Olivier Clément (1921-2009) fut, au XXᵉ siècle, l'un des théologiens orthodoxes les plus lus en Occident — et l'un des interlocuteurs les plus écoutés de l'Église catholique. Historien de formation, converti à trente ans après une longue traversée de l'athéisme et des spiritualités asiatiques, il devint professeur à l'Institut Saint-Serge et l'un des penseurs qui ont fait entrer en français la théologie néopatristique russe de Vladimir Lossky et de Paul Evdokimov[1].
Sa place dans une encyclopédie catholique tient à un fait rare : ce laïc non catholique fut choisi par Jean-Paul II lui-même, en 1998, pour écrire les méditations du chemin de croix récité par le pape au Colisée le Vendredi saint — un geste d'une portée exceptionnelle, salué comme un signe visible de la communion déjà réelle, quoique blessée, entre Rome et Constantinople[2]. Ami des patriarches Athénagoras puis Bartholomée Ier, proche de Frère Roger de Taizé, Clément fut de son vivant surnommé un « passeur » entre les deux poumons de la Chrétienté[3].
Cette place ne dispense pas de la clarté : Olivier Clément demeura orthodoxe jusqu'à sa mort, sans jamais entrer en communion avec l'Église catholique, et certaines de ses positions — sur l'exercice de la primauté romaine, sur la théologie du salut, sur saint Augustin — s'écartent nettement de l'enseignement catholique. L'article qui suit rend justice à l'ampleur réelle de son œuvre et de son rôle de rapprochement, sans jamais laisser croire qu'il fut ce qu'il ne fut pas, et en situant précisément, chaque fois que c'est nécessaire, ce que l'Église catholique enseigne sur les points qu'il a lui-même discutés.
Un enfant du siècle sans Dieu
Maurice Olivier Clément naît le 17 novembre 1921 à Aniane, petit bourg cévenol de l'Hérault marqué par la coexistence ancienne de catholiques, de protestants et d'une forte tradition laïque et républicaine[4]. La famille est de sensibilité socialiste et anticléricale ; on n'y parle jamais de Dieu, et l'enfant grandit sans baptême ni instruction religieuse d'aucune sorte[5]. Sa mère, Émilie, fréquente parfois le culte réformé, sans que la foi devienne pour autant une affaire de famille[6].
Cette absence n'est pas un vide neutre. Le jeune Clément raconte plus tard avoir été très tôt hanté par l'angoisse de la mort et par le sentiment d'un manque que ni le catéchisme républicain ni l'idéal socialiste de son milieu ne parvenaient à combler. C'est le terreau d'une quête qui traversera d'abord Marx, puis Nietzsche, puis les sagesses de l'Inde, avant de trouver, à trente ans, une réponse qu'il n'attendait plus[7].
Un historien formé à l'école de Marc Bloch et d'Alphonse Dupront
Reçu à l'agrégation d'histoire, Olivier Clément fait ses études supérieures à l'université de Montpellier avant de se former, à Paris, sous des maîtres de tout premier plan : Marc Bloch, cofondateur de l'école des Annales, Henri-Irénée Marrou, historien de l'Antiquité chrétienne, et surtout Alphonse Dupront, dont il devient un proche et avec qui il s'engage, sous l'Occupation, dans la Résistance[8]. Dupront initie le jeune agrégé à une manière d'écrire l'histoire qui ne sépare jamais les faits des croyances, des mentalités et des sensibilités religieuses — une école qui marquera durablement sa façon de faire de la théologie en historien plutôt qu'en pur systématicien[9].
Reçu agrégé en 1943[10], Clément enseigne ensuite pendant de longues années au prestigieux lycée Louis-le-Grand, à Paris, dans les classes préparatoires. C'est cette double compétence — l'histoire savante et l'attention aux textes anciens — qui lui permettra plus tard de devenir l'un des meilleurs vulgarisateurs de la patristique grecque et de la spiritualité byzantine pour un public francophone qui n'y avait, avant lui, qu'un accès très partiel[11].
La conversion à trente ans
Rien, dans la formation de Clément, ne le destinait à devenir théologien. Son itinéraire spirituel est celui d'un homme qui a d'abord tout essayé ailleurs.
Marx, Nietzsche, l'Inde : l'itinéraire d'un chercheur sans repos
Jeune homme, Clément traverse successivement le marxisme, la pensée de Nietzsche, puis les spiritualités et philosophies de l'Inde, sans jamais y trouver de repos définitif[12]. Le tournant vient de la lecture des grands romans de Dostoïevski et des essais du philosophe russe émigré Nicolas Berdiaev : par eux, Clément découvre un christianisme qui n'a rien du moralisme dont il avait hérité l'image, un christianisme de la liberté, de la miséricorde et de la beauté[13]. Il racontera avoir été particulièrement frappé par la scène de Crime et Châtiment où une prostituée, Sonia, lit à l'assassin Raskolnikov le récit évangélique de la résurrection de Lazare — scène qui, selon lui, résume « le côté profondément évangélique de l'orthodoxie »[14].
C'est ensuite la rencontre du théologien russe Vladimir Lossky — et la lecture de son Essai sur la théologie mystique de l'Église d'Orient — qui achève la conversion intellectuelle de Clément et l'oriente définitivement vers l'orthodoxie plutôt que vers un christianisme diffus[15]. Une prière prononcée devant un triptyque d'icônes trouvé chez un antiquaire parisien scelle, selon son propre récit, le passage de la recherche à la foi[16].
« À un moment donné, Dieu est venu me chercher et je L'ai suivi. J'ai mis entre parenthèses tout ce que je savais sur les religions. » — Olivier Clément, récit autobiographique de sa conversion, rapporté dans L'Autre Soleil, Paris, Stock, 1975[17]
Le baptême orthodoxe de 1951-1952
Olivier Clément est baptisé dans l'Église orthodoxe à l'âge de trente ans, entre 1951 et 1952, à la paroisse Saint-Irénée de Paris — une paroisse alors rattachée au patriarcat de Moscou —, des mains du père Eugraphe Kovalevsky, cofondateur avec Vladimir Lossky de la Fraternité Saint-Photius[18]. Ce baptême n'est pas un simple changement d'appartenance : il couronne une conversion au Christ lui-même, après un itinéraire qui était d'abord passé par l'incroyance pure. C'est ce que Clément rappellera toute sa vie lorsqu'on l'interrogera sur son parcours : il n'est pas né dans la foi, il l'a reçue, tardivement et sans l'avoir cherchée sous cette forme précise[19].
Le disciple de Vladimir Lossky et de Paul Evdokimov
Une fois baptisé, Clément se met à l'école de deux maîtres qui structureront toute son œuvre théologique.
Vladimir Lossky (1903-1958), théologien de l'exil russe installé à Paris, lui transmet une théologie dite « néopatristique » : un retour direct aux Pères grecs, en particulier aux Cappadociens et à saint Grégoire Palamas, plutôt qu'à une paraphrase de type scolastique[20]. Clément assiste à ses cours de théologie dogmatique donnés de 1955 à 1958 et en conserve les notes ; à la mort prématurée de Lossky, en 1958, c'est lui qui contribuera à faire paraître ce cours sous forme de manuscrit posthume, en fidèle éditeur de son maître[21]. Il lui consacrera par la suite un livre comparatif avec un autre grand théologien de sa génération, Paul Evdokimov, Orient-Occident : deux passeurs (1985)[22].
Paul Evdokimov (1901-1970), second maître de Clément, l'introduit pour sa part à la pensée religieuse russe et à une théologie de la beauté, du visage et de l'icône qui infusera toute l'œuvre ultérieure du disciple[23]. C'est de ces deux hommes — l'un rigoureux et dogmatique, l'autre poétique et contemplatif — que Clément hérite le style si particulier qui fera sa réputation : une théologie savante mais jamais froide, toujours nourrie de littérature, de peinture et de mystique.
En quelques dates
- 17 novembre 1921Naissance à Aniane
Naissance dans une famille cévenole socialiste et sans religion, dans l'Hérault.
- 1943Agrégation d'histoire
Reçu agrégé, il enseigne bientôt au lycée Louis-le-Grand, à Paris.
- 1951-1952Baptême orthodoxe
- 1959Professeur à Saint-Serge et revue Contacts
Il commence à enseigner à l'Institut Saint-Serge et devient secrétaire de rédaction de la revue Contacts.
- 1968-1969Rencontre du patriarche Athénagoras
Il rencontre le patriarche œcuménique à Istanbul et publie l'année suivante leurs entretiens.
- 1982Sources et Le chant des larmes
Il publie coup sur coup son anthologie des mystiques chrétiens des origines et son essai sur la componction.
- 1996-1997Entretiens avec Bartholomée Ier et Rome autrement
Il publie ses entretiens avec le nouveau patriarche œcuménique, puis un essai sur la primauté romaine vue d'Orient.
- 1998Le chemin de croix du Colisée
À la demande de Jean-Paul II, il rédige les méditations du Vendredi saint récitées par le pape.
- 15 janvier 2009Mort à Paris
Il meurt à quatre-vingt-sept ans et est inhumé au cimetière de Marsillargues, dans l'Hérault.
Professeur à Saint-Serge, voix de l'orthodoxie en Occident
À partir de 1959, Olivier Clément enseigne l'histoire de l'Église et la théologie morale à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris, où il restera plus de trente-cinq ans[24]. Il enseigne également à l'Institut supérieur d'études œcuméniques, à l'École cathédrale de Paris et au Centre Sèvres, jésuite — signe déjà d'une porosité constante entre les mondes orthodoxe et catholique[25].
La même année, il prend la direction de la rédaction de la revue Contacts, revue française de théologie et de spiritualité orthodoxe, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort, en 2009[26]. Il est également l'un des fondateurs de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, dont il devient une manière de père spirituel officieux, et participe dès 1971 aux congrès triennaux de l'orthodoxie d'Europe occidentale[27]. De 1967 à 1997, il siège comme consultant auprès du Comité interépiscopal orthodoxe de France[28].
Reconnu bien au-delà de sa propre Église, il reçoit le titre honorifique de Grand Archonte du patriarcat œcuménique et la Croix des saints Pierre-et-Paul du patriarcat d'Antioche, ainsi que des doctorats honoris causa de l'Institut de théologie de Bucarest, de l'Université catholique de Louvain et de la Sacred Heart University (Connecticut)[29]. En France, l'Académie française lui décerne le prix Montyon en 1973[30].
Une œuvre au confluent de la théologie et de la poésie
Auteur d'une trentaine de livres et d'une centaine d'articles, Clément développe une œuvre reconnaissable entre toutes : savante sans être aride, mystique sans être vague, toujours attentive aux questions du siècle — nihilisme, sexualité, écologie, art contemporain[31].
« L'Église orthodoxe » (1961) : une porte d'entrée classique
En 1961, Clément publie dans la célèbre collection « Que sais-je ? » des Presses universitaires de France un petit livre appelé à devenir un classique de la vulgarisation : L'Église orthodoxe[32]. Réédité pendant des décennies, il reste l'un des moyens les plus employés en langue française pour faire connaître au grand public l'histoire, la liturgie et l'esprit de l'orthodoxie — y compris auprès de lecteurs catholiques désireux de mieux connaître « l'autre poumon » de la Chrétienté selon l'image reprise plus tard par Jean-Paul II[33].
« Sources : les mystiques chrétiens des origines » (1982), une anthologie qui dépasse les frontières confessionnelles
En 1982, Clément publie chez Stock une grande anthologie commentée, Sources : les mystiques chrétiens des origines, 346 pages de textes et de commentaires portant sur les Pères des premiers siècles[34]. L'ouvrage se distingue par un principe éditorial que même des lecteurs catholiques ont salué : Clément y laisse parler les textes patristiques eux-mêmes, dans des traductions accessibles, avant de proposer un commentaire bref qui replace chaque auteur dans son contexte spirituel plutôt que dans une seule polémique confessionnelle. C'est ce type de travail de ressourcement patristique — comparable, dans son esprit sinon dans sa méthode, à celui que menaient au même moment en France les jésuites Henri de Lubac et Jean Daniélou avec la collection Sources chrétiennes — qui vaut à Clément d'être lu bien au-delà du cercle orthodoxe.
« Le chant des larmes » (1982) : une théologie de la componction
La même année paraît, chez Desclée de Brouwer, Le chant des larmes, essai consacré à la vertu de componction (penthos en grec) — cette componction pénitentielle et amoureuse que la tradition monastique orientale place au cœur de la vie spirituelle[35]. Clément y montre que les larmes de repentir, loin d'être un signe de tristesse morbide, sont dans la tradition patristique le signe d'un cœur enfin touché par la présence de Dieu — un thème qui trouve son écho, côté latin, chez les grands mystiques catholiques du don des larmes comme sainte Catherine de Sienne ou saint François d'Assise.
« Le visage intérieur », le corps et la beauté
Dans Le Visage intérieur (1978) puis dans Corps de mort et de gloire (1995), Clément développe une anthropologie qui refuse tout dualisme entre le corps et l'esprit : pour lui, le corps humain, loin d'être un simple instrument ou une prison de l'âme, est appelé lui-même à la transfiguration et à la gloire, dès cette vie par les sacrements, pleinement à la résurrection[36]. Cette théologie du corps, nourrie par la doctrine byzantine de la déification, rejoint sur bien des points l'anthropologie catholique du corps développée par ailleurs par saint Jean-Paul II — même si Clément l'articule à partir d'une théologie des « énergies divines » (déification selon Grégoire Palamas) que la théologie catholique reçoit avec prudence et nuances propres, sans l'ériger en dogme défini[37].
Le tableau ci-dessous résume les grandes œuvres de Clément par décennie, pour donner une vue d'ensemble d'une production échelonnée sur près d'un demi-siècle[38] :
| Décennie | Titre | Éditeur, année | Thème principal |
|---|---|---|---|
| 1950-1960 | Transfigurer le temps | Desclée de Brouwer, 1959 | Le temps chrétien et la liturgie |
| 1960-1970 | L'Église orthodoxe | PUF, coll. « Que sais-je ? », 1961 | Vulgarisation de l'histoire et de la doctrine orthodoxes |
| 1960-1970 | Dialogues avec le Patriarche Athénagoras | Fayard, 1969 | Portrait spirituel d'Athénagoras Ier |
| 1970-1980 | L'Autre Soleil | Stock, 1975 | Autobiographie spirituelle et récit de conversion |
| 1970-1980 | Le Visage intérieur | Stock, 1978 | Théologie du visage et de la personne |
| 1980-1990 | Sources : les mystiques chrétiens des origines | Stock, 1982 | Anthologie commentée des Pères des premiers siècles |
| 1980-1990 | Le chant des larmes | Desclée de Brouwer, 1982 | Théologie de la componction (penthos) |
| 1980-1990 | Berdiaev, un philosophe russe en France | Desclée de Brouwer, 1991 | Étude sur Nicolas Berdiaev |
| 1990-2000 | Corps de mort et de gloire | Desclée de Brouwer, 1995 | Théologie du corps, eros et agapè |
| 1990-2000 | La vérité vous rendra libre | J.-C. Lattès / Desclée de Brouwer, 1996 | Entretiens avec le patriarche Bartholomée Ier |
| 1990-2000 | Rome autrement | Desclée de Brouwer, 1997 | Regard orthodoxe sur la primauté de l'évêque de Rome |
| 1990-2000 | Taizé, un sens à la vie | Bayard/Centurion, 1997 | Portrait spirituel de la communauté de Taizé |
| 1990-2000 | Le chemin de croix à Rome — Via Crucis 1998 | Desclée de Brouwer, 1998 | Méditations du Vendredi saint pour Jean-Paul II |
| 2000-2010 | Mémoires d'espérance | Desclée de Brouwer, 2003 | Entretiens-bilan sur toute une vie |
Le passeur entre Orient et Occident
C'est dans cette activité de dialogue que la figure de Clément a le plus profondément marqué le catholicisme contemporain — non par une conversion, mais par un demi-siècle de conversations patientes.
Les entretiens avec le patriarche Athénagoras (1968-1969)
En 1968, Clément rencontre à Istanbul le patriarche œcuménique Athénagoras Ier, artisan avec Paul VI du rapprochement scellé par la rencontre historique de Jérusalem en 1964, qui prépara la levée réciproque des excommunications de 1054, proclamée le 7 décembre 1965[39]. De cette rencontre naît, en 1969, Dialogues avec le Patriarche Athénagoras, livre d'entretiens publié chez Fayard qui deviendra, selon le mot de la communauté de Sant'Egidio, « un monument de la littérature spirituelle du XXᵉ siècle »[40]. Athénagoras y résume sa propre théologie dans une formule que Clément aimera citer toute sa vie :
« Le christianisme, c'est la vie dans le Christ... Jésus ne dit jamais "tu ne dois pas". Le christianisme, c'est la vie, le feu, la création, l'illumination. » — Patriarche Athénagoras Ier, cité par Olivier Clément, Dialogues avec le Patriarche Athénagoras, Paris, Fayard, 1969[41]
Les entretiens avec Bartholomée Ier et « Rome autrement »
En 1996, Clément publie chez J.-C. Lattès/Desclée de Brouwer un second grand livre d'entretiens, cette fois avec le successeur d'Athénagoras, le patriarche œcuménique Bartholomée Ier : La vérité vous rendra libre[42]. L'année suivante, en 1997, il fait paraître Rome autrement, essai consacré à la manière dont l'orthodoxie peut regarder, sans hostilité mais sans complaisance, la primauté de l'évêque de Rome[43]. Traduit en russe dès 2006 sous le titre Rome, un regard de l'extérieur, l'ouvrage est présenté à Moscou comme une contribution significative — quoique discutée — au dialogue catholique-orthodoxe sur la question la plus délicate qui sépare encore les deux Églises[44].
L'amitié avec Taizé et Frère Roger
Clément noue également une amitié durable avec Frère Roger, fondateur de la communauté œcuménique de Taizé. En 1997, il publie Taizé, un sens à la vie, préfacé par une lettre de Frère Roger lui-même[45]. À la mort de Clément, Frère Alois, alors prieur de Taizé, rendra hommage à celui qui, dit-il, a « nourri notre foi et notre vie intérieure » et incarné « une communion réalisée entre Orient et Occident »[46].
Le chemin de croix du Colisée : une œuvre authentique reçue par Rome
Le sommet de ce rôle de passeur survient en 1998. Cette année-là, Jean-Paul II confie à Olivier Clément — laïc, orthodoxe, non catholique — la rédaction des méditations des quatorze stations du chemin de croix du Vendredi saint au Colisée de Rome, cérémonie instituée par Paul VI et suivie chaque année par des centaines de milliers de fidèles et de téléspectateurs du monde entier[47]. Le choix prolonge une tradition œcuménique ouverte en 1994, quand Jean-Paul II avait déjà confié ces mêmes méditations du Colisée au patriarche œcuménique Bartholomée Ier[48] ; les confier cette fois à un théologien laïc, non catholique, dont le pape proclamerait publiquement le texte pendant l'une des liturgies les plus solennelles de l'année, restait un signe d'une portée exceptionnelle[49].
Clément accepte la charge « avec une grande émotion et une grande gratitude », en soulignant qu'au pied du Golgotha, il ne peut plus y avoir de séparation entre chrétiens[50]. Le texte publié conserve la forme traditionnelle latine des quatorze stations — les trois chutes du Christ, la rencontre de Véronique — tout en portant la marque propre de la sensibilité orthodoxe de son auteur, notamment une attention particulière à la place des saintes femmes dans le récit de la Passion :
« Seule une femme, être de tendresse et de compassion... a libéré ton visage du masque de sueur, de sang et de crachats. » — Olivier Clément, Le chemin de croix à Rome — Via Crucis 1998, texte lu par le pape Jean-Paul II le 10 avril 1998, Colisée de Rome[51]
L'épisode illustre exactement ce que le concile Vatican II avait posé en principe dans son décret sur l'œcuménisme : la communion entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes, bien que blessée par la séparation, demeure assez réelle, notamment par la validité commune des sacrements et de la succession apostolique, pour permettre des gestes de communion partielle sans confusion doctrinale[52].
Ce qui rapproche, ce qui sépare encore
Un lecteur catholique qui découvre Olivier Clément doit pouvoir mesurer avec précision ce qu'il reçoit de son œuvre et ce qui, en elle, reste étranger à la foi catholique. C'est la condition même d'un dialogue honnête — celui-là même que Clément a passé sa vie à pratiquer.
Ce qu'un lecteur catholique peut recevoir avec gratitude
Trois apports au moins traversent toute l'œuvre de Clément et rejoignent directement des préoccupations catholiques contemporaines. D'abord, son travail de ressourcement patristique : en donnant à lire les Pères grecs des premiers siècles dans une langue vivante, il a contribué, à sa manière et depuis l'autre rive, au même mouvement de retour aux sources que menaient en France les jésuites Henri de Lubac et Jean Daniélou avec la collection Sources chrétiennes[53]. Ensuite, sa théologie du corps et du visage, qui refuse le mépris implicite de la chair hérité de certaines lectures platonisantes, rencontre les intuitions les plus fécondes de l'anthropologie catholique contemporaine sur la dignité du corps humain. Enfin, son insistance constante sur la beauté comme voie d'accès à Dieu — les icônes, la liturgie, la littérature — offre à un lecteur catholique une pédagogie précieuse de l'émerveillement, souvent négligée par une théologie trop exclusivement conceptuelle.
La question de la primauté romaine
Sur le fond doctrinal le plus décisif, cependant, Clément demeure fidèlement orthodoxe : il n'a jamais reconnu la primauté de l'évêque de Rome telle que l'enseigne le magistère catholique. Le premier concile du Vatican a défini en 1870 que la primauté du pape sur toute l'Église n'est pas un simple privilège d'honneur historique, mais une institution de droit divin, comportant une véritable juridiction ordinaire et immédiate sur chaque Église particulière et chaque pasteur[54]. C'est précisément ce point que Clément, dans Rome autrement, invite à repenser depuis une sensibilité orientale qui n'a jamais connu, dans le premier millénaire, un tel exercice de la primauté[55].
Ce débat n'est pas un simple désaccord entre théologiens : c'est Jean-Paul II lui-même qui, dans son encyclique Ut Unum Sint (1995), a invité les pasteurs et théologiens des autres Églises à chercher avec lui « une forme d'exercice de la primauté qui, sans renoncer aucunement à l'essentiel de sa mission, s'ouvre à une situation nouvelle » — précisant aussitôt que cette recherche porte sur le mode d'exercice du ministère pétrinien, non sur son institution elle-même, que l'Église catholique tient pour d'ordre divin et donc indisponible[56]. C'est dans cet espace précis, ouvert par le magistère catholique lui-même, que s'inscrit la contribution de Clément — une contribution réelle et bienvenue au dialogue, mais qui ne change rien à ce que l'Église catholique croit et enseigne sur l'institution même de la primauté.
La controverse autour de « Dominus Iesus » (2000)
Cette proximité avec Rome n'empêchait pas Clément de critiquer vivement certains documents romains lorsqu'il jugeait qu'ils fermaient plutôt qu'ils n'ouvraient le dialogue. En août 2000, à la publication de la déclaration Dominus Iesus du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Clément réagit très durement, allant jusqu'à parler de « blasphème contre l'Église » et à juger « impossible de dire, comme le soutient le cardinal Ratzinger, que le christianisme, au sens institutionnel, est l'unique voie de salut »[57].
Sa critique visait avant tout la manière dont le texte qualifiait le statut ecclésial des communautés issues de la Réforme protestante — non les Églises orthodoxes elles-mêmes. Sur ce point précis, une lecture attentive de Dominus Iesus s'impose : le document reconnaît explicitement aux Églises orientales séparées de Rome, dont l'Église orthodoxe, la qualité de « véritables Églises particulières », possédant de véritables sacrements et, « en raison de la succession apostolique, le sacerdoce et l'Eucharistie »[58] — une reconnaissance que le Catéchisme de l'Église catholique reprend en soulignant que l'union avec ces Églises orientales est « si profonde qu'elle ne manque que de peu pour atteindre la plénitude qui permettrait une célébration commune de l'Eucharistie du Seigneur »[59]. Le débat suscité par Dominus Iesus portait donc, pour l'essentiel, sur la théologie catholique du salut et de l'unicité du Christ face au pluralisme religieux moderne — un enseignement que l'Église catholique tient pour de foi constante depuis les Écritures elles-mêmes, tout en reconnaissant, avec le concile Vatican II, que l'Esprit Saint agit aussi, de façon mystérieuse, au-delà des frontières visibles de l'Église[60]. La vivacité de la réaction de Clément témoigne moins d'une opposition à la doctrine catholique du salut en tant que telle que d'une inquiétude, largement partagée à l'époque y compris dans des cercles catholiques, sur la manière dont le texte de 2000 avait été reçu par l'opinion œcuménique.
Une lucidité critique envers son propre camp
Cette liberté de parole, Clément l'exerçait dans les deux sens. Dès 1993, dans un article du quotidien Le Monde, il fut l'un des tout premiers théologiens orthodoxes à dénoncer la dérive nationaliste et populiste de l'Église orthodoxe russe après l'effondrement de l'URSS[61]. Au moment du démembrement de la Yougoslavie, il se montra sévère envers certains de ses coreligionnaires engagés dans les guerres des Balkans — la guerre entre la Serbie orthodoxe et la Croatie catholique, les conflits de Bosnie, puis la guerre du Kosovo —, refusant que la foi orthodoxe serve d'habillage religieux à des passions ethniques[62]. Cette indépendance de jugement, y compris à l'égard de sa propre Église, est l'une des raisons pour lesquelles certains milieux orthodoxes plus rigoristes le tenaient à distance, allant jusqu'à le qualifier de « dangereux papiste » en raison de ses bonnes relations avec Paul VI puis Jean-Paul II[63].
Une théologie de la personne, du désir et de l'espérance
Au-delà des débats institutionnels, l'apport intellectuel le plus durable de Clément se trouve peut-être dans sa manière de répondre au nihilisme contemporain par une théologie résolument tournée vers l'espérance.
Contre le nihilisme, la Résurrection comme réponse
Pour Clément, la question centrale du XXᵉ siècle n'est pas d'abord l'existence de Dieu au sens abstrait, mais le nihilisme — cette conviction diffuse que rien n'a de sens ultime, ni la souffrance, ni la mort, ni même la vie. Sa réponse n'est jamais une démonstration philosophique froide : c'est l'annonce vécue de la Résurrection du Christ, dont il ne cesse de répéter, en particulier dans Le Christ est ressuscité (2000), qu'elle change radicalement le rapport de l'homme au temps, au corps et à la mort[64]. Il aimait résumer sa conviction fondamentale d'une formule qui est devenue l'une des plus citées de son œuvre :
« Le christianisme est encore jeune et a presque tout à dire. » — Olivier Clément, propos rapportés dans les entretiens de fin de vie, cités par la communauté Saint-Merry[65]
Une critique de saint Augustin à recevoir avec discernement
Fidèle en cela à une ligne constante de la théologie orthodoxe moderne, Clément portait sur saint Augustin un regard critique, lui reprochant d'avoir contribué, par sa théologie du péché originel et de la grâce, à façonner en Occident une image de Dieu jugée trop sévère, trop centrée sur la culpabilité et la punition, au détriment de la miséricorde et de la compassion incarnées dans la Passion du Christ[66]. Cette lecture, pour féconde qu'elle soit comme invitation à ne jamais séparer la justice divine de sa miséricorde, ne rend cependant pas justice à la doctrine catholique elle-même, qui n'a jamais réduit Augustin à une théologie punitive : le Docteur de la grâce est, chez les catholiques, précisément le théologien qui a le plus insisté sur la gratuité absolue de l'amour de Dieu — « Aime, et fais ce que tu veux », écrit-il dans son commentaire de la Première épître de saint Jean[67]. La théologie catholique du péché originel, telle que la formule le Catéchisme, n'est du reste jamais séparée de l'espérance : elle affirme d'abord et avant tout que « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20)[68].
Sexualité, cosmos et écologie : une théologie de la création
Clément aborde sans détour, dans Corps de mort et de gloire (1995), la question de la sexualité comme lieu possible de sacralité lorsqu'elle est vécue dans la tension juste entre eros et agapè[69]. Il fut également l'un des premiers théologiens chrétiens francophones à alerter sur la crise écologique, y voyant non un problème seulement technique mais une conséquence spirituelle de la rupture moderne entre l'homme et le cosmos — thème qui rejoint, sur un mode différent, l'encyclique catholique Laudato si' publiée six ans après sa mort.
Le dialogue interreligieux : « Un respect têtu »
En 1989, Clément publie avec l'islamologue tunisien Mohamed Talbi un livre d'entretiens intitulé Un respect têtu, dans lequel les deux hommes confrontent, sans concession mais sans mépris, christianisme et islam[70]. Ce dialogue, mené avec un interlocuteur musulman réformiste plutôt qu'avec un porte-parole de l'islam traditionnel, illustre la méthode constante de Clément : chercher ce qui, chez l'autre, mérite d'être entendu, sans jamais renoncer à dire, avec fermeté, ce qui distingue irréductiblement la foi chrétienne en l'Incarnation et en la Trinité de toute autre voie religieuse.
Mort et postérité
Resté intellectuellement actif jusqu'au bout malgré une longue maladie, Olivier Clément meurt à Paris le 15 janvier 2009, à l'âge de quatre-vingt-sept ans[71]. Ses obsèques sont célébrées le 20 janvier à l'Institut Saint-Serge, et il est inhumé au cimetière de Marsillargues, dans son Hérault natal[72]. L'Assemblée des évêques orthodoxes de France salue en lui « un véritable amoureux de la beauté divine », dont l'œuvre allie « une pensée théologique puissante » à « un langage poétique enraciné dans la Tradition de l'Église »[73].
Le père Boris Bobrinskoy, doyen de l'Institut Saint-Serge, résume dans son homélie funèbre ce que fut, en définitive, la vocation propre d'Olivier Clément :
« Il fut un passeur, un nocher d'une rive à l'autre... un serviteur de la Tradition de l'Église indivise... un passeur entre l'Orient et l'Occident. » — Archiprêtre Boris Bobrinskoy, homélie des obsèques d'Olivier Clément, Institut Saint-Serge, 20 janvier 2009[74]
Ce mot de « passeur », repris par tous ceux qui lui rendirent hommage — la communauté de Taizé, celle de Sant'Egidio, le journal Le Monde[75] —, résume assez bien ce que le catholicisme retient de lui : non un maître à penser dont il faudrait suivre toutes les positions, mais un témoin exigeant de ce que le dialogue entre chrétiens séparés peut produire de fruits réels, sans confusion ni relativisme, lorsqu'il est mené avec autant d'intelligence que de charité.
Pour aller plus loin
- Vladimir Lossky (1903-1958) — le maître de théologie néopatristique dont Clément fut le disciple, l'ami et l'éditeur posthume.
- Grégoire Palamas (1296-1359) — le docteur byzantin de la déification et des énergies divines, dont Clément a commenté l'œuvre.
- Kallistos Ware (1934-2022) — autre grande figure du renouveau théologique orthodoxe en Occident au XXᵉ siècle.
- Nicolas Berdiaev (1874-1948) — le philosophe russe dont la lecture contribua directement à la conversion de Clément.
- Yves Congar (1904-1995) — le théologien dominicain, artisan catholique de l'œcuménisme contemporain de Clément.
- Benoît XVI (1927-2022) — le pape théologien dont l'herméneutique de la continuité éclaire la juste réception du dialogue engagé par Clément.
- Que dit l'Église sur les orthodoxes ? — pour situer précisément l'enseignement catholique sur les Églises orthodoxes.
Notes et références
« Olivier Clément (1921-2009) », biographie de référence, Encyclopædia Universalis, édition en ligne : naissance à Aniane, formation historique sous Alphonse Dupront, conversion à l'orthodoxie, maîtres Vladimir Lossky et Paul Evdokimov, carrière à Saint-Serge, œuvre patristique et byzantine. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/olivier-clement/
1 9 11 23 66Olivier Clément, Via Crucis — Chemin de Croix au Colisée, texte des méditations lues par le pape Jean-Paul II le 10 avril 1998 (Vendredi saint), texte intégral sur le site officiel du Saint-Siège. Préface de Clément acceptant la charge « avec une grande émotion et une grande gratitude ». URL : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1998/april/documents/hf_jp-ii_hom_10041998_via-crucis.html
2 50 51« Olivier Clément, un passeur », revue Christus, n° 861 (jésuite) : présentation de Clément comme intermédiaire théologique et spirituel entre Orient et Occident, image des « deux poumons » de l'Église. URL : https://www.revue-christus.com/article/olivier-clement-un-passeur/861
3Acte de naissance de Maurice Olivier Clément, registre d'état civil d'Aniane (Hérault), 17 novembre 1921 (référencé par les agrégateurs généalogiques d'actes d'état civil français). Cf. aussi la notice biographique de Wikipédia, « Olivier Clément (écrivain) », qui reprend cette date de naissance à partir de l'acte d'état civil.
4« Olivier Clément », notice biographique, OrthodoxWiki (version française) : enfance sans religion, agrégation d'histoire, enseignement à Louis-le-Grand, professorat à Saint-Serge (35 ans), direction de la revue Contacts dès 1959, doctorats honorifiques, mort le 15 janvier 2009. URL : https://fr.orthodoxwiki.org/Olivier_Cl%C3%A9ment
5 13 24 25« Olivier Clément (écrivain) », Wikipédia, version française : nom complet Maurice Olivier Clément, naissance le 17 novembre 1921 à Aniane, mort le 15 janvier 2009 à Paris (20ᵉ arrondissement), agrégation d'histoire en 1943, maîtres Alphonse Dupront, Henri-Irénée Marrou et Marc Bloch, direction de Contacts dès 1959, prix Montyon de l'Académie française (1973), doctorats honoris causa de Bucarest, Louvain et Sacred Heart University. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Cl%C3%A9ment_(%C3%A9crivain)
6 8 10 26 29 30 71« Olivier Clément, orthodoxe », dossier Prophètes et mystiques : itinéraire intellectuel de Clément (marxisme, nietzschéisme, spiritualités indiennes), lectures décisives de Dostoïevski, Berdiaev et de l'Essai sur la théologie mystique de l'Église d'Orient de Vladimir Lossky, rencontre du patriarche Athénagoras à Istanbul en 1968. URL : https://prophetesetmystiques.blogspot.com/p/theologie-olivier-clement-orthodoxe.html
7 12 15Sur la scène de Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski (Sonia lisant à Raskolnikov le récit de la résurrection de Lazare, Jean 11) comme élément déclencheur cité par Clément pour illustrer « le côté profondément évangélique de l'orthodoxie », cf. Prophètes et mystiques, dossier « Olivier Clément, orthodoxe », art. cité.
14Sur le récit de la prière devant un triptyque d'icônes trouvé chez un antiquaire parisien comme moment de bascule de la conversion de Clément, cf. la synthèse biographique Saint-Merry Hors-les-Murs, « Olivier Clément, la lumière et le feu », 13 juillet 2023. URL : https://saintmerry-hors-les-murs.com/2023/07/13/olivier-clement-la-lumiere-et-le-feu/
16Olivier Clément, L'Autre Soleil : autobiographie spirituelle, Paris, Stock, 1975 : récit autobiographique de la conversion, cité dans les synthèses biographiques (notamment le blog Regards sur une vie sans fin, « La vocation de l'homme : Olivier Clément », 7 mars 2013). Citation : « À un moment donné, Dieu est venu me chercher et je L'ai suivi. J'ai mis entre parenthèses tout ce que je savais sur les religions. »
17Sur le baptême d'Olivier Clément à la paroisse Saint-Irénée de Paris (alors rattachée au patriarcat de Moscou), en 1951, des mains du père Eugraphe Kovalevsky (1905-1970), cofondateur avec Vladimir Lossky de la Fraternité Saint-Photius en 1925, cf. Wikipédia, « Olivier Clément (écrivain) », art. cité, et la notice « Eugraph Kovalevsky », Wikipedia (anglais), croisée avec la datation « à l'âge de trente ans, en novembre 1952 » donnée par Pages orthodoxes, « Hommage à Olivier Clément » (les notices hésitent entre 1951 et 1952, autour des trente ans de Clément, né en novembre 1921).
18Sur la manière dont Clément présentait lui-même sa conversion comme une réception tardive et imprévue de la foi plutôt que comme un simple changement d'appartenance confessionnelle, cf. Olivier Clément, « Article sur l'œcuménisme », ACER-MJO (Action chrétienne des étudiants russes — Mouvement de jeunesse orthodoxe). URL : https://www.acer-mjo.org/fr/acer-mjo/actualites/article-d-olivier-clement-sur-l-oecumenisme
19Sur la théologie « néopatristique » de Vladimir Lossky (1903-1958) — retour direct aux Pères grecs et à saint Grégoire Palamas plutôt qu'à une paraphrase scolastique — et son influence sur Clément, cf. l'article Ignispedia Vladimir Lossky (1903-1958) et sa bibliographie sourcée.
20Sur le rôle de Clément dans l'édition posthume du cours de théologie dogmatique de Vladimir Lossky, transcrit de ses leçons données de 1955 à 1958, cf. l'article Ignispedia Vladimir Lossky (1903-1958), section consacrée à la publication de ses œuvres posthumes.
21« Olivier Clément », bibliographie complète par décennie, OrthodoxWiki (version française), art. cité — liste chronologique de l'ensemble des ouvrages de Clément avec dates de première édition, reprise et complétée par Wikipédia, « Olivier Clément (écrivain) », art. cité, pour les titres et éditeurs exacts (Transfigurer le temps, Desclée de Brouwer, 1959 ; L'Église orthodoxe, PUF, 1961 ; Byzance et le christianisme, PUF, 1964 ; Dialogues avec le Patriarche Athénagoras, Fayard, 1969 ; Questions sur l'homme, Stock, 1972 ; L'Autre Soleil, Stock, 1975 ; Le Visage intérieur, Stock, 1978 ; Sources, Stock, 1982 ; Le chant des larmes, Desclée de Brouwer, 1982 ; Un respect têtu avec Mohamed Talbi, Nouvelle Cité, 1989 ; Orient-Occident : deux passeurs, 1985 ; Berdiaev, un philosophe russe en France, Desclée de Brouwer, 1991 ; Corps de mort et de gloire, Desclée de Brouwer, 1995 ; La vérité vous rendra libre, J.-C. Lattès/Desclée de Brouwer, 1996 ; Rome autrement, Desclée de Brouwer, 1997 ; Taizé, un sens à la vie, Bayard/Centurion, 1997 ; Le chemin de croix à Rome, Desclée de Brouwer, 1998 ; Le Christ est ressuscité, 2000 ; Mémoires d'espérance, Desclée de Brouwer, 2003).
22 31 36 38 64 69 70Sur le rôle de Clément comme cofondateur de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, sa participation aux congrès triennaux dès 1971 et son rôle de consultant auprès du Comité interépiscopal orthodoxe de France de 1967 à 1997, cf. OrthodoxWiki, « Olivier Clément », art. cité.
27 28Olivier Clément, L'Église orthodoxe, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » n° 949, 1961 : introduction classique à l'histoire, à la liturgie et à la doctrine de l'Église orthodoxe, régulièrement rééditée.
32Sur l'image des « deux poumons » de l'Église (Orient et Occident) reprise par Jean-Paul II, cf. l'encyclique Ut Unum Sint, 25 mai 1995, n° 54, et les discours pontificaux ultérieurs sur les relations catholique-orthodoxes.
33Olivier Clément, Sources : les mystiques chrétiens des origines — textes et commentaires, Paris, Stock, 1982, 346 p. : anthologie commentée des Pères des premiers siècles chrétiens.
34 53Olivier Clément, Le chant des larmes : essai sur le repentir, Paris, Desclée de Brouwer, 1982 : essai sur la componction (penthos) dans la tradition patristique et monastique orientale.
35Sur la réception catholique prudente et nuancée de la théologie palamite des « énergies divines » — reconnue comme une contribution théologique légitime et féconde de la tradition byzantine, sans être pour autant définie comme un dogme catholique au même titre que les conciles œcuméniques reçus par Rome —, cf. l'article Ignispedia Grégoire Palamas (1296-1359), section sur la réception catholique de sa doctrine.
37Sur la rencontre de Jérusalem de janvier 1964 entre le pape Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras Ier, qui prépara la levée réciproque des excommunications de 1054 (déclaration commune du 7 décembre 1965), et sur la rencontre d'Athénagoras avec Clément à Istanbul en 1968, cf. OrthodoxWiki, « Olivier Clément », art. cité, et la documentation historique standard sur le rapprochement catholique-orthodoxe des années 1960.
39« Le grand théologien orthodoxe Olivier Clément s'est éteint », Zenit (agence d'information catholique), 18 janvier 2009 : nécrologie détaillant la carrière de Clément, son rôle dans le Comité mixte catholique-orthodoxe, la commande du chemin de croix de 1998 par Jean-Paul II, et l'hommage de la communauté de Sant'Egidio qualifiant Dialogues avec le Patriarche Athénagoras de « monument de la littérature spirituelle du XXᵉ siècle ». URL : https://fr.zenit.org/2009/01/18/le-grand-theologien-orthodoxe-olivier-clement-s-est-eteint/
40Patriarche Athénagoras Ier, propos rapportés par Olivier Clément, Dialogues avec le Patriarche Athénagoras, Paris, Fayard, 1969, cités dans la synthèse Prophètes et mystiques, dossier « Olivier Clément, orthodoxe », art. cité. Citation : « Le christianisme, c'est la vie dans le Christ... Jésus ne dit jamais "tu ne dois pas". Le christianisme, c'est la vie, le feu, la création, l'illumination. »
41Olivier Clément, La vérité vous rendra libre : entretiens avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, Paris, J.-C. Lattès / Desclée de Brouwer, 1996 : second grand livre d'entretiens patriarcaux de Clément, après ceux avec Athénagoras.
42« Débat sur l'œcuménisme lors de la présentation du livre d'Olivier Clément "Rome, autrement" », Orthodoxie.com, à propos de la présentation à Moscou, le 22 mai 2006, de la traduction russe de Rome autrement (Paris, Desclée de Brouwer, 1997) sous le titre Rome, un regard de l'extérieur — perception orthodoxe de la primauté de l'évêque de Rome (Moscou, éd. Skimen, mars 2006). URL : http://orthodoxie.com/dbat_sur_loecum/
43 44 55Olivier Clément, Taizé : un sens à la vie, lettre-préface de Frère Roger de Taizé, Paris, Bayard/Centurion, 1997, recensé dans la Revue théologique de Louvain, 1997, vol. 28, n° 4. URL : https://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1997_num_28_4_2917_t1_0556_0000_3
45« L'un des grands penseurs orthodoxes du XXe siècle en Occident », cath.ch (portail catholique suisse), nécrologie d'Olivier Clément : hommages de Frère Alois (Taizé), de la communauté de Sant'Egidio, et du journaliste Henri Tincq (Le Monde) le qualifiant de « bâtisseur de ponts » entre Orient et Occident. URL : https://www.cath.ch/newsf/france-deces-du-grand-theologien-orthodoxe-olivier-clement/
46 75« Le Chemin de Croix du Colisée, une tradition instaurée par Paul VI », Radio Vatican / Archivio Radio Vaticana, 25 mars 2016 : historique de la cérémonie du chemin de croix du Vendredi saint au Colisée de Rome. URL : https://www.archivioradiovaticana.va/storico/2016/03/25/le_chemin_de_croix_du_colis%C3%A9e,_une_tradition_instaur%C3%A9e_par_paul_vi/fr-1218077
47« Stations of the Cross Unite East and West », Catholic Herald, 10 avril 1998 : le choix par Jean-Paul II d'Olivier Clément, théologien non catholique, pour les méditations du Vendredi saint au Colisée « prolonge la tradition œcuménique que le pape a inaugurée en 1994, quand il a demandé au patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople de préparer les méditations ». URL : https://archive.catholicherald.co.uk/article/10th-april-1998/2/stations-of-the-cross-unite-east-and-west
48« Jean-Paul II : le Christ souffre et meurt encore », cath.ch, compte rendu du chemin de croix du Colisée de 1998, confirmant que le texte des méditations des quatorze stations lues par Jean-Paul II fut écrit, à sa demande, par le théologien laïc orthodoxe français Olivier Clément. URL : https://www.cath.ch/newsf/rome-chemin-de-croix-au-colisee/
49Concile œcuménique Vatican II, décret sur l'œcuménisme Unitatis Redintegratio, n° 15, 21 novembre 1964 : reconnaissance par l'Église catholique des sacrements valides, de la succession apostolique et de la véritable Eucharistie des Églises orientales séparées, fondant la possibilité de gestes de communion partielle réelle. Texte sur vatican.va.
52Concile œcuménique Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, chap. 3, 18 juillet 1870 (Denzinger-Hünermann n° 3060) : définition de la primauté de juridiction ordinaire et immédiate de l'évêque de Rome sur toute l'Église et sur chaque pasteur et chaque fidèle, de droit divin. Reprise par le Catéchisme de l'Église catholique, § 882.
54Jean-Paul II, lettre encyclique Ut Unum Sint, 25 mai 1995, n° 95-96 : invitation adressée aux pasteurs et théologiens des autres Églises à rechercher ensemble « une forme d'exercice de la primauté qui, sans renoncer aucunement à l'essentiel de sa mission, s'ouvre à une situation nouvelle », dans le respect de ce que l'Église catholique tient pour relever de l'institution divine de la primauté pétrinienne. Texte intégral sur vatican.va.
56« Paris : vive réaction orthodoxe à la déclaration "Dominus Iesus" du cardinal Ratzinger », cath.ch, septembre 2000 : réaction d'Olivier Clément à la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qualifiée de « blasphème contre l'Église » s'agissant du statut accordé à l'Eucharistie célébrée par les anglicans et les protestants. URL : https://cath.ch/newsf/paris-vive-reaction-orthodoxe-a-la-declaration-dominus-iesus-du-cardinal-ratzinger/
57Congrégation pour la Doctrine de la Foi (préfet : cardinal Joseph Ratzinger), déclaration Dominus Iesus, 6 août 2000, n° 17 : reconnaissance explicite que les Églises orientales séparées de Rome, dont l'Église orthodoxe, demeurent « de véritables Églises particulières », possédant « de véritables sacrements, et avant tout, en raison de la succession apostolique, le sacerdoce et l'Eucharistie ». Texte intégral sur vatican.va.
58Catéchisme de l'Église catholique, § 838 : sur l'union de l'Église catholique avec les Églises orthodoxes, « si profonde qu'elle ne manque que de peu pour atteindre la plénitude qui permettrait une célébration commune de l'Eucharistie du Seigneur ».
59Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, n° 16, 21 novembre 1964 : sur l'action mystérieuse de la grâce divine au-delà des frontières visibles de l'Église, sans que cela relativise l'unicité du Christ comme médiateur du salut, rappelée en 2000 par la déclaration Dominus Iesus.
60« Olivier Clément, itinéraire d'un théologien orthodoxe », revue Études, 2010/2, p. 213 et suivantes, Cairn.info : synthèse sur l'itinéraire intellectuel et spirituel de Clément, notamment son article de 1993 dans Le Monde dénonçant la dérive nationaliste de l'orthodoxie russe postsoviétique. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2010-2-page-213.htm
61« L'avis du théologien orthodoxe français Olivier Clément », cath.ch, à propos de la responsabilité de l'Église serbe dans le conflit du Kosovo : position critique de Clément envers l'instrumentalisation religieuse des conflits balkaniques des années 1990. URL : https://cath.ch/newsf/kosovo-l-eglise-serbe-a-t-elle-une-responsabilite/
62Sur les réserves exprimées par certains milieux orthodoxes plus rigoristes à l'égard des positions œcuméniques de Clément, allant jusqu'à le qualifier de « dangereux papiste » en raison de ses relations avec Paul VI et Jean-Paul II, cf. Orthodoxie.com, « Débat sur l'œcuménisme... », art. cité, et le hiéromoine Jonas (monastère Saint-Daniel), qui défendait au contraire Rome autrement comme « une petite pierre dans la construction du dialogue nécessaire ».
63Olivier Clément, propos de fin de vie sur la mort comme « grand voyage » et sur la jeunesse permanente du christianisme, cités dans Saint-Merry Hors-les-Murs, « Olivier Clément, la lumière et le feu », art. cité. Citation : « Le christianisme est encore jeune et a presque tout à dire. »
65Saint Augustin d'Hippone, In epistolam Ioannis ad Parthos tractatus, VII, 8 : « Dilige, et quod vis fac » (« Aime, et fais ce que tu veux »), formule classique résumant la théologie augustinienne de la charité comme accomplissement de toute la loi, souvent négligée par les lectures qui réduisent Augustin à sa seule doctrine du péché originel.
67Catéchisme de l'Église catholique, § 385 et § 1848, citant Romains 5, 20 (« là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ») : sur l'articulation catholique constante entre la doctrine du péché originel et la surabondance de la grâce et de la miséricorde divines.
68« Hommage à Olivier Clément », Pages orthodoxes — La Transfiguration : détails sur la mort le 15 janvier 2009, les obsèques du 20 janvier 2009 à l'Institut Saint-Serge, l'inhumation au cimetière de Marsillargues (Hérault), l'hommage de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France, et l'homélie funèbre de l'archiprêtre Boris Bobrinskoy le décrivant comme « un passeur, un nocher d'une rive à l'autre ». URL : https://www.pagesorthodoxes.net/hommage-%C3%A0-olivier-cl%C3%A9ment
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