Nykyta Budka — né le 7 juin 1877 à Dobromirka, en Galicie autrichienne, et mort fin septembre 1949 — le 28 septembre selon le RISU[1], le 1ᵉʳ octobre selon d'autres notices[2] — dans un camp du Karlag près de Karaganda — fut le premier évêque des catholiques ukrainiens de rite byzantin établi en permanence dans le Nouveau Monde.[3][4] Fils de paysans, docteur en théologie formé à Vienne et à Innsbruck, il fut envoyé en 1912 organiser de toutes pièces, au Canada, une Église dispersée sur un continent parmi près de deux cent mille immigrants ukrainiens sans structure ecclésiale stable.[5][6]
Bâtisseur inlassable pendant quinze ans — paroisses, écoles du soir, orphelinats, bourses de formation —, il connut aussi l'épreuve d'une lettre pastorale malheureuse de 1914 qui, exploitée par une opinion publique en guerre, contribua à l'internement de milliers de ses compatriotes comme « étrangers ennemis ».[7][8] Rentré en Galicie par lassitude physique en 1927-1928, il devint le collaborateur discret du métropolite Andrei Sheptytsky, avant de partager, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le sort de toute la hiérarchie gréco-catholique ukrainienne : arrêté par le NKVD le 11 avril 1945 pour avoir refusé la fusion forcée de son Église avec l'orthodoxie, imposée par le régime soviétique en 1945-1946, il fut torturé, jugé, condamné à huit ans de travaux forcés et déporté au Kazakhstan, où il mourut d'épuisement en 1949.[9][10]
Réhabilité juridiquement par l'Ukraine indépendante en 1991, il fut béatifié comme martyr le 27 juin 2001 à Lviv par le pape Jean-Paul II, au sein d'un groupe de vingt-cinq évêques, prêtres, religieuses et laïcs gréco-catholiques exterminés par le communisme.[11][12] Son destin résume, à lui seul, les deux grands combats de l'Église gréco-catholique ukrainienne au XXᵉ siècle : porter la foi catholique orientale jusqu'aux confins de la diaspora, puis refuser, au prix du sang, de la voir dissoute dans l'orthodoxie par la réunion forcée imposée par le régime.
Un fils de la paysannerie galicienne (1877-1905)
En quelques dates
- 7 juin 1877 — Naissance à Dobromirka, district de Zbarazh (Galicie).
- 1897 — Baccalauréat avec distinction au lycée classique de Ternopil.
- 1897-1900 — Précepteur des enfants du prince Léon Sapieha à Bilche-Zolote ; service militaire à Vienne.
- 1902 — Entrée au Collegium Canisianum (Innsbruck) après des études de droit à Lviv.
- 14 octobre 1905 — Ordination sacerdotale par le métropolite Andrei Sheptytsky.
- 1909 — Doctorat en théologie (Vienne), thèse sur la discipline de l'Église grecque à l'époque de la controverse photienne.
Dobromirka : l'enfance d'un paysan lettré
Nykyta Budka naît le 7 juin 1877 à Dobromirka, petit village du district de Zbarazh, alors dans le royaume austro-hongrois de Galicie-Lodomérie, aujourd'hui dans l'oblast de Ternopil, en Ukraine occidentale.[13][14] Il est le fils de Mykhaïlo et Maria Budka, une famille paysanne « relativement aisée et politiquement active », selon la formule reprise par plusieurs biographes.[15] Après ses premières classes au village, le jeune Nykyta poursuit ses études secondaires au lycée classique de Ternopil, où il obtient son diplôme avec mention en 1897.[16][17]
Le parcours qui suit — précepteur, officier, juriste, séminariste — dit déjà la polyvalence qui marquera toute sa vie. Entre 1897 et 1900, il est précepteur des enfants du prince Léon Sapieha dans le domaine de Bilche-Zolote, puis accomplit une année de service militaire dans un régiment d'infanterie viennois, dont il sort avec le grade de cadet.[18] Il entreprend ensuite quatre années d'études de droit à l'Université de Lviv, avant de s'orienter définitivement vers la théologie.[19][20]
Vienne, Innsbruck : la formation d'un clerc européen
En 1902, Budka entre au Collegium Canisianum des jésuites d'Innsbruck, haut lieu de formation du clergé d'Europe centrale, tout en poursuivant des études de théologie au séminaire de Lviv.[21][22] Cette double formation — universitaire viennoise et séminariale galicienne — le distingue nettement de la majorité du clergé rural gréco-catholique de son temps, plus enraciné dans la tradition paroissiale que dans les grandes universités d'Empire.
Il achève ce parcours académique en 1909 par un doctorat en théologie à l'université de Vienne, avec une dissertation consacrée à la discipline de l'Église grecque à la lumière de la controverse photienne — signe précoce de son intérêt pour l'ecclésiologie orientale et pour les rapports, toujours sensibles, entre Rome et Constantinople.[23] Cette formation de haut niveau, rare chez un enfant de paysans galiciens, explique en partie la confiance que Rome lui accordera bientôt pour une mission hors du commun.
L'ordination par le métropolite Andrei Sheptytsky (1905)
Le 14 octobre 1905, à Lviv, Nykyta Budka reçoit l'ordination sacerdotale des mains du métropolite Andrei Sheptytsky, alors à la tête de l'Église gréco-catholique ukrainienne depuis moins d'une décennie et déjà engagé dans son immense œuvre de réforme spirituelle et sociale.[24][25] Ce lien personnel avec Sheptytsky — qui le consacrera lui-même évêque sept ans plus tard, et dont il deviendra le vicaire général après son retour d'Amérique — structure toute la carrière ecclésiale de Budka : formé, ordonné puis mandaté par le même métropolite, il en restera l'un des collaborateurs les plus fidèles jusqu'à la mort de celui-ci en 1944.
Le prêtre des émigrants (1905-1912)
Préfet du séminaire de Lviv
Dès 1907, l'abbé Budka devient préfet du séminaire spirituel de Lviv, chargé de la formation des futurs prêtres gréco-catholiques, et siège au tribunal ecclésiastique matrimonial du diocèse.[26][27] Mais c'est un autre dossier, alors brûlant pour l'Église ukrainienne, qui va façonner sa vocation propre : celui de l'émigration de masse. Entre 1890 et 1914, plusieurs centaines de milliers de Galiciens — paysans sans terre, souvent illettrés — quittent l'Autriche-Hongrie pour l'Amérique du Nord et du Sud, sans accompagnement pastoral organisé.
La Société Saint-Raphaël et le journal L'Émigrant
Budka fonde en 1907 la branche galicienne de la Société Saint-Raphaël, association catholique d'aide aux émigrants, puis lance et dirige de 1910 à 1912 le mensuel Emigrant (« L'Émigrant »), destiné à informer et protéger spirituellement les candidats au départ.[28][29] Ce travail de terrain l'amène à parcourir lui-même les foyers d'émigration ukrainienne en Autriche, en Allemagne, au Brésil, en Argentine et en Bosnie, avant que son regard ne se porte sur le plus vaste chantier de tous : le Canada, où la diaspora ukrainienne dépasse déjà cent cinquante mille âmes sans aucun évêque résidentiel.[30][31]
Ancien précepteur, officier, juriste puis théologien, ce fils de paysans ne semblait en rien prédestiné à devenir, à trente-cinq ans, le premier évêque catholique de rite oriental doté d'une pleine juridiction dans le Nouveau Monde.[32][33]
C'est cette double compétence — expertise canonique et expérience concrète du terrain migratoire — qui désigne naturellement Budka aux yeux de Rome et de Sheptytsky lorsqu'il s'agit, en 1912, de choisir le premier titulaire d'un siège épiscopal encore à créer outre-Atlantique.
Premier évêque des catholiques ukrainiens du Canada (1912-1927)
La nomination du 15 juillet 1912
Le 15 juillet 1912, le pape Pie X nomme Nykyta Budka évêque pour les catholiques ukrainiens du Canada et évêque titulaire de Patara, faisant de lui le premier évêque de rite oriental doté d'une juridiction pleine et entière jamais établi en permanence dans le Nouveau Monde.[34][35][36] Sa consécration épiscopale a lieu le 13 octobre 1912 en la cathédrale Saint-Georges de Lviv (certaines sources indiquent le 14 octobre), des mains du métropolite Sheptytsky.[37][38]
Le choix n'est pas anodin sur le plan diplomatique : en confiant à un Ukrainien de Galicie autrichienne, et non à un prélat latin canadien, la charge pastorale d'une communauté de rite byzantin, Rome affirme la légitimité propre des Églises orientales unies face à la tentation, déjà perceptible côté latin nord-américain, de les absorber ou de les latiniser.
L'arrivée à Winnipeg : un diocèse à bâtir de rien
Budka quitte Liverpool en novembre 1912 à bord du paquebot Empress of Britain, en compagnie des abbés Joseph Sembratovytch et Ivan Bala, et débarque au Canada début décembre 1912 ; il s'installe à Winnipeg le 22 décembre 1912.[39][40] Il y trouve une Église en germe : plus de cent cinquante mille fidèles ukrainiens dispersés sur des milliers de kilomètres, entre quatre-vingts et une centaine de paroisses ou stations missionnaires souvent dépourvues de prêtre stable, aucune école catholique ukrainienne digne de ce nom, et une active concurrence des missions orthodoxes russes et protestantes anglophones pour la fidélité religieuse des colons.[41][42]
Dès l'hiver 1912-1913, sans attendre le redoux, Budka entame une tournée pastorale à travers les colonies ukrainiennes de l'Ouest canadien, administrant confirmations et sacrements dans des conditions climatiques rudes, avant de rentrer à Winnipeg en mars 1913.[43] Ce rythme de visites incessantes marquera l'ensemble de son épiscopat canadien.
Le bâtisseur : paroisses, écoles, bourses, orphelinats
En quinze années à la tête du diocèse, Budka obtient la reconnaissance légale de l'Église ukrainienne catholique au Canada — la Ruthenian Greek Catholic Episcopal Corporation of Canada, incorporée en 1913 — et multiplie les fondations : bourses d'études au nom du métropolite Sheptytsky à Saint-Boniface (Manitoba) et au nom de Taras Chevtchenko à Edmonton (Alberta), académie du Sacré-Cœur pour jeunes filles à Yorkton (Saskatchewan), orphelinats dans les villages de Mander et d'Aituna, vingt-six écoles du soir de langue ukrainienne, séminaires embryonnaires à Saint-Boniface et à Edmonton, et un journal diocésain, l'Eparchial Herald (1923).[44][45]
Le premier synode du clergé gréco-catholique du Canada se tient à Yorkton du 27 au 29 novembre 1914, suivi d'un second concile en 1924, posant les bases disciplinaires durables de l'Église ukrainienne au pays.[46] En 1919, Budka contribue à la fondation du Conseil populaire ukrainien de Winnipeg, structure laïque destinée à représenter les intérêts civiques de la communauté.[47]
L'épreuve de la lettre pastorale de juillet 1914
Le 27 juillet 1914, à la veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale, Budka publie une lettre pastorale rappelant aux Ukrainiens du Canada demeurés sujets austro-hongrois leurs obligations de réservistes envers leur ancienne patrie :
« Tous [...] les sujets autrichiens devraient être chez eux [...] pour défendre notre patrie. Quiconque recevra un appel sous les drapeaux devrait immédiatement partir défendre la Patrie en danger. » — Mgr Nykyta Budka, lettre pastorale du 27 juillet 1914[48]
Rédigée avant même l'entrée en guerre du Royaume-Uni — et donc du Canada — contre l'Autriche-Hongrie, cette exhortation, banale pour un évêque soucieux du devoir légal de ses ouailles envers leur État d'origine, prend un tout autre sens dès que Londres déclare la guerre à Berlin puis à Vienne au début du mois d'août.[49] Budka en mesure aussitôt la portée : dès le 6 août 1914, il publie une seconde lettre demandant expressément à ses fidèles d'ignorer la précédente et de remplir loyalement leurs devoirs envers le Canada, leur nouvelle patrie.[50][51]
Le rétropédalage, réel et rapide, ne suffit pas à effacer l'impression initiale dans une opinion publique déjà travaillée par la suspicion envers les « étrangers ennemis ». L'historienne Stella Hryniuk, dans son étude de référence, montre que cette lettre — vite oubliée par Budka lui-même — fut instrumentalisée par les autorités et une partie de la presse anglo-canadienne pour justifier a posteriori l'internement, entre 1914 et 1920, de plusieurs milliers de Canadiens d'origine ukrainienne au titre de la Loi sur les mesures de guerre, alors que l'immense majorité d'entre eux n'avaient jamais nourri la moindre intention hostile envers le Canada.[52][53] Budka lui-même fut visé par deux plaintes pour déloyauté ; il fut acquitté dans les deux cas, et obtint la citoyenneté canadienne en 1918.[54][55]
L'épisode reste, à ce jour, le point le plus discuté de sa biographie canadienne. Il doit être lu pour ce qu'il fut : une maladresse pastorale de circonstance, commise dans l'incertitude des tout premiers jours de la guerre, promptement rétractée par son auteur, puis exploitée bien au-delà de sa portée réelle par un climat de suspicion collective — et non un acte de déloyauté délibérée envers le pays où Budka consacrait alors sa vie entière à bâtir une Église. Rien, dans les trente années qui suivent, ni dans son martyre final, ne viendra jamais confirmer le soupçon de duplicité qu'on lui prêta un temps.
Le conflit avec l'intelligentsia et le schisme orthodoxe de 1918
Budka se heurte par ailleurs, tout au long de son épiscopat, à une partie de l'intelligentsia laïque ukraino-canadienne, en particulier autour de l'Institut Mohyla de Saskatoon, qu'il accuse de vouloir séculariser l'enseignement destiné à la jeunesse ukrainienne.[56] Ce différend, ajouté aux tensions nées de l'épisode de 1914, contribue en 1918 à un schisme : une fraction des gréco-catholiques ukrainiens, emmenée par des laïcs et des prêtres en délicatesse avec l'autorité épiscopale de Budka, fonde à Saskatoon l'Église gréco-orthodoxe ukrainienne du Canada, en lien avec des orthodoxes russes.[57][58]
Cette rupture, douloureuse, illustre les difficultés propres à l'implantation d'une Église orientale dans un contexte nord-américain dominé par la hiérarchie latine et travaillé par les tensions nationalistes de la diaspora galicienne. Elle n'empêche cependant pas la croissance continue de la branche restée fidèle à Rome sous la conduite de Budka.
Un bilan bâti en quinze ans
| Indicateur | À l'arrivée de Budka (1912) | Au départ de Budka (1927) |
|---|---|---|
| Fidèles ukrainiens catholiques recensés | environ 150 000 | environ 200 000 |
| Paroisses et stations missionnaires | environ 80 | environ 299 |
| Prêtres séculiers en fonction | quelques dizaines, dispersés | 29 prêtres diocésains, 18 religieux |
| Écoles du soir de langue ukrainienne | aucune structure stable | 26 |
| Statut canonique | aucune reconnaissance légale propre | Ruthenian Greek Catholic Episcopal Corporation (1913) |
Sources : synthèse d'après Wikipédia ukrainien et biographie officielle du synode de l'Église gréco-catholique ukrainienne.[59][60]
Le départ de 1927 et le retour en Europe
Épuisé par quinze années de tournées incessantes à travers un territoire grand comme un continent, Budka se rend à Rome en 1927 pour demander sa décharge de la responsabilité de l'ordinariat canadien, tout en conservant le titre honorifique d'évêque.[61][62] En 1928, sa santé continuant de se dégrader, il rentre définitivement en Galicie, laissant derrière lui une Église canadienne qu'il avait vue croître de quelques dizaines de paroisses dispersées à près de trois cents communautés structurées.
Vicaire général de Lviv et gardien de Zarvanytsia (1928-1945)
Auxiliaire discret du métropolite Sheptytsky
De retour à Lviv en 1928, Budka devient vicaire général de la curie métropolitaine, aux côtés du métropolite Andrei Sheptytsky qu'il avait connu séminariste et qui l'avait ordonné, puis consacré, vingt ans plus tôt.[63][64] Il occupe cette fonction de gouvernement discret pendant près de dix-sept ans, traversant successivement la période polonaise de l'entre-deux-guerres, la première occupation soviétique de 1939-1941, l'occupation nazie de 1941-1944, puis le retour de l'Armée rouge en 1944.
La restauration du sanctuaire marial de Zarvanytsia
À partir de 1930, Budka se voit confier l'administration et la restauration du sanctuaire marial de Zarvanytsia, dans le district de Terebovlia — l'un des lieux de pèlerinage les plus vénérés d'Ukraine occidentale, où une tradition remontant au XIIIᵉ siècle situe l'apparition d'une icône protectrice de la Mère de Dieu.[65] Il y consacre une décennie d'efforts, jusqu'à la veille de la guerre.
Sous la double occupation (1939-1944)
L'annexion soviétique de la Galicie orientale en septembre 1939, puis l'occupation allemande à partir de 1941, exposent le clergé gréco-catholique à une double persécution — arrestations, déportations, exécutions sommaires — dont Budka, comme vicaire général, mesure chaque jour la gravité aux côtés d'un métropolite Sheptytsky vieillissant et malade. La mort de Sheptytsky, le 1ᵉʳ novembre 1944, quelques mois après le retour définitif de l'Armée rouge, laisse le gouvernement de l'Église gréco-catholique ukrainienne entre les mains de son successeur, Mgr Josyf Slipyj, entouré des évêques auxiliaires dont Budka fait toujours partie.[66]
Le calvaire soviétique (1945-1949)
L'arrestation du 11 avril 1945
Dans la nuit du 11 avril 1945, le NKVD procède, sur ordre de Moscou, à l'arrestation simultanée de la quasi-totalité de la hiérarchie gréco-catholique ukrainienne : le métropolite Josyf Slipyj, les évêques Nykyta Budka, Mykola Charnetsky, Hryhorii Khomyshyn, Ivan Liatyshevsky et plusieurs autres sont saisis à leur domicile ou dans les locaux de la curie de Lviv et conduits à la prison de la rue Lonsky, avant d'être transférés vers la prison de Loukianivka, à Kiev.[67][68] Le régime engage ainsi, dans les dernières semaines de la guerre en Europe, la liquidation planifiée de l'Église unie à Rome.
Les chefs d'accusation retenus contre Budka portent sur son enseignement dans un séminaire clandestin, la célébration en 1939 d'un service commémoratif pour les victimes de la terreur bolchevique, et une prétendue agitation en faveur de la sécession de l'Ukraine.[69][70]
Les interrogatoires et la tentative de reniement
Pendant plus d'un an, jusqu'à l'été 1946, les évêques emprisonnés subissent des interrogatoires de jour comme de nuit, des privations et des sévices destinés à briser leur résistance. Le métropolite Slipyj, arrêté et interrogé aux côtés de Budka, témoignera plus tard :
« On me sortait pour m'interroger de jour comme de nuit, si bien que je tombais littéralement d'épuisement et qu'il fallait me soutenir et me conduire jusqu'au juge d'instruction [...] Quelques jours plus tard, alors que j'étais sur le point de m'effondrer pendant les interrogatoires, on me conduisit devant plusieurs colonels et l'on commença à me torturer. » — Mgr Josyf Slipyj, mémoires[71]
Les autorités soviétiques proposent à plusieurs reprises aux évêques emprisonnés de signer un reniement de l'autorité du pape, en échange de quoi on leur promet de hautes fonctions dans la structure orthodoxe mise en place par le régime en Galicie — le « Comité d'initiative pour la réunion avec l'orthodoxie », prélude au pseudo-synode de Lviv de 1946 qui proclamera la « réunion » forcée ; Budka, comme ses compagnons, refuse résolument.[72][73] Cette pression, exercée dans un contexte de coups et de privation de sommeil, cherche moins à obtenir des aveux qu'à briser, par l'apostasie forcée d'un évêque, la légitimité même de l'union à Rome aux yeux du peuple gréco-catholique.
Le procès et la condamnation
Après plus d'un an de détention préventive, un tribunal militaire condamne Nykyta Budka à huit années de camp à régime spécial.[74][75][76] La nouvelle de ces procès, et plus largement de la répression visant la hiérarchie gréco-catholique ukrainienne, trouve un écho jusque dans la presse occidentale : le New York Times publie, le 19 mars 1946, un article intitulé « Uniates Appealed to World; ‹ Soviet Trick › Charged », rendant compte des protestations internationales suscitées par le sort réservé à l'Église unie d'Ukraine.[77]
Karlag : le camp de Karaganda
Budka est déporté au Karlag, vaste système de camps à régime spécial déployé dans la steppe du Kazakhstan soviétique, près de la ville minière de Karaganda.[78][79] Il y est affecté à la division de Karadjar, où les conditions de détention — travail forcé, sous-alimentation chronique, rigueur du climat continental — épuisent rapidement des hommes déjà affaiblis par les interrogatoires de Lviv et de Kiev.
Selon le témoignage recueilli d'une infirmière ayant servi dans l'infirmerie du camp, à la mort d'un détenu on lui retirait sa tenue d'hôpital, son corps était placé dans un sac et numéroté selon la procédure administrative en vigueur pour les décès en détention ; un gardien du camp aurait néanmoins tenu, par égard pour la dignité de l'évêque, à le laisser revêtu de ses vêtements de prisonnier plutôt que de le traiter selon cette procédure ordinaire.[80] Ce détail, modeste, dit assez l'anonymat institutionnel dans lequel le régime soviétique organisait la mort de ses détenus — et le peu qu'il fallait, parfois, pour qu'un geste d'humanité isolé y résiste encore.
La mort au Karlag (1949)
Nykyta Budka meurt fin septembre 1949, à l'âge de soixante-douze ans, officiellement d'une crise cardiaque, dans l'infirmerie du camp de Karadjar — le 28 septembre selon le RISU[81] et la notice anglophone[82], le 1ᵉʳ octobre selon la notice ukrainienne[83], l'UGCC[84] et la CRC[85]. Il est inhumé dans le cimetière du camp, près du village de Karazhar — le 2 octobre selon le RISU[86] ; l'emplacement exact de sa sépulture demeure inconnu à ce jour — des recherches menées après la chute de l'URSS suggèrent que le terrain du cimetière historique pourrait aujourd'hui être occupé par des terres agricoles.[87] Aucune tombe, aucune relique corporelle ne subsiste donc de ce premier évêque du Nouveau Monde : sa mémoire repose tout entière sur le témoignage de ceux qui partagèrent sa captivité et sur la reconnaissance ultérieure de l'Église.
- 7 juin 1877Naissance à Dobromirka
Fils de paysans galiciens ; études au lycée classique de Ternopil, achevées avec mention en 1897.
- 14 octobre 1905Ordination sacerdotale
Ordonné à Lviv par le métropolite Andrei Sheptytsky, après des études de droit à Lviv et de théologie à Innsbruck.
- 15 juillet 1912Nomination épiscopale pour le Canada
Le pape Pie X le nomme évêque des catholiques ukrainiens du Canada et évêque titulaire de Patara.
- 22 décembre 1912Installation à Winnipeg
Premier évêque de rite oriental à juridiction pleine établi en permanence dans le Nouveau Monde.
- 27 juillet — 6 août 1914La lettre pastorale et sa rétractation
Un appel aux réservistes austro-hongrois, vite rétracté, alimente pourtant la suspicion anti-ukrainienne au Canada.
- 1928Retour en Galicie
Épuisé, il quitte le Canada et devient vicaire général du métropolite Sheptytsky à Lviv.
- 11 avril 1945Arrestation par le NKVD
Arrêté avec toute la hiérarchie gréco-catholique ukrainienne pour son refus de la réunion forcée avec l'orthodoxie imposée par le régime en 1945-1946.
- 28 septembre (ou 1ᵉʳ octobre) 1949Mort au Karlag
Condamné à huit ans de camp en 1946, il meurt en détention au camp de Karadjar, près de Karaganda — le 28 septembre selon le RISU, le 1ᵉʳ octobre selon l'UGCC et d'autres notices.
- 27 juin 2001Béatification à Lviv
Jean-Paul II le proclame bienheureux avec Mykola Charnetsky et 24 compagnons martyrs.
De l'oubli du Goulag à la gloire des autels
La réhabilitation politique de 1991
Après la chute de l'Union soviétique, l'Ukraine devenue indépendante procède, en septembre 1991, à la réhabilitation politique posthume de Nykyta Budka, comme de l'ensemble des évêques gréco-catholiques condamnés en 1945-1946.[88] Cette réhabilitation civile ouvre la voie à l'introduction, par l'Église, d'un procès de béatification pour l'ensemble du groupe des évêques, prêtres, religieuses et laïcs martyrisés sous le régime communiste.
La béatification du 27 juin 2001 à Lviv
Le 27 juin 2001, au terme de son premier voyage apostolique en Ukraine (23-27 juin 2001), le pape Jean-Paul II préside, sur l'hippodrome de Lviv, une Divine Liturgie en rite byzantin-ukrainien au cours de laquelle il béatifie Mgr Mykola Charnetsky et vingt-quatre compagnons martyrs de l'Église gréco-catholique ukrainienne — vingt-cinq évêques, prêtres, religieuses et fidèles laïcs exterminés par la persécution soviétique entre 1919 et le milieu du XXᵉ siècle, parmi lesquels Nykyta Budka.[89][90][91] Figurent dans ce même groupe, entre autres, les évêques Hryhorii Khomyshyn, Hryhorii Lakota et Ivan Sleziuk, le prêtre rédemptoriste Ivan Ziatyk et l'archimandrite Klymentii Sheptytskyi, frère cadet du métropolite Andrei Sheptytsky.[92]
Dans son homélie, prononcée devant plusieurs centaines de milliers de fidèles, Jean-Paul II résume le sens théologique de cette célébration collective :
« Nul n'a de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13) — cité par le pape Jean-Paul II, homélie de béatification, Lviv, 27 juin 2001[93]
« Leur témoignage invincible s'est révélé semence de nouveaux chrétiens [...] C'est l'œcuménisme des martyrs et des témoins de la foi qui indique la voie de l'unité des chrétiens du vingt-et-unième siècle. » — Jean-Paul II, homélie de béatification, Lviv, 27 juin 2001[94]
Le pape situe ainsi explicitement le sacrifice de Budka et de ses compagnons dans ce qu'il appelle, dans la même visite, le « siècle du martyre » — celui où, sous le nazisme comme sous le communisme, des chrétiens entiers ont « fait face à la persécution, à la violence et à la mort pour ne pas renoncer à leur foi ».[95]
Étapes de la reconnaissance
| Étape | Date | Autorité |
|---|---|---|
| Arrestation | 11 avril 1945 | NKVD, Lviv |
| Condamnation à 8 ans de camp | 1946 | Tribunal militaire soviétique |
| Mort en détention | 28 septembre 1949 (RISU) ; 1ᵉʳ octobre 1949 (UGCC, CRC) | Camp du Karlag, Karadjar |
| Réhabilitation politique posthume | Septembre 1991 | Ukraine indépendante |
| Béatification | 27 juin 2001 | Pape Jean-Paul II, Lviv |
| Fête liturgique | 27 juin | Calendrier de l'Église gréco-catholique ukrainienne |
La spiritualité et l'héritage du bienheureux Budka
Un pasteur de deux mondes
Ce qui frappe, dans la trajectoire de Nykyta Budka, c'est la continuité d'un même service malgré des contextes radicalement opposés : bâtisseur d'Église dans la liberté relative du Canada britannique, puis confesseur de la foi dans la clandestinité et la répression du système soviétique. Dans les deux cas, la même conviction le guide — que l'Église gréco-catholique ukrainienne, unie à Rome tout en conservant intégralement son rite byzantin, n'a pas à choisir entre sa fidélité orientale et sa communion catholique. C'est très exactement cette double fidélité que le régime soviétique entendait briser en 1945, en imposant par la force la fusion de l'Église gréco-catholique avec l'orthodoxie, dans le cadre de la réunion forcée de 1945-1946.
Le refus du reniement comme fidélité à Rome
Le trait le plus décisif de son martyre n'est ni un discours ni un geste spectaculaire, mais un silence tenu jusqu'au bout : Budka, comme Slipyj, Charnetsky ou Khomyshyn, refusa la seule chose qui lui aurait rendu la liberté et des honneurs — signer la rupture avec le successeur de Pierre. Ce refus rejoint la doctrine constante de l'Église sur le martyre, rappelée par le Catéchisme et par Vatican II :
« Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu'à la mort. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2473[96]
« Le martyre dans lequel le disciple est assimilé à son maître, acceptant librement la mort pour le salut du monde, [...] est considéré par l'Église comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité. » — Concile Vatican II, constitution Lumen gentium, n° 42[97]
Aucune éloquence, aucun écrit spirituel de sa main ne nous est parvenu comparable à ceux de tant d'autres bienheureux : Budka ne laisse ni journal intime ni correspondance mystique. Sa théologie tient tout entière dans cette obstination silencieuse, prolongée pendant plus de quatre années de détention, à ne jamais renier la communion avec Rome — jusqu'à en mourir, épuisé, loin de toute reconnaissance humaine, dans l'anonymat d'un camp du Kazakhstan.
Ce qu'enseigne aujourd'hui le bienheureux Nykyta Budka
Trois leçons se dégagent de cette existence partagée entre deux continents et deux persécutions inverses :
- La fidélité se construit, elle ne s'improvise pas. Quinze années de labeur pastoral obscur — paroisses, écoles, orphelinats — n'ont rien de spectaculaire ; elles ont pourtant façonné, chez Budka, la persévérance qui lui permit ensuite de tenir quatre ans de détention sans céder.
- Une faute reconnue et réparée n'épuise pas une vie. La lettre malheureuse de 1914, rétractée en dix jours, ne doit ni être occultée ni surdimensionnée : elle rappelle qu'un futur martyr reste un homme capable d'erreur de jugement, et que la sainteté ne consiste pas en une infaillibilité biographique, mais en la fidélité tenue jusqu'au bout.
- L'unité avec Rome se paie parfois du prix du sang. Le régime soviétique n'exigeait de Budka aucune abjuration de la foi au Christ, seulement la rupture avec le pape : c'est cette rupture précise qu'il refusa, faisant de son martyre un témoignage limpide sur ce que signifie, concrètement, la communion catholique.
Bienheureux Nykyta Budka, premier évêque et bâtisseur d'une Église sur un continent nouveau, puis confesseur silencieux de la fidélité à Pierre au fond d'un camp du Kazakhstan, demeure aujourd'hui un intercesseur particulier pour les diasporas catholiques dispersées et pour tous les chrétiens contraints, sous des régimes hostiles, de choisir entre la paix apparente du compromis et la communion réelle avec l'Église universelle.
Pour aller plus loin
- Bienheureux Jerzy Popiełuszko (1947-1984) — prêtre polonais assassiné par le régime communiste, autre grande figure de la résistance catholique au totalitarisme soviétique.
- Bienheureux Clemens August von Galen (1878-1946) — évêque allemand qui affronta publiquement le national-socialisme, figure épiscopale de résistance comparable à celle de Budka face au communisme.
- Bienheureux Franz Jägerstätter (1907-1943) — laïc autrichien martyr de la conscience sous le nazisme, autre visage du refus de servir une idéologie totalitaire.
- Bienheureux Miguel Pro (1891-1927) — prêtre mexicain fusillé par un régime anticlérical, martyr contemporain de la persécution antireligieuse du XXᵉ siècle.
- L'Église face aux totalitarismes du XXᵉ siècle — le cadre historique global dans lequel s'inscrit la persécution soviétique de l'Église gréco-catholique ukrainienne.
- L'Église clandestine sous le communisme — le fonctionnement des séminaires et des structures ecclésiales souterraines auxquelles Budka contribua avant son arrestation.
- La chute du communisme en Europe de l'Est — le contexte qui rendit possible, en 1991, la réhabilitation politique de Budka et l'ouverture de sa cause de béatification.
Notes et références
RISU (Religious Information Service of Ukraine), « Blessed Martyr Nykyta Budka 1877-1949 » : risu.ua. Notice biographique : incarcération au camp de Karadjar près de Karaganda à partir du 5 juillet 1946 ; mort le 28 septembre 1949, inhumé près du camp le 2 octobre 1949 ; réhabilitation politique le 19 septembre 1991.
1 81 86Église gréco-catholique ukrainienne, page officielle « The Church in the underground 1946–1989 » : ugcc.ua. Retient le 1ᵉʳ octobre 1949 comme date de la mort en exil à Karaganda de Nykyta Budka, vicaire général de l'archéparchie de Lviv.
2 84Wikipedia (EN), « Nykyta Budka » : en.wikipedia.org/wiki/Nykyta_Budka. Naissance le 7 juin 1877 à Dobromirka, Zbarazh county, Galicie ; études au lycée de Ternopil (diplômé 1897), précepteur du prince Sapieha, doctorat en théologie ; ordonné en 1905 par Andrei Sheptytsky ; nommé évêque du Canada le 15 juillet 1912, consacré le 13/14 octobre 1912 ; arrivée à Winnipeg décembre 1912 ; lettre pastorale de 1914 et rétractation ; naturalisé citoyen canadien en 1918 ; retour en Europe 1927-1928, vicaire général de Lviv ; restauration du sanctuaire de Zarvanytsia (1930-1939) ; arrêté le 11 avril 1945 pour enseignement clandestin, commémoration de 1939 et agitation indépendantiste ; condamné à huit ans de camp ; mort au Karlag de Karaganda (la notice retient le 28 septembre 1949), officiellement d'une crise cardiaque ; béatifié le 27 juin 2001 par Jean-Paul II à Lviv, rite byzantin. Bibliographie citée par l'article : Hryniuk (1988) ; Martynowych (1999) ; New York Times (19 mars 1946) ; Turiĭ, éd. (2004), Church of the Martyrs: The New Saints of Ukraine.
3 15 16 20 21 27 29 32 35 38 40 43 51 54 62 65 70 74 79 82Encyclopedia of Ukraine (Canadian Institute of Ukrainian Studies), notice « Budka, Nykyta » : encyclopediaofukraine.com. Études à Vienne et Innsbruck, doctorat en théologie ; préfet du séminaire gréco-catholique de Lviv ; fondateur de la Saint Raphael Galician and Bukovynian Emigrant Aid Society ; consacré évêque en octobre 1912, premier chef de l'Église ruthène gréco-catholique du Canada dès décembre 1912 ; lettre pastorale du 27 juillet 1914 rétractée le 6 août 1914 ; démission en 1928, réaffecté évêque auxiliaire à Lviv ; arrêté en 1945, condamné à huit ans de travaux forcés ; béatifié en juin 2001. Bibliographie de la notice : Hryniuk, S., Historical Studies 55 (1988) ; Shykula, M. et Korchynsky, B., Pioneer Bishop: The Story of Nicetas Budka's Fifteen Years in Canada (1990).
4 50Stella Hryniuk, « Pioneer Bishop, Pioneer Times: Nykyta Budka in Canada », CCHA Historical Studies 55 (1988), p. 21-41. Étude académique de référence sur l'épiscopat canadien de Budka : bâtisseur de paroisses, d'écoles et d'institutions diocésaines entre 1912 et 1927 ; contexte du diocèse à son arrivée ; tensions avec l'intelligentsia laïque ukraino-canadienne.
5 41 45Conférence religieuse canadienne (CRC), biographie « Bienheureux Nykyta Budka » : crc-canada.org/en/biographies/bienheureux-nykyta-budka. Contexte de l'arrivée à Winnipeg en décembre 1912 face à plus de 150 000 fidèles ukrainiens déjà présents ; croissance du nombre de paroisses ; incorporation légale de 1913 ; mort à l'hôpital de la prison du Kazakhstan le 1ᵉʳ octobre 1949.
6 31 33 85Orest T. Martynowych, Ukrainians in Canada: The Formative Period, 1891-1924, Edmonton, Canadian Institute of Ukrainian Studies Press, 1999, ISBN 978-0-920862-76-6, notamment p. 381 et p. 562. Contient le texte cité de la lettre pastorale du 27 juillet 1914 (« tous les sujets autrichiens devraient être chez eux [...] pour défendre notre patrie ») et l'analyse de son instrumentalisation politique.
7 42 48 53 58Stella Hryniuk, « The Bishop Budka Controversy: A New Perspective », Canadian Slavonic Papers, vol. 23, n° 2 (juin 1981), p. 154-165. Réévaluation académique de l'épisode de la lettre pastorale de juillet 1914 et de son exploitation politique dans le contexte de l'internement des Canadiens d'origine ukrainienne pendant la Première Guerre mondiale.
8 49 52Вікіпедія (UK), « Никита (Будка) » : uk.wikipedia.org/wiki/Никита_(Будка). Détails biographiques complets : formation (droit à Lviv, théologie à Innsbruck, doctorat de Vienne 1909 sur la controverse photienne) ; ordination le 14 octobre 1905 ; nomination du 15 juillet 1912 et consécration du 13 octobre 1912 ; bilan chiffré du diocèse canadien en 1927 (299 paroisses, citoyenneté canadienne 1918) ; conflit avec l'Institut Mohyla et schisme orthodoxe de Saskatoon en 1918 ; retour en 1928, vicariat général de Lviv, restauration de Zarvanytsia à partir de 1930 ; arrestation du 11 avril 1945, chefs d'accusation, condamnation à huit ans ; déportation au Karlag, division de Karadjar ; mort le 1ᵉʳ octobre 1949 ; sépulture au cimetière du camp près de Karazhar, emplacement aujourd'hui inconnu ; réhabilitation politique de septembre 1991 ; béatification du 27 juin 2001. Référence bibliographique citée : Hryniuk, Stella, « The Bishop Budka Controversy: A New Perspective », Canadian Slavonic Papers, vol. 23, n° 2 (juin 1981), p. 154-165.
9 13 17 18 19 22 23 24 26 28 30 34 37 39 44 46 47 55 56 57 59 61 63 68 69 75 78 83 87 88Oleh Turiĭ (dir.), Church of the Martyrs: The New Saints of Ukraine, Lviv, monastère Saint-Jean, éditions Svichado, 2004, ISBN 966-561-345-6. Recueil de témoignages sur les nouveaux saints et bienheureux ukrainiens du XXᵉ siècle, dont le témoignage d'une infirmière du camp de Karadjar sur les circonstances de la mort de Budka.
10 80Jean-Paul II, homélie de la Divine Liturgie en rite byzantin-ukrainien avec béatifications, hippodrome de Lviv, 27 juin 2001 : vatican.va. Béatification de Mykola Charnetsky et de ses compagnons martyrs ; citations « Nul n'a de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13) et sur l'« œcuménisme des martyrs » ; évocation du « siècle du martyre » sous le nazisme et le communisme.
11 89 93 94 95Synode des évêques de l'Église gréco-catholique ukrainienne, notice biographique « Владика Никита Будка » : synod.ugcc.ua/data/vladyka-nykyta-budka-3395. Biographie officielle de l'Église gréco-catholique ukrainienne : formation, épiscopat canadien, bilan chiffré, arrestation de 1945, mort en détention, béatification de 2001.
12 60 91Bibliothèque monastique (bibliotheque-monastique.ch), fiche hagiographique « Bienheureux Nicetas Budka » : bibliotheque-monastique.ch. Fiche de synthèse : dates de naissance et de mort, consécration épiscopale du 14 octobre 1912, nomination comme premier exarque apostolique des Ukrainiens catholiques du Canada, arrestation de 1945 et mort en 1949 au camp de Karaganda.
14 25 64ZENIT (édition française), « Nikita Budka et l'héroïsme des gréco-catholiques en Ukraine », 28 septembre 2013 : fr.zenit.org/2013/09/28/nikita-budka-et-l-heroisme-des-greco-catholiques-en-ukraine. Contexte de la nomination par le pape Pie X en juillet 1912 ; arrestation à Lviv le 11 avril 1945 ; onze mois d'interrogatoires ; déportation au camp de Karadjar près de Karaganda ; béatification avec vingt-quatre autres martyrs le 27 juin 2001 lors du premier voyage de Jean-Paul II en Ukraine ; répression stalinienne de l'Église gréco-catholique par le « Comité d'initiative pour la réunion avec l'orthodoxie ».
36 73 76 90Josyf Slipyj, témoignage cité par l'Université catholique ukrainienne (UCU), « A prisoner's fate befell me » : ucu.edu.ua/en/news/patriarh-josyf-slipyj-dlya-mene-pochavsya-shlyah-v-yaznya. Témoignage du métropolite Josyf Slipyj, arrêté et interrogé en 1945 aux côtés de Nykyta Budka, sur les conditions d'interrogatoire et de torture subies par les évêques gréco-catholiques ukrainiens à Lviv puis à Kiev.
66 71Archeparchy of Philadelphia, « Remembering April 11, 1945: 80 Years Since the Imprisonment of UGCC Bishops » : ukrcatholic.org/news-and-updates/remembering-april-11-1945-80-years-since-the-imprisonment-of-ugcc-bishops. Récit détaillé de l'arrestation du 11 avril 1945, du transfert à la prison de la rue Lonsky puis à Loukianivka (Kiev), et des tentatives soviétiques d'obtenir des évêques un reniement de l'autorité pontificale en échange de postes dans la structure orthodoxe mise en place par le régime.
67 72The New York Times, « Uniates Appealed to World; ‹ Soviet Trick › Charged », 19 mars 1946. Écho, dans la presse occidentale de l'époque, des protestations internationales suscitées par la répression soviétique visant les évêques gréco-catholiques ukrainiens.
77Saint for a Minute, notice « Blessed Hryhorii Khomyshyn » et liste du groupe de béatification du 27 juin 2001 : compilation des noms des vingt-cinq membres du groupe de Mykola Charnetsky et compagnons, dont Hryhorii Khomyshyn, Hryhorii Lakota, Ivan Sleziuk, Ivan Ziatyk, Klymentii Sheptytskyi et Nykyta Budka.
92Catéchisme de l'Église catholique, n° 2473, sur le sens théologique du martyre : vatican.va. « Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu'à la mort. »
96Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, n° 42 : vatican.va. « C'est pourquoi le martyre dans lequel le disciple est assimilé à son maître, acceptant librement la mort pour le salut du monde, et rendu semblable à lui dans l'effusion de son sang, est considéré par l'Église comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité. »
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