Hilaire Belloc (1870-1953) est l'un des plus puissants écrivains catholiques de langue anglaise du XXᵉ siècle : poète, historien, romancier, essayiste, pamphlétaire, député, marin et grand marcheur. Franco-anglais par le sang, il a mis un talent immense et un tempérament de bataille au service d'une conviction unique — que la civilisation européenne est fille de la foi catholique, et qu'elle ne survivra pas si elle s'en coupe.[1][2]
Avec son ami G. K. Chesterton, il forme dans l'Angleterre édouardienne un tandem si célèbre que George Bernard Shaw l'avait surnommé « la Chesterbelloc » : deux polémistes chrétiens face à un monde protestant, libéral et matérialiste — un tandem forgé avant même que Chesterton, reçu dans l'Église catholique en 1922 seulement, ne partage pleinement la foi romaine de Belloc.[3] Ensemble, ils défendent le distributisme, une troisième voie économique entre capitalisme et socialisme, née de la doctrine sociale de l'Église. Belloc en avait posé le diagnostic dans L'État servile (The Servile State, 1912), l'un de ses livres les plus prophétiques.[4]
Historien passionné et partial, il écrit des dizaines d'ouvrages — plus de cent cinquante volumes en tout — pour réhabiliter le Moyen Âge catholique contre l'histoire « whig » protestante, culminant dans Europe and the Faith (1920) et Les Grandes Hérésies (The Great Heresies, 1938), où il annonce, à contre-courant de son temps, un réveil politique et militaire de l'islam.[5] Homme de foi jusque dans la nuit du doute, marqué par la mort de sa femme et de deux de ses fils, il meurt en 1953 en catholique fervent. Ignispedia le lit comme le grand laïc combattant du renouveau catholique : un génie inégal, parfois injuste, mais qui a rendu à des générations de croyants la fierté de leur héritage.
Pourquoi Hilaire Belloc compte-t-il ?
« Old Thunder » : un tempérament de croisé
Belloc est resté connu sous le surnom d'« Old Thunder », « Vieux Tonnerre » — sobriquet d'adulte devenu indissociable du polémiste, et repris en titre par son biographe Joseph Pearce. Selon Pearce (chapitre 1, « Cradle Refugee »), il remonterait à la naissance : un violent orage aurait éclaté sur La Celle-Saint-Cloud le 27 juillet 1870, et sa mère l'aurait ensuite appelé Old Thunder en souvenir de cette tempête — récit dont le texte même est corroboré par l'extrait publié du chapitre, mais dont la page exacte sur l'édition imprimée reste à collationner.[6][7] Là où d'autres apologistes nuançaient, Belloc chargeait. Il aimait la dispute comme d'autres aiment la paix, et il portait la foi catholique non comme une opinion privée mais comme un drapeau à planter au milieu de l'ennemi.
Cette combativité fait sa force et sa limite. Elle donne à sa prose une énergie que peu d'écrivains catholiques ont retrouvée ; elle l'entraîne aussi vers l'excès, l'affirmation trop rapide, la thèse martelée plus que démontrée. On ne lit pas Belloc pour la prudence : on le lit pour le courage, pour ce refus absolu de s'excuser d'être catholique dans une société qui attendait qu'il le fît.
Le pilier laïc du renouveau catholique anglais
Le début du XXᵉ siècle voit en Angleterre un extraordinaire renouveau littéraire catholique : conversions retentissantes, romanciers, poètes, essayistes qui font de la foi romaine une force culturelle. Belloc en est, avec Chesterton, le pilier laïc. Ni prêtre ni théologien de métier, il porte la parole catholique dans les domaines mêmes où on ne l'attendait pas : l'histoire universitaire, l'économie politique, le journalisme, la poésie légère, le récit de voyage.
Il n'est pas seul : autour de lui gravitent Chesterton et le romancier converti Robert Hugh Benson, figures du même renouveau catholique anglais. Mais aucun n'a, comme Belloc, tenu à la fois la plume du poète, celle de l'historien et celle du député. C'est cette polyvalence de combat qui fait de lui une figure irremplaçable.
L'homme : d'un exil français à la campagne du Sussex
Repères biographiques
La vie de Belloc épouse deux pays et deux siècles. Né près de Versailles huit jours après la déclaration de la guerre franco-prussienne (19 juillet 1870), élevé en Angleterre par une mère anglaise, formé à Oxford, il devient l'un des plus anglais des écrivains — tout en restant, de cœur, un Français du Sussex.[8][9]
- 27 juillet 1870Naissance en France
Joseph Hilaire Pierre René Belloc naît à La Celle-Saint-Cloud, près de Paris, d'un père avocat français, Louis Belloc, et d'une mère anglaise, Bessie Rayner Parkes. La France a déclaré la guerre à la Prusse huit jours plus tôt, le 19 juillet 1870.
- 1872Mort du père, exil anglais
Louis Belloc meurt ; ruinée par un krach boursier, la famille s'installe durablement en Angleterre, à Slindon (Sussex), berceau de l'attachement de Belloc à cette région.[10]
- Années 1880L'Oratory School
Belloc étudie à The Oratory School, l'école fondée par John Henry Newman (futur cardinal) : il y reçoit une formation catholique rigoureuse.
- 1891Service militaire français
Fidèle à sa nationalité française, il accomplit son service militaire dans l'artillerie, près de Toul. L'expérience nourrira son amour de la France et de l'armée.[11]
- 1895Triomphe et blessure à Oxford
Sorti de Balliol College avec les first-class honours en histoire, il échoue à obtenir la bourse de recherche de All Souls — une blessure qu'il ne pardonnera jamais tout à fait à l'université.
- 1896Mariage avec Elodie Hogan
Il épouse l'Américaine Elodie Hogan, catholique fervente, après l'avoir courtisée jusqu'en Californie. Le couple aura cinq enfants.
- 1902The Path to Rome et naturalisation
Il publie The Path to Rome, récit de son pèlerinage à pied jusqu'à Rome, son livre le plus aimé. La même année, il devient sujet britannique.
- 1906-1910Député aux Communes
Élu député de Salford South sous l'étiquette libérale, il siège à la Chambre des communes — d'abord libéral, puis en indépendant —, où sa franchise catholique fait scandale et où le jeu des partis le dégoûte.
- 1914Mort d'Elodie
- 1918 et 1941Deux fils fauchés
Son fils Louis est tué en 1918 dans l'aviation ; son fils Peter (Peter Gilbert Marie Sebastian Belloc, 36 ans) meurt de pneumonie le 2 avril 1941, en service actif en Écosse au 5ᵉ bataillon des Royal Marines — non au combat. Deux guerres lui prennent deux enfants.[14]
- 1942L'attaque
Un accident vasculaire cérébral brise sa vitalité légendaire ; il n'écrira plus guère et vieillira, silencieux, à King's Land.[15]
- 16 juillet 1953La mort
Après une chute dans sa cheminée, gravement brûlé, il meurt à Guildford. Il est enterré à West Grinstead, dans son cher Sussex.[16]
Une enfance entre deux patries
Belloc est un homme de la frontière. Français par son père, l'avocat parisien Louis Belloc ; anglais par sa mère, Bessie Rayner Parkes, femme de lettres et militante féministe, apparentée au chimiste Joseph Priestley.[17] La guerre de 1870 et la mort précoce du père jettent la famille en Angleterre, mais Belloc gardera toujours la double nationalité, la double langue, la double loyauté.
Cette dualité explique beaucoup. Elle lui donne un regard latin et catholique sur l'Angleterre protestante, une aisance de continental au milieu des insulaires, et cette conviction que la vraie ligne de partage de l'Europe n'est pas entre nations mais entre la foi et son absence. Le Sussex, où il grandit et auquel il restera attaché toute sa vie, devient sa patrie de cœur : il en chantera les collines, les moulins, les auberges dans des pages restées célèbres.[18]
Oxford, Balliol, et la blessure d'All Souls
À Balliol College, Belloc éblouit. Orateur redouté de l'Oxford Union, il sort en 1895 avec la mention la plus haute en histoire.[19][20] Il attend alors ce qui, croit-il, lui revient : une fellowship à All Souls, le saint des saints de l'érudition oxonienne. On la lui refuse.
Belloc y vit une injustice dont il resta blessé toute sa vie ; les notices biographiques rapportent qu'il s'était présenté à l'entretien avec une statuette de la Vierge posée devant lui, et certains y lisent le signe d'une froideur anti-catholique de l'institution — une explication plausible dans l'Oxford de l'époque, mais dont la preuve précise fait défaut. Et cette blessure a peut-être façonné l'historien : écarté d'Oxford, il écrira contre l'histoire protestante et libérale de l'institution, avec la rage de l'outsider qui veut prouver qu'il avait raison. Son œuvre historique porte la marque de ce ressentiment — pour le meilleur, l'énergie ; pour le pire, la partialité.
Elodie : l'amour, la foi, le deuil
En 1896, Belloc épouse Elodie Hogan, jeune Californienne d'origine irlandaise qui avait un temps songé au couvent. Leur amour fut profond, leur foi commune, leur maison joyeuse et pauvre. La mort d'Elodie, en février 1914, fut pour Belloc une catastrophe intérieure dont il ne se releva jamais.
Le récit de son deuil est bouleversant : il fait fermer la chambre de sa femme, jamais réutilisée de son vivant, et, jusqu'à sa propre mort, presque quarante ans plus tard, ne passe devant la porte close sans s'y arrêter et y tracer le signe de la croix.[21][22][23][24] Cette fidélité au-delà de la mort dit tout de l'homme : sous le polémiste bruyant vivait un cœur capable d'un amour de fer et d'une douleur muette.
Le soldat, le marin, le marcheur
Belloc n'était pas un intellectuel de cabinet. Il avait fait son service militaire dans l'artillerie française et gardait de la caserne le goût de l'ordre, du concret, de la camaraderie. Il aimait la mer — son bateau, le Nona, lui inspira un de ses plus beaux livres de méditation, The Cruise of the Nona (1925), où le récit de navigation devient examen de conscience sur la foi, la mort et l'Angleterre.[25]
Il aimait surtout marcher. Le corps, la fatigue, la route étaient pour lui des chemins vers Dieu autant que des exercices physiques. Cette spiritualité incarnée, virile, sans mièvrerie, éclate dans le livre qui l'a rendu célèbre.
L'homme public : le député catholique et la politique
« Je suis catholique » : la campagne de Salford
En 1906, Belloc se présente aux élections dans la circonscription ouvrière de Salford South. Le clergé local, selon son biographe Robert Speaight, l'avait averti que la question religieuse serait très délicate pour lui et qu'il valait mieux n'en rien dire, dans cette Angleterre encore largement anti-papiste. Il fit exactement l'inverse. Devant l'assemblée des électeurs, il sortit son chapelet de sa poche et déclara :
« Messieurs, je suis catholique. Autant que possible, je vais à la messe chaque jour. Ceci est un chapelet. Autant que possible, je m'agenouille et je récite ces grains chaque jour. Si vous me rejetez à cause de ma religion, je remercierai Dieu de m'avoir épargné l'indignité d'être votre représentant. » — Hilaire Belloc, discours aux électeurs de Salford, 1906[26]
Speaight rapporte qu'un silence d'étonnement suivit, puis un tonnerre d'applaudissements ; le 13 janvier 1906, jour du scrutin, Belloc remportait le siège de Salford South par 852 voix de majorité — sans que Speaight établisse un lien entre cette scène et la victoire, qu'il explique plutôt par le basculement d'électeurs ouvriers irrités, notamment, par le projet d'importer de la main-d'œuvre chinoise au Transvaal.[27][28] La scène est devenue légendaire parce qu'elle résume l'homme — le refus absolu de dissimuler la foi, quitte à tout perdre, et la conviction que le mépris de soi est un plus grand danger que la défaite.
Le désenchantement : le scandale Marconi
Réélu en janvier 1910, Belloc ne se représente pas à la fin de l'année : le jeu des partis l'écœure. À ses yeux, la démocratie parlementaire britannique n'est qu'un théâtre où deux équipes ploutocratiques se partagent le pouvoir au service de l'argent.[29]
Cette conviction se durcit avec le scandale Marconi (1912), affaire de délit d'initié impliquant des ministres libéraux. Belloc et les frères Cecil et Gilbert Chesterton, dans leur journal The Eye-Witness, mènent la dénonciation. Mais leur croisade contre la corruption se teinte d'insistance sur l'origine juive de certains protagonistes — annonce d'une des ombres les plus lourdes de l'œuvre de Belloc, que cet article aborde plus loin.[30]
L'historien de la chrétienté
« La Foi, c'est l'Europe »
Le cœur de l'œuvre de Belloc, c'est sa vision de l'histoire européenne. Contre l'histoire dominante — protestante, libérale, « progressiste » —, qui présentait le Moyen Âge comme un âge sombre et la Réforme comme une libération, Belloc soutient une thèse inverse et provocatrice : l'Europe est la chrétienté, et la Réforme fut une catastrophe qui l'a mutilée.
Sa formule la plus célèbre, la dernière phrase d'Europe and the Faith (1920), a fait le tour du monde catholique. Belloc y écrit :
« En ce point critique demeure la vérité historique : notre édifice européen, bâti sur les nobles fondations de l'Antiquité classique, s'est formé par l'Église catholique, existe par elle, lui est accordé, et ne tiendra que dans son moule. L'Europe reviendra à la Foi, ou elle périra. La Foi, c'est l'Europe ; et l'Europe, c'est la Foi. » — Hilaire Belloc, Europe and the Faith, conclusion (1920)[31]
Cette phrase est aussi la plus contestée de tout Belloc. Ses adversaires — et, dans son propre camp, l'historien catholique Christopher Dawson, qui selon sa biographe préférait Belloc « comme poète plutôt que comme historien » — lui reprochent d'identifier trop étroitement la foi universelle du Christ à une civilisation particulière, au risque de faire du christianisme une simple culture européenne.[32] Dans la logique de son livre, cette formule se défend comme historique et non géographique : sans l'Église, l'Europe telle qu'on la connaît n'aurait jamais existé ; en reniant l'Église, elle se renie elle-même.
Le Catholique lit l'histoire « du dedans »
Dans l'introduction du même livre, Belloc pose un principe de méthode qui explique toute sa manière : le catholique, dit-il, ne regarde pas l'histoire de la chrétienté en étranger, mais de l'intérieur, comme un homme se connaît lui-même.
« Le catholique, lorsqu'il lit cette histoire, ne la tâtonne pas du dehors, il la comprend du dedans. […] Les autres, non catholiques, regardent l'histoire de l'Europe de l'extérieur, comme des étrangers. […] Lui la voit tout entière depuis son centre, dans son essence, et d'un seul tenant. » — Hilaire Belloc, Europe and the Faith, introduction (1920)[33]
Cette conviction — que la foi donne une intelligence de l'histoire et pas seulement une opinion sur elle — est la matrice de toute son œuvre d'historien. Elle rejoint la ligne d'Ignispedia : l'histoire de l'Église ne se comprend pas à plat, comme une suite de faits neutres, mais comme le déploiement d'un dessein.
Europe and the Faith et la réhabilitation du Moyen Âge
Europe and the Faith (1920) est une relecture d'ensemble de l'histoire occidentale, de l'Empire romain à la Réforme. Belloc y défend plusieurs thèses fortes : que Rome ne s'est pas « effondrée » brutalement mais s'est transformée en chrétienté ; que les « invasions barbares » furent moins une rupture qu'on ne le dit ; que le Moyen Âge fut une haute civilisation, ordonnée et féconde ; et que la Réforme protestante fut la véritable catastrophe qui brisa l'unité européenne.[34]
Le livre est un chef-d'œuvre de conviction et un travail d'historien discutable. Belloc écrit sans appareil de notes, avec un parti pris assumé. Les médiévistes de métier — au premier chef G. G. Coulton — lui reprocheront ses erreurs de détail et ses généralisations.[35] Belloc voulait rendre aux catholiques la fierté de leur passé, et sur ce point, il a durablement réussi — mais ce fruit pastoral ne tranche pas le reproche documentaire : là où des erreurs de fait précises ont été démontrées, elles restent à reconnaître comme telles.
Les Grandes Hérésies et la prophétie sur l'islam
En 1938, dans The Great Heresies, Belloc examine cinq grandes hérésies qui ont selon lui menacé la chrétienté : l'arianisme, l'islam, l'albigéisme, le protestantisme et ce qu'il appelle « la Grande et Moderne hérésie » — le matérialisme sécularisé de son temps.[36] Sa lecture de l'islam comme une déviation chrétienne plutôt qu'une religion tout à fait autonome est caractéristique de sa méthode : hardie, éclairante, parfois réductrice.
Mais c'est surtout une prédiction qui a rendu ce livre célèbre. À une époque où beaucoup tenaient l'islam pour une force politiquement morte, définitivement dépassée par l'Occident, Belloc écrivait, à contre-courant, que cette apparente léthargie était trompeuse et que l'islam pouvait renaître comme puissance et redevenir un adversaire majeur de la chrétienté.[37][38] Un demi-siècle plus tard, cette intuition lui a valu une postérité inattendue.
Le grand duel : Belloc contre H. G. Wells
Le combat le plus spectaculaire de l'historien Belloc fut sa guerre contre H. G. Wells. En 1920, Wells publie son Outline of History, immense fresque à succès, résolument matérialiste et évolutionniste, qui traitait le christianisme comme un épisode parmi d'autres. Belloc y vit une falsification et attaqua, chapitre après chapitre.[39]
La joute fut féroce et célèbre. Belloc, selon les notices biographiques, raillait un livre puissant « jusqu'à l'apparition de l'homme, c'est-à-dire à peu près jusqu'à la page sept » — trait dont la publication originale exacte (passage et page, dans A Companion ou Mr. Belloc Still Objects, non consultés sur l'imprimé) reste à localiser. Wells répliqua par Mr. Belloc Objects, Belloc contre-attaqua par Mr. Belloc Still Objects.[40] Épuisé, Wells aurait lâché ce mot resté fameux : « Discuter avec M. Belloc, c'est argumenter contre une tempête de grêle. »[41] Au-delà des points marqués, le duel montre ce que Belloc apportait : une voix catholique capable de tenir tête, publiquement, aux plus grandes plumes agnostiques de son temps.
Les limites de l'historien : Coulton, Dawson et le reproche de partialité
Belloc historien est contesté, y compris chez les catholiques. Le médiéviste G. G. Coulton l'accusa d'ignorance et d'imprécision ; leur querelle dura des années et culmina dans l'article de Coulton Mr. Belloc on Medieval History (1920) puis la brochure-réponse de Belloc, The Case of Dr. Coulton (1938).[42] Venant de son propre camp, le jugement de Christopher Dawson, historien catholique de la culture chrétienne — Belloc meilleur poète qu'historien, vues « unilatérales et peu sûres » — pèse d'autant plus.[43]
Que retenir ? Que Belloc n'était pas un érudit au sens universitaire : il écrivait vite, sans appareil critique, en avocat plus qu'en juge. Mais qu'il a posé de vraies questions — sur la continuité de Rome et de la chrétienté, sur la catastrophe de la division protestante, sur l'unité spirituelle de l'Europe — que l'histoire professionnelle avait trop vite écartées. On le lit non comme un manuel, mais comme un grand réveilleur — sans que cet éloge dispense de vérifier chaque fait qu'il avance.
Le penseur social : L'État servile et le distributisme
L'État servile (1912)
Bien avant ses grands livres d'histoire, Belloc avait publié en 1912 son ouvrage le plus original : The Servile State, L'État servile. Il y démontre que le capitalisme moderne, en concentrant la propriété entre les mains de quelques-uns et en laissant la masse sans capital, conduit non pas au socialisme mais à un retour de la servitude : un système où une contrainte légale pèse sur le travail d'une classe de non-possédants au bénéfice des possédants — la sécurité matérielle des travailleurs y étant garantie contre l'abandon de leur liberté —, refaisant sous une forme moderne le lien du serf à son maître.[44]
La force du livre est d'avoir vu, dès 1912, que le vrai danger n'était pas seulement l'exploitation, mais la perte de liberté au nom de la protection — une intuition qui a fait de Belloc une référence pour des lecteurs très divers, de la droite catholique aux critiques libertariens de l'État-providence.[45]
Le distributisme et la « Chesterbelloc »
Face à cette double impasse — capitalisme concentrateur, socialisme étatique —, Belloc et Chesterton proposent une troisième voie : le distributisme. L'idée est simple et radicale : au lieu de concentrer la propriété (dans les trusts) ou de l'abolir (dans l'État), il faut la distribuer le plus largement possible, pour que le maximum de familles possèdent leur maison, leur terre, leur atelier, leur outil.[46]
C'est George Bernard Shaw qui, moqueur, avait forgé le nom de « Chesterbelloc » pour désigner ce couple inséparable de débatteurs — Chesterton l'énorme, Belloc le mordant, formant à eux deux, disait-il, une sorte d'« éléphant de pantomime ».[47] Le mot est resté, affectueux malgré lui, pour dire une amitié intellectuelle unique dans l'histoire des lettres anglaises.
Racines dans la doctrine sociale de l'Église
Le distributisme n'est pas une invention en l'air : il plonge ses racines dans la doctrine sociale de l'Église, en particulier l'encyclique Rerum novarum de Léon XIII (1891), qui défendait à la fois la propriété privée contre le socialisme et le juste salaire contre le capitalisme sauvage. Belloc et Chesterton transposent cet enseignement en programme concret.[48]
Ils reprenaient aussi l'intuition du cardinal Henry Edward Manning, archevêque de Westminster et grand défenseur des ouvriers, dont Belloc rapporte ainsi le mot, entendu dans sa jeunesse, dans The Cruise of the Nona : « Tout conflit humain était, en dernière analyse, théologique. »[49] Pour Belloc, l'économie n'était jamais une science neutre : c'était un champ de bataille moral et spirituel, où se jouait la liberté ou la servitude des âmes autant que des corps.
Le poète et le prosateur
Le pèlerin : The Path to Rome
Si un seul livre devait survivre de Belloc, ses admirateurs choisiraient The Path to Rome (1902), récit d'un pèlerinage à pied improvisé depuis la Lorraine jusqu'à Rome, entrepris pour accomplir un vœu.[50] Mêlant croquis, chansons, digressions, prières et éclats de rire, le livre est un chef-d'œuvre inclassable : à la fois carnet de route, méditation spirituelle et hymne à l'Europe catholique traversée à hauteur d'homme.
C'est là que se révèle le Belloc le plus profond : celui pour qui la foi n'est pas une théorie mais une marche, une fatigue, une messe entendue au petit matin dans une église de village, un verre de vin partagé sous les Alpes. La spiritualité de Belloc est incarnée, sensorielle, joyeuse — aux antipodes du puritanisme qu'il combattait.
Le rieur : Cautionary Tales et les vers pour enfants
Belloc fut aussi un immense auteur de vers comiques. Ses Bad Child's Book of Beasts (1896) et Cautionary Tales for Children (1907) — histoires de petits menteurs punis, d'enfants dévorés par des lions ou brûlés vifs pour avoir menti — sont des classiques de l'humour noir anglais, encore lus et récités aujourd'hui.[51][52] Sous la drôlerie perce une morale, souvent féroce, toujours joyeuse.
Son art du vers léger culmine dans des poèmes comme Tarantella, dont le refrain endiablé — « Te souviens-tu d'une auberge, Miranda ? » — reste l'un des plus musicaux de la langue anglaise.[53] Belloc prouve qu'un catholique de combat pouvait aussi être un enchanteur, un homme de rire et de chanson.
Le chantre du vin, de l'amitié et du Sussex
Nulle part la joie catholique chère à Belloc ne s'exprime mieux que dans un quatrain gai sur le soleil catholique, le rire et le bon vin rouge, conclu par un Benedicamus Domino et devenu une sorte de devise du catholicisme heureux : il circule largement sous son nom dans des sources secondaires, mais aucune source primaire n'établit qu'il en soit l'auteur — cet article ne le lui attribue donc pas.[54]
Cette gaieté n'est pas légèreté : c'est une théologie. Contre l'image d'une foi triste et contraignante, Belloc oppose une catholicité de la table, du chant, de l'amitié et de la création — la conviction que la grâce ne détruit pas la nature mais la couronne. Il chanta de même son Sussex d'adoption, ses collines et ses auberges, avec une tendresse qui a fait de lui un poète durablement célébré dans sa région : les notices biographiques et culturelles signalent une « Belloc Night » le 27 juillet — lectures de Belloc, repas de pain, fromage et pickles, sur le modèle de la Burns Night écossaise —, attestée de source indépendante en 2011 et 2012, sans que son annualité en général ni sa tenue actuelle soient établies.[55]
L'ombre au tableau : la question juive
Reste la face la plus sombre de Belloc : ses écrits sur les Juifs. En 1922, il publie The Jews, où il présente la présence juive au sein des nations européennes comme un « problème » permanent appelant une solution — thèses qui, relues après la Shoah, glacent le lecteur.[56][57]
Il faut dire les choses avec exactitude, sans excuser ni caricaturer. Plusieurs biographes rapportent que Belloc condamna publiquement la persécution hitlérienne des Juifs dès 1940, notamment dans The Catholic and the War (février 1940), dont le texte rapporté dénonce le mépris nazi de la justice envers ses sujets juifs ; les pages exactes de l'original restent toutefois à collationner sur l'imprimé, et la condamnation vaut donc ici comme rapportée, non comme établie.[58] Son biographe A. N. Wilson rapporte qu'il évoquait les Juifs négativement dans la conversation, parfois de façon obsessionnelle — jugement dont les pages exactes restent à localiser —, et le scandale Marconi avait montré cette pente.[59] Sa position exprime un préjugé réel et coupable, qui ne se réduit pas au culturel et au religieux : dans The Jews, notamment aux chapitres IV (« The General Causes of Friction ») et V (« The Special Causes of Friction »), son raisonnement comporte aussi des considérations ethniques et physiques que cet article ne minimise pas.[60] Ce constat est explicitement distingué de l'extermination raciale nazie, que Belloc, selon ses biographes, réprouvait : les deux ne doivent pas être assimilés.
Ignispedia ne cache pas cette ombre et ne la relativise pas. Elle rappelle simplement qu'un grand esprit peut porter en lui une injustice grave, et que l'admiration pour l'œuvre de Belloc — son génie littéraire, son courage, sa défense de la foi — n'oblige en rien à épouser ses aveuglements. L'Église elle-même, à Vatican II, dans la déclaration Nostra aetate (1965), a solennellement condamné l'antisémitisme et rappelé le lien unique qui unit l'Église au peuple juif : c'est à cette lumière que se juge, aujourd'hui, cette part de l'héritage de Belloc.[61]
Foi, doute et mort
« J'ai la Foi »
La foi de Belloc ne fut pas un long fleuve tranquille. Il connut le doute, l'aridité, la tentation de l'incroyance, et il en parlait avec une franchise rare. Ses écrits de maturité — notamment The Cruise of the Nona — présentent la foi non comme une certitude jamais quittée, mais comme un choix tenu envers et contre ses propres ténèbres.[62]
Cette foi tenace, presque têtue, s'exprimait aussi par son humour. Son biographe Robert Speaight rapporte l'un des mots les plus profonds jamais dits sur la survie de l'Église — une boutade lancée à William Temple :
« L'Église catholique est une institution que je suis tenu de croire divine. Mais pour les incroyants, une preuve de sa divinité pourrait se trouver dans le fait qu'aucune institution purement humaine, conduite avec une imbécillité aussi coquine, n'aurait duré quinze jours. » — Hilaire Belloc, mot rapporté par Robert Speaight[63]
Sous la boutade, une théologie : l'Église survit non par la vertu de ses membres, souvent médiocres, mais par la présence de Dieu qui la porte à travers ses propres scandales. C'est une des raisons pour lesquelles Belloc, lucide sur les misères humaines de l'Église, ne l'a jamais quittée.
La mort de 1953
Les dernières années de Belloc furent un long crépuscule. L'attaque de 1942 avait éteint sa fougue ; veuf depuis près de trente ans, ayant perdu deux fils, il vivait retiré à King's Land, sa maison du Sussex, entouré de livres et de silence. Le dimanche 12 juillet 1953, il fit une chute dans la cheminée de son bureau et fut retrouvé grièvement brûlé dans une pièce pleine de fumée. Transporté à la maison de soins Mount Alvernia de Guildford, il mourut quatre jours plus tard, le 16 juillet 1953, après avoir reçu les derniers sacrements le lendemain soir de son admission.[64][65][66][67][68]
Il repose à West Grinstead, dans son Sussex bien-aimé, sous une pierre simple. Sa propre épitaphe, écrite des années plus tôt avec l'humour qui ne le quittait jamais, résume l'homme mieux qu'aucun éloge :
« Quand je serai mort, j'espère qu'on pourra dire : / "Ses péchés étaient écarlates, mais ses livres étaient lus." » — Hilaire Belloc, On His Books[69]
L'héritage de Belloc
Que reste-t-il de Belloc, plus de soixante-dix ans après sa mort ? D'abord une œuvre littéraire immense et inégale, dont les sommets — The Path to Rome, les vers, The Cruise of the Nona — gardent une fraîcheur intacte. Ensuite une vision de l'histoire qui, malgré ses excès, a rouvert des questions essentielles sur l'identité chrétienne de l'Europe, et que la sécularisation actuelle du continent rend étrangement actuelle.
Il reste aussi le distributisme, redécouvert à chaque crise du capitalisme financier et de l'État-providence, et cité aussi bien par des économistes catholiques que par des critiques écologistes de la société de consommation.[70] Il reste enfin une manière d'être catholique : franche, joyeuse, combative, sans complexe ni fausse honte — ce que le renouveau catholique anglais, de Chesterton à Benson, a légué de plus précieux.
Belloc fut un homme de contradictions : génial et injuste, tendre et brutal, croyant dans le doute, français et anglais, poète et pamphlétaire. Ignispedia le reçoit tel quel, comme l'un des grands laïcs combattants de la foi catholique au XXᵉ siècle : l'homme qui, dans une Angleterre qui n'attendait rien de moins que sa gêne, a osé sortir son chapelet devant la foule et remercier Dieu de n'avoir pas eu honte.
Pour aller plus loin
- G. K. Chesterton (1874-1936) — l'ami, le compagnon d'armes, l'autre moitié de la « Chesterbelloc » : le converti joyeux dont l'apologétique complète et adoucit celle de Belloc.
- Christopher Dawson (1889-1970) — l'historien catholique de la culture chrétienne, plus rigoureux et plus mesuré, dont la réserve envers Belloc (meilleur poète qu'historien, à ses yeux) est documentée dans la note [71] ; il poursuit, autrement, la même enquête.
- Robert Hugh Benson (1871-1914) — le romancier converti, autre figure du renouveau catholique anglais contemporain de Belloc.
- L'islam — la religion que Belloc annonçait, à contre-courant de son temps, capable d'un réveil politique et militaire dans Les Grandes Hérésies.
- Martin Luther (1483-1546) — le réformateur dont Belloc tenait la Réforme pour la véritable catastrophe qui brisa l'unité de l'Europe chrétienne.
- Léon Bloy (1846-1917) — le grand converti français, contemporain de Belloc, autre voix ardente et intransigeante du catholicisme littéraire.
- Dante Alighieri (1265-1321) — le poète de la chrétienté médiévale dont Belloc admirait l'Europe une et catholique.
Notes et références
« Hilaire Belloc », notice biographique encyclopédique en ligne : nom complet (Joseph Hilaire Pierre René Belloc), naissance le 27 juillet 1870 à La Celle-Saint-Cloud, père Louis Belloc mort en 1872 et exil anglais, formation à The Oratory School et à Balliol College (first-class honours 1895), échec à All Souls, naturalisation britannique en 1902, mariage avec Elodie Hogan (1896) et deuil (1914), fils Louis (†1918) et Peter (†1941), député de Salford South (1906-1910), d'abord libéral puis indépendant, surnom « Old Thunder », scandale Marconi, œuvres (plus de 150 volumes), querelle avec H. G. Wells, attaque de 1942, mort le 16 juillet 1953 et sépulture à West Grinstead. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Hilaire_Belloc
1 6 8 17 19 21 28 29 34 41 51 64« Hilaire Belloc, British author », Encyclopædia Britannica : synthèse biographique et littéraire — double origine franco-anglaise, œuvre d'essayiste, historien, poète et polémiste catholique, The Path to Rome, The Servile State, Europe and the Faith, débats publics, place parmi les grandes plumes édouardiennes. URL : https://www.britannica.com/biography/Hilaire-Belloc
2 9 20 38 45 65Sur le distributisme et la « Chesterbelloc » : synthèses encyclopédiques et études historiques, notamment Race Mathews, « Hilaire Belloc, Gilbert and Cecil Chesterton and the Making of Distributism », Recusant History (devenue British Catholic History, Cambridge University Press), vol. 30, n° 2, pp. 321-341 dans la version mise en ligne le 16 février 2015, DOI 10.1017/S0034193200012814 — Belloc y réinvente l'enseignement social de Manning en une philosophie politique nouvelle, bientôt nommée distributisme. Le distributisme prône la répartition la plus large possible de la propriété privée, en s'appuyant sur la doctrine sociale de l'Église (Rerum novarum, Léon XIII, 1891) ; le terme « Chesterbelloc » est forgé par George Bernard Shaw dans « Belloc and Chesterton », The New Age, vol. 2, 1908 : « Wells and I, contemplating the Chesterbelloc, recognise at once a very amusing pantomime elephant », les jambes avant étant Belloc et les jambes arrière Chesterton. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Distributism
3 46 47 48 70Hilaire Belloc, The Servile State, London/Edinburgh, T. N. Foulis, 1912 : analyse, développée dès la section I, de la tendance du capitalisme non réformé à reconstituer une servitude légale — une contrainte de la loi pesant sur le travail d'une classe de non-possédants au bénéfice des possédants, la sécurité matérielle des travailleurs y étant garantie contre l'abandon de leur liberté. Cette définition précise ne fait pas de toute protection sociale un « État servile ». Thèse centrale du diagnostic social de Belloc, préalable au distributisme.
4 44Hilaire Belloc, The Great Heresies, London, Sheed & Ward, 1938 : étude de cinq grandes hérésies — l'arianisme, l'islam (« The Great and Enduring Heresy of Mohammed »), l'albigéisme, la Réforme protestante et « la Grande et Moderne hérésie ». Belloc y présente l'islam comme une déviation d'origine chrétienne et y prédit, à contre-courant de son temps, un possible réveil politique et militaire de l'islam face à l'Occident.
5 36 37Joseph Pearce, Old Thunder: A Life of Hilaire Belloc, London, HarperCollins, 2002 (San Francisco, Ignatius Press, 2002) : biographie catholique de référence, dont le titre reprend le surnom de Belloc. L'origine du surnom (orage du jour de la naissance, 27 juillet 1870 ; la mère appelant ensuite l'enfant Old Thunder en souvenir de la tempête) est le récit du chapitre 1 (« Cradle Refugee »), dont le texte a été contrôlé mot à mot sur l'extrait publié du chapitre (aperçu éditeur Perlego : https://www.perlego.com/book/2057072/old-thunder-a-life-of-hilaire-belloc-pdf) : « STORM CLOUDS GATHERED OMINOUSLY over the village of La Celle Saint Cloud […] a violent thunderstorm heralded the arrival into the world of her son […] she would call him Old Thunder in reminiscence of the tempest which had accompanied his birth » ; la notice d'autorité décrivant l'ouvrage (Libraries Australia) résume de même : « later given nickname Old Thunder for being born during a thunderstorm », et la biographie d'A. N. Wilson rattache pareillement le surnom à l'orage de la naissance, d'après les relais secondaires. Les pages exactes de l'édition imprimée (chapitres 1 et 31) restent à collationner, l'ouvrage n'étant accessible qu'en accès restreint. Le récit des derniers sacrements (chapitre 31) n'a été retrouvé que via un extrait secondaire ; il est corroboré sur l'imprimé par Speaight (voir [^speaight]).
7 22 66Faits d'état civil et de biographie courante, rattachés chacun à sa source : ruine et exil — Louis Belloc meurt en 1872 après avoir été « wiped out financially in a stock market crash », la veuve ramenant ses enfants en Angleterre (notice biographique de la St Paul's School, reprise à l'identique par les notices encyclopédiques) ; service militaire — Belloc sert comme citoyen français dans un régiment d'artillerie près de Toul en 1891 (même notice St Paul's) ; deuil d'Elodie — Elodie meurt le 2 février 1914, à la Chandeleur, de la grippe (R. Hickson), à 45 ans ; Belloc fait de sa chambre un sanctuaire jamais rouvert de son vivant et, passant devant la porte close pour aller se coucher, s'y arrête et trace le signe de la croix sur la porte (K. Schmude ; compte rendu du Old Thunder de Pearce ; archives du West Sussex ; confirmé par Speaight, voir [^speaight]) ; le détail des lettres marquées d'une croix noire, non retrouvé à source vérifiable, a été retiré du corps de l'article ; fils — Louis, aviateur, tué en 1918 dans le Royal Flying Corps au-dessus de la France (raid de bombardement, fin août 1918, corps jamais retrouvé) ; Peter Gilbert Marie Sebastian Belloc, né en 1904, mort à 36 ans le 2 avril 1941 d'une pneumonie en service actif en Écosse au 5ᵉ bataillon des Royal Marines (Commonwealth War Graves Commission, dossier n° 2723988 : « Died 02 April 1941 », « Son of Hilaire Belloc and of Elodie Agnes Belloc ») ; fin de vie — attaque en 1942 (archives Belloc de Georgetown ; notices encyclopédiques) ; chute dans la cheminée du bureau de King's Land le dimanche 12 juillet 1953, mort le 16 juillet 1953 au Mount Alvernia nursing-home de Guildford (certificat : septicémie sur brûlures multiples ; enquête : mort accidentelle — Orwell Society, relais nommé non recollationné ; récit de la chute et derniers sacrements confirmés par Speaight, voir [^speaight]) ; il reçoit les derniers sacrements avant de s'éteindre (notices biographiques concordantes ; récit du chapitre 31 de Pearce connu par extrait secondaire seulement). Les pages des éditions imprimées de Pearce et Wilson restent à collationner une à une.
10 11 12 14 15 16 24 68Robert Speaight, The Life of Hilaire Belloc, New York, Farrar, Straus & Cudahy, 1957, passages contrôlés sur l'imprimé numérisé (folios vérifiés) : mort d'Elodie le 2 février 1914 — télégramme du 3 à Chesterton : « Elodie entered immortality yesterday the Purification […] unconscious blessed and without pain » —, chambre fermée et jamais réutilisée du vivant de Belloc, pause devant la porte et signe de croix tracé sur la porte (p. 342) ; chute du dimanche 12 juillet 1953, retrouvé dans son bureau enfumé (p. 530) ; chambre retenue au Mount Alvernia nursing-home des missionnaires franciscains à Guildford, derniers sacrements reçus le lendemain soir « pour la troisième fois en cette longue vie sacramentelle » (p. 531).
13 23 67Attachement de Belloc au Sussex, chanté dans The Four Men: A Farrago (première publication 1911 ; édition citée : 1912), The South Country, Ha'nacker Mill et de nombreux poèmes ; il achète King's Land à Shipley en 1906 et y vivra jusqu'à sa mort. La « Belloc Night » (27 juillet — lectures de l'œuvre, repas de pain, fromage et pickles, sur le modèle de la Burns Night écossaise) est signalée par les notices encyclopédiques concordantes (Culture of Sussex ; notice Hilaire Belloc), et attestée de source indépendante par les Worthing Downlanders (association locale du Sussex), page « Events 2012 » (archivée) : « Belloc Night Friday 27th July, 7.30pm. Join us in a celebration of Hilaire Belloc's birthday. In the manner of Burns Night, we will be reading from Belloc's work and partaking of a bread and cheese supper with pickles. This event was really popular last year […] » — soit des tenues en 2011 et 2012. Ni l'annualité en général ni la tenue actuelle ne sont établies.
18 55Hilaire Belloc, The Cruise of the Nona, London, Constable, 1925 : récit d'une navigation autour des côtes anglaises entrelardé de méditations sur la foi, le doute, la mort, l'Angleterre et l'Église ; l'un des textes les plus intimes de Belloc sur sa vie intérieure.
25 62Discours de Belloc devant les électeurs de South Salford lors de la campagne de 1906. Texte contrôlé sur l'imprimé : Robert Speaight, The Life of Hilaire Belloc, New York, Farrar, Straus & Cudahy, 1957, p. 204 (folio vérifié sur la numérisation) : « Gentlemen, I am a Catholic. As far as possible, I go to Mass every day. This [taking a rosary out of his pocket] is a rosary. As far as possible, I kneel down and tell these beads every day. If you reject me on account of my religion, I shall thank God that He has spared me the indignity of being your representative. » (l'article omet la didascalie entre crochets). Suit immédiatement, chez Speaight : « There was a hush of astonishment, followed by a thunder-clap of applause. » Même chapitre : première réunion dans les écoles de la cathédrale catholique Saint-Jean, avertissement préalable du clergé de n'en rien dire ; résultat p. 206 : scrutin du 13 janvier, élection par 852 voix de majorité. En revanche, Speaight n'établit aucun lien causal entre la scène du chapelet et la victoire. La recension d'Encounter (mars 1957) n'a pas été consultée. Traduction française de l'auteur de l'article.
26 27A. N. Wilson, Hilaire Belloc: A Biography, London, Hamish Hamilton, 1984 : biographie documentant à la fois le génie de Belloc et ses préjugés. Les pages exactes des passages utilisés ici (rôle dans l'affaire Marconi, propos de conversation sur les Juifs, condamnation des persécutions nazies en 1940) n'ont pas été contrôlées sur l'édition imprimée ; le passage correspondant de The Catholic and the War (essai de février 1940) reste à collationner sur l'original. En l'état, la condamnation vaut comme rapportée : le texte relayé affirme que « The Third Reich has treated its Jewish subjects with a contempt for justice which even if there had been no other action of the kind in other departments would be a sufficient warranty for determining its elimination from […] », et l'Orwell Society note que Belloc déplorait dès les années 1930 la persécution hitlérienne des Juifs. Ce manque n'est ni un démenti ni une validation. Sur le contexte Marconi et The Eye-Witness, voir aussi la notice In Defence of Hilaire Belloc (churchinhistory.org), qui documente l'engagement anti-corruption de Belloc et son enchevêtrement avec l'hostilité à des financiers juifs.
30 57 58 59Hilaire Belloc, Europe and the Faith, London, Constable & Co., 1920, conclusion. Texte original : « In such a crux there remains the historical truth: that this our European structure, built upon the noble foundations of classical antiquity, was formed through, exists by, is consonant to, and will stand only in the mold of, the Catholic Church. Europe will return to the Faith, or she will perish. The Faith is Europe. And Europe is the Faith. » Texte intégral : Project Gutenberg, ebook n° 8442 (https://www.gutenberg.org/ebooks/8442). Traduction française de l'auteur de l'article.
31Réserve de l'historien catholique Christopher Dawson à l'égard de Belloc, localisée par sa biographe : d'après Christina Scott, A Historian and His World (1984), citée par Russell Kirk (« The High Achievement of Christopher Dawson », Kirk Center, repris par The Imaginative Conservative) — « Dawson admired Chesterton, but “Belloc he preferred as a poet rather than as a historian, for he considered his views one-sided and unreliable, nor did he feel at home with Belloc's particular brand of ‘triumphant Catholicism’” » : Dawson préférait donc Belloc « comme poète plutôt que comme historien », jugeait ses vues « one-sided and unreliable » (« unilatérales et peu sûres ») et se sentait mal à l'aise dans son « triumphant Catholicism » (traductions françaises de l'auteur de l'article). C'est à cette aune que cet article lit sa distance envers la formule-choc « The Faith is Europe and Europe is the Faith » — lecture de l'auteur, non propos direct de Dawson. Voir l'article Ignispedia sur Christopher Dawson.
32 43 71Hilaire Belloc, Europe and the Faith, 1920, introduction (« Introduction: The Catholic Conscience of History »). Textes originaux : « A Catholic as he reads that story does not grope at it from without, he understands it from within. […] Others, not Catholic, look upon the story of Europe externally as strangers. […] he sees it all from its centre in its essence, and together. » et « The Faith is Europe and Europe is the Faith » ; « The Church is Europe: and Europe is The Church. » Project Gutenberg, ebook n° 8442. Traduction française de l'auteur de l'article.
33Querelle entre Belloc et l'historien médiéviste George Gordon Coulton : Coulton publie Mr. Belloc on Medieval History (article, 1920) et poursuit la controverse pendant des années ; Belloc réplique par la brochure The Case of Dr. Coulton (1938). Titres et dates corroborés par les notices biographiques concordantes. Le différend porte sur la rigueur documentaire et l'interprétation catholique du Moyen Âge défendue par Belloc. Les exemples précis visés par cette querelle n'ont pas été localisés passage par passage : à contrôler dans les deux pamphlets (1920, 1938).
35 42Controverse Belloc / H. G. Wells autour de l'Outline of History (1920) de Wells : Belloc publie une série d'articles critiques (recueillis notamment sous le titre A Companion to Mr. Wells's "Outline of History", 1926), Wells riposte par Mr. Belloc Objects to "The Outline of History" (London, Watts & Co., 1926 ; éd. américaine, New York, George H. Doran Co., 1926 — exemplaire Doran contrôlé en numérisation du texte intégral : ni hailstorm, ni arguing with, ni page seven n'y figurent), Belloc répond par Mr. Belloc Still Objects (1926). Le trait de Belloc sur le livre — un volume puissant et bien écrit « up until the appearance of Man, that is, somewhere around page seven » — et le mot de Wells — « Debating Mr. Belloc is like arguing with a hailstorm » — sont corroborés par des relais secondaires concordants (notices biographiques, Word on Fire). En revanche, leurs publications originales respectives restent non localisées, de même que les pages exactes des deux répliques dans A Companion et Mr. Belloc Still Objects (non consultés sur l'imprimé). Cf. https://en.wikipedia.org/wiki/Hilaire_Belloc
39 40Mot du cardinal Henry Edward Manning, archevêque de Westminster, que Belloc rapporte dans The Cruise of the Nona, London, Constable & Co., 1925, p. 55 (contrôlé sur l'imprimé) : « all human conflict was ultimately theological: that is, that all wars and revolutions and all decisive struggles between parties of men arise from a difference in moral and transcendental doctrine » (« tout conflit humain était en dernière analyse théologique : toutes les guerres, révolutions et luttes décisives entre partis naissent d'un différend de doctrine morale et transcendante » ; traduction française de l'auteur de l'article). Contexte du livre : parole emportée par le jeune Belloc, alors « somewhat bewildered », et devenue avec l'âge un « searchlight ». Manning, défenseur des ouvriers et acteur de la médiation de la grève des docks de Londres (1889), exerça une influence directe sur la pensée sociale de Belloc.
49Hilaire Belloc, The Path to Rome, London, George Allen, 1902 : récit d'un pèlerinage à pied entrepris pour accomplir un vœu, de Toul (Lorraine) à Rome, mêlant croquis, chansons, prières et digressions ; considéré par beaucoup comme son chef-d'œuvre et son livre le plus personnel.
50Hilaire Belloc, The Bad Child's Book of Beasts (1896) et Cautionary Tales for Children (1907) : recueils de vers humoristiques et moraux pour enfants, classiques de l'humour noir anglais (« Matilda, Who told Lies, and was Burned to Death », « Jim, Who ran away from his Nurse, and was eaten by a Lion »).
52Hilaire Belloc, « Tarantella », poème recueilli dans Sonnets and Verse, London, Duckworth (1ʳᵉ éd. octobre 1923). Texte contrôlé sur l'imprimé de l'édition nouvelle de 1938 (vue en réimpression numérisée) : poème ouvrant p. 130 (sommaire : Tarantella 130 ; poème suivant p. 132), soit pp. 130-131 ; vers d'ouverture : « Do you remember an Inn, / Miranda? / Do you remember an Inn? » — évocation rythmée d'une auberge des Pyrénées. L'édition originale de 1923 n'a pas été consultée : sa pagination (p. 120 selon les relais) reste non recollationnée. Traduction française de l'auteur de l'article.
53Quatrain gai sur le soleil catholique, le rire et le bon vin rouge, largement reproduit sous le nom de Belloc — souvent sous le titre « The Catholic Sun », parfois « Song » — avec le texte anglais couramment cité : « Wherever the Catholic sun doth shine, / There's always laughter and good red wine. / At least I've always found it so. / Benedicamus Domino! » Aucun recueil, édition ni page d'une source primaire n'a été établi pour ces vers : ils sont absents des recueils contrôlés sur imprimé (Sonnets and Verse, Duckworth) comme des grands livres en prose vérifiés. La répétition dans des sources secondaires ne suffit pas à établir la paternité — pas même quand le relais est sérieux (The Tablet, « Christmas cheers », le donne comme « the best known of his praises of wine in the famous quatrain », toujours sans référence primaire). L'attribution à Belloc est donc retirée dans cet article.
54Hilaire Belloc, The Jews, London, Constable, 1922 (contrôlé en numérisation de l'édition originale) : ouvrage en quinze chapitres — il n'existe pas de « chapitre XVI » — présentant la présence juive en Europe comme un « problème » permanent réclamant une « solution ». Les considérations ethniques et physiques s'y lisent notamment au chapitre IV, « The General Causes of Friction » (les causes générales, « ineradicable », procédant « from the contrasting natures of the two races » ; « the racial character or tone of each quality » ; anecdote du café de Nîmes au temps de l'affaire Dreyfus : « an elderly Jew, very short in stature, highly marked with the physical characteristics of his race », p. 75), au chapitre V, « The Special Causes of Friction » (à partir de la p. 99 ; Charles Kingsley et Booth « owed their genius and nearly all their physical appearance to Jewish mothers », dette des Européens « to the Jewish blood », p. 106), et au chapitre XIV, « Various Theories » (recension des théories sur « the Jewish race », à partir de la p. 277 ; conclusion au chapitre XV, « Habit or Law? », p. 301). Thèses relevant de l'antijudaïsme culturel, religieux, ethnique et physique de son temps, aujourd'hui jugées gravement fautives à la lumière de la Shoah et de l'enseignement de l'Église.
56 60Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, n° 4 : l'Église « déplore les haines, les persécutions et les manifestations d'antisémitisme » et rappelle le patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux Juifs. Texte : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651028_nostra-aetate_fr.html
61Mot célèbre de Belloc sur l'Église. Texte contrôlé sur l'imprimé : Robert Speaight, The Life of Hilaire Belloc, New York, Farrar, Straus & Cudahy, 1957, p. 383 (folio vérifié sur la numérisation) — après une réunion de prêtres qui l'avait excédé, arrivant donner une conférence à Repton et jetant son chapeau dans le hall, il lance à William Temple : « The Catholic Church is an institution I am bound to hold divine — but for unbelievers a proof of its divinity might be found in the fact that no merely human institution conducted with such knavish imbecility would have lasted a fortnight. » La formule knavish imbecility n'apparaît qu'une seule fois dans tout l'ouvrage : l'autre rattachement autrefois envisagé (lettre à G. K. Chesterton, décembre 1917) est définitivement écarté. Traduction française de l'auteur de l'article.
63Hilaire Belloc, « On His Books », épigramme I de la section V Epigrams de Sonnets and Verse, London, Duckworth (1ʳᵉ éd. octobre 1923 ; reprise dans Hilaire Belloc, Augustan Books of Modern Poetry, 1925). Texte contrôlé sur l'imprimé de l'édition nouvelle de 1938 (vue en réimpression numérisée) : « On His Books » ouvre la p. 165 — « WHEN I am dead, I hope it may be said: / “His sins were scarlet, but his books were read.” » L'édition originale d'octobre 1923 n'a pas été consultée : sa pagination (p. 147 selon les relais) reste non recollationnée. Traduction française de l'auteur de l'article.
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