Charles Péguy (Orléans, 7 janvier 1873 — Villeroy, 5 septembre 1914) est l'un des plus grands poètes catholiques de langue française, et l'une des figures les plus singulières du christianisme moderne. Fils d'une rempailleuse de chaises, boursier de la République, normalien, socialiste et dreyfusard, il a d'abord combattu pour la justice avec une passion mystique — puis, vers 1908, il a « retrouvé la foi » de son enfance sans rien renier de cette passion.[1][2]
Sa vie est celle d'un homme « du seuil » : marié civilement, père de trois enfants non baptisés — un quatrième fils naîtra après sa mort —, il ne pouvait recevoir les sacrements et n'a pas communié à l'âge adulte.[3][4] Mais du seuil où sa situation le retenait, il a chanté la foi, l'espérance et la charité avec une force que peu de fidèles réguliers ont atteinte. C'est lui qui, dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, a fait dire à Dieu que la vertu qui l'« étonne » le plus est l'espérance, cette « petite fille de rien du tout » qui entraîne pourtant ses deux grandes sœurs.[5]
Tombé une balle au front à Villeroy le 5 septembre 1914, la veille de la bataille de la Marne, Péguy est devenu, pour tout le XXᵉ siècle, le poète de la « terre charnelle » et du Ciel, l'auteur que citeront aussi bien Bernanos et Henri de Lubac que Charles de Gaulle. Ignispedia le lit comme une personnalité marquante du catholicisme : non un modèle canonique de vie régulière, mais un immense témoin de l'espérance surnaturelle, un homme qui a mis toute la puissance de la poésie française au service de la foi de Jeanne d'Arc et de Notre-Dame.
Pourquoi Péguy compte-t-il ?
Le poète de la foi retrouvée
Péguy occupe une place à part parmi les grands convertis du tournant du siècle. À côté de Paul Claudel, foudroyé derrière un pilier de Notre-Dame de Paris le soir de Noël 1886, ou de Jacques Maritain, amené à la foi par Léon Bloy, Péguy fait figure d'exception : chez lui, pas d'éclair, pas de rupture.[6] Il refusait même le mot de « conversion », lui préférant celui d'« approfondissement » : il n'a pas rebroussé chemin, il a trouvé enfin ce qui fondait, depuis toujours, sa soif de justice et de vérité.[7][8]
Ce refus n'est pas une coquetterie. Il dit quelque chose de central : la foi de Péguy n'est pas une pièce ajoutée à sa vie, c'est la racine qui explique tout le reste — son socialisme, son dreyfusisme, sa révolte contre l'argent, son amour du peuple. « Tout commence en mystique », dira-t-il, et sa propre trajectoire en est la preuve.[9]
Le chantre de l'espérance
Si Péguy n'avait écrit qu'un livre, ce serait déjà assez pour l'inscrire dans l'histoire de la spiritualité chrétienne : Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911). La « deuxième vertu », entre la foi et la charité, c'est l'espérance — celle que la théologie place souvent en position mineure, et que Péguy a hissée au premier rang.[10][11]
Sa trouvaille de génie est de faire parler Dieu lui-même, avec une simplicité déconcertante, et de dire que ce qui l'émerveille, ce n'est pas que les hommes croient (l'évidence de la création le commande), ni qu'ils aiment (la misère du prochain l'appelle), mais qu'ils espèrent malgré tout :
« La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance. […] Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne. Moi-même. Ça c'est étonnant. » — Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu[12]
Cette théologie poétique de l'espérance a nourri la spiritualité catholique du XXᵉ siècle.[13] Ignispedia y voit l'un des sommets de la littérature spirituelle française : une leçon d'enfance et de confiance offerte à un siècle tenté par le désespoir.
L'homme : d'Orléans à la Marne
Repères biographiques
La vie de Péguy tient en quarante et un ans, du faubourg pauvre d'Orléans aux blés de la Marne. Elle est faite d'un seul élan : celui d'un homme qui n'a jamais séparé sa pensée de son existence, et qui a fini par mourir pour ce qu'il écrivait.[14][15]
- 7 janvier 1873Naissance à Orléans
Charles Pierre Péguy naît dans le faubourg Bourgogne. Son père, menuisier, meurt l'année suivante des suites de blessures de guerre. Il est élevé par sa mère et sa grand-mère, rempailleuses de chaises.
- 1885-1894Le boursier
Repéré par ses maîtres, il gravit l'école de la République : lycée d'Orléans, Lakanal à Sceaux, puis l'École normale supérieure, où il entend Bergson.
- 1895Socialisme et Jeanne d'Arc
Il adhère au socialisme et compose une première Jeanne d'Arc (1897), qu'il dédie « à toutes celles et à tous ceux qui […] seront morts pour tâcher de porter remède au mal universel ».
- 1897Mariage civil
- 1898-1900Dreyfusard, puis les Cahiers
Engagé avec ardeur dans l'affaire Dreyfus, il ouvre une librairie, puis fonde en 1900 les Cahiers de la Quinzaine, revue exigeante et indépendante qu'il animera jusqu'à sa mort.
- v. 1908« J'ai retrouvé la foi »
- 1910-1913Les grandes œuvres
Coup sur coup paraissent Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, Notre jeunesse, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, La Tapisserie de Notre-Dame et Ève.
- Juin 1912-1913Les pèlerinages à Chartres
Pour la guérison d'un fils malade, il gagne à pied Notre-Dame de Chartres et confie ses enfants à la Vierge.
- 5 septembre 1914Tué à Villeroy
Lieutenant au 276ᵉ régiment d'infanterie, il tombe une balle au front, la veille de la bataille de la Marne. Il est enseveli avec ses hommes dans la Grande Tombe.
Une enfance pauvre à Orléans
Péguy est né dans la vraie pauvreté, et il en a gardé une fierté et une tendresse indéfectibles pour le monde des travailleurs. Son père, menuisier, est mort quand il avait un an. Sa mère et sa grand-mère gagnaient leur vie à rempailler des chaises — un métier humble qu'il évoquera toujours avec respect.[20][21] De cette enfance vient sa conviction que le peuple des artisans, formé au travail bien fait et à l'honneur du métier, valait mieux que la bourgeoisie de l'argent.
Cette enfance orléanaise l'a aussi marqué d'une manière décisive : Orléans est la ville de Jeanne d'Arc. La figure de la libératrice de la cité, paysanne et sainte, guerrière et pure, a accompagné Péguy toute sa vie ; elle est le sujet de sa toute première œuvre comme de l'une de ses dernières.
Normalien, socialiste et dreyfusard
Boursier, Péguy monte à Paris et entre à l'École normale supérieure, où il suit notamment l'enseignement d'Henri Bergson, dont l'influence sur sa pensée du temps et de la durée sera durable.[22] Il adhère alors au socialisme, mais un socialisme à sa manière : moins doctrine économique que mystique de la justice, exigence quasi religieuse de fraternité et de vérité.[23]
L'affaire Dreyfus est l'événement fondateur de sa jeunesse. Péguy s'y jette avec passion, du côté des dreyfusards, au nom de la justice due à un innocent. Il en gardera l'idée que la France s'était, un instant, élevée à une hauteur mystique — avant que les politiciens ne récupèrent et ne dégradent cet élan. C'est ce souvenir qui, douze ans plus tard, nourrira Notre jeunesse.[24]
Les Cahiers de la Quinzaine
En 1900, Péguy fonde sa revue, les Cahiers de la Quinzaine, qu'il dirigera jusqu'à sa mort depuis sa boutique du quai des Grands-Augustins.[25][26] C'est une entreprise sans équivalent : une revue absolument libre, refusant la publicité et les compromis, pauvre et fière, où Péguy publie ses propres œuvres et celles d'auteurs qu'il admire (Romain Rolland y donne son Jean-Christophe).
Les Cahiers sont le laboratoire de toute son œuvre. Il y forge une prose unique, faite de reprises, de reprises encore, d'insistances et de scrupules, comme un artisan qui retourne son ouvrage. Ils sont aussi le lieu de ses grandes ruptures : avec le socialisme parlementaire, avec Jean Jaurès qu'il finit par juger traître à la nation, avec un monde politique qu'il accuse de trahir toutes les mystiques.[27][28]
Le retour à la foi
« J'ai retrouvé la foi, je suis catholique »
Le seul repère daté que nous ayons de l'itinéraire spirituel de Péguy est une confidence faite en septembre 1908 à son ami Joseph Lotte, professeur et compagnon de route. Malade, Péguy lui avoue alors ce qu'il portait depuis longtemps : il a retrouvé la foi, il est catholique.[29][30]
Lotte, bouleversé, rapportera que « ce fut soudain, comme une grande émotion d'amour », et que son propre cœur « se fondit » : la confidence de Péguy fut le point de départ de son propre retour à l'Église.[31] L'aveu de 1908 ne marque donc pas le commencement, mais l'affleurement au grand jour d'une foi qui, souterrainement, avait mûri depuis des années.
Un approfondissement, non un rebroussement
Péguy a toujours refusé qu'on parle à son sujet de « conversion », et plus encore de « rebroussement ». Il ne se voyait pas revenir en arrière, mais aller plus profond dans la même direction :
« Ce n'est pas un rebroussement. […] C'est un approfondissement constant de notre cœur dans la même voie. » — Charles Péguy (rapporté par ses proches)[32]
Cette insistance a une portée doctrinale. Péguy refuse l'idée que sa jeunesse socialiste et dreyfusarde aurait été une erreur à renier. Il tient au contraire que sa passion de la justice, du peuple et de la vérité était déjà une mystique, orientée vers Dieu sans le savoir, et que la foi retrouvée l'accomplit au lieu de la détruire. Là où d'autres convertis rompent avec leur passé, Péguy le reprend et le sauve : la grâce, pour lui, ne supprime pas la nature, elle la porte à son terme.[33]
Le drame du seuil : le mariage et les enfants non baptisés
La foi retrouvée n'a pas rendu la vie de Péguy simple — elle l'a rendue déchirante. Marié civilement à une femme de famille libre-penseuse, hostile à toute pratique religieuse, il avait trois enfants qui n'étaient pas baptisés — un quatrième fils naîtra après sa mort.[34][35] Or l'Église de son temps exigeait, pour l'accès aux sacrements, une régularisation que sa femme refusait.[36][37][38]
Péguy se trouva ainsi, selon la formule devenue célèbre, chrétien placé « au seuil » de l'Église : croyant, priant, aimant l'Église de toute son âme, mais ne pouvant ni se marier religieusement, ni faire baptiser ses enfants contre la volonté de leur mère, ni communier lui-même.[39] Il n'a pas voulu forcer la conscience de sa femme, ni imposer le baptême à ses enfants par un coup d'autorité. Il a préféré porter la croix de l'attente et remettre les siens à Dieu par un long travail de prière et d'espérance.
Cette situation, canoniquement irrégulière, ne doit pas être adoucie ni maquillée : Péguy n'est pas un modèle de vie sacramentelle. Mais elle éclaire d'une lumière poignante toute sa spiritualité de l'espérance. C'est du seuil, les mains vides, qu'il a chanté la confiance en la miséricorde ; c'est en homme qui ne peut communier qu'il a écrit sur la charité de Dieu. Son œuvre est la prière d'un homme qui espère pour les siens ce qu'il ne peut pas leur donner lui-même.
Notre-Dame de Chartres : le pèlerinage et la remise des enfants
C'est dans ce drame que s'enracine le geste le plus bouleversant de sa vie. En juin 1912, l'un de ses fils étant gravement malade, Péguy part à pied de la région parisienne vers la cathédrale de Chartres, environ 140 kilomètres, en pèlerin.[40][41] Il renouvellera ce pèlerinage. Là, aux pieds de Notre-Dame, il confie ses enfants à la Vierge — ces enfants qu'il ne peut faire baptiser — dans une supplication d'une humilité déchirante : « Mes petits ne sont pas baptisés. »[42]
De cette expérience naît l'un des plus grands poèmes mariaux de la langue française, la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres, où la plaine de la Beauce, océan de blé, devient elle-même une offrande à l'Étoile de la mer :
« Étoile de la mer voici la lourde nappe / Et la profonde houle et l'océan des blés / Et la mouvante écume et nos greniers comblés, / Voici votre regard sur cette immense chape. » — Charles Péguy, Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres (dans La Tapisserie de Notre-Dame, 1913)[43]
Le pèlerinage de Péguy à Chartres a laissé une trace durable : c'est en mémoire de son geste que se sont développés, au XXᵉ siècle, les grands pèlerinages d'étudiants et de familles vers Chartres, dont il est resté le patron littéraire.[44]
Mystique et politique
« Tout commence en mystique et finit en politique »
En 1910, Péguy publie dans les Cahiers l'un de ses textes les plus puissants, Notre jeunesse, méditation sur l'affaire Dreyfus et sur la manière dont les grands élans finissent toujours par se corrompre. C'est là que se trouve sa formule la plus célèbre :
« Tout commence en mystique et finit en politique. […] L'intérêt, la question, l'essentiel est que dans chaque ordre, dans chaque système la mystique ne soit point dévorée par la politique à laquelle elle a donné naissance. » — Charles Péguy, Notre jeunesse, 1910[45]
Par mystique, Péguy entend l'élan pur, désintéressé, presque religieux, qui porte les hommes à se dévouer pour une cause plus grande qu'eux : la justice, la liberté, la patrie, la foi. Par politique, il entend la récupération de cet élan par les intérêts, les partis, les carrières. La mystique dreyfusarde — se sacrifier pour un innocent — était sainte ; la politique dreyfusarde — exploiter la victoire pour le pouvoir — l'a trahie.[46][47]
Cette distinction, l'une des plus fécondes de la pensée politique française, vaut pour toutes les causes, y compris religieuses : la foi elle-même peut être trahie quand elle se laisse « dévorer » par les calculs. Péguy appelle à garder vive la source mystique de tout engagement.
Contre l'argent et le monde moderne
Le dernier grand combat de Péguy est contre ce qu'il appelle le monde moderne — non le progrès technique, mais un monde qui met l'argent au centre de tout et qui a perdu le sens du sacré, de l'honneur du travail, de la pauvreté digne. Dans L'Argent (1913), il oppose la génération de ses maîtres, pauvres et honnêtes instituteurs de la République, à la corruption qu'il voit monter.[48]
« Le monde moderne avilit. […] Il avilit l'ascension. Il avilit peut-être surtout, singulièrement la femme. Mais il avilit peut-être aussi singulièrement, il avilit proprement l'enfant. » — Charles Péguy, L'Argent, 1913[49]
Ce refus n'a rien d'un conservatisme confortable : Péguy attaque aussi bien la bourgeoisie capitaliste que le socialisme embourgeoisé. Il défend une pauvreté évangélique, celle du peuple laborieux et croyant, contre l'idolâtrie de l'argent — un thème où il rejoint son aîné Léon Bloy et annonce les révoltes de Georges Bernanos.
L'œuvre poétique et spirituelle
Jeanne d'Arc, fil de toute une vie
Aucune figure n'a accompagné Péguy comme Jeanne d'Arc. Il lui consacre sa première œuvre, une Jeanne d'Arc en trois pièces publiée en 1897, du temps de son socialisme ; il y revient au sommet de sa maturité chrétienne avec Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910), reprise et transfiguration de la première.[50][51]
Jeanne est pour Péguy la synthèse de tout ce qu'il aime : la sainte et la patriote, la fille du peuple et l'envoyée de Dieu, celle qui unit la terre charnelle et le Ciel. À travers elle, il médite le grand scandale : le mal, la damnation possible, la souffrance des innocents — et la charité qui voudrait sauver tous les hommes. La canonisation de Jeanne d'Arc, en 1920, six ans après la mort de Péguy, donnera à son intuition une confirmation éclatante.
Les Mystères : un théâtre de l'âme
Péguy invente une forme littéraire nouvelle, qu'il appelle mystère en souvenir du théâtre religieux médiéval : de longs poèmes-dialogues où des voix humaines et surnaturelles méditent le drame du salut. Trois Mystères se répondent : Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910), Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911) et Le Mystère des Saints Innocents (1912).[52]
Le tableau suivant récapitule les grandes œuvres de la période catholique de Péguy — celles qui font de lui, en quatre ans à peine, l'un des plus grands poètes chrétiens de la langue française.
| Année | Œuvre | Genre | Cœur du propos |
|---|---|---|---|
| 1910 | Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc | Mystère (poème dramatique) | La charité, le mal, le salut de tous à travers Jeanne |
| 1910 | Notre jeunesse | Essai | Mystique et politique ; fidélité à la jeunesse dreyfusarde |
| 1911 | Le Porche du mystère de la deuxième vertu | Mystère (poème) | L'espérance, « petite fille de rien du tout » |
| 1912 | Le Mystère des Saints Innocents | Mystère (poème) | L'enfance, l'innocence, la miséricorde de Dieu |
| 1913 | La Tapisserie de Notre-Dame | Poésie | La Vierge, Chartres, la Beauce offerte à Marie |
| 1913 | Ève | Poésie (près de 2 000 quatrains) | La création, la chute, la Rédemption, la terre charnelle |
Le Porche du mystère de la deuxième vertu : la petite espérance
Au cœur de l'œuvre se tient Le Porche du mystère de la deuxième vertu. Péguy y déploie son image la plus célèbre : les trois vertus théologales représentées comme trois sœurs qui marchent, la main dans la main. La foi et la charité sont deux grandes femmes ; entre elles s'avance une petite fille, l'espérance, si menue qu'on ne la remarque pas — et qu'on croit traînée par ses aînées.
Or c'est l'inverse, dit Péguy : c'est la petite qui entraîne les deux grandes.
« La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle. […] Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main […]. Les aveugles qui ne voient pas au contraire. Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs. » — Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu[53]
Pourquoi l'espérance ? Parce que, dit Péguy, croire et aimer sont presque faciles — l'évidence de Dieu et la misère du prochain y poussent —, mais espérer contre l'épreuve, contre le mal, contre le désespoir qui est « la grande tentation », voilà ce qui est difficile, voilà ce qui « étonne » Dieu lui-même.[54][55] Cette espérance a le visage d'un enfant : elle est confiance nue, recommencement perpétuel, foi du lendemain. On comprend qu'un homme « du seuil », espérant pour ses enfants non baptisés le salut qu'il ne pouvait leur procurer, ait fait de l'espérance le centre de sa théologie poétique.
La Tapisserie de Notre-Dame et Ève
Les deux derniers grands recueils de Péguy sont d'inspiration mariale et cosmique. La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc puis La Tapisserie de Notre-Dame (1913) tissent, comme des ex-voto de fil, la louange des saintes protectrices de la France et de la Vierge de Chartres.[56] C'est là que figurent la Présentation de la Beauce et les grandes Prières mariales.
Ève (1913), poème-fleuve de près de deux mille quatrains, est la plus ambitieuse de ses œuvres : une immense méditation sur la création, la chute d'Ève, le travail, la mort et la Rédemption. Le théologien Hans Urs von Balthasar verra dans Ève une œuvre théologique de premier ordre, une « rédemption » poétique de tout le réel charnel.[57] C'est de ce poème que sont extraits les vers prophétiques sur les morts au combat, que Péguy écrit un an avant de tomber lui-même :
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, / Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. / Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. / Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle. » — Charles Péguy, Ève, 1913[58]
Le style de Péguy : la litanie et le recommencement
On ne peut parler de Péguy sans parler de sa manière, unique dans la littérature française. Sa phrase avance par reprises : il redit, il précise, il corrige, il ajoute un mot, il recommence, comme une vague qui revient ou comme une litanie. Ce style, d'abord déroutant, est profondément spirituel : il est celui de la prière insistante, de la méditation qui tourne autour de son objet, du travailleur consciencieux qui reprend son ouvrage.[59]
Cette écriture de la répétition n'est pas verbeuse : elle est incantatoire. Elle donne à la poésie de Péguy une puissance d'ébranlement que peu d'auteurs ont égalée, et elle a profondément renouvelé la langue poétique française du XXᵉ siècle.
La mort au champ d'honneur
5 septembre 1914, Villeroy
Quand la guerre éclate en août 1914, Péguy, réformé puis reversé, s'engage comme lieutenant au 276ᵉ régiment d'infanterie.[60][61] Le patriote qui avait chanté la terre charnelle et les « morts d'une juste guerre » part au front avec ses hommes.
Le 5 septembre 1914, à Villeroy, en Seine-et-Marne, la veille de la grande bataille de la Marne, sa compagnie est prise sous le feu. Debout, exhortant ses soldats à ne pas céder un pouce de terre, le lieutenant Péguy est tué d'une balle au front.[62][63] Il est enseveli avec ses hommes dans une fosse commune qui deviendra la Grande Tombe de Villeroy, où reposent 133 soldats. Il avait quarante et un ans.
« Heureux ceux qui sont morts »
La mort de Péguy fut aussitôt reçue comme l'accomplissement de son œuvre. Le poète qui avait écrit, un an plus tôt, « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle […] dans une juste guerre » semblait avoir prophétisé son propre destin.[64][65] Sa mort au seuil de la victoire de la Marne, sur le sol de la France qu'il aimait, à quelques kilomètres de Paris, a fixé pour toujours son image : celle du soldat-poète chrétien, tombé pour la patrie qu'il avait chantée.
Privé des sacrements, il n'avait pas communié à l'âge adulte.[66] Il mourut, comme il avait vécu, au seuil — remettant à la miséricorde de Dieu ce qu'il n'avait pu obtenir par les voies ordinaires. Beaucoup y ont vu, non un échec, mais le mystère d'un salut confié tout entier à l'espérance qu'il avait chantée.
Une postérité immense
Un inspirateur du renouveau catholique
Peu d'écrivains ont autant marqué le catholicisme du XXᵉ siècle. Péguy a nourri toute une génération : Georges Bernanos partage sa révolte contre l'argent et sa foi de l'enfance ; le théologien Henri de Lubac et le mouvement du ressourcement trouvent chez lui une intelligence surnaturelle de la tradition et de la communion des saints ; Hans Urs von Balthasar l'intègre à sa grande fresque de la beauté chrétienne.[67] Sa méditation de l'espérance a nourri la théologie catholique du XXᵉ siècle.[68]
Son influence dépasse largement le cercle catholique. Charles de Gaulle le citait de mémoire et le tenait pour un maître ; des écrivains aussi divers que Graham Greene ou le poète anglais Geoffrey Hill lui ont rendu hommage.[69]
Récupérations et malentendus
Cette gloire a eu son revers : la postérité de Péguy a été disputée et parfois détournée. Parce qu'il exaltait la patrie, la terre charnelle et la France de Jeanne d'Arc, il a été revendiqué après sa mort par des courants qu'il n'aurait pas reconnus, y compris, sous l'Occupation, par des idéologues qui trahissaient tout ce qu'il avait défendu.[70] Mais Péguy fut aussi cité par la Résistance, et sa haine de l'argent, son amour du peuple, sa défense de l'innocent juif Dreyfus interdisent toute récupération honnête par les idéologies de haine.
Le vrai Péguy échappe aux étiquettes : socialiste et croyant, patriote et adversaire de l'argent, dreyfusard et catholique, il tenait ensemble ce que les partis séparent. C'est précisément cette liberté qui fait de lui une conscience et non un drapeau.
Ce que Péguy nous enseigne aujourd'hui
L'exemple de Péguy parle encore fortement au chrétien d'aujourd'hui.
Il enseigne d'abord la primauté de l'espérance. Dans un siècle tenté par le désespoir, Péguy rappelle que la vertu la plus difficile et la plus divine est de continuer d'espérer comme un enfant — pour soi, pour les siens, pour le monde. Sa petite fille espérance est peut-être la plus belle catéchèse poétique de la confiance chrétienne.
Il enseigne ensuite qu'aucune situation n'exclut de la prière. Homme « du seuil », empêché des sacrements, Péguy n'a pas cessé de croire, d'aimer et d'espérer ; il a fait de son impuissance même une offrande. Sa vie dit que l'on peut être un grand priant sans être un modèle canonique, et que la miséricorde de Dieu rejoint les hommes là où ils sont, jusque sur le seuil.
Il enseigne enfin l'unité de la vie et de la pensée. Péguy a écrit ce qu'il croyait et il est mort pour ce qu'il a écrit. Contre toute littérature de pose, il témoigne qu'une parole ne vaut que si elle engage l'existence entière.
« Il faut toujours dire ce que l'on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. » — Charles Péguy, Notre jeunesse, 1910[71]
Péguy a vu ce qu'il voyait : la misère du peuple, la trahison des mystiques, la beauté de Notre-Dame, la douceur de l'espérance. Ignispedia le lit comme une personnalité marquante du catholicisme : non pour la régularité de sa vie, mais pour la grandeur de sa foi retrouvée et pour ce chant de l'espérance qu'il a légué à l'Église et à la France.
Pour aller plus loin
- Paul Claudel (1868-1955) — l'autre grand converti et poète catholique de la même génération, foudroyé par la grâce à Notre-Dame de Paris ; deux voies opposées vers la même foi.
- Léon Bloy (1846-1917) — l'aîné pauvre et prophétique, ennemi de l'argent et de la bourgeoisie, dont Péguy prolonge la révolte à sa manière.
- Jacques Maritain (1882-1973) — le philosophe converti, proche des mêmes milieux, qui incarne l'autre versant du renouveau intellectuel catholique.
- Georges Bernanos (1888-1948) — l'héritier romanesque de la colère de Péguy contre l'argent et de sa foi de l'enfance.
- Henri de Lubac (1896-1991) — le théologien du ressourcement, qui a lu et médité Péguy comme un maître d'intelligence surnaturelle de la tradition.
- Hans Urs von Balthasar (1905-1988) — le grand théologien de la beauté, qui a intégré Ève et la poésie de Péguy à sa réflexion sur la gloire chrétienne.
- Dante Alighieri (1265-1321) — l'autre immense poète chrétien, avec qui Péguy partage l'ambition d'une poésie qui embrasse tout le drame du salut.
Notes et références
« Charles Péguy », encyclopédie en ligne : naissance à Orléans le 7 janvier 1873, père menuisier mort de ses blessures, mère et grand-mère rempailleuses de chaises, École normale supérieure et influence de Bergson, socialisme et engagement dreyfusard, fondation et direction des Cahiers de la Quinzaine (1900-1914), rupture avec Jaurès, retour au catholicisme « vers 1908 au plus tard » (croyant mais non pratiquant), liste et dates des œuvres (Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc 1910, Notre jeunesse 1910, Le Porche du mystère de la deuxième vertu 1911/1912, Le Mystère des Saints Innocents 1912, La Tapisserie de Notre-Dame 1913, Ève 1913, L'Argent 1913), engagement comme lieutenant du 276ᵉ régiment d'infanterie, mort à Villeroy le 5 septembre 1914, mention « Mort pour la France », réception postérieure (de Gaulle, Graham Greene, Geoffrey Hill, von Balthasar sur Ève). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_P%C3%A9guy
1 14 20 22 26 27 48 50 56 57 60 67 69 70« Les conversions de Charles Péguy », revue Communio (dossier sur le temps de la conversion) : la confidence de septembre 1908 à Joseph Lotte comme seul repère daté de l'itinéraire spirituel ; refus par Péguy des mots « conversion » et « rebroussement », préférence pour un « approfondissement constant […] dans la même voie » ; contraste avec les conversions subites de Claudel ou Huysmans. URL : https://communio.fr/numero/resume/3177/les-conversions-de-charles-p-guy
2 6 7 18 29 32Dépêche « Péguy, sur le seuil » de Gianni Valente, Agence Fides, 7 janvier 2023 (reprise par Belgicatho pour les 150 ans de la naissance de Péguy), synthèse biographique : marié à une femme athée, « avec trois enfants non baptisés », Péguy « ne peut s'approcher des sacrements » — chrétien placé par son statut « au seuil » de l'Église ; mariage civil et non-baptême des enfants comme « grave omission de ses devoirs d'époux et de parent chrétien ». URL : http://www.belgicatho.be/archive/2023/01/08/les-150-ans-de-la-naissance-de-peguy-6421160.html
3 16 34 36 39« Péguy, Poet of the Wonder », Gianni Valente, supplément de 30Days (30Giorni) consacré à Charles Péguy : mariage civil avec Charlotte Baudouin en octobre 1897 ; son épouse athée refuse le mariage à l'église comme le baptême des enfants, si bien que Péguy, « public sinner », « could not be given the Sacraments » ; première communion d'écolier (lettre à un maître) ; « Five months later, on February 4 1915, Charles Pierre, his fourth son was born » — fils posthume. URL : https://30giorni.it/articoli_supplemento_id_606_l3.htm
4 17 35 38 66Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu (Cahiers de la Quinzaine, 13ᵉ série, 4ᵉ cahier, octobre 1911 ; repris dans Œuvres complètes, NRF, t. V, 1918). Verbatim vérifié sur cette édition. Passages cités : la parole de Dieu sur l'espérance — « La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance » puis « Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne. Moi-même. Ça c'est étonnant » — dans le monologue central où Dieu parle ; et le passage de la petite espérance entre ses deux grandes sœurs — « La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle […] Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main […] Les aveugles qui ne voient pas au contraire. Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs » ; l'espérance comme « petite fille de rien du tout », la plus difficile des vertus face à la tentation du désespoir. Texte intégral : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Porche_du_myst%C3%A8re_de_la_deuxi%C3%A8me_vertu
5 10 12 53 54Notice « Charles Péguy », présentation catholique de sa vie et de sa pensée : socialisme compris comme mystique de la justice, continuité entre l'engagement dreyfusard et la foi retrouvée (la grâce accomplit la nature au lieu de la renier), drame de la situation « au seuil » de l'Église et fidélité à la conscience de sa femme. Source : https://crc-resurrection.org/toute-notre-doctrine/renaissance-catholique/litterature/xxe-siecle/charles-peguy.html
8 23 33 37 47Charles Péguy, Notre jeunesse (Cahiers de la Quinzaine, 11ᵉ série, 12ᵉ cahier, juillet 1910 — édition originale). Verbatim vérifié pp. 26-27 : « Tout commence en mystique et finit en politique. Tout commence par la mystique, par une mystique, par sa (propre) mystique et tout finit par de la politique », puis « L'intérêt, la question, l'essentiel est que dans chaque ordre, dans chaque système la mystique ne soit point dévorée par la politique à laquelle elle a donné naissance » ; et p. 193 : « Il faut toujours dire ce que l'on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. » La distinction entre la mystique dreyfusarde (dévouement pour un innocent) et sa politique (récupération partisane) structure tout l'essai. Présentation : https://www.france-memoire.fr et https://litteraturefrancaise.net/fr/oeuvre/charles-peguy-notre-jeunesse/
9 24 28 45 46 71« Le Porche du mystère de la deuxième vertu » et notices Péguy, Encyclopædia Universalis et France Mémoire (Institut de France) : la « deuxième vertu » désigne l'espérance, entre foi et charité ; forme du mystère (poème dramatique) héritée du théâtre médiéval ; succès éditorial et postérité spirituelle (plus de soixante éditions du Porche) ; style de la reprise et de la litanie. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-porche-du-mystere-de-la-deuxieme-vertu/ ; https://www.france-memoire.fr/le-porche-du-mystere-de-la-deuxieme-vertu/
11 13 51 52 55 59 68« Charles Péguy (1873-1914) » et « 1914 : le décès de Charles Péguy », Archives départementales de Seine-et-Marne : circonstances de la mort à Villeroy le 5 septembre 1914 (officier du 276ᵉ régiment d'infanterie tué d'une balle au front, la veille de la bataille de la Marne), inhumation dans la fosse commune de la Grande Tombe réunissant 133 soldats. URL : https://archives.seine-et-marne.fr/fr/charles-peguy-1873-1914 ; https://archives.seine-et-marne.fr/fr/1914-le-deces-de-charles-peguy
15 21 62 65Joseph Lotte (1875-1914), ami et disciple de Péguy, professeur : récit de la confidence de septembre 1908 — « Je ne t'ai pas tout dit, s'écria-t-il, j'ai retrouvé la foi, je suis catholique » — et de son effet sur Lotte lui-même (« ce fut soudain, comme une grande émotion d'amour ; mon cœur se fondit »), qui le conduira à revenir à la foi et à fonder en 1911 le Bulletin des professeurs catholiques de l'Université. Notice biographique : https://www.dominicainsavrille.fr/joseph-lotte-1875-1914/
19 30 31Site officiel Charles Péguy (charlespeguy.fr) : histoire des Cahiers de la Quinzaine, revue indépendante fondée en 1900, refus de la publicité, boutique du quai des Grands-Augustins, publication de Péguy et d'auteurs comme Romain Rolland. URL : http://charlespeguy.fr/Les-cahiers-de-la-quinzaine
25Récit des pèlerinages de Péguy à Chartres (juin 1912, puis 1913) : marche à pied d'environ 140 km depuis la région parisienne à travers la Beauce, pour la guérison d'un fils malade ; remise de ses enfants à Notre-Dame (« Mes petits ne sont pas baptisés ») ; part du trajet accompagné par l'écrivain Alain-Fournier. Sources : archives et notices Péguy-Chartres, dont https://claves.org/peguy-et-chartres/
40 42« Péguy et Chartres », Claves.org : origine du pèlerinage de Péguy et postérité du « pèlerinage de Chartres » comme grand rendez-vous d'étudiants et de familles au XXᵉ siècle, placé sous le patronage littéraire de Péguy. URL : https://claves.org/peguy-et-chartres/
41 44Charles Péguy, Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres, publiée dans La Tapisserie de Notre-Dame (Cahiers de la Quinzaine, 1913). Strophe citée : « Étoile de la mer voici la lourde nappe / Et la profonde houle et l'océan des blés / Et la mouvante écume et nos greniers comblés, / Voici votre regard sur cette immense chape. » Texte intégral : https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9sentation_de_la_Beauce_%C3%A0_Notre_Dame_de_Chartres
43Charles Péguy, L'Argent (Cahiers de la Quinzaine, 1913) : dénonciation du « monde moderne » qui « avilit », éloge des instituteurs pauvres et honnêtes de la République, critique conjointe de la bourgeoisie de l'argent et du socialisme embourgeoisé. Présentation : https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_P%C3%A9guy
49Charles Péguy, Ève (Cahiers de la Quinzaine, 1913), poème de près de deux mille quatrains. Quatrain cité (« Prière pour nous autres charnels ») : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, / Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. / Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. / Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle. » Von Balthasar a tenu Ève pour une œuvre théologique majeure. Textes : https://www.lieder.net/lieder/get_text.html?TextId=52096 et https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_P%C3%A9guy
58 64« 5 septembre 1914 : le lieutenant Charles Péguy meurt au champ d'honneur », Theatrum Belli, et notice Circuit bataille de la Marne 1914 : mobilisation le 2 août 1914, lieutenant de réserve à la 19ᵉ compagnie du 276ᵉ régiment d'infanterie, mort debout en exhortant ses hommes à Villeroy. URL : https://theatrum-belli.com/5-septembre-1914-charles-peguy-meurt-au-champ-dhonneur/
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