Bienheureux Rupert Mayer (1876-1945)

Le bienheureux Rupert Mayer (1876-1945), prêtre jésuite allemand surnommé l'« Apôtre de Munich », fut aumônier de la Grande Guerre, mutilé décoré de la Croix de fer, infatigable serviteur des pauvres et des migrants, et l'une des rares voix catholiques à dénoncer publiquement le national-socialisme dès 1933. Interdit de prêche par la Gestapo, condamné, emprisonné à Stadelheim, déporté au camp de Sachsenhausen puis reclus à l'abbaye d'Ettal, il porta ces épreuves dans un abandon confiant à la volonté de Dieu, dont témoigne sa célèbre prière d'abandon. Foudroyé en chaire pendant sa prédication, il mourut peu après, le jour de la Toussaint 1945, et fut béatifié par Jean-Paul II à Munich le 3 mai 1987.

Ignispedia

Rupert Mayer — né à Stuttgart le 23 janvier 1876, mort à Munich le 1er novembre 1945 — est un prêtre jésuite allemand, surnommé l'« Apôtre de Munich », et l'une des grandes voix catholiques de la résistance au national-socialisme.[1][2] Aumônier militaire décoré, mutilé de la Première Guerre mondiale, infatigable serviteur des pauvres et des migrants, il fut aussi l'un des rares prêtres à dénoncer publiquement l'idéologie nazie dès son avènement, ce qui lui valut prison, camp de concentration et exil surveillé.

Infographie originale Ignispedia — six jalons biographiques de Rupert Mayer, de Stuttgart à sa mort en chaire.

Devant le tribunal spécial qui le jugeait en 1937, il déclara qu'il continuerait à prêcher quoi qu'il advienne — traduisant en acte la parole des Apôtres : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29).[3][4] Enfermé au camp de Sachsenhausen, puis reclus à l'abbaye d'Ettal — les nazis redoutant d'en faire un martyr —, il traversa ces épreuves porté par une prière d'abandon à la volonté de Dieu, devenue sa signature spirituelle.[5]

Libéré par les troupes américaines, revenu prêcher dans sa chère église Saint-Michel, il fut foudroyé en chaire le matin de la Toussaint 1945, terrassé par une attaque alors qu'il commentait l'Évangile, et mourut peu après. Le pape Jean-Paul II le béatifia à l'Olympiastadion de Munich le 3 mai 1987, comme un modèle de courage chrétien face à la tyrannie et de charité inépuisable envers les petits.[6][7][8]

Un enfant de Souabe devenu jésuite (1876-1912)

Naissance à Stuttgart et années de formation

Rupert Mayer naît le 23 janvier 1876 à Stuttgart, dans le royaume de Wurtemberg, au sein d'une famille catholique aisée de commerçants ; il est l'un de six enfants.[9] Élève doué, il fréquente l'Eberhard-Ludwigs-Gymnasium de Stuttgart puis le Spohn-Gymnasium de Ravensburg, où il obtient son Abitur en 1894.[10][11] Attiré très tôt par le sacerdoce, il étudie la philosophie et la théologie à Fribourg (Suisse), à Munich (au Georgianum) et à Tübingen (au Wilhelmstift).[12][13]

Le Georgianum de Munich, où Rupert Mayer étudia la théologie avant son ordination — photographie Wikimedia Commons.

Il est ordonné prêtre le 2 mai 1899 à Rottenburg, pour le diocèse de Rottenburg.[14] Mais le jeune prêtre séculier porte déjà en lui un appel plus radical : celui de la vie religieuse.

Du clergé diocésain à la Compagnie de Jésus

De juin 1899 à août 1900, il est vicaire à Spaichingen, au pied du Dreifaltigkeitsberg, puis demande à entrer dans la Compagnie de Jésus.[15][16][17] Le 1er octobre 1900, il franchit le seuil du noviciat jésuite de Feldkirch, dans le Vorarlberg autrichien — les jésuites étant alors interdits de fondation en Allemagne à la suite du Kulturkampf de Bismarck (loi sur les jésuites abrogée en 1917 seulement).[18][19] Il a vingt-quatre ans et renonce à une carrière diocésaine assurée pour la pauvreté et l'obéissance ignatiennes.

Le missionnaire itinérant (1906-1911)

À partir de 1906, une fois sa formation jésuite achevée, Rupert Mayer devient missionnaire populaire : il sillonne la Suisse, l'Allemagne et les Pays-Bas, prêchant missions paroissiales, retraites et exercices spirituels.[20][21] Ces années lui donnent une maîtrise remarquable de la prédication et un contact direct avec les foules ouvrières et rurales — une expérience qui façonnera l'orateur populaire, clair et véhément, qu'il sera plus tard dans les chaires de Munich.

L'apôtre de Munich (1912-1914)

L'aumônier des migrants

Infographie originale Ignispedia — migrants, pauvres et hommes catholiques : les trois axes concrets de l'apostolat munichois de Rupert Mayer.

En 1912, Rupert Mayer est envoyé à Munich, où il exercera l'essentiel de son ministère jusqu'à sa mort.[22][23] La capitale bavaroise connaît alors un afflux massif de migrants venus des campagnes chercher du travail. Mayer se voit confier leur pastorale : il visite les nouveaux arrivants, recense leurs besoins matériels et spirituels, organise l'accueil des familles déracinées, cherche logements et emplois.[24][25] C'est là qu'il gagne son surnom d'« Apôtre de Munich » : un prêtre que l'on trouve partout où il y a de la misère à soulager.

La Congrégation mariale des hommes

À partir de 1921, Rupert Mayer devient préfet de la Marianische Männerkongregation (Congrégation mariale des hommes) de Munich, qu'il transforme en un puissant réseau de laïcs engagés, passé à plus de 7 000 membres.[26][27][28] Sous sa direction, cette confrérie mariale devient un foyer de vie spirituelle virile et de charité active : formation religieuse, entraide, œuvres sociales. Ce fut aussi, plus tard, l'un des rares espaces où des hommes catholiques purent tenir ensemble face à la pression du régime.

L'aumônier de la Grande Guerre (1914-1917)

Volontaire sur trois fronts

Infographie originale Ignispedia — les fronts de France, Pologne et Roumanie où Rupert Mayer servit comme aumônier militaire.

Quand éclate la Première Guerre mondiale, Rupert Mayer se porte volontaire comme aumônier militaire dès 1914.[29][30] D'abord affecté à un hôpital de campagne, il obtient d'être envoyé en première ligne, auprès des soldats, sur les fronts de France, de Pologne et de Roumanie.[31] Sa bravoure au feu, son mépris du danger pour rejoindre les blessés et les mourants dans les tranchées, forcent l'admiration.

Premier aumônier décoré de la Croix de fer

En mars 1915, Rupert Mayer reçoit la Croix de fer de 2e classe pour sa bravoure au service des soldats du front — une première pour un aumônier ; le 12 décembre 1915, il reçoit la Croix de fer de 1re classe.[32][33] La distinction, exceptionnelle pour un non-combattant, dit assez le courage physique de cet homme de Dieu qui allait chercher les blessés sous le feu.

« Le prêtre qui boite »

Le 30 décembre 1916, dans la vallée de la Sulta, en Roumanie, où il servait comme aumônier de la 8ᵉ division bavaroise de réserve, sa jambe gauche est déchiquetée par un éclat de grenade ; il faut l'amputer — l'opération est pratiquée par le médecin et écrivain Hans Carossa, en poste sur le même secteur du front.[34][35][36] Rentré à Munich pour convalescence, désormais porteur d'une prothèse, il sera pour toujours « le prêtre qui boite » (der hinkende Priester).[37] Loin de le diminuer, cette mutilation ajoutera à son autorité morale : quand, plus tard, il tiendra tête aux nazis, ce sera avec l'aura d'un mutilé de guerre décoré, que le régime aura d'autant plus de mal à faire taire.

Le prêtre de la charité (les années 1920)

La messe de la gare

La gare centrale de Munich au tournant du XXe siècle — Wikimedia Commons. Rupert Mayer y organisa une pastorale de passage à partir de 1925.

Rentré du front, Rupert Mayer redouble d'activité caritative. À partir de 1925, il fait naître des offices dominicaux du soir dans une salle de la gare centrale de Munich, pour les voyageurs, les travailleurs et les migrants de passage.[38] Cette pastorale de la gare, restée légendaire, illustre son génie d'aller chercher les âmes là où elles se trouvent, hors des cadres paroissiaux ordinaires.

« Plutôt aider neuf personnes de trop »

Sa charité était sans calcul. Selon le témoignage rapporté par les jésuites britanniques, Rupert Mayer disait préférer se laisser tromper en aidant neuf personnes qui n'en avaient pas vraiment besoin plutôt que de risquer de renvoyer la dixième, qui était dans une réelle détresse.[39]

Cette disposition du cœur — donner d'abord, vérifier ensuite — fait de lui l'un des grands apôtres sociaux du catholicisme allemand du XXᵉ siècle, dans la lignée de la charité active que d'autres bienheureux ont incarnée auprès des pauvres.

Face au national-socialisme (1933-1937)

Un « non » précoce et sans ambiguïté

Là où beaucoup hésitèrent, Rupert Mayer vit tôt et clair. Considéré dès les années 1920 comme « la voix des catholiques » de Munich, il observa la montée du national-socialisme avec une lucidité rare et affirma qu'un croyant ne pouvait pas appartenir à ce parti.[40] Ayant discerné le danger dès les années 1920, il porta cette conviction dans ses prédications publiques dès la prise du pouvoir, en janvier 1933, notamment depuis la chaire de l'église Saint-Michel.[41][42] Pour lui, le christianisme et l'idéologie raciale et totalitaire nazie étaient incompatibles — une position que peu osèrent formuler aussi nettement en public.

L'interdiction de parole d'avril 1937

Sa liberté de parole devint vite intolérable au régime. Après des interdictions de parole locales dès 1935[43], en avril 1937, la Gestapo de Berlin prononça contre lui une interdiction de parole (Redeverbot) valable pour tout le Reich[44][45] — l'ordre de ne plus parler en public lui fut notifié à Munich en mai 1937[46]. Rupert Mayer refusa de se soumettre : pour lui, se taire eût été trahir sa mission sacerdotale. Le 5 juin 1937, il fut arrêté et placé en « détention de protection » à la prison de Stadelheim, à Munich.[47][48]

Le procès et les prisons (1937-1945)

Le procès de juillet 1937

Le 22 juillet 1937, Rupert Mayer comparut devant le tribunal spécial (Sondergericht) de Munich, accusé d'« abus de chaire » et d'infraction à la loi contre les propos « insidieux » (Heimtückegesetz).[49] Le jugement fut prononcé le lendemain, 23 juillet : six mois de prison, déduction faite des six semaines de détention préventive déjà subies.[50] Devant ses juges, il ne plaida pas la prudence : il annonça publiquement qu'il continuerait à prêcher, quel que fût le verdict.

La Croix de fer liée à la mémoire de Rupert Mayer, conservée à la Bürgersaalkirche de Munich — Wikimedia Commons.

« Malgré l'interdiction de parole prononcée contre moi, je continuerai à prêcher, même si les autorités de l'État qualifient mes prédications d'actes punissables et d'abus de chaire. » — bienheureux Rupert Mayer, devant le tribunal spécial de Munich, juillet 1937[51][52]

Mais, devant l'indignation du cardinal Faulhaber et d'une grande partie de la population munichoise, le jésuite fut libéré, sa peine de six mois restant suspendue.[53][54] Ce fut un répit précaire.

La prison de Landsberg (janvier – 3 mai 1938)

Infographie originale Ignispedia — de l'interdiction de prêcher à la libération de mai 1945.

Comme il continuait à prêcher contre le régime, Rupert Mayer fut de nouveau arrêté le 5 janvier 1938 et conduit à la prison de Landsberg am Lech.[55][56] Il n'en sortit que le 3 mai 1938, libéré par une amnistie — après quatre mois de détention.[57][58]

Sachsenhausen (1939-1940)

Après le déclenchement de la guerre, le régime frappa plus durement. Le 3 novembre 1939, Rupert Mayer fut de nouveau arrêté et déporté au camp de concentration de Sachsenhausen, près d'Oranienbourg, où il subit sept mois d'isolement.[59][60] La santé du prêtre de soixante-trois ans, déjà affaibli par sa mutilation de guerre, se dégrada gravement.

Craignant qu'il ne meure en détention et ne devienne un martyr galvanisant les catholiques, les autorités nazies préférèrent le soustraire aux regards.[61] En août 1940, il fut libéré du camp — au prix d'une interdiction absolue de prêcher — et assigné à résidence.[62][63] (La notice du Mémorial de la Résistance allemande date cette libération d'avril 1940.[64])

L'exil forcé à l'abbaye d'Ettal (1940-1945)

De 1940 à 1945, Rupert Mayer vécut reclus à l'abbaye bénédictine d'Ettal, en Haute-Bavière, sous surveillance de la Gestapo, coupé de tout ministère public.[65][66] Pour cet homme d'action tout entier tourné vers les âmes, ce silence imposé fut peut-être l'épreuve la plus lourde. Il la vécut dans la prière et l'abandon, comme en témoigne sa célèbre prière de confiance, dont la date de composition n'est pas établie.[67] Il ne fut libéré qu'en mai 1945 par les troupes américaines, à la chute du Reich.[68]

Une âme d'abandon : sa prière d'abandon

Au cœur de la nuit — camp, maladie, silence, guerre —, Rupert Mayer trouva sa paix dans un abandon total à la volonté de Dieu. Il laissa une brève prière de remise de soi (Ergebungsgebet), devenue l'une des prières les plus aimées du catholicisme de langue allemande.[69]

« Seigneur, comme tu veux, qu'il me soit fait, / et comme tu veux, je veux aller. / Aide-moi seulement à comprendre ta volonté. // Seigneur, quand tu veux, alors c'est l'heure, / et quand tu veux, je suis prêt, / aujourd'hui et pour l'éternité. // Seigneur, ce que tu veux, je l'accueille, / et ce que tu veux est mon gain. / Il suffit que je sois tien. // Seigneur, parce que tu le veux, cela est bon, / et parce que tu le veux, j'ai courage, / mon cœur repose entre tes mains. » — bienheureux Rupert Mayer, prière d'abandon (traduction française du texte allemand)[70]

Infographie originale Ignispedia — extrait français de la prière d'abandon de Rupert Mayer.

Toute sa spiritualité tient dans ces lignes : non pas une résignation passive, mais une confiance filiale qui fait de l'obéissance à Dieu la source du courage. Cet abandon — faire la volonté de Dieu dans la confiance — reste distinct de ce que la tradition de Luisa Piccarreta nomme vivre dans la Divine Volonté, don singulier par lequel Dieu unit l'âme à sa propre et unique volonté.

Foudroyé en chaire : le 1er novembre 1945

Libéré, Rupert Mayer refusa tout repos. Il reprit aussitôt sa prédication à Munich, retrouvant ses foules et sa chaire de Saint-Michel. Mais son corps, usé par la guerre, le camp et la maladie, était à bout.

Le matin de la Toussaint, 1er novembre 1945, alors qu'il célébrait la messe de 8 heures dans la chapelle de la Croix (Kreuzkapelle) de l'église Saint-Michel et prêchait sur les saints du Ciel, il fut soudain frappé d'une attaque cérébrale.[71][72] Selon des récits jésuites de langue anglaise, ses dernières paroles rapportées, avant qu'il ne s'effondre, furent une triple invocation du Seigneur[73][74] ; les récits allemands précisent qu'il perdit connaissance et mourut peu après sans l'avoir reprise[75].

Il mourut peu après. Il avait soixante-neuf ans, et il tombait en plein ministère, le jour où l'Église célèbre tous les saints.

De la Bürgersaalkirche aux autels

La tombe qui devint un sanctuaire

Tombe du bienheureux Rupert Mayer dans la crypte de la Bürgersaalkirche de Munich — Wikimedia Commons.

D'abord inhumé au cimetière jésuite de Pullach, le corps de Rupert Mayer fut, le 23 mai 1948, transféré dans la crypte de la Bürgersaalkirche (Unterkirche), en plein centre de Munich, son premier tombeau attirant déjà des foules de pèlerins.[76][77][78] Sa tombe devint aussitôt un lieu de pèlerinage très fréquenté, où les Munichois viennent aujourd'hui encore prier et déposer leurs intentions.

La cause et la béatification (1951-1987)

Le procès informatif en vue de la béatification fut ouvert dès le 26 septembre 1951.[79] En 1956, le pape Pie XII le déclara Serviteur de Dieu ; en 1983, Jean-Paul II reconnut l'héroïcité de ses vertus, lui donnant le titre de Vénérable.[80] Enfin, le 3 mai 1987, lors de son voyage en Allemagne, le pape Jean-Paul II béatifia Rupert Mayer à l'Olympiastadion de Munich.[81][82][83] Sa fête liturgique est fixée au 3 novembre dans l'ordre jésuite et plusieurs diocèses allemands.[84]

Le tableau ci-dessous récapitule les grandes étapes de sa vie.

ÉtapeDateFait
Naissance23 janvier 1876À Stuttgart, dans une famille catholique
Ordination sacerdotale2 mai 1899Pour le diocèse de Rottenburg
Entrée chez les jésuites1er octobre 1900Noviciat de Feldkirch (Autriche)
Arrivée à Munich1912Aumônier des migrants
Croix de fermars 1915 (2e classe, premier aumônier décoré), 12 décembre 1915 (1re classe)Bravoure comme aumônier du front
Amputation de la jambe gauche30 décembre 1916Éclat de grenade, vallée de la Sulta (Roumanie)
Préfet de la Congrégation mariale1921Congrégation mariale des hommes de Munich
Interdiction de paroleavril 1937Gestapo de Berlin, pour tout le Reich
Procès et condamnation22-23 juillet 1937Tribunal spécial de Munich, 6 mois de prison
Prison de Landsberg am Lech5 janvier-3 mai 1938Quatre mois de détention
Camp de Sachsenhausen3 novembre 1939Sept mois d'isolement
Résidence surveillée à Ettal1940-1945Silence imposé jusqu'à la Libération
Mort1er novembre 1945Foudroyé en chaire pendant la prédication, décédé peu après, à Saint-Michel de Munich
Transfert à la Bürgersaalkirche23 mai 1948La tombe devient un lieu de pèlerinage
Serviteur de Dieu1956Déclaré par Pie XII
Vénérable1983Héroïcité des vertus reconnue par Jean-Paul II
Béatification3 mai 1987Par Jean-Paul II, Olympiastadion de Munich

Ce que le bienheureux Rupert Mayer enseigne aujourd'hui

La vie de Rupert Mayer est celle d'un prêtre entier, où la charité et le courage ne font qu'un. Trois leçons demeurent.

  • La foi engage la parole publique. Rupert Mayer n'a pas séparé la piété privée de la responsabilité publique : quand l'idéologie nazie menaça la vérité et la dignité de l'homme, il parla, sachant ce qu'il risquait. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29) ne fut pas pour lui une formule, mais un programme.
  • La charité précède le calcul. Préférer aider neuf faux nécessiteux plutôt que de renvoyer un vrai pauvre : cette règle du cœur résume un christianisme de la miséricorde concrète, qui ne se paie pas de mots.
  • L'abandon est la source du courage. Sa prière d'abandon révèle le secret de sa force : ce n'est pas une volonté crispée, mais la remise confiante de tout entre les mains de Dieu qui rend capable de tenir en prison, au camp, dans le silence — et de mourir en pleine annonce de l'Évangile.

« Seigneur, parce que tu le veux, cela est bon, et parce que tu le veux, j'ai courage : mon cœur repose entre tes mains. » — bienheureux Rupert Mayer[85]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipedia (EN), "Rupert Mayer" : en.wikipedia.org/wiki/Rupert_Mayer. Rupert Mayer (23 janvier 1876, Stuttgart – 1er novembre 1945, Munich), prêtre jésuite allemand, figure de proue de la résistance catholique au nazisme à Munich ; humanités achevées en 1894 ; études de philosophie et théologie à Fribourg (Suisse), Munich et Tübingen ; ordonné prêtre en 1899, vicaire à Spaichingen un an ; entrée dans la Compagnie de Jésus à Feldkirch (Vorarlberg, Autriche) en 1900 ; à partir de 1912, travail auprès des pauvres et migrants de Munich ; préfet de la sodalité des hommes à partir de 1921 ; aumônier militaire volontaire dès 1914 (fronts de France, Pologne, Roumanie) ; Croix de fer de 2e classe en mars 1915 — une première pour un aumônier — puis de 1re classe le 12 décembre 1915 ; jambe gauche amputée en décembre 1916 après un éclat de grenade en Roumanie, « le prêtre qui boite » ; protestations publiques contre le nazisme depuis la chaire de Saint-Michel à partir de janvier 1933 ; ordre de cesser de parler en public daté du 16 mai 1937 (notification munichoise de l'interdiction prononcée à Berlin en avril 1937) ; arrêté le 5 juin 1937, « détention de protection » à Stadelheim ; arrêté à nouveau le 3 novembre 1939, envoyé au camp de Sachsenhausen sous le Kanzelparagraph ; interné à l'abbaye d'Ettal à partir de 1940, les nazis craignant d'en faire un martyr ; libéré en mai 1945 ; mort d'une attaque le 1er novembre 1945 pendant la messe de 8 h à Saint-Michel de Munich, jour de la Toussaint ; inhumé à Pullach, réinhumé en 1948 dans la Bürgersaalkirche ; procès informatif ouvert le 26 septembre 1951 ; Serviteur de Dieu (Pie XII, 1956) ; décret sur l'héroïcité des vertus (1983) ; béatifié par Jean-Paul II à Munich le 3 mai 1987 ; fête le 3 novembre. La chaîne de la cause y est référencée : ouverture du procès informatif le 26 septembre 1951 (avec renvoi à l'Index officiel des causes du Vatican, Typis polyglottis vaticanis, 1953, p. 204) et notices jésuites (Curie de Rome, Irish Jesuits) pour le titre de Serviteur de Dieu (Pie XII, 1956) et le décret sur l'héroïcité des vertus (1983) ; aucune des sources recoupées (GDW, nsdoku, dewiki, Heiligenlexikon, jesuiten.org, Knox) ne contredit ces dates.

    1 4 7 12 16 19 21 22 28 29 31 37 40 42 46 47 59 61 65 68 71 78 79 80 82 84
  2. Ökumenisches Heiligenlexikon, "Rupert Mayer" : heiligenlexikon.de/BiographienR/Rupert_Mayer.html. Naissance le 23 janvier 1876 à Stuttgart ; études au gymnasium de Stuttgart puis Ravensburg, philosophie et théologie à Fribourg, Munich (Georgianum) et Tübingen (Wilhelmstift) ; ordination en 1899 ; entrée chez les jésuites à Feldkirch en 1900 ; missionnaire populaire en Suisse, Allemagne et Pays-Bas à partir de 1906 ; arrivée à Munich en 1912 comme aumônier des migrants ; préfet de la Congrégation mariale des hommes (Marianische Männerkongregation) à partir de 1921 ; à partir de 1925, offices dans une salle de la gare centrale de Munich entre 15 h et 18 h ; aumônier militaire 1914-1917 ; Croix de fer ; amputation de la jambe ; arrestations et détentions (Stadelheim, Sachsenhausen, Ettal) ; mort le 1er novembre 1945 à l'église Saint-Michel pendant la messe ; transfert à la Bürgersaalkirche le 23 mai 1948 ; béatification par Jean-Paul II le 3 mai 1987 à l'Olympiastadion de Munich.

    2 10 13 14 17 20 23 24 27 60 66 72 77
  3. Gedenkstätte Deutscher Widerstand (GDW Berlin), biographie de Rupert Mayer : gdw-berlin.de. Engagement contre le national-socialisme dès le début des années 1920 ; interdictions de parole (Redeverbote) des autorités nazies dès 1935 ; arrestation le 5 juin 1937, chef d'accusation « abus de chaire et infraction à la loi contre les propos insidieux » (Heimtückegesetz) ; détention préventive à la prison de Munich-Stadelheim ; comparution devant le tribunal spécial (Sondergericht) le 22 juillet 1937 ; déclaration devant le tribunal : « Malgré l'interdiction de parole prononcée contre moi, je continuerai à prêcher, même si les autorités de l'État qualifient mes prédications d'actes punissables et d'abus de chaire » ; condamnation à six mois de prison, peine d'abord suspendue devant l'indignation du cardinal et de la population munichoise. La même notice date la libération de Sachsenhausen d'avril 1940 — contre août 1940 chez le NS-Dokumentationszentrum München, dewiki, jesuiten.org et Knox (divergence signalée dans le corps de l'article).

    3 43 48 49 51 64
  4. Pfarrei St. Karl Nürnberg / Männerwerk, "Lieblingsgebet von Pater Rupert Mayer" : st-karl-nuernberg.de/gemeindeleben/pmr-maennerwerk/gebet-mayer. Texte du Ergebungsgebet tel que publié par la paroisse : « Herr, wie Du willst, so soll mir gescheh'n und wie Du willst, will ich geh'n; hilf Deinen Willen nur versteh'n! Herr, wann Du willst, dann ist es Zeit; und wann Du willst, bin ich bereit, heut und in Ewigkeit. Herr, was Du willst, das nehm' ich hin und was Du willst, ist mir Gewinn; Genug, daß ich Dein eigen bin. Herr, weil Du's willst, drum ist es gut; und weil Du's willst, drum hab' ich Mut. Mein Herz in Deinen Händen ruht! » La page précise qu'il naquit le 23 janvier 1876 à Stuttgart, mourut le 1er novembre 1945 à Munich et fut béatifié le 3 mai 1987 à Munich par Jean-Paul II. Aucune date de composition n'y est donnée.

    5 67 69 70 85
  5. Wikipedia (DE), « Rupert Mayer ». Blessure « Ende Dezember 1916 im rumänischen Sultatal » comme aumônier de la 8ᵉ division bavaroise de réserve, amputation de la jambe gauche par Hans Carossa ; de nouveau arrêté le 5 janvier 1938, prison de Landsberg am Lech, libéré le 3 mai 1938 par amnistie ; mort le 1er novembre 1945 pendant la prédication, porté hors de l'autel en habits liturgiques, derniers sacrements, décès deux heures et demie plus tard sans avoir repris connaissance ; la notice confirme aussi la blessure « Ende Dezember 1916 im rumänischen Sultatal » comme aumônier de la 8ᵉ division bavaroise de réserve et l'amputation pratiquée par Hans Carossa, la libération de 1937 « Wegen der Entrüstung des Kardinals und weiter Teile der Münchner Bevölkerung », la déclaration verbatim devant le tribunal spécial (« Trotz des gegen mich verhängten Redeverbotes werde ich weiterhin predigen… »), l'internement à Ettal « im August 1940 » et la libération de Landsberg « am 3. Mai 1938 » par amnistie.

    6 11 15 18 33 36 38 41 52 53 56 57 75 76 81
  6. Jesuiten (Deutsche Provinz der Jesuiten), "Rupert Mayer: Apostel Münchens" : jesuiten.org/heilige-und-selige-jesuiten/rupert-mayer-apostel-muenchens. Rupert Mayer (1876-1945), « Apôtre de Munich », prêtre jésuite et résistant au national-socialisme ; considéré dès les années 1920 comme la voix des catholiques munichois ; observation critique et précoce du national-socialisme, conviction qu'un croyant ne pouvait appartenir à ce parti ; béatifié par Jean-Paul II en 1987 ; la notice précise qu'il resta à Sachsenhausen « bis zum August 1940 » avant son transfert-internement au monastère bénédictin d'Ettal, les nazis craignant un martyre.

    8 63 83
  7. Thinking Faith (Jésuites de Grande-Bretagne), Peter Knox SJ, "Blessed Rupert Mayer" : thinkingfaith.org/articles/blessed-rupert-mayer. Essai biographique sur Rupert Mayer : sa charité envers les pauvres (il préférait être trompé en aidant neuf personnes qui n'en avaient pas vraiment besoin plutôt que de risquer d'écarter la dixième dans une réelle détresse) ; ses dernières paroles paraphrasées « The Lord… The Lord… » lors de son effondrement pendant la messe de la Toussaint 1945 ; la notice confirme la peine de 1937 comme « six-month suspended prison sentence » et précise que Mayer resta à Ettal « from August 1940 until his release in May 1945 ».

    9 26 32 39 54 74
  8. The Society of Jesus (jesuits.global), "Blessed Rupert Mayer" : jesuits.global/saint-blessed/blessed-rupert-mayer. Notice biographique de la Compagnie de Jésus sur le bienheureux Rupert Mayer : ministère munichois auprès des pauvres et des migrants, aumônerie militaire, opposition au nazisme, détentions, mort en 1945 et béatification en 1987.

    25
  9. Encyclopedia.com (New Catholic Encyclopedia), "Mayer, Rupert, Bl." : encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/mayer-rupert-bl. Notice encyclopédique sur le bienheureux Rupert Mayer : aumônier militaire volontaire de la Première Guerre mondiale, ministère munichois, opposition au national-socialisme, détentions, mort en 1945, béatification en 1987.

    30
  10. Peter Käser, « Mitten im Krieg – Pater Rupert Mayer in Vilsbiburg » : blessé le 30 décembre 1916 dans le Sulta-Tal, en Roumanie, comme aumônier de la 8ᵉ division bavaroise de réserve, après avoir protégé de son corps un soldat qu'il voulait dégager ; amputation de la jambe gauche pratiquée par le médecin et écrivain Hans Carossa, en poste sur le même secteur du front.

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  11. Society of Jesus, supplément à la Liturgie des Heures pour le 3 novembre (bienheureux Rupert Mayer) : ordo.jesuitssouthern.africa/supplement1103.pdf. Grièvement blessé le 30 décembre 1916 sur le front roumain, jambe gauche amputée ; dernières paroles rapportées, dites trois fois d'un dernier souffle : « The Lord – the Lord – the Lord ». L'en-tête de l'office donne « BLESSED RUPERT MAYER — PRIEST, RELIGIOUS — OPTIONAL MEMORIAL » et l'oraison finale dit : « you made the blessed priest Rupert a steadfast confessor of the faith and a selfless helper of the poor » — source liturgique du « Confesseur de la foi » de l'infobox.

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  12. NS-Dokumentationszentrum München, Andreas Eichmüller, « Mayer, Rupert (23.1.1876 Stuttgart – 1.11.1945 München) », nsdoku.lexikon (publié le 22.04.2025) : nsdoku.de/lexikon/artikel/mayer-rupert-539. Ses prédications critiques lui valurent « im April 1937 zunächst ein Redeverbot » puis, faute d'obéissance, l'arrestation de juin et la condamnation à six mois de prison pour « Kanzelmissbrauch » ; « im Januar 1938 erneut für vier Monate inhaftiert » ; blessure grave « Ende 1916 » ayant coûté la jambe gauche ; après la dégradation de sa santé à Sachsenhausen, libération de la détention au camp « im August 1940 » vers l'assignation à résidence au monastère d'Ettal.

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  13. Walter Rupp, « Pater Rupert Mayer SJ – der Apostel Münchens », Geist und Leben 59 (1986), pp. 430-445. Le Redeverbot fut prononcé par la Gestapo de Berlin en avril 1937 et valait pour tout le territoire du Reich ; comparution devant le tribunal spécial au Justizpalast de Munich le 22 juillet 1937 ; prononcé du jugement le 23 juillet 1937 (six mois de prison, déduction faite de six semaines de détention préventive).

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