Raïssa Maritain, née Oumançoff (Rostov-sur-le-Don, 12 septembre 1883 — Paris, 4 novembre 1960), est une poète et mystique française d'origine juive russe, convertie au catholicisme en 1906 avec son mari, le philosophe Jacques Maritain.[1][2] Si son nom reste souvent associé au seul rayonnement de Jacques, Ignispedia la présente ici pour ce qu'elle fut en propre : une âme contemplative de premier plan, une poète dont Thomas Merton louait les vers sans artifice, et l'auteure de deux livres qui comptent parmi les meilleurs témoignages sur le catholicisme intellectuel français du XXᵉ siècle — Les Grandes Amitiés et le Journal de Raïssa.[3][4]
Née dans une famille juive hassidique de Rostov, elle grandit dans la crainte des pogroms et des quotas antisémites de la Russie tsariste, avant que ses parents n'émigrent à Paris en 1893 pour offrir un avenir à leurs deux filles.[5][6] Étudiante brillante à la Sorbonne, elle y rencontre Jacques Maritain : ensemble, ils traversent le vertige du scientisme positiviste de la Belle Époque, puis trouvent, par Bergson et par Léon Bloy, le chemin de la foi catholique.[7][8] Baptisée le 11 juin 1906 avec Jacques et sa sœur Véra, elle voue dès lors sa vie à une forme originale de sainteté laïque qu'elle appellera elle-même la « contemplation sur les chemins » — l'union à Dieu vécue au cœur même de l'agitation du monde.[9]
Animatrice discrète mais centrale du foyer de Meudon, où se croisèrent Cocteau, Rouault, Green, Mauriac et Chagall, Raïssa fut, comme Jacques lui-même l'a écrit en tête de Creative Intuition in Art and Poetry, celle qui l'« assista » dans tout son travail — un philosophe, dit-il, n'oserait parler de poésie sans pouvoir s'appuyer sur l'expérience directe d'un poète.[10] Poète publiée à partir de 1935, mémorialiste couronnée par le Grand Prix catholique de littérature en 1948, elle laisse enfin, dans son Journal posthume édité par Jacques en 1963, l'un des documents les plus bouleversants de la mystique catholique du siècle passé — un texte aujourd'hui évoqué, avec celui de son mari, dans la perspective d'une éventuelle cause de béatification commune.[11][12]
Une enfance juive entre Rostov et Marioupol
Une famille hassidique face à l'antisémitisme russe
Raïssa Oumançoff naît le 12 septembre 1883 à Rostov-sur-le-Don, dans le sud de la Russie impériale, au sein d'une famille juive pratiquant le hassidisme.[13][14] Son père, Ilya Oumançoff, dirige un modeste atelier de couture ; sa mère, Hissia Brozgol, tient le foyer.[15] Deux ans plus tard, la famille s'installe à Marioupol, sur les rives de la mer d'Azov, où naît en 1886 la sœur cadette de Raïssa, Véra, qui ne quittera plus jamais son aînée.[16][17]
Enfant précoce, Raïssa manifeste très tôt une soif d'apprendre peu commune : elle obtient, malgré les quotas restrictifs imposés aux élèves juifs de l'Empire russe, une place au lycée dès l'âge de sept ans.[18] Mais la Russie de la fin du XIXᵉ siècle reste, pour une famille juive, un pays de menaces répétées — pogroms, discriminations légales, incertitude du lendemain. C'est pour fuir cette précarité antisémite que les Oumançoff quittent la Russie en 1893 et s'installent à Paris, alors que Raïssa a dix ans.[19][20]
L'arrivée à Paris et la métamorphose linguistique
Le contraste est saisissant. En quelques semaines à peine, la petite Russe apprend le français au point de devenir, presque aussitôt, l'une des meilleures élèves de sa classe.[21] Cette rapidité d'assimilation dit déjà quelque chose du tempérament de Raïssa : une intelligence vive, une volonté tenace, et un attachement passionné à la culture française qui ne se démentira jamais — elle deviendra, selon le mot d'un biographe, une francophile absolue, plus attachée à Paris qu'à Rostov.[22]
Bachelière, elle entre en 1900, à dix-sept ans, à la Faculté des sciences de la Sorbonne, espérant que la science et la philosophie répondront à la question qui la hante depuis l'enfance : si Dieu existe et qu'il est infiniment bon et tout-puissant, pourquoi permet-il la souffrance ?[23] C'est là, dans les amphithéâtres de la Sorbonne, qu'elle rencontre un jeune étudiant en philosophie, Jacques Maritain.[24]
De la Sorbonne au vertige du néant
Un désespoir métaphysique partagé
L'enseignement scientiste et déterministe de la Sorbonne de 1900 refuse toute réalité à ce qui dépasse la matière mesurable. Pour deux esprits assoiffés d'absolu comme Raïssa et Jacques, cette doctrine devient rapidement mortifère : ils envisagent sérieusement que la seule réponse cohérente à un monde sans vérité soit le suicide.[25] Raïssa elle-même racontera, des décennies plus tard, la gravité de ce pacte :
Dans Les Grandes Amitiés, elle rapporte, en substance, que les deux fiancés s'accordèrent encore un délai pour éprouver la vie, résolus à y mettre fin volontairement s'ils ne pouvaient vivre selon la vérité.[26]
Ce moment-clef de la jeunesse des deux fiancés, ainsi que le rôle décisif des leçons de Bergson au Collège de France pour les en délivrer, est raconté en détail dans l'article Jacques Maritain ; il suffit ici de noter que c'est Raïssa elle-même qui en a laissé le récit le plus complet, dans un livre resté depuis la source de référence sur cette crise fondatrice.[27]
Bergson, Péguy et le sens de l'absolu retrouvé
Sur les conseils de Charles Péguy, ami des deux fiancés, Raïssa et Jacques assistent aux cours d'Henri Bergson au Collège de France. La philosophie de la durée et de l'intuition leur restitue ce que le positivisme leur avait arraché : la certitude qu'il existe, au-delà des phénomènes mesurables, un ordre de réalité accessible à l'esprit.[28][29] Le désespoir intellectuel recule ; mais ni Raïssa ni Jacques n'ont encore trouvé Dieu. Ce sera l'œuvre d'un « mendiant ingrat » nommé Léon Bloy.
La conversion et le vœu des « trois Maritain »
Léon Bloy, parrain de baptême
C'est par la lecture de Léon Bloy, puis par sa rencontre en personne, que Raïssa et Jacques trouvent enfin ce qu'ils cherchaient depuis leur adolescence.[30] Bloy, dont la phrase finale de La Femme pauvre — « Il n'y a qu'une tristesse, lui a-t-elle dit, la dernière fois, c'est de n'être pas des saints » — avait déjà bouleversé le jeune couple, devient leur ami, puis leur parrain.[31] Le 11 juin 1906, en l'église Saint-Jean-l'Évangéliste de Montmartre, Raïssa, Jacques et la fidèle Véra reçoivent ensemble le baptême catholique, Bloy et son épouse Jeanne servant de parrain et marraine.[32][33]
Pour Raïssa, ce baptême n'est pas seulement une adhésion doctrinale : il est l'aboutissement d'une quête entamée dès l'enfance russe, quand elle se demandait déjà comment Dieu pouvait permettre la souffrance. Le catholicisme lui apporte une réponse qu'elle méditera toute sa vie — non une explication abstraite du mal, mais la certitude que la souffrance, unie à celle du Christ, peut devenir rédemptrice.[34]
Véra Oumançoff, la « troisième Maritain »
On ne comprend pas la vie de Raïssa sans sa sœur cadette Véra Oumançoff (1886-1959), qui l'accompagne depuis Marioupol jusqu'à Kolbsheim sans jamais s'en séparer.[35] Après leur baptême commun, Jacques, Raïssa et Véra formeront ce que leurs proches appelleront « les trois Maritain » : un foyer indivisible où Véra tient, selon la formule d'une biographe italienne, le rôle d'une « Marie déguisée en Marthe » — figure d'intense vie spirituelle cachée derrière un dévouement domestique total.[36] Discrète jusqu'à l'effacement, Véra détruira presque tous ses écrits personnels avant sa mort, ne laissant à la postérité que le témoignage indirect que Jacques et Raïssa ont porté sur elle.[37]
Véra meurt en 1959, un an avant sa sœur ; ce deuil, survenant après plus d'un demi-siècle de vie commune, marquera profondément les derniers mois de Raïssa.[38][39]
Le vœu de continence de 1912
En 1912, après huit années de mariage, Jacques et Raïssa prennent ensemble un vœu privé de continence conjugale, décision que leurs biographes qualifient de « grave, mûrie dans l'obscurité de la foi ».[40][41] Ce choix, rarissime pour un couple laïc de leur génération, ne relève pas d'un rejet du mariage mais d'un même élan que celui qui les avait conduits à la conversion : consacrer sans partage leur existence à la recherche de Dieu et de la vérité. Il donne à leur vie commune une tonalité proprement religieuse, sans qu'ils entrent pour autant en religion — préfigurant, chez Raïssa, la théologie de la « contemplation dans le monde » qu'elle formulera plus tard.[42]
Meudon, foyer d'une contemplation dans le monde
« La contemplation sur les chemins »
À partir de 1923, les Maritain s'installent à Meudon, dans une villa qui devient rapidement un point de ralliement pour toute une génération d'intellectuels, d'artistes et de convertis.[43] C'est dans ce cadre que Raïssa élabore, en actes plus qu'en traités, une intuition spirituelle qui restera son apport le plus original : la « contemplation sur les chemins ».[44]
L'idée est simple à énoncer, redoutable à vivre : un laïc engagé dans le monde — dans l'intelligence, l'art, la vie de famille, l'hospitalité — peut atteindre une authentique union mystique à Dieu sans quitter ses activités temporelles, à condition d'orienter tout son être, jusque dans les tâches les plus ordinaires, vers la présence divine.[45] Cette théologie spirituelle, vécue avant d'être théorisée, ouvre une voie nouvelle pour tous les catholiques qui ne sont ni moines ni religieux mais aspirent pourtant à une vie intérieure exigeante :
Elle dit dans son Journal, en substance, ne pas comprendre des contemplatifs qui auraient soif du cœur de Dieu sans avoir soif du salut des âmes.[46]
Pour Raïssa, la contemplation véritable ne se referme jamais sur elle-même : elle se traduit nécessairement en souci des âmes. C'est cette conviction qui explique le rôle qu'elle joua, avec Jacques, dans un très grand nombre de conversions au sein de leur cercle d'amis.
Directeurs spirituels : Clérissac puis Garrigou-Lagrange
La vie mystique de Raïssa ne se développe pas hors de tout accompagnement. Son premier directeur spirituel est le dominicain Humbert Clérissac, qui guide les premières années de sa vie intérieure catholique.[47] Après la mort de celui-ci, c'est le théologien thomiste Réginald Garrigou-Lagrange, alors professeur à l'Angelicum de Rome, qui devient le confident et le guide spirituel du couple — une amitié qui durera des décennies et qui influencera aussi bien la théologie mystique de Garrigou-Lagrange que la vie de prière de Raïssa.[48]
Le cénacle du dimanche
Chaque dimanche, la villa de Meudon accueille un cénacle informel où se croisent, au fil des années 1920 et 1930, le poète Jean Cocteau, le peintre Georges Rouault, l'écrivain Julien Green, le romancier François Mauriac, le musicien Erik Satie et bien d'autres.[49] Jacques y anime les discussions philosophiques ; Raïssa, en retrait mais jamais absente, porte dans la prière le fruit spirituel de ces rencontres. De ces amitiés naîtront plusieurs conversions retentissantes — celle de Julien Green, accompagné pendant cinquante ans par une correspondance suivie avec les Maritain, en est l'exemple le plus documenté.[50]
Le mot que Jacques appliquait à lui-même — rester « attentif au son des âmes » — vaut plus encore pour Raïssa : c'est elle qui, dans le silence de l'oraison, portait le poids spirituel le plus lourd de cette mission d'évangélisation d'amitié en amitié.[51]
Raïssa et Marc Chagall : deux âmes juives-russes
Une amitié fondée sur une origine commune
Parmi les amitiés de Meudon, celle qui unit Raïssa au peintre Marc Chagall occupe une place à part, parce qu'elle touche directement à ce que Raïssa n'a jamais renié de son identité : ses origines juives et russes. Chagall et son épouse Bella sont introduits à Meudon vers 1928 par les poètes Jules Supervielle, Paul Éluard et René Schwob ; l'amitié devient vite, selon le mot même de Chagall, une affaire « à vous deux de nous deux ».[52]
Raïssa, convertie mais consciente de sa dette envers l'héritage hassidique de son enfance, et Bella Chagall, restée « toujours exilée de Vitebsk », se comprennent d'instinct par-delà leurs choix religieux différents.[53] Cette proximité prend un relief dramatique pendant la Seconde Guerre mondiale : réfugié aux États-Unis, Jacques Maritain contribue activement au sauvetage des Chagall, alors menacés par les persécutions de la France de Vichy, et Raïssa leur rend visite dans leur exil de l'État de New York.[54]
Marc Chagall (1943), puis Chagall ou l'Orage enchanté (1948)
De cette amitié naît, en 1943 à New York, le plus substantiel des essais que Raïssa consacre à un artiste vivant : Marc Chagall, publié aux Éditions de la Maison française dans la collection « Les Grands Peintres par leurs amis », puis réédité en 1948 à Genève-Paris (Éditions des Trois Collines), en version augmentée, sous le titre Chagall ou l'Orage enchanté.[55] Raïssa y montre comment la joie hassidique et la danse du roi David animent la peinture de Chagall, affirmant qu'il faut, pour comprendre son œuvre, une « connaissance profonde et instinctive de l'âme de son peuple ».[56]
Ce texte contient l'un des jugements les plus originaux de Raïssa sur le rapport entre judaïsme et christianisme. Commentant en 1950 la toile Crucifixion blanche (1938), que Chagall lui avait montrée « avec une rare solennité », Raïssa y voit non pas une christianisation du peintre juif, mais l'inverse : la représentation d'un Christ authentiquement juif, signe de l'union indissoluble des deux Testaments.[57] Cette lecture, cohérente avec la théologie que Jacques développera dans Le Mystère d'Israël, montre que Raïssa n'a jamais séparé sa foi catholique de la fidélité à ses origines : elle y voit, au contraire, un accomplissement.
L'œuvre poétique et spirituelle de Raïssa Maritain
Une poète tardive mais reconnue
Ce n'est qu'à 52 ans, en 1935, que Raïssa publie son premier recueil, La Vie donnée. Suivront Lettre de nuit (1939), Portes de l'horizon (1952), Au creux du rocher (1954), puis un recueil posthume, Poèmes et essais (1968), qui rassemble l'essentiel de sa production poétique — une quarantaine de poèmes environ, d'une facture dense et dépouillée.[58][59] Le poète Pierre Reverdy, correspondant régulier de Raïssa, salue dans une lettre de 1939, en substance, une poésie des sommets, toute de neige éclatante et de lumineuse chaleur.[60]
Le moine trappiste et poète américain Thomas Merton, grand admirateur de son œuvre, saluera des vers si dépourvus d'artifice, si purs d'ornement et de maniérisme — « so devoid of artifice, so pure of ornament and mannerism » — qu'on pense instinctivement, devant une poésie si immédiate et si pure, à des analogies visuelles (Thomas Merton, « Raïssa Maritain's Poems », Jubilee, avril 1963, p. 27) — éloge rare venant d'un juge aussi exigeant.[61] Un court poème intitulé Automne donne une idée de cette économie de moyens : en quelques mots — une branche, un oiseau qui chante en perdant ses feuilles, une vie et une mort à vaincre — s'y nouent la nature comme signe voilé de la mort et de la grâce, et la tension permanente entre la vie donnée et la vie qu'il faut, spirituellement, savoir perdre.[62]
Les essais doctrinaux : oraison, poésie, Écriture
Au-delà de la poésie proprement dite, Raïssa publie plusieurs essais qui approfondissent, chacun à sa manière, la théologie de la vie intérieure. De la vie d'oraison (1925) expose sa doctrine de la prière contemplative accessible aux laïcs ; Histoire d'Abraham ou les premiers âges de la conscience morale (1930) relit la figure du patriarche comme un jalon dans l'histoire spirituelle de l'humanité ; Situation de la poésie (1938), coécrit avec Jacques, propose une théorie de la connaissance poétique articulée à la philosophie thomiste de la connaissance par connaturalité.[63] Ces trois textes, aujourd'hui réunis dans les Œuvres complètes de Jacques et Raïssa Maritain publiées par la Librairie Téqui, montrent une pensée rigoureuse, nourrie de l'Écriture et de la tradition mystique, jamais dissociée chez elle de l'expérience vécue.[64]
| Année | Titre | Genre | Sujet principal |
|---|---|---|---|
| 1925 | De la vie d'oraison | Essai spirituel | La prière contemplative pour les laïcs |
| 1930 | Histoire d'Abraham | Essai doctrinal | Abraham et les premiers âges de la conscience morale |
| 1935 | La Vie donnée | Poésie | Premier recueil, offrande de la vie |
| 1938 | Situation de la poésie | Essai (avec Jacques) | Théorie thomiste de la connaissance poétique |
| 1939 | Lettre de nuit | Poésie | Épreuve intérieure et nuit spirituelle |
| 1941 | Les Grandes Amitiés | Mémoires | Jeunesse, conversion, cénacle catholique (1900-1917) |
| 1943 | Marc Chagall (rééd. augm. Chagall ou l'Orage enchanté, 1948) | Essai sur l'art | Marc Chagall et l'âme juive |
| 1944 | Les Aventures de la grâce | Mémoires | Suite des Grandes Amitiés |
| 1952 | Portes de l'horizon | Poésie | Maturité poétique |
| 1954 | Au creux du rocher | Poésie | Recueillement et intériorité |
| 1963 | Journal de Raïssa | Journal (posthume) | Vie mystique intérieure, 1906-1960 |
| 1968 | Poèmes et essais | Anthologie (posthume) | Somme de l'œuvre poétique |
Les Grandes Amitiés : la mémoire d'un âge catholique
C'est en 1941, en exil à New York, que Raïssa publie le premier tome de ses mémoires, Les Grandes Amitiés, suivi en 1944 des Aventures de la grâce.[65][66] Le livre raconte, de l'intérieur, la jeunesse des deux fiancés, leur désespoir de la Sorbonne, l'amitié de Bergson, d'Ernest Psichari, de Georges Rouault et de Léon Bloy, jusqu'à la conversion de 1906.[67] Récompensé par le Grand Prix catholique de littérature en 1948, l'ouvrage demeure aujourd'hui la source primaire la plus sûre pour reconstituer l'itinéraire spirituel du couple — c'est elle que consultent, encore aujourd'hui, tous les biographes de Jacques comme de Raïssa Maritain.[68][69]
Le Journal de Raïssa : un testament mystique posthume
Le texte le plus intime de Raïssa ne sera cependant publié qu'après sa mort. Compilé par Jacques à partir de carnets, de notes et de fragments épars, le Journal de Raïssa paraît chez Desclée de Brouwer en 1963, trois ans après le décès de son épouse — geste d'amour et acte de dette reconnue de la part d'un mari qui n'a jamais cessé de dire tout ce qu'il devait à sa femme.[70][71] Le texte couvre plus d'un demi-siècle, de la conversion de 1906 jusqu'aux derniers mois de 1960, et donne accès, comme peu de documents spirituels du XXᵉ siècle, à la progression intime d'une vie mystique authentiquement vécue dans le monde.[72]
Jacques lui-même, dans sa préface, présente ce texte comme un don destiné à éclairer d'autres âmes plutôt qu'à satisfaire une curiosité biographique — une conviction qui l'a conduit à surmonter sa pudeur naturelle pour publier des pages profondément personnelles.[73] Une édition anglaise, The Journal of Raïssa Maritain, a été rééditée récemment par Cluny Media, preuve que l'intérêt pour ce texte dépasse largement le monde francophone.[74]
L'exil américain et l'épreuve de la guerre
La fuite de 1940 et la menace de la Gestapo
Le 13 janvier 1940, Jacques, Raïssa et Véra débarquent au port de New York, parmi les dix mille ressortissants français que la guerre pousse à l'exil.[75] Pour Raïssa, née juive, la menace nazie n'est pas une abstraction : elle est le prolongement, sur le sol européen tout entier, de l'antisémitisme russe que sa famille avait fui en 1893.[76] Les prises de position publiques de Jacques contre le national-socialisme et l'antisémitisme font par ailleurs de lui un homme recherché — un message reçu au consulat de New York le 18 mai 1940 indique qu'« il est préférable que M. Maritain reste aux USA », la Gestapo ayant visité leur maison de Meudon.[77]
C'est depuis cet exil que Jacques fonde, en février 1942, l'École libre des hautes études de New York, tandis que Raïssa, éprouvée par la séparation d'avec la France et par l'incertitude du sort de leurs proches, continue d'écrire, de prier et de composer — c'est de ces années new-yorkaises que datent Les Grandes Amitiés (1941), Les Aventures de la grâce (1944) et Marc Chagall (1943).[78][79]
Le deuil de Véra et la fin d'une vie
Revenue en France après la guerre, Raïssa partage sa vie entre Paris, Princeton — où Jacques enseigne — et Kolbsheim, où se trouve la propriété de leurs amis alsaciens Antoinette et Alexandre Grunelius.[80] La mort de Véra en 1959 prive Raïssa de la compagne de toute une existence, celle qui avait accompagné chacune de ses étapes depuis l'enfance à Marioupol.[81] Affaiblie par cette perte et par les séquelles du phlegmon rétro-pharyngien contracté dès 1904, qui avait durablement miné sa santé, Raïssa est frappée d'une attaque cérébrale en juillet 1960.[82] Elle meurt le 4 novembre 1960, à 77 ans, dans le 7ᵉ arrondissement de Paris.[83][84]
Spiritualité de Raïssa Maritain
La souffrance offerte comme voie mystique
La théologie spirituelle de Raïssa se noue tout entière autour d'une conviction : la souffrance, unie librement à celle du Christ par la prière, possède une valeur rédemptrice pour le salut d'autres âmes.[85] Cette doctrine, classique dans la tradition mystique catholique mais rarement vécue avec une telle intensité par une laïque mariée, se retrouve exprimée dans son Journal :
« Nous cheminons dans les ténèbres […] Dieu est amour […] ce qui nous est demandé, c'est de vivre dans le tourbillon, sans rien retenir de nous-mêmes. » — Raïssa Maritain, Journal de Raïssa, décembre 1933[86]
Raïssa parlera elle-même de « martyre du cœur » pour désigner cette offrande continue — un langage qui n'a rien de rhétorique chez une femme dont la santé fragile, la sensibilité extrême et l'engagement contemplatif constant composèrent une vie de souffrance réellement traversée, non seulement méditée.[87]
Une contemplative dans l'action, non hors du monde
Ce qui distingue la mystique de Raïssa de bien des trajectoires spirituelles comparables, c'est son refus obstiné de quitter le monde. Elle n'entre pas au couvent ; elle ne rejoint aucun ordre religieux ; elle demeure, jusqu'à sa mort, épouse, maîtresse de maison, poète publiée, hôtesse d'un salon parisien. C'est précisément cette tension assumée — vivre en laïque une vie de contemplative — qui fait d'elle une figure spirituelle originale pour notre temps, où tant de catholiques engagés dans le monde cherchent, sans modèle religieux disponible, à concilier vie active et vie intérieure.
C'est cette même conviction — que l'amour ne se sépare jamais du souci du salut d'autrui — qui explique le rôle décisif que Raïssa a joué, en silence, derrière chacune des amitiés évangélisatrices du couple Maritain : l'amour, disaient-ils tous deux en substance, devant procéder de la vérité, et la connaissance devant porter fruit dans l'amour.[88]
Mort, postérité et cause de béatification
Le tombeau de Kolbsheim
Raïssa Maritain meurt le 4 novembre 1960 à Paris. Elle est inhumée au cimetière de Kolbsheim, en Alsace — le village où se trouve la propriété de leurs amis Grunelius — là même où Jacques la rejoindra treize ans plus tard, en 1973, après avoir passé les dernières années de sa vie chez les Petits Frères de Jésus de Toulouse.[89][90] Le couple repose depuis dans la même tombe, symbole d'une union spirituelle que ni le vœu de continence ni la mort n'ont défaite.
Une cause de béatification en gestation
Au début de l'année 2011, le quotidien La Croix annonce qu'un procès en vue de la béatification de Jacques et Raïssa Maritain serait ouvert.[91] Mgr Jean Lafitte, alors secrétaire du Conseil pontifical pour la famille, souligne à cette occasion le rôle joué par le couple dans de nombreuses conversions au sein de leur cercle d'amitiés, tandis que des voix comme celle de l'Institut pontifical Jean-Paul II les présentent comme « un modèle pour toute la famille catholique moderne ».[92] Cette étape, encore préliminaire dans le long processus canonique d'une cause de béatification, n'a pas connu, à ce jour, d'avancée officielle documentée.[93]
Que cette cause aboutisse ou non, la postérité spirituelle de Raïssa Maritain est déjà, en un sens, acquise : par son Journal, par Les Grandes Amitiés, par sa poésie et par le simple exemple d'une vie tout entière tournée vers Dieu au milieu du siècle, elle demeure une référence pour quiconque cherche à comprendre ce que peut être, concrètement, la sainteté d'une laïque mariée, poète et convertie.
Ce que Raïssa Maritain laisse à l'Église
Ignispedia ne canonise pas Raïssa Maritain et ne préjuge en rien de l'issue de sa cause de béatification. Mais elle salue en elle trois legs distincts et convergents. D'abord un témoignage de conversion : celle d'une jeune juive russe qui, ayant traversé l'antisémitisme, l'exil et le vertige du scientisme, a trouvé dans le catholicisme une réponse qui n'a jamais renié, mais au contraire accompli, sa fidélité à l'héritage hassidique de son enfance — comme le montre son amitié avec Marc Chagall. Ensuite une œuvre littéraire propre, poétique et mémorielle, longtemps restée dans l'ombre de celle de son mari mais qui mérite, selon ses meilleurs lecteurs, une reconnaissance bien plus large dans les lettres de langue française. Enfin et surtout un modèle spirituel : celui d'une contemplation vécue non malgré le monde, mais à travers lui — la « contemplation sur les chemins » qu'elle n'a pas seulement formulée, mais incarnée jusqu'à sa mort.
Pour aller plus loin
- Jacques Maritain (1882-1973) — l'époux, le plus célèbre philosophe catholique du XXᵉ siècle, dont l'œuvre doit beaucoup, de son propre aveu (remerciements de Creative Intuition in Art and Poetry, 1953), à l'expérience de poète de Raïssa.[94]
- Léon Bloy (1846-1917) — le « mendiant ingrat », parrain de baptême de Raïssa, Jacques et Véra, et l'instrument déterminant de leur conversion commune.
- Charles Péguy (1873-1914) — l'ami de jeunesse qui orienta Raïssa et Jacques vers les cours salvateurs de Bergson.
- Réginald Garrigou-Lagrange (1877-1964) — le théologien dominicain, directeur spirituel et ami du couple Maritain pendant plusieurs décennies.
Notes et références
« Raïssa Maritain », notice biographique de référence en français : naissance le 12 septembre 1883 à Rostov-sur-le-Don dans une famille juive hassidique ; enfance à Marioupol ; sœur Véra née en 1886 ; émigration à Paris en 1893 ; études à la Faculté des sciences de Paris ; rencontre de Jacques Maritain ; baptême le 11 juin 1906 à l'église Saint-Jean de Montmartre ; directeurs spirituels Humbert Clérissac puis Réginald Garrigou-Lagrange ; œuvre poétique (La Vie donnée 1935, Lettre de nuit 1939, Portes de l'horizon 1952, Au creux du rocher 1954, Poèmes et essais 1968) ; essais (De mœurs divines 1921, De la vie d'oraison 1925, Histoire d'Abraham 1930, Le Prince de ce monde 1929, Marc Chagall 1943, Léon Bloy 1947) ; Les Grandes Amitiés (1941, Grand Prix catholique de littérature 1948) ; Journal de Raïssa (1962-1963, posthume) ; mort le 4 novembre 1960 dans le 7ᵉ arrondissement de Paris ; inhumation à Kolbsheim. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ra%C3%AFssa_Maritain
1 6 19 21 24 29 33 47 48 59 63 64 65 80 83 89« Raïssa Maritain », notice biographique en langue anglaise : née Raïssa Oumansoff le 12 septembre 1883 à Rostov-on-Don dans une famille juive hassidique pratiquante (père Ilya, tailleur ; mère Hissia Brozgol) ; installation à Mariupol dès l'âge de deux ans ; admission au lycée à sept ans malgré les quotas restreignant l'accès des juifs ; émigration à Paris en 1893 ; maîtrise du français en deux semaines ; entrée à la Sorbonne à dix-sept ans (1900) ; rencontre de Jacques Maritain, licencié en philosophie ; phlegmon rétro-pharyngien contracté en 1904, à l'origine d'une santé fragile durable ; baptême le 11 juin 1906 à l'église Saint-Jean de Montmartre avec Jacques et Véra, Léon Bloy pour parrain ; vœu privé de continence conjugale pris avec Jacques en 1912 ; mort de Véra en 1959 ; attaque cérébrale en juillet 1960 ; mort le 4 novembre 1960 à Paris. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Ra%C3%AFssa_Maritain
2 8 15 16 18 28 30 32 41 76 82 93« Raissa Maritain: Philosopher, Poet, Mystic », Catholic Education Resource Center (CERC) : enfance dans une famille juive pieuse de Rostov-sur-le-Don, marquée par l'exemple du grand-père hassidique, homme de « foi faite d'amour et de confiance, de joie et de charité » ; interrogation dès l'adolescence sur le problème du mal et de la souffrance ; entrée à la Sorbonne à dix-sept ans en quête de réponses philosophiques ; crise existentielle partagée avec Jacques Maritain, résumée par la formule « the solution would be suicide; suicide before the years accumulated their dust » (« la solution serait le suicide ; le suicide avant que les années n'accumulent leur poussière ») ; conversion par la lecture de Léon Bloy (La Femme pauvre, Le Salut par les Juifs) et baptême en 1906 ; choix d'une vie de « frère et sœur » consacrée à l'intellect et à l'esprit ; œuvres principales (Prière et intelligence, Les Grandes Amitiés 1941, Les Aventures de la grâce 1944, Journal de Raïssa posthume, Poèmes et essais — une quarantaine de poèmes en quatre recueils) ; éloge de Thomas Merton cité d'après cet article : « Her verse is so devoid of artifice, so pure of ornament and mannerism, that it […] » ; « One thinks instinctively of visual analogies for her poetic experience precisely because it is so immediate and so pure » (Thomas Merton, « Raïssa Maritain's Poems », Jubilee, avril 1963, p. 27) ; conviction mystique que la souffrance unie à la Passion du Christ possède une valeur rédemptrice pour d'autres âmes, illustrée par la citation de son Journal de décembre 1933 sur le fait de « vivre dans le tourbillon, sans rien retenir de nous-mêmes ». URL : https://catholiceducation.org/en/culture/raissa-maritain-philosopher-poet-mystic.html
3 22 23 25 34 61 85 86Raïssa Maritain, Les Grandes Amitiés (souvenirs, éd. de la Maison française, New York, 1941 ; rééd. Desclée de Brouwer puis Parole et Silence, 2006). Mémoires de première main sur la jeunesse du couple, le désespoir devant le scientisme de la Sorbonne, le pacte conclu par les deux fiancés de s'accorder encore un délai pour éprouver la vie avant d'y renoncer volontairement faute de vérité (passage ici rendu en paraphrase, l'édition n'ayant pu être collationnée), la rencontre de Bergson, Péguy et Bloy, la conversion de 1906 et le cénacle catholique parisien (1900-1917). Source primaire majeure pour l'itinéraire intérieur des Maritain. Suite parue en 1944 sous le titre Les Aventures de la grâce. Grand Prix catholique de littérature en 1948.
4 7 26 27 66 67 78« Maritain, Raïssa (1883-1960) », Encyclopedia.com, notice biographique : naissance le 12 septembre 1883 à Rostov-sur-le-Don ; fille d'Ilia Oumansoff, tailleur juif, et d'Issia Oumansoffa ; sœur cadette Véra Oumansoff ; émigration de la famille à Paris en 1893 pour échapper aux persécutions antisémites ; études à la Sorbonne à partir de dix-sept ans ; mariage avec Jacques Maritain le 26 novembre 1904 ; conversion et baptême le 11 juin 1906 ; vœux de continence pris comme oblats le 29 septembre 1912 ; quatre recueils de poésie, deux mémoires (Les Grandes Amitiés et Les Aventures de la grâce), coécriture de Situation de la poésie (1955 pour l'édition anglaise) ; fuite aux États-Unis en décembre 1939 ; mort de Véra en 1959 ; attaque cérébrale en juillet 1960 et mort en novembre 1960 ; inhumation à Kolbsheim. URL : https://www.encyclopedia.com/women/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/maritain-raissa-1883-1960
5 14 20« Raïssa Maritain, contemplative dans le monde », Aleteia, 12 octobre 2018 : présentation de la formule de Raïssa Maritain, la « contemplation sur les chemins » — voie spirituelle laïque conciliant engagement actif dans le monde et vie mystique authentique ; évocation de la mort de Véra en 1959, un an avant celle de Raïssa. URL : https://fr.aleteia.org/2018/10/12/raissa-maritain-contemplative-dans-le-monde/
9 38 44 45Jacques Maritain, Creative Intuition in Art and Poetry, New York, Pantheon Books, 1953 (Bollingen Series), remerciements liminaires (« Acknowledgements ») : « Raïssa, my wife, assisted me all through my work — I do not believe that a philosopher would dare to speak of poetry if he could not rely on the direct experience of a poet. » (« Raïssa, ma femme, m'a assisté tout au long de mon travail — je ne crois pas qu'un philosophe oserait parler de poésie s'il ne pouvait s'appuyer sur l'expérience directe d'un poète. »)
10 94Raïssa Maritain, Journal de Raïssa, texte établi, préfacé et annoté par Jacques Maritain, Desclée de Brouwer, 1963 (rééd. poche 2018). Carnets, notes et fragments couvrant la vie spirituelle de Raïssa de sa conversion en 1906 jusqu'à sa mort en 1960 ; publication posthume trois ans après son décès. Fiche éditeur : https://www.editionsddb.fr/product/119044/journal-de-raissa/
11 70 72« Jacques et Raïssa Maritain sur les autels ? », France Catholique : annonce, début 2011, par une brève du quotidien La Croix, de l'ouverture envisagée d'un procès en vue de la béatification de Jacques et Raïssa Maritain, présentés comme un exemple de consécration totale vécue en couple. URL : https://www.france-catholique.fr/Jacques-et-Raissa-Maritain-sur-les-autels.html
12 91Wikidata, fiche Q1648752 « Raïssa Maritain » : naissance le 12 septembre 1883 à Rostov-sur-le-Don, mort le 4 novembre 1960 dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, inhumation à Kolbsheim (Bas-Rhin) ; mariage avec Jacques Maritain en 1904 ; études à la Faculté des sciences de Paris ; Grand Prix catholique de littérature en 1948 ; identifiants BnF 11914621n, VIAF 39380883, GND 118955136. URL : https://www.wikidata.org/wiki/Q1648752
13 84 90« Les trois Maritain : la présence de Véra dans le monde de Jacques et Raïssa Maritain », Les Notes (recension de l'ouvrage de Nora Possenti Ghiglia) : Véra Oumançoff (1886-1959), sœur de Raïssa, comme figure d'un trio indissociable avec Jacques et Raïssa, « les trois Maritain » ; rôle maternel et protecteur de Véra, délibérément tenue en retrait ; caractérisation comme « Marie déguisée en Marthe » ; destruction par Véra de la quasi-totalité de ses écrits personnels ; séjours communs à Versailles, Meudon, Rome et aux États-Unis, où elle est enterrée. URL : https://www.les-notes.fr/analyse/les-trois-maritain-la-presence-de-vera-dans-le-monde-de-jacques-et-raissa-maritain/
17 35 36 37 39 43 81Léon Bloy, La Femme pauvre, dernières lignes du roman (parole de Clotilde) : « Il n'y a qu'une tristesse, lui a-t-elle dit, la dernière fois, c'est de n'être pas des saints. » Texte conforme à l'original (avec l'incise et les capitales) ; la forme courte couramment citée (« il n'y a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des saints ») en est l'abrégé.
31« Raïssa Maritain : cœur à cœur », La Nef, 30 juin 2023 : présentation du Journal de Raïssa et de sa vie de prière ; extraits de son journal intime rapportés en substance, notamment sur l'exigence de joindre à la contemplation le souci du salut des âmes, et sur la confiance en l'action lente et cachée de Dieu ; mention du vœu de continence conjugale pris en 1912 comme « décision grave, mûrie dans l'obscurité de la foi ». URL : https://lanef.net/2023/06/30/raissa-maritain-coeur-a-coeur/
40 42 46« Jacques et Raïssa Maritain, l'évangélisation d'âme à âme », Aleteia, 27 avril 2023 : le foyer de Meudon (à partir de 1923) comme lieu de rencontre pour Jean Cocteau, François Mauriac, Erik Satie et de nombreux autres artistes et intellectuels ; accompagnement spirituel de Julien Green pendant cinquante ans ; conviction commune rapportée en substance par l'article : l'amour procéderait de la vérité, et la connaissance devrait porter fruit dans l'amour ; rôle de Raïssa dans la dimension contemplative de cette mission d'amitié évangélisatrice, Jacques restant « attentif au son des âmes ». URL : https://fr.aleteia.org/2023/04/27/jacques-et-raissa-maritain-levangelisation-dame-a-ame/
49 50 51 88« Marc Chagall et les Maritain », Recherches de Science Religieuse, disponible sur OpenEdition Journals : rencontre de Chagall et des Maritain à Meudon vers 1928, présentés par Jules Supervielle, Paul Éluard et René Schwob ; héritage juif-russe et hassidique commun à Raïssa et à Bella Chagall ; aide apportée par Jacques Maritain, depuis son exil new-yorkais, au sauvetage des Chagall menacés en France de Vichy ; publication par Raïssa, à New York en 1943, de Marc Chagall (Éditions de la Maison française), dans la collection « Les Grands Peintres par leurs amis », réédité en version augmentée en 1948 sous le titre Chagall ou l'Orage enchanté (Éditions des Trois Collines, Genève-Paris) ; analyse par Raïssa de la toile Crucifixion blanche (1938) comme représentation d'un Christ juif signifiant l'union des deux Testaments. URL : https://journals.openedition.org/rsr/311
52 53 54 55 56 57 79« Maritain (Raïssa) 1883-1960 », Poétesses d'expression française, du Moyen Âge au XXᵉ siècle : liste des recueils poétiques de Raïssa Maritain (La Vie donnée 1935, Lettre de nuit 1939, Portes de l'horizon 1952, Au creux du rocher 1954, Poèmes et essais 1968) ; lettres du poète Pierre Reverdy à Raïssa Maritain (juillet 1939 et janvier 1955) rapportées en substance, saluant une poésie des sommets ; poème Automne cité en extraits (une branche, un oiseau, des feuilles qui tombent ; la vie et la mort à vaincre). URL : https://poetesses.blog4ever.com/maritain-raassa-1883-1960
58 60 62Association des Écrivains Catholiques de langue française, historique du Grand Prix catholique de littérature (créé en 1945) : attribution du prix à Raïssa Maritain en 1948 pour Les Grandes Amitiés. URL : https://www.ecrivainscatholiques.fr/salon-grand-prix/grand-prix-catholique-de-litt%C3%A9rature/
68Jean-Luc Barré, Jacques et Raïssa Maritain, les mendiants du ciel. Biographies croisées, Stock, 1995 (657 p. ; rééd. augmentée Perrin, coll. « Tempus »), biographie de référence fondée sur une importante correspondance inédite du couple, présentant Jacques et Raïssa, convertis à vingt ans, comme des « mendiants du ciel » au service d'un nouvel humanisme chrétien, unis par un amour passionné et un vœu de chasteté conjugale.
69Cluny Media, présentation éditoriale de The Journal of Raïssa Maritain (édition anglaise) : ouvrage de 368 pages compilé par Jacques Maritain, documentant l'expérience mystique et la vie contemplative de son épouse ; évocation du « martyre du cœur » comme forme de don de soi à Dieu ; préface de Jacques Maritain présentant ces pages comme destinées à « aider et éclairer beaucoup d'âmes » plutôt qu'à satisfaire une curiosité biographique. URL : https://clunymedia.com/products/the-journal-of-raissa-maritain
71 73 74 87« Exiles and Fugitives: The Letters of Jacques and Raïssa Maritain, Allen Tate, and Caroline Gordon », édité par John M. Dunaway, recension parue dans Southern Cultures : arrivée de Jacques Maritain, Raïssa et Véra Oumançoff au port de New York le 13 janvier 1940, parmi plus de dix mille Français exilés par la guerre ; message reçu au consulat de New York le 18 mai 1940 précisant qu'« il est préférable que M. Maritain reste aux USA », en raison des recherches de la Gestapo après une visite à leur domicile de Meudon ; fondation par Jacques Maritain, en février 1942, de l'École libre des hautes études de New York. URL : https://www.southerncultures.org/article/exiles-fugitives-letters-jacques-raissa-maritain-allen-tate-caroline-gordon-review/
75 77Forum La Cité catholique, fil « Vers la béatification de Jacques et Raïssa Maritain » (2 juin 2011), relayant une information de presse sur l'ouverture envisagée du procès : rôle de Jacques et Raïssa Maritain dans de nombreuses conversions au sein de leur cercle d'amitiés selon Mgr Jean Lafitte, alors secrétaire du Conseil pontifical pour la famille ; qualification du couple comme « modèle pour toute la famille catholique moderne » par Victor Soldevilla, de l'Institut pontifical Jean-Paul II. URL : https://cite-catholique.org/viewtopic.php?f=93&t=17464
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