Que dit l'Église sur la pornographie ?

La pornographie est, pour l'Église catholique, une faute grave qui offense la chasteté et blesse la dignité de tous ceux qu'elle implique. Voici ce que disent le Catéchisme, la parole du Christ sur le regard, et la voie de guérison proposée aux personnes blessées.

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La pornographie — du grec pornê (prostituée) et graphein (écrire, représenter) — désigne, dans le langage de l'Église, la mise en scène délibérée d'actes sexuels pour les exhiber à des tiers. À la question « Que dit l'Église sur la pornographie ? », la réponse catholique est brève et ferme : c'est « une faute grave ».[1] Ce jugement ne tient pas en un slogan moralisateur ; il repose sur une raison précise — la pornographie « porte gravement atteinte à la dignité » des personnes — et il s'inscrit dans toute une vision de l'amour, du corps et de la pureté du cœur.[2]

Cet enseignement n'est ni récent ni marginal. Il prolonge une parole du Christ lui-même sur le regard et la convoitise (Mt 5, 28), il a été développé de façon magistrale par la théologie du corps de Jean-Paul II, et il a fait l'objet d'un document dédié dès 1989, à une époque où le fléau passait encore par la vidéo et la presse, bien avant la déferlante d'internet et du smartphone.[3][4]

Mais la fermeté doctrinale de l'Église s'accompagne toujours d'une parole d'espérance. Face à une pratique devenue, selon les évêques américains, « un problème de santé morale et publique » qui touche des millions de personnes, y compris beaucoup de croyants, l'Église ne se contente pas de condamner un acte : elle propose un chemin de guérison, distingue soigneusement la gravité objective de la faute et la culpabilité réelle de la personne, et rappelle que la miséricorde de Dieu est toujours offerte.[5]

Cet article expose ce que l'Église dit : la définition et la gravité de la pornographie, les personnes qu'elle blesse, ses racines spirituelles dans la convoitise, la continuité de cet enseignement dans l'Écriture et le Magistère, le combat pour la pureté du cœur, la question délicate de l'addiction, et la responsabilité collective des familles et de la société. Pour la distinction entre tentation et péché, on se reportera à l'article voisin Quelle différence entre tentation et péché ? ; pour la libération d'une habitude installée, à Comment lutter contre une addiction spirituellement ?.

Ce que dit l'Église en une phrase

La réponse de l'Église tient tout entière dans un paragraphe du Catéchisme de l'Église catholique, publié sous saint Jean-Paul II en 1992. C'est le point de départ obligé de toute réflexion catholique sur le sujet.

La définition du Catéchisme

Au numéro 2354, dans la section consacrée aux offenses à la chasteté, le Catéchisme définit et juge la pornographie en quelques lignes d'une grande densité :

« La pornographie consiste à retirer les actes sexuels, réels ou simulés, de l'intimité des partenaires pour les exhiber à des tierces personnes de manière délibérée. Elle offense la chasteté parce qu'elle dénature l'acte conjugal, don intime des époux l'un à l'autre. Elle porte gravement atteinte à la dignité de ceux qui s'y livrent (acteurs, commerçants, public), puisque chacun devient pour l'autre l'objet d'un plaisir rudimentaire et d'un profit illicite. Elle plonge les uns et les autres dans l'illusion d'un monde factice. Elle est une faute grave. Les autorités civiles doivent empêcher la production et la distribution de matériaux pornographiques. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2354[6]

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Ce texte est remarquablement structuré : il donne une définition (retirer l'acte sexuel de l'intimité pour l'exhiber), pointe quatre blessures (à la chasteté, à la dignité, à la vérité de l'amour, à la réalité elle-même), prononce un jugement (« une faute grave ») et tire une conséquence civile (le devoir des autorités publiques). Tout le reste de l'enseignement catholique n'en est que le déploiement.

« Une faute grave » : que signifie cette gravité

Dans le vocabulaire précis du Catéchisme, dire d'un acte qu'il est « une faute grave » signifie qu'il touche une matière grave : par son objet, la pornographie constitue un désordre sérieux de la vie morale, et non une simple imperfection.[7] La théologie catholique distingue toutefois la gravité objective de l'acte et la culpabilité subjective de la personne, qui peut être diminuée par l'ignorance, l'immaturité affective, l'angoisse ou la force d'une habitude contractée.[8] Cette distinction — développée plus bas — est capitale : elle permet à l'Église d'être ferme sur le principe sans jamais écraser les consciences. Sur la différence entre péché mortel et péché véniel, voir Quelle différence entre péché mortel et péché véniel ?.

Une parole d'espérance, pas seulement une condamnation

Il serait trompeur de réduire l'enseignement de l'Église à un interdit. Le Catéchisme place la pornographie dans un ensemble plus vaste : celui de la chasteté, présentée non comme une frustration mais comme « l'intégration réussie de la sexualité dans la personne » et une « énergie spirituelle » au service de l'amour véritable.[9] L'Église ne dit pas seulement « ne regarde pas cela » ; elle dit « tu es fait pour un amour plus grand ». C'est pourquoi la réponse pastorale des évêques américains de 2015 s'ouvre sur un verset du psaume 51 : « Crée en moi un cœur pur » — une prière, non un procès.[10]

La pornographie, offense à la chasteté et à la dignité

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Pourquoi l'Église juge-t-elle la pornographie si sévèrement ? Non par pudibonderie, mais parce qu'elle voit en elle une atteinte simultanée à plusieurs biens fondamentaux : la vérité de l'amour conjugal, la dignité des personnes exhibées, l'intériorité de celui qui regarde, et le rapport même à la réalité.

Ce que la pornographie fait à l'acte conjugal

Le premier motif du Catéchisme est que la pornographie « dénature l'acte conjugal, don intime des époux l'un à l'autre ».[11] Dans la vision catholique, l'union sexuelle a un langage propre : elle dit « je me donne à toi tout entier et pour toujours ». En extrayant l'acte de l'intimité des personnes pour le livrer au regard de tiers et à la logique du profit, la pornographie ment sur ce langage. Elle transforme un don en spectacle, une communion en consommation. C'est le même respect de la vérité du corps et du don total qui fonde d'autres enseignements de l'Église, comme celui exposé dans Que dit l'Église sur la contraception ?.

Ce qu'elle fait aux personnes filmées et vendues

Loin de toute abstraction, le Catéchisme nomme des personnes réelles : « acteurs, commerçants, public ».[12] Les premières victimes sont celles que l'industrie exhibe : réduites à un corps, exploitées, souvent piégées, elles deviennent, selon les mots du texte, « l'objet d'un plaisir rudimentaire et d'un profit illicite ». Le document de 1989 du Conseil pontifical pour les communications sociales insiste sur cette dimension : la pornographie et la violence médiatiques « suppriment ainsi la tendresse et la compassion, pour faire place à l'indifférence ».[13] Les évêques américains, en 2015, relèvent les liens de la pornographie avec la traite des personnes et l'exploitation sexuelle dans le monde, et rappellent que toute pornographie infantile constitue en soi une traite et un crime (section « A range of victims », p. 8).[14]

Ce qu'elle fait à celui qui regarde

Le spectateur n'est pas épargné : lui aussi, dit le Catéchisme, est atteint dans sa dignité, car il apprend à regarder l'autre comme un objet.[15] La pornographie forme le regard à la convoitise : elle habitue à séparer le corps de la personne, le plaisir de l'amour, le désir de l'engagement. Elle façonne des attentes faussées, abîme la capacité d'aimer réellement, et blesse les relations concrètes — ce que la réponse pastorale de 2015 documente longuement à propos des couples : sentiment de trahison, rupture de la confiance, souffrance des conjoints.[16]

« L'illusion d'un monde factice »

La quatrième blessure est peut-être la plus subtile : la pornographie « plonge les uns et les autres dans l'illusion d'un monde factice ».[17] Elle propose une contrefaçon de la rencontre humaine : des corps sans visage, un plaisir sans don, une intimité sans personne. En ce sens, elle n'est pas seulement une faute morale, mais une tromperie : elle promet une satisfaction qu'elle ne peut donner, et laisse le cœur plus vide qu'avant. C'est cette expérience de vide et de servitude que décrivent tant de personnes cherchant à s'en libérer.

Les racines spirituelles : la convoitise et « l'adultère dans le cœur »

L'Église ne traite pas la pornographie comme un problème purement extérieur. Elle en discerne la racine dans le cœur de l'homme, là où naît la convoitise. C'est le Christ lui-même qui a déplacé le regard vers cette source intérieure.

« Quiconque regarde une femme pour la désirer... »

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus radicalise la loi ancienne :

« Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. » — Évangile selon saint Matthieu, 5, 27-28[18]

Cette parole est décisive : elle situe le péché non d'abord dans l'acte visible, mais dans le regard convoiteux et dans le consentement du cœur. Elle fonde toute la morale catholique de la pureté intérieure, et elle vise très directement ce qu'est la pornographie : une éducation systématique du regard à la convoitise.

La théologie du corps de Jean-Paul II

Jean-Paul II en octobre 1980. Auteur inconnu, Gov.pl, via Wikimedia Commons ; CC BY 3.0 PL, fichier sans modification.

Entre 1979 et 1984, dans une série de 129 catéchèses du mercredi devenue célèbre sous le nom de théologie du corps, Jean-Paul II a médité longuement ce passage de Matthieu.[19] Le 16 avril 1980, il soulignait que, par cette parole, « le Christ déplace l'essence du problème et lui donne une autre dimension » : de l'acte extérieur, il descend « à l'intérieur de l'homme, sujet de la morale ».[20] Le pape y analyse la concupiscence — ce désir désordonné qui pousse à saisir l'autre au lieu de le recevoir comme un don — et montre que l'homme est appelé à retrouver, par la grâce, la vérité originelle de son corps et de son regard. C'est l'une des réponses les plus profondes que l'Église ait données au défi de la culture pornographique.

Source : Gov.pl · Wikimedia Commons · Licence CC BY 3.0 PL.

La luxure, un des sept péchés capitaux

La tradition classe le désir sexuel désordonné parmi les sept péchés capitaux, sous le nom de luxure. Le Catéchisme la définit ainsi :

« La luxure est un désir désordonné ou une jouissance déréglée du plaisir vénérien. Le plaisir sexuel est moralement désordonné quand il est recherché pour lui-même, isolé des finalités de procréation et d'union. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2351[21]

Saint Thomas d'Aquin, dans la Somme théologique, montre que la luxure n'est jamais isolée : elle engendre, entre autres, une descendance de vices — l'« aveuglement de l'esprit », la précipitation dans l'agir, l'inconstance, l'amour désordonné de soi et le détachement des biens éternels.[22] Cette analyse éclaire l'expérience contemporaine : la consommation pornographique n'affecte pas seulement la sexualité, mais obscurcit peu à peu le jugement, la volonté et la vie spirituelle tout entière.

La pudeur, gardienne de l'intimité

Face à la convoitise, l'Église propose la vertu de pudeur, qu'elle rattache à la tempérance :

« La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. Elle invite à la patience et à la modération dans la relation amoureuse [...]. Elle est discrétion. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2522[23]

La pudeur, précise le Catéchisme, « proteste [...] contre les explorations "voyeuristes" du corps humain » et « préserve l'intimité de la personne ».[24][25] Elle n'est pas prude : elle est la gardienne d'un secret. La pornographie est très exactement le contraire de la pudeur : elle fait de l'intimité un étalage.

Un enseignement constant : Écriture, Pères, Magistère

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Loin d'être une position réactive née de la vidéo ou d'internet, la condamnation catholique de la pornographie prolonge une doctrine ininterrompue de la pureté du cœur, enracinée dans l'Écriture et développée par les Pères, les docteurs et le Magistère.

Les racines bibliques

Bien avant le christianisme, la sagesse biblique associe le regard et le cœur. Le juste Job proclame :

« J'avais conclu un pacte avec mes yeux : comment, alors, aurais-je fixé du regard une jeune fille vierge ? » — Livre de Job, 31, 1[26]

Le psalmiste fait la même résolution : « Je ne mettrai devant mes yeux rien qui soit indigne » (Ps 101, 3).[27] Le Christ promet la vision de Dieu aux cœurs purs : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8).[28] Saint Paul, enfin, relie explicitement la pureté du corps à la dignité chrétienne : « Votre corps est un temple du Saint-Esprit [...]. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Co 6, 19-20), et il fait de la sanctification une abstention de l'impudicité (1 Th 4, 3-5).[29][30] Il invite enfin à emplir l'esprit de « tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur » (Ph 4, 8).[31]

Les Pères et les docteurs

Les Pères de l'Église ont fait de la garde du cœur et des sens une pièce maîtresse de la vie spirituelle, et les docteurs médiévaux ont bâti une analyse morale précise de la chasteté et de ses vices contraires. Saint Thomas d'Aquin consacre plusieurs questions de la Somme théologique à la luxure et à ses espèces.[32] Bien plus tard, saint François de Sales résumera cette longue tradition en une image lumineuse :

« La chasteté est le lis des vertus et, dès cette vie, elle nous rend presque semblables aux anges. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 12[33]

Loin d'un mépris du corps, cette tradition affirme au contraire sa grandeur : le corps est si noble qu'on ne peut le livrer au commerce du regard sans le trahir.

Le Catéchisme romain et le sixième commandement

Le Catéchisme du Concile de Trente (1566), dit Catéchisme romain, développait déjà longuement le sixième commandement (« Tu ne commettras pas d'adultère ») comme visant non seulement l'acte, mais aussi les regards, les pensées et les représentations impudiques.[34] Cette lecture large du commandement — qui inclut ce que nous appellerions aujourd'hui la pornographie — est reprise par le Catéchisme actuel, qui traite les offenses à la chasteté (dont la pornographie) au sein de l'explication de ce même commandement.[35]

Le document de 1989 : « Pornographie et violence dans les médias »

Le texte magistériel le plus directement consacré au sujet est la déclaration du Conseil pontifical pour les communications sociales, Pornographie et violence dans les médias : une réponse pastorale, signée le 7 mai 1989 par son président, Mgr John P. Foley, archevêque titulaire.[36] Le document, structuré en quatre parties — introduction (§ 1-8), effets (§ 9-18), causes (§ 19-20), remèdes (§ 21-32) — analyse les effets de la pornographie sur les individus et la société, ses causes (climat moral permissif, appât du gain, carence législative), et distribue les responsabilités entre sept secteurs (§ 22-29) : professionnels de la communication, parents, éducateurs, jeunes, public, autorités civiles et Église.[37] Il définit notamment la pornographie comme « la violation, grâce à l'usage des techniques audiovisuelles, du droit à la 'privacy' du corps humain dans sa nature mâle ou femelle » (§ 9) et enseigne que « l'autorité civile est tenue à prendre des dispositions rapides en vue d'affronter ce problème » (§ 28).[38] Ce document prolongeait l'enseignement du concile Vatican II sur les moyens de communication, notamment le décret Inter Mirifica (1963).[39]

Le combat pour la pureté du cœur

À la question « et concrètement ? », l'Église ne répond pas par la seule volonté crispée, mais par un combat spirituel ordonné, où la grâce joue le premier rôle. Le Catéchisme en donne la carte.

Les quatre moyens du Catéchisme

Au numéro 2520, le Catéchisme énumère les moyens de ce combat pour la pureté, offert au baptisé qui doit « continuer à lutter contre la concupiscence de la chair ».[40] Ils sont au nombre de quatre :

MoyenCe qu'il vise
La vertu et le don de chastetéAimer « d'un cœur droit et sans partage », intégrer la sexualité à la personne
La pureté d'intentionChercher en tout la volonté de Dieu, purifier le pourquoi de nos actes
La pureté du regardDiscipliner les sens et l'imagination, refuser la complaisance
La prièreDemander à Dieu la grâce que la seule volonté ne suffit pas à donner
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Ces quatre leviers montrent que la pureté n'est pas d'abord une performance, mais un don à demander et à accueillir. La chasteté, dit le Catéchisme, « est une œuvre longue et laborieuse » qu'on ne possède jamais une fois pour toutes.[41]

La garde des yeux

Parmi ces moyens, la tradition insiste particulièrement sur la pureté du regard, ou garde des yeux, dont le juste Job donnait déjà l'exemple par son « pacte avec ses yeux » (Jb 31, 1).[42] À l'ère du smartphone, où l'image pornographique est accessible en quelques secondes, cette vigilance concrète — filtres, comptes rendus de responsabilité, choix des occasions, hygiène numérique — retrouve une actualité brûlante. Elle rejoint la sagesse spirituelle constante : fuir l'occasion plutôt que combattre l'incendie déjà allumé. Sur la manière de ne pas confondre l'assaut de la tentation et le consentement du cœur, voir Quelle différence entre tentation et péché ?.

La grâce, la prière et les sacrements

Le Catéchisme conclut que le combat pour la pureté est impossible sans la prière et sans la grâce reçue dans les sacrements, en particulier l'Eucharistie et la Réconciliation.[43] La confession, loin d'être une humiliation, est le lieu où la miséricorde relève et refait des forces ; c'est là que se reçoivent le pardon et une aide réelle pour recommencer. Sur la manière de bien vivre ce sacrement, voir Comment faire une bonne confession ? ; sur l'assurance du pardon divin, Comment savoir si Dieu me pardonne ?.

Péché grave et culpabilité réelle : la question de l'addiction

C'est ici que l'enseignement de l'Église se révèle le plus délicat et le plus miséricordieux. Comment tenir ensemble la gravité objective de la pornographie et la réalité de personnes prisonnières d'une habitude qu'elles détestent ?

Faute objectivement grave, culpabilité subjective variable

L'Église distingue toujours deux choses : la gravité de l'acte en lui-même, et la responsabilité de la personne qui le pose. Un acte peut constituer une matière grave sans que la personne en porte à chaque fois toute la culpabilité. À propos d'un péché voisin, le Catéchisme énonce un principe qui vaut analogiquement pour la pornographie :

« Pour former un jugement équitable sur la responsabilité morale des sujets [...], on tiendra compte de l'immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l'état d'angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui peuvent atténuer, voire réduire au minimum, la culpabilité morale. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2352[44]

Autrement dit, l'Église peut dire « cet acte est objectivement grave » et, en même temps, « ta culpabilité, à toi qui luttes, est peut-être fortement diminuée ». Cette lucidité protège à la fois la vérité de la loi et la paix des consciences.

Quand l'habitude devient une dépendance

La consommation répétée de pornographie présente souvent les traits d'une véritable dépendance : compulsion, perte de contrôle, escalade, honte, rechutes. Les évêques américains relèvent en 2015 que la nouveauté du porno en ligne peut enivrer au point d'affecter la chimie du cerveau (section « Technology », p. 10), et que l'usage répété agit directement sur les circuits de la récompense, avec un effet comparable à celui de la cocaïne ou de l'alcool chez la personne dépendante, accompagné d'une escalade vers des images plus nombreuses ou plus extrêmes (section « Addiction », p. 12).[45] Cette dimension ne supprime pas la responsabilité, mais elle explique pourquoi la simple bonne volonté échoue si souvent, et pourquoi l'Église recommande d'associer les moyens spirituels (prière, sacrements, direction) à des moyens humains (accompagnement, entraide, parfois aide psychologique). L'approche est développée dans Comment lutter contre une addiction spirituellement ?.

Le chemin de guérison

C'est tout le sens de la réponse pastorale des évêques des États-Unis, Create in Me a Clean Heart (Crée en moi un cœur pur), adoptée le 17 novembre 2015 par 230 voix contre 4 et 1 abstention.[46] Le document s'adresse tour à tour aux enfants blessés dans leur innocence, aux hommes et aux femmes accablés de honte, aux conjoints trahis, et aux personnes exploitées par l'industrie. Son message central n'est pas la menace mais l'espérance : la guérison est possible, elle passe par la grâce du Christ, par la communauté chrétienne, par la persévérance et la miséricorde. L'Église regarde le pécheur non comme un coupable à punir, mais comme un blessé à relever.

La responsabilité collective : familles, éducateurs, société

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Enfin, l'Église refuse de faire de la pornographie une simple affaire de morale individuelle. Elle engage la responsabilité de tous ceux qui, par action ou par omission, façonnent le climat d'une société.

Les parents et les enfants

Le document de 1989 place les parents en première ligne : à eux d'éduquer le regard et le cœur de leurs enfants, de veiller à ce qui entre dans le foyer, et de donner l'exemple d'un amour vrai.[47] Les évêques de 2015 soulignent la gravité particulière de l'exposition précoce des enfants, dont « l'innocence est volée », et appellent les familles à la vigilance comme à la confiance.[48] La protection des plus jeunes est un devoir de justice, non une simple précaution.

Les médias et les autorités civiles

Le Catéchisme demande une « purification du climat social » et « des moyens de communication sociale une information soucieuse de respect et de retenue ».[49] Le document de 1989 en appelle explicitement aux autorités civiles, tenues « de prendre des dispositions rapides », ce que reprend la dernière phrase du § 2354 : « Les autorités civiles doivent empêcher la production et la distribution de matériaux pornographiques. »[50][51] L'Église ne réclame pas un ordre moral imposé par la force, mais la reconnaissance qu'une société a le droit et le devoir de protéger la dignité de ses membres, en particulier les plus faibles.

« Une purification du climat social »

Au fond, l'Église invite chacun — producteur, diffuseur, législateur, parent, citoyen, croyant — à prendre sa part d'un même combat pour une culture du respect. La pureté chrétienne, rappelle le Catéchisme, n'est pas une affaire privée : elle « demande une purification du climat social ».[52] C'est dire que la réponse à la pornographie n'est jamais seulement de dire non à une image, mais de reconstruire, à tous les niveaux, une manière juste de regarder l'autre — comme une personne, jamais comme un objet.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 2354, sur la pornographie (dans la section consacrée au sixième commandement et aux offenses à la chasteté). Texte officiel français, vatican.va. Le paragraphe qualifie la pornographie de « faute grave » et demande aux autorités civiles d'« empêcher la production et la distribution de matériaux pornographiques ».

    1 2 6 7 11 12 15 17 35 50
  2. Jean-Paul II, catéchèse du mercredi, audience générale du 16 avril 1980, dans la série sur la théologie du corps (129 catéchèses, 1979-1984), consacrée à l'analyse de Mt 5, 27-28 (« l'adultère dans le cœur »). Le pape y affirme que « le Christ déplace l'essence du problème et lui donne une autre dimension ». Texte officiel français, vatican.va.

    3 19 20
  3. Conseil pontifical pour les communications sociales, Pornographie et violence dans les médias : une réponse pastorale, 7 mai 1989, signé par son président Mgr John P. Foley, archevêque titulaire (nommé archevêque et président du Conseil en 1984). Document en 32 paragraphes : introduction (§ 1-8), effets (§ 9-18), causes (§ 19-20), remèdes (§ 21-32) ; sept secteurs de responsabilité (§ 22-29). Définition de la pornographie (§ 9) ; devoir des autorités civiles (§ 28). Texte officiel français, vatican.va.

    4 13 36 37 38 47 51
  4. Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), Create in Me a Clean Heart: A Pastoral Response to Pornography (Crée en moi un cœur pur : une réponse pastorale à la pornographie), déclaration formelle adoptée le 17 novembre 2015 à Baltimore par 230 voix pour, 4 contre et 1 abstention. Comité pour les laïcs, le mariage, la vie familiale et la jeunesse, présidé par Mgr Richard J. Malone. Passages cités dans l'article : introduction (p. 1) ; « Why pornography is an offense against chastity and human dignity » (p. 6) ; « A range of victims » (p. 8) ; « Technology » (p. 10) ; « Addiction » (p. 12). Texte intégral : usccb.org/cleanheart.

    5 10 14 16 45 46 48
  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 2352. Le principe de discernement de la culpabilité subjective (« immaturité affective », « force des habitudes contractées », « état d'angoisse ») y est énoncé à propos de la masturbation, mais s'applique analogiquement à tout péché en matière de chasteté, dont la pornographie. Texte officiel français, vatican.va.

    8 44
  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 2337, définition de la chasteté comme « l'intégration réussie de la sexualité dans la personne ». Texte officiel français, vatican.va.

    9
  7. Évangile selon saint Matthieu, 5, 27-28, traduction liturgique française (AELF). Parole du Christ sur le regard convoiteux comme « adultère dans le cœur », fondement de la morale catholique de la pureté intérieure.

    18
  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 2351, définition de la luxure. Texte officiel français, vatican.va.

    21
  9. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Secunda Secundæ (II-II), question 153, article 5, sur les « filles » de la luxure (luxuria) : aveuglement de l'esprit, étourderie, inconstance, précipitation, amour de soi, haine de Dieu, attachement au monde présent et désespoir du monde futur (la question 154 traite des espèces de la luxure). Édition de référence : Somme théologique, trad. sous la dir. de A.-M. Roguet, Éditions du Cerf, Paris.

    22 32
  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 2522, sur la pudeur qui « protège le mystère des personnes et de leur amour ». Texte officiel français, vatican.va.

    23
  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 2523, sur la pudeur qui proteste contre les « explorations "voyeuristes" du corps humain ». Texte officiel français, vatican.va.

    24
  12. Catéchisme de l'Église catholique, § 2521 : « La pureté demande la pudeur [...]. La pudeur préserve l'intimité de la personne. » Texte officiel français, vatican.va.

    25
  13. Livre de Job, 31, 1 : « J'avais conclu un pacte avec mes yeux : comment, alors, aurais-je fixé du regard une jeune fille vierge ? » Traduction liturgique française (AELF). Verset classique de la tradition sur la « garde des yeux ».

    26 42
  14. Psaume 101 (100), 3 : « Je ne mettrai devant mes yeux rien qui soit indigne. » Traduction française. Résolution du juste de ne pas se complaire dans les images du mal.

    27
  15. Évangile selon saint Matthieu, 5, 8 : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (sixième béatitude), traduction liturgique française (AELF). Reprise par le Catéchisme, § 2518.

    28
  16. Première lettre aux Corinthiens, 6, 18-20 : « Fuyez la fornication [...]. Votre corps est un temple du Saint-Esprit [...]. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. » Traduction liturgique française (AELF).

    29
  17. Première lettre aux Thessaloniciens, 4, 3-5 : « Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification : que vous vous absteniez de l'impudicité. » Traduction liturgique française (AELF).

    30
  18. Lettre aux Philippiens, 4, 8 : « Tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur [...] que tout cela soit l'objet de vos pensées. » Traduction liturgique française (AELF).

    31
  19. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IIIᵉ partie, ch. 12, « De la chasteté » : « La chasteté est le lis des vertus et, dès cette vie, elle nous rend presque semblables aux anges. » Nombreuses éditions ; texte intégral sur Wikisource et jesusmarie.com.

    33
  20. Catéchisme du Concile de Trente (Catéchisme romain), 1566, explication du sixième commandement (« Tu ne commettras pas d'adultère »), qui étend l'interdit aux regards, pensées et représentations impudiques.

    34
  21. Concile œcuménique Vatican II, décret Inter Mirifica sur les moyens de communication sociale, 4 décembre 1963. Fondement conciliaire de la doctrine de l'Église sur les médias, prolongé par le document de 1989. Texte officiel, vatican.va.

    39
  22. Catéchisme de l'Église catholique, § 2520, sur le combat pour la pureté et ses quatre moyens (vertu et don de chasteté, pureté d'intention, pureté du regard, prière). Texte officiel français, vatican.va.

    40 43
  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 2342, sur la chasteté comme « œuvre longue et laborieuse » jamais définitivement acquise. Texte officiel français, vatican.va.

    41
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 2525 : « La pureté chrétienne demande une purification du climat social. Elle exige des moyens de communication sociale une information soucieuse de respect et de retenue. » Texte officiel français, vatican.va.

    49 52