Mircea Eliade (1907-1986) est, avec l'Allemand Rudolf Otto et l'Allemand Joachim Wach, l'une des figures majeures qui ont donné à l'étude comparée des religions son statut de discipline autonome au XXᵉ siècle[12]. Professeur pendant trente ans à l'université de Chicago, où il fonde en 1961 la revue History of Religions et dirige, dans ses dernières années, la monumentale Encyclopedia of Religion (16 volumes, 1987)[13][14], Eliade a construit une œuvre abondante de livres savants et de romans qui décrit, par-delà la diversité des cultures, une structure universelle de l'expérience religieuse : l'irruption du sacré — la hiérophanie (la manifestation du sacré dans les choses) — dans l'espace et le temps profanes. Ses concepts (dialectique du sacré et du profane, axis mundi ou axe du monde, éternel retour ou temps cyclique du mythe, homo religiosus ou homme religieux des sociétés traditionnelles, camouflage du sacré dans le monde moderne) ont façonné pendant deux générations l'enseignement universitaire des sciences religieuses, bien au-delà des départements de théologie.
Mais l'homme qui a consacré sa vie savante à décrire le sacré porte aussi, dans sa jeunesse roumaine, un engagement politique dont il ne s'est jamais expliqué publiquement de façon satisfaisante : de 1936 à 1938, il a soutenu par la plume la Garde de Fer, mouvement légionnaire roumain nationaliste, mystique et ouvertement antisémite, avant de servir, après un bref poste d'attaché culturel à Londres (avril 1940 – février 1941)[15], la Roumanie alliée de l'Axe comme diplomate — secrétaire de presse puis conseiller culturel — à Lisbonne de 1941 à 1945[16]. Cet article présente successivement l'homme — enfance, Inde, scandale littéraire, engagement légionnaire, exil, gloire américaine —, la doctrine du savant — hiérophanie, sacré et profane, temps mythique, terreur de l'histoire —, puis un regard catholique qui distingue soigneusement ce que l'œuvre d'Eliade doit à une intuition religieuse réelle de ce qu'elle emporte, sous couvert de neutralité scientifique, comme dissolution comparatiste de l'unicité du Christ — sans jamais mettre entre parenthèses, par égard pour l'érudition, l'ombre légionnaire qui accompagne toute sa vie.
Une jeunesse roumaine entre érudition précoce et quête spirituelle
Naissance sous le signe des Quarante Martyrs
Mircea Eliade naît à Bucarest dans une famille orthodoxe roumaine : son père, Gheorghe Eliade (né Ieremia), est officier de l'armée roumaine ; sa mère se nomme Jeana Vasilescu[17]. L'acte de naissance l'enregistre au 28 février 1907 du calendrier julien alors en usage à l'état civil roumain — soit le 13 mars 1907 du calendrier grégorien[18]. Eliade lui-même a toujours préféré retenir le 9 mars, jour de la fête liturgique orthodoxe des Quarante Martyrs de Sébaste, associant sa naissance à cette fête plutôt qu'à sa date d'état civil strictement exacte[19][20] — geste révélateur d'un tempérament pour qui le temps sacré du calendrier liturgique importait davantage que l'exactitude administrative profane, bien avant qu'il n'en fasse la clef de voûte de sa pensée savante. Pour lever toute confusion calendaire : la Roumanie civile n'adopte le calendrier grégorien qu'en 1919 (le 31 mars julien étant suivi du 14 avril grégorien), tandis que l'Église orthodoxe roumaine ne passe au nouveau calendrier qu'en 1924[21].
Formation à Bucarest : philosophie et Renaissance italienne
Après une scolarité au collège national Spiru Haret de Bucarest, où il compte parmi ses condisciples les frères Arșavir et Haig Acterian[22], Eliade s'inscrit de 1925 à 1928 à la Faculté de philosophie et lettres de l'université de Bucarest. Il y soutient un mémoire consacré à la philosophie italienne de la Renaissance, de Marsile Ficin à Giordano Bruno[23]. Dès cette période, sa curiosité encyclopédique se porte simultanément sur l'alchimie, l'occultisme, les religions orientales et l'histoire des idées : un éclectisme qui restera la marque de toute son œuvre savante ultérieure.
L'Inde de Dasgupta et l'ashram de Rishikesh (1928-1933)
Grâce à une bourse obtenue après avoir lu la traduction anglaise de l'Histoire de la philosophie indienne du sanskritiste bengali Surendranath Dasgupta, Eliade part pour l'Inde fin 1928 et s'inscrit à l'université de Calcutta, où il étudie le sanskrit et la philosophie indienne sous la direction de Dasgupta lui-même de 1928 à 1932[24][25]. En 1930-1931, il séjourne six mois à l'ashram de Swami Sivananda, à Rishikesh, dans l'Himalaya, où il s'initie concrètement aux techniques du yoga et de la méditation — expérience directe qui nourrira son futur ouvrage savant sur le sujet[26]. Il rentre à Bucarest en 1932 et soutient en 1933 une thèse de doctorat sur les techniques du yoga, publiée en 1936 sous le titre Yoga : essai sur les origines de la mystique indienne[27].
Maitreyi : un roman et un scandale
Le séjour indien laisse une trace plus intime : hébergé chez Dasgupta, le jeune Eliade tombe amoureux de la fille de son maître, Maitreyi Devi, alors âgée de seize ans et déjà poétesse reconnue au Bengale. La liaison, découverte, provoque son expulsion immédiate de la maison familiale[28]. Eliade en tire, en 1933, le roman autobiographique Maitreyi (traduit en français sous le titre La Nuit bengali), qui connaît un grand succès en Roumanie — prix national de 1933 — mais scandalise une partie de la critique conservatrice pour sa liberté de ton[29] — un scandale que redoublera, en 1936, la parution de deux autres romans, Domnișoara Christina et Isabel și apele diavolului, dénoncés par la presse d'extrême droite roumaine comme « pornographiques »[30]. Maitreyi Devi elle-même répondra bien plus tard, en 1974, par son propre roman Na Hanyate, offrant une version indienne et très différente de cette liaison de jeunesse[31].
Repères chronologiques
- 28 fév. (julien) / 13 mars (grégorien) 1907Naissance à Bucarest
- 1928-1933Calcutta et Rishikesh
- 1933Maitreyi
- 1936-1938Engagement légionnaire
- 1940-1945Diplomatie de guerre
- 1945-1956Exil parisien
Rédige le Traité d'histoire des religions et Le Mythe de l'éternel retour (tous deux 1949), Le Chamanisme (1951), Forgerons et alchimistes (1956)[43].
- 1956Arrivée à Chicago
- 1957Le Sacré et le Profane
Publie sa synthèse la plus lue, traduite dans des dizaines de langues.
- 1961Fondation de History of Religions
Crée avec Joseph Kitagawa et Charles H. Long la première revue universitaire entièrement dédiée à l'histoire des religions[46].
- 1976-1983Histoire des croyances et des idées religieuses
Publie en trois volumes sa somme de synthèse, de la préhistoire aux mouvements religieux contemporains.
- 22 avril 1986Mort à Chicago
Meurt à 79 ans ; laisse inachevée l'Encyclopedia of Religion, publiée en 1987 sous sa direction posthume par Charles J. Adams et son équipe[47].
Le clerc, Nae Ionescu et la tentation légionnaire (1933-1938)
Le cercle Criterion et le « trăirisme »
De retour d'Inde, Eliade devient en 1933 l'assistant bénévole de Nae Ionescu, professeur de métaphysique et de logique à l'université de Bucarest, figure intellectuelle dominante et de plus en plus engagée à l'extrême droite roumaine[48][49]. Eliade appartient au même moment au cercle littéraire et culturel Criterion — association fondée à Bucarest à l'automne 1932 —, qui réunit une génération de jeunes intellectuels roumains — parmi lesquels le futur philosophe Emil Cioran et le futur dramaturge Eugène Ionesco — autour d'un existentialisme vitaliste que les Roumains appellent le trăirisme (de a trăi, « vivre »), une exaltation de l'expérience vécue, de l'engagement authentique et du dépassement du rationalisme bourgeois qui, chez plusieurs membres du cercle, glissera vers l'engagement politique radical[50][51].
D'une défense des savants juifs expulsés (1934) à la ferveur légionnaire (1936-1938)
La trajectoire politique d'Eliade dans les années 1930 est documentée avec précision par les historiens et n'est ni linéaire ni univoque à ses débuts. En 1933, il signe un manifeste d'intellectuels roumains condamnant les lois raciales de l'Allemagne nazie[52]. En 1934, lorsque Nae Ionescu publie une préface ouvertement antisémite au roman De două mii de ani de son ami juif Mihail Sebastian, Eliade prend ses distances : il critique la thèse théologique de la « damnation » du peuple juif que défend son maître, tout en refusant de qualifier le texte lui-même d'antisémite[53]. La même année, il déplore publiquement l'expulsion de savants juifs des universités roumaines — citant nommément le sémitisant Moses Gaster, le linguiste Heimann Hariton Tiktin et le philologue Lazăr Șăineanu comme des pertes intellectuelles pour le pays[54].
Cette relative modération ne survit pas à l'année 1936, où Eliade dénonce dans la presse une prétendue « invasion juive » des régions de Maramureș et de Bessarabie, imputée selon lui à la faiblesse des dirigeants politiques roumains[55]. À partir de 1937, son adhésion à la Garde de Fer (Legiunea Arhanghelului Mihail, fondée en 1927, mouvement ultranationaliste, antidémocratique et antisémite structuré autour d'un mysticisme orthodoxe détourné et du culte de son chef Corneliu Zelea Codreanu[56]) devient publique et militante. Il rejoint l'organisation politique légale du mouvement, Totul pentru Țară (« Tout pour la Patrie »), participe à la campagne électorale légionnaire de 1937 dans le département de Prahova (la notice anglophone relevant son inscription sur la liste des responsables départementaux du parti publiée par Buna Vestire)[57][58], et publie dans les journaux légionnaires Sfarmă-Piatră et Buna Vestire une série d'articles faisant l'éloge de Codreanu et de ses lieutenants Ion Moța et Vasile Marin, tombés au combat en Espagne aux côtés de Franco[59]. Il y présente le mouvement légionnaire — selon le résumé qu'en donnent les historiens d'après ses articles, au premier rang desquels Zigu Ornea citant son texte de 1937 — comme une révolution chrétienne destinée à créer une Roumanie nouvelle, seule capable selon lui de réconcilier la Roumanie avec Dieu[60][61]. Le 17 décembre 1937, sous le titre De ce cred în biruinţa Mişcării Legionare (« Pourquoi je crois à la victoire du Mouvement légionnaire »), publié dans Buna Vestire, il présente le rapport entre Roumains et Juifs comme un combat existentiel dont dépendrait, selon lui, le relèvement national — texte que les biographes documentent comme le point culminant, littéraire, de son adhésion légionnaire[62][63].
Il faut le dire avec la même clarté que les meilleurs biographes d'Eliade : le résumé français ci-dessus n'est pas un verbatim vérifié du texte roumain original — aucun fac-similé de Buna Vestire, n° 244, ni le texte roumain exact n'ayant pu être consultés directement pour cet article. Il traduit les versions anglaises courantes dans les synthèses (« a Christian revolution aimed at creating a new Romania », « to reconcile Romania with God »), lesquelles remontent à Zigu Ornea citant l'article d'Eliade de 1937 (Anii treizeci. Extrema dreaptă românească, Bucarest, Editura Fundației Culturale Române, 1995, p. 203, référence reprise par la notice anglophone) ; la référence archivistique du texte le plus cité — De ce cred în biruinţa Mişcării Legionare (« Pourquoi je crois à la victoire du Mouvement légionnaire »), Buna Vestire, an I, n° 244, 17 décembre 1937, pp. 1-2, repris dans le recueil Mircea Handoca (éd.), Textele « legionare » şi despre « românism », Cluj-Napoca, Dacia, 2001 — est donnée en note[64][65]. La présentation ne prétend donc pas restituer l'intégralité nuancée de chaque texte, mais l'essentiel solidement établi de leur contenu et de leur tonalité.
L'arrestation de 1938 et l'internement à Miercurea-Ciuc
Le 14 juillet 1938, après que le roi Carol II a lancé une répression générale contre le mouvement légionnaire (qui se soldera, en novembre, par l'exécution extrajudiciaire de Codreanu lui-même), Eliade est arrêté avec de nombreux autres sympathisants[66]. Il refuse de signer la déclaration de désolidarisation que le régime exige des personnes arrêtées pour obtenir leur libération — geste qui, pour les historiens, atteste la sincérité au moins ponctuelle de son engagement, quelles qu'aient pu être ses réserves ultérieures[67]. Détenu trois semaines au siège de la Sûreté de l'État, il est transféré dans un camp improvisé à Miercurea-Ciuc, en Transylvanie ; des problèmes de santé motivent sa libération le 12 novembre 1938[68][69].
Les années de guerre : Londres, Lisbonne, l'éloge de Salazar (1940-1945)
Le 10 avril 1940, le gouvernement libéral probritannique de Gheorghe Tătărăscu nomme Eliade attaché culturel à l'ambassade de Roumanie à Londres[70]. Après la rupture des relations diplomatiques roumano-britanniques en février 1941, il est transféré à Lisbonne où, de 1941 à 1945, il sert comme secrétaire de presse puis conseiller culturel à l'ambassade de Roumanie, représentant un État roumain alors allié de l'Axe sous le régime autoritaire d'Ion Antonescu[71][72]. En 1942, il publie un ouvrage consacré à l'Estado Novo portugais, Salazar şi revoluţia în Portugalia, qui fait l'éloge du régime corporatiste et autoritaire d'António de Oliveira Salazar — ouvrage que les historiens de sa période lisboète (Sergiu Miculescu ; Carlo Ginzburg) et les synthèses biographiques rangent parmi ses écrits d'admiration déclarée pour le régime de l'Estado Novo[73][74]. Le 7 juillet 1942, il est reçu par Salazar lui-même, chargé de transmettre à Antonescu un message l'incitant à envisager un retrait roumain du front de l'Est[75]. À l'automne 1943, un voyage dans la France occupée le conduit à rencontrer Emil Cioran, l'ethnologue Georges Dumézil et l'écrivain collaborationniste Paul Morand, puis, à Berlin, le juriste Carl Schmitt[76] — autre indice d'une proximité, au moins circonstancielle, avec les milieux intellectuels de l'Europe fasciste en guerre.
L'exil parisien et la naissance du savant (1945-1956)
La défaite de l'Axe rend impossible tout retour d'Eliade en Roumanie, désormais sous contrôle communiste : les nouvelles autorités le classent, en raison de son passé légionnaire et diplomatique, parmi les intellectuels indésirables. Il s'installe à Paris, où il vit dans une précarité matérielle réelle pendant plus de dix ans, subsistant de traductions, de cours et d'articles, avant que son œuvre savante ne s'impose[77]. C'est cette décennie parisienne qui produit l'ossature de son système : le monumental Traité d'histoire des religions (1949, traduit en anglais sous le titre Patterns in Comparative Religion) dresse un inventaire comparatif des grandes catégories du sacré — le ciel, le soleil, l'eau, la pierre, la terre, la végétation, le temps et l'espace sacrés — à travers les civilisations ; la même année paraît Le Mythe de l'éternel retour (Cosmos and History), son livre le plus philosophique, consacré au temps mythique et à ce qu'il nomme la « terreur de l'histoire ». Suivent Le Chamanisme et les techniques archaïques de l'extase (1951), étude comparative des pratiques chamaniques sibériennes, nord-asiatiques et amérindiennes ; Images et symboles (1952), sur le symbolisme religieux ; et Forgerons et alchimistes (1956), qui interprète les pratiques métallurgiques et alchimiques traditionnelles comme des techniques d'initiation religieuse. Sur le plan littéraire, il publie en 1955 le roman Noaptea de Sânziene (Forêt interdite), que la critique tient souvent pour son œuvre de fiction la plus importante[78].
Chicago et l'école d'histoire des religions (1956-1986)
Succéder à Joachim Wach
En 1956, Eliade est invité à l'université de Chicago pour y donner les Haskell Lectures ; l'année suivante, il y obtient un poste permanent pour succéder au théologien et phénoménologue Joachim Wach, mort en 1955, qui y avait posé les bases méthodologiques d'une histoire des religions distincte de la théologie confessionnelle comme de l'anthropologie réductionniste[79][80]. Bien que Wach et Eliade ne se soient jamais rencontrés, la postérité les associe comme fondateurs conjoints de ce que l'on a appelé l'« école de Chicago » de l'histoire des religions — même si leurs méthodes respectives, l'une plus herméneutique et sociologique (Wach), l'autre plus morphologique et comparatiste (Eliade), diffèrent sensiblement[81]. Professeur titulaire de 1957 à sa retraite en 1983, Eliade y occupe à partir de 1962 la chaire de Sewell L. Avery Distinguished Service Professor, titre qu'il conserve comme professeur émérite jusqu'à sa mort[82][83].
Le Sacré et le Profane (1957) et la fondation d'une méthode
C'est à Chicago qu'Eliade fait paraître, en 1957, Le Sacré et le Profane — d'abord en allemand (Das Heilige und das Profane, Rowohlt), d'après son manuscrit français, puis en anglais en 1959 et en français en 1965[84] —, court essai de synthèse qui deviendra son livre le plus lu et le plus traduit, et qui expose de façon accessible l'ensemble de son système : la notion d'homo religiosus, l'homme des sociétés traditionnelles pour qui l'espace et le temps ne sont jamais homogènes mais ponctués d'irruptions du sacré.
History of Religions (1961) et l'Encyclopedia of Religion (1987)
En 1961, Eliade fonde avec ses collègues Joseph M. Kitagawa et Charles H. Long, à la Divinity School de Chicago, la revue History of Religions, première revue universitaire entièrement consacrée à ce champ disciplinaire[85]. À partir de la fin des années 1960, il porte avec Macmillan un projet éditorial d'une ampleur inédite : l'Encyclopedia of Religion, ouvrage collectif en seize volumes réunissant des centaines de contributeurs internationaux, destiné, selon les mots de Kitagawa, « à produire non un dictionnaire mais une véritable encyclopédie qui introduirait le lecteur cultivé et non spécialiste aux idées, pratiques et personnages importants de l'expérience religieuse de l'humanité, du Paléolithique à nos jours »[86]. L'ouvrage paraît en 1987 chez Macmillan, sous la direction éditoriale de Charles J. Adams et de son équipe, un an après la mort d'Eliade[87].
Une œuvre romanesque parallèle
Eliade ne cesse jamais d'écrire des œuvres de fiction en parallèle de son travail savant : nouvelles fantastiques, comme La Nuit bengali, et surtout la nouvelle tardive Tinerețe fără tinerețe (Jeunesse sans jeunesse, 1976), qui inspirera en 2007 un film de Francis Ford Coppola, Youth Without Youth, avec Tim Roth — signe de la notoriété que son œuvre, savante autant que littéraire, avait acquise dans la culture américaine de son vivant.
Les grandes œuvres savantes d'Eliade
| Année | Titre français | Titre original / anglais | Objet |
|---|---|---|---|
| 1936 | Le Yoga | Yoga: Essai sur les origines de la mystique indienne | Techniques du yoga et de la mystique indienne, d'après sa thèse de 1933 |
| 1949 | Traité d'histoire des religions | Patterns in Comparative Religion | Morphologie comparée des grandes catégories du sacré (ciel, eau, pierre, végétation, temps, espace) |
| 1949 | Le Mythe de l'éternel retour | Cosmos and History | Temps cyclique archaïque, régénération rituelle, « terreur de l'histoire » |
| 1951 | Le Chamanisme | Shamanism: Archaic Techniques of Ecstasy | Pratiques chamaniques sibériennes, nord-asiatiques et amérindiennes |
| 1952 | Images et symboles | Images and Symbols | Symbolisme religieux, centre du monde, arbre cosmique |
| 1956 | Forgerons et alchimistes | The Forge and the Crucible | Métallurgie et alchimie traditionnelles comme techniques d'initiation |
| 1957 | Le Sacré et le Profane | Das Heilige und das Profane (all., Rowohlt ; angl. The Sacred and the Profane, 1959) | Synthèse de la dialectique sacré/profane, homo religiosus |
| 1976-1983 | Histoire des croyances et des idées religieuses | A History of Religious Ideas (3 vol.) | Somme chronologique, de la préhistoire aux mouvements religieux du XXe siècle |
| 1987 | Encyclopedia of Religion (dir.) | — | 16 volumes, publication posthume, dir. Charles J. Adams |
La doctrine : l'homme religieux face au sacré
Hiérophanie : quand le sacré fait irruption
Le concept central de tout le système d'Eliade est celui de hiérophanie (du grec hieros, sacré, et phainein, montrer), qu'il préfère au terme plus restrictif de théophanie (apparition d'un dieu), parce que la manifestation du sacré peut, selon lui, prendre pour support n'importe quel objet — une pierre, un arbre, un lieu, un être humain — sans que cet objet cesse pour autant d'être ce qu'il est dans le monde profane[88].
Eliade définit la hiérophanie comme l'irruption du sacré qui découpe, au sein de l'espace homogène profane, un territoire à part, qualitativement différent, et fonde ainsi un lieu sacré[89][90].
Il distingue les hiérophanies « simples » (le sacré se manifeste à travers un objet) des hiérophanies « complexes » — au sommet desquelles il place, de façon significative pour l'analyse catholique qui suit, l'Incarnation du Christ, qu'il traite comme la « hiérophanie suprême »[91] — la manifestation la plus totale du sacré dans l'histoire, mais formellement rangée dans la même catégorie morphologique que les autres hiérophanies étudiées par sa méthode comparative.
L'espace sacré : centre du monde et axis mundi
Pour l'homo religiosus, l'espace n'est jamais homogène : il existe des lieux qualitativement différents du reste, où le sacré a fait irruption — sanctuaires, temples, montagnes sacrées — et qui fonctionnent comme un centre du monde, point de jonction entre ciel, terre et enfers, souvent symbolisé par un axe vertical, l'axis mundi (arbre cosmique, montagne, colonne, échelle)[92]. Bâtir un temple, pour les civilisations archaïques qu'étudie Eliade, c'est reproduire rituellement la cosmogonie elle-même : faire surgir un cosmos ordonné à partir du chaos environnant, exactement comme les dieux l'ont fait à l'origine.
Le temps sacré : mythe, rite et éternel retour
De façon symétrique, le temps profane — linéaire, irréversible, celui de l'histoire quotidienne — s'oppose pour l'homme archaïque à un temps sacré, circulaire et réversible, accessible par le rite et le mythe. Célébrer une fête religieuse, pour l'homme traditionnel, ce n'est pas commémorer un événement passé : c'est réactualiser un événement primordial survenu in illo tempore (« en ce temps-là »), le faire de nouveau présent par la répétition rituelle d'un archétype[93]. Cette logique de la répétition rituelle des origines est ce qu'Eliade appelle le « mythe de l'éternel retour » : le Nouvel An archaïque, par exemple, rejoue chaque année la cosmogonie elle-même, la victoire primordiale de l'ordre sur le chaos, permettant à la communauté de « recommencer » symboliquement le temps du monde[94].
La « terreur de l'histoire » et l'exception judéo-chrétienne
C'est dans Le Mythe de l'éternel retour qu'Eliade développe la thèse la plus originale — et, pour un lecteur catholique, la plus intéressante — de son œuvre : celle de la « terreur de l'histoire ». Pour l'homme archaïque, protégé par les mythes et les rites de répétition, les catastrophes historiques n'ont en elles-mêmes aucun sens propre ; elles ne prennent sens qu'en tant qu'elles répètent, une fois de plus, un modèle mythique déjà connu[95]. L'homme moderne, au contraire, n'a plus cette protection : ayant perdu la capacité archaïque d'abolir l'histoire par le rite, il se trouve exposé nu à la « terreur » d'événements singuliers, irréversibles, qui ne peuvent être rachetés par aucune répétition mythique.
Eliade situe la rupture décisive dans la révélation biblique elle-même : les prophètes d'Israël, écrit-il en substance, réinterprètent les catastrophes historiques (invasions, exils, défaites) non plus comme des répétitions d'un modèle cosmique mais comme des actes de Dieu dans l'histoire, des interventions personnelles qui donnent sens à l'événement historique en tant que tel[96]. La vie de Moïse devient un événement unique et irréversible ; l'attente du Messie promet une fin de l'histoire porteuse de salut. Le judéo-christianisme invente ainsi, selon Eliade, une temporalité linéaire et eschatologique radicalement étrangère à l'ontologie archaïque du temps circulaire — et c'est cette même structure linéaire, sécularisée, qui soutiendra ensuite la philosophie moderne du progrès, des Lumières jusqu'aux évolutionnismes du XIXe et du XXe siècle[97]. Pour l'homme moderne qui a perdu la foi biblique sans retrouver l'abri du mythe archaïque, conclut Eliade, seule une foi de type judéo-chrétien — croire que l'histoire est portée par un dessein rédempteur — permet encore d'affronter sans désespoir la « terreur de l'histoire »[98].
Ce point mérite d'être souligné avant même la discussion critique qui suit : sur la question précise de la valeur de l'histoire, Eliade ne nivelle pas le judéo-christianisme dans la masse indifférenciée des religions archaïques — il lui reconnaît au contraire, sur ce point précis, une rupture qualitative réelle. C'est ailleurs, dans son traitement morphologique du sacré en général, que la difficulté se noue.
Camouflage du sacré dans le monde moderne sécularisé
Dans ses derniers essais, Eliade avance que le sacré ne disparaît jamais complètement, même dans les sociétés les plus sécularisées : il se camoufle dans des formes profanes — cinéma, littérature, idéologies politiques, nostalgie du paradis perdu de l'enfance — qui reproduisent, sans le savoir, des structures mythiques archaïques (initiation, quête du paradis, combat cosmique du bien et du mal). Cette thèse du « camouflage du sacré dans le profane » a exercé une influence durable sur l'étude des mythologies politiques modernes et de la culture populaire, bien au-delà du cercle des spécialistes de religion.
La méthode : contre le réductionnisme
Sur le plan méthodologique, l'apport revendiqué d'Eliade — et celui qui vaut, avec Wach, la fondation de l'« école de Chicago » — est le refus du réductionnisme : contre les explications qui ramènent le fait religieux à autre chose que lui-même (fonction sociale chez Durkheim, projection psychologique chez Freud, aliénation économique chez Marx), Eliade soutient que le sacré doit d'abord être compris « sur son propre plan de référence », comme une réalité sui generis irréductible à ses conditions sociales, psychologiques ou économiques[99].
Un regard catholique sur Mircea Eliade
Une intuition réelle : contre le réductionnisme scientiste
Il faut d'abord reconnaître ce qui, dans le geste intellectuel d'Eliade, rejoint une conviction que l'Église catholique elle-même n'a jamais cessé de défendre : le sens religieux de l'homme n'est pas une illusion réductible à une fonction sociale, à une projection psychologique ou à une aliénation économique. Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne que le désir de Dieu est « inscrit dans le cœur de l'homme », que « l'homme est un être religieux » et que ce désir « ne peut jamais s'éteindre totalement » (CCC 27-28, 44). Le concile Vatican II, dans la déclaration Nostra Aetate, va dans le même sens :
« L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui [...] reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie". » — Concile Vatican II, Nostra Aetate, 28 octobre 1965, § 2[100]
En ce sens précis, l'insistance d'Eliade contre le réductionnisme scientiste rejoint, par des voies purement phénoménologiques et sans le vouloir théologiquement, une intuition que la doctrine catholique du désir naturel de Dieu et des semina Verbi — les « semences du Verbe » présentes dans les cultures humaines — avait formulée bien avant lui, et pour des raisons entièrement différentes.
La dérive comparatiste : dissoudre l'unicité du Christ dans la morphologie du sacré
Mais l'usage qu'Eliade fait de cette intuition prend, en cours de route, une direction que la doctrine catholique ne peut pas suivre. Sa méthode consiste à ranger côte à côte, dans une même morphologie comparée, les hiérophanies les plus diverses — une pierre sacrée mélanésienne, un rite chamanique sibérien, un mythe cosmogonique babylonien et, en son sommet, l'Incarnation du Christ elle-même, présentée comme « hiérophanie suprême » mais structurellement analogue aux autres. Or c'est très précisément ce type de mise en équivalence formelle, quelle que soit la qualité savante dont elle s'entoure, que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a explicitement récusée dans la déclaration Dominus Iesus (2000) : le texte dénonce « les théories relativistes qui cherchent à justifier le pluralisme religieux » et qui contestent « l'unicité et l'universalité salvifique du mystère de Jésus-Christ »[101], rejette « la thèse qui soutient le caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions »[102], et exclut « radicalement la mentalité indifférentiste "imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que toutes les religions se valent" »[103].
« [Est exclue] radicalement [...] la mentalité indifférentiste "imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que 'toutes les religions se valent'". » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dominus Iesus, 6 août 2000, § 22[104]
Le Christ n'est pas, pour la foi catholique, une hiérophanie parmi d'autres, fût-elle qualifiée de « suprême » à l'intérieur d'un même continuum morphologique : il est Dieu fait homme, un événement historique unique, non répétable, non substituable, qui ne relève d'aucun « archétype » antérieur qu'il viendrait seulement réactualiser une fois de plus. En traitant l'Incarnation comme le sommet d'une série de hiérophanies analogues entre elles par structure, la méthode comparatiste d'Eliade produit, sans le formuler explicitement comme une thèse théologique, exactement l'effet que Dominus Iesus dénonce chez les théologiens du pluralisme religieux qui s'en inspirent : elle nivelle par la forme ce que la foi affirme radicalement différent par le fond. Ce débat général sur la thèse selon laquelle « toutes les religions diraient au fond la même chose » — et sur ce que l'Église y oppose depuis Nostra Aetate jusqu'à Dominus Iesus — a déjà été traité en détail dans l'article Ignispedia « Toutes les religions disent la même chose au fond », auquel on renvoie pour l'exposé complet ; ce qui est propre à Eliade, et qui mérite d'être noté ici, c'est que sa version de cette dérive ne vient pas d'une théologie pérennialiste explicite comme celle de Guénon ou de Schuon — sur laquelle voir René Guénon (1886-1951) —, mais d'une méthode prétendument neutre et scientifique de description morphologique, ce qui la rend plus difficile à repérer et, pour cette raison même, plus insidieuse dans son influence sur des générations d'étudiants en sciences religieuses.
Une ambiguïté féconde : quand Eliade lui-même retrouve l'exception biblique
Il faut noter, par honnêteté intellectuelle, la tension interne que porte sa propre œuvre : dans Le Mythe de l'éternel retour, on l'a vu, Eliade accorde lui-même au judéo-christianisme une singularité de fond — l'invention d'une histoire porteuse de sens, face à laquelle l'ontologie archaïque circulaire n'a rien à offrir. Cette page d'Eliade contredit, en un sens, le nivellement comparatiste que pratique par ailleurs sa méthode morphologique : quand il aborde la question du temps et du sens de l'histoire, il retrouve spontanément l'exception biblique que sa grille générale des hiérophanies tend, elle, à effacer. Un lecteur catholique peut légitimement retenir cette page comme la meilleure part de son œuvre, précisément parce qu'elle échappe, sur ce point précis, à la logique nivelante qui domine le reste de son système.
L'ombre légionnaire : une question de vérité et de justice, pas seulement d'érudition
Une encyclopédie catholique ne peut pas non plus traiter la question légionnaire comme un simple à-côté biographique sans rapport avec l'évaluation de l'œuvre. Que l'on juge sévèrement ou avec plus de nuance l'ampleur exacte de son engagement — les historiens eux-mêmes restent partagés, certains le qualifiant sans détour de fasciste et d'antisémite militant, d'autres insistant sur la complexité et les contradictions apparentes de son parcours[105] — un fait demeure incontestable et documenté : Eliade a soutenu par ses écrits, entre 1936 et 1938, un mouvement structurellement antisémite et violent, et il n'a jamais, après-guerre, produit d'explication publique claire, de rétractation ou d'excuse à l'adresse des victimes de ce mouvement. L'écrivain roumain Norman Manea, rescapé de la déportation en Transnistrie durant son enfance, l'a souligné avec une force particulière dans son essai Happy Guilt, publié dans The New Republic le 5 août 1991 : le titre même de l'essai reprend l'expression que l'on trouve dans le journal intime d'Eliade, qui qualifiait rétrospectivement son adhésion légionnaire de felix culpa — « heureuse faute »[106]. Un tel silence, une telle esquive théologique du vocabulaire de la faute appliqué à soi-même, ne peuvent pas être mis entre parenthèses au nom de la seule qualité savante de l'œuvre : la vérité et la justice due aux victimes de l'antisémitisme roumain des années 1930-1940 priment sur le prestige académique, fût-il aussi considérable que celui de Mircea Eliade.
Postérité et réception
Culianu, l'héritier assassiné (1991)
Le disciple le plus brillant d'Eliade à Chicago, le savant roumain Ioan Petru Culianu (1950-1991), spécialiste du gnosticisme et de la magie renaissante, élève d'Eliade devenu professeur d'histoire des religions à la Divinity School[107]. Culianu, qui avait pris ses distances critiques avec certaines thèses de son maître et publiait dans la presse roumaine, après la chute de Ceaușescu, des articles qui lui valurent des menaces, est retrouvé assassiné le 21 mai 1991, tué d'une balle dans la tête dans les toilettes proches de son bureau à Swift Hall, le bâtiment même de la Divinity School où avait enseigné Eliade[108]. Le crime demeure à ce jour non élucidé ; l'hypothèse d'un assassinat politique lié à ses articles — notamment la piste des réseaux de l'ancienne police secrète roumaine — a été évoquée sans être formellement établie[109].
Une figure toujours discutée
Depuis les années 1990, une abondante littérature historique et biographique — notamment les travaux de Mac Linscott Ricketts, traducteur américain de son Autobiographie et biographe le plus complet d'Eliade en anglais pour ses années roumaines, et les débats qu'a suscités l'essai de Norman Manea — a rouvert et approfondi le dossier du passé légionnaire d'Eliade, sans parvenir à un consensus définitif sur l'ampleur exacte de son engagement ni sur la sincérité de sa réserve d'après-guerre[110][111]. Cette discussion continue de traverser, aujourd'hui encore, tout enseignement sérieux de l'histoire des religions comme discipline universitaire, tant l'empreinte méthodologique d'Eliade y demeure profonde.
Postérité culturelle
Au-delà du cercle universitaire, l'œuvre d'Eliade a diffusé son vocabulaire — hiérophanie, sacré/profane, axis mundi, éternel retour — bien au-delà des départements de sciences religieuses, jusque dans la mythocritique littéraire et cinématographique (on pense à l'influence parallèle et convergente de Joseph Campbell sur le cinéma hollywoodien). L'adaptation en 2007 par Francis Ford Coppola de sa nouvelle Jeunesse sans jeunesse a également introduit le nom d'Eliade auprès d'un public qui ignorait tout de l'historien des religions.
Pour aller plus loin
- Sur la thèse selon laquelle toutes les religions se vaudraient au fond, et sur la réponse catholique de Nostra Aetate à Dominus Iesus, voir « Toutes les religions disent la même chose au fond ».
- Sur le traditionalisme guénonien, autre courant comparatiste non chrétien du XXe siècle, voir René Guénon (1886-1951).
- Sur la doctrine hindoue que la méthode comparative d'Eliade prend souvent comme matériau privilégié, voir L'hindouisme.
- Sur la pratique chrétienne du yoga que ses travaux ont contribué à populariser en Occident, voir Un catholique peut-il pratiquer le yoga ?.
- Sur l'objection de la pluralité des religions telle qu'elle se pose à l'apologétique catholique, voir Comment répondre à l'objection des religions multiples ? et Les 5000 religions et le « dieu des spaghettis volants ».
- Sur la question des miracles rapportés hors du christianisme, voir Peut-il y avoir des miracles dans d'autres religions ?.
- Sur l'orthodoxie roumaine dans laquelle Eliade fut baptisé, voir Que dit l'Église sur les orthodoxes ?.
- Sur l'alchimie et les courants ésotériques qu'a étudiés Eliade en savant plutôt qu'en adepte, voir L'ésotérisme.
Notes et références
University of Chicago Library, « Guide to the Mircea Eliade Papers 1926-1998 » (ICU.SPCL.ELIADEM, Hanna Holborn Gray Special Collections Research Center), notice biographique — « Mircea Eliade (13 March 1907-22 April 1986), author and historian of religions, was born in Bucharest Romania to Gheorge Eliade, an army officer, and Ioana Stoenescu Vasile » ; le père avait changé le nom de famille d'Ieremia en Eliade ; collaboration au journal Cuvântul et mentorat de Nae Ionescu ; études en Inde à partir de 1928 (bourse d'un maharaja pour cinq ans, bienfaiteur mort après deux ans, gîte chez Dasgupta, liaison avec sa fille découverte, renvoi, six mois de yoga à Rishikesh sous Swami Shivananda, retour sous la menace de la conscription) ; professeur invité en 1956 (Haskell Lectures), professeur à la Divinity School et au Committee on Social Thought de 1957 à 1986, puis chaire dotée Sewell L. Avery Distinguished Service Professor. Variante du nom de la mère : la notice anglophone (Wikipédia, d'après Ricketts) donne « Jeana née Vasilescu » là où le guide de Chicago donne « Ioana Stoenescu Vasile » (Ioana/Jeana étant variantes du même prénom).
1 5 10 17 18 24 26 32 34 44 48 79« Mircea Eliade », Encyclopedia.com (notices Gale, vues mai 2018) — né le 9 mars 1907 à Bucarest, père officier et mère Ioana ; collège Spiru-Haret (1917) ; Cuvântul et « Spiritual Itinerary » (1927) ; Italie au printemps 1928, mémoire sur la philosophie italienne « from Marsilio Ficino to Giordano Bruno » ; bourse du Maharaja et trois ans en Inde ; doctorat en 1933 sur le yoga, publié en français en 1936 (Yoga : Essai sur les origines de la mystique indienne) ; enseigne à Bucarest dès 1933 ; Maitreyi : succès critique et public, prix national 1933 ; association Criterion fondée à l'automne 1932 ; refus de signer la déclaration de désolidarisation, camp de Miercurea-Ciuc puis sanatorium ; attaché culturel à Londres et à Lisbonne ; exil parisien (pauvreté depuis 1945, bourse Bollingen 1951) ; Haskell Lectures 1956, poste de professeur et de directeur du département en 1957 ; titre Sewell Avery Distinguished Service Professor ; fondation de la revue et œuvres majeures avec leurs dates (1949, 1951, 1952, 1954, 1956, History of Religious Ideas 1976-1983) ; retraite en 1983, chaire créée en son honneur en 1985, mort le 22 avril 1986 ; bibliographie : Mac Linscott Ricketts, Mircea Eliade: The Romanian Roots, 1907-1945, 2 vol., Boulder (Colo.), East European Monographs, 1988.
2 6 8 19 23 25 27 29 35 37 38 41 43 49 50 67 68 71 77 78 82« Forty Martyrs of Sebaste », ONE Magazine, Catholic Near East Welfare Association (CNEWA) — « The Eastern churches celebrate the Feast of the Forty Martyrs of Sebaste on March 9 ».
3 20 33Wendy Doniger, préface à la réédition de Mircea Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques de l'extase, Princeton University Press, 2004, p. xiii — lieu d'inhumation : Oak Woods Cemetery, Chicago.
4University of Chicago Library, « Guide to the Mircea Eliade Papers 1926-1998 » (finding aid ICU.SPCL.ELIADEM, lib.uchicago.edu, lu par lecture directe) — « until he was appointed as the Romanian cultural attaché to London in April 1940 » ; « In 1941, following Romania's entry into World War II as a member of the Axis powers, Eliade was reappointed to Portugal », « the remainder of war as a cultural attaché in the Romanian legation in Lisbon ». Date exacte du 10 avril 1940, gouvernement du libéral probritannique Gheorghe Tătărăscu et transfert à Lisbonne après la rupture britannico-roumaine du 10 février 1941 : « Ioan P. Culianu: Mircea Eliade and the ideal of the universal man », Axis Mundi (2021) — « On April 10, 1940, Mircea Eliade was appointed cultural advisor to the Romanian Embassy in London by the government of the pro-British liberal G. Tataresco [...] When, on February 10, 1941, Britain severed diplomatic relations with Romania, Eliade was transferred to Lisbon » ; corroboré pour avril 1940 par la notice anglophone (« In April 1940 [...] he became Cultural Attaché to the United Kingdom, a posting cut short when Romanian-British foreign relations were broken »).
7 15 40 70Sergiu Miculescu, « Mircea Eliade, Under the Terror of History (1941-1945) », Analele Universităţii Ovidius, Philologie, 2012 — radiographie de la période 1941-1945 passée par Eliade à Lisbonne comme conseiller culturel, après son départ de Roumanie en avril 1940 ; Carlo Ginzburg, « Ambivalent » (dans Julien Ries et Natale Spineto (dir.), Deux explorateurs de la pensée humaine : Georges Dumézil et Mircea Eliade, Turnhout, Brepols, 2003) — « between 1941 and 1945, during his stay in Lisbon as press secretary at the Romanian legation » ; NOVA Université de Lisbonne, « Mircea Eliade, un défenseur du régime autoritaire de Salazar ? » — années à la légation de Roumanie à Lisbonne, rencontres répétées avec Salazar et livre sur le dictateur portugais.
9 16 42 72 74Gabriela Pohoata, « Mircea Eliade — The Professor with the Vocation of Universality », Euromentor (2011) — « holder of the Sewel L. Avery chair at the University of Chicago beginning with 1962 » et « naturalized U.S. citizen in 1966 » ; corroboré par la nécrologie « Mircea Eliade Remembered » (McGill Journal of Education, 1986) : « In 1962, he was appointed the Sewell L. Avery Distinguished Service Professor » ; par Klaus Karttunen, Persons of Indian Studies : « From 1957 Professor of history of religions there and from 1962 Sewell L. Avery Distinguished Service Professor » ; et par la notice Gale, qui place l'attribution de la chaire l'année suivant la fondation de la revue (1961). Divergences secondaires : la notice anglophone (Wikipédia) place cette nomination en 1964, et la synthèse EBSCO Research Starters en 1963 ; la date de 1962, retenue ici, est celle de la nécrologie contemporaine (McGill Journal of Education, 1986) recoupée par Karttunen, Pohoata et Gale.
11 83« Chicago school (religion) », Encyclopaedia Britannica, britannica.com/topic/Chicago-school-religion, et page de syllabus universitaire « The "Chicago school" », myweb.ttu.edu/jhowe/syllabi/Chicago%20School%20Phenomenology.html (consultés juillet 2026) — Eliade et Joachim Wach considérés comme cofondateurs de l'école de Chicago d'histoire des religions ; Eliade invité en 1956 pour les Haskell Lectures puis titularisé en 1957 pour succéder à Wach, mort en 1955 ; les deux hommes ne se sont jamais rencontrés ; méthode fondée sur le refus du réductionnisme psychologique, sociologique et économique du fait religieux, celui-ci devant être compris « sur son propre plan de référence ».
12 45 80 81 99« Kitagawa, Joseph M. », Encyclopedia.com — Kitagawa joue un rôle décisif dans la nomination d'Eliade à Chicago ; avec Charles H. Long, ils fondent la revue History of Religions: An International Journal for Comparative Studies (1961–) ; citation de Kitagawa sur l'ambition de l'Encyclopedia of Religion : « to produce not a dictionary but a genuine encyclopedia that would introduce educated, nonspecialist readers to important ideas, practices, and persons in the religious experience of humankind from the Paleolithic past to our day » ; premier numéro en 1961 (Christian Wedemeyer et Wendy Doniger (dir.), Hermeneutics, Politics, and the History of Religions, Oxford University Press — « History of Religions 1 », 1961).
13 46 85 86The Encyclopedia of Religion, Mircea Eliade (editor in chief), Charles J. Adams et al. (éd.), New York, Macmillan, 1987, 16 volumes — catalogue de la National Library of Australia ; Routledge Encyclopedia of Philosophy, art. « Eliade, Mircea (1907-86) » — « acted as editor-in-chief of Macmillan's Encyclopedia of Religion (1987) » ; genèse du projet : Lindsay Jones, « Remaking an Encyclopedia » (Ohio State University, 2005) — projet lancé par l'éditeur Jeremiah Kaplan (Macmillan), avec Claude Conyers comme senior editor, Eliade recruté ensuite comme rédacteur en chef ; l'ouvrage paraît en 1987, un an après la mort d'Eliade survenue le 22 avril 1986, sous la direction éditoriale de Charles J. Adams et de son équipe.
14 47 87Passage civil au grégorien en 1919 — Charles H. Pankey, « The Royal Romanian Order of the Star », Journal of the Orders and Medals Society of America, vol. 50 : « The Danubian Romanians used the Julian calendar until 31 March 1919 at which time they adopted the Gregorian calendar and moved forward to 14 April 1919 » ; étude sur la question du calendrier (Bulgarie, Russie en 1918, Serbie et Roumanie en 1919, congrès interorthodoxe de Constantinople en 1923) ; Église orthodoxe roumaine, passage au nouveau calendrier en 1924, avec Constantinople, la Grèce, l'Albanie, la Géorgie et Chypre (étude sur les vieux-calendaristes, Analele Bucovinei, 2022, analelebucovinei.ro).
21Mac Linscott Ricketts, Mircea Eliade: The Romanian Roots, 1907-1945, 2 vol., Boulder (Colo.), East European Monographs, 1988 — biographie de référence des années roumaines : chronologie politique 1933-1938 (manifeste de 1933, préface Sebastian de 1934, savants juifs expulsés, Maramureș 1936, Totul pentru Țară, campagne de Prahova, articles de Sfarmă-Piatră et de la Buna Vestire dont le « De ce cred în biruinţa Mişcării Legionare » du 17 décembre 1937, arrestation du 14 juillet 1938 et camp de Miercurea-Ciuc, libération du 12 novembre 1938), années de guerre (Londres, Lisbonne, réception par Salazar du 7 juillet 1942, voyage de l'automne 1943) ; Ricketts est aussi le traducteur américain de l'Autobiographie d'Eliade, vol. 1 (Journey East, Journey West, Harper & Row, 1981) et vol. 2 (Exile's Odyssey, University of Chicago Press, 1988).
22 30 39 51 52 53 54 55 57 59 60 62 64 66 69 75 76 105 110University of Chicago Press, page de présentation de A Terrible Hurt (dossier Maitreyi) — Maitreyi Devi a seize ans en 1930 quand Eliade est invité à vivre dans la maison de son père ; leur liaison dure quelques mois ; les parents découvrent la relation, Eliade doit quitter la maison Dasgupta et reçoit l'ordre de ne plus jamais contacter Maitreyi ; traductions de Maitreyi : italien 1945, allemand 1948, français 1950, espagnol 1952, anglais 1993. Pour la réponse de Maitreyi Devi, Na Hanyate (1974) : Mihaela Gligor, Romanian Journal of Indian Studies (« Between Two Worlds ») — roman publié en 1974 après sa visite à Chicago, réplique au récit d'Eliade.
28 31 36Encyclopaedia Britannica, art. « Iron Guard » (britannica.com/topic/Iron-Guard) et « Corneliu Codreanu » — principal mouvement fasciste roumain, fondé en 1927 par Corneliu Zelea Codreanu comme Légion de l'Archange Michel, marqué dès ses années universitaires par l'antisémitisme militant ; National Library of Israel, notice d'autorité — mouvement fondé en 1927 par Codreanu, « strongly anti-democratic, anti-communist, and antisemitic » ; sur le mysticisme orthodoxe détourné, le culte du chef et l'histoire du mouvement : Zigu Ornea, Anii treizeci. Extrema dreaptă românească, Bucarest, 1995, et Mac Linscott Ricketts, biographie de référence en 2 vol., 1988 (voir note ricketts-1988).
56Buna Vestire, an I, n° 244, 17 décembre 1937, pp. 1-2 : « De ce cred în biruinţa Mişcării Legionare » (« Pourquoi je crois à la victoire du Mouvement légionnaire ») — référence archivistique donnée par l'échange savant « Mircea Eliade and Antisemitism: An Exchange », Los Angeles Review of Books, lareviewofbooks.org (consulté octobre 2026), corroborée par le Journal 1935-1944 de Mihail Sebastian à la date du 17 décembre 1937, par l'étude roumaine reprise dans Buzatu & Treptow, Romanian Crucible, et par la recension savante citant la réédition dans Mircea Handoca (éd.), Textele « legionare » şi despre « românism », Cluj-Napoca, Dacia, 2001 (« originally published in Buna Vestire 1, 244, 17 Decembrie 1937, pp. 1-2 »). Le texte roumain exact n'a pas été consulté directement pour cet article : les formulations anglaises courantes dans les synthèses (« a Christian revolution aimed at creating a new Romania », « to reconcile Romania with God ») remontent à Zigu Ornea, Anii treizeci. Extrema dreaptă românească, Bucarest, Editura Fundației Culturale Române, 1995, p. 203 (référence reprise par la notice anglophone : « Eliade, 1937, in Ornea, p. 203 ») ; le résumé français du corps est traduit de ces versions anglaises et présenté comme tel, sans forme citation.
58 61 63 65Mircea Eliade, Salazar şi revoluţia în Portugalia (Salazar et la révolution au Portugal), Bucarest, Editura Gorjan, 1942 ; rééd. Bucarest, Editura Scara, 2002 — ouvrage d'éloge du régime salazariste, dont la préface est reprise en appendice de The Portugal Journal (trad. Mac Linscott Ricketts, SUNY Press). Le texte roumain exact n'ayant pu être revérifié mot à mot sur numérisation accessible pour cet article, le corps ne retient que la lecture des historiens : Sergiu Miculescu sur la période lisboète 1941-1945, Carlo Ginzburg sur l'ambivalence du séjour portugais, et la synthèse EBSCO (« whose brand of neutral national socialism he admired ») ; aucune formule entre guillemets n'est attribuée à Eliade pour cet ouvrage.
73Mircea Eliade, The Sacred and the Profane, New York, Harcourt Brace, 1959 (trad. Willard R. Trask) — page de copyright : « Originally translated from the French into German and published in Germany under the title Das Heilige und das Profane », © 1957 Rowohlt Taschenbuch Verlag, © 1959 Harcourt Brace ; première édition allemande : Hambourg, Rowohlt, 1957 ; première édition française : Paris, Gallimard, 1965 (Le Sacré et le profane).
84Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, Paris, Payot, 1949 (angl. Patterns in Comparative Religion, 1958) — morphologie comparée des manifestations du sacré ; Le Sacré et le Profane, chap. I consacré à l'espace sacré (éd. all. Hambourg, Rowohlt, 1957 ; trad. angl. 1959 ; Paris, Gallimard, 1965) — l'hiérophanie comme irruption du sacré qui fonde un lieu à part au sein de l'espace profane homogène, le sacré pouvant prendre pour support tout objet sans que celui-ci cesse d'appartenir au monde profane ; la gradation « de la plus élémentaire hiérophanie — par exemple la manifestation du sacré dans un objet quelconque, une pierre ou un arbre — [...] jusqu'à la hiérophanie suprême, l'incarnation de [Dieu] » est d'Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris, Gallimard, 1957, p. 167 (citée dans Cristina Scarlat (coord.), Mircea Eliade, Once Again, Editura Lumen).
88 89 91Mircea Eliade, Images et symboles. Essais sur le symbolisme magico-religieux, Paris, Gallimard, 1952 — chap. 1, « Symbolisme du centre », pp. 33-72 de la réédition Gallimard 1980 (chapitre et pagination cités par les travaux savants : revue Caerdroia ; rééd. 1980, pp. 33-72) : centre du monde et axis mundi (arbre cosmique, montagne, colonne, échelle), temple comme reproduction rituelle de la cosmogonie ; recoupé avec les synthèses académiques de son œuvre (Encyclopaedia Britannica, art. « Mircea Eliade », et Encyclopedia.com, art. « Eliade, Mircea (1907-1986), Scholar of World Religions », consultés juillet 2026).
90 92Mircea Eliade, Le Mythe de l'éternel retour. Archétypes et répétition, Paris, Gallimard, 1949 (angl. Cosmos and History: The Myth of the Eternal Return, 1954) — quatre chapitres : « Archétypes et répétitions », « Régénération du temps », « "Malheur" et "histoire" », « Terreur de l'histoire » (descriptif éditeur ; notice PhilPapers). Le résumé du corps suit ces chapitres : répétition rituelle des archétypes in illo tempore et régénération périodique du temps par les rites du Nouvel An (chap. I-II) ; réinterprétation des catastrophes par les prophètes hébreux comme actes de Dieu dans l'histoire, vie de Moïse comme événement unique, attente messianique et invention judéo-chrétienne d'une temporalité linéaire prolongée par les philosophies modernes du progrès (chap. III-IV).
93 94 95 96 97 98Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 2, texte officiel en français, vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651028_nostra-aetate_fr.html (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) : « Depuis les temps les plus reculés jusqu'à aujourd'hui, on trouve dans les différents peuples une certaine perception de cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine » ; « L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu'elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » ; « Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" ».
100Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclaration Dominus Iesus sur l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ et de l'Église, 6 août 2000, § 4, texte officiel en français, vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20000806_dominus-iesus_fr.html (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) : « la pérennité de l'annonce missionnaire de l'Église est aujourd'hui mise en péril par des théories relativistes » qui cherchent à justifier le pluralisme religieux, contestant « l'unicité et l'universalité salvifique du mystère de Jésus-Christ ».
101Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dominus Iesus, art. cit., § 6 — récusation de « la thèse qui soutient le caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions ».
102Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dominus Iesus, art. cit., § 22 — exclusion « radicale » de « la mentalité indifférentiste "imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que 'toutes les religions se valent'" », et rappel que les non-chrétiens « se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut ».
103 104Norman Manea, « Happy Guilt », The New Republic, 5 août 1991 — essai consacré au passé légionnaire de Mircea Eliade et à son silence d'après-guerre, dont le titre reprend l'expression felix culpa (« heureuse faute ») que l'on trouve dans le journal intime d'Eliade lui-même pour qualifier rétrospectivement son adhésion légionnaire ; synthèse recoupée sur mystical-politics.blogspot.com/2017/03/norman-manea-on-mircea-eliade-in-his.html (consulté juillet 2026), qui confirme la date de publication et la polémique hostile que l'essai suscita dans la presse roumaine post-communiste.
106 111University of Chicago Library, « Guide to the Ioan P. Culianu Papers 1883-1991 » (lib.uchicago.edu, ICU.SPCL.CULIANU) — Ioan Petru Culianu (1950-1991), historien roumain des religions, « mentored by Mircea Eliade », spécialiste de la magie et du mysticisme renaissants, enseignant à la Divinity School ; « Culianu was murdered in the University of Chicago's Swift Hall, a crime that remains unsolved » ; le fonds (correspondance, notes, manuscrits, 1974-1991 pour l'essentiel) est conservé au Hanna Holborn Gray Special Collections Research Center. UChicago Alumni Review, « Fresh ink » — menaces reçues début 1991, tué par balle dans les toilettes de Swift Hall, piste présumée de la police secrète roumaine liée à ses articles publiés après la chute de Ceaușescu, affaire jamais résolue.
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