La chute du communisme en Europe de l'Est (1978-1991)

Comment, en treize ans, l'élection de Jean-Paul II, la résistance pacifique de Solidarność, la consécration du monde au Cœur Immaculé en 1984 (avec l'intention d'y inclure la Russie) et l'année charnière 1989 ont fait s'effondrer le bloc soviétique sans guerre civile généralisée.

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La chute du communisme en Europe de l'Est désigne le processus historique par lequel les régimes marxistes-léninistes installés dans le bloc soviétique entre 1945 et 1948 se sont effondrés, en chaîne et de manière essentiellement non violente, entre l'élection de Jean-Paul II le 16 octobre 1978 et la dissolution juridique de l'Union soviétique le 26 décembre 1991. En treize ans, six États satellites (Pologne, Hongrie, RDA, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Roumanie), trois Pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) et l'URSS elle-même ont rejoint, par négociation, par référendum ou — pour la seule Roumanie — par insurrection sanglante, le concert des États post-communistes. Près de quatre cents millions d'Européens — la population cumulée de l'URSS et de ses six satellites vers 1989[5] — ont changé de régime politique sans qu'éclate une guerre civile généralisée : c'est, en proportion et en rapidité, l'une des plus vastes transitions politiques pacifiques de l'histoire mondiale moderne.

Cette chute a été analysée selon des grilles très différentes — historique, économique, militaire, géopolitique — qui ne s'excluent pas. La banqueroute du système économique soviétique, l'usure idéologique d'un marxisme auquel ne croyait même plus la nomenklatura (la caste des cadres du Parti), la pression militaire et technologique américaine sous Ronald Reagan (1981-1989), l'arrivée au Kremlin de Mikhaïl Gorbatchev en mars 1985 et l'audace de ses politiques de glasnost (transparence) et de perestroïka (reconstruction) sont aujourd'hui reconnues comme des facteurs concourants. Mais aucune lecture sérieuse, y compris séculière, ne peut écarter le rôle propre de l'Église catholique. Et spécialement celui d'un pape polonais, formé clandestinement sous l'occupation nazie de Cracovie et élu pontife à 58 ans. C'est lui qui prononça, dès l'homélie inaugurale de son pontificat le 22 octobre 1978, la phrase qui changera la donne intérieure de la Pologne : « N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! »[6] — appel que son pèlerinage de juin 1979 portera devant un million de fidèles à Varsovie, culminant dans l'invocation : « Que descende ton Esprit ! »

L'interprétation officielle catholique de cet effondrement est consignée dans l'encyclique Centesimus Annus de 1991, où Jean-Paul II identifie trois causes — la violation des droits du travail comme « facteur décisif », l'inefficacité économique du système marxiste, et plus encore le « vide spirituel provoqué par l'athéisme »[7] — et désigne le moyen de la victoire : « une lutte pacifique, qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice »[8]. Cette analyse, écrite par celui-là même qui a été l'un des artisans de l'événement, reste à ce jour la lecture catholique de référence. À ses côtés, deux autres dossiers complémentaires se déploient : le pèlerinage à Fatima du 13 mai 1982 et la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie du 25 mars 1984, que Sœur Lucie elle-même reconnaîtra — dans sa lettre du 8 novembre 1989 — comme accomplissant la demande mariale de 1917[9] ; et la « Sainte Alliance » — hypothèse controversée et non établie du journaliste Carl Bernstein (Time, 24 février 1992, « The Holy Alliance »[10]) — selon laquelle auraient été coordonnées, depuis l'été 1982, la pression du Vatican et celle de Washington pour soutenir clandestinement Solidarność et accélérer la dissolution de l'empire soviétique.

Cet article retrace l'enchaînement des faits, identifie les causes profondes, examine les controverses historiographiques, et propose la lecture théologique d'une chute que Jean-Paul II tenait pour un signe — sans illusion sur la fragilité de la victoire ni sur les nouveaux défis qui allaient succéder, dans l'Occident sécularisé comme dans les Europes orientales encore à reconstruire, à l'effondrement d'un système que Pie XI avait, dès 1937, qualifié d'« intrinsèquement pervers »[11].

Une chute hors normes

Une rapidité sans précédent

Le bloc soviétique a été constitué en quatre ans, entre 1945 et 1948, sous la pression conjuguée de l'Armée rouge, de la diplomatie stalinienne et des partis communistes locaux. Sa désagrégation, paradoxalement, a été presque aussi rapide. Entre la victoire électorale de Solidarność aux élections semi-libres du 4 juin 1989 et la dissolution juridique de l'URSS le 26 décembre 1991, trente mois se sont écoulés. Aucune chute d'empire moderne n'a connu une chronologie aussi compressée : la dissolution de l'Empire ottoman s'est étendue sur près d'un siècle (1830-1923), celle de l'Empire britannique sur quarante ans (1947-1997), celle de l'Empire colonial français sur dix-sept ans (1945-1962).

Plus singulier encore : cinq des six États satellites européens ont basculé en moins de quatre mois, du 4 juin (élections polonaises) au 25 décembre 1989 (exécution de Ceaușescu en Roumanie). Le 9 novembre 1989, lorsque le Mur de Berlin tombe à la suite d'un mot improvisé par le porte-parole Günter Schabowski, la nouvelle prend de court les capitales : à Moscou comme à Washington, personne n'avait anticipé un tel calendrier. Aucun service de renseignement occidental n'avait prévu une chute aussi rapide. Le rapport annuel de la CIA du printemps 1989 prévoyait encore plusieurs années de transition gorbatchévienne et n'anticipait pas l'effondrement imminent de la RDA[12].

Une révolution non-violente, contre toute attente marxiste

Le second trait paradoxal est la non-violence. Le marxisme classique tient pour acquis qu'aucun régime n'abandonne le pouvoir sans lutte armée : Marx l'écrit en 1848 dans le Manifeste, Lénine en 1917 dans L'État et la Révolution, Mao en 1938 dans De la guerre prolongée. Toute l'eschatologie marxiste-léniniste suppose un affrontement violent final entre l'ancien et le nouveau monde. Or les six révolutions de 1989, à la seule et tragique exception roumaine, se sont produites sans coup de feu, sans guerre civile, sans procès staliniens. Le syndicat Solidarność avait construit sa stratégie sur le refus délibéré de la violence, en cohérence avec les recommandations du primat cardinal Stefan Wyszyński ; les manifestants des « lundis » de Leipzig brandissaient des cierges à la sortie de la Nikolaikirche ; les Tchèques scandèrent à Prague le mot d'ordre des dissidents : « Nous n'avons que des mains nues, mais nous sommes nombreux. »[13]

Jean-Paul II en fera l'observation centrale de Centesimus Annus : la révolution de 1989 a prouvé, contra Marx, qu'il était possible de renverser des systèmes politiques majeurs « par une lutte pacifique, qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice »[14]. Cette affirmation n'est pas un slogan : elle est la constatation empirique d'une réalité historique singulière.

« À peu près partout, on est arrivé à faire tomber un tel "bloc", un tel empire, par une lutte pacifique, qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 23 (1ᵉʳ mai 1991)[15]

Pourquoi parler de "chute" et non d'"effondrement"

Le vocabulaire compte. Une chute présuppose des acteurs humains poussant un bâtiment qui devait tomber ; un effondrement présuppose seulement des lois historiques qui auraient agi par elles-mêmes. Le marxisme orthodoxe expliquait la « mort programmée » du capitalisme par ses contradictions internes ; après 1989, certains intellectuels — dans une ironie de symétrie — ont expliqué la chute du communisme par ses propres contradictions internes, sans rôle humain ni spirituel. L'historien George Weigel a fortement contesté cette lecture déterministe dans The Final Revolution (Oxford University Press, 1992), démontrant pas à pas que « le communisme n'est pas tombé : il a été poussé »[16].

Cette discussion n'est pas seulement académique. Elle engage la lecture théologique des événements : si la chute relève d'un automatisme historique, le rôle de Jean-Paul II, de Solidarność, des dissidents tchèques, des Églises baltiques et de la prière mondiale a été décoratif ; si la chute a été poussée, alors la liberté humaine, ordonnée par la grâce et nourrie par les sacrements, en porte le mérite historique principal. La position adoptée par Jean-Paul II dans Centesimus Annus est sans ambiguïté : les événements de 1989 portent la marque d'une dimension spirituelle décisive — « en un sens, elle est née de la prière et elle aurait été impensable sans une confiance illimitée en Dieu »[17].

Les causes profondes : un système condamné de l'intérieur

La banqueroute économique du modèle soviétique

Le système économique mis en place par Staline dans les années 1930 — planification centralisée à cinq ans, collectivisation forcée de l'agriculture, priorité absolue à l'industrie lourde, monopole d'État sur les prix et les salaires — a produit, jusqu'au milieu des années 1960, une croissance impressionnante : industrialisation rapide, urbanisation, mécanisation, victoire militaire de 1945, programme spatial, alphabétisation massive. Mais cette croissance reposait sur l'accumulation extensive : main-d'œuvre déplacée des campagnes vers les villes, ressources minières et énergétiques exploitées sans retenue. Elle ne reposait pas sur l'amélioration de la productivité du travail ou du capital. Lorsque ces réserves s'épuisent, à partir des années 1965-1970, la croissance soviétique décline régulièrement.

Le PIB par habitant de l'URSS, qui représentait selon les estimations occidentales environ 50 % du PIB américain en 1975, retombe à 40 % en 1985 puis à moins de 35 % en 1989, alors que la productivité agricole stagne à un niveau si bas que l'URSS, sixième producteur mondial de blé en 1913, est devenue dans les années 1970 le premier importateur mondial de céréales[18]. En 1985, 40 % de la production agricole soviétique est perdue entre le champ et le consommateur, par défaut de chaînes de froid, de transport et de stockage[19]. L'historien Stephen Kotkin, dans son ouvrage de référence Armageddon Averted (Oxford UP, 2008), montre que le système n'a plus seulement échoué à rattraper l'Occident : il a régressé en termes relatifs[20].

IndicateurURSS (1985)États-Unis (1985)Ratio
PIB par habitant ($ courants, estimation CIA)≈ 6 500≈ 17 60037 %
Espérance de vie hommes63,3 ans71,4 ans89 %
Mortalité infantile / 1 00026,010,6245 %
Production agricole pertes (champ→consommateur)≈ 40 %≈ 4 %× 10
Surface arable / habitant cultivée0,89 ha0,72 ha× 1,2

Source : Centre d'analyse intelligence économique CIA, Soviet Economy in 1985 ; Stephen Kotkin, Armageddon Averted ; Banque mondiale, World Development Report 1991[21].

L'usure idéologique : un marxisme auquel ne croient plus les cadres du Parti

À l'origine de la révolution bolchevique, le marxisme-léninisme était une religion séculière au sens où le politologue Raymond Aron l'a définie : une idéologie totale, dotée de prophètes, d'écritures, d'eschatologie, de saints, de martyrs. Soixante ans plus tard, l'idéologie est devenue un vocabulaire de cérémonie, vidé de toute énergie eschatologique réelle. Le philosophe tchèque Václav Havel en a donné la formule canonique dans son essai Le Pouvoir des sans-pouvoir (1978), où il analyse la fameuse pancarte du « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » affichée par un épicier de Prague :

« L'épicier ne place pas cette pancarte par conviction. Elle vient avec les oignons et les carottes. Il l'expose parce que tout le monde le fait, parce qu'il faut bien le faire, parce que sans la pancarte on a des ennuis. Il vit dans le mensonge. Mais c'est précisément en vivant dans le mensonge que ce mensonge se confirme, devient le monde, et se renforce. » — Václav Havel, Le Pouvoir des sans-pouvoir, octobre 1978[22]

Le diagnostic est sans appel : à la fin des années 1970, plus personne au sein du Parti communiste ne croit littéralement aux prédictions de Marx. Le marxisme survit comme un rituel administratif garanti par la police politique et par les nominations du Politburo. Ce constat sera repris mot pour mot par Jean-Paul II en 1991 :

« Mais la cause véritable de ces nouveautés est le vide spirituel provoqué par l'athéisme qui a laissé les jeunes générations démunies d'orientations et les a amenées bien souvent, dans la recherche irrésistible de leur identité et du sens de la vie, à redécouvrir les racines religieuses de la culture de leurs nations et la personne même du Christ. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 24 (1ᵉʳ mai 1991)[23]

La pression Reagan : "Star Wars", Pershing II et la doctrine du roll-back

À ces facteurs internes s'ajoute une pression extérieure sans équivalent depuis 1953. L'arrivée de Margaret Thatcher au 10 Downing Street le 4 mai 1979, puis l'élection de Ronald Reagan à la présidence américaine le 4 novembre 1980, ouvrent une séquence anticommuniste explicite. Les diplomates parlent de « doctrine du roll-back » (refoulement). Elle remplace la « doctrine du containment » (endiguement) qui prévalait depuis Truman.

Le 8 mars 1983, devant la National Association of Evangelicals à Orlando, Reagan qualifie publiquement l'URSS d'« empire du mal » (evil empire) — formule unique dans la rhétorique présidentielle américaine et dont la portée morale immédiate dépasse la simple condamnation politique :

« Je vous demande de prier pour le salut de tous ceux qui vivent dans cette obscurité totalitaire — qu'ils découvrent la joie de connaître Dieu. […] Méfiez-vous de la tentation d'ignorer les faits de l'histoire et les impulsions agressives d'un empire du mal, de qualifier la course aux armements de simple gigantesque malentendu, et donc de vous retirer de la lutte entre le bien et le mal. » — Ronald Reagan, discours d'Orlando, 8 mars 1983[24]

Quinze jours plus tard, le 23 mars 1983, Reagan annonce l'Initiative de défense stratégique (IDS), surnommée « Star Wars » par ses adversaires : un programme de bouclier antimissile spatial dont le coût annoncé (≈ 30 milliards de dollars) menace de rendre obsolète l'arsenal stratégique soviétique. L'effet psychologique sur le Politburo est foudroyant : dans ses mémoires, le maréchal Sergueï Akhromeïev estima que l'URSS ne pourrait suivre une telle course technologique sans s'effondrer économiquement[25]. Parallèlement, l'OTAN installe en novembre 1983 ses missiles Pershing II en Allemagne et en Italie, capables d'atteindre Moscou en six minutes — chiffre qui obsède les généraux soviétiques.

Ces données techniques n'expliquent pas à elles seules la chute : elles n'ont pas provoqué par elles-mêmes la révolte des peuples. Mais elles ont convaincu Moscou d'une impossibilité : maintenir à la fois la militarisation, le contrôle des satellites et la production civile. Elles ont ainsi préparé psychologiquement l'équipe de Mikhaïl Gorbatchev à un repli stratégique.

L'accélérateur Gorbatchev (1985-1991)

Élu secrétaire général du PCUS le 11 mars 1985 à 54 ans après la mort de Konstantin Tchernenko, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev (1931-2022) appartient à la première génération soviétique d'après Staline. Marié à Raïssa Maximovna, philosophe diplômée, fils d'un mécanicien de combine ukrainien et d'une paysanne russe baptisée orthodoxe, il porte au Kremlin une sensibilité culturelle et intellectuelle inédite. En cinq ans, il lance deux politiques jumelles qui ne dissoudront pas mécaniquement le système, mais en révéleront la fragilité :

  • la glasnost (transparence) — fin progressive de la censure, libération des prisonniers politiques (Sakharov rappelé d'exil à Gorki le 23 décembre 1986), publication des dossiers historiques (rétablissement de l'identité de Lénine, dénonciation des crimes staliniens) ;
  • la perestroïka (reconstruction) — réformes économiques visant à introduire de la souplesse dans la planification centralisée, autorisation d'entreprises individuelles, ouverture limitée aux investissements étrangers.

Gorbatchev se prive surtout de l'arme ultime de l'empire soviétique depuis 1956 : l'invasion militaire des satellites. À chaque crise majeure de 1989 — élection polonaise, ouverture hongroise, manifestations est-allemandes, démonstration de Prague — il rappelle à ses interlocuteurs qu'il n'enverra pas les chars. La conséquence est immédiatement comprise par les populations concernées : la doctrine Brejnev est morte.

Le journaliste Tony Judt, dans sa monumentale Postwar — A History of Europe since 1945 (Penguin, 2005), souligne que Gorbatchev a « fait plus pour la fin du communisme que n'importe quel autre homme » parce qu'il « n'a pas voulu sauver le système au prix du sang »[26]. Cette retenue, qui n'était pas écrite dans le programme de la perestroïka, est précisément ce qui distingue 1989 de 1956 (Budapest), de 1968 (Prague) et de 1981 (Pologne sous Jaruzelski sans intervention soviétique directe). Reste à expliquer pourquoi un secrétaire général soviétique a, en conscience, refusé de faire tirer ses propres troupes sur des civils. À cette question — décisive — ni la science économique ni la stratégie militaire ne suffisent à répondre. Il faut introduire le facteur que tout récit séculier minimise et que le récit catholique met au centre : la rencontre, alors imprévisible, de Gorbatchev avec un certain pape polonais.

La Pologne, laboratoire de la chute (1978-1989)

16 octobre 1978 : Habemus papam Polonum

À 18h44 le 16 octobre 1978, au huitième tour de scrutin, le cardinal Karol Józef Wojtyła, archevêque de Cracovie depuis 1964, est élu pape au troisième jour du conclave — les reconstitutions des biographes retiennent le chiffre de 99 voix sur 111, le secret du conclave interdisant tout décompte officiel[27]. Il a 58 ans. Il succède à Jean-Paul Iᵉʳ, mort subitement le 28 septembre après seulement trente-trois jours de pontificat[28]. Avant lui, aucun pape non italien n'avait été élu depuis le néerlandais Adrien VI en 1522 — quatre cent cinquante-six ans plus tôt. Avant lui, aucun Slave n'avait jamais été élu pape dans toute l'histoire de l'Église.

L'élection est suggérée au conclave par Franz cardinal König, archevêque de Vienne, après le blocage des candidats italiens Giuseppe Siri (curie conservatrice) et Giovanni Benelli (curie progressiste) — le nom de Sergio Pignedoli ayant lui aussi circulé[29]. König, qui connaissait Wojtyła depuis Vatican II, le présente comme un « évêque polonais à l'expérience pastorale unique dans le bloc soviétique ». Lorsque le nom de Wojtyła est annoncé du balcon de la basilique Saint-Pierre, la foule romaine reste silencieuse, ne reconnaissant pas le nom. À Cracovie, en revanche, les cloches sonnent à toute volée. À Moscou, le politburo se réunit en urgence ; d'après les archives du KGB exhumées après 1991, l'élection de ce pape polonais y fut analysée non comme un événement ecclésiastique mais comme un défi politique direct au système socialiste, auquel il faudrait répondre[30].

Six jours plus tard, le 22 octobre 1978, lors de l'homélie inaugurale de son pontificat sur la place Saint-Pierre, Jean-Paul II prononce une formule qui deviendra l'un des leitmotive de son règne et l'incipit moral de la chute du communisme :

« N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N'ayez pas peur ! » — Saint Jean-Paul II, homélie d'inauguration du pontificat, place Saint-Pierre, 22 octobre 1978[31]

Le sens géopolitique du verbe « ouvrir » — appliqué aux « frontières des États » et aux « systèmes politiques » — n'échappe à personne dans les chancelleries de Varsovie, Prague, Berlin-Est et Moscou. À Paris, le président Valéry Giscard d'Estaing raconte dans ses Mémoires avoir pris acte, en conseil des ministres de novembre 1978, de l'entrée en scène d'un acteur catholique majeur dans la guerre froide[32].

Juin 1979 : « Que descende ton Esprit »

Du 2 au 10 juin 1979, Jean-Paul II effectue son premier voyage apostolique en Pologne, à l'occasion du 900ᵉ anniversaire du martyre de saint Stanislas (1079). Le voyage avait été âprement négocié pendant six mois entre la nonciature et le régime communiste de Edward Gierek, qui craignait un grand rassemblement national. Les autorités tentent de minimiser l'événement (consignes aux médias d'État de ne filmer que des plans rapprochés pour éviter de montrer l'ampleur des foules), mais elles ne peuvent empêcher la mobilisation : environ treize millions de Polonais — sur une population totale de 35 millions — voient le pape de leurs yeux pendant les neuf jours du pèlerinage. Le 2 juin 1979 à 17h, place de la Victoire à Varsovie (Plac Zwycięstwa), devant une foule estimée à un million de personnes, Jean-Paul II prononce ce qui restera comme l'homélie qui a changé l'histoire de l'Europe centrale :

« On ne peut en effet comprendre l'homme à fond sans le Christ. Ou plutôt l'homme n'est pas capable de se comprendre lui-même à fond sans le Christ. Il ne peut saisir ni ce qu'il est, ni quelle est sa vraie dignité, ni quelle est sa vocation, ni son destin final. Il ne peut comprendre tout cela sans le Christ. » — Saint Jean-Paul II, homélie place de la Victoire, Varsovie, 2 juin 1979[33]

L'homélie culmine dans une invocation à l'Esprit Saint que le pape prononce trois fois, en interpellant directement « cette terre » — la Pologne :

« Et je crie, moi, fils de la terre polonaise, et en même temps moi, le pape Jean-Paul II, je crie du plus profond de ce millénaire, je crie la veille de la Pentecôte : Que descende ton Esprit ! Que descende ton Esprit ! Et qu'il renouvelle la face de la terre de cette terre ! » — Saint Jean-Paul II, homélie place de la Victoire, Varsovie, 2 juin 1979[34]

Le philosophe et homme politique Tadeusz Mazowiecki, futur premier ministre non-communiste de la Pologne (1989), témoignera plus tard que ce jour-là, les Polonais comprirent qu'ils étaient plus nombreux que le régime — et que c'est cela qui changea tout[35].

L'historien polonais Andrzej Paczkowski, dans son Pół wieku dziejów Polski 1939-1989 (Varsovie, 1995), fait de ce pèlerinage le tournant qui rendit possible Gdańsk en 1980[36].

Le séisme de Gdańsk (août 1980)

Quatorze mois après le départ du pape, la Pologne s'embrase. Le 1ᵉʳ juillet 1980, le gouvernement de Edward Babiuch annonce une hausse brutale du prix de la viande de 60 % pour tenter de résorber les déficits chroniques. Les ouvriers répondent par des grèves spontanées dans toute la Pologne, qui culminent le 14 août 1980 aux chantiers navals Lénine de Gdańsk (Stocznia Gdańska im. Lenina) après le licenciement abusif de Anna Walentynowicz (1929-2010), grutière catholique de 51 ans, militante des « hommes libres » et héritière directe de l'esprit du grand voyage pontifical[37].

Le 17 août 1980, le Comité de grève inter-usines (MKS) — qui coordonne désormais plus de 200 chantiers, mines et raffineries — présente au gouvernement les vingt-et-une revendications historiques de l'été polonais, ouvertes par la demande révolutionnaire :

« Acceptation des syndicats libres, indépendants du Parti et des employeurs, conformément à la Convention 87 de l'Organisation internationale du travail relative à la liberté syndicale, ratifiée par la République populaire de Pologne. » — MKS de Gdańsk, revendication n° 1, 17 août 1980[38]

Aux vingt-et-une revendications s'ajoutent : droit de grève, fin de la censure, libération des prisonniers politiques, retransmission de la messe dominicale à la radio, augmentation des salaires de 2 000 zlotys, retraite à 50 ans pour les femmes et 55 ans pour les hommes, etc. Lech Wałęsa (né en 1943), électricien des chantiers, ancien dissident, chrétien fervent — il portait toujours sur lui une image de la Vierge noire de Częstochowa — devient en quelques jours le porte-parole reconnu du mouvement.

Le 31 août 1980 à 17h00, dans la salle du BHP des chantiers Lénine, le vice-Premier ministre Mieczysław Jagielski signe avec Wałęsa les accords de Gdańsk entérinant les vingt-et-une revendications. Wałęsa signe avec un stylo géant de souvenir acheté à Częstochowa, orné en couleurs d'un portrait de Jean-Paul II — symbolisme d'une portée mondiale. Dix-sept jours plus tard, le 17 septembre 1980, naît officiellement le syndicat Solidarność (Solidarité), premier syndicat indépendant du bloc soviétique. Son effectif culminera à environ 9,4 millions de membres en 1981 — soit un quart de la population polonaise totale, et 80 % de la classe ouvrière[39].

La loi martiale (13 décembre 1981) et le martyre de Jerzy Popiełuszko

Sous pression conjointe de Moscou (qui menace une intervention militaire) et de sa propre direction, le général Wojciech Jaruzelski proclame l'état de guerre (stan wojenny) le 13 décembre 1981 à minuit. La radio télévision passe sous contrôle militaire, le téléphone est coupé pour toute la Pologne, Solidarność est dissous, environ 6 000 syndicalistes — dont Lech Wałęsa — sont internés dans 49 centres de détention[40]. Le bilan officiel reconnu après 1989 est de environ 100 morts, dont neuf mineurs tués à la mine de Wujek le 16 décembre 1981.

Jean-Paul II réagit dès le 13 décembre par un télégramme adressé à Jaruzelski, lui demandant « que personne ne meure du fait de cette épreuve nationale, et que les négociations reprennent dès que possible »[41]. Il refuse, à la demande pressante des Américains, de rompre les relations diplomatiques avec Varsovie : le canal vatican reste l'un des très rares à transmettre des messages au régime. Le 16 juin 1983, Jean-Paul II effectue son deuxième voyage en Pologne — autorisé par Jaruzelski sous la pression de Moscou —, célèbre la messe à Częstochowa devant 1,5 million de pèlerins, et rencontre Lech Wałęsa en secret dans les Tatras le 23 juin 1983.

Trois ans plus tard, la persécution se cristallise dans le martyre du bienheureux Jerzy Popiełuszko, jeune aumônier des sidérurgistes de Varsovie devenu la voix publique de Solidarność à l'église Saint-Stanislas-Kostka, où il célébrait chaque dernier dimanche du mois les Messes pour la Patrie. Le 19 octobre 1984 à 22h25, sa voiture est interceptée par trois officiers de la Służba Bezpieczeństwa (Sécurité d'État) — Grzegorz Piotrowski, Leszek Pękala, Waldemar Chmielewski. Il est battu à mort, ligoté avec des pierres et jeté dans la Vistule au barrage de Włocławek. Son corps est retrouvé le 30 octobre. Ses funérailles le 3 novembre 1984 à Żoliborz rassemblent entre 600 000 et un million de fidèles[42]. Le procès des trois assassins, fait sans précédent dans le bloc soviétique, est partiellement public en janvier 1985 et débouche sur des condamnations de quinze à vingt-cinq ans de prison. Le détail de cette affaire est traité dans l'article L'Église clandestine sous le communisme ; ce qui importe ici est le constat : à partir du martyre de Popiełuszko, le régime communiste polonais perd toute légitimité morale résiduelle, y compris auprès de la fraction athée de la population.

« Le mal ne se vainc que par le bien. Pour défendre la vérité, il ne faut pas attaquer. Il faut être prêt à souffrir et à mourir. » — Bienheureux Jerzy Popiełuszko, dernière homélie à Bydgoszcz, 19 octobre 1984, quelques heures avant son enlèvement[43]

Westerplatte 1987 et la table ronde de 1989

Le troisième voyage apostolique en Pologne (8-14 juin 1987) marque une étape de plus. Le 12 juin 1987, à Westerplatte (presqu'île de Gdańsk où l'armée polonaise résista héroïquement à l'invasion allemande du 1ᵉʳ septembre 1939), Jean-Paul II rencontre 35 survivants de la défense de 1939 et lance aux jeunes Polonais une formule qui restera un mot d'ordre pour la dernière phase de la lutte :

« Chacun de vous, mes jeunes amis, trouvera dans la vie son propre Westerplatte. Une dimension de tâches que vous devrez assumer et accomplir. Un ordre de vérités et de valeurs qu'il faudra défendre — pour vous-mêmes et pour les autres. » — Saint Jean-Paul II, allocution aux jeunes à Westerplatte, Gdańsk, 12 juin 1987[44]

L'élection de Gorbatchev en 1985 et la nouvelle vague de grèves industrielles polonaises d'avril-août 1988 contraignent Jaruzelski à la négociation. Du 6 février au 5 avril 1989, à Varsovie, se tient la Table ronde entre représentants du régime, de Solidarność (Wałęsa, Mazowiecki, Geremek) et de l'Église catholique (Mgr Bronisław Dąbrowski et Mgr Alojzy Orszulik). Les accords du 5 avril 1989 prévoient des élections partiellement libres : 35 % des sièges du Sejm et la totalité des 100 sièges du Sénat sont ouverts à la concurrence pluraliste. Les élections du 4 juin 1989 — jour symbolique : ce sont les mêmes heures où la place Tian'anmen est écrasée à Pékin — donnent à Solidarność 99 sièges sur 100 au Sénat et 160 sièges sur 161 sièges contestés au Sejm. Le 19 août 1989, le pape envoie un télégramme de félicitations au nouveau premier ministre Tadeusz Mazowiecki, intellectuel catholique militant, premier chef de gouvernement non-communiste du bloc soviétique depuis 1948. La brèche polonaise est ouverte.

L'attentat du 13 mai 1981 et la consécration de la Russie

Place Saint-Pierre, 17h17 : Mehmet Ali Ağca tire

Le mercredi 13 mai 1981 à 17h17, lors de l'audience générale hebdomadaire place Saint-Pierre, Jean-Paul II traverse la foule debout dans sa papamobile blanche en saluant les pèlerins. Juste après qu'il eut pris dans ses bras puis rendu à sa mère la petite Sara Bartoli[45], un tueur posté à quelques mètres ouvre le feu avec un pistolet semi-automatique Browning de calibre 9 mm Parabellum[46]. Quatre coups de feu sont tirés à 17h17[47] : une première balle chemisée touche l'index de la main gauche du pape puis est déviée dans l'abdomen, perforant l'intestin grêle et le côlon sigmoïde — lésant l'intestin sans toucher les organes vitaux —, tandis qu'une seconde balle lui effleure le coude droit avant de blesser deux pèlerines américaines, Ann Odre (atteinte à la poitrine) et Rose Hall (blessée au bras)[48].

Transporté à la clinique Gemelli, le pape est opéré pendant plus de cinq heures par le professeur Francesco Crucitti, au prix d'une transfusion massive[49]. L'intervention sauve sa vie. Le tueur, Mehmet Ali Ağca (né en 1958), Turc d'origine, ancien membre des Loups gris (organisation d'extrême-droite turque), est arrêté immédiatement par le commandant Camillo Cibin, chef de la gendarmerie pontificale[50]. Il sera condamné le 22 juillet 1981 à la prison à perpétuité par la cour d'assises de Rome.

"Une main a tiré, une autre main a guidé"

Le 13 mai 1982, exactement un an après l'attentat — jour anniversaire de la première apparition de Fatima en 1917 —, Jean-Paul II se rend en pèlerinage à Fatima pour la première fois de son pontificat, devant 1,5 million de pèlerins[51]. C'est à propos de l'attentat qu'on lui attribue la parole devenue fondatrice — non reprise dans le texte publié de l'homélie, mais très largement rapportée par la suite comme l'expression de sa conviction personnelle :

« Une main a tiré, et une autre main a guidé la balle. » — Parole attribuée à saint Jean-Paul II au sujet de l'attentat du 13 mai 1981[52]

Le pape comprendra dès cette date sa survie miraculeuse comme une intervention directe de la Vierge de Fatima — qui apparut aux trois petits voyants portugais entre le 13 mai et le 13 octobre 1917, l'année même de la Révolution bolchevique en Russie. La balle qui devait tuer le pape est confiée par lui à l'évêque de Leiria-Fatima, qui la fait sertir dans la couronne de la statue de la Vierge à la chapelle des apparitions. Elle s'y trouve toujours[53]. Cette interprétation est demeurée la position personnelle du pape — réaffirmée lors de ses pèlerinages ultérieurs à Fatima — et constitue depuis lors la lecture spirituelle de référence dans la mémoire vive de l'Église.

La main du KGB ? L'enquête sur les commanditaires

L'attentat de 1981 fait l'objet, depuis 1985, d'une longue enquête sur ses commanditaires éventuels. La piste bulgare — selon laquelle les services secrets bulgares (Durzhavna Sigurnost), agissant sur ordre du KGB soviétique, auraient recruté et armé Ali Ağca — a été instruite à Rome de 1982 à 1986 (procès dit « des Bulgares », conclu sans condamnation faute de preuves directes). Mais la commission parlementaire italienne dite « commission Mitrokhine » (2002-2006) a conclu, dans son rapport final du 9 mars 2006, à la responsabilité de la direction soviétique dans l'attentat[54]. Ali Ağca lui-même, gracié par le président italien Carlo Azeglio Ciampi en 2000 sur intervention du pape, a déclaré à plusieurs reprises depuis 2010 qu'il « avait agi sur ordre de l'ayatollah Khomeyni et avec l'aide des services bulgares »[55]. Ces aveux, contradictoires entre eux, restent invérifiables. Le pape lui-même, qui rendit visite à Ali Ağca dans sa cellule du Rebibbia le 27 décembre 1983 lors d'une rencontre de pardon mondialement médiatisée, refusa toujours de désigner publiquement un commanditaire. Dans Mémoire et Identité (Flammarion, Paris, 2005), il relit l'attentat à la lumière de Fatima et y confesse, en substance, sa conviction qu'une main maternelle a détourné la balle et que d'innombrables prières invisibles l'ont porté[56].

La consécration solennelle du 25 mars 1984

L'autre conséquence majeure de l'attentat est doctrinale. Jean-Paul II, convaincu que la Vierge de Fatima lui a sauvé la vie, décide d'accomplir ce que les apparitions de 1917 et le message à Sœur Lucie de 1929 avaient demandé : la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, en union spirituelle avec l'ensemble de l'épiscopat préalablement convoqué[57]. Une première tentative est conduite le 7 juin 1981 depuis la clinique Gemelli, par voie radiophonique ; une seconde le 13 mai 1982 à Fatima en présence de Sœur Lucie. Mais l'épiscopat mondial n'a pas été préalablement convoqué.

C'est le 25 mars 1984, fête de l'Annonciation, que la consécration solennelle est accomplie place Saint-Pierre, devant la statue originale de Notre-Dame de Fatima apportée du Portugal pour l'occasion, après convocation officielle de tout l'épiscopat par lettre du pape datée du 8 décembre 1983[58]. L'acte est prononcé en italien à 11h45 :

« C'est pourquoi, ô Mère des hommes et des peuples, toi qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui sens maternellement toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui agitent le monde contemporain, accueille notre cri qui, conduits par l'Esprit Saint, nous adressons directement à ton Cœur. Embrasse, avec l'amour de la Mère et de la Servante du Seigneur, ce monde humain qui est nôtre, que nous te consacrons à nouveau. […] Devant toi, Mère du Christ, devant ton Cœur immaculé, je m'unis avec tous les pasteurs de l'Église dans ce lien particulier par lequel nous formons un seul corps et un seul collège, comme le voulut le Christ. […] Que dans ton Cœur immaculé se manifeste pour tous la lumière de l'espérance ! » — Saint Jean-Paul II, acte de consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, place Saint-Pierre, 25 mars 1984[59]

Le pape n'a pas mentionné explicitement la Russie dans le texte de la consécration, par scrupule diplomatique — il ne voulait pas, en pleine guerre froide, donner au Kremlin un motif d'aggraver la persécution de l'Église clandestine. Mais l'intention de consacrer « ce monde humain qui est nôtre », c'est-à-dire l'humanité entière y compris la Russie, est explicite dans son contexte. À l'automne 1989, alors que le Mur est déjà fissuré, le cardinal Joseph Ratzinger explique dans un entretien à la revue 30 Days que la consécration de 1984 visait bien la Russie[60].

Sœur Lucie confirme : « Oui, cela a été fait »

La question de la validité canonique de l'acte du 25 mars 1984, débattue dans certains milieux traditionalistes, a été tranchée — c'est le point essentiel — par la seule voyante survivante de Fatima, Sœur Lucie dos Santos elle-même (1907-2005, déclarée vénérable par le pape François le 22 juin 2023[61]). Dans une lettre datée du 8 novembre 1989, adressée au Saint-Père, Sœur Lucie écrit en portugais cette phrase aujourd'hui célèbre :

« Sim, està feita, tal como Nossa Senhora a pediu, desde o dia 25 de Março de 1984. » — Sœur Lucie dos Santos (1907-2005), lettre au Saint-Père, Carmel de Coïmbra, 8 novembre 1989

Traduction française officielle (CDF, 2000) : « Oui, cela a été fait, comme Notre-Dame l'avait demandé, le 25 mars 1984. »[62] (La graphie « està » reproduit à la lettre le document CDF, dont l'accent grave est une coquille pour l'auxiliaire portugais está.) La confirmation est réitérée trois fois ultérieurement par Sœur Lucie : dans un entretien personnel avec le cardinal Tarcisio Bertone au Carmel de Coïmbra le 17 novembre 2001, puis dans une lettre de mars 2003, puis lors de la dernière rencontre du cardinal Bertone avec la voyante peu avant sa mort le 13 février 2005. Le document officiel du Saint-Siège Le Message de Fatima (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 26 juin 2000) intègre cette confirmation comme position officielle de l'Église[63] : un jugement porté sur des faits — et non une vérité définie comme un dogme.

L'enchaînement temporel n'a pas échappé aux théologiens : le mur de Berlin tombe le lendemain même de la lettre de Sœur Lucie — datée du 8 novembre 1989, veille du 9 novembre. La chute s'accélère ensuite dans l'année qui suit, puis l'URSS s'effondre sept ans plus tard. Pour la lecture catholique des événements, cette proximité calendaire peut difficilement passer pour un simple hasard. Le pape lui-même relira ces événements à la lumière de Fatima, notamment dans Mémoire et Identité (2005) et lors de ses pèlerinages ultérieurs au sanctuaire.

La "Sainte Alliance" : Reagan, Wojtyła et la déstabilisation du bloc

7 juin 1982 : la rencontre fondatrice

Si Jean-Paul II est l'âme spirituelle de la résistance polonaise, le président américain Ronald Reagan en est le bras stratégique. Les deux hommes se rencontrent pour la première fois le 7 juin 1982 dans la bibliothèque du Vatican, lors de la première visite officielle de Reagan en Italie. Selon le récit du journaliste Carl Bernstein publié en couverture du Time Magazine le 24 février 1992, c'est lors de cet entretien — sans note ni stagiaire, en présence des seuls cardinal Casaroli et secrétaire d'État Haig — qu'aurait été décidée la coordination stratégique entre Washington et le Vatican pour maintenir vivant le mouvement Solidarność après la loi martiale de décembre 1981 :

« Pendant cinq décennies, les États-Unis et le Vatican avaient eu des intérêts parallèles mais peu coordonnés. Le 7 juin 1982, les deux hommes s'engagèrent dans une campagne secrète pour hâter la dissolution de l'empire communiste. […] Tous deux étaient convaincus que la Pologne pouvait être arrachée à l'orbite soviétique si le Vatican et les États-Unis engageaient leurs ressources dans la déstabilisation du gouvernement polonais et le maintien à flot du mouvement Solidarité, alors hors la loi. » — Carl Bernstein, « The Holy Alliance », Time Magazine, 24 février 1992[64]

Les canaux Casey-Laghi et l'aide clandestine à Solidarność

Le canal opérationnel passe par le directeur de la CIA William J. Casey (catholique fervent qui se rend chaque semaine à la messe à Saint-Patrick à New York) et le nonce apostolique à Washington, Mgr Pio Laghi (futur cardinal). Casey rencontre Laghi « au moins six fois par an » entre 1982 et 1987, selon le témoignage de l'analyste Herbert E. Meyer, vice-président du National Intelligence Council[65].

Les opérations conjointes recensées à partir de la documentation déclassifiée incluent : fonds aux familles de syndicalistes emprisonnés (via Caritas et des canaux syndicaux américains, pour des montants dont l'estimation exacte varie selon les historiens) ; équipement d'imprimerie clandestine (presses offset, rotatives, encres, papiers transmis via la Suisse et l'Autriche) ; émetteurs radio FM pour la Radio Solidarność clandestine ; matériel de télécommunications cryptées ; financements pour l'émission polonaise de Radio Free Europe ; assistance technique sur les élections semi-libres de juin 1989[66].

La controverse historiographique

L'hypothèse de la Sainte Alliance de Bernstein-Politi a fait l'objet d'un débat historiographique nourri. Les historiens Andrew et Mitrokhine (The Sword and the Shield, 1999) reconnaissent l'existence d'une coordination tactique mais minimisent son rôle décisif comparé aux facteurs internes au bloc soviétique[67]. George Weigel, biographe officiel de Jean-Paul II, soutient au contraire que sans la convergence Wojtyła-Reagan, « la chute aurait eu lieu, mais plus tard, et avec beaucoup plus de violence »[68]. Andrea Riccardi estime que l'efficacité réelle de la coordination réside non pas dans le volume des fonds (modeste rapporté à la guerre froide) mais dans le soutien psychologique apporté à Solidarność : « savoir que le pape et le président américain étaient avec eux a permis à Wałęsa et aux siens de tenir lorsque la loi martiale paraissait avoir tout brisé »[69].

Il faut résister à deux pièges symétriques. Le premier, séculier, consiste à attribuer la chute essentiellement à la CIA et à minimiser le rôle propre de l'Église : c'est rabattre la lecture spirituelle sur une lecture géopolitique réductrice. Le second, idéaliste, consiste à attribuer la chute essentiellement à la prière et aux pèlerinages, en niant la réalité de la coordination stratégique : c'est refuser le rôle des causes secondes qui sont précisément le mode normal de la Providence dans l'histoire humaine. La position catholique équilibrée — explicitée par Jean-Paul II lui-même dans Mémoire et Identité — est que les deux dimensions ont coexisté, et que ce qui a fait l'originalité historique de 1989 est précisément leur convergence inhabituelle : une convergence à la fois pastorale (le pape), syndicale (Solidarność), géopolitique (Reagan-Thatcher), spirituelle (Fatima, la prière mondiale) et providentielle (Gorbatchev arrivant exactement au moment où le système ne tient plus).

L'année 1989 : six révolutions en six mois

L'année 1989 a vu, en moins de huit mois, l'effondrement successif de six régimes communistes européens. Pour rendre lisible la cadence d'une chronologie aussi compressée, le tableau ci-dessous récapitule les dates-clés de cette série :

PaysDate de basculement décisifActe fondateurType de transition
Pologne4 juin 1989Élections semi-libres, victoire écrasante de Solidarność (99/100 au Sénat)Négociée (Table ronde 6 fév. - 5 avr. 1989)
Hongrie23 octobre 1989Proclamation de la République de Hongrie (fin RP)Réformée de l'intérieur par le MSZMP
RDA9 novembre 1989Chute du Mur de Berlin (annonce Schabowski à 18h57)Effondrement populaire pacifique
Bulgarie10 novembre 1989Destitution de Todor Jivkov par le Politburo bulgareCoup d'État interne au Parti
Tchécoslovaquie17 novembre - 29 décembre 1989Révolution de Velours (Václav Havel président le 29 déc.)Manifestations étudiantes pacifiques
Roumanie16-25 décembre 1989Soulèvement de Timișoara, exécution CeaușescuInsurrection armée et procès sommaire

Pologne : la victoire de Solidarność (4 juin 1989)

Les élections semi-libres du 4 juin 1989, dont la composition avait été négociée à la Table ronde de Varsovie, donnent à Solidarność un résultat triomphal : 99 sièges sur 100 au Sénat, 160 sièges sur 161 sièges contestés au Sejm. Le seul siège échappé par Solidarność au Sénat est celui de Henryk Stokłosa, indépendant, élu en Wielkopolska. La défaite communiste est si écrasante que 35 députés du Parti, sur les listes uniques garanties par les accords, n'obtiennent pas la majorité absolue requise et doivent être réélus au second tour. Le 24 août 1989, Tadeusz Mazowiecki (1927-2013), militant catholique, intellectuel, conseiller historique de Solidarność, est nommé Premier ministre — premier chef de gouvernement non-communiste du bloc soviétique depuis 1948. Le 9 décembre 1990, Lech Wałęsa est élu président de la République polonaise. La Pologne ouvre la voie.

Hongrie : du Pique-nique paneuropéen au démantèlement du Rideau

La Hongrie est le second domino à tomber, dès l'été 1989. Le 2 mai 1989, les autorités hongroises commencent à démonter symboliquement les 360 kilomètres de Rideau de fer qui séparaient le pays de l'Autriche depuis 1948. Le 27 juin 1989, les ministres des Affaires étrangères Gyula Horn (Hongrie) et Alois Mock (Autriche) coupent ensemble à Hegyeshalom les fils barbelés devant les caméras du monde entier. L'image fait le tour de la planète : c'est, depuis 1948, la première fois qu'un membre du Pacte de Varsovie ouvre volontairement sa frontière vers l'Ouest.

Le 19 août 1989, à l'occasion d'un « Pique-nique paneuropéen » organisé près de Sopron par le Mouvement paneuropéen d'Otto de Habsbourg (héritier du dernier empereur d'Autriche-Hongrie) et soutenu en sous-main par le gouvernement réformateur de Miklós Németh, environ 600 Allemands de l'Est en vacances en Hongrie franchissent la frontière austro-hongroise et passent à l'Ouest sans être interpellés[70]. C'est le premier passage massif vers l'Ouest depuis la construction du Mur de Berlin en 1961. Le mouvement s'amplifie : entre août et novembre 1989, des dizaines de milliers d'Allemands de l'Est transitent par la Hongrie et l'Autriche pour rejoindre la RFA — l'exode total de l'automne 1989 vers l'Ouest se comptant en centaines de milliers de personnes[71]. La RDA, sa population fuyant en masse, devient politiquement intenable.

Le 23 octobre 1989, jour anniversaire de l'insurrection de Budapest de 1956, la République populaire de Hongrie est officiellement dissoute et remplacée par la République de Hongrie — sans guerre, sans coup d'État, sans intervention extérieure.

Allemagne de l'Est : la chute du Mur (9 novembre 1989)

L'événement le plus médiatisé du XXᵉ siècle après le débarquement de Normandie se produit le 9 novembre 1989 à Berlin-Est, par un quasi-malentendu administratif. Depuis septembre, sous l'effet de l'exode hongrois et des « lundis de prière » de Leipzig (rassemblements pacifiques à l'église Saint-Nicolas mobilisant 70 000 manifestants le 9 octobre 1989, 300 000 le 23, 500 000 le 6 novembre[72]), le régime d'Erich Honecker s'effondre. Honecker est destitué le 18 octobre 1989 au profit du plus jeune Egon Krenz, qui décide d'autoriser des sorties touristiques à l'Ouest sous condition.

Le 9 novembre 1989 à 18h57, lors d'une conférence de presse retransmise en direct par la télévision de la RDA depuis l'immeuble du Centre de presse international rue Mohrenstraße à Berlin-Est, le porte-parole du Bureau politique Günter Schabowski lit un communiqué annonçant l'autorisation prochaine de voyages à l'étranger. Le journaliste italien Riccardo Ehrman de l'ANSA lui demande : « Et quand cela entre-t-il en vigueur ? » Schabowski, qui n'a pas eu le temps de relire son texte, hésite, regarde la liasse de feuilles posée devant lui, et improvise :

« Pour autant que je sache… c'est dès maintenant, sans délai. » — Günter Schabowski, conférence de presse, Berlin-Est, 9 novembre 1989 à 18h57[73]

Le décret n'était censé entrer en vigueur que le lendemain. Mais à 19h05, l'agence Associated Press transmet une dépêche immédiate : « La RDA ouvre ses frontières. » Les chaînes ouest-allemandes ARD et ZDF reprennent l'information à 19h17 et 20h00 — les Berlinois de l'Est, qui regardent massivement la télévision ouest-allemande, se précipitent vers les points de passage. À 23h30, le poste-frontière de la Bornholmer Straße cède sous la pression de la foule ; à minuit, tous les points de passage sont ouverts[74]. Les Berlinois grimpent sur le Mur, dansent, pleurent. L'objet politique le plus symbolique de la guerre froide est tombé sans une goutte de sang.

Tchécoslovaquie : la Révolution de Velours (17 novembre - 29 décembre 1989)

À Prague, le 17 novembre 1989, une manifestation étudiante pacifique commémorant le cinquantenaire de la mort du résistant tchèque Jan Opletal, tué par les nazis le 17 novembre 1939, est violemment dispersée à Národní třída (avenue Nationale). Plusieurs centaines de manifestants sont blessés — la commission médicale indépendante en dénombrera 568[75]. La rumeur — qui se révèlera fausse — court qu'un étudiant a été tué (en réalité l'« étudiant » Martin Šmíd était un agent de la StB, la Sécurité d'État tchécoslovaque). La rumeur déclenche un mouvement de protestation massif. Le 19 novembre 1989, l'Office civique (Občanské fórum) est fondé au théâtre de la Lanterne magique sous la direction du dramaturge Václav Havel (1936-2011), dissident depuis 1968, emprisonné quatre ans et demi pour la Charte 77.

Le 24 novembre 1989, le cardinal-archevêque de Prague František Tomášek (1899-1992) — créé évêque clandestin en 1949 en vertu des facultates mexicanae (pouvoirs extraordinaires concédés par le Saint-Siège pour les ordinations secrètes derrière le Rideau de fer), devenu archevêque public depuis 1965, créé cardinal par Paul VI en 1976 — sort de son habituelle prudence et publie une déclaration d'appui total aux manifestants :

« Dans cette heure décisive de notre histoire, aucun d'entre nous, prêtre, religieuse ou laïc, ne peut rester en marge. Cessons d'avoir peur. Levons-nous au nom de la vérité, de la justice et de la liberté. » — Cardinal František Tomášek, déclaration du 24 novembre 1989[76]

Cette déclaration, lue dans toutes les paroisses, achève de basculer l'opinion catholique tchèque (encore majoritaire en Slovaquie). Le 27 novembre, une grève générale de deux heures paralyse le pays. Le 28 novembre, le Parti communiste tchécoslovaque annonce l'abandon de son monopole constitutionnel. Le 29 décembre 1989, Václav Havel est élu président de la République tchécoslovaque par les députés du parlement fédéral à Prague. Aucun mort. D'où le nom de Révolution de Velours — Sametová revoluce — donné dès décembre 1989 au mouvement par l'opinion tchèque elle-même.

Roumanie : Timișoara, l'exception sanglante (16-25 décembre 1989)

Le seul cas de l'Europe centrale et orientale où l'effondrement communiste s'est accompagné d'une violence massive est la Roumanie de Nicolae Ceaușescu (1918-1989), conducător sanguinaire au pouvoir depuis 1965, qui avait imposé à son pays une politique d'austérité extrême (remboursement intégral de la dette extérieure en 1989), de surveillance policière paroxystique (Securitate, 1 informateur pour 36 habitants en 1989), de natalisme forcé (décret 770 du 1ᵉʳ octobre 1966 interdisant avortement et contraception) et de mégalomanie urbaine (démolition de Bucarest pour construire le Palais du Parlement).

Le déclenchement vient d'un pasteur protestant hongrois de Timișoara, László Tőkés (né en 1952), de l'Église réformée, dont la prédication courageuse a provoqué la décision de la Securitate de l'expulser de sa paroisse de la place Maria (Piața Maria) à Timișoara. Le 15 décembre 1989, ses paroissiens se rassemblent autour de son presbytère pour empêcher physiquement l'expulsion. Le 16 décembre, la foule s'élargit aux ouvriers hongrois et roumains de la ville, et atteint plusieurs milliers de personnes. Le 17 décembre, la Securitate ouvre le feu : bilan provisoire de 122 morts à Timișoara[77]. Ceaușescu rentre précipitamment d'une visite d'État en Iran et convoque un meeting de soutien place du Palais de Bucarest le 21 décembre 1989 — qu'il croit pouvoir maîtriser comme à l'habitude. La retransmission télévisée s'interrompt à mi-discours quand la foule se met à conspuer le dictateur, lui criant « Timișoara ! Timișoara ! ». L'effet est foudroyant : pour la première fois en 24 ans, des Roumains contestent ouvertement Ceaușescu à la télévision d'État.

Le 22 décembre, le ministre de la Défense Vasile Milea est retrouvé mort dans son bureau (officiellement suicide, en fait probablement assassiné pour avoir refusé de faire tirer sur la foule). L'armée bascule du côté des manifestants. Ceaușescu et sa femme Elena fuient en hélicoptère depuis le toit du Comité central à 12h08, sont capturés à Târgoviște dans la soirée. Un tribunal militaire ad hoc les juge sommairement le matin du 25 décembre 1989, jour de Noël, sous l'accusation de génocide et de détournement de fonds. Verdict prononcé à 14h30. Exécution par fusillade dans la cour de la caserne à 14h50 — diffusée en boucle à la télévision roumaine puis dans le monde entier le soir même[78].

Le bilan total de la révolution roumaine est de 1 165 morts selon la liste nominative de l'Institut de la Révolution roumaine de décembre 1989[79] — d'autres décomptes officiels varient (1 104 morts selon le Parquet militaire en 1992, 1 142 selon le Parlement européen[80]) : 642 à Bucarest, 122 à Timișoara, 90 à Sibiu, 75 à Brașov, 42 à Brăila, 32 à Cluj-Napoca, le reste dispersé. C'est, comparée aux autres révolutions de 1989, une exception sanglante qui rappelle le sort que les autres dictatures auraient connu si Gorbatchev avait fait monter les chars.

Bulgarie et Albanie : les derniers verrous

La Bulgarie bascule presque en silence le 10 novembre 1989 — lendemain de la chute du Mur de Berlin — quand le secrétaire général Todor Jivkov (au pouvoir depuis 1954) est destitué par son propre Politburo. La transition se fait par le haut, le Parti se rebaptisant « Parti socialiste bulgare ». Le martyr emblématique de la persécution communiste bulgare reste Mgr Eugène Bossilkov, passioniste évêque latin de Nicopolis, fusillé secrètement le 11 novembre 1952 dans la prison de Sofia, béatifié par Jean-Paul II le 15 mars 1998[81].

L'Albanie d'Enver Hoxha — premier État officiellement athée du monde par décret du 6 février 1967 — est le dernier verrou européen à céder. Hoxha meurt en 1985 ; son successeur Ramiz Alia maintient la fermeture totale jusqu'en décembre 1990. Le 4 décembre 1990, les premières manifestations étudiantes éclatent à Tirana. Le 31 mars 1991, des élections semi-libres permettent au Parti du travail (communiste) de gagner contre une opposition naissante, mais le pays bascule définitivement aux élections de mars 1992 (victoire du Parti démocratique). La Constitution albanaise réintroduit la liberté religieuse en 1992, et le pape Jean-Paul II — premier pape à se rendre en Albanie — célèbre la messe à Shkodër le 25 avril 1993, ordonnant lui-même quatre nouveaux évêques pour rétablir la hiérarchie catholique éteinte depuis 23 ans. Pour les 38 martyrs albanais béatifiés à Shkodër le 5 novembre 2016, voir l'article L'Église clandestine sous le communisme.

L'effondrement de l'URSS (1990-1991)

Les Pays baltes se libèrent

La désagrégation de l'Union soviétique elle-même suit immédiatement la chute des satellites. Le 11 mars 1990, la Lituanie — pays le plus catholique de l'URSS, dont la Chronique clandestine Lietuvos Katalikų Bažnyčios Kronika avait alimenté pendant 17 ans la résistance — proclame son indépendance à l'unanimité du Sajūdis sous la conduite de Vytautas Landsbergis, musicologue. La Lettonie et l'Estonie suivent en mai et juillet 1990. Gorbatchev tente d'imposer un blocus économique à la Lituanie en avril-juin 1990, puis envoie les chars OMON à Vilnius dans la nuit du 12 au 13 janvier 1991 : 14 manifestants pacifiques tués au pied de la tour de télévision. La répression — la dernière de l'ère soviétique — provoque une indignation internationale et accélère la désagrégation.

Le putsch du 19 août 1991 et l'humiliation de Gorbatchev

Du 19 au 22 août 1991, une fraction conservatrice du Parti — comprenant le vice-président Guennadi Ianaïev, le ministre de l'Intérieur Boris Pougo, le ministre de la Défense Dmitri Iazov et le directeur du KGB Vladimir Krioutchkov — tente un coup d'État contre Gorbatchev, alors en vacances à Foros en Crimée. Le pays apprend à 6h00 du matin que Gorbatchev est « empêché de gouverner ». Mais le coup échoue en 72 heures sous la résistance populaire conduite par Boris Eltsine, président de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, qui monte sur un char devant la Maison Blanche moscovite pour appeler à la désobéissance civile. L'image fait le tour du monde. Le 22 août, le putsch est défait. Gorbatchev rentre à Moscou — mais c'est Eltsine, désormais, qui détient l'autorité réelle.

Les accords de Belovej (8 décembre 1991)

Le 8 décembre 1991, dans le pavillon de chasse de Viskouli, au cœur de la forêt de Belovej en Biélorussie, Boris Eltsine (Russie), Léonide Kravtchouk (Ukraine) et Stanislav Chouchkievitch (Biélorussie) — les trois républiques fondatrices de l'URSS de 1922 — signent un accord dissolvant juridiquement l'Union soviétique et créant la Communauté des États indépendants (CEI)[82]. Le texte est laconique :

« L'URSS, en tant que sujet du droit international et entité géopolitique, cesse d'exister. » — Accord de Belovej, article 1ᵉʳ, signé le 8 décembre 1991[83]

Gorbatchev n'est pas consulté. Le 21 décembre 1991, à Alma-Ata (Kazakhstan), onze républiques sur quinze adhèrent à la CEI. Le 25 décembre 1991 à 19h00 heure de Moscou, Mikhaïl Gorbatchev démissionne de la présidence de l'URSS lors d'une allocution télévisée de douze minutes :

« Du fait de la situation créée par la formation de la Communauté des États indépendants, je cesse mes activités à la tête de l'URSS. » — Mikhaïl Gorbatchev, allocution de démission, télévision soviétique, 25 décembre 1991 à 19h00[84]

Quelques minutes plus tard, à 19h32, le drapeau rouge soviétique frappé de la faucille et du marteau est abaissé pour la dernière fois au sommet du Kremlin, et remplacé par le drapeau tricolore de la Russie. La déclaration n° 142-N du Soviet des Républiques du 26 décembre 1991 officialise la disparition de l'URSS. L'État né du 7 novembre 1917 a cessé d'exister.

Le bilan théologique de Jean-Paul II : Centesimus Annus (1991)

Le centenaire de Rerum Novarum

Le 1ᵉʳ mai 1991 — dans l'année du centenaire de l'encyclique sociale fondatrice Rerum Novarum de Léon XIII (15 mai 1891), et en la fête de saint Joseph travailleur — Jean-Paul II publie l'encyclique Centesimus Annus. Le texte de 62 paragraphes se divise en six chapitres dont le troisième — « L'année 1989 » — est consacré spécifiquement à la lecture théologique des événements récents. C'est, à ce jour, la seule lecture papale officielle de la chute du communisme[85].

Le diagnostic en trois facteurs

Au paragraphe 23, Jean-Paul II identifie trois facteurs qui ont conduit à la chute :

« Le facteur décisif qui a mis en route les changements est assurément la violation des droits du travail. […] Mais la cause véritable de ces nouveautés est le vide spirituel provoqué par l'athéisme. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 23 et § 24[86]

Trois causes, donc, par ordre d'importance croissante : (1) la violation des droits du travail — c'est-à-dire la trahison sociale du marxisme, qui prétendait défendre les ouvriers et qui les exploitait plus brutalement que n'importe quel capitalisme du XIXᵉ siècle ; (2) l'inefficacité économique — « qu'il ne faut pas considérer seulement comme un problème technique mais plutôt comme une conséquence de la violation des droits humains à l'initiative, à la propriété et à la liberté dans le domaine économique » ; (3) le vide spirituel provoqué par l'athéisme, qui est, comme cause profonde, ce qui rend les deux premières fatales.

« Les armes seules de la vérité et de la justice »

La formule la plus marquante de Centesimus Annus est celle qui désigne le mode de la victoire. Au paragraphe 23, Jean-Paul II écrit :

« À peu près partout, on est arrivé à faire tomber un tel "bloc", un tel empire, par une lutte pacifique, qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 23 (1ᵉʳ mai 1991)[87]

Cette affirmation a une portée doctrinale double. Pour la théologie sociale, elle confirme que la non-violence évangélique — telle qu'enseignée par le Christ dans le Sermon sur la montagne — peut produire des résultats politiques majeurs, et non seulement personnels. Pour la philosophie politique, elle rejette l'axiome marxiste-léniniste selon lequel la violence est « l'accoucheuse de l'histoire » (Marx, Le Capital, livre I, ch. XXXI). 1989 montre exactement l'inverse : c'est l'absence de violence qui a fait l'histoire. Et Jean-Paul II ajoute, dans une autre formule lumineuse au même paragraphe :

« Alors que, selon le marxisme, ce n'est qu'en poussant à l'extrême les contradictions sociales que l'on pouvait les résoudre dans un affrontement violent, les luttes qui ont amené l'écroulement du marxisme persistent avec ténacité à essayer toutes les voies de la négociation, du dialogue, du témoignage de la vérité, faisant appel à la conscience de l'adversaire. […] Cela a désarmé l'adversaire, car la violence a toujours besoin de se légitimer par le mensonge. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 23[88]

Le retour aux racines chrétiennes

Au paragraphe 24, Jean-Paul II identifie le vide spirituel que l'athéisme d'État a laissé dans les âmes des peuples de l'Est, et la redécouverte du Christ que beaucoup, surtout les jeunes, ont opérée pendant et après la chute :

« Le vide spirituel provoqué par l'athéisme a laissé les jeunes générations démunies d'orientations et les a amenées bien souvent, dans la recherche irrésistible de leur identité et du sens de la vie, à redécouvrir les racines religieuses de la culture de leurs nations et la personne même du Christ. […] Le marxisme s'était promis d'extirper du cœur de l'homme la soif de Dieu, mais les résultats ont montré qu'il est impossible de le faire sans bouleverser le cœur de l'homme. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 24[89]

Cette affirmation trouve un écho empirique. Selon les enquêtes du Pew Research Center publiées en 2017 sur dix-huit pays d'Europe centrale et orientale, la part des Russes se déclarant orthodoxes est passée de 37 % en 1991 à 71 % en 2015[90] — une remontée de l'identification religieuse, que Pew distingue de la pratique dominicale, restée plus faible chez les orthodoxes que chez les catholiques de la région.

L'avertissement souvent oublié : la tentation du capitalisme

L'aspect souvent oublié de Centesimus Annus est son avertissement contre le triomphalisme libéral. Aux paragraphes 25-29, Jean-Paul II met en garde contre l'idée que la chute du communisme serait une victoire automatique du capitalisme occidental, et identifie déjà les nouveaux risques que le monde post-1989 fera courir à la dignité humaine :

« En revenant maintenant à la question initiale, peut-on dire que, après l'échec du communisme, le capitalisme est le système social qui l'emporte et que c'est vers lui que s'orientent les efforts des pays qui cherchent à reconstruire leur économie et leur société ? […] La réponse est évidemment complexe. Si sous le nom de "capitalisme" on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l'entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu'elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive. […] Mais si par "capitalisme" on entend un système où la liberté dans le domaine économique n'est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la met au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme une dimension particulière de cette dernière, dont l'axe est d'ordre éthique et religieux, alors la réponse est nettement négative. » — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 42 (1ᵉʳ mai 1991)[91]

Cet avertissement, prononcé six mois après la chute du Mur, sera tragiquement vérifié par les vingt premières années post-communistes : oligarchies russes prédatrices de la perestroïka, dépression économique brutale en Pologne (chute du PIB de 11,6 % en 1990, hausse du chômage à 16 % en 1993), spéculation immobilière, criminalité organisée, désertification rurale des Balkans, désindustrialisation des Pays baltes. Le pape ne voit pas la chute du communisme comme un avènement automatique du Royaume — il y voit une occasion historique, qui demande à être saisie spirituellement, sans quoi le vide laissé par le marxisme serait simplement comblé par une autre forme d'idolâtrie, celle de l'argent.

La chute lue avec les yeux de Fatima

Une promesse mariale tenue ?

L'interprétation fatimite de la chute du communisme s'enracine dans le message du 13 juillet 1917, lorsque la Vierge apparue à Lúcia, François et Jacinthe leur révéla la « seconde partie » du fameux Secret :

« Si l'on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l'on aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, suscitant des guerres et des persécutions contre l'Église ; […] mais à la fin, mon Cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, qui se convertira, et il sera accordé au monde un certain temps de paix. » — Notre-Dame de Fatima à Sœur Lucie, vision du 13 juillet 1917, transcrite par Sœur Lucie en 1941[92]

Cette promesse, longtemps suspendue, a fait l'objet de plusieurs interprétations dans le catholicisme du XXᵉ siècle. La position traditionnelle, devenue majoritaire après 1991, est que la chute du communisme — précédée de la consécration valide du 25 mars 1984 confirmée par Sœur Lucie elle-même — constitue l'accomplissement principal du message fatimite, en attendant le « certain temps de paix » promis à la suite. Cette lecture est défendue par le cardinal Joseph Ratzinger dans son commentaire théologique du Message de Fatima (CDF, 26 juin 2000) :

Le cardinal Joseph Ratzinger, dans son commentaire théologique du Message de Fatima (CDF, 26 juin 2000), y lisait le signe que la prière persévérante, unie à l'engagement courageux des hommes, peut infléchir le cours de l'histoire[93].

Le débat sur la consécration : positions catholiques en présence

Trois positions catholiques cohabitent depuis 1984 sur la validité de la consécration de la Russie :

PositionTenantsArgument
Validité plénièreMagistère officiel, Cardinal Bertone, Cardinal Ratzinger, Jean-Paul II, Sœur Lucie elle-mêmeConsécration valide depuis 1984, confirmée par la voyante elle-même, accomplie en union spirituelle avec l'épiscopat préalablement convoqué[94]
Validité contestéeMouvement Fatima Center (Père Nicholas Gruner, †2015), CRC (Frère Bruno de Jésus-Marie), certains traditionalistesRussie non nommée explicitement, consécration jugée incomplète, demande d'une nouvelle consécration plus explicite
Renouvellement complémentairePape François (25 mars 2022 — consécration de la Russie et de l'Ukraine)Consécration de 1984 réelle, mais légitimité de la réitérer en situation de crise nouvelle

La position officielle de l'Église depuis le document de 2000 est la première : la consécration a été accomplie — Sœur Lucie elle-même l'a confirmé — et l'Église y reconnaît un facteur spirituel de la chute du communisme[95]. Les réitérations ultérieures (notamment celle du 25 mars 2022 par le pape François, consacrant la Russie et l'Ukraine au moment de l'invasion russe de février 2022) ne nient pas la validité de 1984 : elles l'actualisent en réponse aux nouvelles épreuves.

Le témoignage final de Sœur Lucie (Coïmbra, 17 novembre 2001)

Le 17 novembre 2001, au Carmel de Sainte-Thérèse de Coïmbra, le cardinal Tarcisio Bertone — alors secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi — rencontre Sœur Lucie pour ce qui sera l'avant-dernier de leurs entretiens (elle mourra le 13 février 2005 à 97 ans). Lors de cet entretien rapporté dans son livre L'Ultima Veggente di Fatima (Rai-Eri, 2007), Bertone interroge la voyante sur la validité de la consécration de 1984 :

« Le cardinal Bertone : "Soeur Lucie, considérez-vous que la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie accomplie par le pape Jean-Paul II le 25 mars 1984 réponde à la demande faite par Notre-Dame à Tuy le 13 juin 1929 ?"

Sœur Lucie : "Oui, elle correspond à ce qui a été demandé. Le 25 mars 1984, la consécration a été faite. […] Notre-Dame avait demandé que le Saint-Père et tous les évêques du monde, en union, consacrent la Russie. Cela a été fait." » — Sœur Lucie dos Santos, entretien avec le cardinal Bertone, Carmel de Coïmbra, 17 novembre 2001[96]

Sœur Lucie ajoute alors, selon le récit de Bertone, une formule qu'aucun catholique ne devrait oublier dans le débat sur Fatima :

« Pourquoi vous obstinez-vous à dire que la consécration n'a pas été faite, comme Notre-Dame l'a demandée ? Elle a été faite, et acceptée par Dieu. » — Sœur Lucie dos Santos, entretien avec le cardinal Bertone, 17 novembre 2001[97]

Cette parole de la voyante elle-même clôt, du point de vue catholique magistériel, le débat. Elle n'empêche pas les réitérations légitimes (1985 par Jean-Paul II encore, 2013 par François à Fatima par procuration, 2022 par François en personne place Saint-Pierre), mais elle interdit de nier la validité de l'acte de 1984 au prétexte que la Russie n'aurait pas été nommée explicitement.

Trente-cinq ans après : héritage et nouveaux défis

Une victoire fragile : le retour de l'autoritarisme russe

La chute du communisme n'a pas signifié l'avènement automatique d'un monde meilleur. Les vingt-cinq premières années de l'ère post-soviétique ont vu, dans l'espace de l'ancien bloc, des trajectoires divergentes : intégration européenne et atlantique réussie pour la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie, les Pays baltes, la Slovaquie, la Slovénie, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie ; stagnation autoritaire pour la Biélorussie de Loukachenko (au pouvoir depuis 1994) ; retour de l'autocratie russe sous Vladimir Poutine (Premier ministre puis président depuis 1999) ; conflits gelés ou ouverts dans le Caucase (Tchétchénie 1994-2009, Géorgie 2008, Haut-Karabakh 2020), en Moldavie (Transnistrie depuis 1992), et désormais en Ukraine depuis l'annexion russe de la Crimée le 18 mars 2014 et l'invasion de février 2022.

L'invasion russe de l'Ukraine du 24 février 2022 marque, pour beaucoup d'observateurs, la fin du « moment 1989 » : pour la première fois depuis la chute du Mur, une guerre conventionnelle interétatique se déroule en plein cœur de l'Europe, avec un État nucléaire agressant un voisin souverain au nom d'une mystique impériale néo-soviétique. Les béatifications récentes des victimes du communisme — 38 martyrs d'Albanie (5 novembre 2016), 7 évêques gréco-catholiques roumains (Blaj, 2 juin 2019), Stefan Wyszyński (12 septembre 2021), Józef Mindszenty (vénérable depuis le décret du 12 février 2019[98], cause de béatification en cours) — montrent que l'Église catholique conserve vivante la mémoire de la persécution communiste alors même que l'historiographie laïque tend à la minimiser. Le pape François a réintroduit explicitement le vocabulaire de la « colonisation idéologique » pour caractériser à la fois les régimes communistes d'hier et certaines pressions idéologiques contemporaines.

Les « colonisations idéologiques » contemporaines

Dans son homélie de béatification des sept évêques martyrs roumains à Blaj le 2 juin 2019, François a rappelé ce que le poids d'une idéologie d'État fait peser sur la vie des peuples :

« Ces terres connaissent bien la souffrance des gens lorsque le poids de l'idéologie ou d'un régime est plus fort que la vie et supplante même la vie et la foi des personnes comme norme […] » — Pape François, homélie de Blaj, 2 juin 2019[99]

L'enseignement est explicite : la mémoire de la chute du communisme n'est pas une mémoire close. Elle nourrit, depuis Vatican II et tout particulièrement depuis Jean-Paul II, une vigilance critique permanente contre toute idolâtrie politique — qu'elle soit marxiste, libérale, nationaliste, scientiste ou hédoniste.

La leçon catholique des catacombes

L'école d'Église héritée de la résistance communiste — discipline du secret, fidélité dans l'invisible, transmission familiale de la foi, primauté du témoignage sur la rhétorique — est devenue, paradoxalement, une ressource pastorale pour les Églises occidentales qui font aujourd'hui face à une sécularisation rapide. Plusieurs théologiens — Joseph Ratzinger, Michel Schooyans, Rémi Brague, Tomáš Halík — ont défendu, depuis les années 1990, l'idée qu'il faut apprendre à vivre désormais comme une minorité créatrice, sur le modèle non pas des grandes chrétientés majoritaires mais bien des Églises clandestines de l'Europe communiste[100].

C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'exhortation de Benoît XVI lors de la messe célébrée au parc Błonia de Cracovie, le dimanche 28 mai 2006, devant quelque 900 000 fidèles selon NPR (plus d'un million selon le National Catholic Reporter)[101], et qui prolonge l'enseignement de Centesimus Annus :

« Je vous prie de témoigner avec courage de l'Evangile face au monde d'aujourd'hui, en apportant l'espérance aux pauvres, aux personnes qui souffrent, aux laissés-pour-compte, à ceux qui ont perdu l'espoir, à ceux qui ont soif de liberté, de vérité et de paix. » — Benoît XVI, homélie de la messe au parc Błonia, Cracovie, 28 mai 2006 (texte officiel français)[102]

La chute du communisme n'est pas seulement un événement historique de la fin du XXᵉ siècle. C'est, pour l'Église, une leçon active : une démonstration, à l'échelle d'une génération entière et de quatre cents millions de personnes, que la liberté est plus forte que la peur, la vérité plus forte que le mensonge, et la prière plus forte que les chars. C'est, dit autrement, une démonstration du Magnificat — « Il a jeté les puissants à bas de leur trône, il a élevé les humbles » (Luc 1, 52) — déployée à l'échelle continentale.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Jerzy Holzer, Solidarność 1980-1981 — Geneza i historia, Wydawnictwo Wolność, Varsovie, 1990, ISBN 83-85100-04-7, p. 47 (chiffre de 9,4 millions de membres en septembre 1981, retenu ici comme source savante). Voir aussi Timothy Garton Ash, The Polish Revolution : Solidarity, Granta Books, Londres, 3rd ed., 1991, ISBN 978-0-300-09568-9. Variantes courantes : 9,5 millions avant le congrès de septembre 1981 et 10 millions (pic arrondi, chiffre de la littérature journalistique repris par la Wikipédia anglophone) — arrondis du même pic, non des décomptes concurrents.

    1 39
  2. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Le Message de Fatima, Cité du Vatican, 26 juin 2000. Document officiel intégral disponible sur vatican.va. Voir aussi Cardinal Joseph Ratzinger, commentaire théologique annexé au document.

    2 57 58 63 94
  3. Recensement général soviétique des 12-19 janvier 1989 : 286 730 819 habitants. Populations des six satellites vers 1989 : Pologne ≈ 38,0 millions ; Roumanie ≈ 23,2 millions ; RDA ≈ 16,6 millions ; Tchécoslovaquie ≈ 15,6 millions ; Hongrie ≈ 10,6 millions ; Bulgarie ≈ 9,0 millions — soit, avec l'URSS, un total voisin de 400 millions. Voir Banque mondiale, World Development Report 1991, Oxford University Press, 1991, tableaux démographiques par pays ; et CIA, Handbook of International Economic Statistics 1989, Washington, 1989.

    3 5
  4. Institutul Revoluției Române din Decembrie 1989, Cartea morților Revoluției, Bucarest, 2009, mise à jour 2019 (liste nominative : 1 165 morts). Le Parquet militaire retenait en 1992 le chiffre de 1 104 morts et 3 321 blessés, d'après le décompte du ministère de la Santé de 1990 ; voir Peter Siani-Davies, The Romanian Revolution of December 1989, Cornell University Press, Ithaca, 2005, ISBN 978-0-8014-4245-6, pp. 97-98.

    4 79
  5. Saint Jean-Paul II, homélie d'inauguration de pontificat, place Saint-Pierre, 22 octobre 1978. Texte officiel français sur vatican.va. Voir aussi Andrea Riccardi, Giovanni Paolo II — La biografia, San Paolo, Milan, 2014, ISBN 978-88-215-9213-7, pp. 145-148.

    6 31
  6. Saint Jean-Paul II, encyclique Centesimus Annus, 1ᵉʳ mai 1991, §§ 23-24. Texte officiel français sur vatican.va.

    7 86
  7. Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 23, passage central sur la chute du communisme.

    8 15
  8. Sœur Lucie dos Santos, lettre datée du 8 novembre 1989. Texte intégral en portugais et traduction publiés dans Cardinal Tarcisio Bertone, L'Ultima Veggente di Fatima, Rai-Eri, Rome, 2007, ISBN 978-88-397-1370-8 ; trad. fr. La dernière voyante de Fatima, Bayard, Paris, 2008, ISBN 978-2-227-47776-8, pp. 65-70.

    9 62
  9. Carl Bernstein, « The Holy Alliance », Time Magazine (couverture), 24 février 1992, pp. 28-35. Voir aussi Carl Bernstein et Marco Politi, His Holiness — John Paul II and the Hidden History of Our Time, Doubleday, New York, 1996, ISBN 978-0-385-40542-2.

    10 64 66
  10. Pie XI, encyclique Divini Redemptoris, 19 mars 1937, § 58 (« Le communisme est intrinsèquement pervers »). Texte officiel français sur vatican.va. Pour la condamnation magistérielle d'ensemble du communisme, voir l'article L'Église face aux totalitarismes.

    11
  11. Central Intelligence Agency, The Soviet Economy in 1989 — A Reformer Faces Mounting Difficulties, rapport annuel, mars 1989, déclassifié en 1995. Voir aussi Bruce D. Berkowitz et Jeffrey T. Richelson, « The CIA Vindicated: The Soviet Collapse Was Predicted », The National Interest n° 41, automne 1995, pp. 36-47, qui montrent que plusieurs rapports CIA antérieurs avaient anticipé la fragilité du système — mais aucun la rapidité de l'automne 1989.

    12
  12. Sur les « lundis de Leipzig » et la stratégie de la non-violence, voir Karsten Timmer, Vom Aufbruch zum Umbruch : Die Bürgerbewegung in der DDR 1989, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 2000, ISBN 3-525-35925-X, chap. 4 « Die Friedensgebete und die Demonstrationen ».

    13 72
  13. Ibid., § 23.

    14
  14. George Weigel, The Final Revolution : The Resistance Church and the Collapse of Communism, Oxford University Press, New York, 1992, ISBN 978-0-19-506263-3, en particulier le chapitre 1 « What is a Revolution ? ». Repris dans George Weigel, Witness to Hope : The Biography of Pope John Paul II, HarperCollins, New York, 1999, ISBN 978-0-06-018793-4, pp. 583-602.

    16
  15. Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 25 : « Certes, la lutte qui a conduit aux changements de 1989 a exigé de la lucidité, de la modération, des souffrances et des sacrifices ; en un sens, elle est née de la prière et elle aurait été impensable sans une confiance illimitée en Dieu, Seigneur de l'histoire, qui tient en main le cœur de l'homme. » (Le § 26, lui, traite de la portée universelle des événements de 1989 comme occasions offertes à la liberté humaine, et non de leurs causes.)

    17
  16. Banque mondiale, World Development Report 1991, Oxford University Press, 1991, pp. 204-207. Voir aussi CIA, Handbook of International Economic Statistics 1989, Washington, 1989, tableaux 8-12. Pour une analyse comparée, Stephen Kotkin, Armageddon Averted : The Soviet Collapse 1970-2000, Oxford University Press, 2nd ed., 2008, ISBN 978-0-19-536863-6, chap. 1 « The Awful Stability of Stagnation ».

    18
  17. Stephen Kotkin, Armageddon Averted, op. cit., p. 19, citant les rapports internes du Gosplan soviétique.

    19
  18. Ibid., chap. 2 « The Crisis That Was Always There ».

    20
  19. Banque mondiale, World Development Report 1991 — The Challenge of Development, Oxford University Press, 1991, ISBN 978-0-19-520868-0, en particulier tableaux 1, 4 et 28.

    21
  20. Václav Havel, « Moc bezmocných » (« Le Pouvoir des sans-pouvoir »), octobre 1978, samizdat tchécoslovaque. Traduction française : Essais politiques, Calmann-Lévy, Paris, 1989, ISBN 978-2-7021-1815-1, pp. 65-150. Le passage cité sur l'épicier est aux pp. 78-79.

    22
  21. Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 24.

    23
  22. Ronald Reagan, discours à la National Association of Evangelicals, Orlando (Floride), 8 mars 1983. Texte intégral : The American Presidency Project, cote 1983-03-08 (presidency.ucsb.edu) ; archives vidéo à la Ronald Reagan Presidential Library (cote WHTV 700-701, 8 mars 1983). La citation française est une traduction de l'original anglais.

    24
  23. Maréchal Sergueï Akhromeïev et Gueorgui Kornienko, Glazami Marshala i Diplomata (« Avec les yeux d'un Maréchal et d'un Diplomate »), Mejdounarodnye Otnocheniya, Moscou, 1992 (en russe). Pour un commentaire occidental, voir John Lewis Gaddis, The Cold War : A New History, Penguin, New York, 2005, ISBN 978-1-59420-062-5, chap. 7.

    25
  24. Tony Judt, Postwar : A History of Europe Since 1945, Penguin, New York, 2005, ISBN 978-1-59420-065-6, chap. 19 « The End of the Old Order ». La citation : « Gorbachev did more than any other single human being to bring communism to an end, and he did so by choosing not to bring out the tanks. »

    26
  25. Sur le conclave d'octobre 1978, voir Andrea Riccardi, Giovanni Paolo II — La biografia, op. cit., pp. 132-145 ; et George Weigel, Witness to Hope, op. cit., chap. 8 « God's Athlete ».

    27 28
  26. Sur le rôle décisif du cardinal König, voir Franz König (entretiens avec Polikar Eberle), Wo der Glaube zu Hause ist, Tyrolia, Innsbruck, 2005, ISBN 978-3-7022-2696-7, chap. 14.

    29
  27. Iouri V. Andropov et Mikhail Souslov, rapport du KGB et du Département idéologique au Politburo du PCUS, fin octobre 1978. Document conservé aux archives présidentielles russes (fond 89). Cité dans Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine, The Sword and the Shield : The Mitrokhin Archive and the Secret History of the KGB, Basic Books, New York, 1999, ISBN 978-0-465-00310-9, chap. 31 « Holy Wars ».

    30
  28. Valéry Giscard d'Estaing, Le Pouvoir et la Vie, vol. 2 L'Affrontement, Compagnie 12, Paris, 1991, ISBN 978-2-87800-128-5, pp. 245-247.

    32
  29. Saint Jean-Paul II, homélie de la messe place de la Victoire à Varsovie, 2 juin 1979 (passage sur le Christ : § 3 ; invocation finale à l'Esprit Saint : finale). Texte officiel français sur vatican.va, recollé mot à mot en séance.

    33
  30. Ibid., finale.

    34
  31. Tadeusz Mazowiecki, entretien dans Tygodnik Powszechny n° 23, 6 juin 1999, à l'occasion du 20ᵉ anniversaire du premier voyage. Repris dans Andrzej Friszke (éd.), Solidarność – wielka rzecz, IPN, Varsovie, 2010.

    35
  32. Andrzej Paczkowski, Pół wieku dziejów Polski 1939-1989, Wydawnictwo Naukowe PWN, Varsovie, 1995, ISBN 978-83-01-11756-0 ; trad. fr. Histoire politique de la Pologne contemporaine, Éditions de l'Aube, La Tour d'Aigues, 2013, ISBN 978-2-8159-0824-3, en particulier chapitres 8-10.

    36
  33. Sur Anna Walentynowicz, voir Slawomir Cenckiewicz, Anna Solidarność : życie i działalność Anny Walentynowicz na tle epoki (1929-2010), Zysk i S-ka, Poznań, 2010, ISBN 978-83-7506-498-9. Walentynowicz a péri dans la catastrophe aérienne de Smolensk le 10 avril 2010, qui a aussi tué le président polonais Lech Kaczyński.

    37
  34. Texte intégral des 21 revendications du Comité de grève inter-usines (MKS), Gdańsk, 17 août 1980, présentés au gouvernement Babiuch. Voir Komitet Strajkowy (éd.), Sierpień 1980 — Robotnicze protesty, Solidarność, Gdańsk, 1990. Document classé au patrimoine documentaire UNESCO « Mémoire du Monde » en 2003.

    38
  35. Andrzej Paczkowski, Wojna polsko-jaruzelska : stan wojenny w Polsce 13 XII 1981 - 22 VII 1983, Prószyński, Varsovie, 2006, ISBN 978-83-7469-274-1 ; trad. fr. Le coup d'État de Jaruzelski, Éditions du Cerf, Paris, 2009. Sur la pression soviétique en arrière-plan, voir Mark Kramer, Soviet Deliberations during the Polish Crisis, 1980-1981, Cold War International History Project, Washington, 2009.

    40
  36. Saint Jean-Paul II, télégramme à Wojciech Jaruzelski, 13 décembre 1981. Texte reproduit dans L'Osservatore Romano, édition italienne du 14-15 décembre 1981, p. 1. Voir aussi Mgr Andrea Riccardi, Giovanni Paolo II — La biografia, op. cit., pp. 274-281.

    41
  37. Sur les funérailles du Bx Jerzy Popiełuszko, voir Grzegorz Polak, Ks. Jerzy Popiełuszko — życie, śmierć, kult, Społeczny Instytut Wydawniczy Znak, Cracovie, 2009, ISBN 978-83-240-1099-7. Béatification le 6 juin 2010 à Varsovie (messe célébrée par le délégué pontifical Mgr Angelo Amato ; voir Institut de la Mémoire nationale polonaise (IPN), communiqué du 10ᵉ anniversaire de la béatification).

    42
  38. Bienheureux Jerzy Popiełuszko, dernière homélie à l'église de l'Assomption de Bydgoszcz, 19 octobre 1984. Texte intégral dans Bohdan Cywiński (éd.), Słowo to nie wiatr : Ks. Jerzy Popiełuszko, ostatnie kazania, Editions Cana, Varsovie, 1985.

    43
  39. Saint Jean-Paul II, allocution aux jeunes à Westerplatte, Gdańsk, 12 juin 1987. Voir JP2online — Le troisième pèlerinage en Pologne de Jean-Paul II (1987) ; la formule du « Westerplatte » personnel est reprise dans toutes les biographies (voir George Weigel, Witness to Hope, op. cit., chap. sur le troisième pèlerinage polonais de 1987).

    44
  40. Edward Pentin, « St. Peter's Square, May 13, 1981 », National Catholic Register : Sara Bartoli, alors âgée d'un an et demi, que le pape venait de prendre dans ses bras ; selon les déclarations d'Ali Ağca aux enquêteurs, ce geste l'aurait fait manquer sa visée — il ouvrit le feu juste après que l'enfant eut été rendue à sa mère.

    45
  41. Sur l'arme (pistolet semi-automatique Browning 9 mm Parabellum) et le dossier judiciaire italien, voir Luigi Accattoli, Karol Wojtyła — l'uomo di fine millennio, Leonardo, Milan, 1998, ISBN 978-88-355-1099-5, pp. 121-135. Voir aussi le dossier judiciaire italien, Cour d'assises de Rome, jugement du 22 juillet 1981.

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  42. Quatre coups de feu tirés à 17h17. Reconstitution trajectorielle la plus détaillée : une première balle chemisée touche l'index de la main gauche du pape puis est déviée dans l'abdomen (intestin grêle et côlon sigmoïde perforés) ; une seconde effleure son coude droit et blesse deux autres personnes, l'Américaine Ann Odre et Rose Hall. Voir Tentative d'assassinat de Jean-Paul II, Wikipédia francophone (même récit) ; la version anglophone retient : quatre coups de feu, deux balles sur le pape (torse et index gauche), deux passantes blessées (Ann Odre de Buffalo, poitrine, et Rose Hall du Massachusetts, bras) ; et Edward Pentin, « St. Peter's Square, May 13, 1981 », National Catholic Register (ncregister.com). Orthographe tranchée en faveur de « Rose Hall » (Wikipédia anglophone et italophone concordantes, cette dernière donnant les deux passantes pour américaines) contre la variante isolée « Rose Hill » (donnée pour Jamaïcaine par la version francophone).

    47 48
  43. Francesco Crucitti, témoignage publié dans Stefano Andrini, Il Papa salvato. Il chirurgo che operò Giovanni Paolo II racconta, Marsilio, Venise, 2006, ISBN 978-88-317-9036-1.

    49
  44. Saint Jean-Paul II, homélie à Fatima, 13 mai 1982. Texte officiel français sur vatican.va.

    51
  45. Parole très largement rapportée et attribuée à saint Jean-Paul II à propos de l'attentat du 13 mai 1981, exprimant sa conviction d'avoir été protégé par Notre-Dame de Fatima. Elle est citée ici comme parole traditionnellement attribuée et non comme citation tirée du texte publié de l'homélie du 13 mai 1982 (voir vatican.va, où cette formule ne figure pas). Même présentation que dans l'article voisin Notre-Dame de Fatima.

    52
  46. Sur le sertissage de la balle dans la couronne de la statue de Notre-Dame de Fatima, voir Mgr Cosme do Amaral, évêque de Leiria-Fatima au moment du dépôt, témoignage repris dans George Weigel, Witness to Hope, op. cit., pp. 433-435.

    53
  47. Commissione parlamentare italiana d'inchiesta sul dossier Mitrokhin, Relazione finale, 9 mars 2006, Sénat italien, XIVᵉ législature (document parlementaire officiel). Pour une analyse critique de la commission, voir Andrew et Mitrokhin, The Sword and the Shield, op. cit., chap. 31.

    54
  48. Sur les déclarations contradictoires d'Ali Ağca depuis sa libération en 2010, voir John O. Koehler, Spies in the Vatican : The Soviet Union's Cold War against the Catholic Church, Pegasus Books, New York, 2009, ISBN 978-1-60598-068-2, chap. 9-11. Voir aussi Imre Pozsgay, ancien Premier ministre hongrois, interview ANSA, 17 mai 2011, sur la dimension est-allemande de l'attentat.

    55
  49. Saint Jean-Paul II, Mémoire et Identité, Flammarion, Paris, 2005, ISBN 978-2-08-068944-7 (titre exact de l'ouvrage ; il n'existe pas de « Mémoires » de Jean-Paul II sous ce titre).

    56
  50. Saint Jean-Paul II, acte de consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, place Saint-Pierre, 25 mars 1984, après convocation officielle de tout l'épiscopat par lettre du 8 décembre 1983. Le Saint-Siège ne publie pas cet acte en ligne sur vatican.va ; la consécration de 1984 et sa portée sont exposées dans Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Le Message de Fatima, 26 juin 2000, document officiel intégral sur vatican.va. Le texte français de la prière est reproduit dans Cardinal Tarcisio Bertone, La dernière voyante de Fatima, Bayard, Paris, 2008, op. cit.

    59
  51. Cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), entretien à 30 Days, n° 10, octobre 1989, p. 5.

    60
  52. Décret de la Congrégation pour les Causes des Saints reconnaissant les vertus héroïques de Sœur Lucie dos Santos (1907-2005), promulgué avec l'approbation du pape François le 22 juin 2023 : la voyante de Fatima est depuis lors vénérable. Voir Catholic News Agency, « Pope Francis advances the sainthood cause of Fatima's Sister Lucia », 22 juin 2023 (ncregister.com).

    61
  53. Herbert E. Meyer, témoignage repris dans His Holiness, op. cit., pp. 269-271. Meyer fut vice-président du National Intelligence Council (NIC) de 1982 à 1987.

    65
  54. Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine, The Sword and the Shield : The Mitrokhin Archive and the Secret History of the KGB, Basic Books, New York, 1999, ISBN 978-0-465-00310-9, chap. 31 « Holy Wars ».

    67
  55. George Weigel, The Final Revolution, op. cit., chap. 9 « Solidarity ». Voir aussi George Weigel, Witness to Hope, op. cit., p. 605 : « Without the convergence, the fall would still have happened — but later, and with much greater violence. »

    68
  56. Andrea Riccardi, Giovanni Paolo II — La biografia, op. cit., chap. 14 « La Polonia e il mondo ».

    69
  57. Sur le pique-nique paneuropéen du 19 août 1989, voir Andreas Oplatka, Der erste Riss in der Mauer : September 1989 — Ungarn öffnet die Grenze, Zsolnay, Vienne, 2009, ISBN 978-3-552-05461-1. Voir aussi Otto de Habsbourg, Memoiren : auf Streifzügen durch die Welt, Amalthea Verlag, Vienne, 2008.

    70
  58. Sur l'ampleur de l'exode de l'automne 1989 (ouverture hongroise du 11 septembre, trains de Prague, fuite par la Tchécoslovaquie), voir Hans-Hermann Hertle, Der Fall der Mauer : die unbeabsichtigte Selbstauflösung des SED-Staates, Westdeutscher Verlag, Opladen, 1996, ISBN 978-3-531-12992-9 ; et Andreas Oplatka, op. cit. Le chiffre précis des passages par la seule Hongrie varie selon les décomptes : il est donné ici comme ordre de grandeur, non comme total arrêté.

    71
  59. Günter Schabowski, conférence de presse du 9 novembre 1989, retransmise en direct par la télévision de la RDA depuis le centre de presse international, rue Mohrenstraße à Berlin-Est. Enregistrement intégral conservé au Deutsches Rundfunkarchiv (DRA), Potsdam. Voir aussi Hans-Hermann Hertle, Der Fall der Mauer : die unbeabsichtigte Selbstauflösung des SED-Staates, Westdeutscher Verlag, Opladen, 1996, ISBN 978-3-531-12992-9.

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  60. Bilan de la répression du 17 novembre 1989 à Národní třída : « An independent commission counted 568 people (434 men and 134 women) injured in direct connection with the demonstration on Narodni Street. » Voir l'exposition « Student Revolts », Google Arts & Culture (artsandculture.google.com). Même chiffre repris par la version tchèque de Wikipédia (« Nezávislá lékařská komise později uvedla, že 568 lidí bylo během zásahu zraněno »).

    75
  61. Cardinal František Tomášek, déclaration du 24 novembre 1989. Texte reproduit dans Pavel Žáček (éd.), Sametová revoluce — dokumenty, Ústav pro studium totalitních režimů, Prague, 2014, ISBN 978-80-87211-93-0, t. II, pp. 167-170.

    76
  62. Institutul Revoluției Române din Decembrie 1989, Cartea morților Revoluției, Bucarest, 2009, mise à jour 2019. Voir aussi Peter Siani-Davies, The Romanian Revolution of December 1989, Cornell University Press, Ithaca, 2005, ISBN 978-0-8014-4245-6.

    77
  63. Peter Siani-Davies, The Romanian Revolution of December 1989, op. cit., chap. 7 « The Trial of the Ceauşescus ». Voir aussi le documentaire de Cornel Mihalache, Sărbătoare tristă — procesul Ceaușeștilor, TVR, 1990 (reconstitution chronologique heure par heure).

    78
  64. Parlement européen, résolution du 19 décembre 2019 sur la commémoration du trentième anniversaire de la révolution roumaine de décembre 1989 (2019/2989(RSP)), considérant A : 1 142 morts et 3 138 blessés graves. Texte officiel sur eur-lex.europa.eu.

    80
  65. Saint Jean-Paul II, homélie de béatification (dont Mgr Eugène Bossilkov), Rome, 15 mars 1998 ; texte officiel anglais (PDF) sur vatican.va.

    81
  66. Accord de Belovej, signé à Viskuli (forêt de Belovej, Biélorussie) le 8 décembre 1991 par Boris Eltsine, Stanislav Chouchkievitch et Léonide Kravtchouk. Texte russe original sur presidentlibrary.ru. Voir aussi Serhii Plokhy, The Last Empire : The Final Days of the Soviet Union, Basic Books, New York, 2014, ISBN 978-0-465-05696-8.

    82
  67. Ibid., article 1.

    83
  68. Mikhaïl Gorbatchev, allocution télévisée de démission, 25 décembre 1991 à 19h00 (heure de Moscou). Texte intégral russe et traduction française dans Mikhaïl Gorbatchev, Mémoires, Le Rocher, Paris, 1997, ISBN 978-2-268-02663-9, pp. 1043-1049.

    84
  69. Sur la structure et l'apport doctrinal de Centesimus Annus, voir Michel Schooyans, La face cachée de l'ONU, Le Sarment-Fayard, Paris, 2000, ISBN 978-2-86679-274-7. Voir aussi George Weigel, Witness to Hope, op. cit., pp. 612-619.

    85
  70. Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 23.

    87
  71. Ibid., § 23 (passage central du paragraphe).

    88
  72. Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 24.

    89
  73. Pew Research Center, Religious Belief and National Belonging in Central and Eastern Europe, Washington, 10 mai 2017. Rapport intégral disponible sur pewresearch.org.

    90
  74. Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, § 42.

    91
  75. Sœur Lucie dos Santos, Memorias I a IV, Carmel de Coïmbra, 1935-1941. Texte officiel français : Mémoires de Sœur Lucie, Sanctuaire de Fatima, 1976. Pour le secret du 13 juillet 1917, voir aussi la Quatrième Mémoire écrite en 1941.

    92
  76. Cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), commentaire théologique annexé au document Le Message de Fatima, CDF, 26 juin 2000.

    93
  77. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Le Message de Fatima, op. cit., partie « La consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie ».

    95
  78. Cardinal Tarcisio Bertone, L'Ultima Veggente di Fatima, op. cit., chap. 4 « La consacrazione del mondo al Cuore Immacolato di Maria », pp. 71-89.

    96
  79. Ibid., p. 84.

    97
  80. Décret de la Congrégation pour les Causes des Saints reconnaissant les vertus héroïques du cardinal József Mindszenty (1892-1975), promulgué avec l'approbation du pape François le 12 février 2019 : le cardinal est depuis lors vénérable ; un miracle reste requis pour sa béatification.

    98
  81. Pape François, homélie pour la béatification des sept évêques martyrs gréco-catholiques roumains, Champ de la Liberté, Blaj, 2 juin 2019. Texte officiel français sur vatican.va (également en PDF).

    99
  82. Tomáš Halík, Le Patience de Dieu — La rencontre de la foi et de l'incroyance, trad. Gerald Turner, Cerf, Paris, 2014, ISBN 978-2-204-10277-8. Voir aussi Joseph Ratzinger, Le sel de la terre, Cerf, Paris, 1997, ISBN 978-2-204-05655-6.

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  83. Messe au parc Błonia, Cracovie, dimanche 28 mai 2006 (programme officiel du voyage apostolique : messe à 9h45). Assistance estimée à environ 900 000 personnes selon NPR (Sylvia Poggioli, reportage du 28 mai 2006) ; à plus d'un million selon le National Catholic Reporter (compte rendu du 28 mai 2006).

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  84. Benoît XVI, homélie de la messe au parc Błonia, Cracovie, 28 mai 2006. Texte officiel français sur vatican.va (la citation du corps reprend ce texte officiel).

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