Henri Bremond (Aix-en-Provence, 31 juillet 1865 – Arthez-d'Asson, 17 août 1933) est un prêtre catholique français, historien de la spiritualité et critique littéraire, membre de l'Académie française à partir de 1923.[10] Jésuite pendant vingt-deux ans avant de quitter la Compagnie de Jésus en 1904, il consacra la majeure partie de sa vie à une entreprise unique dans l'historiographie catholique française : retracer, à travers onze volumes parus de 1916 à 1933, l'histoire littéraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion — non pas l'histoire des dogmes ou des institutions, mais celle de la manière dont les catholiques ont vécu, senti et écrit leur foi.[11]
Bremond fut aussi l'un des témoins les plus exposés de la crise moderniste : ami intime du jésuite anglais George Tyrrell, il assista à ses funérailles en 1909 malgré son excommunication et en fut suspendu a divinis ; vingt ans plus tard, sous le pseudonyme de Sylvain Leblanc, il publia clandestinement un texte de sympathie envers Alfred Loisy.[12][13] Il fut par ailleurs, en 1910, le défenseur le plus lu de Fénelon contre Bossuet dans la querelle du pur amour, et l'instigateur, en 1925-1926, de la retentissante querelle de la poésie pure, où il soutint que la plus haute poésie et la prière mystique jaillissent d'une même source, hors de la raison discursive.[14][15]
Ignispedia reçoit Bremond comme il faut recevoir les figures les plus délicates du catholicisme du tournant du siècle : avec la rigueur qui distingue une fidélité humaine profonde — envers des amis condamnés, envers un sentiment religieux qu'il jugeait trahi par un dogmatisme trop sec — d'une adhésion doctrinale personnelle qui, elle, ne fut jamais officiellement remise en cause du vivant de l'auteur. Prêtre en règle jusqu'à sa mort, reconnu par l'université comme par les lettres de son temps, Bremond demeure une des voix les plus originales et les plus généreuses pour comprendre ce que le catholicisme français a produit de plus intérieur entre le concile de Trente et le concile Vatican II.
Pourquoi Bremond compte-t-il ?
L'historien du sentiment plutôt que du dogme
Avant Bremond, l'histoire religieuse française se racontait presque exclusivement par les dogmes définis, les conciles, les luttes politiques entre l'Église et l'État. Bremond déplaça le regard : il voulut savoir comment les catholiques avaient senti Dieu, prié, aimé, douté — à travers leurs textes, leurs lettres, leurs confessions spirituelles.[16] Cette méthode, qui introduisit dans le vocabulaire savant français la catégorie même de « spiritualité » comme objet d'étude autonome, fait de lui un fondateur discret d'une discipline entière : l'histoire de la spiritualité.[17]
Le prêtre qui refusa d'abandonner ses amis
Bremond ne rompit jamais, même au prix de sa propre situation canonique, avec les hommes que Rome avait frappés : ni avec Tyrrell mort excommunié, ni avec Loisy retranché de l'Église depuis 1908.[18] Cette fidélité, contestable pour un clerc, dit aussi quelque chose d'essentiel sur son tempérament : il tint toujours la charité personnelle pour supérieure à la prudence institutionnelle, quitte à s'exposer lui-même à la suspicion.
L'inventeur de la « poésie pure »
En reliant l'expérience poétique à l'expérience mystique, Bremond ouvrit dans les années 1920 un débat qui dépassa de loin les cercles catholiques : il montra que Baudelaire, Mallarmé, Poe et Valéry ne faisaient, selon lui, que retrouver une intuition aussi vieille que la prière elle-même — celle d'une réalité qui échappe au discours rationnel et ne se donne que dans une sorte de communion silencieuse.[19]
Repères biographiques
Une enfance provençale et l'entrée chez les jésuites (1865-1882)
Henri Bremond naît le 31 juillet 1865 à Aix-en-Provence, dans une famille de notables.[20] Il fait ses études secondaires au collège du Sacré-Cœur d'Aix, où il se lie — puis se brouille durablement — avec un autre élève appelé à un destin fameux et opposé au sien : Charles Maurras, futur théoricien de l'Action française, dont la relation cordiale de jeunesse se transforme avec le temps en franche antipathie mutuelle.[21] Le 24 novembre 1882, à dix-sept ans, Bremond entre au noviciat de la Compagnie de Jésus.[22] Les congrégations religieuses ayant été expulsées de France par les décrets de 1880, c'est en Angleterre, à Sidmouth dans le Devon, qu'il accomplit son noviciat et une partie de sa formation.[23]
La découverte de l'Angleterre religieuse et de Newman (1882-1899)
Le séjour anglais de Bremond, loin d'être un simple exil administratif, devient le laboratoire intellectuel de toute sa carrière : il y découvre le cardinal John Henry Newman, dont l'œuvre exercera sur lui une influence plus déterminante qu'aucune autre.[24] Il consacre à Newman une série d'études — sur l'historien du développement du dogme, sur le philosophe de la Grammaire de l'assentiment, sur le prédicateur des sermons d'Oxford — avant de publier en 1906 sa grande synthèse, Newman : essai de biographie psychologique, où il cherche à atteindre, au-delà des doctrines, la source intime de l'âme du converti anglais.[25] L'historien Émile Goichot a montré que cet intérêt s'étend à d'autres grandes figures du catholicisme anglais du XIXe siècle — le cardinal Manning, le cardinal Wiseman, le Dr Ward — étudiées dans le contexte des conversions d'Oxford et de la vie intellectuelle catholique anglaise, ce qui vaut à Bremond d'être qualifié de spécialiste des « prophètes du dehors ».[26] Ordonné prêtre le 8 septembre 1892 à Mold, au pays de Galles, il prononce ses derniers vœux dans la Compagnie le 2 février 1900.[27]
« [Bremond] semble inscrire ses études anglaises dans la perspective ouverte par [sa découverte de Newman] » — Émile Goichot, « Trois "Prophètes du dehors". Henri Bremond et l'Angleterre religieuse », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 65e année, n° 1, 1985[28]
De retour en France, Bremond enseigne plusieurs années dans des collèges jésuites — à Dole, Moulins, Saint-Étienne et à Villefranche-sur-Saône, au collège de Mongré.[29] C'est à Mongré qu'il a pour élève de seconde, en littérature, un jeune Auvergnat promis à un destin scientifique retentissant : Pierre Teilhard de Chardin. Bremond se souviendra de lui, une dizaine d'années plus tard, comme d'un « petit génie pétillant d'intelligence, premier en tout, mais désespérément sage », habité par « une autre passion, jalouse, absorbante, qui le faisait vivre loin de nous l'éternel sous les cailloux ».[30]
Directeur des Études et rupture avec la Compagnie (1894-1904)
À partir de 1894, Bremond collabore régulièrement à la revue jésuite Études ; nommé rédacteur en août 1899, il en devient le directeur de 1900 à 1903.[31] Son tempérament peu conformiste, sa proximité croissante avec les milieux modernistes et une insatisfaction personnelle envers la vie religieuse organisée le conduisent à demander sa sortie de la Compagnie de Jésus : il quitte l'Ordre le 2 février 1904, invoquant lui-même une « incompatibilité de tempérament ».[32] Il est reçu dans le diocèse d'Aix par l'archevêque Mgr Edwin Bonnefoy et demeure prêtre séculier jusqu'à sa mort.[33] Ce départ ne rompt en rien son sacerdoce : Bremond continue de célébrer la messe et de se présenter comme prêtre — c'est un départ de l'état religieux, non un abandon de la prêtrise.
- 31 juillet 1865Naissance à Aix-en-Provence
Henri Bremond naît dans une famille de notables aixois.[34]
- 24 novembre 1882Entrée au noviciat
Noviciat jésuite à Sidmouth (Devon, Angleterre), les congrégations étant expulsées de France depuis 1880.[35]
- 8 septembre 1892Ordination sacerdotale
Ordonné prêtre à Mold, au pays de Galles.[36]
- 1894-1899Collaborateur puis rédacteur aux Études
Contributions régulières à la revue jésuite Études ; nommé rédacteur en août 1899.[37]
- 1900-1903Directeur des Études
Direction effective de la revue jésuite Études.[38]
- 1901-1902Premiers essais
Publication de L'Inquiétude religieuse (1901) et Âmes religieuses (1902).[39]
- 2 février 1904Sortie de la Compagnie de Jésus
Bremond quitte l'ordre jésuite pour se consacrer à ses travaux critiques ; reçu dans le diocèse d'Aix.[40]
- 1906Newman : essai de biographie psychologique
Grande synthèse sur le cardinal Newman, fruit de ses années anglaises.[41]
- 15 juillet 1909Mort de George Tyrrell et suspense a divinis
Bremond assiste aux funérailles anglicanes de son ami excommunié et trace un signe de croix sur sa tombe ; suspendu a divinis par Mgr Amigo.[42]
- 1910Apologie pour Fénelon
Défense de Fénelon contre Bossuet dans la querelle du pur amour.[43]
- 1912-1913Sainte Chantal et mise à l'Index
Le livre Sainte Chantal est placé sur l'Index librorum prohibitorum en 1913.[44]
- 1916Premier tome de l'Histoire littéraire
Parution du tome I, L'Humanisme dévot (1580-1660).[45]
- 19 avril 1923Élection à l'Académie française
Élu au fauteuil 36, succédant à Mgr Duchesne, par 17 voix contre 12 à Camille Jullian.[46]
- 22 mai 1924Réception à l'Académie
Reçu par Henry Bordeaux ; discours consacré à Mgr Duchesne.[47]
- 24 octobre 1925Le discours de la poésie pure
Lecture publique annuelle consacrée à « La Poésie pure », qui déclenche une controverse littéraire majeure.[48]
- 1928Doctorat honoris causa d'Oxford
L'université d'Oxford honore l'auteur des études sur Newman et le mouvement d'Oxford.[49]
- 1931Sylvain Leblanc
Publication clandestine, sous pseudonyme, d'un texte de soutien à Alfred Loisy.[50]
- 1933Le Procès des mystiques et mort de Bremond
Au cœur de la crise moderniste
L'amitié avec George Tyrrell
Bremond rencontre le jésuite irlandais George Tyrrell le 10 juillet 1901 ; l'amitié qui naît alors devient l'une des plus profondes de sa vie.[53] Tyrrell, figure majeure du modernisme catholique anglais, est exclu de la Compagnie de Jésus en 1906 puis excommunié en 1907 par l'évêque de Southwark, Mgr Peter Amigo, après avoir publiquement critiqué l'encyclique Pascendi Dominici gregis condamnant le modernisme.[54] Bremond entretient également une correspondance suivie et intense avec le baron Friedrich von Hügel, rencontré à Londres après sa sortie de la Compagnie, correspondance qui documente en détail, au jour le jour, toute cette période de crise.[55]
Les funérailles de Tyrrell et la suspense a divinis (1909)
Tyrrell meurt le 15 juillet 1909 sans avoir rétracté les positions qui lui avaient valu sa condamnation ; la sépulture catholique lui est refusée et il est inhumé au cimetière anglican de Storrington, dans le Sussex.[56] Bremond accompagne le corps jusqu'au cimetière, récite des prières et prononce quelques mots, puis trace un signe de croix sur la tombe.[57] Ce geste, hautement symbolique — il équivalait à traiter en catholique un homme mort hors de la communion visible de l'Église —, lui vaut d'être immédiatement frappé de suspense a divinis par Mgr Amigo ; ses facultés de célébrer sont restaurées plus tard dans l'année, après qu'il eut souscrit à une formule d'adhésion aux actes du magistère condamnant le modernisme.[58] L'épisode, quoiqu'il n'ait pas mis fin à sa correspondance avec von Hügel, en modifie durablement le ton et en réduit la fréquence.[59] Un témoin cité par Goichot résume l'impression laissée par la disparition de Tyrrell : nul autre moderniste n'avait « sa stature » ni n'aspirait à jouer son rôle, lui qui possédait « un grand esprit, une grande âme, un grand cœur, avec l'enthousiasme d'un martyr ».[60]
Une fidélité clandestine à Alfred Loisy : Sylvain Leblanc (1931)
Vingt-deux ans après l'affaire Tyrrell, Bremond récidive, plus discrètement. En 1931, sous le pseudonyme de Sylvain Leblanc — un nom trouvé par l'épouse de son éditeur, Émile Nourry, et un style patiemment débarrassé de tout « bremondisme » reconnaissable —, il publie Un clerc qui n'a pas trahi : Alfred Loisy d'après ses mémoires, titre qui répond frontalement à La Trahison des clercs de Julien Benda.[61] L'historien Émile Poulat, ayant retrouvé le manuscrit et la correspondance afférente dans les papiers d'Alfred Loisy conservés à la Bibliothèque nationale, a établi de manière définitive que Bremond en était l'auteur.[62] Le texte défend Loisy — retranché de l'Église depuis 1908 pour son exégèse historico-critique — contre l'accusation de trahison envers sa foi et son sacerdoce, et manifeste une sympathie réelle, quoique jamais rendue publique du vivant de Bremond, pour les positions les plus radicales de son ami exégète.[63]
Ignispedia ne peut lire ce texte clandestin comme l'aveu d'une adhésion doctrinale personnelle de Bremond aux thèses de Loisy sur le dogme et l'exégèse : publié sous couvert d'anonymat, jamais revendiqué, jamais soumis au jugement de l'Église, il relève d'abord d'un geste de loyauté humaine envers un ami déchu — le même geste, au fond, que celui qui l'avait conduit au cimetière de Storrington en 1909. Bremond mourut prêtre en règle, jamais lui-même excommunié ni retranché, et son grand œuvre historique ne fut jamais condamné dans son ensemble — seul un livre particulier, Sainte Chantal, connut cette sanction, pour des raisons largement circonstancielles (voir plus bas).
Bremond et Maurice Blondel : une autre voie dans la crise
Contrairement à Tyrrell et Loisy, Maurice Blondel — avec qui Bremond correspond également pendant ces années — sut traverser la crise moderniste sans jamais être condamné ni quitter la pleine communion, tout en défendant lui aussi la primauté de l'expérience vécue de la foi contre un rationalisme théologique désincarné.[64] Le contraste entre les deux trajectoires — celle de Blondel, philosophe demeuré intégralement catholique et jamais sanctionné, et celle de Bremond, prêtre fidèle mais compromis par ses amitiés — éclaire la diversité des chemins empruntés, à la même époque, par les catholiques qui refusaient de réduire le christianisme à un système de propositions abstraites sans reconnaître pour autant la validité des thèses proprement hétérodoxes de Loisy ou du dernier Tyrrell.
L'œuvre : redonner voix au « sentiment religieux »
Apologie pour Fénelon (1910) : rouvrir le procès du pur amour
Avant son grand œuvre historique, Bremond se fait connaître par un plaidoyer retentissant : Apologie pour Fénelon, publié chez Perrin en 1910, sous-titré Une crise dans la vie intérieure de Bossuet.[65] Le livre reprend la querelle du pur amour, qui avait opposé à la fin du XVIIe siècle Fénelon, archevêque de Cambrai, et Bossuet, évêque de Meaux, sur la possibilité d'un amour de Dieu totalement désintéressé — sans mélange d'espérance de récompense ni de crainte du châtiment.[66] Le pape Innocent XII avait tranché en 1699, par le bref Cum alias, en condamnant vingt-trois propositions extraites des Maximes des saints de Fénelon, que celui-ci se soumit aussitôt à corriger publiquement en chaire.[67] Bremond, lui, prend fait et cause pour Fénelon et retourne l'accusation contre son adversaire : il prétend déceler, dans la vie intérieure même de Bossuet, une crise spirituelle comparable à celle qu'il condamnait chez Fénelon et Mme Guyon.[68]
L'ouvrage suscite une critique savante immédiate. Le recenseur Eugène Lévesque, dans la Revue d'histoire de l'Église de France (1914), tout en reconnaissant l'habileté de la plume, situe d'emblée les limites de la méthode : Bremond, écrit-il, ne prétend pas être « un chercheur qui poursuit patiemment les documents », mais il « sait admirablement s'en servir quand on les lui fournit, comme un avocat capable qui dissimule les fautes de son client et exagère les torts réels ou supposés de l'adversaire ».[69] Cette critique — celle d'un plaidoyer plus que d'une enquête — accompagnera toute la réception savante de Bremond : brillant, suggestif, mais orienté par une sympathie déclarée pour les figures mystiques qu'il défend.
| Position | Défenseur | Thèse centrale | Issue |
|---|---|---|---|
| Le pur amour possible et supérieur | Fénelon, archevêque de Cambrai | L'âme parfaite peut aimer Dieu sans aucun regard, même indirect, sur son propre salut ou sa propre béatitude | 23 propositions des Maximes des saints condamnées par le bref Cum alias (1699) ; soumission publique de Fénelon[70] |
| Le pur amour toujours mêlé d'espérance | Bossuet, évêque de Meaux | Même la charité la plus haute demeure unie, chez le chrétien viateur, à l'espérance théologale du salut | Position confirmée par la condamnation romaine de 1699[71] |
| Réhabilitation littéraire de Fénelon | Henri Bremond, Apologie pour Fénelon (1910) | Bossuet aurait lui-même traversé une crise mystique comparable à celle qu'il condamna chez Fénelon et Mme Guyon | Thèse contestée par la critique savante (Lévesque, 1914) comme un plaidoyer d'avocat plus qu'une démonstration[72] |
Sainte Chantal (1912) et la mise à l'Index (1913)
Deux ans plus tard, Bremond publie Sainte Chantal, consacré à sainte Jeanne-Françoise de Chantal et à sa relation spirituelle avec saint François de Sales. L'ouvrage est placé sur l'Index librorum prohibitorum en 1913.[73] L'historien jésuite André Blanchet, dans son étude Histoire d'une mise à l'Index, la « Sainte Chantal » de l'abbé Bremond, a montré que cette condamnation ne tenait pas uniquement au traitement peu conventionnel que Bremond réservait à la relation entre les deux saints fondateurs de la Visitation : elle s'expliquait aussi par le climat de suspicion accumulé autour de l'auteur depuis l'affaire Tyrrell de 1909, et par le ressentiment que son Apologie pour Fénelon avait suscité chez les défenseurs de la mémoire de Bossuet.[74] Autrement dit, la sanction visait autant l'homme suspect que le livre lui-même — un cas d'école sur la manière dont une réputation compromise peut peser, dans l'histoire ecclésiastique, sur le jugement porté a posteriori sur une œuvre.
Histoire littéraire du sentiment religieux en France (1916-1933) : le monument
L'Apologie pour Fénelon n'était qu'un prélude. Bremond y engage, selon ses propres mots rapportés par la critique, toute une série de travaux consacrés au sentiment religieux, qui trouveront leur couronnement dans l'entreprise de toute une vie : l'Histoire littéraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours, parue en onze volumes chez Bloud et Gay entre 1916 et 1933.[75] Le projet ne prétend pas raconter l'histoire des doctrines ni celle des institutions ecclésiales, mais celle de la manière dont les catholiques français, du XVIe au XIXe siècle, ont vécu et exprimé littérairement leur relation à Dieu — depuis l'humanisme dévot de saint François de Sales jusqu'au procès posthume des grands mystiques du Grand Siècle.[76]
| Tome | Titre | Année |
|---|---|---|
| I | L'Humanisme dévot (1580-1660) | 1916 |
| II | L'Invasion mystique (1590-1620) | 1916 |
| III | La Conquête mystique — 1. L'École française | 1923 |
| IV | La Conquête mystique — 2. L'École de Port-Royal | 1923 |
| V | La Conquête mystique — 3. Le père Lallemant et la tradition mystique dans la Compagnie de Jésus | 1923 |
| VI | La Conquête mystique — 4. Marie de l'Incarnation. Turba magna | 1923 |
| VII-VIII | La Métaphysique des saints | 1929-1930 |
| IX | La Vie chrétienne sous l'Ancien Régime | 1932 |
| X | La Prière et les prières de l'Ancien Régime | 1932 |
| XI | Le Procès des mystiques | 1933 |
(Un volume complémentaire, l'Introduction à la philosophie de la prière, parut dès 1929 ; un douzième volume posthume, l'Index alphabétique et analytique établi par Charles Grolleau, acheva l'ensemble après la mort de l'auteur.)[77]
L'Encyclopédie Universalis souligne que Bremond, ce faisant, introduisit dans le vocabulaire savant français la catégorie même de « spiritualité » comme objet d'étude à part entière, centrée sur ce qu'un contributeur a appelé la « faim de Dieu » propre à l'expérience religieuse française.[78] L'historien Émile Goichot, qui dirigea la réédition critique de l'œuvre chez Jérôme Millon en 2006, reconnaît que certains aspects du travail original ont été « vigoureusement contestés ou dépassés » depuis, mais que l'ensemble « demeure un instrument de travail indispensable » pour quiconque étudie la spiritualité française classique.[79]
La querelle de la poésie pure (1925-1926)
Le discours du 24 octobre 1925
Chargé, comme le veut la tradition, de la lecture publique annuelle de l'Académie française, Bremond choisit le 24 octobre 1925 de s'interroger sur ce qu'il appelle la « poésie pure », déclenchant une controverse qui devient l'un des divertissements intellectuels marquants de l'entre-deux-guerres.[80] Bremond y avance que le caractère proprement poétique d'un poème ne tient pas à ce que le poète a voulu dire — son sens rationnel, sa progression narrative, ses effets sentimentaux directs —, mais à la présence d'« une réalité mystérieuse que nous appelons poésie pure ».[81]
« Tout poème doit son caractère proprement poétique à la présence, au rayonnement, à l'action transformante et unifiante d'une réalité mystérieuse que nous appelons poésie pure. » — Henri Bremond, « La Poésie pure », lecture publique annuelle de l'Académie française, 24 octobre 1925[82]
« Il y a encore, dans la poésie, de certaines choses ineffables et qu'on ne peut expliquer. » — Henri Bremond, « La Poésie pure », lecture publique annuelle de l'Académie française, 24 octobre 1925[83]
Bremond situe cette « chaleur sainte » qui transporte le lecteur vers « une présence plus qu'humaine » dans le prolongement d'une tradition ancienne plutôt que dans une nouveauté dangereuse : les théoriciens modernes de la poésie pure — Edgar Poe, Baudelaire, Mallarmé, Paul Valéry — ne seraient, à ses yeux, pas les novateurs inquiétants qu'on croit parfois, mais les héritiers d'une intuition aussi vénérable que la prière elle-même.[84]
Prière et poésie (1926) : mystique et poésie, même source
Bremond développe sa thèse en 1926 dans Prière et Poésie, publié chez Grasset dans la collection « Les Cahiers verts ».[85] L'idée directrice de l'ouvrage est que poètes et mystiques puisent, sans toujours le savoir, à une même partie non-rationnelle de l'âme — ce que Paul Claudel appelait l'Anima, par opposition à l'Animus, activité intellectuelle réservée à l'abstraction et à l'analyse.[86] La démonstration s'inscrit dans une lignée que Bremond fait remonter jusqu'à Pascal : la conviction que le cœur possède ses raisons, irréductibles à celles du discours démonstratif, trouve chez lui un prolongement esthétique inattendu — la poésie véritable, comme la prière véritable, échapperait à la seule intelligence discursive pour toucher directement une faculté plus profonde de l'âme.[87] On reconnaît ici un écho de Blaise Pascal et de son fameux « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », déplacé du terrain de l'apologétique vers celui de l'esthétique littéraire.
Valéry et le débat des « années folles »
Le débat que provoquent les trois tomes consacrés par l'abbé Bremond à la poésie pure devient l'un des divertissements intellectuels les plus courus de l'entre-deux-guerres, animant revues et salons littéraires pendant plusieurs saisons.[88] Bremond y trouve un allié inattendu en la personne de Paul Valéry, avec qui il se lie d'amitié à Paris : les deux hommes résident non loin l'un de l'autre, Bremond au 16 rue Chanoinesse, sur l'île de la Cité, où Valéry le retrouve fréquemment.[89] Valéry loue chez son ami une « perspicacité » singulière dans l'examen des textes, qu'il attribue en partie à la pratique confessionnelle du prêtre, exercice quotidien d'écoute des âmes qui aurait aiguisé chez Bremond une intuition rare de la psychologie humaine.[90]
L'Académie française et la reconnaissance (1923-1924)
L'élection au fauteuil de Monseigneur Duchesne
Le 19 avril 1923, Henri Bremond est élu à l'Académie française par dix-sept voix contre douze à l'historien Camille Jullian, au fauteuil 36, laissé vacant par la mort de Mgr Louis Duchesne, grand historien de l'Église ancienne.[91] Il est reçu le 22 mai 1924 par le romancier Henry Bordeaux.[92]
La réception de 1924 : plaider pour l'historien critique
Dans son discours de réception, Bremond consacre l'essentiel de son propos à défendre la mémoire et la méthode de son prédécesseur, l'abbé Duchesne, dont l'érudition critique avait pu inquiéter certains catholiques de son temps.[93] Il rend hommage à son sens de la synthèse — « à peine l'a-t-on vu se mettre en marche que déjà il touche le but. Génie simplificateur, il y néglige d'instinct le détail insignifiant »[94] — et défend, contre ceux qui reprochaient à Duchesne une trop grande sévérité envers certaines légendes pieuses, la compatibilité pleine et entière entre la rigueur du critique et la fidélité du croyant :
« Mais l'Église est toujours l'Église. Une mère peut gronder avec exubérance, c'est toujours une mère. Il faut la respecter, l'aimer quand même. » — Henri Bremond, discours de réception à l'Académie française, 22 mai 1924[95]
Cette formule résume assez bien la position de Bremond lui-même face à l'institution : un fils parfois inquiet, parfois suspect, mais qui ne cessa jamais de se reconnaître comme fils de l'Église, quand bien même certaines de ses amitiés et de ses initiatives lui valurent la défiance de ses supérieurs.
Ombres et controverses, honnêtement
Un catholicisme fidèle mais suspect
Bremond illustre une figure rare : celle d'un prêtre jamais frappé par Rome d'une condamnation doctrinale personnelle, mais dont l'entourage, les amitiés et certains écrits suscitèrent, tout au long de sa carrière, une défiance récurrente de la part des autorités ecclésiastiques.[96] La suspense a divinis de 1909, la mise à l'Index de Sainte Chantal en 1913, la publication clandestine du texte Sylvain Leblanc en 1931 dessinent la trajectoire d'un homme qui refusa toujours de sacrifier ses amitiés personnelles à sa réputation d'orthodoxie — sans jamais pour autant rompre lui-même avec l'Église catholique, dans laquelle il mourut prêtre en 1933.
Sainte Chantal : une condamnation à la fois littéraire et circonstancielle
Il importe de le redire avec précision : Sainte Chantal ne fut pas condamné pour une erreur doctrinale identifiée dans le texte lui-même, mais pour un traitement jugé inconvenant du lien entre les deux fondateurs de la Visitation, aggravé par le climat de suspicion déjà installé autour de son auteur.[97] La distinction est d'importance : elle sépare une sanction disciplinaire, liée à des circonstances et à une réputation, d'une condamnation doctrinale en bonne et due forme comme celle qui avait frappé, en 1699, les propositions de Fénelon lui-même.
Le cas Sylvain Leblanc : fidélité privée, prudence publique
Le texte publié sous le pseudonyme de Sylvain Leblanc en 1931 demeure, aujourd'hui encore, l'élément le plus délicat du dossier Bremond.[98] Il montre un homme capable, à soixante-six ans, de prendre encore des risques pour défendre la mémoire d'un ami exclu de l'Église — mais aussi un homme suffisamment conscient de la gravité du geste pour ne jamais le signer de son nom. Cette prudence même — le masque, le style corrigé, l'anonymat gardé jusqu'à la mort — indique que Bremond n'entendait pas ériger sa sympathie privée pour Loisy en position publique opposable au magistère de l'Église : il s'agissait d'un geste de charité envers un homme, non d'une profession de foi théologique rendue publique.
Dernières années et mort (1933)
Après son élection à l'Académie, Bremond séjourne peu à Paris et s'installe le plus souvent à Arthez-d'Asson, près de Pau, au pied des Pyrénées, où il continue de travailler à l'achèvement de son Histoire littéraire.[99] C'est là qu'il meurt le 17 août 1933, à soixante-huit ans, après plusieurs mois de santé déclinante, malgré des signes d'amélioration dans ses derniers jours.[100] Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre d'Aix-en-Provence, sa ville natale.[101] Le onzième tome de son grand œuvre, Le Procès des mystiques, paraît la même année ; un douzième volume, index alphabétique et analytique établi par Charles Grolleau, achèvera l'ensemble après sa mort.[102]
Réception et héritage
Un outil de travail toujours indispensable
Près d'un siècle après sa parution, l'Histoire littéraire du sentiment religieux en France continue de faire autorité. Sa réédition critique en cinq volumes chez Jérôme Millon (2006), enrichie d'études complémentaires sur Port-Royal, la spiritualité ignatienne, le quiétisme et la réception de Bremond chez les écrivains catholiques du XXe siècle, confirme le jugement porté par Émile Goichot : une œuvre datée sur certains points, mais toujours fondatrice pour comprendre l'histoire religieuse française.[103]
La plaque de la rue Chanoinesse (1934)
Le 9 juin 1934, moins d'un an après la mort de Bremond, Paul Valéry inaugure, au 16 rue Chanoinesse, une plaque commémorative en sa mémoire et prononce à cette occasion son Discours sur Henri Bremond, hommage d'un poète resté hors de la foi à un prêtre dont il avait admiré, jusqu'au bout, la finesse d'analyse et l'amitié.[104]
Ce que Bremond nous enseigne aujourd'hui
Contre une histoire de l'Église réduite aux seuls conciles, aux seules condamnations et aux seuls actes du magistère, Bremond rappelle qu'il existe une autre histoire, tout aussi réelle : celle du cœur des croyants, de leur prière, de leurs larmes, de leur poésie — une histoire qui mérite, elle aussi, d'être écrite avec la même rigueur que celle des dogmes. Contre la tentation de juger un homme uniquement sur ses fréquentations ou sur les soupçons dont il fut l'objet, son cas invite à la nuance que réclame toute vraie charité intellectuelle : un prêtre peut demeurer fidèle à son sacerdoce jusqu'à la mort tout en refusant d'abandonner, humainement, des amis que l'Église avait dû sanctionner. Son œuvre entière, de l'Apologie pour Fénelon au Procès des mystiques, tient un seul pari : que le sentiment religieux, correctement raconté, dit sur la foi des chrétiens des choses que ni la théologie ni la controverse ne pourront jamais dire seules.
Pour aller plus loin
- Fénelon (1651-1715) — l'archevêque de Cambrai défendu par Bremond dans la querelle du pur amour.
- Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) — l'adversaire de Fénelon dans la querelle du quiétisme, au cœur de l'Apologie pour Fénelon.
- Maurice Blondel (1861-1949) — philosophe correspondant de Bremond pendant la crise moderniste, qui traversa la crise sans être condamné.
- Blaise Pascal (1623-1662) — dont l'intuition du « cœur » irrigue la thèse de Prière et Poésie.
- Paul Claudel (1868-1955) — dont la distinction Anima / Animus structure l'essai de Bremond sur la poésie pure.
- Charles Péguy (1873-1914), Léon Bloy (1846-1917), François Mauriac (1885-1970) et Jacques Maritain (1882-1973) — autres grandes figures de la renaissance catholique française de la même génération.
Notes et références
Bibliothèque nationale de France, notice d'autorité « Bremond, Henri (1865-1933) », Catalogue général BnF : naissance le 31 juillet 1865 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le 17 août 1933 à Arthez-d'Asson (Pyrénées-Atlantiques). Qualification : « Religieux. — Jésuite (1882-1904). — Prêtre catholique. — Critique littéraire et historien. » Membre de l'Académie française (1923), docteur honoris causa de l'université d'Oxford (1928). URL : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12142174r
1 2 4 8 20 22 23 34 35 49 52 100Encyclopedia.com, notice « Bremond, Henri » : sortie de la Compagnie de Jésus en 1904 pour « incompatibilité de tempérament », réception dans le diocèse d'Aix, dernières années passées à Arthez-d'Asson près de Pau, inhumation au cimetière Saint-Pierre d'Aix-en-Provence. Amitié de jeunesse puis rivalité avec Charles Maurras, condisciples au collège du Sacré-Cœur d'Aix-en-Provence. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/bremond-henri
3 21 29 32 33 40 99 101Émile Goichot, « Trois "Prophètes du dehors". Henri Bremond et l'Angleterre religieuse », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 65e année, n° 1, 1985. Formation anglaise de Bremond (Sidmouth, Devon), ordination sacerdotale le 8 septembre 1892 à Mold (pays de Galles), derniers vœux le 2 février 1900 ; études sur Newman, Manning, Wiseman et le Dr Ward dans le contexte du mouvement d'Oxford. URL : https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1985_num_65_1_4796
5 24 25 26 27 28 36 41Académie française, notice officielle « Henri BREMOND », fauteuil 36 (élu le 19 avril 1923 par 17 voix contre 12 à Camille Jullian, succédant à Mgr Louis Duchesne ; reçu le 22 mai 1924 par Henry Bordeaux). Œuvres citées : L'Inquiétude religieuse (1901), Âmes religieuses (1902), Thomas More (1904), Apologie pour Fénelon (1910), Histoire littéraire du sentiment religieux en France (1916-1936). URL : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/henri-bremond
6 7 10 39 46 75 91 92André Blanchet, Histoire d'une mise à l'Index, la « Sainte Chantal » de l'abbé Bremond, étude citée dans la bibliographie critique consacrée à Bremond (voir notamment l'article Wikipédia « Henri Brémond », usage secondaire de relais, et les notices bibliographiques des éditions Beauchesne). Sainte Chantal (1912) mis à l'Index librorum prohibitorum en 1913, la sanction s'expliquant à la fois par le traitement du sujet et par le climat de suspicion entourant Bremond depuis l'affaire Tyrrell (1909) et la réception houleuse de l'Apologie pour Fénelon (1910).
9 44 73 74 97Encyclopédie Universalis, « Histoire littéraire du sentiment religieux en France (H. Bremond) » : structure en onze volumes (Bloud et Gay, 1916-1933) ; méthode consistant à étudier le sentiment religieux à travers la littérature plutôt que la seule doctrine ; introduction de la catégorie de « spiritualité » comme objet d'étude ; jugement d'Émile Goichot sur la réédition critique (Jérôme Millon, 2006, 5 volumes) : œuvre « incomplète », dont « certains aspects ont été vigoureusement contestés ou dépassés », mais qui « demeure un instrument de travail indispensable ». URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-litteraire-du-sentiment-religieux-en-france/
11 16 17 64 76 78 79 103Émile Goichot, « En marge de la crise moderniste : la correspondance Bremond-von Hügel (III. L'affaire Tyrrell) », Revue des sciences religieuses, 53e année, n° 2, 1979, p. 89-90. Rencontre de Bremond et Tyrrell le 10 juillet 1901 ; correspondance Bremond-von Hügel nouée à Londres ; l'affaire Tyrrell n'interrompt pas la correspondance mais en réduit la fréquence et en change le ton. URL : https://www.persee.fr/doc/rscir_0035-2217_1979_num_53_2_2849
12 18 55 59 60 96Émile Poulat, édition critique et dossier historique, Une œuvre clandestine d'Henri Bremond : Sylvain Leblanc, Un clerc qui n'a pas trahi, Alfred Loisy d'après ses mémoires (1931), recensée dans Revue d'histoire ecclésiastique, tome 68, 1973, p. 242. Attribution du pseudonyme Sylvain Leblanc à Bremond établie à partir des manuscrits et de la correspondance conservés dans les papiers d'Alfred Loisy à la Bibliothèque nationale ; titre choisi en réponse à La Trahison des clercs de Julien Benda. URL : https://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1973_num_4_2_1244_t1_0242_0000_1
13 50 61 62 63 98Eugène Lévesque, recension de Henri Bremond, Apologie pour Fénelon (Perrin, 1910) et Une crise dans la vie intérieure de Bossuet, Revue d'histoire de l'Église de France, tome 5, n° 25, 1914, p. 73. Jugement cité : Bremond « ne prétend pas être un chercheur qui poursuit patiemment les documents » mais « sait admirablement s'en servir quand on les lui fournit, comme un avocat capable qui dissimule les fautes de son client et exagère les torts réels ou supposés de l'adversaire ». URL : https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1914_num_5_25_2098_t1_0073_0000_2
14 43 65 68 69 72Académie française, page « La poésie pure » : lecture publique annuelle prononcée par Henri Bremond, délégué de l'Académie, le 24 octobre 1925. Citations : « Il y a encore, dans la poésie, de certaines choses ineffables et qu'on ne peut expliquer » ; « Tout poème doit son caractère proprement poétique à la présence, au rayonnement, à l'action transformante et unifiante d'une réalité mystérieuse que nous appelons poésie pure ». Débat consécutif publié en 1926 sous le titre Poésie pure. URL : https://www.academie-francaise.fr/la-poesie-pure
15 19 48 80 81 82 83 84 88Henri Bremond, professeur de littérature en classe de seconde au collège de Mongré (Villefranche-sur-Saône) où il eut pour élève Pierre Teilhard de Chardin ; souvenir rapporté par Bremond une dizaine d'années plus tard : « un petit génie pétillant d'intelligence, premier en tout, mais désespérément sage […] Il avait une autre passion, jalouse, absorbante, qui le faisait vivre loin de nous l'éternel sous les cailloux. » Fait biographique recoupé par plusieurs biographies de Teilhard de Chardin ; voir Wikipédia FR, « Henri Bremond » (usage secondaire de relais). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bremond
30Chronologie de la collaboration d'Henri Bremond à la revue jésuite Études : contributeur régulier à partir de 1894, nommé rédacteur en août 1899, directeur de la revue de 1900 à 1903. Voir Wikipédia FR, « Henri Bremond » (usage secondaire de relais, données recoupées avec la notice de l'Académie française et la notice BnF). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bremond
31 37 38George Tyrrell (6 février 1861 – 15 juillet 1909), jésuite irlandais exclu de la Compagnie de Jésus en 1906 puis excommunié en 1907 par Mgr Peter Amigo, évêque de Southwark, pour sa critique publique de l'encyclique Pascendi Dominici gregis. Sépulture catholique refusée ; inhumation au cimetière anglican de Storrington (Sussex). Henri Bremond, présent aux obsèques, trace un signe de croix sur la tombe et est suspendu a divinis par Mgr Amigo ; facultés restaurées après souscription à une formule d'adhésion aux actes magistériels condamnant le modernisme. Voir Encyclopédie Universalis, « George Tyrrell (1861-1909) », et Émile Goichot, art. cité[^goichot-hugel]. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-tyrrell/
42 53 54 56 57 58Liste et datation des onze tomes de l'Histoire littéraire du sentiment religieux en France (Bloud et Gay) : I L'Humanisme dévot (1580-1660) et II L'Invasion mystique (1590-1620), 1916 ; III-VI La Conquête mystique, 1923 ; VII-VIII La Métaphysique des saints, 1929-1930 ; IX La Vie chrétienne sous l'Ancien Régime et X La Prière et les prières de l'Ancien Régime, 1932 ; XI Le Procès des mystiques, 1933. Volume complémentaire Introduction à la philosophie de la prière (1929) ; index alphabétique et analytique posthume établi par Charles Grolleau. Voir notices croisées Internet Archive, Open Library et catalogues des bibliothèques municipales de Nice (BMVR). URL : https://archive.org/details/histoirelittra11brem
45 51 77 102Académie française, « Discours de réception de Henri Bremond », séance du 22 mai 1924, en remplacement de Mgr Louis Duchesne, réponse d'Henry Bordeaux. Citations : « À peine l'a-t-on vu se mettre en marche que déjà il touche le but. Génie simplificateur, il y néglige d'instinct le détail insignifiant » ; « Mais l'Église est toujours l'Église. Une mère peut gronder avec exubérance, c'est toujours une mère. Il faut la respecter, l'aimer quand même. » URL : https://www.academie-francaise.fr/discours-de-reception-de-henri-bremond
47 93 94 95La querelle du pur amour et du quiétisme opposa Fénelon, archevêque de Cambrai, et Bossuet, évêque de Meaux, sur la possibilité d'un amour de Dieu totalement désintéressé. Le bref Cum alias du pape Innocent XII (1699) condamna vingt-trois propositions extraites des Maximes des saints de Fénelon, qui se soumit publiquement. Voir « La querelle quiétiste et l'exil de Fénelon », Nouvelle Revue Théologique, 2007/1, p. 87-99. URL : https://www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-theologique-2007-1-page-87.htm
66 67 70 71Henri Bremond, Prière et Poésie, Grasset, collection « Les Cahiers verts », Paris, 1926. Thèse centrale : poésie et mystique procèdent d'une même faculté non-rationnelle de l'âme, que Paul Claudel désignait par le terme d'Anima, par opposition à l'Animus de l'activité intellectuelle discursive. Texte intégral consultable sur Gallica (BnF), 13e édition. URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5835753v.texteImage
85 86 87Paul Valéry, Discours sur Henri Bremond, prononcé le 9 juin 1934 lors de l'inauguration d'une plaque commémorative au 16 rue Chanoinesse, Paris, ancienne résidence d'Henri Bremond. Éloge de la « perspicacité » de Bremond dans l'examen des textes, attribuée en partie à sa pratique confessionnelle quotidienne. Voir Wikipédia FR, « Henri Bremond » (usage secondaire de relais pour ce fait biographique tardif). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bremond
89 90 104