L'accueil de l'étranger n'est pas, dans la tradition catholique, une mode humanitaire récente ni un simple sentiment de bienveillance : c'est l'un des commandements les plus constants de toute l'Écriture, repris depuis la Loi de Moïse jusqu'au discours du Jugement dernier, et l'une des sept œuvres de miséricorde corporelles que l'Église propose à tous ses fils[1][2]. Le mot que le Nouveau Testament emploie — philoxenía, « amour de l'étranger »[3] — dit déjà tout : il s'agit non de tolérer l'étranger, mais de l'aimer, c'est-à-dire de reconnaître en lui un visage, et finalement le visage du Christ.
Cet article traite la dimension biblique, patristique et spirituelle de l'hospitalité. Il ne refait pas le dossier de la gouvernance migratoire — typologie, développement du magistère, droit des États à réguler les frontières — qui fait l'objet de l'article la-migration ; ni la FAQ sur la politique d'immigration « ni laxiste ni xénophobe », traitée dans que-dit-leglise-sur-limmigration. Ici, la question est plus ancienne et plus radicale : pourquoi Dieu commande-t-il d'aimer l'étranger, et que veut dire le recevoir comme on recevrait le Christ ?
L'accueil de l'étranger, un commandement et non une option
Une œuvre de miséricorde au cœur de l'Évangile
Le catéchisme reprend la liste des œuvres de miséricorde corporelle : « nourrir les affamés, loger les sans logis, vêtir les déguenillés, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts »[4]. Cette liste n'est pas une invention tardive : elle reprend les six actes du discours du Christ sur le Jugement dernier (Mt 25, 31-46) — nourrir, abreuver, accueillir l'étranger, vêtir, visiter les malades et les prisonniers — auxquels la tradition a joint l'ensevelissement des morts (Tb 1, 17). C'est sur le verbe latin de la Vulgate, hospes eram et collegistis me (« j'étais un hôte/étranger et vous m'avez recueilli », Mt 25, 35), que saint Thomas d'Aquin, au XIIIᵉ siècle, reprend dans l'énumération des sept aumônes corporelles, où l'acte figure comme recolligere hospitem, « accueillir les étrangers »[5].
« J'étais un étranger, et vous m'avez accueilli […]. Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » — Évangile selon saint Matthieu 25, 35.40[6]
L'accueil de l'étranger n'est donc pas, pour le chrétien, une cause parmi d'autres : c'est l'un des critères mêmes du salut, parce que l'étranger est l'un des lieux privilégiés où le Christ se laisse rencontrer.
Ce que cet article traite — et ce qu'il ne traite pas
Il faut distinguer trois questions souvent confondues :
| Question | Article dédié | Angle |
|---|---|---|
| Pourquoi et comment aimer l'étranger devant Dieu ? | cet article | biblique, patristique, spirituel |
| Comment l'Église éclaire le phénomène migratoire et la régulation des frontières ? | la-migration | doctrine sociale, gouvernance |
| Faut-il une politique d'immigration ouverte ou restrictive ? | que-dit-leglise-sur-limmigration | débat pratique, ni laxisme ni xénophobie |
Le présent article ne tranche pas les politiques publiques : il remonte à leur source, le commandement révélé. Une société chrétienne ne peut penser justement la migration que si elle a d'abord intériorisé pourquoi l'étranger est sacré.
Philoxénie : l'amour de l'étranger contre la peur de l'étranger
Le grec dispose d'un mot, xénos, qui signifie à la fois « étranger » et « hôte » — comme si la langue elle-même rappelait que l'étranger est par vocation un hôte à recevoir. De xénos dérivent deux attitudes opposées : la philoxenía, l'amour de l'étranger que le Nouveau Testament commande[7], et la xénophobía, la peur de l'étranger. Toute la Révélation tire l'homme de la seconde vers la première. La peur de l'étranger est un réflexe ancien ; l'amour de l'étranger est une conquête de la grâce.
L'étranger dans l'Ancien Testament : le ger protégé par Dieu
Le ger, le résident étranger
L'hébreu biblique distingue plusieurs mots pour désigner l'étranger. Le plus important est le ger : l'étranger qui réside durablement au milieu d'Israël sans posséder la terre ni les droits du clan — le migrant, dirions-nous aujourd'hui. Démuni de protection familiale, le ger est régulièrement associé, dans la Loi et chez les prophètes, à deux autres figures vulnérables : la veuve et l'orphelin[8]. C'est précisément cette vulnérabilité qui le place sous la protection directe de Dieu.
« Tu n'opprimeras pas l'étranger » : la loi de l'Exode
Dès le Code de l'Alliance, la protection de l'étranger est formulée comme un commandement assorti d'une motivation mémorielle :
« Tu n'exploiteras pas l'immigré, tu ne l'opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d'Égypte. » — Livre de l'Exode 22, 20[9]
La même Loi va plus loin : non seulement ne pas opprimer, mais comprendre l'étranger de l'intérieur — « Vous savez bien ce qu'est sa vie, car vous avez été, vous aussi, des immigrés au pays d'Égypte » (Ex 23, 9). La mémoire de l'esclavage subi devient la racine de la compassion.
« Tu l'aimeras comme toi-même » : Lévitique 19
Le sommet de la législation se trouve au Lévitique, où le commandement d'aimer le prochain comme soi-même (Lv 19, 18) est étendu, quinze versets plus loin, à l'étranger lui-même :
« Quand un immigré résidera avec vous dans votre pays, vous ne l'exploiterez pas. L'immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un israélite de souche, et tu l'aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d'Égypte. » — Livre du Lévitique 19, 33-34[10]
C'est un cas unique : l'unique autre être que la Torah commande explicitement d'aimer « comme toi-même » est le prochain (Lv 19, 18). L'étranger est ainsi placé, par Dieu, au même rang que le frère israélite. Le Deutéronome commande lui aussi d'aimer l'immigré (Dt 10, 19), mais sans la formule « comme toi-même » : c'est cette extension du précepte à l'étranger qui est unique.
Dieu lui-même aime l'étranger
Le Deutéronome donne le fondement théologique ultime : si Israël doit aimer l'étranger, c'est parce que Dieu lui-même l'aime, sans partialité.
« Le Seigneur votre Dieu […] est impartial et ne se laisse pas acheter. C'est lui qui rend justice à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'immigré, et qui lui donne nourriture et vêtement. Aimez donc l'immigré, car au pays d'Égypte vous étiez des immigrés. » — Livre du Deutéronome 10, 17-19[11]
L'accueil de l'étranger n'est donc pas une simple règle sociale : c'est une imitation de Dieu. Aimer l'étranger, c'est ressembler à Celui qui « aime l'étranger ».
Le droit du pauvre : glanage et restes pour l'étranger
La Loi traduit ce commandement en mesures concrètes de partage. Le propriétaire ne moissonne pas jusqu'au bord de son champ ni ne grappille sa vigne : il laisse le reste « au pauvre et à l'immigré » (Lv 19, 9-10). De même, la gerbe oubliée, les olives et les raisins de second passage reviennent « pour l'immigré, l'orphelin et la veuve » (Dt 24, 19-21). L'hospitalité d'Israël n'est pas un sentiment : c'est une part de récolte réservée par la justice. C'est dans ce sillon que s'enracine le principe de la destination universelle des biens.
L'hospitalité des patriarches : Abraham à Mambré
Les trois visiteurs du chêne de Mambré
Avant même la Loi, l'hospitalité est un réflexe sacré du monde patriarcal. La scène d'Abraham recevant trois inconnus à l'entrée de sa tente, au chêne de Mambré, est devenue l'icône même de l'accueil de l'étranger — au point que la tradition chrétienne y a lu une préfiguration de la Trinité.
« Mon seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t'arrêter près de ton serviteur. Permettez que l'on vous apporte un peu d'eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin […] » — Livre de la Genèse 18, 3-5[12]
Le vieillard court au-devant des inconnus, se prosterne, fait préparer en hâte un veau gras et des galettes, se tient debout pour les servir : tout le rituel de l'accueil oriental est là. Et c'est précisément en accueillant ces étrangers qu'Abraham reçoit la promesse de la naissance d'Isaac : l'hospitalité ouvre sur la bénédiction. Le Catéchisme retient cette scène comme le modèle même de la prière d'Abraham : ayant cru en Dieu et marchant en son alliance, le patriarche « est prêt à accueillir sous sa tente son Hôte mystérieux » — « l'admirable hospitalité de Mambré », prélude à l'annonce de la naissance d'Isaac[13].
« Sans le savoir, ils ont logé des anges »
Le Nouveau Testament relit cet épisode pour en faire une exhortation universelle : derrière l'étranger peut se cacher un messager de Dieu.
« N'oubliez pas l'hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » — Lettre aux Hébreux 13, 2[14]
L'étranger inconnu n'est jamais seulement ce qu'il paraît. C'est la conviction qui traverse toute la Bible : refuser l'hôte, c'est risquer de refuser Dieu ; le recevoir, c'est peut-être recevoir un ange — et finalement le Christ.
Le contre-exemple de Sodome
L'Écriture donne aussi la figure inverse. À Sodome, les mêmes visiteurs accueillis par Loth sont menacés de violence par la ville entière (Gn 19). La tradition juive et chrétienne a lu dans le péché de Sodome, entre autres, la violation de l'hospitalité : l'agression de l'étranger sans défense. Ézéchiel le dira explicitement — Sodome avait « orgueil, voracité, insouciance désinvolte […] ; elles ne fortifiaient pas la main du pauvre et du malheureux » (Ez 16, 49). L'inhospitalité n'est pas une simple impolitesse : c'est une figure du mal radical.
Israël, peuple d'étrangers et de pèlerins
« Nous sommes des étrangers et des hôtes devant toi »
Israël n'accueille pas l'étranger en surplombant sa condition : il sait qu'il est lui-même un peuple d'étrangers. Devant Dieu, le roi David confesse la condition de tout homme :
« Car nous ne sommes devant toi que des immigrés, des hôtes comme tous nos pères ; nos jours sur la terre sont comme l'ombre, et il n'est pas d'espoir. » — Premier livre des Chroniques 29, 15[15]
Le Psaume 38 reprend le même cri : « Je ne suis qu'un hôte chez toi, un passant, comme tous mes pères » (Ps 38, 13). Cette conscience d'être soi-même étranger sur la terre est la racine spirituelle de l'hospitalité : on accueille d'autant mieux l'étranger qu'on se sait soi-même en exil, en marche vers la patrie céleste.
Ruth la Moabite, l'étrangère dans la généalogie du Messie
L'Ancien Testament ne se contente pas de protéger l'étranger : il le fait entrer dans l'histoire du salut. Ruth, la Moabite — donc issue d'un peuple étranger et souvent méprisé — quitte tout pour suivre Noémi : « Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu » (Rt 1, 16). Accueillie, glanant dans les champs de Booz au titre même du droit de l'étranger, elle devient l'arrière-grand-mère du roi David, et figure dans la généalogie de Jésus (Mt 1, 5). L'étrangère accueillie devient mère du Messie : signe que Dieu se sert de l'hospitalité pour faire avancer son dessein.
Les prophètes : ne pas opprimer l'étranger
Les prophètes font de l'oppression de l'étranger l'un des grands chefs d'accusation contre Israël infidèle. Jérémie conditionne le maintien dans la Terre à ceci : « Si vous n'opprimez pas l'immigré, l'orphelin ou la veuve […], alors, je vous ferai demeurer en ce lieu » (Jr 7, 6-7). Zacharie ordonne : « La veuve et l'orphelin, l'étranger et le pauvre, ne les opprimez pas » (Za 7, 10). Malachie annonce le jugement de Dieu contre « ceux qui excluent l'immigré » (Ml 3, 5). L'accueil de l'étranger est ainsi inséparable de la justice : il n'y a pas de vraie piété qui tolère l'oppression du sans-défense.
Le Christ, l'étranger accueilli et rejeté
« Il n'y avait pas de place pour eux »
Le Christ n'enseigne pas l'accueil de l'étranger de l'extérieur : il l'a vécu dans sa chair, dès sa naissance. À Bethléem, « il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2, 7). Le Verbe fait chair entre dans le monde par l'expérience du refus d'hospitalité.
La fuite en Égypte : Dieu réfugié
Peu après, la Sainte Famille doit fuir la persécution d'Hérode et se réfugier à l'étranger :
« Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte […] » — Évangile selon saint Matthieu 2, 13[16]
Pie XII a fait de la Sainte Famille en exil l'archétype de toute famille de réfugiés : sa constitution apostolique Exsul Familia (1er août 1952) est surnommée la « Magna Carta » des migrants (le dossier doctrinal en est traité dans la-migration). Pour notre propos, l'essentiel est ceci : Dieu lui-même a connu la condition de réfugié. Quand le chrétien accueille un exilé, il accueille quelqu'un dont l'Enfant-Dieu a partagé le sort.
« Le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête »
Toute la vie publique de Jésus est marquée par la même précarité de l'hôte itinérant : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête » (Mt 8, 20). Il dépend de l'hospitalité des hommes — Marthe et Marie à Béthanie, Zachée à Jéricho, Simon le pharisien — et il fait de cet accueil le lieu de la conversion et du salut : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19, 9).
Les disciples d'Emmaüs : l'hôte qui devient hôte
Le sommet narratif de l'accueil de l'étranger se joue le soir de Pâques. Deux disciples marchent vers Emmaüs avec un inconnu ; à l'arrivée, ils le pressent de rester :
« Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » — Évangile selon saint Luc 24, 29[17]
Ils accueillent l'étranger — et c'est en rompant le pain que leurs yeux s'ouvrent : l'étranger reçu était le Christ ressuscité. Toute la spiritualité chrétienne de l'hospitalité est contenue dans cette scène : on croit accueillir un inconnu, on reçoit le Seigneur ; l'hôte que l'on sert se révèle être Celui qui nous nourrit.
« J'étais un étranger » : le critère du Jugement
Enfin, le Christ identifie l'étranger à lui-même de la manière la plus solennelle qui soit : dans le tableau du Jugement dernier, l'accueil ou le refus de l'étranger devient l'accueil ou le refus du Roi lui-même (Mt 25, 35-43). Ce n'est plus une métaphore : « c'est à moi que vous l'avez fait ». L'étranger devient un véritable sacrement du Christ — un lieu réel de sa présence cachée.
L'hospitalité dans l'Église apostolique
Un devoir de tout chrétien
Les apôtres font de l'hospitalité un trait ordinaire de la vie chrétienne, non un héroïsme réservé à quelques-uns.
« Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l'hospitalité avec empressement. » — Saint Paul, Lettre aux Romains 12, 13[18]
Saint Pierre le commande dans les mêmes termes, en désamorçant d'avance la mauvaise grâce : « Pratiquez l'hospitalité les uns envers les autres sans récriminer » (1 P 4, 9). L'hospitalité chrétienne n'est pas seulement le fait de recevoir : c'est de recevoir avec joie, sans compter.
Une condition pour les responsables de l'Église
L'hospitalité est si essentielle que saint Paul en fait un critère de choix des pasteurs : l'épiscope doit être « accueillant » (1 Tm 3, 2 ; Tt 1, 8). Celui qui préside à la charité de la communauté doit d'abord savoir ouvrir sa porte. Les premières communautés vivent concrètement de cet accueil mutuel : Lydie ouvre sa maison à Paul (Ac 16, 15), Gaïus donne l'hospitalité à Paul et « à toute l'Église » (Rm 16, 23), et les maisons-Églises sont autant de lieux d'accueil des frères de passage.
Recevoir les frères de passage
La troisième lettre de Jean montre que l'hospitalité envers les missionnaires itinérants était un devoir de communion, et son refus, une faute : Gaïus est loué d'agir fidèlement envers les frères, « et particulièrement pour des étrangers » (3 Jn 5), tandis que Diotrèphe est blâmé de refuser de les recevoir (3 Jn 10). Dès l'âge apostolique, l'accueil de l'étranger est devenu le tissu même de l'unité de l'Église.
Les Pères et les saints de l'hospitalité
« L'hôte qui vient, c'est le Christ qui vient »
Les Pères de l'Église ont fait de Mt 25, 35 le principe de toute leur pastorale de la charité. L'adage latin « hospes venit, Christus venit » — l'hôte arrive, le Christ arrive — résume leur conviction : dans le pauvre et l'étranger, c'est le Seigneur lui-même qui frappe à la porte.
« Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici, dans l'église, avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. » — Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu, 50, 3-4[19]
Les xénodochia : les premiers hôpitaux chrétiens
Cette conviction s'est traduite en institutions. Dès le IVᵉ siècle, l'Église crée les xénodochia (littéralement « maisons pour les étrangers ») : hôtelleries-hôpitaux où l'on reçoit voyageurs, pauvres et malades. Saint Basile de Césarée fonde vers 370 un vaste complexe d'accueil, la Basiliade, que ses contemporains comparaient à une ville nouvelle. L'hôpital chrétien naît ainsi directement du commandement d'accueillir l'étranger : l'Évangile invente une charité organisée que le monde antique ne connaissait pas.
Saint Benoît : « Tous les hôtes seront reçus comme le Christ »
Au VIᵉ siècle, saint Benoît consacre un chapitre entier de sa Règle à l'accueil des hôtes. Sa formule est devenue la charte de toute l'hospitalité monastique d'Occident :
« Tous les hôtes qui surviennent seront reçus comme le Christ, car lui-même dira un jour : "J'étais un étranger et vous m'avez accueilli." […] C'est surtout dans l'accueil des pauvres et des pèlerins que l'on témoignera le plus de soin et d'empressement, car c'est en eux que l'on reçoit davantage le Christ. » — Saint Benoît de Nursie, Règle, chapitre 53[20]
Le texte prescrit d'aller au-devant de l'hôte, de s'incliner ou de se prosterner « pour adorer en eux le Christ que l'on reçoit ». Pendant des siècles, les monastères seront, à travers l'Europe, les grands lieux de l'hospitalité gratuite.
Une chaîne de saints de l'hospitalité
- v. 334Saint Martin de Tours
Soldat encore catéchumène, il partage son manteau avec un mendiant transi de froid aux portes d'Amiens ; la nuit suivante, le Christ lui apparaît revêtu de ce manteau. Figure occidentale par excellence de la charité envers le pauvre-étranger.
- v. 370Saint Basile de Césarée et la Basiliade
Fondation d'un grand établissement d'accueil pour pauvres, malades et voyageurs : prototype de l'hôpital chrétien né du commandement d'accueillir l'étranger.
- v. 530Saint Benoît et la Règle (ch. 53)
« Que tous les hôtes soient reçus comme le Christ. » L'hospitalité devient une institution monastique permanente en Occident.
- 1207-1231Sainte Élisabeth de Hongrie
Princesse qui transforme le château de la Wartburg en lieu d'accueil des pauvres et fonde un hôpital ; le « miracle des roses ».
- 1495-1550Saint Jean de Dieu
Fondateur des Frères hospitaliers, il recueille malades et exclus à Grenade : l'hospitalité devient un ordre religieux voué au soin des plus délaissés.
- 1581-1660Saint Vincent de Paul
Organisation systématique de la charité : enfants trouvés, galériens, pauvres et étrangers. Les Filles de la Charité au service des plus abandonnés.
- 1833Bienheureux Frédéric Ozanam
Fondation des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul : la visite et l'accueil du pauvre par des laïcs, « aller au pauvre ».
- 1910-1997Sainte Teresa de Calcutta
« J'avais faim… j'étais un étranger… » lu à la lettre : recueillir les mourants, les abandonnés, les indésirables, comme on recueille le Christ.
De Martin de Tours à Mère Teresa, la même intuition traverse les siècles : dans l'étranger, le pauvre, le malade, l'indésirable, c'est le Christ que l'on reçoit. La sainteté chrétienne s'est constamment vérifiée à la porte ouverte.
L'accueil de l'étranger dans la doctrine et la prière de l'Église
Une œuvre de miséricorde corporelle
L'Église a fixé, à partir de Mt 25, la liste des sept œuvres de miséricorde corporelles. Saint Thomas d'Aquin en donne la synthèse classique : « Nous comptons sept aumônes corporelles : nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, héberger les sans-abri, visiter les malades, racheter les captifs, ensevelir les morts »[21]. L'accueil de l'étranger — « héberger les sans-abri », l'hôte de passage sans toit ni droit acquis sur le lieu où il se présente — y tient une place propre, distincte de l'aumône : ce n'est pas seulement donner quelque chose à quelqu'un, c'est ouvrir un espace, sa table ou son toit, à une personne qui n'y a, par définition, aucun droit préalable. Le tableau suivant situe cette œuvre parmi les six autres, avec leur racine évangélique respective :
| # | Œuvre de miséricorde corporelle | Racine évangélique |
|---|---|---|
| 1 | Donner à manger aux affamés | Mt 25, 35 |
| 2 | Donner à boire aux assoiffés | Mt 25, 35 |
| 3 | Vêtir ceux qui sont nus | Mt 25, 36 |
| 4 | Accueillir les étrangers | Mt 25, 35 |
| 5 | Assister les malades | Mt 25, 36 |
| 6 | Visiter les prisonniers | Mt 25, 36 |
| 7 | Ensevelir les morts | Tb 1, 17 ; cf. Mt 25 |
Accueillir l'étranger n'est donc pas une option militante : c'est l'une des manières ordinaires par lesquelles tout chrétien est appelé à toucher le Christ dans son prochain[22].
Le devoir d'accueil et ses justes limites
La doctrine catholique tient ensemble deux affirmations sans les opposer. D'une part, le devoir d'accueil est réel et obligatoire :
« Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2241[23]
D'autre part, ce devoir s'exerce « autant que faire se peut » et appelle, du côté de l'étranger accueilli, des devoirs réciproques : « L'immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d'accueil, d'obéir à ses lois et de contribuer à ses charges »[24]. L'analyse de cette articulation — droit de migrer, droit des États à réguler, devoirs mutuels — relève de la doctrine sociale et est développée dans la-migration. Pour notre sujet, retenons que l'accueil évangélique n'est ni un laxisme ni une politique des frontières ouvertes : c'est une charité ordonnée par la vérité et la prudence.
Accueillir n'est pas tout confondre
La vraie hospitalité chrétienne accueille la personne sans renoncer à la vérité. Recevoir l'étranger comme le Christ, c'est lui offrir le meilleur — y compris l'annonce de la foi — et non se taire par fausse délicatesse. L'accueil de l'étranger se relie ici à la charité politique et à la solidarité : il ne s'agit jamais d'opposer la miséricorde à l'ordre, mais de les unir dans le bien commun.
Vivre l'accueil de l'étranger aujourd'hui
De l'étranger lointain au prochain concret
L'étranger biblique n'est pas une abstraction médiatique : c'est celui qui se tient à ma porte. La parabole du bon Samaritain (Lc 10) avait déjà déplacé la question — non « qui est mon prochain ? », mais « de qui me fais-je le prochain ? ». L'accueil de l'étranger commence là où je suis : le voisin isolé, le nouveau venu, l'exilé, celui dont la langue, la culture ou l'histoire me sont étrangères.
L'étranger sous toutes ses formes
L'Écriture vise d'abord le migrant et le voyageur, mais la tradition spirituelle a élargi le regard : est étranger quiconque est tenu à distance — le malade qu'on évite, le détenu qu'on oublie, le pauvre dont on détourne les yeux, le différent qu'on exclut. Accueillir l'étranger, c'est faire tomber, un à un, les murs intérieurs qui transforment un visage en menace.
Les contrefaçons de l'accueil
Comme toute vertu, l'hospitalité a ses caricatures, par excès et par défaut :
- Le repli et la peur : faire de l'étranger un ennemi par principe ; c'est la xénophobie que toute la Révélation combat.
- L'accueil-slogan : proclamer l'ouverture sans rien donner de soi — une générosité de mots qui n'ouvre jamais sa propre porte.
- La confusion : croire accueillir en renonçant à toute vérité et à toute exigence, au point de ne plus rien avoir à offrir à celui qu'on reçoit.
La vraie hospitalité est exigeante des deux côtés : elle engage réellement celui qui reçoit, et respecte la dignité — donc la responsabilité — de celui qui est reçu.
Une hospitalité ordonnée à la vérité
L'accueil chrétien n'est donc pas l'effacement de toute frontière, mais l'ouverture d'un cœur. Il tient ensemble la miséricorde et la justice, la compassion et la prudence, l'amour de l'étranger et le souci du bien commun. C'est cette unité que l'Écriture appelle simplement aimer l'étranger comme toi-même — ni plus, ni moins.
L'accueil de l'étranger à la lumière de la Divine Volonté
Recevoir le Christ caché dans l'étranger
La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, donne à l'accueil de l'étranger sa profondeur ultime. Dans le Livre du Ciel, Jésus décrit lui-même une charité qui ignore toute frontière entre le proche et le lointain :
« La charité m'est chère à un point que tu ne peux comprendre. Elle est simple comme mon être est simple. Quoique simple, mon être est immense, au point qu'il n'existe aucun lieu où il ne pénètre. Il en va ainsi de la charité : étant simple, elle se diffuse partout. Elle n'a d'égards pour personne en particulier, qu'il s'agisse d'un ami ou d'un ennemi, d'un citoyen ou d'un étranger : elle aime tout le monde. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 2, 18 mars 1899[25]
Vivre dans la Volonté divine — non pas seulement faire la volonté de Dieu, comme un serviteur qui obéit, mais laisser sa Volonté vivre et agir en nous comme une seule volonté avec la nôtre, de sorte que notre acte, posé avec elle, devient un acte divin d'une valeur infinie —, c'est apprendre à voir en chaque créature un don du Père : l'âme parcourt alors toute la Création pour y aimer et y réparer au nom de tous les hommes — ces « rondes » que Jésus demande à Luisa[26] —, et elle ne rencontre jamais un étranger : elle reconnaît partout le visage de Celui qui l'habite, et fait de toute rencontre une occasion de rendre à Dieu l'amour de toute la création.
Faire de son cœur une demeure
Au fond, l'accueil de l'étranger renvoie à un accueil plus originel : celui que Dieu lui-même demande. « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe » (Ap 3, 20). Le Christ se présente toujours comme un hôte qui demande à entrer — à Bethléem, à Emmaüs, au soir du Jugement. Apprendre à ouvrir sa porte à l'étranger, c'est apprendre à ouvrir son cœur à Dieu. Celui qui sait recevoir l'étranger sait recevoir le Seigneur ; et celui qui ferme sa porte à l'homme se ferme, sans le savoir, à Dieu lui-même.
« Tous les hôtes qui surviennent seront reçus comme le Christ. » — Saint Benoît, Règle, 53[27]
Pour aller plus loin
L'accueil de l'étranger ne se comprend pleinement qu'avec les autres principes de la doctrine sociale et de la vie chrétienne :
- la-migration — le phénomène migratoire, le développement doctrinal et la gouvernance des frontières.
- que-dit-leglise-sur-limmigration — la politique migratoire, « ni laxiste ni xénophobe ».
- la-solidarite — la détermination ferme de travailler au bien de tous.
- la-charite-politique — la charité portée jusqu'aux structures de la cité.
- la-destination-universelle-des-biens — les biens de la création destinés à tous.
- le-bien-commun — l'horizon de toute charité sociale.
- la-pauvrete — la place du pauvre dans le regard de l'Église.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2447 : « Les œuvres de miséricorde sont les actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses nécessités corporelles et spirituelles […]. Les œuvres de miséricorde corporelle consistent notamment à nourrir les affamés, loger les sans logis, vêtir les déguenillés, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts (cf. Mt 25, 31-46). » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992. Saint Thomas d'Aquin en donne au XIIIᵉ siècle la synthèse classique (Somme théologique, IIa-IIae, q. 32, a. 2) : sept aumônes corporelles, dont recolligere hospitem, « accueillir les étrangers », d'après la Vulgate de Mt 25, 35 ; le CEC reformule cet acte en « loger les sans logis ».
1 4 22Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 32, a. 2, obj. 1 : la liste des sept aumônes corporelles y est donnée — « Ponuntur enim septem eleemosynae corporales, scilicet pascere esurientem, potare sitientem, vestire nudum, recolligere hospitem, visitare infirmum, redimere captivum, et sepelire mortuum », dont recolligere hospitem, « accueillir l'étranger » — avec le vers mnémotechnique médiéval « visito, poto, cibo, redimo, tego, colligo, condo » (latin recollé à l'édition léonine le 2026-10-04).
2 5 21Le terme grec φιλοξενία (philoxenía, « amour de l'étranger / de l'hôte ») apparaît en Rm 12, 13 et He 13, 2 ; l'adjectif φιλόξενος (philóxenos, « hospitalier ») en 1 Tm 3, 2 ; Tt 1, 8 ; 1 P 4, 9. Il est formé de phílos (ami) et xénos (étranger, hôte). Son antonyme moderne est xénophobía, la peur de l'étranger.
3 7Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46 (discours du Jugement dernier), v. 35 et 40. Traduction liturgique officielle (AELF). L'accueil de l'étranger y figure parmi les six actes selon lesquels les nations sont jugées.
6Le mot hébreu gēr (גֵּר) désigne l'étranger résident, par opposition au nokhri (étranger de passage) et au zar (étranger hostile). Le ger est protégé par la Loi et régulièrement associé à la veuve (almanah) et à l'orphelin (yatom) comme triade des vulnérables sans soutien familial. La traduction liturgique actuelle (AELF) rend généralement ger par « immigré ».
8Livre de l'Exode 22, 20 (Code de l'Alliance ; numéroté 22, 21 dans la Vulgate clémentine et la Septante, qui comptent Ex 21, 37 comme 22, 1) : « Tu n'exploiteras pas l'immigré, tu ne l'opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d'Égypte » ; cf. Ex 23, 9 : « Tu n'opprimeras pas l'immigré : vous savez bien ce qu'est sa vie, car vous avez été, vous aussi, des immigrés au pays d'Égypte. » Traduction liturgique (AELF).
9Livre du Lévitique 19, 33-34 (Loi de sainteté). Le commandement d'aimer l'étranger « comme toi-même » fait écho, quinze versets plus loin, au commandement d'aimer le prochain « comme toi-même » (Lv 19, 18) — seuls deux êtres reçoivent dans la Torah ce même commandement d'amour. Traduction liturgique (AELF).
10Livre du Deutéronome 10, 17-19. Le fondement de l'amour de l'étranger est théologique : Israël doit aimer l'étranger parce que Dieu lui-même « aime l'immigré, et […] lui donne nourriture et vêtement » (v. 18). Traduction liturgique (AELF).
11Livre de la Genèse 18, 1-15 (Abraham au chêne de Mambré), v. 3-5. La tradition chrétienne (et l'iconographie, en particulier l'icône de la Trinité de Roublev) y a lu une préfiguration trinitaire ; l'hospitalité d'Abraham ouvre sur l'annonce de la naissance d'Isaac.
12Catéchisme de l'Église catholique, § 2571 : « Ayant cru en Dieu (cf. Gn 15, 6), marchant en sa présence et en alliance avec lui (cf. Gn 17, 1-2), le patriarche est prêt à accueillir sous sa tente son Hôte mystérieux : c'est l'admirable hospitalité de Mambré, prélude à l'Annonciation du vrai Fils de la promesse (cf. Gn 18, 1-15 ; Lc 1, 26-38). » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
13Lettre aux Hébreux 13, 2. Allusion directe à Gn 18-19 (Abraham et Loth recevant des messagers célestes) et, dans la tradition, aux récits patriarcaux d'hôtes inconnus se révélant envoyés de Dieu.
14Premier livre des Chroniques 29, 15 (prière de David) ; cf. Psaume 38, 13 : « Je ne suis qu'un hôte chez toi, un passant, comme tous mes pères. » La condition d'étranger sur la terre fonde spirituellement l'hospitalité.
15Évangile selon saint Matthieu 2, 13-15 (fuite en Égypte). Pie XII, dans la constitution apostolique Exsul Familia (1952), fait de la Sainte Famille en exil l'archétype des familles de réfugiés — dossier doctrinal traité dans l'article la-migration.
16Évangile selon saint Luc 24, 13-35 (les disciples d'Emmaüs), v. 29. L'étranger accueilli à table se révèle être le Christ ressuscité à la fraction du pain — figure majeure de la spiritualité chrétienne de l'hospitalité et de l'Eucharistie.
17Saint Paul, Lettre aux Romains 12, 13 : « τὴν φιλοξενίαν διώκοντες », littéralement « poursuivant l'hospitalité » — la recherchant activement, et non la subissant. Traduction liturgique (AELF).
18Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de saint Matthieu, homélie 50, § 3-4 (PG 58, col. 508-509) : « Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici, dans l'église, avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. » Commentaire de Mt 25 : honorer le Christ dans l'Eucharistie et le mépriser dans le pauvre et l'étranger est une contradiction. Texte grec et traduction anglaise de référence : Nicene and Post-Nicene Fathers, First Series, vol. 10.
19Saint Benoît de Nursie, Règle, chapitre 53, De hospitibus suscipiendis. Incipit latin : « Omnes supervenientes hospites tamquam Christus suscipiantur, quia ipse dicturus est : Hospes fui et suscepistis me » (cf. Mt 25, 35). Le chapitre prescrit d'adorer le Christ dans l'hôte et de réserver le plus grand soin aux pauvres et aux pèlerins. Traduction française d'après les éditions monastiques (cf. abbayes bénédictines).
20 27Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : devoir des nations « mieux pourvues » d'accueillir l'étranger « autant que faire se peut », et devoirs réciproques de l'immigré envers le pays d'accueil (respect du patrimoine, obéissance aux lois, contribution aux charges). L'analyse de gouvernance correspondante est développée dans la-migration.
23 24Parole de Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 2, entrée du 18 mars 1899 intitulée « La charité est simple » : « La charité m'est chère à un point que tu ne peux comprendre… elle aime tout le monde. » Édition française Lumen Luminis (trad. Guy Harvey, « pour usage privé »), tome 2, p. 18 ; passage recollé mot à mot au texte le 2026-10-04.
25Le Livre du Ciel, Tome 8, entrée du 9 février 1908 intitulée « La manière d'être avec Jésus. Nécessité de l'Amour » : « reviens en Moi pour Me donner au nom de tous toute la Gloire qu'ils doivent Me donner » (éd. française Lumen Luminis, trad. Guy Harvey, « pour usage privé », tome 8, p. 28) ; Tome 13, entrée du 4 février 1922 (les petites roues dans la grande roue de l'Éternité) : l'âme va « offrant au nom de tous un honneur divin au Créateur » (même éd., tome 13, pp. 110-111). Passages recollés mot à mot au texte le 2026-10-04.
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