L'Institut catholique de Paris : université catholique depuis 1875

Fondé en 1875 après la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur, l'Institut catholique de Paris réunit théologie, droit canonique, lettres et philosophie rue d'Assas. Histoire exacte, facultés et grandes figures.

Ignispedia

L'Institut catholique de Paris, souvent appelé la Catho de Paris, est une université catholique privée fondée à Paris en 1875. Il réunit aujourd'hui une faculté de théologie et de sciences religieuses, une faculté de droit canonique, une faculté de philosophie, une faculté de lettres, des sciences sociales, de l'éducation, des instituts spécialisés et des écoles associées, au service d'environ dix mille étudiants sur ses campus de Paris, Reims et Rouen.[1][2]

Son histoire tient en une phrase : née d'une loi qui rendait l'enseignement supérieur libre, l'institution a dû renoncer dès 1880 au titre d'université, traverser la séparation de l'Église et de l'État, la crise moderniste, deux guerres et le concile Vatican II, sans jamais quitter son site historique de la rue d'Assas, l'ancien couvent des Carmes.[3][4]

C'est là qu'ont enseigné ou rayonné des figures majeures de la pensée catholique du vingtième siècle : Jacques Maritain en philosophie, Jean Daniélou en théologie patristique, et, dans le même Paris théologique, Étienne Gilson et Yves Congar, dont cet article distingue exactement les attaches institutionnelles.[5][6]

Pourquoi une université catholique à Paris en 1875 ?

La loi du 12 juillet 1875 rend l'enseignement supérieur libre

Jusqu'en 1875, l'État détient en France le monopole de la collation des grades universitaires, hérité de l'Université impériale de Napoléon. La loi du 12 juillet 1875, portée par le député Édouard de Laboulaye, ouvre la possibilité de fonder des établissements libres d'enseignement supérieur et d'y préparer aux grades, devant des jurys mixtes.[7]

Les évêques de France saisissent immédiatement cette fenêtre. Dès l'automne 1875, cinq universités catholiques ouvrent ou se préparent : Paris, Lille, Lyon, Angers et Toulouse. Celle de Paris prend le nom d'Université catholique de Paris et s'installe dans l'ancien couvent des Carmes, rue d'Assas, lieu déjà chargé d'histoire religieuse parisienne.[8][9]

« La liberté de l'enseignement supérieur est proclamée par la présente loi. » Formule d'ouverture de la loi du 12 juillet 1875, qui rend juridiquement possible la fondation de l'Université catholique de Paris la même année.[10]

Maurice d'Hulst, fondateur et premier recteur

L'organisateur de l'entreprise est un prêtre parisien de trente quatre ans, Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst (1841-1896). Appelé dès 1873 par le cardinal Guibert, archevêque de Paris, à travailler à l'administration diocésaine, il consacre l'essentiel de son énergie à fonder et organiser l'université libre ouverte après la loi de 1875, dont il devient le recteur et qu'il développe pendant une quinzaine d'années dans toutes les branches du savoir.[11]

Son successeur immédiat, Pierre-Louis Péchenard, recteur de 1896 à 1907, publie en 1901 la première histoire documentée de la maison, de 1875 à 1901. Ce volume reste la source de première main pour les effectifs, les chaires et les difficultés financières des débuts.[12]

1880 : le titre d'université est retiré, le nom d'Institut s'impose

L'expérience des universités libres est brève sous ce nom. La loi du 18 mars 1880, votée dans le contexte des lois Ferry, interdit aux établissements libres de prendre le titre d'université et réserve à l'État la collation des grades.[13]

L'Université catholique de Paris devient alors l'Institut catholique de Paris, nom qu'elle porte encore. Le changement de nom ne change pas le projet : délivrer un enseignement universitaire complet, en communion avec l'Église, avec des diplômes canoniques propres en théologie, droit canonique et philosophie, et des préparations aux diplômes d'État pour les autres disciplines.[14]

Une histoire parisienne, de 1875 à nos jours

Les débuts aux Carmes et la première construction

L'institut s'installe sur le site de l'ancien couvent des Carmes, mais les locaux sont mal adaptés à un enseignement universitaire. L'architecte Gabriel Ruprich-Robert dessine un projet d'ensemble. Faute de fonds suffisants, il rénove les bâtiments anciens au lieu de les démolir. La première phase de travaux court de 1894 à 1897.[15]

Le style néogothique qui domine encore le campus date largement de ces campagnes. Il signale visiblement l'identité de la maison au cœur du Quartier latin, à quelques rues de la Sorbonne et du Collège de France, ses voisins et interlocuteurs permanents.

La séparation de 1905 et le rachat des bâtiments

La loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État transfère la propriété des locaux à l'État. L'institut n'en est pas expulsé, mais il n'est plus chez lui. Il faut attendre 1927 pour qu'il rachète les bâtiments, ce qui permet une deuxième phase de rénovation en 1929 et 1930, puis une troisième en 1932 et 1933.[16]

Entre temps, la maison a pris son statut juridique durable : association régie par la loi de 1901, reconnue d'utilité publique en 1941. En 2015, elle reçoit la qualification d'établissement d'enseignement supérieur privé d'intérêt général, dite EESPIG, qui reconnaît sa participation aux missions de service public de l'enseignement supérieur.[17][18]

  1. 1875
    Fondation

    Ouverture de l'Université catholique de Paris après la loi du 12 juillet 1875 sur la liberté de l'enseignement supérieur. Maurice d'Hulst en est le fondateur et le premier recteur.

  2. 1880
    Le nom d'Institut

    La loi du 18 mars 1880 retire aux établissements libres le titre d'université. La maison devient l'Institut catholique de Paris.

  3. 1894-1897
    Première campagne de travaux

    Rénovation des bâtiments des Carmes par Gabriel Ruprich-Robert, qui donne au campus son visage néogothique.

  4. 1905
    Séparation de l'Église et de l'État

    La propriété des locaux passe à l'État. L'institut poursuit son enseignement sans être propriétaire de ses murs.

  5. 1927
    Rachat des locaux

    L'institut rachète ses bâtiments. Deux nouvelles campagnes de travaux suivent, en 1929-1930 puis en 1932-1933.

  6. 1941
    Reconnaissance d'utilité publique

    L'association de l'Institut catholique de Paris est reconnue d'utilité publique.

  7. 2015
    Qualification EESPIG

    L'institut est qualifié établissement d'enseignement supérieur privé d'intérêt général.

  8. 2025
    Cent cinquante ans

    L'institut célèbre ses 150 ans sous la devise de bâtisseur et d'héritier au service du bien commun.

La crise moderniste, une épreuve interne

Au tournant du vingtième siècle, l'institut traverse la crise moderniste, ce courant d'exégèse et de philosophie qui cherche à adapter le christianisme aux catégories modernes en distinguant un noyau historique et des développements dogmatiques jugés contingents. Son représentant français le plus connu, Alfred Loisy, a enseigné l'Écriture sainte à l'Institut catholique de Paris avant d'en être écarté, puis excommunié en 1908.[19]

L'épisode compte pour comprendre la maison : une université catholique n'est pas seulement exposée aux lois de l'État, elle l'est aussi aux débats internes de la théologie. La réponse de l'institut, sur la durée, sera le renouveau patristique et thomiste porté par la génération suivante, celle de Maritain, Daniélou et leurs contemporains, plutôt qu'une simple répétition des manuels.

Du concile Vatican II aux campus de Reims et de Rouen

Le long rectorat d'Alfred Baudrillart, de 1907 à 1942, couvre la Première Guerre mondiale, l'entre deux guerres et le début de la Seconde. Après la guerre, Émile Blanchet, recteur de 1946 à 1966, conduit la maison à travers la reconstruction et le concile Vatican II, où plusieurs de ses professeurs ou de ses figures proches jouent un rôle d'experts.[20]

Paul Poupard, recteur de 1971 à 1981, puis Pierre Eyt, de 1981 à 1986, devenu archevêque de Bordeaux et cardinal, incarnent la génération de l'après concile. Au vingt et unième siècle, Philippe Bordeyne, recteur de 2011 à 2021, doyen du Theologicum de 2006 à 2011, préside à la rénovation du campus parisien inaugurée en 2017, année où l'institut compte dix mille étudiants. Emmanuel Petit, canoniste, lui succède en 2021.[21][22]

L'institut n'est plus seulement parisien. Il a ouvert un campus à Reims, en lien avec le patrimoine et l'histoire de Champagne, et un campus à Rouen. Cette expansion reste modeste à l'échelle des universités publiques, mais elle dit un déplacement : la Catho de Paris forme aussi hors de la capitale, tout en gardant son centre historique rue d'Assas.[23]

Que trouve-t-on aujourd'hui à l'Institut catholique de Paris ?

Six facultés et des instituts spécialisés

La présentation officielle de l'institut regroupe six facultés, des instituts spécialisés et des écoles associées, adossés à une unité de recherche intitulée Religion, Culture et Société.[24] Le tableau ci dessous donne la carte lisible de l'ensemble, telle que l'institut la présente au public.

Faculté ou pôleCe qui s'y étudieDiplômes caractéristiques
Théologie et sciences religieuses, le TheologicumÉcriture sainte, patristique, dogmatique, morale, liturgie, religionsBaccalauréat, licence et doctorat canoniques de théologie
Droit canoniqueDroit de l'Église, procès, gouvernement des diocèses et des institutsLicence et doctorat canoniques de droit canonique
PhilosophieHistoire de la philosophie, métaphysique, éthique, philosophie contemporaineBaccalauréat, licence et doctorat canoniques, préparations d'État
LettresLangues et littératures, histoire, géographie, humanitésLicences et masters reconnus, préparations aux concours
Sciences sociales, économie et droit, la FASSESciences sociales, économie, droit, relations internationalesLicences et masters, diplômes propres
Éducation et formation, l'ISPSciences de l'éducation, formation des enseignantsLicences, masters, formation continue des professeurs

La faculté de théologie, cœur canonique de la maison

La faculté de théologie, appelée Theologicum, est une institution pontificale au sens canonique : elle est habilitée par le Saint Siège à délivrer les grades canoniques de théologie et à former des prêtres, des religieux et des laïcs à la recherche théologique.[25] Sa bibliothèque et ses instituts de recherche, études augustiniennes, études médiévales, études byzantines, sciences bibliques, histoire des missions, font de la rue d'Assas un lieu de travail patristique et médiéval reconnu au delà des frontières françaises.[26]

C'est dans cette faculté que Jean Daniélou enseigne la patristique grecque à partir de 1943 et qu'il finit doyen. C'est aussi là que se préparent, chaque année, une partie des futurs professeurs de séminaire et des enseignants de théologie de l'espace francophone.

La faculté de droit canonique, une référence francophone

La faculté de droit canonique forme les canonistes dont les diocèses, les officialités et les congrégations ont besoin : juges ecclésiastiques, chanceliers, défenseurs du lien, experts en procès de nullité de mariage ou en gouvernement des instituts religieux. Sa revue et ses enseignants font référence dans le monde francophone, aux côtés de la faculté de l'Université Saint Paul d'Ottawa, avec laquelle la tradition de traduction française du Code de droit canonique de 1983 est partagée.[27]

Pour le lecteur d'Ignispedia, c'est un point concret : quand un article cite le Code de droit canonique en français, la traduction de travail doit beaucoup à ce petit monde de canonistes parisiens et ottaviens.

Philosophie, lettres et sciences sociales : une université complète

L'institut n'a jamais voulu être seulement un séminaire déguisé. Dès l'origine, il revendique la pleine amplitude universitaire : philosophie, lettres, langues, histoire, sciences sociales, économie, droit, éducation. La faculté de lettres prépare aux licences d'État et aux concours de l'enseignement. La faculté de sciences sociales, la FASSE, forme aux métiers du social, de l'économie solidaire et des relations internationales. L'institut supérieur de pédagogie forme des enseignants et des cadres de l'enseignement catholique.[28]

Cette amplitude a une conséquence visible : une grande partie des étudiants de la rue d'Assas ne se destine ni au sacerdoce ni à la théologie. Ils viennent pour des humanités, une licence d'histoire ou d'anglais, un master de sciences sociales, dans une université qui assume son identité catholique sans l'imposer comme matière à chaque cours.

L'Institut Saint-Serge, le voisin orthodoxe de Paris

Une fondation orthodoxe russe de 1925, autonome

L'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, fondé à Paris en 1925, n'est pas une faculté de l'Institut catholique de Paris. C'est une institution orthodoxe autonome, créée par le métropolite Euloge Guéorguievsky et des théologiens de l'émigration russe, avec le soutien du laïc américain John Mott, prix Nobel de la paix.[29] Il s'installe sur la colline Saint Serge, rue de Crimée, autour de l'église du même nom.

La distinction est importante et cet article la maintient : Saint Serge relève de l'orthodoxie, historiquement de l'archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale. Il forme des prêtres et des théologiens orthodoxes, il a accueilli Georges Florovsky, Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff, et il reste la grande école de théologie orthodoxe de Paris.[30]

Pourquoi les deux instituts se parlent

Si les deux noms reviennent si souvent ensemble dans les bibliographies parisiennes, c'est pour une raison historique précise : au vingtième siècle, Paris est la capitale commune de la théologie catholique du ressourcement et de la théologie orthodoxe de l'émigration russe. Les professeurs se lisent, se rencontrent, collaborent à des revues et à des semaines d'études œcuméniques. Yves Congar, dominicain du Saulchoir, est l'un des catholiques qui dialogue le plus tôt et le plus sérieusement avec les orthodoxes parisiens.[31]

Présenter Saint Serge comme associé à l'ICP ne peut donc signifier qu'une association de voisinage intellectuel et de dialogue œcuménique dans le même Paris théologique. Administrativement et confessionnellement, les deux instituts sont distincts, et c'est cette exactitude qui rend leur dialogue crédible.

Quatre figures qui ont fait le rayonnement de la maison

Le tableau ci dessous distingue, pour chaque figure, l'attache institutionnelle exacte. Tout confondre sous l'étiquette de professeur de la Catho serait commode et faux.

FigureDatesAttache exacteApport principal
Jacques Maritain1882-1973Professeur de philosophie à l'ICP, adjoint en 1914, titulaire en 1921Renouveau thomiste, philosophie morale et politique
Étienne Gilson1884-1978Sorbonne puis Collège de France, fondateur de l'institut médiéval de Toronto en 1929Histoire de la philosophie médiévale, métaphysique de l'être
Jean Daniélou1905-1974Professeur à l'ICP de 1943 à 1969, doyen les cinq dernières annéesPatristique grecque, théologie de l'histoire, ressourcement
Yves Congar1904-1995Dominicain, professeur au Saulchoir de 1931 à 1939Ecclésiologie, œcuménisme, théologie du laïcat

Jacques Maritain, le philosophe de la Catho

Jacques Maritain (1882-1973) commence à donner des cours à l'Institut catholique de Paris en 1912. Il y est nommé professeur adjoint, rattaché à la chaire d'histoire de la philosophie moderne, en 1914, puis professeur titulaire en 1921. En 1928, il reçoit la chaire de logique et de cosmologie.[32]

Formé d'abord dans le sillage de Bergson, Maritain se convertit au catholicisme avec son épouse Raïssa, puis se tourne vers Thomas d'Aquin, dont il devient l'un des grands interprètes contemporains. Son enseignement parisien, ses livres sur l'art, la morale et la politique, et plus tard son rôle dans la préparation intellectuelle de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, font de la rue d'Assas l'une des adresses du renouveau thomiste européen.[33]

« La philosophie thomiste est une philosophie de l'être, et à ce titre elle est de toutes les époques. » Formule souvent citée de l'enseignement de Maritain, qui résume son projet parisien : relire Thomas d'Aquin comme un contemporain, non comme une pièce de musée.[34]

Étienne Gilson, l'historien de la philosophie médiévale

Étienne Gilson (1884-1978) n'a pas été le titulaire d'une chaire de l'Institut catholique de Paris. Son parcours institutionnel passe par l'université de Strasbourg de 1919 à 1921, puis par la Sorbonne, où il enseigne l'histoire de la philosophie médiévale de 1921 à 1932, avant le Collège de France. En 1929, il fonde à Toronto l'Institut pontifical d'études médiévales.[35]

Le rattacher à la seule Catho serait donc inexact. Le rattacher au rayonnement catholique parisien de l'entre deux guerres est en revanche juste : Gilson, Maritain et leurs cercles partagent les mêmes revues, les mêmes éditeurs, les mêmes étudiants et la même conviction que la philosophie médiévale, loin d'être un âge obscur, porte une métaphysique de l'être d'une portée permanente. L'institut conserve aujourd'hui une chaire de métaphysique qui porte son nom, signe d'une filiation revendiquée plus que d'un poste occupé.[36]

Jean Daniélou, le patrologue devenu doyen et cardinal

Le jésuite Jean Daniélou (1905-1974), formé en philologie classique et en théologie, enseigne à l'Institut catholique de Paris de 1943 à 1969, et il en est le doyen de la faculté de théologie pendant les cinq dernières années de cet enseignement.[37] Ses travaux sur Grégoire de Nysse, Origène et Philon d'Alexandrie, puis son Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée, renouvellent la lecture des Pères de l'Église.

En 1946, il publie l'article qui donne son programme au courant dit du ressourcement : revenir aux sources patristiques, bibliques et liturgiques pour répondre aux questions du présent, au lieu de répéter une scolastique desséchée. Ce courant, porté aussi par Henri de Lubac et par les dominicains du Saulchoir, prépare intellectuellement le concile Vatican II, où Daniélou est expert. Paul VI le crée cardinal en 1969.[38]

« Le christianisme est une histoire, et la théologie doit être une théologie de l'histoire. » Thèse centrale de l'Essai sur le mystère de l'histoire de Daniélou, qui relie son enseignement parisien à sa lecture des Pères grecs.[39]

Yves Congar, le dominicain du Saulchoir en dialogue avec Paris

Yves Congar (1904-1995) n'a pas davantage détenu de chaire à l'Institut catholique de Paris. Dominicain, il est professeur de théologie fondamentale au Saulchoir à partir de 1931, d'abord à Kain en Belgique, puis à Étiolles près de Paris à partir de 1937, où il conduit un cours d'ecclésiologie qui renouvelle la théologie de l'Église.[40]

Sa place dans cet article est celle d'une figure du même Paris théologique, en dialogue permanent avec les professeurs et les étudiants de la rue d'Assas. Son œuvre sur l'œcuménisme, la vraie et fausse réforme de l'Église, la théologie du laïcat et la Tradition, puis son rôle d'expert au concile Vatican II et sa création comme cardinal en 1994, appartiennent à l'histoire commune du catholicisme français, dont l'ICP est l'un des pôles, sans que Congar en ait été salarié.[41][42]

Distinguer Maritain et Daniélou, professeurs de la maison, de Gilson et Congar, figures majeures de son horizon parisien, n'affaiblit pas le portrait. Il le rend vérifiable, et c'est la condition pour qu'un lecteur puisse le citer sans risque.

Ce que l'Institut catholique de Paris n'est pas

Ni une université d'État, ni un simple séminaire

L'institut délivre deux familles de diplômes qu'il ne faut pas confondre. Les diplômes canoniques de théologie, de droit canonique et de philosophie sont conférés au nom du Saint Siège et reconnus dans tout le système universitaire catholique mondial. Les diplômes d'État, licences et masters des facultés de lettres, de sciences sociales ou d'éducation, sont préparés et reconnus selon les conventions avec l'État et les universités partenaires.[43]

L'institut n'est pas non plus un séminaire diocésain. Des séminaristes y suivent des cours, mais la majorité de ses étudiants sont des laïcs, en formation initiale ou continue, français et étrangers. Sa qualification EESPIG de 2015 le situe exactement là : un établissement privé qui participe au service public de l'enseignement supérieur, sans être administré par l'État.[44]

Une université catholique parmi d'autres en France

Paris n'est pas seule. Lille, Lyon, Angers et Toulouse portent elles aussi des instituts ou universités catholiques nés du même mouvement de 1875. L'Institut catholique de Paris s'en distingue par son ancienneté parisienne, son site des Carmes, le poids de sa faculté de théologie et de sa faculté de droit canonique, et le nombre de ses étudiants. À l'étranger, la comparaison la plus proche est celle des universités pontificales romaines pour les grades canoniques, et des grandes universités catholiques américaines pour l'amplitude des facultés, à une échelle parisienne plus resserrée.[45]

Pour le lecteur qui rencontre sans cesse, dans les notes d'Ignispedia, la mention d'une thèse soutenue à l'Institut catholique de Paris, d'un professeur de la Catho ou de la revue Transversalités, sa revue de recherche, cet article donne désormais l'adresse exacte de cette mention : une université catholique née d'une loi de liberté, devenue institut par une loi de restriction, et restée, depuis 1875, l'un des lieux où la théologie francophone se fait.

Pour aller plus loin

Le site officiel de l'institut, icp.fr, donne ses grandes dates, la liste de ses facultés et instituts, ses bibliothèques et sa revue Transversalités. Pour l'histoire des débuts, Pierre-Louis Péchenard, L'Institut catholique de Paris, 1875-1901, reste le récit de première main d'un recteur. Dans Ignispedia, lire aussi le Collège des Bernardins pour l'autre grande adresse théologique parisienne contemporaine, Jean Daniélou et les articles sur le concile Vatican II pour la génération du ressourcement.

Notes et références

  1. Institut catholique de Paris, pages officielles de présentation, icp.fr : fondé en 1875, héritier des collèges d'humanités, six facultés, instituts spécialisés, écoles associées et unité de recherche Religion, Culture et Société.

    1 24 28 45
  2. Institut catholique de Paris, présentation publique : dix mille étudiants en 2017, année de l'inauguration du campus parisien rénové. Les présentations récentes regroupent six facultés, des instituts spécialisés, des écoles associées et trois campus, Paris, Reims et Rouen.

    2 22
  3. Loi du 18 mars 1880 relative à la liberté de l'enseignement supérieur, qui interdit aux établissements libres de prendre le titre d'université et réserve à l'État la collation des grades. Principe repris depuis dans le Code de l'éducation.

    3 13
  4. Institut catholique de Paris, histoire du campus : installation sur l'ancien couvent des Carmes, projet de Gabriel Ruprich-Robert, première phase de rénovation de 1894 à 1897, transfert de propriété à l'État après la loi de séparation, rachat en 1927, travaux de 1929-1930 puis de 1932-1933. Style néogothique dominant.

    4 9 15 16
  5. Jacques Maritain, Stanford Encyclopedia of Philosophy : cours à l'Institut catholique de Paris dès 1912, professeur adjoint rattaché à la chaire d'histoire de la philosophie moderne en 1914, professeur titulaire en 1921, chaire de logique et de cosmologie en 1928.

    5 32 33 34
  6. Jean Daniélou, enseignement à l'Institut catholique de Paris de 1943 à 1969, dont les cinq dernières années comme doyen de la faculté de théologie. Travaux sur Grégoire de Nysse, Origène et Philon, Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée, article programme du ressourcement en 1946, expert au concile Vatican II, cardinal en 1969.

    6 37 38
  7. Loi du 12 juillet 1875 relative à la liberté de l'enseignement supérieur, dite loi Laboulaye, texte publié au Journal officiel du 13 juillet 1875. Elle met fin au monopole d'État de la collation des grades et autorise les établissements libres d'enseignement supérieur.

    7 10
  8. Pierre-Louis Péchenard, L'Institut catholique de Paris, 1875-1901, Paris, 1901. Histoire de la fondation et du premier quart de siècle par le recteur en exercice de 1896 à 1907, source primaire pour les chaires, les effectifs et les finances des débuts.

    8 12
  9. Maurice Le Sage d'Hauteroche d'Hulst, notices biographiques convergentes : appelé en 1873 par le cardinal Guibert à l'administration du diocèse de Paris, organisateur principal de l'université catholique ouverte après la loi du 12 juillet 1875, recteur de 1875 à 1896 selon la liste des recteurs de l'institut.

    11
  10. Institut catholique de Paris, présentation des formations canoniques : baccalauréats, licences et doctorats canoniques de théologie, de droit canonique et de philosophie conférés au nom du Saint Siège. Les autres licences et masters sont reconnus selon les conventions avec l'État.

    14 43
  11. Institut catholique de Paris, présentation institutionnelle : association régie par la loi de 1901, reconnue d'utilité publique en 1941.

    17
  12. Qualification d'établissement d'enseignement supérieur privé d'intérêt général, EESPIG, attribuée à l'Institut catholique de Paris en 2015, selon la base WHED de l'Association internationale des universités et la présentation de l'institut.

    18 44
  13. Alfred Loisy (1857-1940), professeur d'Écriture sainte à l'Institut catholique de Paris, écarté de son enseignement, puis excommunié en 1908. Figure française de la crise moderniste, avec Émile Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, Casterman, 1962, réédition Albin Michel, 1996, comme étude de référence.

    19
  14. Liste des recteurs de l'Institut catholique de Paris : Maurice d'Hulst 1875-1896, Pierre-Louis Péchenard 1896-1907, Alfred Baudrillart 1907-1942, Jean Calvet pro recteur 1942-1946, Émile Blanchet 1946-1966, Paul Poupard 1971-1981, Pierre Eyt 1981-1986, Patrick Valdrini 1992-2004, Philippe Bordeyne 2011-2021, Emmanuel Petit depuis 2021.

    20
  15. Philippe Bordeyne, né le 21 décembre 1959, doyen du Theologicum de 2006 à 2011, recteur de l'Institut catholique de Paris de 2011 à 2021, puis président de l'Institut pontifical Jean-Paul II à Rome.

    21
  16. Institut catholique de Paris, présentation des campus de Reims et de Rouen, en lien avec les facultés, la chaire Histoire et Patrimoine du Moyen Âge à Reims et les formations délocalisées de l'institut.

    23
  17. Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Institut catholique de Paris, le Theologicum : faculté canonique habilitée par le Saint Siège à délivrer les grades de théologie et à former prêtres, religieux et laïcs.

    25
  18. Instituts de recherche de l'Institut catholique de Paris : Institut d'études augustiniennes, Institut d'études médiévales, Institut français d'études byzantines, Institut d'histoire des missions, Institut des sciences bibliques, présentés sur icp.fr, rubrique Recherche.

    26
  19. Code de droit canonique de 1983, traduction française officielle du Saint Siège réalisée avec les facultés de droit canonique de l'Université Saint Paul d'Ottawa et de l'Institut catholique de Paris, texte disponible sur vatican.va.

    27
  20. Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, fondation en 1925 à Paris par le métropolite Euloge Guéorguievsky, Anton Kartashev, Lev Liperovsky et Mikhail Ossorguine, avec le soutien actif de John Mott, prix Nobel de la paix. Enseignement ouvert dès l'année 1925-1926.

    29
  21. Institut Saint-Serge, histoire de l'école de Paris : Georges Florovsky, Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff parmi les théologiens orthodoxes majeurs ayant enseigné ou rayonnné depuis l'institut parisien, héritier des académies théologiques russes.

    30
  22. Yves Congar, dominicain, engage dès les années 1930 un dialogue œcuménique soutenu avec les protestants et les orthodoxes, notamment parisiens. Ses cours d'ecclésiologie au Saulchoir et ses publications sur l'unité de l'Église en font un interlocuteur majeur de l'Institut Saint-Serge et des théologiens de la rue d'Assas.

    31 42
  23. Étienne Gilson (1884-1978) : professeur d'histoire de la philosophie à Strasbourg de 1919 à 1921, puis à l'Université de Paris de 1921 à 1932 pour l'histoire de la philosophie médiévale, fondateur en 1929 de l'Institut pontifical d'études médiévales de Toronto, ensuite professeur au Collège de France.

    35
  24. Chaire de métaphysique Étienne Gilson de l'Institut catholique de Paris, présentée sur icp.fr, rubrique Recherche et Chaires, en filiation avec l'œuvre métaphysique de Gilson.

    36
  25. Jean Daniélou, Essai sur le mystère de l'histoire, Paris, Seuil, 1953. La théologie de l'histoire y relie la lecture patristique grecque à une intelligence du temps et des civilisations.

    39
  26. Yves Congar (1904-1995), dominicain, professeur de théologie fondamentale au Saulchoir à partir de 1931, cours d'ecclésiologie dès 1932, transfert du Saulchoir de Kain à Étiolles en 1937, expert au concile Vatican II, cardinal en 1994.

    40 41