Sant'Egidio : prier, servir les pauvres, faire la paix

Sant'Egidio est une communauté laïque catholique née à Rome en 1968 avec Andrea Riccardi. Prière du soir, amitié avec les pauvres et médiation pour la paix, dont l'accord du Mozambique en 1992.

Ignispedia

La Communauté de Sant'Egidio est une communauté laïque catholique née à Rome en 1968, à l'initiative d'Andrea Riccardi et d'un groupe de lycéens qui voulaient écouter l'Évangile et le mettre en pratique[1]. Elle tient son nom de la petite église Sant'Egidio, dans le quartier du Trastevere, où sa prière du soir a commencé en 1973[2]. Le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie résume son identité en trois mots : prière, pauvres et paix[3].

Sant'Egidio est connue dans le monde entier pour deux visages qui n'en font qu'un. D'un côté, une prière du soir ouverte à tous, des repas partagés avec des personnes sans abri, un accompagnement patient des personnes âgées et des enfants des périphéries. De l'autre, un travail discret pour la paix, dont le moment le plus célèbre reste la signature à Rome, le 4 octobre 1992, de l'accord qui a mis fin à la guerre civile du Mozambique, après plus de deux ans de négociations hébergées par la Communauté[4][5].

Cet article raconte cette histoire avec exactitude : les débuts lycéens de 1968, la prière au centre, l'amitié avec les pauvres sous ses formes concrètes, puis la médiation pour la paix. Le statut catholique de la Communauté est dit exactement : une association internationale de fidèles reconnue par le Saint-Siège en 1986, enracinée dans les Églises locales, et non un ordre religieux ni une simple organisation humanitaire[6].

Qu'est-ce que Sant'Egidio ?

Une famille de communautés, pas un ordre religieux

Le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie décrit Sant'Egidio comme une famille de communautés enracinées dans différentes Églises locales, attentive aux périphéries et aux personnes marginalisées, qui rassemble des hommes et des femmes de tous âges et de toutes conditions, unis par un lien de fraternité dans l'écoute et l'annonce de l'Évangile[7]. Ses membres sont des laïcs : ils vivent dans leurs familles, exercent leurs métiers et donnent gratuitement une partie de leur temps à la prière commune et au service.

Cette forme explique la souplesse du réseau. Une communauté locale naît dans une paroisse ou un quartier, se retrouve pour prier, puis apprend les noms, les adresses et les besoins des personnes pauvres autour d'elle. Le gouvernement de l'ensemble est confié à un président élu tous les cinq ans par l'assemblée plénière élective, assisté de vice-présidents, d'un conseil des présidents et d'un assistant ecclésiastique général[8]. Le président actuel est Marco Impagliazzo, historien comme le fondateur[9].

Trois repères : prière, pauvres, paix

La fiche officielle du Dicastère nomme les trois repères dans cet ordre, et l'ordre compte[10]. La prière vient d'abord : fondée sur l'écoute de la Parole de Dieu, elle est présentée comme la première œuvre de la Communauté, celle qui accompagne et oriente toute sa vie. Les pauvres viennent ensuite, non comme des bénéficiaires anonymes, mais comme des frères, des sœurs et des amis. La paix, enfin, naît de cette proximité : avoir vu de près ce que la guerre fait aux pauvres pousse à protéger la paix là où elle est menacée et à aider à la retrouver là où elle est perdue[11].

« Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).

Cette parole de Jésus dans la parabole du jugement dernier est l'une des plus citées par la Communauté pour dire pourquoi l'amitié avec les pauvres n'est pas un supplément d'âme, mais une rencontre avec le Christ lui-même. Elle éclaire aussi la formule du pape François reprise par le Dicastère : dans cette amitié, ceux qui aident et ceux qui sont aidés finissent par se rencontrer vraiment[12].

« Ceux qui aident se mêlent à ceux qui sont aidés, dans une tension qui devient une étreinte. Et le protagoniste, c'est l'étreinte » : pape François, cité par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie dans la fiche de la Communauté[13].

Histoire de la Communauté

1968 : des lycéens romains écoutent l'Évangile

La Communauté naît à Rome en 1968, dans le climat de renouvellement du concile Vatican II. Andrea Riccardi, alors lycéen romain né en 1950, rassemble autour de lui un groupe d'élèves du secondaire pour écouter l'Évangile et le mettre en pratique[14][15]. Leur expérience prend vite la forme d'activités en faveur des pauvres, en particulier des enfants et des personnes âgées des périphéries romaines, où commence aussi un travail d'évangélisation qui donnera naissance à des communautés d'adultes[16].

Le contexte aide à comprendre la nouveauté du geste. En 1968, beaucoup de jeunes Italiens cherchent un engagement dans la politique ou la contestation. Le groupe de Riccardi choisit une autre voie : partir de la prière et de l'Évangile lu ensemble, puis aller vers les quartiers pauvres de sa propre ville. Cette origine lycéenne, sans fondateur prêtre ni règle religieuse, marque encore l'identité laïque de Sant'Egidio.

1973 : le Trastevere et la prière du soir

En 1973, dans l'église Sant'Egidio au Trastevere, commence la prière du soir de la Communauté, qui se tient depuis 1998 chaque jour dans la basilique voisine de Santa Maria in Trastevere[17]. La Communauté prend le nom de cette première église. Le Trastevere, quartier populaire au cœur de Rome, devient son siège et son visage : la prière du soir, ouverte à tous, y rassemble membres, amis, personnes pauvres et visiteurs de passage.

À partir de la seconde moitié des années 1970, la Communauté s'étend à d'autres villes italiennes, puis en Europe, en Afrique, en Amérique et en Asie[18]. La diffusion suit le même chemin qu'à Rome : une prière régulière, une attention aux périphéries de la ville, puis des amitiés durables avec des personnes âgées, des enfants, des familles migrantes ou des personnes sans domicile.

  1. 1968
    Naissance à Rome
    Andrea Riccardi rassemble des lycéens pour écouter l'Évangile et servir les pauvres des périphéries romaines[19].
  2. 1973
    Église Sant'Egidio au Trastevere
    Début de la prière du soir dans l'église qui donne son nom à la Communauté[20].
  3. 18 mai 1986
    Reconnaissance par le Saint-Siège
    Le Conseil pontifical pour les Laïcs érige la Communauté en association internationale de fidèles[21].
  4. 27 octobre 1986
    Journée de prière d'Assise
    Jean-Paul II rassemble les responsables des grandes religions à Assise ; Sant'Egidio reprendra l'esprit de cette journée dans des rencontres annuelles[22].
  5. 4 octobre 1992
    Paix pour le Mozambique
    Signature à Rome de l'accord général de paix entre le gouvernement du Mozambique et la RENAMO, après 27 mois de négociations hébergées par la Communauté[23].
  6. 1998
    Prière quotidienne à Santa Maria in Trastevere
    La prière du soir se tient chaque jour dans la basilique Santa Maria in Trastevere[24].
  7. 2002
    Programme DREAM en Afrique
    Lancement au Mozambique du programme gratuit de diagnostic et de traitement du VIH, ensuite étendu à onze pays africains[25].
  8. 2016
    Couloirs humanitaires
    Ouverture de voies légales et sûres d'accès et d'accueil en Europe pour des réfugiés, avec les Églises protestantes d'Italie[26].

1986 : une reconnaissance qui précise le statut

Le 18 mai 1986, le Conseil pontifical pour les Laïcs décrète l'érection de la Communauté de Sant'Egidio comme association internationale de fidèles[27]. La précision a son importance. Sant'Egidio n'est ni un ordre religieux, dont les membres prononceraient des vœux, ni un institut de vie consacrée. C'est une association de fidèles laïcs reconnue par l'Église, enracinée dans les Églises locales, dont les membres restent pleinement dans leur vie familiale et professionnelle[28].

Cette reconnaissance de 1986 dit aussi la confiance du Saint-Siège au moment même où la Communauté commence à être sollicitée au loin. La même année, le 27 octobre 1986, Jean-Paul II rassemble à Assise les représentants des grandes religions pour une journée de prière pour la paix. À la fin de cette journée, le pape invite à continuer de diffuser le message de paix et de vivre l'esprit d'Assise. La Communauté reprend cette invitation et, depuis lors, promeut chaque année les rencontres internationales de prière pour la paix dites Peoples and Religions[29][30].

« Continuons à diffuser le message de paix et à vivre l'esprit d'Assise » : Jean-Paul II, invitation finale de la Journée mondiale de prière pour la paix d'Assise, le 27 octobre 1986, reprise par la Communauté de Sant'Egidio[31].

La prière au centre

Écouter la Parole chaque jour

Pour Sant'Egidio, la prière n'est pas une activité parmi d'autres. La fiche du Dicastère la nomme la première œuvre de la Communauté : fondée sur l'écoute de la Parole de Dieu, elle accompagne et oriente sa vie[32]. Concrètement, des communautés locales se retrouvent en semaine pour une prière du soir faite de psaumes, d'une lecture de l'Évangile, d'un bref commentaire et d'intercessions pour les malades, les pauvres et les pays en guerre. À Rome, cette prière est quotidienne à Santa Maria in Trastevere depuis 1998[33].

Cette régularité explique une part de la longévité du réseau. Des lycéens de 1968 sont devenus des adultes, des parents, parfois des grands-parents, sans quitter le même rythme : prier ensemble, puis visiter les mêmes personnes âgées, tenir la même cantine, accompagner les mêmes enfants après l'école. La fidélité dans la durée est l'un des traits que les papes ont le plus souvent salués chez Sant'Egidio.

Une prière ouverte, qui envoie vers les autres

La prière du soir de Sant'Egidio est ouverte : on peut y entrer sans appartenir à la Communauté, y rester une saison, y amener un ami. Elle est aussi une prière qui envoie. Les intercessions nomment des situations précises, un pays en guerre, une personne malade, un quartier touché par la violence, et cette nomination prépare souvent l'action du lendemain : une visite, un appel, une démarche, parfois une initiative pour la paix à une échelle plus large. Prière et service ne sont pas deux temps séparés de la vie de la Communauté, mais un seul mouvement, de l'écoute de l'Évangile vers l'ami pauvre, et de l'ami pauvre vers la prière pour le monde.

L'amitié avec les pauvres

Des frères et des amis, pas des bénéficiaires anonymes

Le Dicastère énumère les visages de cette amitié : personnes âgées seules et non autonomes, immigrés, personnes sans abri, malades, enfants exposés à la marginalisation, personnes handicapées, réfugiés et victimes de guerre, prisonniers et condamnés à mort[34]. Le mot qui revient est celui d'amitié. Il ne s'agit pas seulement de distribuer une aide, mais de connaître les personnes par leur nom, de revenir les voir, de fêter un anniversaire, d'accompagner une démarche ou une fin de vie. Le service est gratuit et bénévole, assuré par des membres qui ont par ailleurs leur travail et leur famille[35].

Les œuvres nées de ces amitiés varient selon les villes : cantines pour les pauvres, centres de nutrition pour enfants, écoles de langue et de culture pour immigrés, centres d'écoute et d'orientation, écoles de l'après-midi pour enfants, centres pour personnes handicapées, dispensaires, ateliers d'art avec des personnes handicapées, maisons familiales pour enfants, malades, personnes sans abri et personnes âgées, cohabitations protégées pour aînés et hébergements pour réfugiés[36]. La liste du Dicastère est longue parce qu'elle épouse des besoins locaux différents, de Rome à Maputo, de Bruxelles à Buenos Aires.

Les personnes âgées : « Viva gli anziani »

Parmi ces amitiés, celle avec les personnes âgées tient une place fondatrice, puisque les premiers services romains s'adressaient déjà aux aînés des périphéries[37]. Le programme Viva gli anziani, vive les aînés, organise dans plusieurs villes un réseau de vigilance aimante : appels réguliers, visites à domicile, aide pour rester chez soi plutôt que d'être placé, attention particulière pendant les canicules et les fêtes, quand la solitude tue davantage. L'intuition est simple et vérifiable chaque été : beaucoup de personnes âgées ne meurent pas seulement de maladie, mais d'isolement.

Le pape Benoît XVI a visité le 12 novembre 2012 la maison d'accueil pour personnes âgées Viva gli anziani de la Communauté, à Rome. Ses paroles ce jour-là disent exactement pourquoi l'Église encourage ce service.

« La qualité d'une société, je dirais d'une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune. Qui fait place aux personnes âgées fait place à la vie ! » : Benoît XVI, visite à la maison Viva gli anziani de Sant'Egidio, Rome, 12 novembre 2012[38].

Les enfants, les personnes sans abri et le repas de Noël

Pour les enfants des quartiers pauvres, les Écoles de la paix offrent un soutien scolaire gratuit après la classe, des jeux, une éducation à la paix et à la solidarité, et une présence d'adultes et de jeunes bénévoles qui dure d'année en année. Pour les personnes sans abri, des maraudes et des cantines régulières cherchent la même fidélité : revenir aux mêmes endroits, connaître les prénoms, aider à retrouver des papiers, un soin, parfois un logement.

Le repas de Noël est devenu le signe le plus visible de cette amitié. Chaque 25 décembre, dans des églises, des salles et des lieux d'accueil de nombreuses villes, des personnes pauvres, âgées, migrantes ou seules sont invitées à table comme des hôtes, servies par des bénévoles, avec un cadeau préparé pour chacune. Le Dicastère cite ces formes parmi les œuvres de la Communauté, et le repas de Noël en donne l'image la plus parlante : à Noël, personne ne devrait rester seul[39].

Soigner et redonner un nom : DREAM, BRAVO et les couloirs humanitaires

Trois programmes gratuits montrent comment une amitié locale peut devenir une œuvre durable à grande échelle. Le Dicastère les cite nommément[40].

Le programme DREAM, lancé en 2002 au Mozambique, assure gratuitement le diagnostic et le traitement du VIH dans onze pays d'Afrique, avec des centres cliniques et des laboratoires, une attention particulière aux femmes enceintes pour que leurs enfants naissent sans le virus, et une formation du personnel soignant local[41][42]. Le programme BRAVO aide à l'enregistrement des naissances à l'état civil, pour que des enfants qui existent aux yeux de leur famille existent aussi aux yeux de la loi, avec un nom, une date et des droits[43].

Depuis 2016, les couloirs humanitaires ouvrent des voies légales et sûres d'accès et d'accueil en Europe pour des réfugiés particulièrement vulnérables, en accord avec les autorités des pays d'accueil et avec les Églises protestantes d'Italie, Fédération des Églises évangéliques et Table vaudoise[44][45]. Des familles parties de camps du Liban ou d'autres pays de transit voyagent avec un visa, sont accueillies par des communautés locales et apprennent la langue du pays qui les reçoit. Le contraste est voulu avec les traversées mortelles de la Méditerranée : arriver en sécurité, avec un nom et un dossier, plutôt que de risquer sa vie sur un bateau.

ProgrammeDepuisCe qu'il fait concrètement
Viva gli anzianiAnnées fondatrices, puis programme structuréVisites, appels et aide à domicile pour que les personnes âgées puissent rester chez elles entourées[46]
DREAM2002, au MozambiqueDiagnostic et traitement gratuits du VIH dans onze pays d'Afrique[47]
BRAVOProgramme gratuit en AfriqueEnregistrement des naissances à l'état civil pour les enfants sans acte[48]
Couloirs humanitaires2016Accès légal et sûr en Europe pour des réfugiés vulnérables, avec les Églises protestantes d'Italie[49]

Lecture du tableau : ces quatre œuvres ont en commun de durer. Une visite qui revient chaque semaine, un traitement suivi pendant des années, un acte de naissance qui vaut pour la vie, un accueil qui se prépare avant l'arrivée. C'est la traduction pratique du mot amitié.

Le travail pour la paix

Le Mozambique : 27 mois de négociations à Rome (1990-1992)

L'engagement pour la paix naît, selon le Dicastère, d'une expérience directe : être proche des pauvres dans le monde fait rencontrer la tragédie de la guerre, car la guerre est la mère de toutes les pauvretés[50]. Au Mozambique, pays indépendant du Portugal en 1975, une guerre civile oppose pendant environ seize ans le gouvernement du FRELIMO et la rébellion de la RENAMO. La Communauté, présente dans le pays par ses amitiés et ses œuvres, est sollicitée pour ouvrir un chemin que les diplomates officiels ne parvenaient plus à suivre.

De juillet 1990 à octobre 1992, les délégations du gouvernement mozambicain et de la RENAMO se rencontrent à Rome, au siège de la Communauté, qui héberge et facilite les pourparlers pendant 27 mois[51]. L'équipe de médiation associe notamment Andrea Riccardi et Matteo Zuppi pour Sant'Egidio, l'archevêque de Beira Jaime Gonçalves et le représentant du gouvernement italien Mario Raffaelli[52]. Le 4 octobre 1992, jour de la fête de saint François d'Assise, l'accord général de paix est signé à Rome entre le gouvernement du Mozambique et la RENAMO[53]. Il met fin à la guerre civile et ouvre la voie aux premières élections multipartites du pays.

Il faut mesurer ce que cette signature a d'inattendu. Ce ne sont ni une grande puissance ni l'Organisation des Nations unies qui ont tenu la table des négociations pendant plus de deux ans, mais une communauté de laïcs catholiques romains, sans armée, sans mandat officiel au départ, forte seulement de sa présence ancienne auprès des Mozambicains, de sa patience et de sa prière. Depuis les années 1990, ce même engagement a porté du fruit dans de nombreux autres scénarios de conflit, selon la formule prudente du Dicastère[54]. La Communauté cite aussi, parmi ses efforts connus, la plateforme de Rome pour une solution politique pacifique en Algérie en 1995 et des médiations plus récentes en Afrique, toujours menées avec discrétion[55].

L'esprit d'Assise : prier côte à côte pour la paix

Le second visage du travail pour la paix est public et priant. Depuis la Journée d'Assise du 27 octobre 1986 convoquée par Jean-Paul II, Sant'Egidio organise chaque année une rencontre internationale de prière pour la paix, Peoples and Religions, qui rassemble des responsables chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et d'autres traditions, avec des responsables politiques et des acteurs de la société civile[56]. Les premières rencontres ont lieu à Rome en 1987 et 1988, puis à Varsovie en 1989, et la rencontre change ensuite de ville d'année en année[57].

La forme compte autant que le contenu. Les participants ne prient pas une prière commune qui mélangerait les fois ; ils sont ensemble pour prier, chacun selon sa tradition, puis se retrouvent pour des forums, une minute de silence pour les victimes des guerres et un appel final à la paix. Cette distinction, déjà celle d'Assise en 1986, protège l'identité de chaque religion tout en refusant que les religions soient un prétexte à la haine. Pour un lecteur catholique, le cadre est celui du dialogue interreligieux encouragé par le concile Vatican II et par les papes, sans relativisme : on ne dit pas que toutes les religions se valent, on dit que leurs responsables peuvent se parler, prier côte à côte et s'engager ensemble contre la violence.

Abolir la peine de mort : les Villes pour la Vie

Sant'Egidio anime depuis 2002 la campagne mondiale Cities for Life, Villes pour la Vie, villes contre la peine de mort. Chaque 30 novembre, plus de deux mille villes dans le monde illuminent un monument symbolique, à Rome le Colisée, pour manifester leur engagement abolitionniste[58]. La date commémore le 30 novembre 1786, jour où le grand-duché de Toscane devint le premier État au monde à abolir la peine de mort dans son code pénal[59].

Ce combat rejoint l'enseignement actuel de l'Église catholique. Le Catéchisme, au numéro 2267 révisé en 2018 sous le pape François, tient la peine de mort pour inadmissible parce qu'elle attente à l'inviolabilité et à la dignité de la personne. Sant'Egidio le traduit en gestes concrets : correspondance avec des condamnés à mort, conférences de ministres de la Justice, mobilisation des villes et des jeunes. Sur ce point comme sur les autres, l'article se contente de décrire exactement, sans polémique : une communauté catholique qui prie, accompagne des condamnés et demande aux États de renoncer à tuer au nom de la justice.

Organisation et repères chiffrés

La Communauté n'a pas de maisons religieuses ni de membres consacrés. Son organisation tient en quelques repères stables, que le tableau suivant rassemble à partir de la fiche du Dicastère[60].

RepèreCe qu'il faut retenir
NatureAssociation internationale de fidèles, communauté laïque catholique[61]
FondateurAndrea Riccardi (né en 1950), historien, avec des lycéens romains en 1968[62]
Siège historiquePiazza Sant'Egidio 3/a, Trastevere, Rome[63]
Prière communeChaque jour à Santa Maria in Trastevere depuis 1998[64]
GouvernementPrésident élu pour cinq ans par l'assemblée plénière élective[65]
Président actuelMarco Impagliazzo[66]
Champs d'action cités par le DicastèreCantines, écoles de langue et de l'après-midi, maisons familiales, DREAM, BRAVO, couloirs humanitaires[67]

Lecture du tableau : Sant'Egidio ressemble moins à une organisation centralisée qu'à un réseau de communautés locales qui partagent la même prière, les mêmes amitiés et les mêmes méthodes. C'est ce qui lui permet d'être à la fois très romaine, par son siège du Trastevere et sa prière quotidienne, et présente sur plusieurs continents par des communautés enracinées dans leurs Églises locales[68].

Le bienheureux Floribert Bwana Chui donne à ce réseau un visage africain récent. Né à Goma le 13 juin 1981, membre de la Communauté de Sant'Egidio et fonctionnaire des douanes, il refuse le 7 juillet 2007 un pot-de-vin qui aurait laissé passer une cargaison de riz avarié ; enlevé et torturé, il meurt le 8 juillet 2007. Le pape François a reconnu son martyre en 2024 et il a été béatifié à Rome le 15 juin 2025[69]. Un jeune laïc, formé à la prière et à l'amitié avec les pauvres, qui préfère perdre sa vie plutôt que de participer à une corruption qui aurait empoisonné ses compatriotes : l'Église propose en lui un fruit lisible de la spiritualité de Sant'Egidio.

Sant'Egidio et l'Église catholique

Une communion assumée, un statut dit exactement

Sant'Egidio se vit dans la communion de l'Église catholique. Sa reconnaissance comme association internationale de fidèles en 1986, sa fiche au répertoire du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, et l'enracinement de chaque communauté locale dans son Église particulière le disent institutionnellement[70]. Les papes ont accompagné ce chemin par des gestes publics : Jean-Paul II convoque Assise en 1986 et lui confie en quelque sorte la garde de son esprit ; Benoît XVI visite la maison des aînés en 2012 ; François rencontre la Communauté au Trastevere, notamment le 15 juin 2014 puis le 11 mars 2018 pour son cinquantième anniversaire[71].

Il faut tenir ensemble ces deux phrases, sans en gonfler aucune. Sant'Egidio est bien une réalité catholique reconnue, encouragée par les papes, dont la prière et le service sont proposés aux fidèles. Et son travail pour la paix, ses rencontres interreligieuses ou ses programmes humanitaires restent l'œuvre d'une association de laïcs, non des actes du magistère. Quand Sant'Egidio facilite une négociation, c'est la Communauté qui s'engage, avec sa crédibilité propre ; quand un pape salue son action, c'est un encouragement pastoral, non une transformation de ses initiatives en décisions de l'Église universelle. Cette distinction protège à la fois l'Église et la Communauté, et elle correspond à la manière dont le Dicastère lui-même présente son identité[72].

Ce que le lecteur peut en retenir

Pour un catholique qui découvre Sant'Egidio, trois portes d'entrée sont à sa mesure. Venir une fois à une prière du soir, là où une communauté locale se rassemble. Se laisser proposer une amitié durable, une personne âgée à visiter, un enfant à aider après l'école, une maraude régulière, plutôt qu'un don ponctuel sans visage. Et, à l'échelle du monde, regarder autrement les nouvelles des guerres : derrière chaque conflit, il y a des pauvres qui paient le premier prix, et des médiations patientes, parfois tenues par des laïcs sans pouvoir officiel, qui peuvent rouvrir un chemin. C'est, en une phrase, l'histoire commencée par des lycéens romains en 1968.

Pour aller plus loin

Le site officiel santegidio.org présente les communautés locales, la prière, les œuvres et les rencontres pour la paix pays par pays. La fiche du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie offre la synthèse institutionnelle la plus sûre sur l'histoire, l'identité, la structure et les œuvres de la Communauté. Pour prolonger la lecture dans Ignispedia :

  • Prier avec une autre communauté née de la prière commune : Taizé, communauté œcuménique de Bourgogne fondée par frère Roger, dont les rencontres de jeunes et les chants ont essaimé dans le monde entier.
  • Découvrir une initiative née dans une paroisse et devenue mondiale : Le parcours Alpha, dix soirées autour d'un repas pour découvrir la foi chrétienne.
  • Situer Sant'Egidio parmi les lieux romains et parisiens du dialogue foi et culture : Le Collège des Bernardins et L'Institut catholique de Paris.

Notes et références

  1. Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, répertoire des associations internationales de fidèles, fiche « Sant'Egidio Community », section History : fondation à Rome à l'initiative d'Andrea Riccardi dans le climat de Vatican II, lycéens réunis pour écouter l'Évangile ; activités pour les pauvres des périphéries romaines ; prière du soir commencée en 1973 dans l'église Sant'Egidio au Trastevere et tenue depuis 1998 chaque jour à Santa Maria in Trastevere ; diffusion en Italie puis en Europe, Afrique, Amérique et Asie. Site laityfamilylife.va, consulté en octobre 2026.

    1 2 4 14 16 17 18 19 20 24 29 33 37 54 64
  2. Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community », section Identity : famille de communautés enracinées dans les Églises locales ; « Prayer, the poor and peace are its fundamental points of reference » ; la prière, première œuvre ; les pauvres, frères, sœurs et amis (aînés seuls, immigrés, sans-abri, malades, enfants, personnes handicapées, réfugiés, prisonniers et condamnés à mort) ; la guerre, mère de toutes les pauvretés. Texte anglais original sur laityfamilylife.va, consulté en octobre 2026.

    3 7 10 11 12 28 32 34 50 68 72
  3. Communauté de Sant'Egidio, dossiers sur la paix au Mozambique : accord général de paix signé à Rome le 4 octobre 1992, après l'accueil des négociations pendant 27 mois ; synthèse historique « Rome General Peace Accords », accord entre le gouvernement du Mozambique et la RENAMO mettant fin à la guerre civile. Sites santegidio.org et synthèse de l'accord, consultés en octobre 2026.

    5 23 51 53
  4. Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community », section History : le 18 mai 1986, le Conseil pontifical pour les Laïcs décrète l'érection de la Communauté de Sant'Egidio comme association internationale de fidèles. Site laityfamilylife.va, consulté en octobre 2026.

    6 21 27 61 70
  5. Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community », section Structure : gouvernement confié au président, élu tous les cinq ans par l'assemblée plénière élective, assisté des vice-présidents, du conseil des présidents et de l'assistant ecclésiastique général. Site laityfamilylife.va, consulté en octobre 2026.

    8 60 65
  6. Marco Impagliazzo, président de la Communauté de Sant'Egidio, professeur d'histoire contemporaine, réélu par l'assemblée élective de la Communauté pour un mandat de cinq ans. Communauté de Sant'Egidio, actualités des élections présidentielles, santegidio.org, consultées en octobre 2026.

    9 66
  7. Pape François, parole sur l'amitié avec les pauvres citée par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community », section Identity. Texte original anglais : « those who help mingle with those who are helped, in a tension that becomes an embrace. And the protagonist is the embrace ». Traduction française dans le corps de l'article.

    13
  8. Andrea Riccardi, né en 1950 à Rome, historien, professeur d'histoire contemporaine, fondateur de la Communauté de Sant'Egidio. Fiche orateur de la Communauté de Sant'Egidio, santegidio.org, consultée en octobre 2026.

    15 62
  9. Journée mondiale de prière pour la paix, Assise, 27 octobre 1986, convoquée par saint Jean-Paul II avec les représentants des grandes religions ; Communauté de Sant'Egidio, dossiers sur l'esprit d'Assise et les rencontres internationales de prière pour la paix organisées depuis 1987. Site santegidio.org, consulté en octobre 2026.

    22 30 56
  10. Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community », section Works : cantines, centres de nutrition, écoles de langue et de culture, centres d'écoute, écoles de l'après-midi, centres pour personnes handicapées, dispensaires, maisons familiales et logements protégés ; programmes gratuits DREAM (diagnostic et traitement du VIH, onze pays) et BRAVO (enregistrement des naissances) ; couloirs humanitaires actifs depuis 2016 pour un accès légal et un accueil en Europe des réfugiés. Site laityfamilylife.va, consulté en octobre 2026.

    25 26 35 36 39 40 41 43 44 47 48 49 67
  11. Saint Jean-Paul II, invitation finale de la Journée d'Assise du 27 octobre 1986, citée par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community » : « Let us continue to spread the message of peace and live the spirit of Assisi ». Traduction française dans le corps de l'article.

    31
  12. Benoît XVI, discours lors de la visite à la maison d'accueil pour personnes âgées Viva gli anziani de la Communauté de Sant'Egidio, Rome, 12 novembre 2012 : « La qualité d'une société, je dirais d'une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune. » Texte officiel sur vatican.va.

    38 46
  13. Communauté de Sant'Egidio, programme DREAM (Disease Relief through Excellent and Advanced Means), conçu et lancé en 2002 au Mozambique, actif dans onze pays africains avec des centres cliniques en ville et en milieu rural. Dossier Mozambique et programme DREAM, santegidio.org et dream.santegidio.org, consultés en octobre 2026.

    42
  14. Couloirs humanitaires : protocole avec les ministères italiens de l'Intérieur et des Affaires étrangères, mis en œuvre par la Communauté de Sant'Egidio, la Fédération des Églises évangéliques en Italie et la Table vaudoise ; premières arrivées du Liban en février 2016. Communauté de Sant'Egidio, dossiers Humanitarian Corridors, santegidio.org, consultés en octobre 2026.

    45
  15. Équipe de médiation des pourparlers de Rome (juillet 1990 à octobre 1992) : Andrea Riccardi et Matteo Zuppi pour la Communauté de Sant'Egidio, Mgr Jaime Gonçalves, archevêque de Beira, et Mario Raffaelli pour le gouvernement italien. Synthèse « Rome General Peace Accords », section Negotiations, consultée en octobre 2026.

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  16. Communauté de Sant'Egidio, travail pour la paix en Algérie en 1994-1995 aboutissant à la plateforme de Rome pour une solution politique pacifique de la crise algérienne ; Marco Impagliazzo parmi les protagonistes de ce travail. Fiches des rencontres pour la paix, santegidio.org, consultées en octobre 2026.

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  17. Communauté de Sant'Egidio, page Ecumenism and Interreligious Dialogue : rencontres de Rome en 1987 et 1988, puis Varsovie en 1989 sous le titre War Never Again, et itinérance annuelle ensuite. Site santegidio.org, consulté en octobre 2026.

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  18. Communauté de Sant'Egidio, campagne mondiale Cities for Life, Villes pour la Vie, villes contre la peine de mort, lancée en 2002 et célébrée chaque 30 novembre par l'illumination de monuments, à Rome le Colisée, dans plus de 2 000 villes ; le 30 novembre commémore l'abolition de la peine de mort par le grand-duché de Toscane le 30 novembre 1786. Dossiers de la campagne, santegidio.org, consultés en octobre 2026.

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  19. Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, fiche « Sant'Egidio Community », section Headquarters : Comunità di Sant'Egidio, Piazza S. Egidio 3/a, 00153 Roma. Site laityfamilylife.va, consulté en octobre 2026.

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  20. Bienheureux Floribert Bwana Chui (Goma, 13 juin 1981, mort les 7 et 8 juillet 2007), membre de la Communauté de Sant'Egidio et fonctionnaire des douanes à Goma ; refus d'un pot-de-vin lié à une cargaison de riz avarié, enlèvement, torture et mort ; martyre reconnu sous le pape François en 2024, béatification à Rome le 15 juin 2025. Témoignages de la Communauté de Sant'Egidio et comptes rendus de la béatification, 2024-2025.

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  21. Pape François, rencontre avec la Communauté de Sant'Egidio pour le cinquantième anniversaire de sa fondation, Piazza Santa Maria in Trastevere, Rome, 11 mars 2018, précédée d'une première visite le 15 juin 2014. Calendrier des activités du Saint-Père, mars 2018, vatican.va ; Communauté de Sant'Egidio, annonce de la visite du 11 mars 2018, santegidio.org.

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