François Mauriac (1885-1970)

François Mauriac, romancier catholique français, prix Nobel de littérature en 1952, a exploré sans relâche le combat entre le péché et la grâce dans des romans comme Thérèse Desqueyroux et Le Nœud de vipères.

Ignispedia

François Mauriac (Bordeaux, 11 octobre 1885 – Paris, 1er septembre 1970) est l'un des plus grands romanciers catholiques français du XXe siècle, prix Nobel de littérature en 1952 et académicien depuis 1933. Son œuvre — une vingtaine de romans, un théâtre, des essais, des milliers d'articles — explore sans relâche le combat entre la chair et la grâce dans la bourgeoisie provinciale de sa Gironde natale : Thérèse Desqueyroux (1927) et Le Nœud de vipères (1932) en restent les sommets.[1][2]

Contrairement à un Paul Claudel écrivant depuis une certitude joyeuse et cosmique, Mauriac est le romancier d'une foi inquiète, tenaillée par le sentiment du péché — au point d'être accusé toute sa vie de jansénisme par des lecteurs catholiques qui s'inquiétaient de la noirceur de ses intrigues.[3] Il fut aussi, à partir de 1952, l'inventeur d'un genre journalistique, le Bloc-notes, où il mit sa notoriété au service de causes politiques et morales : la dénonciation de la torture pendant la guerre d'Algérie, le soutien au général de Gaulle, la défense de la mémoire juive après la Shoah.[4]

Avec Léon Bloy, Charles Péguy, Paul Claudel et Georges Bernanos, Mauriac appartient au grand renouveau littéraire catholique qui redonna à la France, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe, ses plus hautes voix de la foi. Mais il s'en distingue par une manière unique de tenir ensemble deux exigences que beaucoup jugeaient incompatibles : peindre le mal avec une vérité impitoyable, et ne jamais désespérer de la grâce qui, tôt ou tard, vient déranger jusqu'au cœur le plus endurci.

Ignispedia reçoit Mauriac comme il faut recevoir les grands écrivains catholiques : avec discernement plutôt qu'idolâtrie. Un chrétien réellement déchiré entre le rigorisme moral de son éducation d'enfance et l'espérance de la miséricorde ; un homme dont l'engagement politique fut parfois contesté jusque dans son propre camp ; mais un témoin dont l'œuvre entière répète, contre tous les moralismes, que nul péché n'épuise la patience de Dieu.

Pourquoi Mauriac compte-t-il ?

Le romancier du péché et de la grâce

Mauriac a construit son œuvre entière autour d'une conviction théologique précise : le mal le plus noir n'est jamais la dernière parole sur une âme, parce que Dieu continue d'y agir même dans le refus. Il l'a formulé lui-même dans un essai de jeunesse rédigé en pleine crise spirituelle : « Le Christianisme ne fait pas sa part à la chair ; il la supprime. »[5] Loin d'un optimisme facile, cette conviction naît d'une lutte réelle : Mauriac ne « sauve » jamais ses personnages de la noyade, il leur tend simplement, tout au long du roman, une bouée qu'ils restent libres de saisir.[6] Mais cette formule de 1928 est l'expression d'une crise, non sa doctrine définitive : dès la réédition de 1931 réunissant Souffrances et Bonheur du chrétien, Mauriac avertit lui-même que le premier texte « ne correspond[ait] plus à ce qu'il t[enait] pour vrai ».[7]

Un chrétien « déchiré » entre les Lumières et l'Évangile

Mauriac a lui-même reconnu ne pas posséder la paix sereine d'un Jacques Maritain : il enviait à son ami philosophe cette tranquillité de la certitude qu'il n'a, quant à lui, jamais connue.[8] Cette tension permanente entre le désir et la loi, entre l'intelligence critique du siècle et la fidélité à l'enfance catholique, est la clé de voûte de toute son œuvre — et la raison pour laquelle certains catholiques de son temps l'ont soupçonné, à tort, de complaisance envers le péché qu'il décrivait avec tant de vérité.

Le journaliste-conscience de la France

À partir de son Nobel (1952), Mauriac invente le bloc-notes — chronique hebdomadaire publiée successivement dans La Table ronde, L'Express puis Le Figaro littéraire — où il engage sa plume dans les grands débats de son temps : décolonisation, torture, gaullisme.[9] Ce fut un cas rare d'écrivain catholique dont l'autorité morale pesait directement sur la vie politique française, jusqu'à influencer, selon les historiens, le cours du débat sur la torture en Algérie.[10]

Repères biographiques

Une enfance bordelaise dans le deuil et la foi (1885-1898)

Infographie — Une vie d’écriture. Infographie originale Ignispedia créée par IA ; scènes et livres symboliques. Repères : Académie française et Fondation Nobel.

François Charles Mauriac naît le 11 octobre 1885 au 86, rue du Pas-Saint-Georges à Bordeaux, dernier des cinq enfants de Jean-Paul Mauriac, négociant, et de Claire Coiffard.[11] Son père meurt avant qu'il n'ait dix ans — un deuil précoce qui rapproche, biographiquement, sa jeunesse de celle d'André Gide, avec lequel il entretiendra plus tard une relation intellectuelle faite d'admiration et de défiance.[12] Sa mère élève seule ses cinq enfants « avec quelque sévérité » et une dévotion catholique intense qui marquera durablement l'imaginaire de l'écrivain.[13] L'enfant apprend à lire et à écrire rue du Mirail avec Sœur Adrienne, aux côtés de son plus ancien ami bordelais, Martial Piéchaud.[14]

Grand-Lebrun puis la faculté de Bordeaux : secondaire et supérieur (1892-1907)

À partir de 1892, Mauriac poursuit ses études primaires puis secondaires chez les Marianistes, à l'institution Sainte-Marie de Grand-Lebrun, à Caudéran — où il se lie d'amitié pour la vie avec André Lacaze.[15] Il y achève le secondaire (bachelier en 1904), puis prépare une licence ès lettres à la faculté de Bordeaux (licence obtenue en 1906) avant de quitter Bordeaux pour Paris en 1907.[16] C'est de cette éducation chrétienne marquée par le puritanisme — souvent qualifiée, un peu vite, de « jansénisme » — que naît l'obsession du « péché de la chair » qui traversera toute l'œuvre du romancier.[17] Le Bordeaux de son enfance — le vieux centre autour de la rue du Mirail, près de la Grosse Cloche, les Landes girondines, les pins et les vignes — nourrira sans relâche le décor de ses romans.[18]

« Le Christianisme ne fait pas sa part à la chair ; il la supprime. » — François Mauriac, Souffrances du chrétien, La Nouvelle Revue Française, n° 181, octobre 1928, p. 461-487[19]

Cette phrase, écrite en pleine crise spirituelle, exprime la théologie implicite reçue dans l'enfance : un christianisme d'exigence radicale, sans compromis avec les puissances du corps. Le romancier a passé sa vie à en explorer, en artiste, les zones d'ombre et les impasses psychologiques — après avoir lui-même pris ses distances avec ce premier texte, dont il reconnaissait dès 1931 qu'il « ne correspond[ait] plus à ce qu'il t[enait] pour vrai », et dont le Bonheur du chrétien (1929) avait déjà amorcé le dépassement : « la loi de l'esprit est la loi même de la chair ».[20]

L'École des Chartes et le choix des lettres (1907-1909)

Après des études secondaires à Bordeaux et une préparation à la licence ès lettres, Mauriac monte à Paris en 1907 pour tenter le concours de l'École des Chartes.[21] Il y est reçu l'année suivante, mais démissionne en 1909 : l'érudition historique ne le retient pas, il se sent appelé par la création littéraire plutôt que par la vie active de chartiste.[22] Ce choix — renoncer à une carrière sûre pour l'incertitude de la littérature — marque le premier acte d'indépendance d'un jeune homme jusque-là entièrement façonné par sa famille et son éducation religieuse.

Le mariage avec Jeanne Lafon et la vie de famille (1913- )

Le domaine de Malagar à Saint-Maixant, photographié le 24 mai 2009. Henry Salomé — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Fichier original sans modification.

Le 2 juin 1913, à Talence, Mauriac épouse Jeanne Lafon, fille de Marc Lafon, polytechnicien et trésorier-payeur général de la Gironde, et de Léonie Bouchard ; les deux jeunes gens se sont connus par l'entremise d'une amie commune, l'écrivaine Jeanne Alleman, publiant sous le pseudonyme masculin Jean Balde.[23] De cette union naissent quatre enfants, tous nés à Paris : Claude (1914-2008), qui deviendra écrivain et secrétaire particulier du général de Gaulle ; Claire (1917) ; Luce (1919) ; et Jean (1924).[24] Ses débuts littéraires précèdent la guerre : après le recueil de poèmes Les Mains jointes (1909), salué par Maurice Barrès en 1910, puis Adieu à l'adolescence (1911) et deux romans (L'Enfant chargé de chaînes, 1913 ; La Robe prétexte, 1914), il est envoyé à Salonique en 1914 mais, réformé pour raison de santé, ne participe guère aux combats.[25]

Malagar, terre d'écriture

En 1927, à la suite d'un partage familial, Mauriac devient propriétaire du domaine de Malagar, à Saint-Maixant, en Gironde — la maison où s'était achevée son adolescence et qui restera, jusqu'à sa mort, le lieu privilégié de son écriture et de ses vacances.[26] Don de ses quatre enfants à la région (aujourd'hui la région Nouvelle-Aquitaine), Malagar est devenu un centre culturel et un lieu de mémoire ouvert au public.[27]

  1. 11 octobre 1885
    Naissance à Bordeaux

    François Charles Mauriac naît rue du Pas-Saint-Georges, dernier de cinq enfants d'une famille bourgeoise et catholique.[28]

  2. 1892-1904
    Grand-Lebrun

    Études primaires puis secondaires chez les Marianistes, à l'institution Sainte-Marie de Grand-Lebrun (Caudéran) ; baccalauréat en 1904.[29][30]

  3. 1904-1907
    Faculté de Bordeaux

    Licence ès lettres à la faculté de Bordeaux (1906), puis départ pour Paris en 1907.[31]

  4. 1908-1909
    École des Chartes

    Reçu à l'École des Chartes, il démissionne en 1909 pour se consacrer à la littérature.[32]

  5. 2 juin 1913
    Mariage avec Jeanne Lafon

    Mariage à Talence ; quatre enfants naîtront de cette union entre 1914 et 1924.[33]

  6. 1922-1932
    Les grands romans

    Le Baiser au lépreux, Génitrix, Le Désert de l'amour, Thérèse Desqueyroux, Le Nœud de vipères.[34]

  7. 1928
    La crise spirituelle

    Publication de Souffrances du chrétien ; rencontre décisive avec Jacques Maritain.[35][36]

  8. 1er juin 1933
    Académie française

    Élu au fauteuil 22, succédant à Eugène Brieux ; reçu le 16 novembre 1933.[37]

  9. 1936
    Vie de Jésus

    Publication chez Flammarion d'une méditation spirituelle sur les Évangiles.[38]

  10. 1941
    La Pharisienne

    Roman sur la fausse dévotion, publié sous la censure de l'Occupation ; entrée en résistance.[39]

  11. 1943
    Le Cahier noir

    Publication clandestine, sous le pseudonyme Forez, aux Éditions de Minuit.[40]

  12. 1952
    Prix Nobel de littérature

    Discours de Stockholm le 10 décembre 1952 ; début du Bloc-notes.[41][42]

  13. 1954-1962
    La guerre d'Algérie

    Le Bloc-notes dénonce la torture : dès le 5 novembre 1954, dans L'Express, « Il faut empêcher la police de torturer ».[43]

  14. 1958
    Préface à La Nuit

    Mauriac préface le témoignage d'Elie Wiesel sur la Shoah.[44]

  15. 1962
    Ce que je crois

    Essai autobiographique sur sa foi, publié chez Grasset.[45]

  16. 1er septembre 1970
    Mort à Paris

    Obsèques à Notre-Dame de Paris le 5 septembre ; inhumation au cimetière de Vémars.[46]

L'œuvre : le roman du mal et de la grâce

Les premiers grands romans (1922-1925)

Après quelques essais de jeunesse, Mauriac trouve sa voix propre avec une suite de romans brefs et denses qui installent son univers définitif : Le Baiser au lépreux (1922), Le Fleuve de feu et Génitrix (1923), Le Désert de l'amour (1925), ce dernier lui valant le Grand Prix du roman de l'Académie française en 1926.[47] Ces récits partagent un même terreau : la bourgeoisie provinciale girondine, ses mariages arrangés, ses haines familiales, et la solitude affective de personnages qui cherchent l'amour sans jamais parvenir à le nommer correctement.

Thérèse Desqueyroux (1927) : le procès du mariage bourgeois

Infographie — Trois romans, trois blessures. Infographie originale Ignispedia créée par IA ; scènes symboliques. D’après les romans de Mauriac (1927, 1932, 1941) et les analyses citées dans cette section.

Le roman s'ouvre sur ces mots : « L'avocat ouvrit une porte. Thérèse Desqueyroux, dans ce couloir dérobé du palais de justice, sentit sur sa face la brume et, profondément, l'aspira. »[48] Thérèse vient d'échapper à une condamnation pour tentative d'empoisonnement de son mari, Bernard. Une lecture superficielle verrait dans cette femme rebelle l'émancipation d'une volonté indépendante ; mais Mauriac refuse autant l'angélisme que le désespoir : jusqu'au bout, il laisse à Thérèse la liberté de saisir ou de repousser la grâce qui lui est offerte.[49] Le roman fut écrit au cœur de la grave crise spirituelle que Mauriac traversait alors, et dont l'apaisement est daté de 1928, sous l'influence de mentors comme Jacques Maritain.[50]

Le Nœud de vipères (1932) : la grâce au fond de la haine

Considéré par beaucoup comme son chef-d'œuvre, Le Nœud de vipères prend la forme d'une longue lettre que Louis, riche avocat bordelais rongé par l'angine de poitrine, adresse à sa femme Isa pour lui confesser la haine qu'elle lui inspire depuis des décennies.[51] Le roman s'ouvre ainsi : « Tu seras étonnée de découvrir cette lettre dans mon coffre, sur un paquet de titres. »[52] Ce règlement de comptes posthume — la lettre n'est censée être lue qu'après la mort de Louis — bascule pourtant, dans les dernières pages, en un mouvement inattendu de pardon et d'ouverture à la grâce, qui a fait dire à des générations de lecteurs catholiques que ce roman est l'illustration la plus parfaite de la théologie mauriacienne du salut par le fond du mal.

Louis y règle ses comptes avec les siens : ce qu'il a gagné au long d'années qu'il juge affreuses, cet argent dont on voudrait le dépouiller ; et, par moments, une présence qui s'éloigne et l'attendrit, puis revient comme un flot qui le recouvre. (Paraphrase du propos de la lettre de Louis à Isa.[53])

La Pharisienne (1941) : la fausse sainteté démasquée

Publié en pleine Occupation, La Pharisienne met en scène Brigitte Pian, dévote rigide qui observe scrupuleusement les préceptes catholiques mais leur attache plus d'importance formelle que de contenu réel — et qui, forte de sa bonne conscience, juge et opprime durement son entourage sous couvert de perfection spirituelle.[54] Le roman surprend au moment de sa parution : l'auteur, lui-même catholique connu et pratiquant, montre les excès et le caractère presque déviant d'une pratique religieuse extrême, où la volonté de sainteté peut devenir un nom déguisé de l'orgueil, de l'insensibilité et du plus destructeur des péchés — celui qui se croit sans péché.[55] La Propaganda-Abteilung allemande, inquiète du succès du livre, en limita d'abord le tirage à 5 000 exemplaires ; l'éditeur Bernard Grasset obtint de le porter à 25 000 après intervention auprès des autorités allemandes, et l'édition s'épuisa en quelques semaines.[56] C'est à la suite de cet épisode, selon plusieurs biographes, que Mauriac choisit d'entrer en résistance.[57]

Style et méthode : « Dieu et le romancier »

Mauriac fut constamment confronté au dilemme du romancier catholique : éviter le ton trop édifiant et prêcheur des romans dits « respectables », peindre le mal et le vice dans leur vérité sombre, ne pas falsifier la vie — mais risquer, ce faisant, de rendre attirants aux yeux d'un lecteur non averti la chair, la passion et le mal qu'il décrit.[58] Il ne fut le romancier du péché que parce qu'il croyait qu'il n'est pas de plus grande grâce que d'entendre le Seigneur lui-même dire, par la bouche du prêtre : « Tes péchés te sont remis. »

La crise de 1928 et la rencontre avec Jacques Maritain

« Souffrances du chrétien » : le cri d'un homme déchiré

Infographie — Écrire la foi, 1928–1962. Infographie originale Ignispedia créée par IA ; livres symboliques. D’après les éditions NRF, Grasset et Flammarion référencées dans l’article.

En octobre 1928, Mauriac publie dans La Nouvelle Revue Française un essai retentissant, Souffrances du chrétien, cri de douleur et d'indignation, soulèvement de tout son être contre ce qu'il perçoit alors comme la tyrannie d'une religion qui oppose systématiquement l'esprit à la chair.[59] Le texte pose sans détour la question qui hantera toute son œuvre : si la souffrance peut être rédemptrice, l'amour — même heureux — n'est-il pas lui aussi une source intarissable de douleurs ? Mais l'essai ne s'arrête pas au constat douloureux ; il y répond déjà en chrétien, en donnant à la douleur un sens : soufferte en imitation du Dieu crucifié et en union avec lui, elle fait prendre part à son agonie et coopérer à la rédemption du monde. (Paraphrase.[60]) Un an plus tard paraît la réponse positive, Bonheur du chrétien (NRF, 1929) ; les deux textes seront réunis chez Grasset en 1931 sous le titre Souffrances et bonheur du chrétien — Mauriac précisant alors que le premier « ne correspond[ait] plus à ce qu'il t[enait] pour vrai ».[61]

« Dieu et Mammon » (1929) : répondre à Gide sans trancher

Dieu et Mammon est un essai publié pour la première fois en 1929, réponse de Mauriac aux questions que lui avait adressées André Gide par défi épistolaire, à la suite de la publication de La Vie de Jean Racine (1928) — Gide pressant Mauriac de choisir enfin entre Dieu et ses passions humaines.[62] Mauriac y explique longuement l'impossibilité pour lui de renoncer à une grâce venue de l'éducation de son enfance, et affronte sa propre contradiction sans prétendre la surmonter.[63] C'est le texte fondateur de ce que la critique appellera son « déchirement » permanent entre le romancier de la chair et le chrétien de l'enfance — une tension que Mauriac ne résoudra jamais par une synthèse théorique, mais qu'il transformera, roman après roman, en matière littéraire.

L'appel à l'art pur de Maritain et la réponse de Mauriac

En 1927, dans Art et scolastique, le philosophe Jacques Maritain avait appelé le romancier catholique à ne connivencer en aucune façon avec le mal qu'il représente.[64] Ce texte déclencha un débat philosophique de fond entre les deux hommes sur la place du mal dans l'art et la littérature. Mauriac traversa en 1928 une grave crise spirituelle et confia souvent envier à Maritain sa paisible sérénité ; leur amitié, fondée sur un respect mutuel et une préoccupation intellectuelle partagée pour le catholicisme, dura plus de quarante ans.[65] Une abondante correspondance croisée entre Maritain, Mauriac, Claudel et Bernanos, publiée sous le titre Un catholique n'a pas d'alliés, atteste combien ces quatre grandes figures du renouveau catholique, unies par la foi, restèrent divisées sur des questions politiques et religieuses majeures — la condamnation de l'Action française, la guerre d'Espagne, la montée de l'antisémitisme.[66]

Les ombres, honnêtement — un catholique sous le soupçon

L'accusation de jansénisme

L'orthodoxie de Mauriac fut mise en doute par bien des catholiques, y compris après son élection à l'Académie française (1933) et son prix Nobel (1952).[67] Certains critiques ont jugé théologiquement discutables des insistances romanesques : l'omniprésence du péché, l'idée qu'aucun amour humain durable et heureux ne serait possible, une valorisation de la souffrance qui semblerait faite pour elle-même, et ce qu'ils nommaient la « réversibilité des mérites ».[68] La presse catholique de son temps dénonça tour à tour son « immoralisme » et son « jansénisme », lui reprochant de soumettre le lecteur croyant au doute sur les voies du salut.[69]

Ignispedia reçoit cette accusation avec la nuance qu'elle mérite, en distinguant trois choses : le rigorisme moral de l'éducation bordelaise, la qualification littéraire de « jansénisme » employée par les critiques, et la doctrine condamnée sous ce nom. Ni la lecture expiatoire de la mort du Christ, ni la communion des biens spirituels (la « réversibilité des mérites » bien comprise) ne sont en elles-mêmes jansénistes : ce sont des doctrines catholiques (CEC 614 ; 1474-1477). Le jansénisme condamné, lui, tient à deux thèses précises : la grâce irrésistible — une grâce à laquelle la volonté des prédestinés ne pourrait pas résister — et une prédestination restreinte — le salut réservé à un petit nombre, indépendamment de la coopération libre de l'homme. Or l'œuvre publiée de Mauriac n'expose ni l'une ni l'autre : son insistance sur le poids du péché et la lenteur de la conversion relève d'un rigorisme moral hérité de son éducation — non d'une adhésion à la doctrine condamnée — et sa théologie explicite, celle de Souffrances et bonheur du chrétien (1931), insiste au contraire sur la coopération libre de l'homme à sa propre rédemption.[70]

La Pharisienne : la charge la plus dure contre la dévotion sans amour

Le roman le plus théologiquement risqué de Mauriac reste sans doute La Pharisienne (1941), où l'auteur — catholique pratiquant reconnu — expose sans ménagement les dérives d'une piété rigoriste qui juge, opprime et se donne bonne conscience.[71] Loin d'attaquer la foi, ce roman en défend au contraire l'authenticité contre son contrefaçon la plus dangereuse : la sainteté qui se prend elle-même pour objet, plutôt que de se laisser transpercer par l'amour de Dieu et du prochain.

« Le romancier catholique » est-il un oxymore ? Sartre contre Mauriac

Infographie — Sartre lit Mauriac. Synthèse du débat présenté dans l’article, infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : Sartre, NRF, 1er février 1939 ; analyse citée.

Le 1er février 1939, dans le numéro 305 de La Nouvelle Revue Française, Jean-Paul Sartre, alors peu connu du grand public face à un Mauriac auteur de dix-sept romans, publie un article resté célèbre, « M. François Mauriac et la liberté », consacré au roman La Fin de la nuit.[72] Sartre reproche à Mauriac de priver ses personnages de toute liberté véritable, en usant d'un narrateur omniscient qui connaît et dicte leurs pensées les plus intimes, réduisant ainsi le roman à un déterminisme héréditaire et social excessif.[73] L'article se conclut par une formule restée fameuse : « Dieu n'est pas un artiste. M. Mauriac non plus. »[74]

« Dieu n'est pas un artiste. M. Mauriac non plus. » — Jean-Paul Sartre, « M. François Mauriac et la liberté », La Nouvelle Revue Française, n° 305, 1er février 1939[75]

Cette critique porte d'abord sur un point précis de technique romanesque : l'usage du narrateur omniscient et la part faite à l'hérédité et au milieu, qui laisseraient aux personnages une liberté seulement apparente.[76] La réponse ne consiste pas à la qualifier d'« athée », mais à distinguer deux ordres : la liberté du personnage à l'intérieur du récit et la liberté théologique de l'âme devant Dieu. Qu'un romancier connaisse et montre les déterminations qui pèsent sur ses créatures n'équivaut pas à nier leur liberté intérieure — pas plus que la prescience divine n'abolit celle des hommes. Reste, au-delà du désaccord technique, une différence réelle d'anthropologie : une liberté sans nature ni grâce d'un côté, une liberté blessée mais jamais totalement asservie de l'autre.

Vie de Jésus (1936) et l'écriture de la foi

En 1936, Mauriac publie chez Flammarion Vie de Jésus, ouvrage de 284 pages qui ne se veut pas une exégèse scientifique, historique ou critique, mais une méditation spirituelle qui suit pas à pas le sens spirituel de l'Évangile.[77] Le livre est autant le témoignage d'un croyant que le texte d'un écrivain, porté par les fulgurances de foi et l'art littéraire qui caractérisent le meilleur de Mauriac.[78] Cette entreprise, à laquelle se livreront d'autres grands écrivains catholiques de sa génération, montre combien la génération du renouveau littéraire catholique cherchait, par la littérature, à faire entendre à nouveau la voix des Évangiles à un lectorat cultivé mais déchristianisé.

L'Académie française et la reconnaissance (1933)

Le 1er juin 1933, Mauriac est élu à l'Académie française au fauteuil 22, succédant à Eugène Brieux, dès le premier tour et avec vingt-huit voix.[79] Il y est reçu le 16 novembre 1933 par André Chaumeix, dont le discours de réponse, tout en éloges, ne se prive pas d'une critique voilée restée célèbre : saluant en Mauriac un « grand maître de l'amertume », Chaumeix dit avoir failli prendre « la Gironde pour un fleuve de feu, et la Guyenne pour un nid de vipères » (discours du 16 novembre 1933 ; fragments cités séparément).[80]

L'allusion, à la fois savante et cruelle, joue sur les titres de Le Fleuve de feu (1923) et du Nœud de vipères (paru en 1932, un an plus tôt) — preuve, s'il en fallait, que la noirceur mauriacienne inquiétait jusqu'au cœur de l'institution qui venait de l'honorer. En 1934, la maison Cartier grave sur son épée d'académicien des serpents entrelacés, en référence directe au roman.[81]

La guerre et la Résistance : Le Cahier noir

Pendant l'Occupation, Mauriac choisit la résistance intellectuelle, condamnant « l'excès de prosternations humiliées qui tenait lieu de politique aux hommes de Vichy ».[82] Il participe au premier numéro des Lettres françaises clandestines en 1942 et publie clandestinement, en 1943, sous le pseudonyme Forez, Le Cahier noir, aux Éditions de Minuit.[83] Commencé dès le début de l'Occupation sous le titre provisoire Lettre à un désespéré pour qu'il espère, l'ouvrage stigmatise l'attitude du maréchal Pétain et des Français ayant accepté de collaborer avec l'occupant ; sa version finale porte la trace de notations prises successivement pendant les années sombres, révélant une indignation croissante contre une culture du renoncement, menant son auteur du désespoir à la colère puis à l'opposition active.[84]

Dans les dix dernières années de sa vie, Mauriac trouve dans le général de Gaulle l'homme d'État conforme à ses vœux, incarnant les valeurs pour lesquelles ce « chrétien déchiré » s'était battu.[85]

Le journaliste-conscience : le Bloc-notes (1952-1970)

Un genre inventé, une influence directe

Infographie — Une plume engagée. Infographie originale Ignispedia créée par IA ; scènes symboliques. Sources : Musée de la Résistance, Bloc-notes (1952–1970) et préface à La Nuit (1958), cités dans l’article.

Le prix Nobel de 1952 marque, pour Mauriac, le point de départ d'une nouvelle carrière : il se consacre presque entièrement à un travail journalistique, souvent polémique et politique, à travers la chronique hebdomadaire qu'il invente et baptise bloc-notes, publiée successivement dans La Table ronde, L'Express, puis Le Figaro littéraire de 1952 à 1970.[86] L'édition de référence, établie par Jean Touzot et préfacée par Jean-Luc Barré, rassemble ces chroniques en deux volumes chez Robert Laffont, collection « Bouquins » (2020) : tome 1 (1952-1962) et tome 2 (1963-1970).[87]

La dénonciation de la torture pendant la guerre d'Algérie

Dès ses premiers bloc-notes, Mauriac aborde la question coloniale et la place au cœur de son combat politique, au nom de l'humanisme chrétien et d'un patriotisme sans complaisance.[88] Les articles publiés eurent une influence réelle sur le cours de la vie politique, en particulier pendant la guerre d'Algérie, où Mauriac condamne la torture : dès le 5 novembre 1954, dans L'Express, au lendemain de la Toussaint, il n'a qu'un cri : « Il faut empêcher la police de torturer. »[89] Bien que peu indulgent, Mauriac s'exprime en chrétien au nom d'une exigence de justice et de charité — convictions qui inspirent son combat pour la décolonisation et contre toutes les formes d'oppression et de discrimination.[90]

De Gaulle, la Ve République et le « chrétien déchiré »

Après son prix Nobel, l'écrivain catholique met encore sa notoriété au service de causes politiques, en présidant le comité France-Maghreb sur l'affaire marocaine, puis en dénonçant la torture et en plaidant pour la négociation avec le FLN pendant la guerre d'Algérie.[91] Son soutien au général de Gaulle, constant depuis la Résistance, culmine dans les dernières années de sa vie, où il voit dans l'homme du 18 juin l'incarnation politique de son propre combat pour une France fidèle à elle-même et à ses valeurs chrétiennes.[92]

Mauriac et la Shoah : la préface à La Nuit d'Elie Wiesel

En mai 1955, le jeune journaliste survivant des camps Elie Wiesel obtient un entretien décisif avec François Mauriac ; un an plus tard, il lui soumet le manuscrit d'un témoignage que Mauriac aide à faire publier aux Éditions de Minuit en 1958, sous le titre La Nuit, préfacé par ses soins.[93] Mauriac y présente le témoignage de Wiesel comme un livre à part, échappant à toute comparaison avec aucun autre. (Paraphrase.[94])

Dans sa préface, Mauriac cherche à répondre avec sincérité au texte de Wiesel tout en le situant dans un cadre de pensée chrétien ; il perçoit malgré tout que Sion s'est relevée des crématoires et des charniers, et que la nation juive a ressuscité d'entre ces millions de morts.[95] Cette lecture, empreinte de sa propre théologie de l'espérance, a pu être discutée par certains commentateurs comme reflétant une tension entre la perspective juive de Wiesel et le cadre chrétien dans lequel Mauriac situe la Shoah — mais elle atteste, sans ambiguïté, de l'engagement constant de l'écrivain catholique contre l'antisémitisme et pour la mémoire du peuple juif.

Ce que je crois (1962) : le dernier mot sur la foi

Infographie — Ce que je crois. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Citations reprises de la section correspondante : François Mauriac, Ce que je crois, Grasset, 1962.

À la fin de sa vie, Mauriac publie chez Grasset, dans la collection du même nom, un essai autobiographique où il expose ce qu'il a cru toute sa vie et ce qu'il croit encore dans sa vieillesse : Ce que je crois (1962).[96] Le livre s'ouvre sur une distinction fondamentale entre croire et savoir :

« Ce que je crois ne se confond pas avec ce que je sais : voilà une première équivoque dont il faut venir à bout. » — François Mauriac, Ce que je crois, Grasset, 1962[97]

Il y développe une conception de la foi moins intellectuelle qu'aimante : la foi comme adhésion à ce qu'on ne voit pas et amour de ce qu'on ne sent pas, jusqu'à faire de croire et d'aimer une seule et même chose — formule qui éclaire rétrospectivement tous ses romans. (Paraphrase : seule la phrase d'ouverture est citée verbatim ci-dessus.[98]) Après un demi-siècle de romans hantés par le péché et le doute, ce dernier grand texte confirme que la foi de Mauriac, loin d'être une simple habitude bourgeoise héritée de l'enfance, fut une adhésion réfléchie et vécue jusqu'au bout.

Dernières années et mort (1970)

François Mauriac meurt à Paris le 1er septembre 1970, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.[99] Trois semaines avant sa mort, il rédige encore, pour son Bloc-notes, des notes publiées à titre posthume où il rappelle, en plein doute post-conciliaire, que tant qu'il restera des hommes pour croire au Pain vivant, rien ne sera perdu.[100] Ses obsèques sont célébrées à Notre-Dame de Paris le 5 septembre 1970, en présence du président Georges Pompidou, reçu par Mgr Marty, du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, de membres du gouvernement et de nombreux académiciens ; il est ensuite inhumé au petit cimetière de Vémars (Val-d'Oise), où sa femme Jeanne Lafon possédait le château de la Motte, aujourd'hui mairie du village.[101]

La réception et l'héritage

Une œuvre toujours débattue

Infographie — Lire François Mauriac. Infographie originale Ignispedia créée par IA ; livres et lieux symboliques. Synthèse des trois genres et des œuvres présentés dans l’article.

L'œuvre de Mauriac continue de diviser la critique catholique et universitaire : certains y voient le sommet du roman catholique français du XXe siècle, d'autres persistent à lui reprocher une noirceur excessive ou une monotonie thématique et géographique — reproche que Mauriac lui-même a toujours revendiqué comme une cohérence artistique délibérée plutôt qu'une limite.[102] Sa querelle avec Bernanos — deux romanciers catholiques également engagés dans le combat politique par le journalisme — illustre bien cette tension permanente à l'intérieur même du camp catholique : leurs désaccords politiques et religieux (condamnation de l'Action française, guerre d'Espagne, antisémitisme des années 1930) sont documentés par leur correspondance croisée avec Maritain et Claudel.[103]

Malagar aujourd'hui, lieu de mémoire

Le domaine de Malagar, propriété du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, est aujourd'hui un centre culturel consacré à la mémoire et à l'œuvre de François Mauriac, ouvert au public toute l'année et organisant expositions, colloques et résidences d'écriture.[104]

Ce que Mauriac nous enseigne aujourd'hui

Contre les moralismes qui réduisent le christianisme à un catalogue de vertus respectables, Mauriac rappelle qu'aucune noirceur du cœur humain n'échappe au regard patient de Dieu — et que la vérité sur le péché n'est jamais une fin en soi, mais le chemin obligé vers la miséricorde. Contre les scepticismes qui voudraient réduire l'engagement chrétien à la vie privée, il montre qu'un écrivain catholique peut, sans trahir sa foi, se battre publiquement pour la justice — contre la torture, contre l'antisémitisme, pour la réconciliation nationale — sans jamais confondre ce combat temporel avec l'espérance qui le dépasse. Son œuvre entière, du Nœud de vipères à Ce que je crois, tient une seule et même promesse : nul cœur, si endurci soit-il par la haine ou par l'orgueil, n'est définitivement fermé à la grâce.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Académie française, notice officielle « François Mauriac », fauteuil 22 (élu le 1er juin 1933, succédant à Eugène Brieux, 28 voix au premier tour ; reçu le 16 novembre 1933 par André Chaumeix). Distinctions citées : Grand Prix du roman de l'Académie française (1926, pour Le Désert de l'amour), Prix Émile Augier (1938), Grand-croix de la Légion d'honneur. URL : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/francois-mauriac

    1 16 21 25 30 31 34 37 47 79 80 81
  2. Fondation Nobel, « François Mauriac — Facts », prix Nobel de littérature 1952, motivation officielle : « for the deep spiritual insight and the artistic intensity with which he has in his novels penetrated the drama of human life » (« pour la profondeur spirituelle et l'intensité artistique avec lesquelles il a pénétré, dans ses romans, le drame de la vie humaine »). URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1952/mauriac/facts/

    2 41
  3. Encyclopédie Universalis, « François Mauriac — Controverses », section consacrée aux accusations de jansénisme, à la réception critique de La Pharisienne (1941) et à l'article de Jean-Paul Sartre sur La Fin de la nuit. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-mauriac/3-controverses/

    3 17 58 67 68 69 102
  4. François Mauriac, Le Bloc-notes, tome 1 (1952-1962) et tome 2 (1963-1970), édition établie et annotée par Jean Touzot, préface de Jean-Luc Barré, Robert Laffont, collection « Bouquins », 2020. Recension : Cairn.info, Études, décembre 2020. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-2020-12-page-VI

    4 9 42 86 87
  5. François Mauriac, Souffrances du chrétien, essai publié dans La Nouvelle Revue Française, 16e année, n° 181, octobre 1928 (l'ensemble de l'essai couvre les p. 461-487). Repris en volume (NRF, 1928) puis réuni avec Bonheur du chrétien (NRF, 1929) sous le titre Souffrances et bonheur du chrétien (Grasset, 1931). La formule sur la chair est citée d'après les rééditions en volume, où elle est uniformément attestée ; les autres extraits de l'essai sont résumés ici en paraphrase, leurs pages exactes dans le numéro original n'ayant pas été collationnées. Notice : Mauriac en ligne (Huma-Num), item 585.

    5 19 35 59 60
  6. Etudes-littéraires.com, notice sur Thérèse Desqueyroux (1927) : contexte de la crise de foi de Mauriac au moment de l'écriture, résolue par la « conversion » de 1928 sous l'influence de mentors dont Jacques Maritain. URL : https://www.etudes-litteraires.com/mauriac/therese-desqueyroux

    6 49 50
  7. François Mauriac, Souffrances et bonheur du chrétien, Grasset, 1931 (réunion de Souffrances du chrétien, NRF 1928, et Bonheur du chrétien, NRF 1929). Dès cette réédition, Mauriac avertit que le premier texte « ne correspond[ait] plus à ce qu'il tenait pour vrai » (préface de 1931, éd. Pléiade, Œuvres, p. 113) ; le Bonheur répondait déjà : « la loi de l'esprit est la loi même de la chair ». Voir fr. Joël-Marie Boudaroua, o.p., Dominicains de Bordeaux, « Souffrance et bonheur du corps chrétien, de François Mauriac à Jean-Paul II » (citations SB renvoyant à l'éd. Pléiade, Souffrances et Bonheur du chrétien, p. 115 et 140). URL : https://bordeaux.dominicains.com/souffrance-et-bonheur-du-corps-chretien-de-francois-mauriac-a-jean-paul-ii/

    7 20 61 70
  8. Intercollegiate Studies Institute, « Two "Mendicants of Heaven": François Mauriac and Jacques Maritain » : publication par Maritain d'Art et scolastique (1927) appelant le romancier catholique à refuser toute « connivence » avec le mal représenté ; crise spirituelle de Mauriac en 1928 ; amitié de plus de quarante ans entre les deux hommes. URL : https://isi.org/two-ldquomendicants-of-heavenrdquo-francois-mauriac-and-jacques-maritain/

    8 36 64 65
  9. François Mauriac, Bloc-notes dans L'Express pendant la guerre d'Algérie. « Dès le 5 novembre dans L'Express, il n'avait eu qu'un cri d'après Toussaint : "Il faut empêcher la police de torturer" » — Jean-Pierre Rioux, compte rendu de L'imitation des bourreaux de Jésus-Christ. Présentation des Blocs-notes sur la torture, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n° 4, octobre 1984, pp. 158-159 (le même compte rendu situe la conférence de Mauriac à la Semaine des intellectuels catholiques le 15 novembre 1954). URL : https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1984_num_4_1_1803_t1_0158_0000_4

    10 43 88 89 90 91
  10. Centre François Mauriac de Malagar (conseil régional de Nouvelle-Aquitaine), biographie officielle de François Mauriac : naissance au 86 rue du Pas-Saint-Georges à Bordeaux, apprentissage de la lecture rue du Mirail avec Sœur Adrienne, études chez les Marianistes à Grand-Lebrun (Caudéran) à partir de 1892, acquisition du domaine de Malagar en 1927. URL : https://malagar.fr/francois-mauriac/article/biographie

    11 14 15 18 26 28 29 104
  11. Encyclopédie Universalis, « François Mauriac », synthèse biographique : mort du père avant l'âge de dix ans, éducation par la mère « avec quelque sévérité », études chez les Maristes puis au lycée, préparation de l'École des Chartes à Paris. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-mauriac/

    12 13 22 32
  12. Actes d'état civil et généalogie : mariage de François Mauriac et Jeanne Lafon le 2 juin 1913 à Talence ; Jeanne Lafon, fille de Marc Lafon (1857-1919), polytechnicien et trésorier-payeur général de la Gironde, et de Léonie Bouchard (1862-1963) ; quatre enfants nés à Paris — Claude (1914-2008), Claire (1917), Luce (1919) et Jean (1924). Sources croisées : Geneanet, Rodovid FR, GéMagazine n° 170. URL : https://gw.geneanet.org/annick761?lang=en&n=mauriac&p=francois

    23 24 33
  13. Domaine de Malagar : don des quatre enfants de l'écrivain au conseil régional d'Aquitaine en 1985 (année du centenaire de sa naissance) ; le conseil crée l'année suivante l'association Centre François Mauriac de Malagar, chargée de la conservation et de l'animation du domaine (classé monument historique en 1996). Aujourd'hui patrimoine de la région Nouvelle-Aquitaine. Sources : Château Malagar, « History » ; Cirkwi, « Domaine de Malagar ». URL : https://www.chateau-malagar.com/en/history/

    27
  14. François Mauriac, Vie de Jésus, Flammarion, collection « L'Histoire », 1936, 284 p. : méditation spirituelle suivant le sens spirituel des Évangiles plutôt qu'une exégèse historico-critique. Voir revue Esprit, Max-Pol Fouchet, « La religion et le monde : François Mauriac, Vie de Jésus ». URL : https://esprit.presse.fr/article/fouchet-max-pol/la-religion-et-le-monde-francois-mauriac-vie-de-jesus-23523

    38 77 78
  15. Contexte éditorial de La Pharisienne (1941) : tirage initial limité à 5 000 exemplaires par la Propaganda-Abteilung allemande, porté à 25 000 après intervention de Bernard Grasset ; édition épuisée en quelques semaines. C'est à la suite de cet épisode que Mauriac serait entré en résistance, selon plusieurs biographes. Voir Wikipédia FR, « La Pharisienne » (usage secondaire de relais uniquement). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Pharisienne

    39 56 57
  16. François Mauriac (sous le pseudonyme Forez), Le Cahier noir, Éditions de Minuit, 1943 (publication clandestine sous l'Occupation) ; commencé sous le titre provisoire Lettre à un désespéré pour qu'il espère. Participation au premier numéro clandestin des Lettres françaises (1942). Voir Musée de la Résistance en ligne, notice « François Mauriac ». URL : https://museedelaresistanceenligne.org/media7078-Franois-Mauriac

    40 82 83 84 85 92
  17. François Mauriac, préface à Elie Wiesel, La Nuit, Éditions de Minuit, 1958. Entretien décisif entre Wiesel et Mauriac en mai 1955 ; manuscrit soumis un an plus tard, publication facilitée par Mauriac. Le propos de la préface est ici résumé en paraphrase : les termes exacts et la page n'ont pas été collationnés sur l'édition originale.

    44 93 94 95
  18. François Mauriac, Ce que je crois, Grasset, collection « Ce que je crois », 1962. Seule la phrase d'ouverture est citée verbatim (« Ce que je crois ne se confond pas avec ce que je sais : voilà une première équivoque dont il faut venir à bout »), attestée dans Œuvres autobiographiques, Gallimard/Pléiade, 1990, p. 567. Les deux autres formules sont résumées ici en paraphrase : pages exactes dans l'édition Grasset non établies.

    45 96 97 98
  19. Obsèques de François Mauriac, Notre-Dame de Paris, 5 septembre 1970, en présence du président Georges Pompidou (reçu par Mgr Marty), du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, de membres du gouvernement et d'académiciens ; inhumation au cimetière de Vémars (Val-d'Oise), où son épouse Jeanne Lafon possédait le château de la Motte. Voir INA, « Funérailles de François Mauriac » ; Mairie de Vémars, « Musée François Mauriac ». URL : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf88026119/funerailles-de-francois-mauriac

    46 99 101
  20. François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, Grasset, 1927, incipit : « L'avocat ouvrit une porte. Thérèse Desqueyroux, dans ce couloir dérobé du palais de justice, sentit sur sa face la brume et, profondément, l'aspira. » Texte vérifié sur Etudes-littéraires.com. URL : https://www.etudes-litteraires.com/mauriac/therese-desqueyroux-incipit

    48
  21. Encyclopédie Universalis, fiche de lecture « Le Nœud de vipères » : structure épistolaire du roman (lettre de Louis à sa femme Isa), thème central de la haine et du pardon final. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-noeud-de-viperes/

    51
  22. François Mauriac, Le Nœud de vipères, Grasset, 1932. Incipit : « Tu seras étonnée de découvrir cette lettre dans mon coffre, sur un paquet de titres. » Texte vérifié sur plusieurs analyses concordantes (Annabac, Kiosques du Monde).

    52
  23. François Mauriac, Le Nœud de vipères, Grasset, 1932 : lettre de Louis à sa femme Isa. Le passage est ici résumé en paraphrase ; l'édition primaire, le chapitre et les pages exactes restent à établir sur l'édition originale.

    53
  24. François Mauriac, La Pharisienne, Grasset, 1941 : portrait de Brigitte Pian, dévote rigide dont le formalisme religieux se retourne contre la charité envers autrui. Analyse théologique du roman : Springer Nature Link, notice « Mauriac, François: La Pharisienne ».

    54 55 71
  25. François Mauriac, Dieu et Mammon, essai publié en 1929, réponse épistolaire aux questions d'André Gide après la parution de La Vie de Jean Racine (1928). Édition de référence : Grasset, coll. « Cahiers verts », avec étude de Ramon Fernandez. Notice croisée : Wikipédia FR, « Dieu et Mammon » (usage secondaire de relais). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dieu_et_Mammon

    62 63
  26. Jacques Maritain, François Mauriac, Paul Claudel, Georges Bernanos, Correspondance Maritain, Mauriac, Claudel, Bernanos : un catholique n'a pas d'alliés, présentée par Henri Quantin et Michel Bressolette, Éditions du Cerf. Désaccords documentés : condamnation de l'Action française, guerre d'Espagne, antisémitisme montant des années 1930. URL : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18560/correspondance-maritain-mauriac-claudel-bernanos-un-catholique-n-a-pas-d-allies

    66 103
  27. Jean-Paul Sartre, « M. François Mauriac et la liberté », La Nouvelle Revue Française, n° 305, 1er février 1939 : critique du roman La Fin de la nuit (1935) au nom d'une conception existentialiste de la liberté romanesque, conclue par la formule « Dieu n'est pas un artiste. M. Mauriac non plus. » Voir Acta fabula, « M. Mauriac est un romancier, et M. Sartre ? ». URL : https://www.fabula.org/acta/document1359.php

    72 73 74 75 76
  28. Aleteia, « François Mauriac : "Le péché, notre espérance" », 31 août 2020 : citation des dernières notes de Mauriac, rédigées trois semaines avant sa mort et publiées à titre posthume, évoquant la messe radiodiffusée et l'espérance liée au « Pain vivant ». Usage en relais secondaire pour ce fait biographique tardif. URL : https://fr.aleteia.org/2020/08/31/francois-mauriac-le-peche-notre-esperance/

    100