : de Paul VI au Petit Frère de Jésus
L'ami de Montini, le message du concile
Le lien entre Maritain et le futur Paul VI donne à sa fin de vie un relief singulier. Montini avait lu, traduit, médité Maritain dès sa jeunesse ; devenu pape, il le tenait pour un maître et un ami.[79] Aussi, lorsque le concile Vatican II s'acheva, le 8 décembre 1965, Paul VI décida-t-il d'adresser une série de « messages » symboliques à de grands groupes humains — aux gouvernants, aux artistes, aux femmes, aux pauvres… et aux hommes de la pensée et de la science. Et c'est à Jacques Maritain, présent sur le parvis de Saint-Pierre, que le pape remit en personne ce dernier message.[80][81]
« Cherchons avec le désir de trouver, et trouvons avec le désir de chercher encore. » — maxime augustinienne reprise par le Message conciliaire aux hommes de la pensée et de la science, 8 décembre 1965[82]
Ce geste n'était pas une simple politesse. En choisissant Maritain — vieil homme, philosophe catholique honni des uns comme trop moderne et des autres comme trop thomiste — Paul VI signifiait que l'Église, au sortir du concile, ne rompait pas avec l'intelligence : elle invitait les chercheurs à s'éclairer de la foi « pour saisir la vérité, toute la vérité ».[83][84]
Le Paysan de la Garonne : le refus de s'agenouiller devant le monde
Un an après le concile, en 1966, Maritain publia son livre le plus retentissant et le plus polémique : Le Paysan de la Garonne.[85] Le vieux philosophe — celui-là même que les progressistes croyaient pouvoir enrôler — y dénonçait avec une ironie mordante une certaine dérive de l'après-concile : le catholicisme qui, sous prétexte d'ouverture, s'agenouille devant le monde en épousant toutes ses modes, au risque de dissoudre le dogme dans l'air du temps.[86]
Le paradoxe est saisissant : l'homme accusé pendant quarante ans d'être trop moderne, trop libéral, trop démocrate, se dressait, à 84 ans, contre le modernisme doctrinal et le « néo-modernisme » qui menaçaient de vider la foi de sa substance. Le Paysan de la Garonne déçut ses anciens amis progressistes et surprit ses adversaires. Ignispedia y lit une leçon de cohérence : Maritain n'avait jamais cherché à « suivre le monde », mais à ordonner le monde à la vérité. Ouvrir l'intelligence catholique au réel, oui ; agenouiller la foi devant les idoles du siècle, jamais. C'est très exactement la ligne de l'herméneutique de la continuité que défend Ignispedia.
Petit Frère de Jésus
Veuf depuis la mort de Raïssa en 1960, Maritain choisit une fin de vie de pauvreté et de prière. Il rejoignit à Toulouse les Petits Frères de Jésus, la fraternité née de l'inspiration de Charles de Foucauld, et y prononça ses vœux en 1970, à 87 ans.[87][88] L'un des philosophes catholiques les plus connus du siècle finit ainsi non dans une chaire, mais dans l'habit d'un petit frère, revenu à l'unique nécessaire que lui avait appris jadis Léon Bloy. Il mourut le 28 avril 1973 et fut enterré à Kolbsheim, auprès de Raïssa.
Spiritualité : « n'être pas des saints »
Toute l'œuvre de Maritain, si abstraite qu'elle paraisse, repose sur une flamme spirituelle très simple, reçue de Bloy et gardée jusqu'à la mort. Le philosophe le plus technique du siècle catholique n'a jamais oublié que la métaphysique elle-même n'est rien si elle ne conduit pas à Dieu — et que la seule tragédie d'une vie est de manquer sa sainteté.
« Il n'y a qu'une tristesse, lui a-t-elle dit, la dernière fois, c'est de n'être pas des SAINTS… » — Léon Bloy, La Femme pauvre (parole de l'héroïne, Clotilde), phrase reçue par les Maritain comme la règle de leur vie[89]
Cette primauté du spirituel éclaire ses combats : s'il refusa le « politique d'abord » de Maurras, s'il dénonça les totalitarismes, s'il critiqua l'agenouillement devant le monde, ce fut toujours au nom d'un seul principe — le primat de l'éternel sur le temporel, de la personne sur la machine sociale, de Dieu sur les idoles.[90] Sa contemplation, nourrie par la prière de Raïssa, n'était pas séparée de sa pensée : c'est la même intelligence qui, dans Les degrés du savoir, plaçait la connaissance mystique au sommet de toute connaissance.[91] Chez Maritain, la philosophie n'est pas l'ennemie de la sainteté : elle en est une servante lucide.
Objections, limites et débats
Fidèle à sa règle de vérité, Ignispedia ne présente pas Maritain comme un oracle infaillible. Son œuvre a suscité de vraies objections, y compris de la part de penseurs catholiques éminents, et il faut les regarder en face.
Gilson : un thomisme trop épistémologique ?
La critique la plus sérieuse est venue d'un ami, le grand historien de la philosophie médiévale Étienne Gilson. Gilson jugeait que le « thomisme » de Maritain restait trop marqué par une problématique moderne de la connaissance — qu'il était, au fond, davantage une épistémologie qu'un thomisme authentiquement métaphysique, fidèle à l'esse tel que Thomas l'entendait.[92] Le débat entre les deux hommes — deux façons de revenir à saint Thomas — reste l'un des plus féconds du renouveau thomiste, et il n'est pas tranché : les spécialistes discutent encore de la nature exacte du thomisme de Maritain.[93]
Les ambiguïtés politiques
La postérité politique de Maritain fut immense mais parfois trouble. Son humanisme intégral nourrit des démocraties chrétiennes fécondes, mais aussi des lectures qui l'ont tiré vers un progressisme qu'il n'endossait pas — au point qu'il dut lui-même, dans Le Paysan de la Garonne, prendre ses distances avec certains de ses disciples.[94] Des traditionalistes lui ont reproché d'avoir contribué à désarmer la cité chrétienne face au libéralisme ; des progressistes, à l'inverse, de n'être pas allé assez loin. Qu'un même auteur soit attaqué des deux côtés est souvent le signe qu'il tenait un équilibre difficile — ici, celui de la distinction entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel.
Une réception qui reste débattue
Certaines de ses positions relèvent d'options philosophiques discutables et non de la foi de l'Église : sa lecture de Bergson, sa théorie de l'art, son analyse de la démocratie appartiennent au libre débat des écoles. Ignispedia les tient pour ce qu'elles sont : les propositions d'un grand esprit catholique, à examiner, non des dogmes. Ce qui demeure hors de discussion, en revanche, c'est la trajectoire de fond — un homme arraché au désespoir, converti par la beauté et la pauvreté, tendu toute sa vie vers la vérité et la sainteté, et honoré par l'Église jusque sur le parvis de Saint-Pierre.
Ce que Maritain laisse à l'Église
Que reste-t-il, aujourd'hui, de Jacques Maritain ? D'abord la preuve vivante qu'un catholique peut penser au plus haut niveau sans rien céder de sa foi ni de sa raison — que distinguer pour unir vaut mieux que confondre ou séparer. Ensuite une doctrine de la personne et des droits de l'homme enracinée dans la loi naturelle, qui reste l'un des meilleurs remparts contre les totalitarismes anciens et les nouvelles idéologies qui, de nouveau, réduisent l'homme à un matériau. Enfin, et surtout, un témoignage : celui d'un des plus grands esprits du siècle qui, ayant tout connu — la gloire académique, la diplomatie, l'amitié d'un pape —, a choisi de finir en petit frère pauvre, fidèle à la seule leçon qui compte.
Ignispedia ne canonise pas Maritain et ne fait pas de chacune de ses thèses une vérité de foi. Mais elle salue en lui un maître de l'intelligence croyante, un frère des convertis Bloy, Péguy et Claudel, et un compagnon de route pour tout catholique qui veut, aujourd'hui encore, chercher avec le désir de trouver, et trouver avec le désir de chercher encore.[95]
Pour aller plus loin
- Léon Bloy (1846-1917) — le « mendiant ingrat », parrain et père spirituel des Maritain, dont La Femme pauvre a décidé de toute leur vie.
- Charles Péguy (1873-1914) — l'ami des années de jeunesse, qui poussa Jacques et Raïssa vers les leçons de Bergson, et l'autre grand poète de la foi retrouvée.
- Étienne Gilson (1884-1978) — l'autre maître du renouveau thomiste, ami et contradicteur de Maritain sur la nature même du thomisme.
- Raïssa Maritain (1883-1960) — l'épouse, la poète et la mystique du couple, dont Les Grandes Amitiés racontent la conversion.
- Réginald Garrigou-Lagrange (1877-1964) — le dominicain thomiste, longtemps proche de Maritain, figure majeure de la théologie de l'époque.
- Paul Claudel (1868-1955) — l'autre grand converti-poète du même moment catholique, foudroyé par la grâce à Notre-Dame de Paris.
- Blaise Pascal (1623-1662) — l'autre grand penseur français de la misère et de la grandeur de l'homme sans Dieu, que Maritain lisait avec admiration.
Notes et références
Naissance « on the rue Moncey in northwest Paris » (« rue Moncey, dans le nord-ouest de Paris ») : Christopher Enabnit, « About Jacques Maritain », Jacques Maritain Center, University of Notre Dame, 15 novembre 2023, § « Childhood » : https://maritain.nd.edu/about/about-jacques-maritain/. En 1882, la rue Moncey est celle du IXᵉ arrondissement (quartier Saint-Georges, de la rue Blanche à la rue de Clichy), ainsi nommée par ordonnance du 5 août 1844 ; l'ancienne rue Moncey des Batignolles était devenue la rue Dautancourt (XVIIᵉ) par décret du 10 août 1868 : Ville de Paris, Direction de l'urbanisme, nomenclature officielle des voies, fiches « Rue Moncey » et « Rue Dautancourt » (jeu de données « Dénominations des emprises des voies actuelles ») : https://opendata.paris.fr/explore/dataset/denominations-emprises-voies-actuelles/
1William Sweet, « Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, révision du 1ᵉʳ mai 2019, § 1 « Life » : « Maritain received his agrégation in philosophy in 1905 » (« Maritain obtint l'agrégation de philosophie en 1905 ») ; « The son of Paul Maritain, a prominent lawyer, and Geneviève Favre, daughter of the French statesman, Jules Favre » (« fils de Paul Maritain, avocat en vue, et de Geneviève Favre, fille de l'homme d'État Jules Favre ») ; professeur à l'Institut catholique de Paris (adjoint en 1914, titulaire en 1921, chaire de logique et de cosmologie de 1928 à 1939) ; « beginning in January 1933, came periodically to the Institute of Mediaeval Studies and to St Michael’s College in Toronto (Canada) to give courses of lectures » (« à partir de janvier 1933, il vint régulièrement donner des séries de cours à l'Institut d'études médiévales et au St Michael's College de Toronto ») ; enseignement à Columbia (1941-1944) et à Princeton (1941-1942), puis professeur de philosophie à Princeton à partir du printemps 1948, avec des conférences notamment à Notre Dame et à l'université de Chicago. URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
2 3William Sweet, « Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, révision du 1ᵉʳ mai 2019. § 1 « Life » : membre, et un temps chef, de la délégation française à l'UNESCO, Maritain fut « importantly involved in the promotion and, indirectly, in the drafting » de la Déclaration universelle de 1948 (« étroitement associé à sa promotion et, indirectement, à sa rédaction »). § 3.5 : certains de ses écrits furent lus à l'avance par le comité de rédaction, dont un membre clé, Charles Malik, suivait de près sa pensée politique ; la Déclaration offre de « close parallels » (« proches parallèles ») avec les droits énumérés dans Les Droits de l'homme et la loi naturelle (1942), et Maritain fut « a major advocate for such a text within UNESCO, in 1947–48 » (« l'un des principaux défenseurs d'un tel texte à l'UNESCO, en 1947-1948 »). URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/ — Maritain ne fait pas partie du comité de rédaction de la Commission des droits de l'homme (Eleanor Roosevelt, Peng-chun Chang, Charles Malik, René Cassin, John P. Humphrey et d'autres) : Nations unies, « Drafters of the Declaration », https://www.un.org/en/about-us/udhr/drafters-of-the-declaration
4 15 69 70Influence indirecte : aucun des seize documents de Vatican II ne cite Maritain (aucune occurrence de son nom dans leurs textes officiels français sur vatican.va : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/index_fr.htm). Paul VI fut « a deep admirer of Maritain's thought who personally consulted the French philosopher a number of times throughout the Council » (« un profond admirateur de sa pensée, qui consulta personnellement le philosophe à plusieurs reprises pendant le concile ») : Christopher Enabnit, « About Jacques Maritain », Jacques Maritain Center, University of Notre Dame, 15 novembre 2023, § « The Long Retreat » : https://maritain.nd.edu/about/about-jacques-maritain/. La déclaration Dignitatis humanae (7 décembre 1965), dont le principal rédacteur fut le jésuite John Courtney Murray, fait sienne « Maritain's notion of the proper autonomy of church and state » (« la notion maritainienne d'une juste autonomie de l'Église et de l'État ») : Angela C. Carmella (Seton Hall University School of Law), « Dignitatis Humanae and the Universal Right to Religious Freedom », conférence de Varsovie, Sacred Heart University, 2024, p. 7-8, qui s'appuie sur Herminio Rico, John Paul II and the Legacy of Dignitatis Humanae, Washington, Georgetown University Press, 2002, p. 199 : https://www.sacredheart.edu/media/shu-media/catholic-studies/warsaw-conference/2024_Dignitatis-Humanae-and-the-Universal-Right-to-Religious-Freedom_Carmella_ADA.pdf. Après le concile, Paul VI cite expressément Humanisme intégral dans l'encyclique Populorum progressio (26 mars 1967), n° 42, note 44 : https://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_26031967_populorum.html
5 16William Sweet, « Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, première publication le 5 décembre 1997, révision substantielle du 1ᵉʳ mai 2019, § 4 « General Assessment » : « At the time of his death, Maritain was arguably the best known Catholic philosopher in the world » (« À sa mort, Maritain était sans doute le philosophe catholique le plus connu au monde ») ; en ouverture de la notice : « one of the principal exponents of Thomism in the twentieth century » (« l'un des principaux représentants du thomisme au XXᵉ siècle »). URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
6 20« Jacques Maritain », notice biographique de référence : naissance à Paris le 18 novembre 1882 dans un milieu républicain et anticlérical (petit-fils de Jules Favre par sa mère Geneviève Favre) ; études de sciences à la Sorbonne et rencontre de Raïssa Oumançoff ; mariage le 26 novembre 1904 ; conversion et baptême en 1906 avec Léon Bloy pour parrain ; découverte de saint Thomas d'Aquin sur les conseils du P. Humbert Clérissac ; rupture avec Bergson (La Philosophie bergsonienne, 1914) ; distance prise avec l'Action française après 1926 ; combat contre l'antisémitisme ; exil aux États-Unis ; ambassade de France près le Saint-Siège (1945-1948) ; Le Paysan de la Garonne (1966) ; Petit Frère de Jésus à Toulouse (vœux en 1970) ; mort le 28 avril 1973, inhumation à Kolbsheim. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Maritain — L'installation à Meudon en 1923, foyer de conversions et de dialogues qui devient l'un des principaux centres spirituels de l'entre-deux-guerres, et le combat contre le « national-catholicisme » franquiste pendant la guerre d'Espagne (De la guerre sainte, 1937) sont rapportés par « Mort de Jacques Maritain », France Mémoire (Institut de France) : https://www.france-memoire.fr/mort-de-jacques-maritain/
7 9 23 25 33 38 41 71 72 74 75 76 85 87 94« Jacques Maritain », notice biographique en langue anglaise : le pacte de suicide conclu vers 1901 par Jacques et Raïssa devant l'absence de sens que leur laissait le scientisme (« they made a pact to commit suicide together if they could not discover some deeper meaning to life within a year ») ; le rôle des leçons de Bergson qui « dissolved their intellectual despair and instilled in them the sense of the absolute » ; l'influence décisive de Léon Bloy conduisant à la conversion de 1906 ; l'ambassade près le Saint-Siège (1945-1948) ; la remise par Paul VI, à la clôture de Vatican II, du « Message to Men of Thought and of Science » à Maritain, « his long-time friend and mentor » ; mort le 28 avril 1973 à Toulouse, à 90 ans, inhumation à Kolbsheim. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Jacques_Maritain
8 11 29 37 46Léon Bloy, La Femme pauvre. Épisode contemporain (Paris, Mercure de France, 1897), dernière phrase du roman, dite par l'héroïne, Clotilde, au peintre Lazare Druide. Texte vérifié dans l'édition G. Crès (Paris, 1924), deuxième partie, chapitre 27, p. 388 : « — Il n'y a qu'une tristesse, lui a-t-elle dit, la dernière fois, c'est de n'être pas des SAINTS… » (Bloy imprime « Il n'y a qu'une tristesse, » et « c'est de » en italique, « n'être pas des » en petites capitales et « SAINTS » en capitales). C'est cette parole, reçue à la lecture de Bloy, qui décida de la conversion de Jacques et Raïssa Maritain ; Bloy, « pèlerin de l'Absolu » et « mendiant ingrat », devint leur parrain lors de leur baptême, le 11 juin 1906. Texte et fac-similé : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Femme_pauvre/Partie_2/27 ; voir aussi leon-bloy.
10 28 30 45 89« Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy : présentation de Maritain comme l'un des principaux représentants du thomisme au XXᵉ siècle et, à sa mort, « arguably the best known Catholic philosopher in the world » ; le projet de « rénover » la pensée de Thomas ; le réalisme critique et les trois degrés d'abstraction des Degrés du savoir (1932), avec la théologie et la connaissance mystique au sommet ; la « connaissance par connaturalité » (connaissance obscure, par inclination, à l'œuvre dans la morale, l'art et la mystique) ; l'« intuition de l'être » comme perception directe de l'acte d'exister ; l'existentialisme chrétien du Court traité de l'existence et de l'existant (1947) ; l'esthétique d'Art et scolastique (1920) et de Creative Intuition in Art and Poetry (1953) ; la distinction individu/personne, l'Humanisme intégral (1936), la loi naturelle et les droits de l'homme (Les Droits de l'homme et la loi naturelle, 1942 ; L'Homme et l'État, 1951) ; l'influence sur la Déclaration universelle de 1948 via l'UNESCO et Charles Malik ; le débat avec Étienne Gilson sur la nature du thomisme de Maritain ; l'entrée chez les Petits Frères de Jésus. URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
12 22 31 32 39 44 48 50 60 65 66 68 73 77 88 90Jacques Maritain, Humanisme intégral. Problèmes temporels et spirituels d'une nouvelle chrétienté (Aubier, 1936). Diagnostic d'un humanisme anthropocentrique qui, en voulant exalter l'homme sans Dieu, finit par le détruire (paraphrase, non citation littérale), et proposition d'un humanisme « intégral », théocentrique et « de l'Incarnation », prenant l'homme tout entier et l'ordonnant à sa fin surnaturelle ; matrice d'une part de la démocratie chrétienne européenne et sud-américaine. Présentation : Stanford Encyclopedia of Philosophy, https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
13 59 64Jacques Maritain, Les Droits de l'homme et la loi naturelle (New York, éd. de la Maison française, 1942). Fondement des droits de l'homme dans la loi naturelle, ordre ou disposition que la raison humaine peut découvrir et selon lequel la volonté doit agir pour s'accorder aux fins nécessaires de l'être humain (texte de la traduction anglaise, The Rights of Man and Natural Law, Londres, Geoffrey Bles, 1944, p. 35 : « an order or a disposition which human reason can discover and according to which the human will must act in order to attune itself to the necessary ends of the human being ») ; premiers principes connus par connaturalité (syndérèse), droits inaliénables et universels reconnus progressivement dans l'histoire ; préfiguration de plusieurs articles de la Déclaration universelle de 1948. Présentation : Stanford Encyclopedia of Philosophy, qui donne la même définition d'après La loi naturelle ou loi non écrite (Fribourg, Éditions universitaires, 1986, p. 21) et Man and the State (Chicago, University of Chicago Press, 1951, p. 86) : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
14 67Philippe Chenaux, « Maritain devant le Saint-Office : le rôle du père Garrigou-Lagrange, OP », Archivum Fratrum Praedicatorum, nouvelle série, VI (2021), p. 401-420 : à partir des archives du Saint-Office, de la Secrétairerie d'État et des archives du pontificat de Pie XII (ouvertes en 2020), Chenaux retrace l'examen des écrits politiques de Maritain dans la seconde moitié des années 1950 ; Garrigou-Lagrange, consulteur du Saint-Office, en fut le censeur, avec deux vota contre l'idéal de « nouvelle chrétienté » ; l'issue envisagée fut une liste de propositions erronées à publier sans mentionner le nom de Maritain, et aucune condamnation ne fut jamais publiée. Teneur confirmée par la recension de Thomistica, « On Fr. Garrigou-Lagrange » (rôle de censeur des écrits politiques, deux vota composés à la fin des années 1950 comme consulteur, préparant une liste de propositions erronées à publier sans mentionner le nom de Maritain) : https://thomistica.net/news/ec8mdkxgnyx4xdmy8w3gjjgzb2fxhg ; référence et pagination (2021, p. 401-420) confirmées par Matthew Minerd, The Influence of John of St. Thomas upon the Thought of Jacques Maritain, 2024, n. 27 ; sur la même procédure (1950-1958) éclairée par les archives de Pie XII : Daniele Premoli, « “D'altra parte il Maritain ha meriti notevoli”. Jacques Maritain al Sant'Uffizio (1950-1958) » (examen par le Saint-Office des thèses de la « nouvelle chrétienté »).
17« Message du concile Vatican II aux hommes de la pensée et de la science », 8 décembre 1965, texte et présentation (Inters.org — Interdisciplinary Encyclopedia of Religion and Science) : à la clôture solennelle du concile, Paul VI adresse une série de messages à de grands groupes humains ; le message aux hommes de la pensée et de la science est remis à Jacques Maritain, philosophe et ami du pape ; il reprend la maxime augustinienne « Cherchons avec le désir de trouver, et trouvons avec le désir de chercher encore » et affirme la convergence entre la recherche de la vérité et la recherche de Dieu. Formule exacte du texte officiel français (vatican.va) : « Eclairez-vous à sa lumière, pour saisir la vérité, toute la vérité ! » (en anglais : « Enlighten yourselves with its light in order to take hold of truth, the whole truth »). URL : https://inters.org/Men-of-Thought-and-Science
18 80 82 83 95Amitié de Giovanni Battista Montini (futur Paul VI) et de Maritain, nouée lors d'une rencontre à Paris en 1924 et renforcée pendant l'ambassade de 1945-1948 : Victoria Cardiel, « Vatican exposition celebrates friendship between St. Paul VI and Jacques Maritain », Catholic News Agency, 16 juin 2025 : https://www.catholicnewsagency.com/news/264749/vatican-exposition-celebrates-friendship-between-st-paul-vi-and-jacques-maritain. Traduction de Trois réformateurs par l'abbé Montini : Jacques Maritain, Tre riformatori : Lutero, Cartesio, Rousseau, trad. G. Battista Montini, Brescia, Morcelliana, 1928, XII-283 p. (notice : https://www.librinlinea.it/titolo/tre-riformatori-lutero-cartesio-rous/TO00628853). Remise du message en personne, sur le parvis de Saint-Pierre, le 8 décembre 1965 : photographie de Vatican Media reproduite dans l'article de la Catholic News Agency cité, publiée aussi par 30Giorni, n° 4, 2008 (Gianni Valente, « Paolo VI, Maritain e la fede degli apostoli » : https://www.30giorni.it/articoli_id_17689_l1.htm) ; voir aussi « Mort de Jacques Maritain », France Mémoire : https://www.france-memoire.fr/mort-de-jacques-maritain/. Sur la lecture du concile par Maritain dans Le Paysan de la Garonne : Richard John Neuhaus, « Jacques Maritain and Vatican Council II », First Things, janvier 2003 : https://firstthings.com/jacques-maritain-and-vatican-council-ii/
19 78 79 81 84William Sweet, « Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, révision du 1ᵉʳ mai 2019, § 4 « General Assessment » : « Maritain’s philosophical work has been translated into some twenty languages » (« L'œuvre philosophique de Maritain a été traduite dans une vingtaine de langues »). URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
21Jacques Maritain, Distinguer pour unir ou Les degrés du savoir (Desclée de Brouwer, 1932). Œuvre épistémologique centrale : réalisme critique ; hiérarchie des degrés d'abstraction (philosophie de la nature et sciences empiriques ; mathématiques ; métaphysique) ; place de la théologie et de la connaissance mystique au sommet de la connaissance ; principe « distinguer pour unir ». Présentation dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. « Jacques Maritain » : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
24 47 49 91Paul Claudel, conversion le 25 décembre 1886, aux vêpres de Noël à Notre-Dame de Paris : « J'étais debout, près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie » ; « En un instant mon cœur fut touché et je crus » (récit « Ma conversion », repris dans Contacts et circonstances). Textes reproduits dans les notices biographiques de référence : https://arrasmedia.keeo.com/fichs/92105.pdf ; https://www.jacquesgauthier.com/images/stories/jgauthier/PDF/claudel.pdf
26Charles Péguy, retour à la foi vers 1908 : en septembre 1908, il confie à son ami Joseph Lotte qu'il a retrouvé la foi et qu'il est catholique ; la revue Connaître (n° 41, décembre 2014) parle d'une foi « avouée en privé dès 1907-1908, puis ouvertement déclarée » : http://secteurpastoraldelyvette.fr/files/connaitre/connaitre_41.pdf
27Raïssa Maritain, Les Grandes Amitiés (mémoires ; New York, éd. de la Maison française, 1941 ; rééd. Paris, Desclée de Brouwer, 1949, coll. « Livre de vie ») : récit de première main de la jeunesse du couple, du désespoir devant le scientisme de la Sorbonne, du pacte conclu vers 1901 de tenter l'expérience de la vie avant de renoncer à vivre faute de vérité, de la rencontre de Bergson puis de Bloy, et de la conversion de 1906. Source primaire majeure pour l'itinéraire intérieur des Maritain. Le passage du pacte est rendu ci-dessus en paraphrase fidèle du texte de Raïssa : la pagination exacte de l'édition citée n'ayant pu être vérifiée en séance, aucune citation littérale n'est reprise.
34 36 40 42Jacques Maritain, La Philosophie bergsonienne. Études critiques, Paris, Marcel Rivière, 1914, 479 p. (2ᵉ éd. revue et augmentée, Marcel Rivière, 1930 ; 3ᵉ éd., Téqui, 1948). Notice de la Bibliothèque nationale de France : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30886250z ; même date dans la bibliographie de la Stanford Encyclopedia of Philosophy : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
35Ralph McInerny, The Very Rich Hours of Jacques Maritain : A Spiritual Life (University of Notre Dame Press, 2003), chap. « Lauds » : « On October 2, 1912, in the cathedral of Versailles, Jacques and Raïssa took a vow that profoundly altered their life together. They took a vow of chastity, renouncing sexual relations, in order the more surely to bind themselves to God » (« Le 2 octobre 1912, en la cathédrale de Versailles, Jacques et Raïssa firent un vœu qui modifia profondément leur vie commune : un vœu de chasteté, renonçant aux relations conjugales, pour se lier plus sûrement à Dieu ») — décision prise après long conseil avec le P. Clérissac, précédée d'un vœu temporaire d'un an avant le vœu définitif. Texte intégral : https://maritain.nd.edu/assets/570350/mcinerny_the_very_rich_hours_of_jacques_maritain.pdf. Le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie atteste lui-même « la loro singolare scelta del voto di castità » (« leur singulier choix du vœu de chasteté ») : « Jacques e Raïssa Maritain : un cammino d'amore e di fede in coppia » : https://www.laityfamilylife.va/content/dam/laityfamilylife/Documenti/donna/culturasocieta/italiano/jacques-e-raissa-maritain-un-cammino-d-amore-e-fede-in-coppia.pdf — qui renvoie à R. Mougel, « À propos du mariage des Maritain : leur vœu de 1912 et leurs témoignages », Cahiers Jacques Maritain, n° 22 (1991), p. 5-44.
43« Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, section sur l'épistémologie : la « connaissance par connaturalité » (connatural knowledge), connaissance obscure et non conceptuelle par instinct, inclination ou sympathie, où « l'intellect, pour porter ses jugements, consulte les penchants intérieurs du sujet » ; cette connaissance préconsciente fonde l'expérience mystique, l'activité artistique et l'intuition morale. URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
51 52« Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, section sur la métaphysique : l'« intuition de l'être » comme saisie intellectuelle directe et immédiate de « l'acte d'exister », « supérieure à tout raisonnement discursif » ; la distinction essence/existence ; l'existentialisme « chrétien » et « intellectuel » du Court traité de l'existence et de l'existant (1947), qui affirme « le primat de l'existence, mais comme impliquant et sauvant les essences », aux antipodes de Sartre et de Kierkegaard. URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
53 54 55« Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, section sur l'esthétique : Art et scolastique (1920) et Creative Intuition in Art and Poetry (1953) ; l'art comme « vertu de l'intellect pratique qui vise à faire » ; la beauté comme « ce qui, étant vu, plaît » (intégrité, proportion, éclat) ; la poésie comme « divination », intercommunication entre l'être des choses et l'être du sujet, forme de la connaissance par connaturalité au niveau préconscient de l'esprit créateur. URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
56 57 58Jacques Maritain, Les Droits de l'homme et la loi naturelle (New York, éd. de la Maison française, 1942). Texte de la traduction anglaise, The Rights of Man and Natural Law (Londres, Geoffrey Bles, 1944) : la personne humaine a des droits parce qu'elle est une personne, un tout maître de lui-même et de ses actes, qui « is not merely a means to an end, but an end, an end which must be treated as such » (p. 37) ; le bien commun de la société n'est « neither a mere collection of private goods, nor the good proper to a whole » qui ramènerait à lui seul les parties et les sacrifierait (p. 8). Synthèse : William Sweet, « Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, section 3.5 : la distinction entre l'homme comme individu, partie de l'ordre social, et comme personne, un « tout » doté de dignité et d'une destinée transcendante, qui « must be treated as an end » (d'après Les Droits de l'homme, trad. anglaise de 1943, p. 84). URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
61 62 63Jacques Maritain, Le Paysan de la Garonne (Paris, Desclée de Brouwer, 1966) : Maritain y dénonce l'agenouillement devant le monde d'un bon nombre de chrétiens. Formule attestée par la traduction anglaise, The Peasant of the Garonne (New York, Holt, Rinehart and Winston, 1968), chap. 3, section « Kneeling Before the World », p. 53-54 : « That a good many Christians today kneel before the world is a fact perfectly clear » (p. 54). Le passage est rendu ci-dessus en paraphrase : la pagination de l'édition française originale n'ayant pu être vérifiée en séance, les guillemets ont été retirés.
86« Jacques Maritain », Stanford Encyclopedia of Philosophy, § 4 « General Assessment » (texte original anglais) : « Indeed, according to Etienne Gilson, Maritain's 'Thomism' was really an epistemology and, hence, not a real Thomism at all » (« Selon Étienne Gilson, le “thomisme” de Maritain relevait en réalité d'une épistémologie et n'était donc pas un vrai thomisme ») ; les spécialistes continuent de discuter la nature exacte du rapport de Maritain à la pensée de saint Thomas. URL : https://plato.stanford.edu/entries/maritain/
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