Ne procrastine pas, c'est la chose la plus importante de ta vie !

Pourquoi remettre à demain la seule affaire dont dépend l'éternité ? Saint Alphonse de Liguori, saint Augustin et la tradition catholique invitent à la résolution ferme, prise aujourd'hui, de ne plus vivre que pour Dieu.

Ignispedia

Le chrétien moderne dispose de toutes les vérités nécessaires à son salut, mais il les ajourne. La procrastination spirituelle est ce report indéfini, presque imperceptible, d'une décision qui engage l'éternité : « demain je prierai, demain je me convertirai, demain je vivrai pour Dieu ». La tradition catholique, de saint Augustin à saint Alphonse Marie de Liguori, y a vu la folie la plus universelle des baptisés tièdes — non parce que la vérité leur manque, mais parce qu'ils refusent d'en tirer maintenant les conséquences.

Saint Alphonse Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, fondateur des Rédemptoristes, a consacré à ce diagnostic l'une des œuvres les plus diffusées du catholicisme moderne : la Préparation à la mort. Considérations sur les vérités éternelles, publiée à Naples en 1758[1]. Ses considérations XI, XII et XX (numérotation de l'édition critique italienne) — sur l'importance du salut, la folie du pécheur et le prix du temps — posent le diagnostic et l'antidote. Le raisonnement est d'une rigueur simple : si l'éternité existe, si elle dépend de la vie présente, et si la vie présente est brève, alors toute heure soustraite à l'amour de Dieu est une heure folle.

Cet article rassemble les arguments classiques de la tradition catholique contre la procrastination spirituelle : l'affaire la plus importante, l'unique nécessaire, la folie de croire à l'éternité sans la prendre au sérieux, et la valeur infinie du temps. Il s'achève sur l'exercice spirituel concret de la résolution ferme : écrire, aujourd'hui, sa décision de ne plus vivre que pour Dieu.

Vivre pour le Ciel : l'affaire la plus importante de la vie

Le déséquilibre des soins : tout pour le passager, rien pour l'éternel

Infographie originale Ignispedia créée par IA — le déséquilibre entre les soins donnés aux biens passagers et ceux donnés au salut.

Saint Alphonse, qui avait passé sa vie pastorale à confesser les pauvres de Naples, de Capoue et des Pouilles, connaissait l'humanité de l'intérieur. Sa conclusion, formulée dans la considération XII (I) de la Préparation à la mort, est implacable : pour obtenir un emploi, gagner un procès ou conclure un mariage, on ne ménage ni diligence ni temps — on prend conseil de toutes parts, on s'y donne tout entier, au point d'en oublier parfois le manger et le dormir ; mais pour assurer son salut éternel, que fait-on ? Rien — et même tout pour le perdre[2].

Le déséquilibre est saisissant. Les biens passagers — voiture, téléphone, travail, maison, réputation — mobilisent toute l'énergie ; le bien éternel reçoit les restes. Saint Alphonse en a fait le diagnostic en une phrase restée célèbre, rendue ici en français par le rédacteur d'après l'italien : chacun aurait honte d'être tenu pour négligent dans les affaires du monde, mais beaucoup n'ont pas honte de négliger l'affaire de l'éternité, qui importe plus que tout[3].

Pour faire sentir ce contraste, le rédacteur modernise ainsi l'image d'Alphonse — qui parlait, dans cette même considération, notamment d'un procès, d'une récolte, d'un cheval et d'un chien : quand un téléphone se casse, on souffre, on cherche à le réparer ; quand un chien s'égare, on remue ciel et terre. Quand l'âme perd la grâce — c'est-à-dire la communion vivante avec Dieu, que le Catéchisme définit comme « la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne »[4] —, on continue à dormir, à s'amuser, à rire[5]. L'inversion est totale.

Saint Augustin : « L'ennemi veille, et vous, vous dormez »

Saint Augustin, évêque d'Hippone et docteur de l'Église. Tableau de Philippe de Champaigne, source : Wikimedia Commons, domaine public.

Saint Alphonse n'invente rien. Il s'appuie sur une sentence augustinienne des Enarrationes in Psalmos, le grand commentaire des psaumes prêché par l'évêque d'Hippone, qu'il reprend puis développe à sa manière :

« L'ennemi veille, et vous, vous dormez. » — Saint Augustin, Enarratio in Psalmum 65, n. 24[6]

Saint Alphonse amplifie ainsi la sentence dans son italien : le démon, pour nous perdre, se donne tant de peine et ne s'accorde aucun repos, tandis que nous restons négligents alors qu'il s'agit de notre bonheur ou de notre malheur éternel. Ce développement est celui d'Alphonse, non un texte d'Augustin.

L'image est exacte : pendant que l'âme tiède attend le moment favorable, le tentateur, lui, n'attend jamais. Il utilise chaque jour, chaque distraction, chaque report. L'avertissement de l'Apocalypse rejoint le diagnostic augustinien : « Malheur à la terre et à la mer ! Le diable est descendu vers vous, plein d'une grande colère, sachant qu'il n'a que peu de temps. »[7]

Saint Pierre, dans sa première épître, l'avait dit avec une métaphore animale qui a traversé toute la tradition spirituelle : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. »[8]

« L'âme est plus précieuse que l'univers entier » — saint Jean Chrysostome

Pourquoi cette affaire est-elle la plus importante ? Parce que ce qui est en jeu n'est pas un bien parmi d'autres : c'est l'âme, c'est-à-dire l'homme lui-même considéré dans sa dimension éternelle. Saint Jean Chrysostome, commentant la Première aux Corinthiens, a posé le principe de l'incommensurabilité de l'âme avec le monde, dans une formule que saint Alphonse a reprise textuellement :

« Nous devons estimer notre âme plus que tous les biens de ce monde, car, dit saint Jean Chrysostome, elle est plus précieuse que l'univers tout entier. » — Saint Alphonse de Liguori rapportant saint Jean Chrysostome, Homélie 3 sur la Première aux Corinthiens, n. 5[9]

Le Christ avait posé l'axiome dans une phrase dont la simplicité interdit toute échappatoire : « Quel avantage l'homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il vient à perdre sa vie ? »[10]. C'est cette phrase, répétée sans relâche, que saint Ignace de Loyola fit entendre à saint François Xavier — alors jeune homme appliqué aux pensées du monde, à Paris — jusqu'à obtenir sa conversion[11].

Infographie originale Ignispedia créée par IA — la balance entre le bien fini et l'âme appelée à la gloire.

Le raisonnement est philosophique avant d'être théologique : un bien éternel surpasse infiniment, par définition, tout bien passager. Le calcul est donc absurde quand on échange l'éternel contre le temporaire. On retrouve une structure voisine, un siècle plus tard, dans le célèbre fragment dit « du pari » de Blaise Pascal[12] — simple rapprochement proposé ici par le rédacteur, sans filiation historique établie.

« Insensé celui qui ne s'applique pas à sauver son âme » — saint Philippe Néri

Saint Philippe Néri (1515-1595), apôtre de Rome et fondateur de l'Oratoire. Portrait par Guido Reni, source : Wikimedia Commons, domaine public.

L'apôtre de Rome, fondateur de l'Oratoire, prêchait sans détour. Saint Alphonse rapporte qu'il avait raison d'appeler insensé celui qui ne s'applique pas à sauver son âme — sentence transmise dans la tradition oratorienne, dont la collation directe avec les biographes anciens (Bacci, Crispino) reste ouverte[13].

Saint Alphonse en tire un raisonnement par l'absurde caractéristique de la prédication baroque : qu'on imagine deux sortes d'hommes, les uns mortels, les autres immortels. Les mortels reprocheraient aux immortels, tout appliqués aux biens du monde, leur folie évidente — insensés qui peuvent acquérir des biens éternels et s'attachent à des choses misérables et passagères, jusqu'à se condamner eux-mêmes à des peines éternelles[14].

Or tous les hommes sont immortels par l'âme (CEC §366)[15]. Et pourtant, combien vivent au quotidien comme si tout s'achevait au tombeau. C'est, littéralement, un comportement contraire à l'évidence — donc, dans le vocabulaire spirituel classique, une folie.

Salvien de Marseille : « Pourquoi l'éternité ne le fait-elle pas trembler ? »

L'écrivain ecclésiastique du Vᵉ siècle Salvien de Marseille a posé la question que toute l'histoire de la prédication chrétienne n'a cessé de relancer. Saint Alphonse la transmet ainsi, d'après le traité Ad ecclesiam (ou Adversus avaritiam) : comment se fait-il que des chrétiens croient au jugement, à l'enfer et à l'éternité, et vivent pourtant sans les craindre[16] ?

La question est philosophique avant d'être moraliste. Ou bien le chrétien ne croit pas vraiment à l'éternité — et c'est alors sa foi elle-même qu'il faut réveiller —, ou bien il y croit, et son comportement devrait être radicalement changé. La torpeur spirituelle est donc le signe d'un acte de foi non assumé dans la vie quotidienne. La tradition y voit le danger d'une foi dite informe, c'est-à-dire non animée par la charité (cf. Ga 5, 6) — sans que toute torpeur équivaille d'emblée à la perte de la charité. Cet appel n'est pas un procès : Dieu aime le premier et veut le bonheur des siens ; c'est cette confiance qui rend la vérité libératrice.

Saint Paul : « Vous avez pour fin la vie éternelle »

Le diagnostic n'est pas une trouvaille des spirituels modernes. Il est inscrit dans l'enseignement apostolique. Saint Paul, dans l'épître aux Romains, écrit :

« Mais maintenant que vous avez été libérés du péché et que vous êtes devenus les esclaves de Dieu, vous récoltez ce qui mène à la sainteté, et cela aboutit à la vie éternelle. » — Saint Paul, Épître aux Romains 6, 22[17]

C'est à cela que toute la vie chrétienne se rapporte. Le Catéchisme l'enseigne : le ciel est « la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l'homme » (CEC §1024)[18]. Le reste — santé, succès, biens matériels, plaisirs — n'a de valeur que dans la mesure où il s'ordonne à cette fin. Hors de cette ordination, ces biens restent des biens à leur niveau, mais cessent de conduire à la fin : pour le cœur qui s'y arrête comme à sa fin, ils deviennent des illusions.

Vivre pour le Ciel : la seule affaire importante

« Une seule chose est nécessaire » (Lc 10, 42)

L'enseignement du Christ à Marthe est, pour toute la tradition spirituelle, la sentence fondatrice. Marthe s'agite, sert, organise, prépare le repas ; sa sœur Marie est assise aux pieds du Seigneur et l'écoute. Marthe se plaint. La réponse de Jésus est devenue le verset-pivot de toute la vie contemplative catholique :

« Marthe, Marthe, tu te soucies et tu t'agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » — Évangile selon saint Luc 10, 41-42[19]

La tradition spirituelle fonde sur cette parole la primauté de la prière sur le faire : la prière, comme acte d'écoute, est cette meilleure part. Le Catéchisme décrit d'ailleurs précisément les mentalités de « ce monde-ci » qui détournent de la prière : « les valeurs de production et de rendement (la prière, improductive, est donc inutile) » (CEC §2727)[20]. La doctrine est claire : il ne s'agit pas de mépriser l'activité de Marthe, mais de l'ordonner à l'écoute de Marie. La procrastination spirituelle, c'est précisément l'inverse — l'agitation de Marthe sans jamais s'asseoir aux pieds du Seigneur.

Saint Augustin : les « bagatelles des grandes personnes »

Dans les premières pages des Confessions, saint Augustin, déjà devenu évêque, regarde avec une lucidité cinglante les jeux d'écolier qu'il aimait tant — et derrière eux, les grandes affaires du monde adulte. Saint Alphonse reprend ainsi cette page, en citant le mot d'ordre augustinien : aux bagatelles des enfants on laisse le nom de bagatelles, mais aux bagatelles des grandes personnes on donne le nom d'affaires — alors que ces affaires-là ne sont en réalité que de plus grandes folies, ajoute Alphonse en les pleurant avec saint Bernard[21].

Le renversement est philosophiquement décisif. La société adulte s'est mise d'accord pour appeler « sérieux » tout ce qui concerne l'argent, la carrière et le prestige social — et « puéril » tout ce qui concerne l'âme et l'éternité. Augustin, qui a goûté les deux, voit l'inversion. Ce qu'on appelle bagatelles est en réalité la seule chose importante ; ce qu'on appelle affaires est en réalité, à la mesure de l'éternité, une distraction.

« Que sert à l'homme... » (Mt 16, 26)

Le Christ a posé la balance qui décide tout : « Quel avantage l'homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il vient à perdre sa vie ? »[22]. Saint Alphonse rappelle qu'aucun bien temporel n'équilibre la perte d'une âme. À titre d'image : un bien fini, si grand soit-il, reste sans commune mesure avec un bien qui dure éternellement. L'analogie a ses limites — l'éternité n'est pas une durée indéfinie — mais elle fait sentir la disproportion entre les deux ordres.

C'est pourquoi saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens, dit aux fidèles déjà engagés dans la vie chrétienne :

« Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s'ils n'en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 7, 29-31[23]

Le verbe paulinien est précis : ce monde tel que nous le voyons passe. Ce qui demeure, c'est la vie cachée en Dieu avec le Christ (Col 3, 3).

Saint Philippe Néri et François Zazzera : « Et ensuite ? »

Infographie originale Ignispedia créée par IA — la méthode de saint Philippe Néri : pousser chaque ambition jusqu'à sa dernière question.

L'anecdote, transmise par Pietro Giacomo Bacci, prêtre de l'Oratoire, dans sa Vita di S. Filippo Neri fiorentino (première édition, Rome, 1622 ; édition de Bologne, 1686), illustre la méthode pédagogique du saint florentin de Rome[24]. Un jeune homme brillant, François Zazzera, appliqué au monde, vient trouver saint Philippe. Selon le récit tel que saint Alphonse le rapporte d'après Bacci, le saint déroule lui-même devant lui toute la carrière mondaine — grand avocat, puis prélat, puis peut-être cardinal, qui sait, peut-être pape — avant de conclure par ces deux mots : « Et ensuite ? » Le jeune homme repart troublé ; méditant ces deux mots, il renonce à ses espérances terrestres et entre dans la congrégation de saint Philippe pour ne plus s'occuper que de Dieu seul[25].

Toute la procrastination spirituelle est dans cet enchaînement : on planifie sa vie comme si elle se terminait à la dernière étape mondaine — avocat, prélat, cardinal, pape. On ne pose jamais la question des deux mots — celle qui ouvre sur l'éternité. Saint Philippe ne moralise pas, ne menace pas, ne convertit pas : il ouvre la question.

Benoît XII : « Je n'ai qu'une âme »

Benoît XII (1334-1342), pape d'Avignon connu pour sa rigueur réformatrice. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Pourquoi cette affaire est-elle non seulement la plus importante mais la seule importante ? Parce que chaque homme n'a qu'une âme. Selon une tradition rapportée par saint Alphonse d'après les Annales Ecclesiastici d'Odorico Raynaldus (année 1337) — historicité non établie —, un prince aurait fait demander à Benoît XII (1334-1342), par un ambassadeur, une grâce que le pape ne pouvait accorder sans péché. La réponse transmise à l'ambassadeur aurait été que, s'il avait deux âmes, il pourrait en perdre une pour ce prince et se réserver l'autre ; mais comme il n'en a qu'une seule, il ne peut ni ne veut la perdre[26].

Infographie originale Ignispedia créée par IA — l'âme unique ne peut être échangée contre aucun bien temporel.

Le pape ne tranche pas un cas politique : il pose la règle métaphysique du salut. Chaque homme n'a qu'une âme. Le calcul est donc immédiat : il est impossible de la partager, impossible de la garder à moitié pour Dieu et à moitié pour les biens du monde. C'est cette unicité qui rend toute procrastination déraisonnable.

Saint François Xavier : « Un seul bien et un seul mal »

Saint François Xavier, apôtre des Indes et du Japon, dont la conversion fut liée à la parole de Matthieu 16, 26. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Le grand missionnaire d'Asie, mort en 1552 sur l'île de Sancian en vue des côtes chinoises qu'il n'a jamais atteintes, avait condensé toute sa doctrine en une formule transmise par son biographe Pedro Garcia et reprise par Daniello Bartoli[27] : il n'y aurait sur la terre qu'un seul bien et un seul mal — le seul bien serait de se sauver, et le seul mal, de se damner[28].

La réduction est volontaire. Toute la morale catholique se rassemble autour de cet axe — non pour mépriser les biens temporels, qui restent bons à leur niveau, mais pour les subordonner à l'unique nécessaire. Le saint missionnaire qui dit cela n'est pas un illuminé fuyant le monde ; c'est l'apôtre de l'Asie, reçu par des daimyos du Japon, qui s'épuise à apprendre des langues nouvelles pour annoncer l'Évangile. Mais il sait pourquoi il fait tout cela : pour le salut des âmes.

Sainte Thérèse d'Avila : « Tu n'as qu'une âme »

La réformatrice du Carmel et docteur de l'Église a légué à ses novices une sentence qui est devenue une règle de discernement dans la tradition carmélitaine. Devant chaque décision, devant chaque tentation de procrastiner, la novice doit se rappeler qu'elle n'a qu'une âme, qu'elle ne mourra qu'une fois, qu'elle n'a qu'une vie brève, une seule, qui lui est particulière ; qu'il n'y a qu'une gloire, et qu'elle est éternelle — et elle laissera alors de côté bien des choses[29].

L'instrument est psychologique autant que théologique. La sainte connaissait la « mémoire courte » du cœur humain — cette incapacité à garder durablement en vue les vérités les plus importantes. La phrase, brève, fonctionne comme un acte de mémoire qui reconvoque immédiatement les fins dernières.

Le roi David priait dans le même esprit, condensant toute sa vie dans une demande unique :

« J'ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : c'est d'habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de jouir des douceurs du Seigneur et d'admirer son temple. » — Psaume 27 (26), 4[30]

La « folie » du report : croire à l'éternité sans en vivre

Sagesse selon le monde, sagesse selon Dieu

Infographie originale Ignispedia créée par IA — croire à l'éternité sans agir pour elle est la folie propre du report spirituel.

L'argument est désormais simple : si vivre pour le Ciel est la chose la plus importante, et même la seule importante, alors ne pas vivre que pour cela est, à la lettre, une folie — le mot est celui des saints, non un diagnostic sur les personnes. Cet état, la théologie morale l'éclaire par l'aveuglement spirituel : la conscience peut porter des jugements erronés par une ignorance souvent imputable à la personne elle-même (cf. CEC §§1790-1791)[31].

Saint Paul avait inversé l'évaluation des sagesses :

« Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 1, 27[32]

La société ordinaire qualifie de « sage » l'homme qui place son argent, garantit sa carrière, prépare sa retraite — et de « fanatique » celui qui s'occupe sérieusement de son âme. Saint Alphonse renverse l'évaluation : celui qui agit en prudent selon la raison prévoit l'avenir, c'est-à-dire ce qui l'attend au terme de sa vie — la mort, le jugement, puis l'enfer ou le paradis[33].

La vraie prudence, dans la définition classique reprise par saint Thomas d'Aquin, est la droite raison appliquée à l'agir[34]. Or l'agir humain a pour fin la béatitude éternelle. La prudence consiste donc à ordonner toute la vie à cette fin. Ne pas le faire, ce n'est pas seulement une faute morale : c'est une erreur de raison.

Saint Jean d'Avila : les deux prisons

Saint Jean d'Avila (1499 ou 1500-1569), docteur de l'Église et maître spirituel du Siècle d'or espagnol. Portrait par Pierre Subleyras, source : Wikimedia Commons, domaine public.

Saint Jean d'Avila (1499 ou 1500-1569), prêtre andalou, apôtre de l'Andalousie et docteur de l'Église (proclamé tel par Benoît XVI en 2012)[35], maître spirituel de sainte Thérèse et de saint François de Borgia — ses écrits parvinrent à saint Jean de la Croix par ses disciples —, aurait voulu, selon le récit rapporté par saint Alphonse, diviser le monde en deux prisons : l'une pour ceux qui ne croient pas, l'autre pour ceux qui croient et vivent dans le péché loin de Dieu — et à ceux-là, disait-il, revient la prison des fous[36].

Le diagnostic est précis. Ne pas croire à l'éternité est une erreur intellectuelle — quelqu'un qui n'a pas la foi peut, philosophiquement, soutenir une telle position et y être de bonne foi. Mais y croire et ne pas en tirer les conséquences est une incohérence morale, c'est-à-dire, dans le sens strict, une folie : l'âme reconnaît la vérité mais agit comme si elle ne la reconnaissait pas. Le Catéchisme décrit ce durcissement comme une conscience rendue « presque aveugle » par l'habitude du péché (CEC §1791)[37].

Saint Augustin : le pilote qui ne sait pas où il va

L'évêque d'Hippone proposait aux fidèles une image rapide qui dévoile toute l'absurdité de la vie sans but éternel : que dirait-on d'un pilote à qui l'on demanderait où il va et qui répondrait qu'il n'en sait rien — sinon qu'il mène son navire au naufrage ? Tel est, conclut le saint, celui qui court hors du vrai chemin[38].

L'image est philosophique : la finalité détermine l'action. Sans connaissance de la fin, l'action devient errance. Or vivre sans s'orienter vers la vie éternelle, c'est exactement piloter sans savoir où l'on va. Le naufrage n'est pas un risque parmi d'autres : il est l'aboutissement logique.

« Devant l'homme est la vie ou la mort » (Sir 15, 17)

Le Siracide, dans un verset que toute la tradition spirituelle a médité, pose le choix sans ambages :

« Devant l'homme sont la vie et la mort ; ce qu'il aura choisi lui sera donné. » — Siracide (Ecclésiastique) 15, 17[39]

La doctrine catholique de la liberté humaine repose sur cette possibilité du choix (CEC §1730-1742). Dieu ne damne personne contre son gré : il propose la vie éternelle, et l'homme l'accepte ou la refuse par toute sa vie. La procrastination spirituelle, c'est précisément la suspension du choix — l'âme remet à plus tard ce qu'il faudrait choisir maintenant, sans s'apercevoir que suspendre le choix, c'est déjà choisir.

Saint Jean Chrysostome : l'école du cimetière

L'archevêque de Constantinople, dans son Homélie 76 sur saint Matthieu (n. 5), conseillait à ses fidèles de visiter régulièrement les tombeaux. Le passage, repris par saint Alphonse dans sa Préparation à la mort — dont la traduction française est citée ici —, garde aujourd'hui sa force pédagogique :

« Allons ensemble aux tombeaux des morts. Venez me montrer votre père ou votre femme. Faites-m'y voir ceux qui étaient ici revêtus de pourpre. Je ne vois maintenant que des os secs et pourris, des vers, un peu de poussière et de pourriture. Toutes ces grandeurs se sont évanouies comme une ombre, comme un songe, comme une fable. » — Saint Jean Chrysostome, Homélie 76 sur saint Matthieu, n. 5, cité par saint Alphonse[40]

L'argument n'est pas macabre : il est pédagogique. Au cimetière, l'âme voit la fin réelle de tout ce que la société tient pour grand. Le rédacteur prolonge ici l'analyse à sa manière : comme si les sociétés modernes éloignaient les cimetières des centres-villes « pour essayer une fois de plus de ne pas avoir la mort devant les yeux » — rapprochement proposé ici, le passage exact n'ayant pas été retrouvé dans la considération XIII invoquée[41]. L'historien Philippe Ariès, dans L'homme devant la mort (1977), va dans le même sens en décrivant l'occultation moderne de la mort (page non relevée)[42].

La conclusion de saint Alphonse (considération XX, III), rendue en français par le rédacteur d'après l'italien, retourne le jugement social : les vrais sages sont ceux qui savent s'acquérir la grâce divine et le paradis[43].

Le temps : un trésor qu'on ne récupère pas

Sénèque et la sagesse païenne du temps

Infographie originale Ignispedia créée par IA — le temps qui s'écoule et le temps favorable où la grâce appelle.

Étonnamment, ce sont les païens qui ont nommé en premier le prix du temps. Sénèque, philosophe stoïcien du Iᵉʳ siècle, écrivait dans ses Lettres à Lucilius (I, 1) — pensée qu'il développe aussi dans le De brevitate vitae (VIII, 1) :

« Tout, Lucilius, nous est étranger ; seul le temps est à nous. » — Sénèque, Lettres à Lucilius, I, 1[44]

La lumière naturelle de la raison suffisait au philosophe romain pour voir que rien n'est plus précieux que la matière même de la vie humaine. Saint Alphonse en tire un argument a fortiori : si les païens, sans la Révélation, savaient cela, combien plus les chrétiens — qui savent que le temps est l'occasion de mériter le Ciel — devraient-ils l'estimer.

C'est ce que le Catéchisme rappelle en parlant du temps de la grâce : « Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l'Esprit et du témoignage, mais c'est aussi un temps encore marqué par la "détresse" et l'épreuve du mal qui n'épargne pas l'Église » (CEC §672)[45]. Ce temps n'est pas neutre : c'est le kairos où l'éternité se décide.

« Chaque minute vaut autant que Dieu » — saint Bernardin de Sienne

Saint Bernardin de Sienne (1380-1444), prédicateur franciscain qui insiste sur le prix spirituel de chaque instant. Source : Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le franciscain saint Bernardin de Sienne (1380-1444), prédicateur le plus écouté de l'Italie du XVᵉ siècle, a poussé l'argument à son sommet vertigineux. La sentence transmise par saint Alphonse d'après Bernardin dit en substance qu'un moment de temps vaut autant que Dieu : car à chaque instant, l'homme peut, par un acte de contrition ou d'amour, acquérir la grâce divine et la gloire éternelle[46].

Bernardin n'exagère pas. Il décrit la logique de la grâce : un seul acte d'amour, posé dans la charité et l'état de grâce sous la motion de l'Esprit Saint, peut mériter un degré supplémentaire de gloire céleste, conservé éternellement pour qui persévère jusqu'à la fin (cf. Mt 10, 22). C'est précisément le sens du mérite dans la théologie catholique (CEC §2006-2011) : le don gratuit de Dieu prend la forme d'une coopération de la liberté humaine qui produit un fruit éternel — sans jamais devenir un effet automatique, la persévérance finale restant un don à demander[47].

Ainsi, chaque minute terrestre offre une possibilité d'acquérir un bien infini — un degré de gloire au Ciel qui durera autant que Dieu lui-même. L'enjeu vertigineux que décrit Bernardin est, à la lettre, le sens chrétien du temps.

L'Écriture sur le bon usage du temps

L'Esprit Saint lui-même prescrit l'économie du temps. Le Siracide écrit, dans une traduction latine de la Vulgate que saint Alphonse cite : « Mon fils, ménage le temps. »[48] Plus loin, le même livre commande : « Ne te prive pas du jour heureux, et qu'aucune part d'un don précieux ne t'échappe. »[49]

Infographie originale Ignispedia créée par IA — quatre vérités spirituelles sur le temps bref, donné, racheté et achevé.

Saint Paul, dans l'épître aux Éphésiens, reprend la consigne sous forme d'urgence apostolique :

« Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais. » — Saint Paul, Épître aux Éphésiens 5, 15-16[50]

Le grec paulinien exagorazomenoi ton kairon (ἐξαγοραζόμενοι τὸν καιρόν), remarque philologique du rédacteur, signifie littéralement « rachetant l'occasion » — métaphore commerciale qui suggère que le temps est une monnaie précieuse à acquérir, comme on rachète à grand prix une pièce rare avant qu'elle ne disparaisse du marché.

« Tout temps sans Dieu est perdu » — Hugues de Saint-Victor

On lit dans les Meditationes piissimae de cognitione humanae conditionis (ch. 6) — recueil du XIIᵉ siècle longtemps attribué à Hugues de Saint-Victor, d'attribution en réalité débattue[51] — le principe le plus radical, que saint Alphonse cite ainsi : tout le temps où l'on n'a pas pensé à Dieu, on doit le tenir pour perdu[52].

C'est un renversement complet de la perception ordinaire. Le temps n'est pas une matière neutre que l'on remplit comme on veut : il est un dépôt confié pour Dieu. Tout ce qui n'est pas ordonné à Lui risque de rester sans fruit pour l'éternité — ce qui n'enlève rien à la bonté des devoirs ordinaires, famille et travail, accomplis par amour et ordonnés à Dieu. Cette insistance fonde la pratique de l'oraison continue (1 Th 5, 17) et de l'offrande de chaque action, proche par l'esprit de l'offrande de sainte Thérèse de Lisieux à l'Amour miséricordieux (9 juin 1895)[53].

« Il n'y aura plus de temps » — les regrets de la fin

Saint Augustin : « Vous comptez sur un jour... »

Saint Augustin, dans son commentaire du Psaume 38, formule l'avertissement classique, que saint Alphonse reprend ainsi : on compte sur un jour quand on n'est pas maître d'une heure — comment se promettre le lendemain quand on ne sait pas s'il nous reste même une heure de vie[54] ?

L'argument est statistique avant d'être théologique. Aucune assurance humaine ne couvre la prochaine heure. La procrastination spirituelle est donc un pari déraisonnable sur un temps que personne ne possède. Le Christ lui-même avait fondé ce raisonnement dans la parabole du riche insensé : « Insensé, cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu as accumulé, qui l'aura ? »[55]

Saint Bernard : « Pourquoi compter sur l'avenir ? »

Le grand cistercien du XIIᵉ siècle, dans les sentences que son secrétaire Geoffroy d'Auxerre a tirées de ses sermons (Declamationes de colloquio Simonis cum Iesu), avertissait ainsi le présomptueux : pourquoi compter sur l'avenir, comme si le Père avait mis les temps en son pouvoir[56] ?

Bernard touche le cœur philosophique du problème : compter sur l'avenir, c'est revendiquer un pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu. Toute procrastination contient ainsi, à son insu, un acte de présomption : l'âme se croit propriétaire d'un temps qui, en réalité, lui est prêté à chaque souffle (Ac 17, 28).

La religieuse bénédictine et le prix d'un Ave Maria

Saint Alphonse rapporte un récit transmis par le jésuite Paul de Barry dans les Trattenimenti di Filagia — ouvrage non collationné directement, récit repris tel que saint Alphonse le donne[57]. Une religieuse bénédictine défunte apparut toute glorieuse à une personne et lui dit qu'elle était pleinement contente ; mais que, si elle pouvait encore former un désir, ce serait uniquement de revenir à la vie et de souffrir pour mériter plus de gloire — jusqu'à endurer de nouveau sa douloureuse maladie, celle-là même qui l'avait fait mourir, et cela jusqu'au jour du jugement, pour acquérir la gloire qui correspond au mérite d'un seul Je vous salue Marie[58].

Le récit, comme tous les récits d'apparitions privées, n'engage pas la foi de l'Église. Mais il a traversé la tradition spirituelle catholique parce qu'il illustre une vérité de foi : à la mort, le temps du mérite s'achève et chacun reçoit selon ses œuvres — « afin que chacun reçoive selon ce qu'il aura fait » (cf. 2 Co 5, 10 ; Ap 22, 12) — en un jugement particulier (CEC §1022)[59], et la gloire reçue correspond aux mérites acquis ici-bas dans la grâce (CEC §§1821, 2010)[60]. Chaque acte d'amour, chaque Ave Maria récité avec attention dans la grâce de Dieu, porte un fruit qui demeure éternellement pour qui persévère jusqu'à la fin.

Infographie originale Ignispedia créée par IA — grâce reçue, liberté coopérante et mérite éternel.

Saint Thomas d'Aquin enseigne, en substance (Somme théologique, I, q. 12, a. 6), que la diversité des mérites et de la charité correspond à des degrés divers de gloire et de lumière de gloire — synthèse du rédacteur, non citation textuelle[61]. La conséquence pratique est vertigineuse : chaque minute compte, éternellement.

Saint Laurent Justinien : l'heure refusée

Saint Laurent Justinien (1381-1456), premier patriarche de Venise. Tableau de Gentile Bellini, source : Wikimedia Commons, domaine public.

Le premier patriarche de Venise, Laurent Justinien (1381-1456), dans son traité De vita solitaria, décrit ce que la tradition appelle le regret du mourant : pour obtenir une seule heure de temps, dit-il en citant le saint, le mondain à l'article de la mort donnerait tous ses biens — mais cette heure ne lui sera pas donnée[62].

L'heure refusée n'est pas un châtiment arbitraire : c'est la conséquence du temps fini. Une vie qui s'achève ne peut plus produire de nouveaux mérites — non parce que Dieu refuse, mais parce que l'âme quitte le temps du mérite : la béatitude décrite par le Catéchisme (§§1023-1029) n'est plus une durée qui s'écoule, mais l'union consommée à Dieu[63].

« Il n'y aura plus de temps » (Ap 10, 6)

L'Apocalypse pose la déclaration solennelle de l'ange : « Il n'y aura plus de temps. »[64] La phrase grecque chronos ouketi estai (χρόνος οὐκέτι ἔσται) signifie littéralement « le temps ne sera plus ». Saint Alphonse, avec d'autres auteurs spirituels, y voit une image de la mort individuelle : à l'instant où l'âme quitte le corps, le temps comme matière du mérite s'achève — lecture spirituelle, non sens littéral du texte, qui parle de l'accomplissement final. Ce qui est fait est fait. Ce qui n'a pas été fait ne sera jamais fait.

Saint Alphonse : la cause à plaider devant Dieu

Saint Alphonse Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, fondateur des Rédemptoristes et auteur de la Préparation à la mort (1758) qui sert de trame à cet article. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Saint Alphonse, dans la considération XI (III), propose une image juridique qui parle à toute génération : si l'on annonçait à un homme que bientôt doit se traiter la cause de sa vie et de tous ses biens, avec quel empressement chercherait-il un bon avocat et tous les moyens de gagner sa cause ? Et nous, que faisons-nous, nous qui savons avec certitude que bientôt — peut-être à toute heure — doit se traiter la cause de notre salut éternel ? Nous perdons le temps[65].

La comparaison est juste à un détail près : dans un procès civil, on peut faire appel ; devant Dieu, le jugement particulier est immédiat et définitif (CEC §1022)[66]. L'avocat — c'est-à-dire le Christ lui-même, paraclet et « victime de propitiation pour nos péchés » selon 1 Jn 2, 1-2 — plaide pour les pécheurs ; mais après la mort, nulle conversion n'est plus possible.

« Aujourd'hui » : la résolution ferme à prendre maintenant

Ven. Jeanne de la Sainte Trinité : « Pas de lendemain pour les saints »

La Mère Jeanne de la Sainte Trinité — sœur Jeanne de la Sainte Trinité, carmélite déchaussée (dite Teresiana), que saint Alphonse appelle « la Vénérable Mère », titre d'usage ancien qui ne vaut pas reconnaissance canonique — aurait formulé, selon le récit rapporté par saint Alphonse, l'opposition fondamentale entre les deux régimes spirituels : dans la vie des saints, il n'y a pas de lendemain ; le lendemain n'est que dans la vie des pécheurs, qui disent toujours « après, après », et arrivent ainsi à la mort[67].

La phrase est diagnostique. Le saint vit dans l'instant offert ; le pécheur vit dans le report indéfini. Le saint ne calcule pas quand il commencera : il commence. Le pécheur calcule perpétuellement une date qui ne vient jamais. Saint Jean-Paul II, dans l'homélie de clôture des Journées mondiales de la jeunesse à Tor Vergata (20 août 2000), a repris en la paraphrasant la parole de sainte Catherine de Sienne, avec renvoi à sa lettre 368 : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier. »[68]

« C'est maintenant le temps favorable » (2 Co 6, 2)

L'appel paulinien est, dans la tradition spirituelle, le verset central de la résolution. Saint Paul, citant Isaïe 49, 8, écrit aux Corinthiens :

« Au temps favorable je t'ai exaucé, au jour du salut je t'ai secouru. Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut. » — Saint Paul, 2 Corinthiens 6, 2[69]

Le grec paulinien emploie kairos (καιρός), c'est-à-dire le temps opportun et décisif, par opposition à chronos, le temps qui passe. Le verset enseigne donc que chaque heure est, pour qui sait l'entendre, un kairos — une occasion décisive. La procrastination spirituelle est précisément le refus de reconnaître l'heure présente comme kairos.

« Aujourd'hui, si vous entendez sa voix... » (Ps 95, 7-8)

L'appel du Psaume 95 (94) est repris quatre fois par l'épître aux Hébreux (He 3, 7-15 ; He 4, 7) :

« Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs comme à Mériba, comme au jour de Massa dans le désert. » — Psaume 95 (94), 7-8[70]

L'Église ouvre la première Heure célébrée chaque jour par l'invitatoire — le plus souvent ce Psaume 95 — précisément pour qu'aucune journée chrétienne ne commence sans cet appel à la résolution renouvelée (Présentation générale de la Liturgie des Heures, §§34-35)[71]. L'auteur sacré de l'épître aux Hébreux insiste : « Encouragez-vous mutuellement chaque jour, tant que vaut cet aujourd'hui, pour qu'aucun de vous ne s'endurcisse par la séduction du péché. »[72]

Le mot grec sēmeron (σήμερον), « aujourd'hui », est l'opposé exact du mot « demain » (aurion, αὔριον) qui caractérise la procrastination. La spiritualité catholique est, en ce sens, une spiritualité du aujourd'hui.

Saint François de Borgia : préférer la honte à la perte du temps

Saint François de Borgia (1510-1572), duc de Gandia devenu troisième supérieur général de la Compagnie de Jésus. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Le duc de Gandia, devenu troisième supérieur général de la Compagnie de Jésus après saint Ignace, illustre l'attitude radicale du saint à l'égard du temps. Saint Alphonse rapporte que, quand d'autres parlaient du monde, Borgia s'élevait vers Dieu en de saints élans ; interrogé ensuite sur son sentiment, il ne savait que répondre, et, repris pour cela, il répondit qu'il préférait passer pour un homme sans esprit que de perdre son temps[73].

Le saint a accepté la honte sociale plutôt que la honte spirituelle. Il a payé le prix du temps en sacrifiant sa réputation. Dans la logique du Royaume, il a fait le bon échange — celui qui, selon Mt 13, 44, fait vendre tout ce qu'on possède pour acquérir le champ qui cache le trésor.

L'exercice spirituel : écrire sa résolution

Infographie originale Ignispedia créée par IA — voir, choisir, écrire et agir pour que la résolution commence aujourd'hui.
Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus et auteur des Exercices spirituels. Portrait par Francisco de Zurbarán, source : Wikimedia Commons, domaine public.

Plusieurs traditions spirituelles recommandent de fixer la décision par l'écrit (rattachements précis aux traditions rédemptoriste, ignatienne et carmélitaine restant à documenter). Saint Ignace de Loyola propose dans les Exercices spirituels une méthode d'élection (nn. 169-189) pour choisir dans le Seigneur ; mettre sa décision par écrit est un conseil pratique dans cette ligne, non une prescription textuelle d'Ignace[74].

Concrètement, à l'issue d'une retraite ou d'une lecture spirituelle comme celle de la Préparation à la mort, l'exercice consiste à rédiger sur un carnet une formule qui peut ressembler à ceci :

« À partir d'aujourd'hui, je prends la ferme résolution de ne plus vivre que pour Dieu, pour la vie spirituelle qu'il a voulue pour moi, et de tout faire pour accomplir le but pour lequel j'ai été créé. Je renonce à tout le reste et à tous mes propres projets qui ne vont pas dans le sens de ce but. Je suis prêt à tout sacrifier pour ce but, car j'en ai compris l'importance. Seigneur, aide-moi, maintenant, à l'accomplir pleinement, pour ton plus grand plaisir, ta plus grande gloire et mon propre bonheur. » — Formule type de résolution spirituelle[75]

Cette formule n'est pas magique. Elle est un acte humain et libre qui engage la volonté devant Dieu. Le Catéchisme rappelle que toute la vie morale est constituée d'actes libres par lesquels l'homme dispose de lui-même (CEC §1731-1742)[76].

Écrire la résolution sert trois fonctions :

  1. Objectiver la décision pour qu'elle ne reste pas un simple sentiment éphémère.
  2. Dater la résolution pour pouvoir y revenir comme à un acte fondateur.
  3. Honorer la décision : il est plus difficile de revenir sur un engagement écrit que sur une vague pensée.

Renoncer à ce qui ne mène pas au Ciel

La résolution ne peut rester intérieure. Elle exige un renoncement effectif aux projets, occupations et relations qui détournent de Dieu. Le Christ a posé l'enseignement avec sévérité : « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le Royaume de Dieu. »[77]

Le détachement chrétien n'est pas un mépris des choses, mais une hiérarchie. Le saint travaille mieux, aime mieux sa famille, sert mieux son prochain, parce que son cœur n'est pas attaché à ces choses comme à des fins, mais qu'il les ordonne à Dieu. C'est exactement la logique de Mt 6, 33 : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »[78] Le surcroît est promis à ceux qui ont d'abord cherché le Royaume — non comme un dû, mais comme un don de la providence du Père, qui prend soin des moindres besoins de ses enfants (cf. CEC §305).

Demander la grâce du commencement

La résolution la plus ferme ne tient pas par les seules forces humaines. Le saint commence par demander la grâce du commencement. Saint Alphonse, à la fin de la considération XII (II), donne le modèle de la prière finale : apprenez-moi à faire votre volonté — enseignez-moi ce que je dois faire pour vous plaire, car je veux tout l'accomplir[79].

L'humilité du commencement est essentielle. Le saint ne se promet pas la sainteté ; il demande la grâce. Il sait que la résolution forte de ce matin sera mise à l'épreuve dès cet après-midi, et qu'à elle seule sa volonté ne tiendra pas. Mais il sait aussi qu'avec la grâce, « tout est possible à celui qui croit »[80], et que Dieu « nous donne et le vouloir et l'agir, selon son dessein bienveillant » (Ph 2, 13)[81].

C'est aussi le sens du Notre Père : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » (Mt 6, 11)[82]. La grâce sanctifiante demeure dans l'âme comme un don stable ; les secours actuels, eux, se reçoivent au jour le jour, pour la journée qui commence (cf. CEC §2000). Voilà pourquoi la procrastination est si grave : elle remet à demain l'accueil des secours que Dieu offre aujourd'hui.

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Pour aller plus loin

Cet article s'inscrit dans la longue tradition catholique de la méditation des fins dernières (De novissimis). Pour creuser le sujet, plusieurs articles d'Ignispedia explorent les vérités sous-jacentes :

  • Le Ciel : la vision béatifique — la fin pour laquelle nous sommes créés.
  • Le purgatoire — pourquoi compter sur le purgatoire pour rattraper est un mauvais calcul.
  • L'enfer — la possibilité réelle d'une perte éternelle.
  • Le jugement particulier — l'instant où le temps cesse.
  • Saint Alphonse Marie de Liguori (1696-1787) — l'auteur de la Préparation à la mort.
  • La prière comme relation d'amour avec Dieu — la respiration de la résolution.
  • Le passage de la volonté propre à la Volonté de Dieu — l'âme de toute conversion durable.
  • Celui qui vit pour le Ciel est bien plus heureux ici-bas — pourquoi ce choix n'est pas un sacrifice.

Notes et références

  1. Saint Alphonse Marie de Liguori, Apparecchio alla morte. Cioè considerazioni sulle massime eterne, utili a tutti per meditare ed a' sacerdoti per predicare, première édition italienne, Naples, 1758 : 35 considérations dans l'édition originale, 36 dans l'état ultérieur de l'œuvre. Texte italien collationné ici sur l'édition de 1809 consultée en texte intégral (réimpression conforme à l'original ; orthographe modernisée dans les citations). Édition française Préparation à la mort. Considérations sur les vérités éternelles, dans Louis Vivès (éd.), Œuvres complètes de saint Alphonse-Marie de Liguori, Paris, 1842, rééd. Pierre Téqui éditeur — tome et page non relevés, sans collation directe : les formulations françaises de cet article sont donc des paraphrases du rédacteur d'après l'italien vérifié, non le français de Vivès. Les renvois internes (XI, XII, XX) suivent la numérotation de l'édition critique italienne.

    1 5
  2. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XII, I (« Importance du salut éternel », premier point). Texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto I) : « Non si lascia diligenza, nè si perde tempo per arrivare a quel posto, per vincer quella lite, per conchiudere quel matrimonio; quanti consigli, quante misure si prendono? non si mangia, non si dorme. E poi per accertare la salute eterna che si fa? [...] Non si fa niente, anzi si fa tutto per perderla ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien ; l'édition Vivès (1842) n'a pas été collationnée directement.

    2
  3. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XII, I (premier point). Texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto I) : « Ognuno si vergogna d'esser chiamato negligente ne' negozj del mondo; poi tanti non si vergognano di trascurare il negozio dell'eternità, che importa tutto! » Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien ; l'édition Vivès (1842) n'a pas été collationnée directement. Le même point donne aussi le détail du procès, de la récolte, du cheval et du chien (« Se si perde una lite, una raccolta [...] Se si perde un cavallo, un cane [...] Si perde la grazia di Dio, e si dorme, e si burla, e si ride »).

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, §1996 : « Notre justification vient de la grâce de Dieu. La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir enfants de Dieu, fils adoptifs, participants de la nature divine, de la vie éternelle. » Promulgué par la constitution apostolique Fidei depositum (Jean-Paul II, 11 octobre 1992).

    4
  5. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. 65 (66), n. 24. Édition critique : Corpus Christianorum, Series Latina 39 (volume couvrant les Ps. 51-100 ; page non recollée). Sentence attestée (trad. anglaise NPNF : « The foe watches: you sleep », d'où le français « L'ennemi veille, et vous, vous dormez ») ; le texte latin exact reste à recoller mot à mot sur l'édition critique. Le long développement donné dans le corps de l'article (le démon qui ne s'accorde aucun repos, la négligence devant le bonheur ou le malheur éternel) est l'amplification de saint Alphonse, qui médite la prière et le verset final du psaume — non un texte d'Augustin repris mot à mot.

    6
  6. Apocalypse 12, 12 : « Réjouissez-vous donc, cieux, et vous qui y avez votre demeure ! Mais malheur à la terre et à la mer ! Le diable est descendu vers vous, plein d'une grande colère, sachant qu'il n'a que peu de temps. » (Bible de Jérusalem).

    7
  7. Première Épître de saint Pierre 5, 8 : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. » (Bible de Jérusalem).

    8
  8. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, considération « La grande affaire du salut ». Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto I) : « L'anima deve stimarsi da noi la cosa più preziosa, che tutti i beni del mondo. Anima ex toto mundo pretiosior, dice S. Gio. Crisostomo ». Source indiquée par saint Alphonse : saint Jean Chrysostome, Homélie 3 sur la Première aux Corinthiens, n. 5, dans Patrologia Graeca 61, col. 29. Le passage s'y trouve bien (en anglais NPNF : « There is nothing to weigh against a soul, not even the whole world », Homily 3 on First Corinthians, newadvent.org).

    9
  9. Évangile selon saint Matthieu 16, 26 : « Quel avantage l'homme aura-t-il à gagner le monde entier s'il vient à perdre sa vie ? » (Bible de Jérusalem). Parallèles synoptiques : Mc 8, 36 ; Lc 9, 25.

    10
  10. D'après la tradition biographique jésuite, telle que saint Alphonse la rapporte — texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto II) : « Con questa massima S. Ignazio di Loyola tirò molte anime a Dio, e specialmente la bell'anima di S. Francesco Saverio, il quale stava in Parigi, applicato ivi a' pensieri di mondo » — saint Ignace de Loyola ramena François Xavier à la vie apostolique en lui répétant la parole « Quid prodest homini, si mundum universum lucretur, animae vero suae detrimentum patiatur? » (Mt 16, 26). Références de la tradition : Orazio Torsellini, Vita del B. Francesco Saverio, livre I, ch. 2, Milan, 1606, p. 6-7 ; Daniello Bartoli, Vita di S. Ignazio, livre II, n. 2, Venise, 1735, p. 97 — éditions non collationnées directement. Le détail du « collège de Beauvais » ne figure pas chez Alphonse et est retiré du corps de l'article.

    11
  11. Blaise Pascal (1623-1662), Pensées, fragment 233 (édition Brunschvicg) ou 418 (édition Lafuma), célèbre fragment dit « du pari ». Rapprochement proposé ici par le rédacteur avec le raisonnement de saint François Xavier (1506-1552) : un siècle les sépare, et aucune filiation historique n'est affirmée.

    12
  12. Sentence attribuée à saint Philippe Néri dans la tradition rapportée par saint Alphonse de Liguori. Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto I) : « Avea ragione S. Filippo Neri di chiamare pazzo chi non attende a salvarsi l'anima » (« Saint Philippe Néri avait raison d'appeler insensé celui qui ne s'applique pas à sauver son âme »). Selon l'appareil critique d'Alphonse, le renvoi pointe vers Giuseppe Crispino, non vers le passage indiqué de Bacci. Collation directe avec les biographes anciens (Pietro Giacomo Bacci, Vita di S. Filippo Neri fiorentino, livre II, ch. 15, éd. Bologne, 1686 — prêtre de l'Oratoire) restant ouverte. Les qualités de disciple direct, de biographie officielle et d'ouvrage utilisé pour le procès ne sont pas documentées ici.

    13
  13. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XII, I (deuxième point). L'image des « deux sortes d'hommes » est un raisonnement par l'absurde de la prédication baroque ; texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto I) : « Se nella terra vi fossero uomini mortali ed uomini immortali, ed i mortali vedessero gli immortali tutti applicati alle cose del mondo [...] direbbero certamente loro: oh pazzi che siete! voi potete acquistarvi beni eterni, e pensate a queste cose miserabili, e passaggiere? e per queste vi condannate voi stessi a pene eterne nell'altra vita! [...] Ma no, che siamo tutti immortali ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien. Le parallèle avec Origène n'a pas été vérifié et est retiré.

    14
  14. Catéchisme de l'Église catholique, §366 (texte officiel, vatican.va) : « L'Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. " Humani generis ", 1950 : DS 3896 ; SPF 8) – elle n'est pas " produite " par les parents – ; elle nous apprend aussi qu'elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513 : DS 1440) : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s'unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale. »

    15
  15. Salvien de Marseille, Ad ecclesiam — également intitulé Adversus avaritiam (Contre l'avarice) —, livre III, n. 15. Références de l'édition critique : Patrologia Latina 53, col. 220 ; Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum 8, p. 290. Sentence transmise par l'intermédiaire de saint Alphonse ; texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto I) : « Come va, dice Salviano, che i Cristiani credono esservi Giudizio, Inferno, Eternità, e poi vivono senza temerli? Quid causae est, quod Christianus, si futura credit, futura non timeat? » Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien. Le renvoi antérieur au De gubernatione Dei, livre VI, n. 7, ne justifiait pas cette citation et est retiré : l'Ad ecclesiam est un traité d'exhortation contre l'avarice adressé à l'Église, non le traité sur les invasions barbares.

    16
  16. Saint Paul, Épître aux Romains 6, 22. Traduction liturgique officielle francophone (AELF, aelf.org), libellé collationné mot à mot.

    17
  17. Catéchisme de l'Église catholique, §1024 (texte officiel, vatican.va) : « Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d'amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée " le ciel ". Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l'homme, l'état de bonheur suprême et définitif. » La formule antérieurement placée entre guillemets sous la référence §1023 ne figure pas à ce paragraphe et est retirée.

    18
  18. Évangile selon saint Luc 10, 41-42 : « Marthe, Marthe, tu te soucies et tu t'agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Bible de Jérusalem).

    19
  19. Catéchisme de l'Église catholique, §2727 (texte officiel, vatican.va) : « Nous avons aussi à faire face à des mentalités de " ce monde-ci " ; elles nous pénètrent si nous ne sommes pas vigilants, par exemple : [...] les valeurs de production et de rendement (la prière, improductive, est donc inutile) ; [...] ». Les propos sur Marthe et Marie et la formule « Une seule chose est nécessaire : prier » ne figurent pas à ce paragraphe et sont retirés des guillemets.

    20
  20. Saint Augustin, Confessions, livre I, ch. 9, n. 15, Patrologia Latina 32, col. 668. Le dictum est bien augustinien (latin vérifié : « sed maiorum nugae negotia vocantur » — « mais aux bagatelles des grandes personnes on donne le nom d'affaires »). Saint Alphonse le reprend en le pleurant avec saint Bernard ; texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto II) : « Piange S. Bernardo la sciocchezza de' Cristiani, che chiamano pazzia le pazzie de' fanciulli, e poi chiamano negozj i loro affari terreni. Nugae puerorum, nugae vocantur; nugae majorum, negotia vocantur. Queste pazzie de' grandi sono pazzie più grandi ». La fin sur les « plus grandes folies » appartient donc au développement alphonsien, non à Augustin. Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien. La page 301 de la Bibliothèque augustinienne annoncée n'a pas été vérifiée et est retirée.

    21
  21. Évangile selon saint Matthieu 16, 26. AELF 2013.

    22
  22. Saint Paul, Première épître aux Corinthiens 7, 29-31. Traduction liturgique officielle francophone (AELF, aelf.org), libellé collationné mot à mot.

    23
  23. Pietro Giacomo Bacci, prêtre de l'Oratoire, Vita di S. Filippo Neri fiorentino, première édition Rome, 1622 ; édition de Bologne, 1686, livre II, ch. 15, p. 150. Les qualités de disciple direct, de biographie officielle et d'ouvrage utilisé pour le procès de canonisation ne sont pas documentées ici et sont retirées.

    24
  24. Récit transmis par P. G. Bacci, Vita di S. Filippo Neri, livre II, ch. 15, éd. Bologne, 1686, p. 150, tel que saint Alphonse le rapporte. Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto II) : le saint, parlant à « un giovane di talento, chiamato Francesco Zazzera, che stava applicato al mondo », déroule lui-même la carrière — « Figlio mio, tu farai gran fortuna, sarai buono Avvocato, poi sarai Prelato, poi forse anche Cardinale, chi sa forse anche Papa. E poi! e poi! » — et lui dit enfin de penser à « queste due ultime parole » ; le jeune homme, les méditant, quitte le monde et entre dans la congrégation. Alphonse rapporte donc une adresse suivie du saint conclue par les deux mots, non un dialogue alterné : le corps de l'article est aligné sur cette version. Page de Bacci non recollée directement (l'épisode n'a pas été retrouvé dans l'édition de 1686 consultable en ligne) : le passage reste un résumé, non une citation.

    25
  25. Odorico Raynaldus, Annales Ecclesiastici, année 1337, t. 6, Lucques, 1750, p. 108, col. 2 — page non directement collationnée. Cf. également Étienne Baluze, Vitae Paparum Avenionensium, t. 1, Paris, 1693, col. 197-202 — passages non directement collationnés. Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto II) : « Benedetto XII fu richiesto da un Principe d'una grazia, che non potea concedersi senza peccato; il Papa rispose all'Ambasciatore: dite al vostro Principe, che se io avessi due anime, potrei una perderla per lui, e l'altra riservarla per me; ma comeché ne ho una sola, non posso, nè voglio perderla ». Alphonse ne parle que d'« un Principe », sans nommer Philippe VI de Valois : l'identification au roi de France, reprise de l'apparat antérieur, n'est pas vérifiée ici et est retirée du corps de l'article. Source annalistique pré-critique, non recoupée par une édition critique moderne : tradition rapportée par Alphonse, historicité non établie.

    26
  26. P. Garcia, Vida de S. Francisco Javier, livre III, ch. 16 ; parallèles chez Daniello Bartoli, Vita di S. Francesco Saverio, livre II, et Orazio Torsellini, Vita del B. Francesco Saverio, Milan, 1606 — éditions non collationnées directement ; formule et conversion rapportées ici telles que saint Alphonse les donne (textes italiens vérifiés, éd. 1809, cons. XII, Punto II, voir notes suivantes).

    27
  27. La formule, qui résume tout l'esprit missionnaire de saint François Xavier (1506-1552), apôtre des Indes et du Japon, est citée par saint Alphonse de Liguori dans la Préparation à la mort (considération XII) et appartient au corpus de sentences attribuées au saint dans la tradition jésuite. Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto II) : « Dicea S. Francesco Saverio, che un solo bene vi è nel mondo, ed un solo male; l'unico bene è il salvarsi, l'unico male è il dannarsi ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien.

    28
  28. Sainte Thérèse d'Avila, Avis, n. 67 de l'édition consultée (n. 68 dans l'édition citée par l'appareil alphonsien — les deux numérotations ne doivent pas être mélangées). Texte espagnol transmis par les éditions courantes : « Acuérdate que no tienes más que un alma, que no has de morir más que una vez, que no tienes más que una vida breve y una propia, que no hay más que una gloria y ésa eterna; y darás de mano a muchas cosas. » (« ...et tu laisseras de côté bien des choses » — la leçon antérieure « harás caso de muchas cosas » inversait le sens et est corrigée) — texte non recollé sur une édition critique, page de l'édition Auclair non vérifiée et retirée ; le français de l'article est une paraphrase du rédacteur. À distinguer de la sentence brève que saint Alphonse rapporte par ailleurs de la sainte à ses moniales, texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII, Punto II) : « Ciò replicava ancora S. Teresa alle sue Monache, dicendo: Sorelle, un'anima, un'eternità » (« Mes sœurs, une âme, une éternité »).

    29
  29. Psaume 27 (26), 4. (Bible de Jérusalem). Psaume davidique de la confiance et du désir unique de Dieu, prié à laudes selon la Liturgia Horarum.

    30
  30. Catéchisme de l'Église catholique, §§1790-1791 (texte officiel, vatican.va). §1790 : « L'être humain doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. S'il agissait délibérément contre ce dernier, il se condamnerait lui-même. Mais il arrive que la conscience morale soit dans l'ignorance et porte des jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis. » §1791 : « Cette ignorance peut souvent être imputée à la responsabilité personnelle. Il en va ainsi, " lorsque l'homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l'habitude du péché rend peu à peu la conscience presque aveugle " (GS 16). En ces cas, la personne est coupable du mal qu'elle commet. » Le terme de « scotose » ne figure ni à ces paragraphes ni aux paragraphes invoqués et est retiré.

    31
  31. Première épître aux Corinthiens 1, 27. AELF 2013.

    32
  32. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XX (« Folie du pécheur »). Texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XX) : « Chi opera da prudente secondo la ragione, prevede il futuro, cioè quello, che dee succedergli nel fine della vita, la morte, il giudizio, dopo questo l'Inferno, o il Paradiso ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien ; l'édition Vivès (1842) n'a pas été collationnée directement. Le saint reprend la définition classique de la prudence comme recta ratio agibilium (Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 47, a. 2).

    33
  33. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 47, a. 2, sur la prudence comme recta ratio agibilium. Cf. également q. 47, a. 8-9 sur les parties de la prudence. Édition Cerf, Paris, 1990.

    34
  34. Benoît XVI, proclamation de saint Jean d'Avila (1499 ou 1500-1569) docteur de l'Église, avec sainte Hildegarde de Bingen, en la messe d'ouverture du synode des évêques, place Saint-Pierre, le dimanche 7 octobre 2012 — homélie : « ...the two radiant figures that I have just proclaimed Doctors of the Church, Saint John of Avila and Saint Hildegard of Bingen » (vatican.va). La proclamation a donc eu lieu par l'homélie pontificale elle-même : les titres d'acte antérieurement indiqués (Apostolicae caritatis, puis l'incipit Caritas Christi urget nos — simple citation de 2 Co 5, 14 dans Porta fidei) ne correspondent à aucun document officiel et sont retirés. Saint Jean d'Avila est « apôtre de l'Andalousie » ; ses écrits parvinrent à saint Jean de la Croix par ses disciples.

    35
  35. Sentence rapportée par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, considération « Folie du pécheur » (cons. XX, Punto I). Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809) : « Il Venerabile Giovanni d'Avila avrebbe voluto dividere il mondo in due carceri, una per coloro, che non ci credono, e l'altra per coloro, che ci credono, e vivono in peccato lontani da Dio; a costoro, dicea, che toccava la carcere de' pazzi ». Les indications d'éditions anciennes (traités sur l'Eucharistie, tr. 9-10, Rome, 1608 ; Audi filia, ch. 48, Rome, 1610, p. 147) sont reprises des éditeurs et doivent être distinguées des références effectivement données par Alphonse ; éditions non recoupées directement ici : la sentence est donc présentée comme tradition rapportée, non comme citation verbatim vérifiée du saint.

    36
  36. Catéchisme de l'Église catholique, §§1790-1792 sur le jugement de la conscience et les sources d'erreur (texte officiel, vatican.va). Le terme de « scotose » n'y figure pas.

    37
  37. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. 31 (Vulgate ; 32 hébreu), second discours (sermo 2), n. 4, dans Patrologia Latina 36, col. 259-260. Sentence rapportée par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, considération « Folie du pécheur » (cons. XX) ; texte italien et latin d'Alphonse vérifiés (éd. 1809) : « Che direste d'un nocchiero, dice S. Agostino, che dimandato dove va, rispondesse che non lo sa? [...] Si hominem perdidisse quo tendit, et dicatur ei: Quo is? et dicat, nescio. Nonne iste navem ad naufragium perducit? Talis est (conchiude il Santo) qui currit praeter viam ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien. Conforme au texte augustinien (cf. trad. anglaise ACW 30, Second Discourse on Psalm 31, §4 : le pilote qui répond « I do not know » mène le navire au naufrage assuré).

    38
  38. Siracide (Ecclésiastique) 15, 17 : « Devant les hommes sont la vie et la mort, l'une ou l'autre leur sera donnée selon leur choix. » (Bible de Jérusalem). Verset fondateur de la théologie catholique de la liberté humaine (CEC §1730).

    39
  39. Saint Jean Chrysostome, Homélie 76 sur l'Évangile de Matthieu, n. 5, dans Patrologia Graeca 58, col. 700-701 (« Allons ensemble aux tombeaux des morts... » ; en anglais NPNF : « Let us go to the tombs... », Homily 76 on Matthew, newadvent.org). Citation française d'après saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, considération « Folie du pécheur », qui reprend le passage en le resserrant légèrement.

    40
  40. Le passage exact sur l'éloignement des cimetières n'a pas été retrouvé dans la considération XIII invoquée : le développement du corps de l'article est explicitement identifié comme l'analyse du rédacteur, non comme une citation d'Alphonse.

    41
  41. Philippe Ariès, L'homme devant la mort, Le Seuil, Paris, 1977 (page non relevée). Le rapprochement avec Ariès est proposé par le rédacteur ; la généralisation « en l'espace d'un siècle » n'est pas établie par une page précise et est retirée.

    42
  42. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XX, III. Texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XX, Punto III) : « Intendiamo, che i veri savj sono coloro, che sanno acquistarsi la divina grazia, e il Paradiso ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien ; l'édition Vivès (1842) n'a pas été collationnée directement.

    43
  43. Sénèque, Lettres à Lucilius, I, 1 : « Omnia, Lucili, aliena sunt, tempus tantum nostrum est » (« Tout, Lucilius, nous est étranger ; seul le temps est à nous ») — à distinguer du passage du De brevitate vitae, VIII, 1, que cite saint Alphonse. La référence générale à une édition des Dialogues ne documente pas une lettre : les deux lieux sont ici distingués.

    44
  44. Catéchisme de l'Église catholique, §672 (texte officiel recollé mot à mot, vatican.va) : « Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l'Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c'est aussi un temps encore marqué par la "détresse" (1 Co 7, 26) et l'épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n'épargne pas l'Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours [...] »

    45
  45. Sentence transmise par saint Alphonse de Liguori d'après saint Bernardin de Sienne, Préparation à la mort, considération XI (« Prix du temps »), Punto I. Texte italien et latin d'Alphonse vérifiés (éd. 1809) : « Disse S. Bernardino da Siena, che tanto vale un momento di tempo quanto vale Dio: perchè in ogni momento può l'uomo con un atto di contrizione o d'amore acquistarsi la divina grazia, e la gloria eterna. Modico tempore potest homo lucrari gratiam, et gloriam. Tempus tantum valet quantum Deus, quippe in tempore bene consumpto comparatur Deus. S. Bern. Sen. Fer. IV. post Dom. 1. Quad. c. 4 ». Le lieu indiqué par Alphonse est donc le sermon du carême (Quadragesimale, férie IV après le Iᵉʳ dimanche de Carême, ch. 4) : les localisations antérieures (sermon XIII du Quadragesimale de christiana religione, Opera omnia t. 1, Quaracchi, 1950, p. 153 ; sermon XVIII du Quadragesimale dit Seraphim, Venise, 1745, t. III, p. 200) ne correspondent pas à ce renvoi et sont retirées, ainsi que le montage via Lohner. Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après l'italien vérifié.

    46
  46. Catéchisme de l'Église catholique, §2006-2011 sur le mérite et la coopération de la liberté à la grâce. §2008 : « Le mérite de l'homme auprès de Dieu dans la vie chrétienne provient de ce que Dieu a librement disposé d'associer l'homme à l'œuvre de sa grâce. »

    47
  47. Siracide (Ecclésiastique) 4, 23 (Vulgate) : « Fili, conserva tempus. » La Bible de Jérusalem traduit selon le sens dynamique : « Ne perds pas l'occasion qui se présente. » La traduction latine de la Vulgate, utilisée par saint Alphonse, insiste sur l'économie active du temps.

    48
  48. Siracide 14, 14 (Vulgate) : « Ne fraudaberis a die bono, et particula boni doni non te praetereat » — « Ne te prive pas du jour heureux, et qu'aucune part d'un don précieux ne t'échappe. » Formule également reprise par saint Alphonse dans la Préparation à la mort ; le renvoi précis à une considération n'ayant pas été collationné sur une édition réellement consultée, il n'est pas donné ici.

    49
  49. Saint Paul, Épître aux Éphésiens 5, 15-16. Traduction liturgique officielle francophone (AELF, aelf.org), libellé collationné mot à mot. La remarque sur le grec exagorazomenoi ton kairon (ἐξαγοραζόμενοι τὸν καιρόν), « rachetant l'occasion », est une note philologique du rédacteur.

    50
  50. Les Meditationes piissimae de cognitione humanae conditionis (PL 184, col. 485-508), longtemps attribuées à saint Bernard de Clairvaux puis à Hugues de Saint-Victor (vers 1096-1141), sont d'attribution débattue : plusieurs auteurs sont recensés dans la notice savante. Saint Alphonse lui-même les cite sous le nom de saint Bernard (« S. Bern. Coll. 1. cap. 6 », voir note suivante) : l'attribution est donc stabilisée ici comme débattue (Bernard/Hugues), sans trancher. Ni l'attribution privilégiée à Hugues ni le rôle précis prêté à Glorieux (Pour revaloriser Migne. Tables rectificatives, Lille, 1952 — non recollé) ne sont vérifiés ici.

    51
  51. Meditationes piissimae de cognitione humanae conditionis, ch. 6, Patrologia Latina 184 (col. 498 selon l'apparat antérieur, colonne non recollée). Texte cité par saint Alphonse, vérifié (éd. 1809, cons. XI, « Prix du temps ») : « Ogni tempo, che non è speso per Dio, è tempo perduto; Omne tempus, quo de Deo non cogitasti, te perdidisse. S. Bern. Coll. 1. cap. 6 ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien.

    52
  52. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Offrande de moi-même comme victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux du Bon Dieu, 9 juin 1895. Édition critique : Œuvres complètes, Cerf/Desclée de Brouwer, Paris, 1992, p. 962-964. L'offrande de chaque action évoquée dans le corps de l'article est rapprochée de cette offrande par l'esprit, non présentée comme le nom que Thérèse lui aurait donné.

    53
  53. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. 38 (39), n. 7, dans Patrologia Latina 36, col. 419. Édition critique : Corpus Christianorum, Series Latina 38, p. 409. Sentence rapportée par saint Alphonse, texte italien et latin vérifiés (éd. 1809, cons. XI, « Prix du temps ») : « E S. Agostino dice: Diem tenes, qui horam non tenes? Come puoi prometterti il giorno di domani, se non sai se ti tocca neppure un'altr'ora di vita! » Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien.

    54
  54. Évangile selon saint Luc 12, 20 (parabole du riche insensé). AELF 2013 : « Mais Dieu lui dit : "Insensé, cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu as accumulé, qui l'aura ?" »

    55
  55. Saint Bernard de Clairvaux (ou son disciple Geoffroy d'Auxerre, compilateur), Declamationes de colloquio Simonis cum Iesu, ch. 44, n. 5, dans Patrologia Latina 184, col. 465 — lieu non recollé directement. Les Declamationes sont une compilation de sentences extraites des sermons authentiques de saint Bernard, organisée thématiquement par son secrétaire. Sentence rapportée par saint Alphonse, texte italien et latin vérifiés (éd. 1809, cons. XI, « Prix du temps ») : « Quid de futuro miser praesumis (ne avverte S. Bernardo), tamquam Pater tempora in tua posuerit potestate? Serm. Part. etc. » — le renvoi d'Alphonse lui-même est vague (« Serm. Part. »). Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien.

    56
  56. Paul de Barry (1587-1661), jésuite français, Trattenimenti di Filagia, traité 48 — ouvrage non collationné directement (ni le traité, ni les p. 502-503 de l'édition citée par l'apparat antérieur). L'article suit la version reprise par saint Alphonse (Préparation à la mort, considération XI, « Prix du temps », Punto I), texte italien vérifié (éd. 1809) : « Una Religiosa Benedettina defunta comparve gloriosa ad una persona, e le disse ch'ella stava appieno contenta; ma se avesse potuto mai desiderare qualche cosa, era solo di ritornare in vita, e di patire per meritare più gloria ». Alphonse parle d'« una persona », non de la supérieure, et ne mentionne pas sept jours de souffrances : ces deux détails, repris de l'apparat antérieur, ne sont pas vérifiés ici et sont retirés du corps de l'article. Il n'y a donc qu'une version — l'apparition et la maladie mortelle endurée jusqu'au jugement — et non deux variantes à distinguer.

    57
  57. Récit transmis par Paul de Barry, cité par saint Alphonse dans la considération XI (« Prix du temps ») de la Préparation à la mort, premier point — suite du texte italien vérifié (éd. 1809) : la religieuse « disse che si sarebbe contentata di soffrire la sua dolorosa infermità, che aveva patita in morte, sino al giorno del giudizio, per acquistare la gloria che corrisponde al merito d'una sola Ave Maria ». Comme toute apparition privée, ce récit n'engage pas la foi de l'Église mais illustre la doctrine du mérite et de la gloire céleste.

    58
  58. Catéchisme de l'Église catholique, §1022 (texte officiel recollé mot à mot, vatican.va) : « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon : DS 857-858 ; Cc. Florence : DS 1304-1306 ; Cc. Trente : DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII : DS 1000-1001 ; Jean XXII : DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII : DS 1002). »

    59
  59. Catéchisme de l'Église catholique, §1821 sur l'espérance et l'attente de la béatitude éternelle ; §2010 sur le mérite comme fruit de la coopération de la liberté à la grâce divine.

    60
  60. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 12, a. 6, sur les degrés divers de la vision béatifique. La phrase antérieurement placée entre guillemets était une synthèse du rédacteur, non un extrait vérifié : elle est désormais présentée comme telle dans le corps de l'article.

    61
  61. Saint Laurent Justinien, De vita solitaria, ch. 10 (référence d'édition — Opera omnia, Venise, 1721, p. 406 selon l'apparat antérieur — non recollée directement). Sentence rapportée par saint Alphonse, texte italien et latin vérifiés (éd. 1809, cons. XI, « Prix du temps ») : « anche per ottenere una sola ora di tempo, dice S. Lorenzo Giustiniani, costui darebbe tutti i suoi beni. Erogatet opes, honores, delicias pro una horula. De vita Sol. cap. 10 ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien. Laurent Justinien (1381-1456) fut le premier patriarche de Venise et un maître spirituel apprécié de saint Alphonse.

    62
  62. Catéchisme de l'Église catholique, §§1023-1029 (texte officiel, vatican.va) sur la béatitude céleste : vie parfaite avec la Trinité (§1024), être avec le Christ (§1025), vision béatifique (§1028). Ces paragraphes n'exposent pas la démonstration « l'éternité est un état et non une durée » : cette formule est une explication théologique du rédacteur. À distinguer : l'enseignement sur la fin de la vie terrestre, l'explication théologique, et l'application spirituelle d'Ap 10, 6 attestée chez Alphonse.

    63
  63. Apocalypse 10, 6 : « Il jura par celui qui vit pour les siècles des siècles, qui a créé le ciel et tout ce qu'il contient, la terre et tout ce qu'elle contient, la mer et tout ce qu'elle contient : "Il n'y aura plus de temps." » (Bible de Jérusalem). Grec : chronos ouketi estai.

    64
  64. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XI, III (troisième point). Texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XI) : « Oh Dio! se taluno avesse la nuova, che tra breve ha da trattarsi la causa della sua vita [...] come s'affretterebbe per ottenere un buon Avvocato [...] E noi che facciamo? Sappiamo certo, che tra breve (e può essere ad ogni ora) si ha da trattar la causa del maggior negozio che abbiamo, che è il negozio della salute eterna, e perdiamo tempo! » Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien ; l'édition Vivès (1842) n'a pas été collationnée directement.

    65
  65. Catéchisme de l'Église catholique, §1022 et §1051 sur le caractère immédiat et définitif du jugement particulier au moment de la mort.

    66
  66. François de la Croix, Disinganni per vivere e morire bene, t. 1, Naples, 1687, p. 453, cité par saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, considération « Le prix du temps » (cons. XI) — ouvrage rare du XVIIᵉ siècle, non recoupé directement ici. Texte italien d'Alphonse vérifié (éd. 1809, cons. XI, « Prix du temps ») : « Dicea la Ven. M. Suor Giovanna della Ss. Trinità Teresiana, che nella vita de' Santi non v'è il domani: il domani è nella vita de' peccatori, che sempre dicono appresso, appresso, e così si riducono alla morte ». Alphonse l'appelle « la Vénérable Mère », sœur Jeanne de la Sainte Trinité, carmélite déchaussée (Teresiana) : aucun statut canonique actuel de Vénérable ni de canonisation n'est établi par une source ecclésiale identifiant sûrement cette personne — l'ancien qualificatif honorifique ne vaut pas reconnaissance canonique. Identification précise restant ouverte après recherche ; la sentence est présentée comme tradition rapportée par Alphonse.

    67
  67. Paraphrase de saint Jean-Paul II dans l'homélie de clôture des XVᵉ Journées mondiales de la jeunesse, Tor Vergata, dimanche 20 août 2000 (texte officiel, vatican.va) : « From Rome, from the City of Peter and Paul, the Pope follows you with affection and, paraphrasing Saint Catherine of Siena's words, reminds you: "If you are what you should be, you will set the whole world ablaze!" (cf. Letter 368) ». Les mentions de la Legenda maior et du Processo Castellano ne démontraient pas cette citation et sont retirées. Lettre 368 (à Stefano Maconi, selon la numérotation Gigli), texte italien concordant des répertoires : « Se sarete quello che dovete essere, metterete fuoco in tutta Italia » — la lettre elle-même n'a pas été consultée sur une édition critique ; le français de l'article (« Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier ») reproduit la paraphrase pontificale.

    68
  68. 2 Corinthiens 6, 1-2, citant Isaïe 49, 8 (LXX). AELF 2013 : « Et nous, en tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. Car il dit : "Au temps favorable, je t'ai exaucé, au jour du salut, je t'ai secouru." Le voici maintenant, le moment favorable, le voici maintenant, le jour du salut. »

    69
  69. Psaume 95 (94), 7-8. Le plus souvent psaume invitatoire, avant la première Heure célébrée chaque jour (Présentation générale de la Liturgie des Heures, §§34-35) — non chaque matin aux laudes spécifiquement : l'invitatoire précède la première Heure célébrée, avec des psaumes de remplacement et une possibilité d'omission avant les laudes.

    70
  70. Présentation générale de la Liturgie des Heures (PGLH), §§34-35 : l'invitatoire se dit avant la première Heure célébrée, avec le Psaume 95 le plus souvent et des psaumes de remplacement possibles. Le renvoi antérieur à Laudis canticum n. 8 était inadéquat et est retiré.

    71
  71. Épître aux Hébreux 3, 13. AELF 2013.

    72
  72. Saint François de Borgia (1510-1572), troisième supérieur général de la Compagnie de Jésus. Scène et sentence rapportées par saint Alphonse, texte italien et latin vérifiés (éd. 1809, cons. XI, « Prix du temps ») : « S. Francesco Borgia, quando altri parlavano di mondo, volgevasi a Dio con santi affetti, sicché richiesto poi del suo sentimento, non sapea che rispondere; di ciò fu corretto, ma egli disse: malo magis vocari, quam temporis jacturam pati. Mi contento più presto di essere stimato pazzo d'ingegno, che perder il tempo ». La scène (distraction en conversation mondaine, reproche, réponse) est donc celle qu'Alphonse donne, et non une reconstitution : le corps de l'article est aligné sur cette version. Biographes de référence — Pedro de Ribadeneira, Vita Francisci Borgiae, Madrid, 1592, et Eusebio Nieremberg, Vida del P. San Francisco de Borja, Madrid, 1644 — éditions non collationnées directement.

    73
  73. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, « De l'élection » (nn. 169-189) : méthode de discernement pour choisir dans le Seigneur, non définition d'une décision datée et posée par écrit. Le conseil pratique de fixer sa décision par écrit est proposé ici par le rédacteur dans cette ligne. Les généralisations sur les traditions rédemptoriste et carmélitaine, ainsi que la formation d'Alphonse chez les jésuites, restent à documenter précisément.

    74
  74. Formule type proposée par le rédacteur pour fixer une résolution ferme à l'issue d'une retraite ou d'un exercice spirituel. Elle s'inspire des prières affectives qui terminent chaque considération de saint Alphonse dans la Préparation à la mort, dans l'esprit de l'élection ignatienne (Exercices spirituels, nn. 169-189) sans s'y identifier.

    75
  75. Catéchisme de l'Église catholique, §1731-1742 sur la liberté humaine et la responsabilité morale. §1731 : « La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d'agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, et de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. »

    76
  76. Évangile selon saint Luc 9, 62. AELF 2013.

    77
  77. Évangile selon saint Matthieu 6, 33. AELF 2013.

    78
  78. Saint Alphonse Marie de Liguori, Préparation à la mort, considération XII, II, prière conclusive (Affections et prières). Texte italien vérifié (éd. 1809, cons. XII) : « Doce me facere voluntatem tuam. Insegnatemi che ho da fare per darvi gusto, che io tutto voglio eseguirlo ». Le français de l'article est une paraphrase du rédacteur d'après cet italien ; l'édition Vivès (1842) n'a pas été collationnée directement. La prière reprend le Psaume 142 (143), 10 : « Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu. »

    79
  79. Évangile selon saint Marc 9, 23 : « Tout est possible à celui qui croit. » (Bible de Jérusalem). Parole de Jésus au père de l'enfant épileptique.

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  80. Saint Paul, Épître aux Philippiens 2, 13. AELF 2013.

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  81. Catéchisme de l'Église catholique, §2836 (texte officiel, vatican.va) : « " Aujourd'hui " est aussi une expression de confiance. Le Seigneur nous l'apprend (cf. Mt 6, 34 ; Ex 16, 19) ; notre présomption ne pouvait l'inventer. » La phrase sur « aujourd'hui » relève du §2836, non du §2837, avec ce libellé exact.

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